PREMIER EMPIRE
priment le Tribunal dont les libres discours auraient pu lui porter ombrage. Leur assemblée se trouve seule en face du Corps législatif.
Peut-on dans l'organisation qui subsiste trouver le germe d'une division quelconque du pouvoir délibérant ? Penser à l'organiser en donnant à une chambre le législatif, à l'autre le constituant ?
Nous ne le croyons pas. Sous l'Empire les choses ont pu quelque temps fonctionner ainsi parce que partout se cachait l'absolutisme de Napoléon. Avec deux chambres vraiment électives, ou la constituante se contenterait d'exercer son pouvoir et les lois manqueraient de la garantie de la double délibération, ou elle s'arrogerait le droit d'intervenir dans leur confection et la pondération n'existerait que grâce à un empiétement.
Aux Etats-Unis on a bien confié à un grand corps le droit d'annuler ce que la loi peut avoir d'inconstitutionnel, mais, ce corps appartient à Tordre judiciaire, et coexiste avec le dualisme législatif.
Un admirateur enthousiaste de l'organisation napoléonienne a prétendu démontrer que son Sénat était indépendant. Si grande que soit l'autorité de M. Faustin Hélie nous préférerons nous fier au témoignage de l'empereur lui-même.
En 1807 il répond à une adresse : « Monsieur le président du Sénat, j'ai reçu l'extrait des registres de délibérations du Sénat du 4 décembre. J'ai été touché des sentiments qu'il me montre. Au reste en cela le Sénat ne fait que me payer de retour. »
Plus tard, désabusé, abandonné des hommes et de la fortune, Napoléon dira : « Un signe était un ordre pour le Sénat qui faisait toujours plus qu'on ne désirait de lui. »
Que de souvenirs pouvait se rappeler en cfTot le colosse renversé ! Il dut revoir ces députations inces-
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santés que le Sénat avait pris Thabitude de lui envoyer au milieu de ses combats pour le féliciter plus tôt de ses victoires. L'irrévérencieuse appellation : « les comtes bleus » que Talleyrand donnait à ses membres , en faisant allusion à la couleur de leur costume, dut tourbillonner dans son esprit. Il avait aimé à se présenter au Sénat couvert d'or et de diamants par M. de Rémusat, premier chambellan, chargé à la fois de la garde-robe impériale et de la surintendance des spectacles. Où était le temps où assistant, un jour, à une séance de TAcadémie et ayant manifesté son étonnement d'y voir tant de sénateurs, il s'était attiré cette réponse : « Que voulez-vous. Sire, il faut bien faire quelque chose. »
Durant le calvaire de Dresde, Paris, Waterloo, Napoléon dut se rappeler aussi de la parole d'Andrieux : « Sire, on ne s'appuie que sur ce qui résiste. » Un corps qui n'est pas capable de résister contre son souverain, ne l'est pas davantage en sa faveur. La preuve en fut cette odieuse déchéance de son protecteur malheureux qu'à l'instigation de Talleyrand le Sénat osa prononcer. L'acte du 2 avril 1814 fut voté par 6G voix contre 74 abstentions. Les plus lîdùlcs amis de Napoléon n'étaient pas là, tout ce qu'il y avait au Sénat de maréchaux et de généraux l'ayant suivi hors de France.