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CHAPITRE XI

Utilisation de la seconde chambre comme collège

l. — Le Storthing norwégien. ^ Islande.

A défaut du corps électoral tout préparé des assemblées locales, ne peut-on en trouver un en s 'adressant à la seconde chambre ?

Plusieurs systèmes sont possibles.

Une fois la seconde chambre élue, on lui donnera pour mission de constituer la première, en choisissant dans le pays les hommes qu'elle en jugera les plus dignes.

Un pareil sénat ne tarderait p.i s à devenir la réunion des électeurs influents de lautrc assemblée.

On a beaucoup médit do Télecteur influent. Il rend pourtant des services. L'opinion s'accentue autour de lui, comme le dépôt se forme sur la pierre plongée dans Tonde. Il aurait, dans le cas présent, une vigoureuse action sur la seconde chambre, mais, cette action ne serait sûrement pas pondératrice.

D'ailleurs, ce qui fait Télecteur influent, c'est sa vie au cœur même de la masse. Eloigné d'elle, il cesserait

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bientôt d'être cpielque chose. Il ne tarderait pas à perdre de vue les volontés du peuple, dont il est à la fois le rayon et le reflet.

Un autre procédé se présente : Donner à la seconde chambre le droit de choisir dans son sein un certain nombre de ses membres et de les en détacher pour constituer la première.

Il a été adopté en Norwège, le 16 mai 1814, par l'assemblée d'Eisvold.

Le 14 de la même année, un coup fatal avait été porté à Tunion de Calmar par le traité de Kiel, consacrant la séparation de cet Etat et du Danemark. L'union personnelle avec la Suède, aujourd'hui si menacée, prenait naissance. Il fallait de grands corps politiques à la Norwège indépendante.

Une seule assemblée, le Storthing^ devait être élue d'abord. Â chaque session, elle désignerait une partie de ses membres pour former le Sénat (Lagthing) ^idJidls que les députés restant formeraient la chambre basse ou Odelsthing,

On pouvait espérer obtenir ainsi les avantages d'une double délibération. Deux assemblées d'hommes, se réunissant à part, ne tardent pas, bien que leur origine soit commune, à s'impreigner d'un esprit différent. Il est bon de noter toutefois, que le texte de la Constitution de 1814 appelle, non sans intention, le Lagthing : Une section du Storthing et que leur séparation n'a lieu qu'en matière purement législative. Se revoyant pour traiter ensemble un certain nombre de questions, ils sont souvent remis à l'unisson des idées et des influences.

Ceci ne serait rien. Le grand vice du système de désemboitement usité en Norwège, c'est que l'on obtient une seconde chambre là où l'on voulait un sénat. Certains parlements bien qu'ayant deux assemblées,

n'ont pas de chambre basse. Ici c'est Tinverse, bien qu'ayant deux chambres le Storthing n'a pas de sénat.

Comment^ choisis intégralement au début de chaque session , les membres du Lagthing pourraient-ils échapper aux passions bruyantes et éphémères des députés de rOdelsting ? Ne pas se souvenir des mêmes vicissitudes électorales que les collègues dont ils viennent de se séparer ?

Si le titre de membre du Lagthing doit être considéré comme un honneur ce seront les énergumènes, les agitateurs du Storthing, ceux-là même à l'influence desquels il serait urgent d'opposer un instrument pondérateur qui entreront à l'assemblée pondératrice. Plus assagie par leur départ la seconde chambre pourra-telle, dans une sorte de chassé-croisé, remplir, en fait, le rôle d'un sénat ? Mais, où y sont la plus longue durée du mandat ? Le renouvellement p.irtiel ? La garantie d'âge ? Tous modes de différentiation dont nous avons reconnu l'utilité.

Les membres de l'Odelsthing demeureront dépendants, ayant eu l'humiliation de n'avoir pas réussi à se faire élire au Lagthing. Bien qu'absents leurs collègues, plus heureux, continueront, du fond de leur assemblée, à conduire leurs travaux, tantôt donnant des ordres, tantôt, pour assurer leur situation à la session suivante, faisant eux-mêmes preuve d'une complète docilité. Ces inconvénients seraient évités en demandant au sort les membres du Storthing appelés à constituer le Lagthing.

Tel qu'il est le Parlement norwégien a la plupart des défauts d'une assemblée unique, son omnipotence, son despotisme, sa méconnaissance de toutes espèces de bornes.

