‹ Sénégambie et GuinéeChapitre 16 sur 25 · SÔ L'UN · texte numérisé non relu

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cas de sa chair comme excellente au goût. La corne du rhinocéros est trèsestimée dans le commerce , et est employée pour certains ouvrages , de préférence aux défenses d'éléphant. Plusieurs auteurs ont avancé qu'on trouve en Afrique le rhinocéros bicorne , qui serait pourvu de deux cornes de deux pieds de long ; mais l'espèce la plus commune n'en porte qu'une seule longue de 3 pieds. Le rhinocéros , selon quelques-uns, passe pour être le même animal que la licorne ?* mais, suivant d'autres, cette dernière espèce, qui a dû vivre dans ces contrées, serait perdue; enfin, une troisième opinion la considère comme une invention purement fabuleuse. On prétend toutefois qu'elle a été retrouvée dans le nouveau monde.

Outre ces grands quadrupèdes, la Haute-Nubie nourrit encore plusieurs espèces de moindre taille , entre autres de nombreux carnassiers , tels que une hyène rousse de grande taille, une espèce d'ours fourmilier; on y rencontre d'autres quadrupèdes , tels sont :

le sanglier à long groin ; l'onagre, qui lance, ainsi que "autruche, en courant , des pierres avec les pieds de derrière ; on y trouve aussi le zèbre, diton , mais peu communément; de nombreuses familles de gazelles et d'antilopes; le fennec aux immenses oreilles qui , selon Bruce , surpassent les deux tiers de la longueur de son corps ; la civette, dont on tire le musc ; des hérissons; l'ichneumon; enfin plusieurs sortes de babouins ou cynocéphales se montrent en grand nombre. Il en existe une particulièrement de couleur verte, évidemment celle qui est représentée le plus souvent sur les monuments antiques, et qui passe pour trèsméchante et difficile à apprivoiser. Les autres espèces de singes et de guenons se voient entre les mains des bateleurs, qui les dressent à toutes sortes de tours et en amusent la foule des villes.

Dans les solitudes de cette région vit y autruche, dont Aristote a dit qu'elle est moitié oiseau , moitié quadrupède. Cet animal singulier semble en effet participer de cette nature

mixte. A l'aide de ses longues jambes, il peut , comme le chameau , traverser de vastes étendues de pays arides et inhabitables. L'autruche, douée d'une vue excellente , distingue son ennemi à des distances énormes, sur l'horizon immense qu'elle habite. Du plus loin

Sj'elle aperçoit l'imminence du danger, le prend sa course avec une rapidité extrême; et lorsque le vent vient à s'engouffrer dans ses ailes entrouvertes comme dans les voiles d'un navire, ce nouveau véhicule a bientôt mis entre le chasseur et elle des espaces qui la placent hors d'atteinte. Les coursiers les plus impétueux de l'Arabie, montés par les plus habiles cavaliers, ne sauraient la forcer, s'ils ne sont favorisés par les vents contraires. La disposition articulière de ses pieds et la longueur e ses jambes prêtent une grande vitesse à sa course. Sa vélocité a quelque chose d'aérien qu'elle semble emprunter au vol. Cependant chez cet animal l'aile est à peine développée.

Cet organe se compose de plumes ondoyantes, flexibles et trop courtes pour lui servir utilement, si ce n'est d'auxiliaire dans certaines circonstances. La masse de son corps, dont le poids dépasse souvent cent livres , n'est pas destinée àVéleverdans les régions de l'air. L'autruche, malgré la force dont elle est douée , n'a que des habitudes paisibles. Elle vit d'ailleurs au milieu de solitudes dont son espèce semble à peu près seule en possession.

