SUFFRAGE A DEUX DEGRES
nières classes. Dans un 'pays où rélection est presque universellement répandue, on dit que les représentants du peuple ne savent pas toujours correctement écrire.
« A deux pas de là, s'ouvre la salle du Sénat, dont l'étroite enceinte renferme une grande partie des célébrités de l'Amérique ; à peine y aperçoit-on un seul homme qui ne rappelle l'idée d'une illustration récente. Ce sont d'éloquents avocats, des généraux distingués, d'habiles magistrats, ou des hommes d'Etat connus. Toutes les paroles qui s'échappent de cette assemblée feraient honneur aux plus grands débats parlementaires d'Europe. »
On serait déjà en droit de se demander pourquoi M. de Tocqueville attribuait au suffrage à deux degrés, plutôt qu'à la plus longue durée du mandat, au nombre restreint, au renouvellement partiel, la supériorité du Sénat de Washington. Peut-être se laissa-t-il quelque peu influencer par les arguments soutenus en faveur de ce mode do recrutement par les fédéralistes et surtout par Hamilton. Mais, sur le fait môme de la supériorité de la haute assemblée de l'Union tous les témoignages sont loin de s'accorder. Benton, qui avait pourtant du mérite à nier celui des sénateurs — étant sénateur lui-même, — n'a point pardonné son enthousiasme à l'écrivain français. M. Woodrow-Wilson, dans le Congressional Governement^ après avoir montré les conciliabules et les menéns d'où sortent les sénateurs, ajoute : « Un cours d'eau ne peut pas être plus pur que sa source. »
Il est une incommodité du suffrage à deux degrés que l'on ne saurait contester. Son admission oblige à comprendre pîirmi les électeurs du second échelon, des citoyens qui avec d'autres procédés ne participeraient pas au vote. Pour qu'il ait sa raison d'être il faut que le premier collège Qoit très nombreux, et l'on sera obligé
de Taccroitrc chaque jour afin de satisfaire aux réclamations. Le suffrage à deux degrés attire donc par sa base, ceux qu'il aura mission d'étrangler à son sommet. Il se flatte de faire passer inaperçues certaines doctrines et leur donne un relief que sans lui elle» ne réussiraient pas à acquérir.
Ces doctrines on peut 'prétendre les éléminer de deux manières.
En cherchant à les exclure de la politique en général. Il faudra, dans ce cas, que le suffrage à deux degrés existe aussi pour la chambre basse.
En se préoccupant de les éloigner seulement du sénat afin de lui permettre une pondération plus homogène, des décisions plus efficaces, plus compactes.
Mais, comment sans utopie concevoir la possibilité de pareils étouffements dans les pays où existe la liberté de réunion et la liberté de la presse ? On comprend, qu'en leur absence, il y ait avantage , en tamisant l'entrée des assemblées , à arrêter la retentissante propagande des discours adressés au peuple du haut de la tribune. Alors les opinions n'ont que la lente et pénible ressource de se répandre de l'un «à l'autre, en se détériorant, par le véhicule des conversations privées. Là, où de puissantes feuilles, dont le lecteur accepte les enseignements comme des dogmes, des débats passionnés , dans des salles immenses , surexcitent la pensée nationale on ne voit pas à quoi le suffrage à deux degrés pourrait servir. 11 est impossible de l'admettre pour la seconde chambre chez les nations dont le droit politique est basé sur la souveraineté populaire. Si le pays les connaît par cette assemblée, il n'y a plus à redouter que son sénat les apprenne.
A quoi bon, alors, une double série d'opérations ? Sachant que leur choix n'a qu'un effet incomplet les