CHAPITRE III
Nombre et âge
Sous le rapport de rindépcndance , les sénateurs ont plus à redouter d'eux-mêmes que de la seconde chambre. Il y a dans Tair des grandes assemblées une indéfinissable influence qui excite , met aussitôt à un diapason aigu. Plus le nombre de leurs membres baisse plus ils échappent à Tentrainement , recouvrent la possession d'eux-mêmes la plénitude de leurs forces intellectuelles. On peut hardiment formuler cette loi qu'entre certaines limites, ces forces sont en raison inverse de la quantité des sénateurs.
Si les assemblées parcourent plus vites hîs routes de la réflexion parce que chacun apporte la vélocité intellectuelle de ses facultés propres, l'œuvre de ces facultés est diminuée par leur milieu même , elles sont incapables de creuser et de pénétrer les choses. Le nombre des sénateurs a donc une réelle importance, Jl doit être plus restreint que celui des dc-
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pûtes qui n ont presque qu\à représenter des sensations, puisque la |:ondération demande de considérer et d'abstraire.
Ce n'est pas la première fois que nous nous trouvons en face de cette question du nombre des sénateurs. A rintérieur de certaines assemblées transactionnelles, nous avons vu comment il pouvait servir à partager rinfluence entre des éléments aristocratiques, relij^ieux, monarchiques, laïques et populaires. Ici, il apparaît d'une manière plus générale, pour (ixer Tinlluence des chambres hautes elles-mêmes.
N'est-ce pas les grandir que d'élever les ressources morales de leurs membres ? Il n'en est pas pour les- ([uelles il ait été pensé autrement , où Ton ait vu dans l'infériorité numérique des sénateurs, un moyen d'échapper aux engouements et de percevoir mieux les intérêts durables.
Dans les sénats héréditaires et nommés on sentait la nécessité de cette infériorité. En parcourant leur histoire on la constate souvent. Mais, comme ils poursuivaient leur but par la représentation de classes particulières ou d'un pouvoir spécial, il fallait que le nombre de leurs membres s'accrût avec la densité de ces classes ou les exigences de ce pouvoir. Ainsi s'explique le nombre exorbitant des Magnats et la nomination illimitée. L'usage de cette dernière surtout rendait très diiUcile une sage mesure du chiffre des pairs.
Dans les sénats avant des attributions executives on a été porté à se souvenir que la sagesse dans Taetion exige une volonté simple. On en a conclu que moins les sénateurs seraient nombreux et plus leurs décisions s'en rapprocheraient. A Washington , tandis que les représentants sont actuellement 325, les sénateurs ne sont que 76'; à Berne, tandis que le Conseil National compte 145 membres, le Conseil des Etats
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n'en ronformo qno 44 ; à Borlin il y a à poino r>8 fondés de pouvoir nécessaires au Uundesrath contre les 397 députés du Reichiag.
Les sénats électifs nous fourniront des assend)lées tantôt très peu nombreuses tantôt éjjfalant de plus ou moins près les secondes cliambres.
Convient-il que les sénateurs soient la moitié, le tiers ou les deux tiers des députés ?
Il est clair que Ton ne peut donner une réponse unique. Si toutes les autres conditions étaient égales, malgré la diversité des tempéraments et des caractères, à toutes les assemblées procédant d'un même principe, on pourrait fixer un rapport constant entre les deux chambres, malgré l'apparente variation du chiffre d<; leurs membres. Le tempérament et le caractère d une nation influent en effet également sur sa chambre des députés que sur son sénat. En Tétat la chose n'est pas possible.
Cependant, quel que soit le rapport adopté il faudra se garder d'abaisser le chiffre des sénateurs audessous de certaines limites. Ils auraient beau se rattacher très démocratiquement à la totalité du pays, il se refuserait à voir en eux autre chose qu'une oligarchie et ne comprendrait pas que quelques hommes osent entrer en concours avec lui. Leur grandissement le rendrait soupçonneux et froisserait ses instincts. En matière constitutionnelle on doit tenir compte même des préjugés. Or c'en est un chez les peuples que plus les assemblées sont nombreuses plus ils s'y retrouvent.