L'entière histoire de la Constitution de 1814 le prouve.

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Pauvre pays que la Norwège ! Situé à rextrêmité d'un continent dont Tactivité manufacturière se développe chaque jour, ses seules ressources sont demeurées des pêcheries et des exploitations agricoles !

C'était bien pis encore en 1814, lors de l'assemblée d'Eisvold. Le travail était partout dénué et misérable.

Les partis ne pouvaient se former que d'une seule manière. La soif du progrès, de réformes, devait être représentée par les gouvernés , l'autorité , par tous ceux qui, à un titre quelconque, étaient parvenus à accaparer la puissance publique.

Les gouvernés sont une masse homogène. Sous le nom de Gaardbruger, nous retrouvons ici le petit paysan propriétaire du Danemark et de la Suède. L'identité du type s'explique par la longue communauté politique des trois royaumes. Toujours turbulent, difficile à satisfaire, il est d'autant plus le maître que comme sur les bords du Sund, il ne rencontre plus, pour lui être opposées, de villes ayant réussi à naître. Sur les côtes de la Baltique , comme dans la haute- Hollande, les villes ne réussissent qu'à mourir.

Pas, ou à peu près pas de noblesse.

En 1821, on appela les familles qui se prétendaient d'une origine plus élevée, à produire leurs titres. Seize seulement se présentèrent. Sur le nombre, il fut établi que les prétentions de deux n'étaient pas fondées.

Seuls, certains hommes émergeant au-dessus des autres, ont acquis, dans leur situation, une expérience plus étendue, dans leurs loisirs, une instruction moins primitive, ce sont les fonctionnaires.

L'inimitié de ces fonctionnaires et des gaardbriiger est violente. La classe agricole a été longtemps livrée à des vexations de toutes sortes. Aujourd'hui encore ou l'administration n'appartient qu'à de purs norwégiens, elle continue à recueillir les haines amassées.

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contre elle, par les agents étrangers, de Tunion de Calmar.

Pourtant^ jusqu'en 1833, le parti des fonctionnaires est maître de la majorité au Storthing. Le gouvernement lui appartient. Ses adversaires ignorent leur force.

Mais, des élections ont lieu. Partout on s'est efforcé de renverser le député de la région, sans oser prétendre à un succès d'ensemble. Tout étonnés en arrivant à l'assemblée, les paysans s'aperçoivent qu'ils y sont le nombre. Pour tirer parti de cette facile victoire, il leur I faut un chef. Ils regardent au milieu d'eux puis décer-

nent le commandement à Ole Gabriel Ueland.

Le passé de cet homme montre bien la pâte du parti qui vient d'arriver au pouvoir. Ueland est un pauvre instituteur. 11 appartient à une classe d'hommes qui accomplit en Norwège pour l'instruction ce que faisaient pour la justice les juges des premiers rois Normands. Il a promené une école au milieu d'un pays trop pauvre pour pouvoir l'établir nulle part, comme chez nous font les marchands d'élixirs. Sa popularité au Storthing a une humble cause. Beaucoup de ceux qui lui confient les destinées de leur aspiration se souviennent de l'avoir connu lorsqu'il traversait leur hameau.

Ces aspirations étaient d'ailleurs réduites à deux objets : payer moins et même pas d'impôts, anéantir l'engance aborée des fonctionnaires qui les avaient levés jusque-là. Que l'on n'attende pas des gaardbruger les réformes d'un libéralisme raisonné. Tout ce qui a été essayé en Norwège en ce genre fut l'œuvre de leurs ennemis. Ce sont ces derniers qui ont remanié le Coi!e pénal dans un sens plus humain et plus efficace à la fois, qui ont proclamé le droit à toutes les religions de vivre, tout près de l'intolérante Suède, et afin de conformer

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leurs actes à leurs doctrines ouvert aux juifs immémorialement proscrits les portes du pays.