Aucun ennemi organisé autrement

3u'elle ne saurait lui disputer l'empire e ces plages immenses de sables nus et arides. Cette nature âpre fournit à ses besoins; elle y trouve une nourriture chétive, mais qui lui suffit. Elle y est en sûreté, et si elle ne peut toujours s'y cacher, elle voit du moins venir l'ennemi. C'est là aussi qu'elle pond une quinzaine d'œufs dans des trous, au milieu des sables, pour la reproduction, et quinze autres, dit-on, qu'elle dépose a quelque distance pour la nourriture première de ses petits nouvellement éclos; fait bien remarquable, et qui, s'il est vrai, semblerait constituer par cette sorte d'allaité»

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ment artiGciel et indirect , une espèce à part et intermédiaire entre le quadrupède et l'oiseau. On a prétendu que l'autruche digère les pierres et les métaux. Quelle que soit chez cet animal la puissance de l'estomac, si développée chez la plupart des oiseaux , elle ne peut digérer que ce qui peut l'être réellement par l'organisation douée des propriétés les plus dissolvantes. On peut supposer que l'instinct et le besoin, au milieu d'une nature à peu

f>rès improductive, où la subsistance a plus chétive lui manque souvent , la portent à remplir le vide de l'estomac pour calmer sa souffrance, en avalant des cailloux; mais il est certain qu'elle les rend tels qu'elle les a pris. Son cri , ordinairement faible et plaintif, devient une espèce de rugissement au temps des amours, par une analogie de plus avec certains quadrupèdes. Malgré son naturel sauvage, prise jeune, l'autruche s'apprivoise aisément et oublie la liberté du désert. On en a même élevé des troupeaux, dit-on, dont les plumes, se renouvelant à mesure qu'elles sont enlevées, deviennent , comme la toison des brebis , un assez bon produit. On peut aussi la dresser, d'après plusieurs relations, à porter l'homme sur son dos ; et on en „ a même vu courir , avec ce fardeau , aussi vite que les meilleurs chevaux.

Dans l'état de domesticité , l'autruche devient d'une grande familiarité. Des tribus de l'ancienne Éthiopie lui faisaient une chasse active, et dressaient des meutes de chiens à poursuivre cette proie , autant pour se nourrir de leur chair que pour enlever leurs plumes. Les habitants de la Nubie supérieure se livrent encore a cette chasse dans le même but. Les plumes d'autruche sont toujours un objet de commerce important; les caravanes en exportent une grande quantité.

Les espèces d'oiseaux sont multipliées dans ces parages. Les pygargues , ou aigles pêcheurs, les vautours, les éperviers , les perruches au plumage brillant, les tourterelles variées, les pigeons, y abondent. On y connaît qua-

tre espèces de pintades , ou poules de Numidie, dont la chair est très-délicate ; la perdrix habite aussi l'immensité des landes; les échassiers se plaisent sur le sol humide et maréca-

§eux de la région pluvieuse ou des ords de la mer : tels sont les outardes , les grues , les pluviers , les vanneaux, les drômes, et enfin l'ibis au plumage noir et blanc, qui fut révéré chez les Égyptiens , parce que , selon la tradition, il détruisait les reptiles nuisibles. Parmi les palmipèdes, on distingue les cormorans, les pélicans , des canards et des oies de plusieurs sortes.

Les reptiles présentent , dans cette partie de la zone torride, une grande variété de lézards, plusieurs espèces de serpents très-venimeux , parmi lesquels on remarque le céraste, qui porte deux cornes sur la tête, et dont la morsure donne presque instantanément la mort; Furœus, ou aspic , non moins dangereux , et qui figure sur les monuments antiques, comme insigne symbolique de la toutepuissance et de la dignité royale. Diodore parle d'un serpent qu'on amena de l'Éthiopie à Alexandrie, dans une cage de fer, sous Ptolémée second, et qui n'avait pas moins de trente coudées de long. Ce reptile provenait, sans doute , d'une contrée de la Nubie méridionale, où ils sont, dit-on, d'une grosseur énorme, et dont les habitants passent pour se nourrir de la chair de ces monstres.

Les insectes, innombrables en Nubie comme dans tous les pays chauds et humides à la fois, présentent une grande variété. Des myriades de moustiques y remplissent 1 air. Une espèce de fourmis blanches est le fléau de certains cantons où elles dévorent tout sans tqu'on puisse s'en garantir.

Des essaims de sauterelles s'abattent en telle quantité sur quelques contrées, .quelles servent, dit-on, de nourriture à des tribus entières. On les mange grillées ou conservées sèches dans des paniers. Le scarabée sacré de l'Egypte ancienne, emblème de fécondité et de régénération, sans

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doute parce qu'il vit dans le limon fertile déposé par les fleuves, et dans lequel il semble prendre naissance, se trouve dans ces contrées, de couleur noire, ou même verte, selon les voyageurs modernes, tel que nous le représentent les monuments antiques.