On peut en pratique fixer le nombre des sénateurs de deux manières : Ou attribuer pour une période assez longue à chaque division du territoire un chiffre invariable, ou déclarer que dans chacune de ces divisions il y aura un membre de la chambre haute par tant d'élec-
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leurs. Ainsi le nombre des sénateurs s'élèvera de luimême avec la population et sans qu'il soit besoin d'intervenir. Ce système qui serait la négation même du régime des pays fédératifs pourrait dans les autres insensiblement trop élever les chiffres. Assurément celui des députés grandirait aussi et la relation entre eux demeurerait la même, mais, il y a dans chaque Etat pour la chambre haute un maximum absolu et qu'il serait mauvais de dépasser ?
La sagesse qui résulte de la diminution de leur nombre, s'obtient aussi en augmentant Tàge des sénateurs. Partout, la nécessité d'avoir un certain chiffre d'années a été exigée pour pénétrer dans les chambres hautes électives.
Les qualités développées par l'auteur du : De senecfille ne peuvent manquer de mettre en garde la majorité de leurs possesseurs contre les tentatives hasardeuses. Par une simple association d'idées ils seront portés à défendre les institutions sous lesquelles ils auront vécu pendant une partie de leur vie. Il se mêle toujours quelque daltonisme à nos appréciations, et les circonstances au milieu desquelles une chose nous est apparue influent pour une large part sur le jugement qu'on en porte. Arrivés à un certain âge, la jeunesse nous fait trouver incomparable tout ce qu'elle toucha jadis de sa baguette, tout ce qui pour nous se relie à son souvenir. On s'attache aux organisations politiques comme aux sites dans lesquels on a vécu. Ces organisations les hommes qui les ont vues disparaître les possèdent dans leurs détails les plus ignorés, ils pourront s'abriter pour conserver ce qu'elles ont de bon derrière le respect qu'on leur doit à eux-mêmes. Ils vivent, luttent, parlent, autant au milieu des événements écoulés que de ceux où ils se trouvent. 11 en résultera un mélange intime entre l'histoire de la veille
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et celle du jour, où surnageront en toute lumière les dangers déjà courus, et les retours d'occasions avantageuses dont il importe de tirer prolit.
L'homme d'âge aime 1 étude. Elle est pour lui un préservatif contre la mélancolie du crépuscule.
Ces raisons s'appliquent surtout à la vieillesse. Mais, si elle offre toutes les garanties pour la défonce des idées anciennes, elle est absolument incapable lorscpie c'est la clnnnbre basse (|ui se montre trop rétrograde, de la ramener en avant. Dans leur besoin de repos les vieillards sont toujours disposés ù trouver peu pratique l'essai des nouveautés utiles. Qu'importe qu'ils aient emmagasiné nombre de remarques et de vues propres s'ils n'osent en tirer profit ? Les matériaux amassés pour la raison durant toute une vie, si au moment voulu elle ne peut les soulever et chancelle ? L'épaisseur de la végétation couvrant le sol, si elle ne laisse plus même de quoi passer à la semence nouvelle ?
Le grand Age n'est nullement un moyen conciliateur, propre à la politique d'apaisement. La bonté ne s'accroît souvent que sur les traits à mesure que l'on avance dans la vie. La vieillesse est surtout affectueuse pour l'enfance en laquelle elle se retrouve. En dehors de cela elle apporte une grande exagération dans les sentiments qui lui restent. Les plus âgés sont souvent les plus entêtés, les plus exclusivement prcniccupés de leur réélection. Si dans certaines cliambres hautes on trouve de la largeur et de la bienveillance il faut les attribuer surtout à la plus longue durée du mandat.
Ce n'est point de l'époque féodale que nous vient ridée de lier Tagc à la composition des chambres hautes. Qu'y aurait-il eu à faire alors que l'on se trouvait en présence des représentants du sol et des supériorités de la naissance ? L'Age doit être rangé parmi les supé-