Pour obtenir tout cela il ne fallut rien moins que la présence, parmi eux, d'un homme de grand cœur et de haut caractère : Schweigaard. Chacune de ses idées n'a abouti qu'après avoir rencontré une opposition désespérée chez les gaardbruger. Ceux-ci ne comprennent le progrès que lorsqu'il touche de près, et avec évidence à leur intérêt matériel. Leur esprit étroit se méfie de tout ce qu'ils ignorent. Ce qui parle à leur instinct se sont des propositions comme celle du partage des terres. Ils sont socialistes jusqu'à la moelle et un des leurs M. Jaabœk a bien défini leur programme le jour où il a déclaré qu'ils en voulaient à tous ceux c< qui savent le latin. »

Entre le. pays qui envoyait au Storthing une majorité de paysans et le gouvernement qui continuait à s'appuyer sur le parti des fonctionnaires, un choc violent était inévitable. Il eut lieu en 1869.

Les ministres établis par la Constitution de 1814 formaient un conseil séparé du Parlement. Ils ne pouvaient paraître ni dans l'une ni dans l'autre des deux assemblées, et devaient toujours avoir été choisis en dehors de leurs membres. Peut-être l'intention première fut-elle d'affranchir le cabinet en proportion des liens que l'on imposait à la première Section du Storthing.

Appelée conseil d'Etat , la réunion des ministres n'avait jamais cessé de provoquer les appréhensions des fonctionnaires. La droite où ils siégeaient se demandait si elle n'était pas condamnée par son organisation, à entrer en lutte avec le Storthing, faute de moyens d'explications , comme on voit les sourds se disputer même lorsqu'ils sont d'accord.

Plusieurs fois elle avait demandé que le droit fut

reconnu aux membres du conseil d'Etat de discourir et de siéger dans les chambres.

Les gaardbruger ne virent pas dans cette propositions un acheminement vers le régime parlementaire. Le Storthing était à eux. Ils crurent que le gouvernement ne demandait à y entrer que pour les traquer dans leur domaine. Ils repoussèrent la demande répétée des fonctionnaires.

Parmi eux cependant siégeait, depuis 1851, un homme qui déplorait intérieurement leur avis. M. Svcrdrup sentait que pour que des ministres puissent commander à un parlement, il faut qu'ils aient été pris parmi ses hommes les plus influents. Donner aux membres du Conseil d'Etat l'accès du Storthing réclamé par la droite, c'était, bien loin d'augmenter leur action, les jeter vivants aux murènes. Ils ne pouvaient manquer d'être dévorés.

Svcrdrup était un avisé. Tant qu'Ueland vécut il ne tentât pas d'efforts condamnés d'avance. Lui-même, avec tous ses amis de la gauche, repoussa les propositions des fonctionnaires.

Lorsqu'en 1869, le premier chef des paysans s'en alla dans la tombe, Svcrdrup était désigné à ses amis par sa valeur d'homme d'Etat, comme le seul des membres du Storthing capable de recueillir une succession aussi lourde. Ce moment était celui qu'il attendait pour ouvrir les yeux de la gauche. Son premier acte fut pour reprendre en son nom la proposition (juc pendant longtemps elle avait si violemment combattue.

L'étonnement, la stupeur que ce mouvement provoqua à droite, ne sauraient être comparés qu'à ceux du parti libéral belgele jour oùM. Bernaert déclara que les catholiques étaient prêts à procéder à la révision. Rien ne vous éclaire sur le profit que Ton est appelé à tirer d'une doctrine comme de la voir soutenir par ses ad-

versaircs. M. Stang, le premier ministre, et le conseil tout entier perçurent comme dans un éclair les dangers d'une proposition dont ils avaient été les chauds partisans. Ils firent résolument volte-face.

Le Storthing comprenait par leur résistance le coup droit qu'il pouvait porter, en suivant Tavis de M. Sverdrup, au parti des fonctionnaires. En 1874, il vota une première fois la loi proposée. Il ne fut tenu aucun compte de sa décision. En 1877, nouveau vote, nouveau refus de le reconnaître. En 1880, enfin, troisième adoption de la réforme et toujours mémo refus de sanction.

Ces trois délibérations, on le voit, avaient été prises à trois ans de distance les unes des autres. Or, la durée de trois ans est précisément celle d'une législature norwégienne. Ce n'est pas sans intention qu'entre chaque dépôt de son amendement, le chef de la gauche avait laissé s'écouler ce temps précis. Le vote de 1880 à peine émis, il monta à la tribune. Il tenait à la main un article oublié du texte de 1814, déclarant que lorsqu'une loi aurait été admise par le Storthing, durant trois législatures consécutives, elle serait douée de la même force que celles ayant obtenu la sanction royale.

