‹ Sénégambie et GuinéeChapitre 14 sur 25 · VERS · texte numérisé non relu

VERS

jamais aux bienfaits des inondations ,

se personnifie dans Nephthys, sœur et épouse de Typhon. Condamnée à la stérilité dans son hymen, elle ne pourrait produire que par un adultère avec Osins , c'est-à-dire l'épanchement des eaux du fleuve sur la terre du désert. Ce mythe si clair établit parfaitement la distinction entre le sol rimitif et le sol d'atterrissement ou 'alluvion, qui le recouvre en partie et se renouvelle à certaines époques fixes.

Le lit du fleuve, parfois creusé profondément , surtout dans la région inférieure, révèle à chaque pas la nature des obstacles qu'il a dû vaincre. La variété des rienesses géologiques du sol nubien apparaît à découvert tantôt dans les couches de roches coupées à pic par l'action des eaux, tantôt parmi des débris roulés et rejetés par les ouragans sur la limite des déserts. Les monuments de l'antiquité qui, grâce à un ciel conservateur, subsistent encore sur les rives du fleuve , peuvent aussi donner une idée de la nature des matières exploitées par les anciens.

En remontant vers le sud au-dessus de l'île d'Éléphantine, où sont les frontières méridionales de l'Égypte, et audelà de Syène, connue par ses fameuses carrières de granit oriental, appelé aussi syénit, on y reconnaît encore les traces de leur exploitation par les anciens Égyptiens, et des ébauches de ces gigantesques monolithes dont ils décoraient les temples et les palais.

On rencontre d'autres chaînes de cette matière recherchée, variant de couleur, souvent rose ou noire , quelquefois nuancée de ces deux espèces , et à laquelle le temps et l'action de l'air n'ont rien ôté de sa vivacité. Au granit succèdent plusieurs variétés de grès et de brèche ; entre autres , cette espèce dure, à grain serré , dont on sculptait les statues colossales qui gisent encore éparses sur le sol de la Nubie. On

S résume que l'Égypte tirait autrefois e l'Éthiopie la plupart des blocs de matière précieuse qu'on retrouve dans les hypogées et les ruines des grands édifices, sous la forme de sarcophages,

XfUBIE.

de vases et de statues. Parmi les. amas et de l'inondation, environ depuis le

(le cailloux rejetés sur la lisière des solstice d'été jusque vers l'équinoxe plages 101s penti

anciens travaillaient avec tanf d'art, avec l'automne des climats, tempérés

et dont les femmes font encore leur de l'Europe?

{>arure. On rencontre aussi le marbre, Mais, ces différentes saisons, et les e jaspe de toutes les espèces , dont phénomènes qui les accompagnent , se une particulièrement paraît propre à modifient d'après la position géograla Nubie; et enfin le basalte, qui est la phique et les circonstances particulièpierre éthiopienne d'Hérodote et de res au* diverses régions de cette vaste Strabon. D'après le témoignage des an- contrée. Ainsi la Nubie peut se diviciens, vers la chaîne Troglodytique qui ser, sous le rapport du climat, en deux côtoie la mer Rouge, u existait une zones, qui offrent un contraste tranché montagne où les émeraudes se trou- et qui répondent exactement aux deux vaient en abondance ; mais elle est in- divisions que les géographes moderconnue aujourd'hui , ainsi que la fa- nés assignent à ce pays : Nubie supémeuse île des topazes. Il en est de rieure ou méridionale, et inférieure même d'une mine d'or située vers ou septentrionale. La Nubie inféles mêmes parages , et qui , selon rieure , à l'exception de quelques acci- Diodore, était exploitée en grand sous dents atmosphériques ou variations les Ptolémées. En général , on ne sensibles de la température , ne prétrouve l'or en quelque abondance qu'à sente constamment qu'une seule saila hauteur du Sennaar, et plus encore son , celle de la sécheresse et de la stéau, midi. Au-dessous de ce point , on rilité. Cette région [est condamnée à en obtient des parcelles amenées de une aridité perpétuelle sous un ciel loin , par le lavage du sable des tor- toujours pur, qui présente moins un rents , à l'époque où ils sont à sec. rideau d azur qu'une voûte d'airain L'argent est plus rare que l'or. On où se réfléchit fa blancheur éclatante pourrait presque en dire autant des des déserts. Une ondée de pluie y est métaux d un usage vulgaire. Le cuivre regardée comme un prodige , de même se trouve au Kourdofân. On ignore si que dans la Haute-Égypte. qui est limic' est de là que provenait celui dont les frophe. Si la monotonie du ciel y est anciens Égyptiens fabriquaient des troublée, c'est vers l'équinoxe du prininstruments tranchants, et auxquels ils temps , lorsque s'accomplit un phénosavaient donner une trempe si dure , mène auquel sont soumises presque à défaut du fer, dont la petite quan- toutes les contrées de l'Afrique botité suffit à peine aux usages de pre- réale. A cette époque , pendant une mière nécessité. On a remarqué que période de cinquante jours environ, le les richesses du sol augmentent da- vent desséchant du sud souffle par invantage à mesure qu'on remonte vers tervalles. Les habitants de ces contrées, le sud, comme si l'on devait l'attri- dès la plus haute antiquité, comme la buer à l'influence qu'aurait eue l'ac- plupart des peuplesprimitife, ou de ceux tion plus directe du soleil sur la for- même voués au fétichisme, qui , en gérnation de cette partie du globe. néral, admettent un bon et un mauvais

principe , reconnaissaient dans tous les

climat et pnÉNOMÈNES. phénomènes la manifestation de l'intelligence supérieure qui préside à