Selon Agatharcbtde , après la retraite des eaux de l'Astaboras, tout le territoire qui avoisine cette rivière est infesté par des quantités innombrables de scorpions, et surtout de taons , pourvus de quatre dents, qui obligent les habitants à se retirer dans le haut pays. Ce fléau insupportable force les bêtes fauves, et le lion même, à changer de cantons. Après la saison pluvieuse, ils se jettent par essaims si nombreux sur les terres basses et humides, que leur morsure cruelle met les troupeaux en fureur, les disperse et les fait périr inévitablement. Les habitants n ont d'autres moyens de s'en garantir, qu'en émigrant* avec leurs bestiaux, dans des contrées sablonneuses, plus élevées, où ce fléau n'est plus à craindre. Nous devons, sans cloute, reconnaître dans cet insecte si redoutable l'espèce désignée, par les voyageurs modernes sous le nom de mouches tsaltsalva.

Tous les éléments dans la région du Nil présentent des êtres caractérisés d'une manière particulière; les types singuliers d'une création à part s y reproduisent^ sein des eaux comme sur la terre; on y a reconnu les animaux les plus extraordinaires par leur taille, leur forme et leur organisation. Les vastes marécages de la région

{>luvieuse, les lacs qui en occupent es plateaux étendus, forment, pour ainsi dire, des viviers où abondent des espèces innombrables de poissons et d'autres animaux aquatiques particuliers à ces climats. Lorsque vient la saison des pluies et des hautes eaux, de grandes quantités de ces animaux, entraînées par le trop plein de ces immenses réservoirs , s'échappent et émigrent en suivant la pente naturelle des cours d'eau multipliés oui, pour la plupart, viennent affluer dans le Nil. Ce fleuve nourrit une

infinité de poissons d'espèces diverses, selon les latitudes qu'il parcourt du midi au septentrion. Celles de ces es[>èces qu'on trouve dans sa partie inférieure, sont en général communes à toute son étendue. Quelques familles descendent rarement avec le cours du fleuve au-delà de certaines limites que paraissent déterminer la diftérence de température ou les accidents du fleuve ; il en est qui sont fixées constamment dans la région méridionale, et semblent devoir ne nous être révélées complètement qu'avec les parties du Nil ou de ses affluents qui nous sont encore inconnues.

Un assez grand nombre sont considérées comme voyageuses , et descendent ou remontent le cours du fleuve selon les époques de sa crue ou de sa diminution. Il y a des espèces qui se plaisent davantage dans certains cantons , tels que le voisinage des Cataractes où les eaux sont sans cesse agitées et courantes ; d'autres préfèrent ordinairement, et surtout à l'époque de la reproduction , les eaux dormantes des anses et des canaux. Nous ne citerons que les plus remarquables de ces espèces multipliées.

Le oichir est un des plus extraordinaires par sa taille, sa forme singulière et les particularités de son organisation. Plusieurs savants le classent, comme un être isolé, dans un genre à part. De même que les cétacés, il est pourvu, à la partie supérieure du crâne , d'évents qui jettent l'eau avec force ; il tient du reptile par sa forme et sa peau, dont la dureté résiste au fer aiguisé; il faut recourir à la cuisson du four pour extraire de son enveloppe, comme d'un étui, la chair de cet animal, qui est d'ailleurs très-blanche et passablement savoureuse. La vaste conformation de sa gueule armée de dents nombreuses le fait considérer comme Carnivore. Il n'habite guère que les profondeurs vaseuses du fleuve, et est, par cette raison, très-difficile à prendre. Le râady en arabe la foudre, est ainsi nommé, sur les bords du Nil, par analogie avec un phénomène at-

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inosphérique. Au moyen de l'appareil électrique dont il est pourvu , il cause une commotion assez sensible à quiconque le touche. Les naturalistes le désignent sous le nom de mafoptérure électrique. Cette particularité, et sans doute aussi l'expérience des faits, ont mis en réputation parmi les Arabes les propriétés efficaces de la graisse de ce poisson , dans laquelle réside cette vertu particulière; ils la brûlent pour en dégager le gaz qui, respiré ou communique par le contact, paraît être un remède infaillible dans certaines maladies. Le tétrodon fahaka. petite espèce de poisson, se montre en grand nombre à certaines époques. Il est remarquable par la