L'argument était sans valeur juridique. La disposition mise en avant ne vise que les délibérations ordinaires. Elle réserve tout ce qui a trait à l'ordre constitutionnel. Il était sudisant néanmoins pour produire impression venant d'un parti qui avait la faveur du nombre.

La situation devenait critique. M. Christian Selmer fut placé à la tête du conseil d'Etat, en remplacement de M. Stang auquel ses amis reprochaient un état de choses que nul n'aurait pu empêcher.

Le nouveau ministre tint à inaugurer ses fonctions par une démonstration de droits éclatante. Il appela les

professeurs les plus savants, les plus impartiaux de la faculté de Christiania pour leur demander leur avis. Tous donnèrent raison à la thèse qu^il allait soutenir.

Comme on le pense, le Storthing se soucia peu de Topinion de ces doctes esprits. Le remplacement de M. Stang avait accru encore son irritation. En lui il n'avait vu pour les fonctionnaires qu^un ministre de défense. Il comprenait que M. Selmer allait chercher à reconquérir le terrain perdu dans les surprises de Toffensive. Pour toute réponse à la consultation de Christiania l'Odelthing vota la mise en accusation du Conseil d'Etat.

C'est en effet en Norwège la première section du Storthing qui engage les procès politiques. Puis, les membres du Lagthing se réunissent à ceux de la Cour Suprême pour constituer le Rigsret, tribunal mixte, devant lequel les accusés seront appelés à comparaître (1).

Ce mélange de magistrats de profession et d'homme politique est à même, loyalement effectué, d'offrir certaines garanties aux accusés. C'est précisément ce que les amis de M. Sverdrup ne voulaient pas. A partir de ce moment, les vices de la division du pouvoir législatif au Storthing vont nous apparaître dans toute leur étendue.

Jusque-là on avait toujours , — il faut le dire à rhonneur des paysans, — donné à chaque parti, dans le Lagthing , un nombre de sièges correspondant à celui , qu'au Storthing , lui avaient conféré les électeurs. Les accusateurs firent traîner les préliminaires du procès jusqu'en 1883 , pour pouvoir , contrairement au droit coutumier, ne mettre à la première

(I) Le Rigsret juge: 1* Les membres du Conseil d'Etat; 2* De la Cour Suprônie ; 3* Du Storthing. Il est présidé do droit par le président du Lagthing.

section que des hommes de gauche. Puis, ils supprimèrent un certain nombre de sièges à la Cour Suprême afin de diminuer au Rigsret la représentation du pur élément judiciaire.

Pour prendre patience, en attendant la condamnation de M. Selmer, le Storthing continuait à se servir du vieux moyen d'opposition inventé par Ueland, en refusant de voter les fonds nécessaires à la rétribution des fonctionnaires. Il décidait que dorénavant les administrateurs du pays ne pourraient être choisis que sur des listes présentées par les conseils locaux.

Une pareille loi ne pouvait être acceptée par M. Selmer. On lui fit un nouveau reproche d'en avoir provoqué le refus de sanction.

Son procès dépassa tout ce que l'imagination peut accumuler d'actes arbitraires. Comparaissant ensemble les accusés auraient bénéficié d'un nombre de récusations assez élevé. Malgré l'unité de l'afl'aire il fut décidé qu'on les jugerait un à un à la manière des Curiaces. La sentence rendue n'étonna personne. Depuis longtemps, indignés faute de pouvoir faire entendre la voix de la justice, les avocats avaient déserté la barre.

Le roi dût alors pourvoir à la formation d'un nouveau ministère. En guise de protestation il mit à sa tête tous les membres de l'ancien Conseil d'Etat qu'en droit, le verdict du Rigsret lui permettait d'y garder. Parmi les accusés tous en efl'et avaient été condamnés à des amendes variant entre 15,000 et 8,000 kroners, mais, trois n'avaient pu être destitués, n'ayant pas été mêlés par leurs attributions aux luttes de leur chef. Pour bien marquer son intention de marcher dans les voies du progrès le souverain comprit le libéral Schweigaard parmi les hommes qu'il leur adjoignit.