Trois saisons régnent successive- l'ordre de la nature , qui règle la suc-

nient en Nubie : la première , celle de cession des saisons. Le souffle du midi,

la sécheresse et de la stérilité, qui le principe, l'esprit malfaisant, eut

commence après le solstice d'hiver, et aussi ses autels , en opposition au culte

à laquelle succède la période des pluies des divinités bienfaisantes. Par anale*-

L'UNIVERS

gie avec la durée de ce vent, les Arafies le désignent en Égypte par le nom de Khamsyn (cinquante); c'est le semoùm dans le désert.

Lorsque le khamsyn commence à souffler, l'atmosphère se trouble et se remplit d'une poussière rougeâtre tellement subtile qu'elle pénètre partout.

Au travers de ce voile, le disque du soleil apparaît couleur de pourpre, et la lumière du jour prend cette teinte sombre qu'on remarque lors des éclipses. L'air embrasé perd son élasticité, les bouffées qui se succèdent semblent sortir d'une fournaise et suffoquent quiconque y reste exposé. Une lassitude accablante s'empare des membres de l'homme, il perd l'appétit, il éprouve une soif cruelle, toute l'organisation est plongée dans la torpeur. Les animaux sauvages restent au fond de leurs retraites. A cette époque fatale, les caravanes évitent de traverser le désert. Malheur aux voyageurs imprudents que cette tourmente surprend au milieu des sables ! Bientôt des tourbillons de poussière leur obscurcissent la vue ; en proie à la soif, ils ne peuvent l'étancher ; l'eau est desséchée dans les outres^ exténués, sans ressources, hommes et animaux succombent et ne tardent pas à être ensevelis sous les sables. Les effets de ce fléau dangereux seraient bien plus redoutables si la nature n'y avait mis des bornes. Ces rafales se succèdent avec des intervalles , et durent rarement plus de trois jours consécutifs; il serait impossible de résister à une plus longue épreuve.

A l'exception de ce phénomène, qui exerce pendant un temps limité sa maligne influence sur toute la Nubie, les vents du nord, presque alises, rarement intermittents, procurent à la région inférieure une atmosphère pure et un air extrêmement sain, en compensation des trésors de fécondité qu'ils versent sur la région supérieure , au prix de la salubrité du climat. L'équinoxe presque continuel qui règne sous cette latitude , répare en quelque sorte par la fraîcheur des nuits l'existence des êtres sur cette terre brûlée pendant la saison chaude.

La variation de la température donne lieu à peu de maladies , quoiqu'elle y soit des plus considérables, - surtout vers le solstice d'hiver, puisque, à cette époque, il n'est pas rare d'éprouver une différence de près de 30 degrés entre la température de la nuit et la plus forte chaleur du jour ; et , au grand étonnement des voyageurs, parfois on a constaté la congélation de l'eau sous la zone torride.

L'aspect de la Nubie inférieure répond à la monotonie de son ciel et à I'âpreté de son climat. Tantôt d'immenses espaces s'étendent à perte de vue , nus , sans aucune trace de végétation , et rappellent les plages abandonnées par la mer. Sur la lisière de ces sables mouvants, un gravier fin , des dunes sillonnées de rides et des ondulations que le vent a soulevées en forme de vagues, attestent les tempêtes oui régnent à certaines époques sur cet élément mobile, et qui engloutissent aussi des caravanes et des tribus entières. Tantôt s'élèvent comme des écueils, au milieu de cette immensité, des masses de hauts rochers rembrunis par les ardeurs du soleil , et qui contrastent avec l'éclat des sables que le vent pousse et amoncelle sur leur crête sourcilleuse (pl. 1). Dans ces lieux , où il ne croît pas un brin d'herbe, où les pierres sont encore brillantes au milieu de la nuit, aucune créature vivante ne saurait exister.

A peine y trouverait-on quelques sernents, lézards ou scorpions. Ces soitudes servent de retraite , pendant e jour, aux gazelles que poursuivent les misérables habitants de cette contrée , dont elles viennent pendant la nuit, et en troupe, dévorer la chétive subsistance sur les rives étroites du fleuve. L'aspect de ce désert dans toute sa nudité, de cette nature inerte et décrépite au dernier degré , laisse dans l'esprit une impression de tristesse et d'abattement indéfinissable. A ces traits si frappants, le voyageur reconnaît aisément l'empire* que les anciens assignaient au génie malfaisant , à Typhon , et il éprouve involontairement le sentiment d'horreur et de

désolation qu'ils avaient voulu inspirer en le personnifiant sous des formes hideuses et repoussantes.

