AGE
rioritos naturollos et Ton no commence à percevoir celles-ci que lorsque les autres péréclytent. Les chambres hautes héréditaires n'interrompent le mandat législatif en raison de Tàge, que lorsqu'il crée des impossibilités matérielles. Du moment que la race est appelée, il ne doit plus y avoir qu'une simple constatation. C'est ainsi que, dès vingt et un ans, les lords prennent séance et que la plupart des constitutions introduisant les princes royaux dans les chambres hautes, leur en ouvrent les portes dès qu'ils ont atteint une majorité variant entre vingt et vingt-cinq ans.
C'est, par consé<pient, directement à l'antiquité que les chambres hautes ont emprunté la considération de l'âge. L'étymologie du mot sénat (de senex, vieillard) l'indique.
On ne doit pas se dissimuler que de nos jours les conditions ne sont plus les mêmes.
Chez les anciens le respect des vieillards était en honneur. Le fait seul d'avoir été émises par eux donnait à leurs allégations une autorité grave. Si on se permettait de les discuter c'était avec une déférence qui ne se démentait jamais. Les hommes à têtes blanches n'avaient jamais à craindre d'être interrompus ou raillés. Leur démarche leur était un sauf-conduit. Leur voix tremblante était toujours sûre d'être écoutée. A l'exception des empires passagèrement agrandis par les expéditions militaires, l'Etat ancien était d'étendue étroite. L'expérience individuelle pouvait suppléer à la science apprise. Il était fréquent d'avoir été mêlé à l'activité entière de son pays. Les livres n'étaient point comme aujourd'hui la source de tout savoir. La connaissance était quelque chose de plus physique, le résultat d'un contact plus immédiat avec les hommes et les choses. Malgré la simplicité des moyens de transports l'usage s'était établi d'entreprendre de longs voyages,
30<i ELECTION
consacrés à l\Hude des mœurs, des institutions des peuples, lorsque Ton aspirait à jouer un rùlc au milieu du sien.
De nos jours on ne va plus môme en Angleterre ou aux Etats-Unis que pour y faire des voyages d'agrément. Celui qui veut en connaître Torganisation et les lois, fera beaucoup mieux de recourir à des in-folios, à des revues et à des brochures.
L'homme politique est obligé d'empiler dans sou cerveau des notions multiples, digérées à la h A te. Pour tâter le pouls de son temps, en saisir les tendances, il lit une somme fantastique de publications, journaux, documents parlementaires de toutes provenances. Kt malgré ce poids énorme, son esprit ne doit rien perdre de sa flexibilité, son intelligence, se conserver libre et active.
Qu'en conclure ? Si ce n'est qu'on ne peut plus demander qu'à l'Age mur les ressources cpie Ton trouvait autrefois chez la vieillesse ?
Pour accomplir cette substitution le tact des électeurs fera plus que les prescriptions légales.
Son seulement les efl^ets de TAge changent de peuple à peuple, avec une foule de circonstances telles que le climat, la civilisation, mais, encore d'individu à individu. Le genre de vie, la profession, la constitution, la moralité, l'hygiène, font qu'il est des vieux de trente ans et des septuagénaires encore jeunes. La série des transformations par lesquelles passe notre organisme s'effectue toujours selon la même loi, mais, des causes multiples peuvent rendre» plus ou moins rapides les actes dont elle se compose.
Mieux que tout autre le corps électoral saura distinguer l'homme entêté par décrépitude de celui prudent à se laisser convaincre.
Dans un sénat se renouvelant par le droit de suffrage
AGK 307
tlos iniolligoncos déclinantos pourront s'attarder, en un mandat dont la longueur permet pareil changement, mais, le corps électoral ne tardera pas à être appelé à juger si ce qui leur reste e.*it suffisant. Il les maintiendra quelquefois, pour se tirer d'embarras, au milieu des compétitions, parce qu'il les trouvera peu gênantes, mais , il peut les écarter à son gré. Rarement cette exclusion sera pour elles une fatale cause de tristesse. Klles ne manqueront p<is d'attribuer leur échec aux divergences de vues qui les séparaient de leurs concurrentes.
Fixer un âge légal au-dessus duquel toute élection sénatoriale sera nulle est donc inutile.
A l'égard de quelques-uns on commettrait un déni de justice. Que Ton ne craigne pas de les voir grossir toujours le bataillon des anciens partis. Parmi eux s'en trouveront souvent dont la fortune politique n'aura pas toujours été aussi belle, et qui seront heureux sur leurs vieux jours de professer des idées devenues celles du gouvernement après avoir pendant longtemps appartenues à l'opposition.
Quant à la venue chez l'homme des qualités de maturité et d'expérience, elle n'est pas si facile à établir que leur disparition.
Le corps électoral aura à faire à des citoyens désireux d'exercer le mandat sénatorial parce qu'il est plus long. Pour persuader aux autres son mérite ne suflit-il pas d'en être convaincu soi-même ? Et d'autre part, quel est l'homme politique auquel sa modestie refuserait de laisser croire qu'il est doué de qualités précoces ? On distingue facilement un vieillard indemne d'un octogénaire tombé, mais, à quoi l'électeur reconnaîtra-t-il le sérieux et la raison à travers les dehors passionnés que les luttes populaires jettent sur tous ? Devant les urnes les natures froides et concises ne
308 KLKeTION
chcrchenl-olloî=i pas à se faire passer pour autre chose ? Si Ton se contentait d'admettre , en principe , que les hommes ayant les qualités de Tàge mûr pourraient seuls ôtre envoyés au sénat, à tout candidat favori ne les supposerait-on pas acquises et la première assemblée ne tarderait-elle pas h s'emplir do législateurs identiques à la seconde ?
Ici, il est donc de toute nécessité que la constitution intervienne, qu'elle établisse d'une manière abstraite, en dehors de la fascination des individus, une présomption découlant du développement normal des facultés chez la généralité des citoyens. Des jeunes gens doués se verront fermer l'entrée du sénat pendant que d'autres y pénétreront par la seule vertu des ans, mais, à tout prendre, — et c'est là l'essentiel — les hommes sérieux y représenteront toujours l'élément le plus considérable.
S'il en est d'obligés à attendre bien qu'en possession des qualités nécessaires, ils apporteront aux autres conseils du pays et à son administration un concours utile. Eux aussi, ont besoin d'hommes capables et l'on ne pourra que se réjouir de les voir s'enrichir de citoyens qui, sans cela, seraient par trop tentés de les déserter.
Pour produire d'aussi parfaits résultats TAge minimum devra être choisi avec une irréprochable à propos. Si on le fixait trop tardif on aurait un sénat impotent, trop prématuré, on aurait une première assemblée ne* se distinguant pas suflisamment de la seconde.