‹ Sénats et chambres hautesChapitre 68 sur 91 · LES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

LES PHILOSOPHES

synonymes, pour signifier et désigner que tous assemblés ne composent qu'un seul et même Parlement divisé en plusieurs classes (1) ». Défense leur est faite de s'envoyer les uns aux autres des pièces, mémoires, remontrances ou arrêts relatifs aux projets qui leur sont déférés.

Leur réponse est une protestation générale. Le coup d'Etat Maupeou les supprime, leur substitue des conseillers du roi. Ils ne seront rétablis, en 1774, par Louis XVI, que pour être remplacés en 1788, sur une idée du garde des sceaux Lamoignon,par une cour plénière chargée de l'enregistrement qui jusque là leur avait appartenu.

Au milieu de la lutte bruyante menée par les parle* mentaires^ la division du pouvoir législatif commence à se faire d'une manière méditative, cérébrale.

N'allons la chercher ni chez Jean-Jacques Rousseau, ni chez l'abbé de Saint-Pierre. Leur conception de la souveraineté changeante, inaliénée, est aussi rigoureusement incompatible avec les délégués temporaires d'un pouvoir dualiste que d'une assemblée unitaire.

L'idée des deux chambres est surtout prônée par les admirateurs de la constitution anglaise, qui commence à être connue d'un petit nombre. Voltaire l'a ainsi versifiée dans la Henriade :

« Aux murs de Westminster on voit paraître ensemble Trois pouvoirs étonnés du nœud qui les rassemble : Les députés du peuple et les grands et le roi, Divisés d'intérêts, réunis par la loi ; Tous trois membres sacrés de ce corps invincible • Dangereux à lui-même, à ses voisins terrible : Heureux lorsque le peuple, instruit de son devoir, Respecte autant qu'il doit le souverain pouvoir, Plus heureux lorsqu'un roi doux, juste et politique Respecte autant qu'il doit la liberté publique, o

(i) Edit de 1770 enregistré en lit de justice.

Par cette citation on peut se rendre compte de la manière dont Voltaire entendait une chambre haute. Pour lui, ce sont les grands.

Montesquieu pense de même, mais, il parle de la richesse et^ par là, voit déjà plus loin :

(( Il y a toujours dans un Etat des gens distingués par la naissance, la richesse ou les honneurs, et s'ils n'y avaient qu'une voix comme les autres, la liberté commune serait leur esclavage, et ils n'auraient aucun intérêt à la défendre, parce que la plupart des résolutions seraient contre eux. La part qu'ils ont à la législation doit donc être proportionnée aux autres avantages qu'ils ont dans l'Etat, ce qui arrivera s'ils forment un corps qui ait droit d'arrêter les entreprises du peuple, comme le peuple a droit d'arrêter les leurs. »

Si l'analyse de Montesquieu était assez parfaite pour démêler la force future de l'argent comme principe de dualisme, cet argent n'en appartenait pas moins aux grands dont parle Voltaire. Sa conclusion devait donc être la môme. Il était impossible que l'on songeât alors à un autre élément pondérateur que la noblesse. C'était la vraie énergie politique et tous les sénats dont les auteurs de la Henriade et de VEsprit des Lois pouvaient avoir connaissance avaient dû s'appuyer sur elle.

C'est parce qu'il était impossible d'envisager le dualisme législatif autrement, qu'on lui trouve au xviii® siècle de nombreux adversaires. Comment se serait-il concilié avec le plan de Turgot ? Ce plan était dressé surtout contre l'aristocratie . Le grand économiste voulait établir des municipalités dans chaque commune, au-dessus de ces municipalités des municipalités de district. A leur tour les municipalités de district étaient dominées par les municipalités de province, au-dessus

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