La région supérieure de la Nubie , favorisée des plus grands avantages, résente le contraste le plus extraor?

inaire aux différentes époques de Tannée. A la morte saison qui règne dans toute l'étendue de la contrée, succède l'époque des pluies et de f<nondation périodiques.

Depuis une haute antiquité, ce phénomène a été l'objet des recherches et des discussions des érudits de toutes les époques. Diodore cite les nombreuses hypothèses dont cette question fut l'objet parmi les philosophes les plus célèbres. De nos jours, 1 opinion la plus commune rapporte ce fait régulier à deux causes. Il est constant qu'à l'approche du solstice d'été , les nuages , poussés du nord vers le midi

Ear les vents alisés, rencontrent une arrière dans les hautes chaînes de montagnes de l'Afrique centrale; qu'amoncelées et refoulées sans cesse contre cet obstacle insurmontable, ces vapeurs agglomérées et chargées d'électricité crèvent et se résolvent en pluies , non j>ar averses douces et continues, mais en orages violents et réitérés, qui sillonnent avec impétuosité les versants des montagnes et des plateaux élevés. C'est alors que des torrents desséchés pendant les deux tiers de l'année, remplis tout-à-coup comme par des trombes, roulent avec fracas , dans leur course furieuse, des fragments de rochers , des arbres arracnés aux forêts, et entraînent une partie du soi sablonneux qu'ils parcourent, et qui, doit ensuite féconder les contrées sur lesquelles s'épanchent leurs eaux bourbeuses.

On doit aussi attribuer en partie le débordement périodique à des fontes de neiges qui coïncident à peu près avec l'époque des pluies. Cette opinion était celle de plusieurs érudits de l'antiquité. Selon Diodore de Sicile , « le « physicien Anaxagore de Clasomène, « et son disciple Euripide, d'après lui, « rapportent le débordement aux nei- « ges qui fondent dans l' Ethiopie. »

A l'appui de cette conjecture des anciens, on a observé que la crue de certains cours d'eau précède de quelque temps l'époque des pluies : ce qu'il faut nécessairement attribuer à des fontes de neiges. On peut en effet supposer que des chaînes de montagnes, assez élevées pour opposer une barrière aux vapeurs amassées en un certain temps de l'année par le vent du nord, doivent, au moins en partie, se couvrir de neige, et qu'au retour de la saison chaude, les rayons perpendiculaires du soleil exercent une action

Srompte et dissolvante sur ces glaciers e la zone torride.

rivières,

Les nombreux cours d'eau qui prennent naissance dans ces hautes régions vont ou se perdre dans les sables , ou, pour la plupart, former des affluents de deux principaux d'entre eux que les Arabes appellent le Jleuoe Bleu (Bahr-el'Azrelt) et le fleuve Blanc {Bahr-el-Abiad) , et dont les eaux, réunies sous le nom de Nil, traversent la Nubie dans toute son étendue, et , après avoir fécondé le sol de l'Égypte , se rendent à la mer.

Le cours présumé de ce fleuve , en remontant le plus considérable de ses affluents, est évalué à 800 lieues; mais on n'a, à cet égard, que des données fort incertaines. Ce qu'on savait dans l'antiquité de l'origine de ces deux affluent» du Nil était très-borné , et , de même que les causes de leur crue , leur source était ignorée. Si une caste instruite, initiée dès long- temps à la constitution physique et aux phénomènes de la haute région du Nil, avait la tradition de ce mystère , elle le renfermait religieusement dans son sein , et, pour ainsi dire, placée dans un sanctuaire que des obstacles rendaient inaccessible , l'origine du fleuve créateur de la contrée cultivable semblait, aux yeux du vulgaire , remonter à la région céleste , et les populations devaient naturellement rapporter à la Divinité les bienfaits dont la source était cachée.

A une époque un peu moins éloignée,

L'UNIVERS

les traditions locales étaient encore se réunit ensuite au fleuve Bhtw

muettes à cet égard: * Les habitants Le fleuve Blanc, regardé ferai

« de Meroe, rapporte Diodorc, des- lement aujourd'hui comme la franche

« quels il semble qu'on pourrait obte- principale du Nil , sans doute à cause

«nir quelques renseignements cer- de l'importance de son cours, était ce-

« tains, comme étant plus rapprochés pendant peu connu des anciens , qui le

« des sources du Nil, les connaissent .'désignent seulement comme affluentdu

« néanmoins si peu, qu'ils appellent Ml, sans doutesous le nom d'^osaôa

« le fleuve même Jstane. mot oui S'ils nnt iVnnr* i*c

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™ ?JL 6 A UDe Vr paït,C de SOn manc> selon toute apparence,

