CENT-JOURS
divisé en deux chambres. Du moment que le droit de naissance était admis, Tempercur aurait été fort contrit, s'il lui avait fallu laisser à sa haute assemblée des Cent- Jours les pouvoirs dictatoriaux du Sénat de jadis. 11 ne pouvait plus être question du système de Tan VIII et des senatus-consultes subséquents. La Chambre des Pairs même en matière constituante devait marcher d'accord avec l'autre assemblée et obtenir la sanction impériale.
Dès que la teneur de l'Acte Additionnel fut connue elle donna naissance à une ardente polémique. Tandis que l'œuvre de Benjamin Constant rencontrait dans des milieux très différents des admirateurs comme Sismondi et le conventionnel Barrère, Vicnnet publia sous le titre d'Opinion d'un homme libre ses vues sur la constitution proposée. Il niait catégoriquement que la France fût pour l'hérédité. Cette hérédité était à l'entendre : « demandée par deujc cents prétendus publicistes et repoussée par vingt-quatre millions neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille huit cents Fran^ çais, » Il était absurde, ajoutait-il : « de vouloir que la loi fût faite par des sénateurs imberbes, descendus mollement du lit voluptueux de leurs maîtresses, cherchant un lit de repos sur les coussins de la pairie, chancelant de fatigue, sommeillant de luxure et d'ennui ».
Cette diatribe frappa, d'autant plus, que TActe Additionnel avtiit imaginé pour la seconde chambre une sérieuse représentation de l'industrie, de la propriété manufacturière et du commerce. Un contraste violent s'établit dans les esprits entre le lit voluptueux de Viennet et l'usine fumante. On "se demande s'il n^aurait pas été préférable d'appliquer à la première chambre les principes de la seconde afin d'y dégager plus complètement la volonté nationale.
L'heure de Waterloo était proche. Après cette déei-
sive bataille le Sônat des Genl-Jours ne se fit pas plus de scrupules que celui de 1814 d'abandonner son souverain. Nous le voyons d'un commun accord avec la seconde chambre nommer une commission « chargée de négocier directement avec les puissances coalisées.» Au milieu de tant d'ignominies une seule parole loyale s'éleva. Ce fut celle de Labédovère. « Il est donc décidé, s'écria-t-il, que dans cette enceinte on n'entendra jamais que des voix basses ! »
La pairie héréditaire n'eut donc au 20 mars 1815 pas plus d'influence pour empêcher la seconde chute de l'Empire que le Sénat viager n'en avait eu pour prévenir la première. Mais, peut-on dire qu'héréditaire, elle l'était vraiment, elle, dont les titulaires n'occupèrent môme pas leurs sièges aussi longtemps que leurs prédécesseurs de 1814 ?