E>che aérienne dont il est muni, 'après les observations , l'estomac chez cet animal a la propriété de se gonfler et de se vider à volonté. Une sorte de dilatation du ventre produit extérieurement une vessie enflée d'air en forme de globe , et revêtue de piquants qui la protègent. Dans cet état de gonflement de sa partie inférieure, il arrive que le corps soulevé par cette sorte de poche vide, venant à remporter par son poids, le fahaka se trouve retourné sur le dos. Ainsi placé, l'animal est incapable de se diriger ; flxé sur la surface de l'eau, il devient le jouet des vents et du courant du fleuve.

Par cette raison , il se plaît davantage dans les eaux tranquilles des anses , des mares ou des canaux. Surpris par la retraite des eaux dè l'inondation , un grand nombre de ces poissons reste enfermé dans les flaques dont le prompt dessèchement les fait bientôt périr, lorsqu'ils ne deviennent pas la proie des hommes ou des animaux.

C'est ordinairement dans les mares laissées par l'inondation que des villages entiers vont chercher, à une certaine époque , une nourriture facile et abondante dont le fahaka fait tous les frais. Les enfants même s'en em-

Sarent pour s'en amuser en les ponant et les vidant alternativement, ou les écrasant avec* bruit. Le IV il et ses affluents nourrissent encore une multitude d'autres poissons non moins

intéressants qu'il serait trop long de mentionner ici , ou sur* lesquels nous manquons de renseignements suffisants. Nous nous contenterons de citer en outre le tatous des naturalistes, ou lu tas des Grecs , que 1'Kgypte antique avait consacré dans le nom de Latopolis; le mormyre oxyrhynque, qui paraît être le même que Yoxyrhynchus , l'objet d'une grande vénération dans les temps anciens, et qui avait aussi donné son nom à une ville.

Dans tous les grands fleuves des pays chauds, et particulièrement ceux de la zone torride, on trouve une espèce de grandes tortues dont les variétés, caractérisées par plusieurs analogies essentielles, paraissent répandues au loin, même dans les grands cours d'eau de l'intérieur du continent asiatique. Celles du Nil. nommées Irionyx , atteignent jusqu'à trois pieds de longueur.

Parmi quelques coquilles fluviatiles, le IN il nubien offre plusieurs espèces d'éthéries , ou d'huîtres , qui ont beaucoup de ressemblance avec celles qu'on trouve dans les mers de la zone tempérée.

Dans les eaux du Nil et de ses affluents vivent les plus grandes espèces connues d'animaux amphibies : tels sont les hippopotames, les tupinambis et les crocodiles.

U hippopotame, ou chevalde rivière, est ainsi nommé parce que, dès l'antiquité , on a cru reconnaître quelque analogie entre son cri et le hennissement du cheval, avec lequel il ne paraît pas avoir d'ailleurs d'autre point de ressemblance, si ce n'est une espèce de crinière très- rare et clair-semée sur la crétédu cou. On lui a trouvé aussi quelques rapports avec le bœuf. Les habitants arabes des bords du Nil lui ont donné indifféremment le nom de f aras, ou celui de bagharahet-bahr; cher al ou bœuf de rivière. Cet amphibie est, sans contredit, le colosse des eaux; il approche de la grosseur monstrueuse de l'éléphant, et vient après lui et le rhinocéros dans l'ordre de taille; il égale même ce dcr-