cours est donc surnsamment reconnue, beaucoup plus éloignées , devaient leur

L accès difficile de ces contrées l'a rester inconnues. Ce qu'on sait au-

toujours été davantage pour les etran- jourd'hui , c'est que dans sa partie

gers « Avant Ptolémée Philadelphe, Inférieure il coule* du sud au S

« dit encore Diodore de Sicile aucun mais, à une certaine hauteur, on

« Orecne s était avancé jusqu'au fond ignore la direction de son cours , et

* îi ?Mu' -en T iav.°lrPenftré 500 ^igine est encore un secret. Les

« dans! Éthiopie.v On était donc alors tentatives faites dans le but de le

réduit aux conjectures. Les récits d'Ar- pénétrer ont toutes échoué i.iww

j-^""!" o 7 — ~D"-— w ,„„c uiaui iiiujaunies, qu us tiennent

ffi2% ,es TTuS ,du S0lï a- la nature du Pays . «oit aux po-

m ont été l'objet des recherches les pulations qui l'habitent.

SLU.ï.a?«*Ve?ideSf V°yageSi de ïéc?"l hP géographes arabes ou orientaux

verte ont été entrepris , dans le but ne fournissent aucun renseignement

déclaircir ce mystère. Sous le règne sur la région supérieure du fleuve

de Aéron, deux centurions furent en- Blanc; eF, certes, s'il était dS à

voyés nar ce prince pour explorer e des hommes d'accomplir cette mission

cours de ce fleuve mystérieux s mais que tant d'intérêts devaient encoura-

nlS.!:"gag7ent danS ,a ?0lî fParcouTue Ser> pétait à ces tribus nomades , enpar teura devanciers, et cette question durcies aux fatigues, à l'épreuvè du ne fut pas eclaircie. climat de la zone torride , et douées De nos jours , les sources du fleuve à la fois de cette persévérance du fana- BUm , qui long-temps a été consi- tisme religieux et du génie mercantile,

îtL ÏÏSfî„ 'ZI m ' P?Ut"dtre qui aPénét™dans d'autres pays inconl parce qu i lui donne sa couleur au nus, ou regardés jusque-là comme intemps âe a crue ont été reconnues abordables6 On en ^urrait œnclùïe vers les plateaux élevés de Ubus* que les obstacles phoques ne sont pas ou V-Li trFanVter,Se JL]™mD™h\ iefsetils qui se soient Apposés aux tenreçoit T'J,chP lî v 5flUe?tS ' !! r tf-?8 d^trer a«-detà de certaines V À g ' Ie T0,m(**> 1,ni,tes- On sait avec certitude que sur çoule dit-on , avec une telle violence, les rives du fleuve Blanc sont établies

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S Vautres affluents de sa rive pour très-féroces , et seraient même

droite, le Dender et le Rahad, et anthropophages, suivant quelquesW

NUBIE

On ne saurait pénétrer chez eux qu'en force et à main armée.

En 1827, un intrépide voyageur français, M. Linant, tenta de s'avancer, avec une faible escorte , parmi ces peuplades, en remontant le fleuve Blanc; il s'aventura jusqu'à la ville d'Aleis, située vers le J 3e degré de latitude , mais il fut obligé de renoncer à son entreprise.

L'opinion généralement établie d'après les traditions locales , et adoptée en définitive comme résultant de Pensemble des faits recueillis, place les sources du fleuve Blanc > ou vrai Nil, dans une chaîne de montagnes appelées par les géographes , d'après Ptolémée, les monts de la Lune, en arabe, Djebel- el- Kamar. Cette hypothèse semble coïncider avec la relation d'un voyageur anglais, M. Brown,qui retenu prisonnier au Darfour pendant trois années, vers la fin du siècle dernier, obtint des indigènes des renseignements précieux. D'après ces données, vers le 7* ou 8e degré de latitude nord, à 20 journées au sud de Dârfour et à 30 au sud-ouest de Sennâar, on trouve un pays de montagnes, appelé Douga.

Quarante de ces montagnes, qui portent le nom de Koumri, donnent naissance à une multitude de cours d'eau qui se réunissent dans un même canal pour former le Bahr-el-Abiad ou le Nil. Plusieurs pics de cette chaîne n'auraient pas moins de 15,000 pieds d'élévation , s'il est vrai qu'ils soient couverts de neige à une certaine époque de l'année , et cette hauteur devrait être beaucoup plus considérable pour conserver des glaces éternelles sous les plus grandes ardeurs de la zone torride. Il «paraîtrait que les fontes de neige et les eaux pluviales réunies , rencontrant au pieu de ces monts de vastes plateaux où elles séjournent, forment des marécages et des lacs immenses où vivent multitude d'animaux de toutes sortes, et dont les miasmes putrides donnent la mort à l'homme. A l'appui de cette conjecture , Hérodote nous apprend que les Libyens ou Africains, appelés iïasamones, connaissent ce fleuve plus

exactement qu'aucun autre peuple; et ils rapportent que le Nil , sortant des vastes marécages et coulant d'abord d'occident en orient, traverse ensuite le pays immense de l'Éthiopie. Un fait observé de nos jours tendrait à confirmer ces récits. Lorsque les eaux du fleuve Blanc commencent à croître, elles amènent une quantité considérable de grands poissons , sortis évidemment de lacs très-étendus , où le niveau des basses eaux les retenait captifs .et qui , à la faveur de la hausse périodique, s'en échappent en suivant îe courant et se répandent dans les fleuves. De ces lacs, les eaux s'écoulent lentement et par une pente presque insensible, ne roulant ni cailloux, ni sables , mais seulement une substance argileuse qui provient du sol qu'elles parcourent et qui leur communique une teinte blanchâtre et savonneuse.