La gauche vit dans ce cabinet un nouveau défi. La crise redoublait^ A vrai dire, on ne savait plus où on

allait. D'une part, los paysans refusaient de voter les crédits, comme auparavant, de l'autre, transformaient le Storthing en tribunal révolutionnaire. On y appelait les ministres. Le Parlement prenait le lieu et place du Rigsret après en avoir supprimé Texistencc indépendante. On parlait déjà de condamner les ministres provocateurs à demeurer leur vie durant enfermes dans une forteresse

Le roi essaya d'arrêter Forage par un acte de clémence. Le poète Bjœrnson, dont le nom est célèbre en terre Scandinave s'étant compromis par sa violence à soutenir la cause des gaardbruger\ était cité en justice. On apprit que le souverain avait donné ordre de surseoir à toute poursuite.

Il est des moments où chaque avance à un parti puissant ne sert qu'à lui montrer sa force. Pour la Couronne il n'y avait qu'un moyen d'en finir : la soumission.

Le monarque se résigna à la faire complète , promit de sanctionner la loi introduisant les ministres au Storthing, accepta l'élection des fonctionnaires par les conseils locaux et appela M. Svcrdrup à la tète du conseil des ministres.

En échange le trône obtenait une concession mesquine. Pour laisser indemne un prestige dont on avait fait jusque-là si peu de cas, la gauche victorieuse consentit à oublier ses votes d'opposition. Elle adopta deux nouveaux projets dont la lettre était différente, mais, dont le sens était le même que celui des deux lois longtemps combattues. Le roi eut alors l'air, en leur accordant sa sanction , de ne céder que de son propre mouvement.

Dorénavant les ministres entreront donc au Storthing.

Satisfait de ce succès le Parlement norvégien se décidera-t-il à un fonctionnement pacifique ? Ce qui se

passe aujourd'hui montre qu'il n'y est point disposé. Il continue à étendre son autorité, à vouloir anéantir tous les pouvoirs qui s'opposent à son gonflement. L'union avec la Suède a vécu, et la proclamation du gouvernement républicain sur les bords de la Baltique est chose dont personne ne s'étonnera.

La crise sera-t-elle terminée alors ? Pas davantage. La N'orwège demeurera le jouet de toutes les agitations tant qu'elle sera dirigée par un système de division du pouvoir législatif, qui la prive des garanties du dualisme, tout en lui masquant l'existence et les dangers de l'unité.

Mettons qu'en 1869 M. Stang ait accepté la proposition Sverdrup, ait fait le premier pas demandé vers la responsabilité ministérielle. Le Storthing n'aurait-il pas sûrement trouvé un autre moyen de satisfaire son absolutisme ? Le parti des gaardbruger aurait eu pour lui les ministres, mais ce qui a été fait contre eux, ne l'aurait-il pas été avec eux ?

Le Sthorthing fait TefTet de certaines boîtes où, en ouvrant, on en trouve d'autres. On ne peut songer à les séparer sans désassortir le jeu. Le Lagthing et l'Odelsthing devaient en vertu de leur organisation même ne jamais être éloignés sur le terrain de la pensée. Dans leur longue histoire de quatre-vingt-deux ans il serait impossible de citer un seul exemple de pondération véritable. Rarement nous avons eu à les appeler par leur nom, presque toujours il nous a suffi de désigner leur réunion, de dire : le Storthing.

Pourtant on ne saurait s'en prendre aux auteurs de la Constitution de 1814. Us semblent avoir prévu tout ce qui est arrivé. On est étonné lorsque l'on compare la témérité du système adopté par l'assemblée d'Eisvold à la sagesse du projet d'où il est sorti.

Ce projet eut pour auteurs un norwégien et un danois Christan-Magnus Falsen et Jean Gunder Adler,

Dans leur idée, le Storthing n'était destiné à se réunir que tous les trois ans, pour laisser aux passions le temps de so calmer entre les sessions orageuses.

Le Lagthing devait bien être élu par lui , mais , d'une manière qui aurait peut-être changé le sort de la Norwège. En effet la première section devait être une chambre permanente. Au lieu d'être renouvelée intégralement au début des sessions, chaque fois, il n'en devait être élu qu'un tiers. Les majorités du Lagthing et de l'Odelsthing n'auraient plus dépendu l'une de l'autre.

Comment d'une conception si raisonnée en vint-on à celle dont nous connaissons les résultats ?

Par une transaction. C'est une transaction qui devait faire la faiblesse du Sénat de Christiania, comme c'est une transaction qui a été la cause de la grandeur de celui de Washington.