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nier, selon quelques relations. On lui donne près de treize pieds de longueur, et même quelquefois davantage, depuis l'extrémité du museau jusqu'à la naissance de la queue , quinze pieds de circonférence, six et demi de hauteur. Sa gueule a plus de deux pieds d'ouverture. Elle est surtout remarquable par les dents dont elle est armée, et qui sont au nombre de trentesix, dont quatre canines; ces dernières atteignent à près de quinze pouces de longueur, et sont tranchantes comme les défenses du sanglier; elles pèsent environ 13 livres chacune; l'ivoire en est si dur que le choc de l'acier peut en tirer du feu ; il est en outre remarquable par une blancheur éclatante et inaltérable, tandis que, en général, l'ivoire jaunit en vieillissant; aussi les dents d'hippopotames sont-elles recherchées de préférence à tout autre ivoire. La peau de cet amphibie , de couleur noire ou brune, quelquefois tirant sur le fauve , ridée et sans poil comme celle de l'éléphant, est aussi dure que celle d'aucun autre animal; elle a plus d'un pouce, et même, dit-on, environ trois pouces d'épaisseur par endroits, et est presque entièrement impénétrable à la balle. Celle de la tète , étant moins épaisse et adhérente à des parties osseuses, est plus vulnérable; c'est là seulement, ainsi que sous les aisselles , qu'on peut le frapper mortellement. Le poids total de cet animal, dans l'âge adulte, et de grosseur ordinaire, est évalué de trois a quatre milliers de livres environ.

L'hippopotame est organisé pour vivre au sein des eaux , de même qu'à l'air libre ; ces deux éléments paraissent également nécessaires à son existence : pendant le jour, il reste énéralement au fond des fleuves ou es lacs; il en sort la nuit pour venir brouter l'herbe , le jonc et d'autres végétaux , ainsi que fait le bœuf. On a prétendu qu'en outre il se nourrit de poisson ; mais aucun fait , que nous sachions, n'est venu, jusqu'ici, justifier cette assertion ; il semble seulement herbivore. A défaut d'herbes ou de plantes, il cherche sa nourriture

dans les racines d'arbres , qu'il coupe à l'aide de ses quatre dents incisives. Les hippopotames dans certaines parties de la Nubie sont un véritable fléau pour l'agriculture. En une seule nuit , ils dévorent ou dévastent des plantations de riz ou de cannes à sucre.

Par son énorme capacité , on peut se faire une idée de la consommation que fait un pareil animal lorsqu'il est affamé. Les cultivateurs n'ont d'autre ressource contre ces dévastations nocturnes que de veiller autour de leurs récoltes. Si l'hippopotame vient à se montrer hors de l'eau, à défaut des armes nécessaires pour l'attaquer ou le tuer, les cris de l'homme, le bruit d'une sorte de tambour, ou la vue du feu suffisent pour le contraindre à la retraite. A terre il est craintif, parce qu'il n'y peut développer, comme dans l'eau, sa vélocité et sa force. Ses jambes, très-courtes , sont un obstacle à la vitesse de sa course (voy. pl. V). Aussi s'éloigne-t-il rarement* des lieux où il peut, en cas de surprise, disparaître à l'instant , en plongeant sous l'eau. Cet élément est celui qu'il préfère, parce qu'il y peut user de ses avantages : il nage plus vite qu'il ne court; c'est là le domaine où il a fixé son séjour habituel , parce qu'il y trouve sécurité; là il n'a donc aucun ennemi à redouter, pas même le crocodile, qui ne saurait combattre avec avantage un monstre dont l'armure est impénétrable et la force terrible. On croit avoir remarqué que les cantons fréquentés par l'hippopotame sont désertés par cet autre amphibie puissant , seul rival en état de lui disputer l'empire des eaux. Dans cet élément, l'hippopotame reprend avec l'assurance et la liberté d'action toutes les habitudes de son instinct fougueux. La présence des embarcations qui voguent à la surface de l'eau, semble l'inquiéter et lui porter ombrage; et il arrive souvent que, sans provocation, il les attaque comme un ennemi dangereux qui envahit son domaine, ou comme un piège tendu contre sa liberté. Parfois , il les soulève avec le dos et tente de les faire chavirer, En général , il fuit devant