C'est à cause de cette couleur , qu'elle conserve en tout temps , que les Arabes désignent cette rivière par le nom de fleuve Blanc. Sous ce nom, elle se dirige d'abord à l'est, puis tournant au nord , dans la région habitée par des populations nègres, son cours toujours tranquille arrose à eauche les plaines du Kourdofân, et a droite le Denka et le Sennâar ou Foungi, audessous duquel il reçoit le Jieuve Bleu. Cet affluent, qui 'doit son nom à sa couleur la plus ordinaire , se charge après les pluies d'un limon épais qui lui donne une teinte rousse prononcée qu'il communique au Nil à cette époque. On a remarqué au confluent de ces deux rivières , que pendant la saison des basses eaux, elles coulent pendant quelque temps sans se mélanger , et conservent leur couleur particulière. On a observé aussi que la crue du fleuve Blanc précède celle du fleuve Bleu, ce qui vient à l'appui de l'opinion que cette crue est due en partie aux fontes de neiges oui ont lieu un peu avant l'époque des pluies dans les hautes chaînes de montagnes.

De ce confluent, le cours bien connu du Nil continue de se diriger au nord , fertilise plusieurs provinces, et

Di

L'UNIVERS

reçoit à droite un second affluent, qui , prenant sa source dans les montagnes de la province de Lasta en Abyssinie , arrose , sous le nom de Tacazzé , le royaume de Tigré et le pays des Changallahs, et reçoit dans la Nubie supérieure le nom tfAtbarah : c'est l'Astaborajs des anciens. A peu de distance au-dessus de son embouchure , il est grossi, au temps des pluies, par un torrent connu sous le nom de Mareb.

V A tbarab ne porte au Nil le tribut de ses eaux qu'à l'époque des pluies , et alors , avec 1 impétuosité d'un torrent, il charrie beaucoup de bois, tels que l'ébène , le gaïac et autres, mais il reste à sec pendant les deux tiers de Tannée , et son lit, se couvrant de végétation, devient habitable et cultivé.

Dans sa région supérieure, le Nil est ordinairement d'une grande largeur, qui varie, disent les voyageurs modernes , depuis une lieue jusqu'à cinq ou six et même davantage , surtout à l'époque de la crue des eaux , pendant laquelle il s'épanche au loin sur ses deux rives. Il arrive alors aue les lieux habités et les éminences où se retirent les populations apparaissent comme autant d îles agglomérées et qui forment des archipels au milieu decette mer qui se renouvelle chaque année.

Mais au-dessous du confluent de l' Atbarah, les accidents du sol se multiplient ; la largeur du fleuve, qui ne reçoit plus d'affluents, devient variable et se réduit quelquefois à quelques centaines de toises. A plusieurs journées de ce point, après avoir fait un grand coude au sud-ouest, et franchi plusieurs cataractes , puis repris sa direction vers le nord , le Nil dépasse la dernière limite des pluies du tropique et entre bientôt dans la Nubie inférieure , où il coule dans une contrée aride de sables mouvants et couverte de rocs élevés , que les Arabes appellent, par cette raison, la Région ou la Vallée des pierres (Batn ou Oufldy-el-Hadjar). Le cours du fleuve y devient de plus en plus obstrué et resserré par des écueils. Ces brisants, multipliés pendant plusieurs jours de route, annoncent la cataracte

d'Ouady-Halfa, la plus considérable de toutes , désignée comme la seconde qu'on rencontre en venant d'Égypte.

Cette cataracte mérite que nous nous y arrêtions.

D'après des récits accrédités dans l'antiquité , cet accident , qui interrompt le cours du Nil , a été en grande réputation jusque dans le siècle dernier. Rien n'était comparable aux cataractes de l'Éthiopie parmi les plus grandes chutes d'eau connues. L'imagination se représentait le spectacle imposant de cette masse d'eau d'un grand fleuve , tombant d'une hauteur considérable et s'engouffrant dans des abîmes avec un fracas tel , qu'on l'entendait à plusieurs lieues de distance, et que les habitants du voisinage en étaient frappés de surdité.

Aujourd nui cette cataracte est bien connue, et nous sommes à même, d'après ce que nous avons observé sur les lieux , de réduire ces descriptions au moins exagérées à leurs véritables proportions. L'aspect des cataractes, pour être moins gigantesque, n'en est pas moins extraordinaire (voy.jo/. 2).

