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sur les chances mobfies d'un commerce dont le despotisme oriental absorbe à peu près le monopole. Il en est de même de l'agriculture qui , par un principe analogue de fiscalité et par la privation des bras que le recrutement des armées enlève tous les jours , est forcément négligée. C'est à peine si , aujourd'hui, sur les bords du Nil naguère si animé par sa population agricole , l'œil aperçoit de loin en loin quelques-unes de ces élévations disposées pour recevoir un mécanisme hydraulique qu'on nomme sahakieh en arabe ; leur nombre correspond à celui des cultivateurs qui les entretiennent.
C'est sur cette base qu'est établie la répartition de l'impôt en Nubie, et non sur la mesure des terres. Ce mécanisme est destiné, à l'époque des basses eaux et de la morte -saison qui l'accompagne , à vivifier et féconder par des irrigations artificielles les terres élevées , et à assurer ainsi en tout temps la subsistance du pays (voy.pl. xm). Il consiste en une roue à chapelets, combinée avec des engrenages et mue par des bœufs, des vaches , ou souvent même des chameaux.
A l'époque du voyage de Burckbardt , on en évaluait le nombre de six à sept cents entre Assouan et Ouadi-Halfah seulement ; la quantité de ces machines nous a semblé bien diminuée. Les ressources du commerce intérieur sont presque nulles, et les rapports entre les diverses localités , devenus peu fréquents , n'entretiennent plus la navigation fluviale, qui se réduit à quelques mauvaises embarcations. L'existence des hommes, sans cesse mise en question , attaquée dans ses sources et par des maladies et par des excès de toutes sortes , telles sont les causes qui ont produit depuis plusieurs siècles le dépeuplement croissant de la Nubie. Une administration sage doit porter un remède prompt à ces manx,pour éviter de voir la solitude et les ruines succéder tout à fait à la vie et au mouvement.
Après avoir passé en revue les races tant anciennes que modernes de la Nubie, il reste à remonter aussi haut que possible vers les origines de ces honi-
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mes qui fondèrent jadis un état de choses durable dans la vallée du Nil , et à rechercher les vicissitudes et les révolutions qui ont amené successiver ment tant de populations diverses sur la scène historiqne.
ORIGINES ET DBVBM>PPB»IB»T8 ©B I*
CIVIU8ATIOJC.
Les premiers essais de. la civilisation dans la région du Nil ont , dans l'antiquité comme dans les temps modernes , excité au plus haut degré l'attention des philosophes et des historiens. Il y a plus qu'un attrait de curiosité gui porte à interroger cette contrée où l'opinion à peu près unanime place le foyer primitif des lumières qui ont éclairé le monde. Les commencements d'une société qui a brillé d'un éclat si vif , et a devancé de beaucoup les autres nations dans tous les genres de perfectionnements, présentent un sujet de graves méditations et de conjectures du plus grand intérêt pour les annales de l'humanité.