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le chasseur ; mais- une blessure Tir- tarae ne commence guère à se mon^

rite , et alors il se retourne et s'élance trer que dans la Nubie moyenne et au-

avec fureur contre l'embarcation que dessus de la grande cataracte d'Ouadi-

monte l'agresseur et la saisissant de Halfah. L'espèce est plus nombreuse

toute la largeur de sa gueule ouverte, dans certains cantons où les profon-

il y plante ses redoutables dents ca- deurs du fleuve et la fertilité de ses

nines, et s'il ne parvient à la briser par rives présentent la réunion des con-

la force extraordinaire de ses mûchoi- ditions favorables à ses habitudes et à

res , il traverse l'épaisseur des plan- ses besoins

ches et ouvre par ses attaques réité- On tire un bon produit de la cap-

rées des voies d'eau qui submergent ture d'un pareil animal. On en extrait

son ennemi. deux mille livres environ de lard , dont

Nous trouvons dans les auteurs an- on fait un excellent beurre. Sa chair

ciens des détails sur la manière de tuer n'est pas désagréable. De sa peau on

l'hippopotame. Cette chasse exigeait un fabrique des armures et des fouets,

grand nombre de personnes, montées appelés courbaches, qui sont en usage

sur plusieurs barques jointes ensemble, dans tout l'Orient. On harponnait le monstre, et lorsqu'on Parmi les reptiles du Nil , nous cite-

avait réussi à le piquer , on lui filait rons le tupinambis. Cette espèce de

du câble jusqu'à ce qu'il eût perdu sa lézard , regardée comme amphibie ,

force avec le sang. Aujourd'hui les atteint jusqu'à trois ou quatre pieds

habitants des bords du Nil tendent de longueur. Il y en a de deux sortes :

des filets à mailles très-fortes, et une l'une vit dans le désert; Hérodote l'a

fois pris dans ce piège , il est facile désignée sous le nom de crocodile ter-

de l'exterminer. restre ; par analogie , les Arabes l'ap-

La femelle de l'hippopotame est un pellent aussi lézard du désert (ouranpeu moins grosse que le mâle ; il pa- el-hard ). Il se distingue particulièreraît qu'elle ne porte qu'un seul petit ment de celui du Nil par l'épaisseur à la fois , comme l'éléphant et tous et la forme arrondie de sa queue Charles grands animaux. Plus de fécondité nue. Celui qui nous occupe, comme attiserait une calamité pour les pays cul- phibie , est généralement connu, sur les tivés où vit ce colosse , vu la quantité bords du fleuve sous le nom de lézard de nourriture qui lui est nécessaire, de rivière (ouran-el-bahr). L'idée, assez Lanière nourrit son petit comme la généralement répandue, qu'à la vue du vache, du lait qu'il tette à ses ma-, crocodile il pousse un cri d'alarme, melles. Dès qu'il est né, son instinct qui tient du sifflement, comme pour le porte à courir à l'eau , et souvent prévenir l'homme de la. présence de il s y met sur le dos de sa mère. cet ennemi redoutable , lui a fait

L'espèce de l'hippopotame, parti- donner aussi le nom de monitor, et culière à l'Afrique, paraît confinée en par suite celui de sauveur, de sauvecertains climats de ce vaste continent, garde. Il est certain qu'il n'y a rien et pour ainsi dire entre les tropiques, que de très-naturel dans ce siffle- On le trouve dans les fleuves de la ment, par lequel le tupinambis exzone torride jusqu'à leur embouchure prime une terreur qu'inspire d'ailleurs et même suivant quelques auteurs an- a tous les habitants du fleuve, le ciens , il ne fuit pas Veau salée ; des tyran redouté de ses eaux. Pourvu voyageurs prétendent même avoir ren- d'une organisation analogue à celle du contré l'hippopotame à plusieurs lieues crocodile, il passe , quoique beaucoup en mer , ce qui lui a valu par suite le plus petit , pour avoir les mêmes hanom de cheval marin. Le défaut de bitudes de voracité et pour être cartempérature élevée empêche seul cet nassier comme lui. Différent des auanimal de descendre dans la région in- très reptiles aquatiques , il n'a point prieure du Nil et même dans la Haute- les pattes palmées ; sa queue , assez Egypte et la Basse-Nubie. L'hippopo- longue et déprimée , est surmontée

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d'une crête. Sa morsure est , dit-on , vénimeuse.

