‹ Sénats et chambres hautesChapitre 80 sur 91 · CENT-JOURS · texte numérisé non relu

CENT-JOURS

de rarmcc, elle trompera rattcnte des partisans de l'égalité, elle soulèvera contre moi mille prétentions individuelles. Où voulez-vous que je trouve les éléments d'aristocratie que la pairie exige ? Les anciennes fortunes sont ennemies, plusieurs des nouvelles sont honteuses. Cinq ou six noms illustres ne suffisent pas. Sans souvenirs, sans éclat historique, sans grandes propriétés, sur qui ma pairie sera-t-elle fondée ? Celle d'Angleterre est tout autre chose ; elle est au-dessus du peuple, mais, elle n'a pas été contre lui. Ce sont les nobles qui ont donné la liberté à l'Angleterre ; la Grande-Charte vient d'eux. Ils ont grandi avec la constitution et font un avec elle ; mais, d'ici à trente ans, mes champignons de pairs ne seront que des soldats ou des chambellans ; Ton ne verra qu'un camp ou qu'une antichambre. »

Cependant il pensait que l'hérédité pouvait lui être fort utile. 11 avait coutume, raconte un de ses confidents (1), de s'exprimer souvent ainsi :

« Une constitution appuyée sur une aristocratie vigoureuse ressemble à un vaisseau. Une constitution sans aristocratie n'est qu'un ballon perdu dans les airs. On dirige un vaisseau parce qu'il y a deux forces qui se balancent. Le gouvernail trouve un point d'appui. Mais, un ballon est le jouet d'une seule force ; le point d'appui lui manque, le vent l'emporte et la direction est impossible. »

Des deux sentiments de Napoléon ce dernier triompha. C'était le plus politique. L'Europe armée en voulait moins à l'usurpateur qu'à Thomme providentiel qui avait essayé de faire vivre en bonne intelligence l'absolutisme et la révolution. Elle était animée de moins de colère contre le général dont les canons avaient labouré ses Etats que contre l'apôtre qui avait répandu

(1) Benjamin Constant, Politique constitutionnelle.

sur son passage l'esprit de la France de 1789, entouré d'un état-major de maréchaux fils de tonneliers et d'aubergistes.

Couvrir le trône à l'aide d'hommes appuis de la légitimité ancienne, devait être pour Napoléon le meilleur moyen de s'en créer une aux yeux de ses ennemis. Accepter la pairie héréditaire était flatter secrètement l'Angleterre, le plus acharné de tous.

L'empereur n'avait qu'à jeter les yeux en arrière pour se convaincre qu'en définitive le rétablissement de l'hérédité législative par les Bourbons n'avait pas été vu d'un mauvais œil par le pays. 11 céda aux objurgations des intéressés. Benjamin Constant, l'auteur de l'Acte Additionnel, rompit se* hésitations dans une entrevue décisive.

Le groupe dont ce publiciste faisait partie se souvenait des mauvais résultats du sénat viager.

C'est ainsi que, dès son Titre premier^ après avoir expliqué que si un certain nombre de réformes libérales avaient été ajournées par Napoléon c'était parce que l'Empereur avait voulu organiser un grand système fodératif européen conforme à IVsprit du siècle et favorable au progrès de la civilisation, que son but serait désormais d'accroître la prospérité de la France par l'alTranchisscmcnt de la liberté publique, l'Acte Additionnel présente comme une des premières conditions de cette liberté rétablissement d'une pairie héréditaire.

La pairie de 1815 ne différa de celle de 1814 que sous deux rapports. L'i^gc à partir duquel il était permis de prendre part aux séances fut avancé de cinq ans. L'hérédité , de facultative devint obligatoire , Napoléon la restreignait à la ligne directe et la déclara non transmissible par adoption.

Le pouvoir législatif restait, comme par la Charte,

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