L'esprit se complaît dans l'étude des faibles essais qui ont préludé à des œuvres si merveilleuses; il réve leurs développements possibles, il cherche à reconnaître la marche progressive de la société primitive, isolée, livrée à ses propres forces, à la seule impulsion ae son génie particulier. Mais, il faut le dire , si l'on a déterminé avec quelque certitude la source d'où émanèrent ces grands résultats, des doutes sérieux se sont élevés sur la part relative qu'il faudrait assigner à l'Éthiopie et à l'Égypte dans les perfectionnements sociaux. Les meilleurs esprits ont été partagés sur la marche probable du mouvement religieux et civilisateur. Cette question, en vain discutée, est restée tout entière, et l'espoir de la résoudre complètement , semble, malgré l'intérêt qui s'y rattache, perdu sans retour. D'un côté on a admis l'hypothèse que la vallée j inférieure du Nil aurait reçu de la région méridionale l'ensemble de ses institutions, déjà complètes et perfectionnées au plus haut degré ; d'après
une autre opinion qui nous paraît beaucoup plus fondée, ainsi que nous essayerons de le démontrer, le germe apporté de l'Éthiopie , n'aurait acquis son développement entier et parfait que sur le sol de l'Égypte d'où il serait remonté ensuite dans toute sa puissance et sa maturité vers sa source première. Jusqu'ici les investigations ae l'érudition et de la critique historiue, éclairées des découvertes moernes, ne nous ont rien appris touchant l'état moral des premières colonies éthiopiennes. L interprétation, devenue positive aujourd'hui, des monuments de cette civilisation qui subsistent encore sur le sol de l'Égypte, n'a pu, quel que soit le degré de leur antiquité, dissiper l'obscurité qui enveloppe les annales primitives de la région du Nil. La solution du problème semble au contraire être devenue par là plus éloignée. En effet, parmi les décombres de beaucoup des plus anciens de ces monuments qui n'étaient eux-mêmes que des reconstructions d'édifices bien antérieurs, détruits ou par la barbarie , ou' peutêtre aussi par le temps, on a constaté pour ces réédifications ou éditions postérieures , l'emploi de matériaux portant et la date évidente et les signes clairement exprimés des précédentes constructions auxquelles ils avaient primitivement servi. Ces témoignages irrécusables, qu'il était réservé à la science moderne de nous révéler comme ayant devancé les monuments de l'histoire positive, connus jusqu'ici, et qui sont de nature à effrayer l'imagination par l'antiquité relative des essais préliminaires et des élaborations fort antérieures qu'ils font nécessairement supposer, présentent tous, sans exception et au môme degré, les traces non équivoques d'un développement matériel et intellectuel déjà trèsavancé. Partout , et dans ces débris conservés des temps les plus anciens, et dans ces restes encore subsistants des époques moins éloignées de nous, les créations de l'homme , les œuvres de son intelligence se révèlent dans toute leur force et dans leur plus grand
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éclat. TJne analogie entière dans la corde généralement à reconnaître dans pratique des sciences et des arts , une la région méridionale de rÉthiopie. identité parfaite dans les procédés gra- C'est de là que prenant son essor vers phiques et dans les types consacrés , l'Êgypte où elle aurait atteint son se montrent de toutes parts comme apogée, la civilisation donna à la Grèce l'expression exacte et constante de la ses premiers enseignements , dont fixité des croyances religieuses et des Rome recueillit par suite l'héritage, et institutions, en même temps qu'elles légua enfin la bienfaisante influence témoignent du degré d'avancement des aux sociétés modernes, connaissances humaines dès une épo- D'après des notions presque généque qui devance les annales de la plu- raîement admises par les sociétés pripart des sociétés. La poussière des mitives, les Éthiopiens, qui passaient générations les plus anciennes inter- pour avoir précédé les autres hommes rogée dans la profondeur mystérieuse sur la terre , auraient aussi les predes catacombes , est invariablement miers reconnu l'existence de la aiviapparue entourée des mêmes rites et nité , et par cela même mérité les fades solennités du même culte religieux, veurs célestes. C'est à ce peuple qu'on La race elle-même retrouvée , à des attribuait l'institution des sacrifices et époques diverses , dans toute la pu- du culte des dieux ; selon Diodore , il reté de son type particulier, sans mé- avait enseigné à la plupart des nations lange ou altération, semble attester, du a pratiquer les cérémonies et les pomfond des hypogées, qu'elle a seule et pes sacrées, à honorer la puissance sans partage