Il nous reste à parler du plus fameux des habitants du Nil , le crocodile. D'un naturel sauvage et défiant, ce reptile amphibie, de l'espèce des lézards, est difficile à surprendre, surtout lorsque avec l'âge se sont développées chez lui toutes les ressources de l'instinct le plus ombrageux. Une partie de son existence, cachée au sein des eaux, se dérobe à l'observateur:

plusieurs de ses habitudes sont encore un mystère. Toutefois, Hérodote nous fait connaître cet animal par les particularités qu'il en avait apprises des prêtres ou des habitants de l'Égvptc, et les observations modernes ont' confirmé la plupart de ses assertions. Il est certain que de très-petit qu'il est à sa naissance , et lorsqu'il sort de l'oeuf qui, pour la grosseur, n'excède pas celui de l'oie, le crocodile prend un développement extraordinaire, qu'on a évalué dans l'antiquité de 16 à 17 coudées de longueur et guelquefois même jusqu'à 25, c'est-à-dire environ 11 ou 12 mètres. Lorsqu'il est parvenu à son dernier accroissement , sa peau , revêtue à la partie supérieure d'écaillés ou d'aspérités , a acquis une telle dureté, qu'elle est impénétrable et à l'é-

fweuve des armes à feu ; le ventre et es aisselles, plus tendres, sont les seuls endroits vulnérables. Sa gueule, fendue dans presque toute lalongueur de la tête et armée de dents terribles, dont plusieurs sont saillantes en dehors, paraît n'avoir de mobilité que dans la mâchoire supérieure, qui se referme sur l'inférieure ; l'organe de la langue v est peu développé , car on ne sanraif donner ce nom à une espèce de membrane ou de tégument à peine apparent dans le fond de la gueule. Comme les amphibies en général , le crocodile vient à terre pour dormir et se reposer de la vie active qu'il mène sous les eaux. C'est aussi sur le sable que la femelle dépose ses œufs, qui viennent à éclore après un mois environ d'exposition à la chaleur solaire. Si les crocodiles se livrent à leur instinct de férocité contre presque

tous les animaux, même les plus gros, ils semblent vivre en bonne intelligence entre eux, et, pour ainsi dire, dans une sorte de communauté de -famille. Il n'est pas rare de les voir rassemblés , grands et petits , au nombre de 10 ou 12, et souvent davantage, sur les îles de sable que les eaux basses laissent à découvert au milieu du fleuve. Mais on ne saurait les approcher; à la moindre apparence de danger, et l'alarme donnée par le plus vigilant d'entre eux , toute la troupe disparaît en, plongeant au même instant sous l'eau. La voile d'une barque dans l'éloignement suffit pour donner l'éveil au crocodile, d'autant plus en défiance qu'il n'est pas en compagnie de ceux de son espèce ; aussi est-il très-difficile de le surprendre, même seul , à moins qu'il ne soit profondément endormi, après avoir été long-temps privé de sommeil ( voyez pl. VI). Quelques animaux d'ailleurs lui servent aussi de sentinelles avancées. Il ne paraît pas démontré , ainsi qu'on l'a dit, que toute la nature vivante fuit à la vue du monstre ; plusieurs espèces d'oiseaux aquatiques passent pour se tenir parfois dans son voisinage. On a cité même un oiseau de très -petite espèce, le trochilusy parmi les compagnons familiers du crocodile. On a dit que pendant le sommeil de cet amphibie, le petit oiseau se glisse dans la gueule sanglante et entr'ou verte du monstre, et le débarrasse, en les avalant , des nombreux insectes qui la remplissent ordinairement. S'il est permis de ne pas croire à cette confiance trop audacieuse du trochilus, on peut aussi révoquer en doute l'inimitié acharnée, attribuée à Yichneumon qui passait pour chercher avec

fjersévérance les œufs du crocodile dans e sable, sans autre but que de les casser et d'anéantir la reproduction de l'espèce , paraissant ainsi voué par son instinct à un travail qui est plus profitable à l'homme qu'à lui-même. La trop grande multiplication du crocodile serait un fléau pour l'homme ; son voisinage est trop souvent funeste aux habitants des bords du IN il. Il arrive parfois que cet animal vorace ,

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poussé par la faim, attaque les bestiaux et les animaux les plus gros qui viennent se désaltérer ; il va même hors de l'eau chercher à terre une proie qui lui semble facile et inoffensive , un enfant isolé ou l'homme endormi sur la rive. C'est un ennemi redoutable, surtout pour les femmes, qui, plusieurs fois par jour, entrent dans le fleuve jusqu'à mi-corps, pour faire la provision d'eau ou pratiquer les ablutions en usage dans presque tout l'Orient.