Le système d'une assemblée unique comptait à Eisvold des partisans nombreux. Sur le principe des deux chambres ils ne furent battus que par 2 voix de majorité. Mais, pour en venir là, il avait fallu le dénaturer de manière à attirer au dualisme un certain nombre des partisans de l'unité. Les théoriciens de la pondération avaient été à leurs adversaires en croyant les amener à eux. Ils leur accordèrent le renouvellement intégral, la restriction du dualisme aux questions de législation pure.

De ces compromissions l'idée de la réunion triennale était sortie indemne.

Pour n'avoir pas été rayée en 1814 cette salutaire garantie n'était pas néanmoins destinée à durer. Elle a été détruite en 1859. Les paysans ont à cette époque rendu annuelles les réunions du Storthing.

Jusqu'aux transformations du mode de suffrage en Norwège qui sont venues successivement anéantir le peu

de sécurité que l'on aurait pu attendre encore du dualisme ainsi que Tentendaient les constituants d'Eisvold !

Adler et Falsen conféraient Télection des membres du Storthing à un collège peu étendu, distinguaient,' comme en Danemark, les campagnes et les villes.

Dans les villes il suffisait d'exercer une industrie, dans les campagnes, il fallait être propriétaire d'un domaine valant à peu près 5,000 francs de notre monnaie.

Le comité chargé d'étudier le projet déclara qu'il ne pouvait accepter que le suffrage universel.

L'assemblée ne voulut mécontenter personne. Elle étendit le droit de vote dans les campagnes à tout propriétaire d'un immeuble reconnu au cadastre. Dans les villes elle refusa l'adjonction des capacitaires, mais, elle admit aux urnes tout bourgeois possesseur d'un domaine valant 300 rixdalers (800 francs).

Ce collège électoral ne pouvait envoyer au Storthing que des hommes assez tranquilles, assez attachés à l'organisation créée. On avait une assemblée pour ainsi dire unique, mais, on était en droit d'espérer que les périls en seraient diminués par la situation de ceux que l'on y envoyait.

En effet, dans les campagnes, d'où pouvait partir l'esprit perturbateur, le véritable gaardbruger^ le turbulent petit paysan , frondeur et cupide , était tenu en dehors de la combinaison. Le cadastre norwégien en vigueur en 1814 était dressé de telle sorte que l'on n'y voyait figurer que les plus importants propriétaires.

Aussi une des premières lois proposées par Sverdrup lorsqu'il arriva au pouvoir fut-elle pour accorder la souveraineté à un plus grand nombre de cultivateurs. Le chiffre des citoyens ayant le droit de suffrage a doublé. On a vu parvenir au Storthing les ouvriers des villes. Si leur arrivée peut inquiéter, en ce qui concerne

le fonctionnement du dualisme norwégien, elle s'est signalée par nombre de projets utiles. Le Storthing étudie, en ce moment, la réglementation du travail des enfants et des femmes, l'hygiène et la sécurité des fabriques, l'assurance obligatoire contre la maladie et les accidents.

Nous ne voulons pas quitter la Norwège sans nous poser une question à l'égard de sa manière de comprendre la division du pouvoir législatif.

On pourrait, lorsqu'on ne connaît pas les difficultés qu'elle a procurées à son pays, se laisser séduire par l'organisation du Storthing. Il semble que, dans le monotone développement de l'idée de pondération, on est arrivé à découvrir quelque chose d'original. Où l'originalité se trouverait-elle en effet si ce n'est dans l'œuvre des constituants peu instruits de 1814, sur les plus extrêmes confins du monde habitable ? Il est donc intéressant de se demander si l'invention du système de dualisme de la Norwège appartient en propre à ceux qui, il y a près d'un siècle, l'y proposèrent?

Nous n'hésitons pas à répondre : non.

Ce système fut cher à un français. L'ignorance à cet égard est d'autant plus étrange que ce français était Siéyes. Nous le verrons au cours de la période révolutionnaire le proposer avec obstination et le représenter sans se décourager à divers moments et sous des formes différentes.

Adler et Falsen ont eu, on n'en peut pas douter, connaissance de ses efforts. Lorsqu'ils en dotèrent leur pays, le premier, empire de Napoléon croulait à peine. Or nul n'ignore avec quel engouement on s'attacha à cette époque à rechercher les actes oi les doctrines des hommes de la redoutable fin de siècle dont on venait de sortir.

L'idée de Siéyes était faite pour plaire en Norwège.

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