MEXIQUE ET AMERIQUE DU SUD
D^autre part, un mouvement sérieux se dessine depuis quelques années contre le système des dépouilles luimême. La cause a déjà ses martyrs. Le président Garfield, son promoteur, est tombé sur le quai de la gare du Potomac sous le couteau d'un quémandeur éconduit.
Cette régénération s'accomplira-t-elle ? Il est difficile de répondre. On ne voit pas pourquoi Ton n'arriverait pas à séparer deux utiles idées que Ton a eu tort de réunir en une seule : la participation du Sénat à l'élévation des fonctionnaires et l'élection de ses membres par les législatures. Encore quelques années de cette confusion et la première ne tcirderait pas à pourrir la seconde. On verrait s'effondrer le principe fondamental des deux souverainetés.
Ce principe, qui à la fois, se plie aux organisations coexistantes et les concentre est pourtant le seul qui ait réussi à amener quelque tranquillité au Mexique et dans les Etats mouvants de l'Amérique du Sud. Par sa flexibilité à la base, sa rigidité au sommet, il a réussi à interrompre, çà et là, une ère non encore close de pronunciamentos, de dictatures, de désagrégations territoriales suivies de groupements nouveaux. Le Venezuela, la Colombie, la République Argentine, l'Equateur, l'Urugay, doivent de continuer à exister à leur Sénat, où règne l'idée de représentation égale bien plus qu'à l'admirable fertilité de leur sol.
Il nous parait difficile de faire de la science avec une pareille vue de kaléidoscope. Mieux vaut abandonner un pays moralement aussi crevassé pour accompagner l'idée de Philadelphie, dans sa traversée marine, et dans sa prise de possession d'un certain nombre d'Etats d'Europe.