EVOLUTION DES CHAMBRES HAUTES
très qu'à lui-même, s'efforçant de la reprendre de plue en plus entre ses mains. Mais, ceci est Técorce purement politique de révolution des chambres hautes. La moelle en est sociale. Aussi bien \h où le droit de naissance les alimente, que là où le roi nomme les sénateurs, et où leur désignation tend à s'enfoncer dans la masse, une chose la capte, la tord à son foyer inextinguible, c'est la lutte entre les trois grandes aristocraties , d'où comme au milieu des flammes doit s'échapper et monter l'esprit impalpable contenu dans leurs fibres carbonisées, l'intelligence pure. . . . Même au-delà de l'Atlantique, dans ces Etats-Unis, dont le Sénat semblerait au premier regard sorti d'une génération spontanée et populaire , si l'esprit scientifique ne savait en chercher au loin les phases antérieures, n'avons-nous pas vu les démocrates les plus fougueux, les publicistes les moins suspects, jeter les yeux sur la grande assemblée de Washington et se demander avec inquiétude si ceux qui y siègent peuvent être considérés encore comme les hauts barons du mérite personnel ?
Ainsi les chambres hautes, envisagées comme un être de raison, nous sont apparues parties d'un point indéniable, marchant vers un terme pressenti.
Assurément, sur la mappemonde, où sous le nom de chacun des pays se trouverait marquée la date de ses constitutions, on verrait des sénats électifs plus anciens que des chambres hautes nommées, des chambres hautes nommées antérieures à des assemblées héréditaires. A ne regarder qu'un même Etat l'évolution semble, à certains moments, s'effectuer à rebours. Mais, le progrès historique a-t-il jamais suivi une route droite ? Ses détours et ses reculs peuvent-ils en faire nier le but ?
Au point de vue pondérateur, les Etats sont comme des coureurs. Tous suivent le même trajet. Les uns
sont plus en avance, les autres plus en arrière^ les uns s'encouragent, les autres se bousculent, les uns sont partis de très loin, les autres sont venus se joindre à eux en route. C'est seulement à force d'en rencontrer le grand nombre, de regarder leur visage et leurs muscles fatigués, de voir la soif qui les dévore que Ton finit par comprendre où ils vont. Tout là-bas, à Thorizon, apparaît la ligne bleuissante de ce grand fleuve de démocratie que Tocqueville nous a montré, coulant depuis des siècles et qui en un jour plus ou moins rapproché deviendra sûrement une mer !