Le Nil , suivant la pente qui le précipitait des plateaux élevés de l'Afrique vers le nord de ce continent , et se creusant un lit souvent profond au milieu des sables , a dû franchir les barrières naturelles d'un sol accidenté et fréquemment entrecoupé de masses de rochers plus ou moins élevés , qui s'opposaient à son cours. La chaîne d'Ouady-Halfa est le plus grand obstacle connu que le fleuve ait rencontré. En considérant les écueils oui hérissent son cours au loin , 1 élévation des masses de rochers qui subsistent coupées à pic sur ses rives, comme pour attester la hauteur primitive de cette chaîne, l'imagination est effrayée de la série de siècles qu'il a fallu à l'action lente de l'eau, pour rompre une semblable barrière et se frayer un passage au milieu de ses débris.

Ce lieu présente un spectacle vraiment extraordinaire et devant lequel on ne peut résister d'abord à un vif saisissement qui fait place à l'admi-

ration. À côté de vastes et arides solitudes, qui n'offrent que l'éclat monotone des sables , où règne un éternel silence , on est saisi par le contraste brusqué et inattendu d'une nature en désordre, incessamment agitée et turbulente. Un site déchiré par les accidents les plus pittoresques, rembruni par des couleurs sombres sous un ciel éclatant, en réveillant dans l'imagination des idées de chaos et de bouleversement , retient le spectateur comme plongé dans une sorte d'extase.

Du haut de rochers élevés, qui dominent une vallée, on découvre, en perspective et aussi loin que l'œil peut le suivre à l'horizon, le cours du Mil, parsemé d'une multitude d'îles de rochers noircis et plombés, auxquels le frottement continuel de l'eau a donné un poli qui réfléchit les rayons du soleil.

L'inondation dépose dans ces lies assez de limon pour y entretenir une riante végétation , et même pour nourrir quelques habitants qui s'y transportent a l'époque des basses eaux en passant à la nage d'un écueil à l'autre. Ces rochers, plus ou moins rapprochés, et inégaux d'élévation, présentent autant de récifs contre lesquels le Nil vient se briser. Les eaux du fleuve circulent en bouillonnant dans ces canaux sinueux; et sans cesse refoulées par des obstacles multipliés , et sans cesse précipitées par l'impétuosité de leur course, elles bondissent, s'échappent avec fracas de ces gorges étroites, et forment en écumant des chutes innombrables de trois à cinq pieds, principalement à l'époque des basses eaux, ta bruissement considérable que produisent ces cascades multipliées s'entend souvent de loin , et pendant le calme des nuits le vent l'apporte à d'assez grandes distances. La navigation est en général impraticable dans ce passage; cependant on a vu , à la faveur des hautes eaux, et après la destruction de quelques écueils par la mine, des baraues remonter au-dessus de ce pas difficile (*).

(*) A l'époque de l'expédition envoyée

Telle est la plus considérable de ces cataractes dont on a tant parlé.

Après avoir franchi cet obstacle , le Nil continue de couler dans la direction du nord, resserré tantôt entre les sables qui envahissent son cours , tantôt entre des masses de rochers à

fric, comme de hautes murailles, que es géographes désignent, de même qu'en Égypte , par les noms de chaîne Arabique et de chaîne Ubyque : la première formant la rive orientale du Nil , que les Arabes appellent Cherg, vers le désert de Nubie ; la seconde , située dans la région du couchant, appelée Garby du coté de la Libye. Captif entre ces barrières naturelles , le fleuve ne peut épancher ses eaux sur ses rives qu'à des intervalles rares et resserrés , où les accidents du sol favorisent son débordement. Enfin, il arrose la célèbre île de Philse, audessous de laquelle il rencontre les masses de granit de Syène et d'Êléphantine, qui forment la sixième et la dernière cataracte, qu'il franchit avant de porter à l'Écypte le tribut régulier de son limon fécondant. C'est là qu'il tombe à l'ancienne terre des Pharaons, pour ne plus la quitter qu'à ses limites septentrionales où il se perd par plusieurs embouchures dans la mer, après avoir décrit un cours dont la longueur est évaluée approximativement a plus de 800 lieues avec ses sinuosités.

productions.

En aucune partie du monde on ne rencontre autant qu'en certaines contrées de l'Afrique, et particulièrement en Nubie, un contraste plus frappant des merveilles de la fertilité à côté d'une nature désolée et impuissante à

(>roduire. Dans ces climats brûlants , a chaleur sans le concours de l'humidité n'est qu'un principe destructeur; partout où il règne seul, il

en 1 820 au SennAar par le pacha d'Égyptc, i5o barques de vivres furent remorquées à force de tiras et avec des palans; mais on en perdit plusieurs, et beaucoup d'Arabes y périrent.

n'existe aucune trace de végétation , la terre est frappée de stérilité; tandis

âue la région des pluies et des inonations , sous l'influence des deux éléments puissamment combinés, enfante des miracles de fécondité. La géographie physique de la Nubie présente donc deux zones , et pour ainsi dire deux créations distinctes , sous le rapport du nombre et de la diversité de ses productions et des animaux qu'elle nourrit.