Aux heures accoutumées , l'animal guette sa proie, et s' avançant doucement entre deux eaux , il la renverse de sa puissante queue et l'entraîne au loin sous les flots pour s'en repaître à loisir. Dans les endroits qu'il fréquente plus particulièrement, l'exercice de ses facultés de destruction, développées au dernier degré par des besoins plus impérieux cliez les çrands individus de l'espèce, le signale a l'attention et à la terreur des habitants voisins du fleuve. Tel crocodile, connu dès long-temps dans un canton pour ses habitudes de carnage et les nombreuses victimes de sa voracité , est ordinairement désigné par la population du lieu , sous un surnom , expression de la force et de la puissance réunies, et qui rappelle les idées de meurtres et d'exécutions sanglantes dans lesquels se résume trop souvent l'exercice du pouvoir chez les Orientaux et les Africains. En certain lieu, on l'a surnommé le visir ou \e sultan : ailleurs, connu de plusieurs générations successives , il a reçu, à cause de son grand âge, le nom 'de cheyk, c'est-à-dire le patriarche , l'ancien du canton. La tradition a conservé à l'espèce du crocodile en général le véritable nom qu'il reçut dans l'antiquité ; la plupart des habitants actuels de la vallée du Nil l'appellent encore temsak, commedans l'idiome des anciens Égyptiens.

Suivant Hérodote, on prenait le crocodile, dans les temps antiques, au moyen d'un hameçon auquel on attachait un morceau* de chair de porc.

'Nous empruntons à un voyageur moderne, M. Cailliaud, la relation des moyens employés pour cette capture

par les habitants actuels de la Nubie supérieure. « Ils se livrent, dit-il, à la « chasse du crocodile sur les grèves « sablonneuses qui bordent le lit du « fleuve et sur les îles. Dans les basses « eaux, ces hommes, qui connaissent « les endroits où les crocodiles ont « coutume de venir respirer l'air en « nature, y élèvent de petites murail- « les en terre de 2 ou 3 jpieds de haut. « Au sortir du fleuve , ces animaux « viennent s'abriter derrière elles et « s'y endorment. Lorsque les chasseurs « en aperçoivent un dans cette posi- « tion , l'un d'entre eux s'approche à a bas bruit de peur de l'éveiller, et se « tenant à couvert derrière le petit « retranchement , lui enfonce dans la « gueule ou dans le côté du cou , au « défaut des os de la tête et des écailles, un dard en forme d'hameçon, « emmanché au bout d'une hampe au- « tour de laquelle est roulée une longue « corde. Si le monstre voracc ne meurt « pas du coup et regagne le fleuve, le « narponneur lui file la corde jusqu'à « ce qu'il soit affaibli, après quoi on le « retire du fond de l'eau. »>

La peau du crocodile est employée à fabriquer des boucliers; celle du* ventre, moins dure et plus souple, est façonnée en forme de gaîne ou de fourreau destiné à renfermer le large glaive nubien ou le poignard que les Barabras portent généralement attaché au bras gauche.

Ici se termine ce què nous avions à dire sur l'ensemble des faits naturels , les productions et les animaux particuliers à la Nubie. Le tableau que nous avons essayé d'en tracer peut se compléter par les représentations qui décorent les monuments de l'Egypte et de FÉthiopie, et surtout par les peintures des hypogées, qui nous fournissent une multitude de renseignements, et constatent l'ancien état des choses dans cette région. Nous y voyons figurées une foule de productions naturelles évidemment importées dans la vallée inférieure du Nil , et qui , paraissant devoir leur origine à un climat plus méridional, seraient descendues le long du fleuve créateur avec les hommes

L'UNIVERS

qui, les premiers, colonisèrent ses rives. Aucun fait, aucun phénomène de la nature n'est étranger à cette civilisation locale, dont la symbolique embrasse le cercle entier du monde physique et des connaissances humaines. Ces notions sont donc du plus

grand intérêt, comme se rattachant irectement à l'existence morale des sociétés, et enfin à la vie intellectuelle de l'homme de ces contrées, dont l'histoire va nous occuper.

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