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CHAPITRE IV

Réaction thermidorienne. — Constitution de l'an m.

La réaction de thermidor, la chute de Robespierre, ont empêché d'essayer l'œuvre jacobine.

Lorsque un impérieux besoin d'apaisement se fut fait sentir, la Convention ne renonça pas à appliquer la Constitution de 1793. Elle s'était contentée de nommer, le 10 germinal an III, une commission d'hommes plus sages, chargée de la rendre pratique en élaborant un ensemble de lois. Cette commission trouva la tâche compliquée et préféra soumettre à l'assemblée une constitution nouvelle.

C'est celle qui porte la date du 5 fructidor. Daunou en fut le grand inspirateur. Boissy d'Anglas, qui avait été chargé de présenter le projet aux représentants du peuple, trouva, le 5 messidor, des paroles éloquentes pour démontrer la nécessité de deux chambres :

a Je m'arrêterai peu de temps à vous retracer les dangers inséparables de l'existence d'une seule assem-

blée. J'ai, pour moi, votre propre histoire et le sentiment de vos consciences. Qui, mieux que vous, pourrait nous dire quelle peut être dans une seule assemblée l'influence d'un individu ? Comment les passions, les divisions, l'intrigue de quelques factieux, l'audace de quelques scélérats, l'éloquence de quelques orateurs, cette fausse opinion publique dont il est si aisé de l'investir, peuvent y exciter des mouvements que rien n'arrête, occasionner une précipitation qui ne rencontre aucun frein, et produire des décrets qui peuvent faire perdre au peuple son bonheur et sa liberté, si on les maintient, et à la représentation nationale, sa force et sa considération si on les rapporte.

« Dans une seule assemblée, la tyrannie ne rencontre d'opposition que dans ses premiers pas : bientôt elle établit sur une base unique et solide le trône de la terreur, et les hommes les plus vertueux ne tardent pas à être forcés de paraître sanctionner des crimes, de laisser couler des fleuves de sang, avant de parvenir à faire une heureuse conjuration qui puisse renverser le tyran et rétablir la liberté. »

Le rapporteur proposait deux assemblées nommées parles mêmes électeurs (1). La difl'érenciation ne devait exister, entre elles, que par le nombre, Tàgc et la qualité des représentants. La première s'appellerait le Conseil des Anciens, la seconde le Conseil des Cinq Cents. Cette phrase de Boissy d'Anglas suffira à faire comprendre leur caractère : « Le Conseil des Cinq Cents sera l'imagination de la République, le Conseil des Anciens en sera la raison. »

Dans ce but le nombre des Anciens devait être la

(1) Le vole avait lieu à deux degrés. Les assemblées primaires nommaient un électeur par deux cents citoyens ayant le droit de vote. Col électeur devait être âj[?ô de vingt-cinq ans cl payer un cens épuivalcnt à 100, 150, 200 journées de travail.

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