La Nubie inférieure, où une averse de pluie est un phénomène extraordinaire , est vouée à une aridité éternelle , et offre, en général , l'aspect de la plus âpre stérilité. Après avoir versé une grande partie de ses faveurs sur la Haute-Éthiopie, la nature les refuse à la région inférieure que le Nil traverse , comme un canal , captif entre des barrières de rochers ou de sables amoncelés, sans épancher sur ses bords les trésors de fécondité qu'il a reçus dans la région pluvieuse, et dont ce fleuve rend le précieux dépôt tout entier aux plaines de la Thébaïde, du Fayoum et du Delta. En effet, dans toute la contrée depuis la cataracte de Syène jusqu au-dessus du point où la vallée du Nil perd le nom de Région des Pierres, la végétation est chétive et languissante ; on rencontre à peine, de loin en loin, sur les bords élevés du fleuve , des groupes d'acacias {mimosa nilotica) et quelques palmier s-doûm. L'arbre le plus commun est le palmier, ou dattier, qui semble place sur la limite des sables , comme pour indiquer de loin au voyageur, par sa cime élevée, la présence de 1 eau : le voisinage seul de l'humidité à l'extrémité de ses racines suffit en effet pour alimenter sa végétation contre le souffle desséchant du désert. Après ,1a retraite des hautes eaux, les rives en pente du fleuve n'offrent (jue des lisières étroites de terre cultivable. Elle produit .quelque peu de dokn ou espèce de millet, du lupin , ainsi que de l'orge , du tabac *ert et du riciu. La quantité de dourah , de fèves et de haricots qu'on y récolte suffit à peine pour nourrir une

population misérable et peu nombreuse.

Mais au-dessus de la vallée longue et pierreuse des grandes cataractes, les barrières qui retenaient le fleuve dans son lit s' abaissant par degrés, les eaux s'épanchent sur ses rives.

Des semences apportées par le Nil , et déposées avec le limon du fleuve au temps de l'inondation , produisent une végétation spontanée sur ses bords, et entretiennent une verdure riante dans lés îles qui parsèment son cours.

Là pourraient se reproduire, par la culture et à la faveur d'un ciel plus fécondant encore, toutes les merveilles de la fertile Égypte. Peu à peu les solitudes désertes, à l'orient et au couchant du fleuve , commencent aussi à présenter quelques traces de vie ; déjà se fait sentir l'influence de la limite septentrionale des pluies périodiques.

La végétation de ces sables n'offre encore , à la vérité , que des plantes épineuses et rabougries, dont la forme bizarre et la verdure pâle portent l'empreinte des lieux arides qui les produisent. En avançant toujours au midi, le pays devient de plus en plus riche en nerbages de toutes sortes. Enfin la haute région du Nil, dans presque toute son étendue, après la saison pluvieuse et la retraite des eaux de ce fleuve et de ses affluents, devient le foyer de la végétation la plus active et la plus variée.

Parmi les espèces d'arbres qui y croissent en grand nombre , on distingue plusieurs sortes (ïacacia, entre autres le gommier, le batamites. le tamarix , le tamarinier , les nebkas, les héglug8x et l'énorme baobab, ce colosse du règne végétal, appelé ornarah par les Arabes , dont l'aspect extraordinaire et les dimensions gigantesques ont quelque chose de surnaturel , bien fait pour frapper l'imagination des hommes ignorants ; aussi le baobab est-il l'objet d'un culte particulier parmi plusieurs peuplades nègres vouées au fétichisme. D'autres espèces assez communes sont particulièrement d'une grande utilité : on exporte en abondance le produit du

NUBIE

mimosa-gommier; on tisse la feuille du palmier - doûm ; on recueille le bois de galac, des bambous et le bois de fer, que la crue des eaux amène en quantité, Uébène, si recherché, a été , de tout temps , un article important du commerce de ces parages.

Dans le nombre des arbres de haute futaie , aucun , sans contredit , n'est

{>lus précieux pour ces contrées br liées que \e sycomore, originaire de l'Afrique centrale. D'un tronc énorme, s'élancent presque toujours , dans une direction horizontale, des branches démesurées qui couvrent un grand espace de leur feuillage impénétrable aux rayons du soleil. Le sycomore prend, en général , un accroissement extraordinaire. La copie exacte d'un de ces arbres peut donner une idée de leur aspect remarquable {yoy.pl. 3). Sous cette masse de verdure , la population d'un village peut aisément se mettre à l'abri. Les voyageurs y trouvent une station favorable , où ils peuvent respirer un air tempéré et se désaltérer avec des fruits de l'arbre même, qui ont la forme exacte de la ligue , mais sont dépourvus de la même saveur. Le sycomore a, dès la plus haute antiquité , fixé l'attention des habitants de ces contrées. Chez les Égyptiens, auxquels aucun fait naturel n'échappait, surtout lorsqu'il portait un caractère d'utilité , il était révéré comme symbole. Dans un pays où, comme en Kgypte, le bois est peu commun, où l'ombre si nécessaire est trop rare, le sycomore était un abri salutaire ; et surtout, ce qui était bien précieux chez un peuple à la fois positit et religieux, le sycomore était consacré à plusieurs usages pieux , ou de première nécessité : sous le ciseau du sculpteur, il prenait la forme de figurines funéraires ; son bois était aussi employé à former le double cercueil destiné à enfermer des corps préparés en momies. Sans doute à cause de l'utilité réelle dont il était dans plusieurs circonstances , peut-être aussi parce qu'il semblait venu des régions méridionales avec le fleuve même créateur de la contrée cultivable, le sycomore, dans

la symbolique épyptienne, fut considéré comme Y arbre emblème de la vie ,* et» de plus, Champollion le jeune nous apprend que dans les textes hiéroglyphiques l'Egypte tire de cet arbre sacré son nom mystique, la terre du sycomore.

Nous citerons parmi les plantes aquatiques, le nympKœa, ou lotus, tthpapyrus, ou byblos, évidemment originaires des vastes marécages et des lacs qui couvrent les plateaux du haut pays, et dont les semences, apportées soit par le Nil même , soit par les colons primitifs, en propagèrent les espèces, qui furent, de toute antiquité, l'objet d'une culture particulière. Le lotus sacré s'épanouit encore,- dit-on , en Égypte.à la suite de l'inondation, dans les eaux stagnantes du Fayoum et du Delta, tel que nous le" représentent souvent les monuments de l'Egypte et de la Nubie. Quant au papyrus , qui figure de même dans les peintures antiques, et qui fut d'une utilité si généralement répandue pour les usages civils et religieux , nés de la civilisation la plus avancée, l'espèce en est perdue dans la vallée inférieure du Nil; il faudrait remonter dans la Haute-Ethiopie , lieu de son origine première, pour retrouver cette plante, qui là existe sans doute en abondance, comme toutes les autres productions.

Ce n'est pas sans raison que les an* ciens représentaient l'Afrique sous la figure allégorique d'une femme couronnée d'épis : selon Héliodore , telle était la fertilité du territoire de Méroë, que le blé et l'orge rendaient trois cents pour un ; et les chaumes y étaient si hauts , qu'un homme à cheval , ou même monté sur un chameau , pouvait aisément s'y cacher. Quelque exagérée que puisse paraître cette tradition, on conçoit quelles merveilles peut enfanter une terre végétale au plus haut degré, » pour ainsi dire renouvelée chaque année , et humectée par le double tribut des eaux du ciel ei des débordements , sous l'influence d'une température constamment chaude. Lorsque la culture seconde cet heureux concours de circonstances , la végétation devient sur-

L'UNIVERS

prenante d'activité, et il n'est pas rare de voir plusieurs récoltes se succéder dans une seule saison. Livré à sa force native , ce sol privilégié offre une diversité infinie de productions ; il n'en est aucune que la main de l'homme n'en puisse obtenir avec un léger travail. Le café croît spontanément vers les côtes de la mer Rouge ; la vigne et Yolivier peuvent rapporter en abondance ; les melons d'eau ou pastèques, si précieux dans ce climat, y sont communs; on y recueille de ïencens et des myrrhes, et surtout le tabac, le Un, le coton, Vindigo, le séné, ?la canne à sucre, et enfin toutes sortes de fruits, d'épices, d'aromates et de parfums. Toutes les richesses du règne véçétal semblent accumulées sur cette autre terre promise. Aussi , rien n'est comparable au ravissement du voyageur qui , après une longue traversée au milieu de la monotone et brûlante aridité du désert, se trouve tout-à-coup sur les bords fleuris et ombragés du Pi il. Ce contraste ne peut mieux se rendre que par l'exclamation devenue

f>roverbiale parmi les Arabes : « Après a mort, le paradis! » Là, en effet, tout est viviûé; la nature semble convier l'homme à fixer sa demeure sur des bords si heureusement dotés. Dans cette partie de la Nubie supérieure , l'ancien monde étale aussi ses forêts vierges, telles que la création les a faites, avec leur végétation spontanée

Sue les siècles ont vue se renouveler 'elle-même, toujours plus vigoureuse depuis le commencement des choses.

IDes masses d'une épaisse verdure et Ides enroulements inextricables de rongées et de lianes semblent en interdire l'entrée à l'homme. Sous ces ombrages frais , les bêtes fauves , les reptiles et une multitude d'oiseaux trouvent des retraites tranquilles. La variété des végétaux, l'étendue des pâturages, y procurent une nourriture abondante et une existence facile à une foule d'animaux de toutes sortes et des plus grandes espèces connues.

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