joui de toute éternité, et divine par des actes religieux; enfin, pendant une période de temps incal- dit cet historien, sa réputation de culable, de la possession entière du piété était accréditée à ce point, dès sol et de l'édifice qu'elle y avait élevé une haute antiquité , que le premier de ses propres mains. Nulle part donc des poètes, Homère , représente dans sur cette terre , les ouvrages des hom- l'Iliade Jupiter suivi de tous les dieux mes ne décèlent un seul vestige de de l'Olympe , se rendant annuellement progrès ou de perfectionnement ; il en Éthiopie pour assister à des festins serait impossible de saisir un indice et à des sacrifices toujours agréés de phase ou d'état de transition dans comme l'hommage le plus pur qui pût les hranches diverses delà civilisation, être offert par les hommes à la divi- Cet ensemble imposant apparaît, pro- nité. Dès l'origine des choses, la préduit comme d'un seul jet par des cir- dilection céleste avait paru se maniconstances données, immuables; il fester envers la contrée habitée par ce s'identifie, pour ainsi dire, aux ocu- peuple élu; rÉthiopie était le lieu de vres de la création par le caractère la terre où les bienfaits providentiels d'unité, de puissance et de durée dont avaient été prodigués avec le plus de il est profondément empreint. Toute- libéralité; les richesses ainsi que les fois, si cette civilisation, renfermant phénomènes les plus merveilleux de la jusqu'ici le secret de ses élaborations nature, l'abondance de toutes les ehointerieures, a résisté à l'analyse et se ses qui rendent l'existence facile à présente dans sa dernière expression, l'homme, semblaient avoir été miraon ne peut méconnaître les données culeusement dévolues à certaines parqui ressortent des annales de l'anti- ties de cette région. L'éloignement de équité et du corps de l'histoire tout en- cette zone méridionale, qui passa dans tier. A l'aide de ces notions, et si l'on l'antiquité pour la limite extrême du prend pour guide la constitution phy- domaine de l'homme et du inonde tersîque même'de la contrée, il est d'un restre, les obstacles natucels qui en haut intérêt philosophique d'étudier rendent l'accès presquë impossible, les essais et les développements du et ont jusqu'à ce jour dérobé les vémouvement social, en remontant jus- ritables sources du Nil aux recherches qu'à son point de départ qu'on s ac- des voyageurs, paraissaient envelopper,
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comme à dessein , d'un voile surnaturel , les phénomènes inexplicables qui s'accomplissaient sur cette terre privilégiée. Par une tendance commune aux temps d'ignorance , on n'hésita pas à reconnaître dans ce mystère même un indice certain de la volonté suprême, qui cachait ainsi à tous les yeux la source des bienfaits et des prodiges par lesquels elle se manifestait.
Selon l'opinion émise par plusieurs philosophes anciens, les premières étincelles de la vie s'étaient allumées spontanément en Éthiopie ; les lumières de la civilisation s'y seraient, pour ainsi dire, répandues aussi comme par une émanation céleste. S'il faut en croire les traditions généralement accréditées dans l'antiquité, les Éthiopiens étaient de très bonne heure en possession des arts et des sciences ; un cela comme en toutes choses , ils avaient devancé les autres peuples, et le reste des hommes avait été initié par leurs préceptes à la plupart des pratiques et des institutions qui dénotent un état avancé. Ainsi l' Egypte avait appris des Éthiopiens à honorer ses rois à l'égal de la divinité: parmi une infinité d'autres rites, elle leur devait la coutume à la fois salubre et morale d'apporter aux funérailles des morts* des soins particuliers et une certaine pompe; enfin elle paraissait leur avoir emprunté les premières notions des procédés graphiques , c'està-dire , l'écriture hiéroglyphique , dérivée elle-même de l'usage primitif des représentations, purement symboliques; usage qui suppose nécessairement une certaine pratique des arts , du dessin , de la sculpture et de la peinture. Dotée de ces avantages essentiels, la nation éthiopienne aurait dil encore à une protection supérieure le plus grand des bienfaits , l'union intérieure , et par suite , la conservation de son indépendance. Les héros de la mythologie, Hercule et Bacchus, après avoir, selon Diodore , parcouru en conquérants toute la terre habitable, se seraient abstenus de combattre les seuls Éthiopiens qui vivent dans la contrée supérieure à ï Egypte, tant,
ajoute l'historien, en considération de la piété de ce peuple, qu'à cause des difficultés que présentait l'entreprise.
A une époque de l'histoire, postérieure aux temps fabuleux , mais où les faits tiraient encore pour les est prits religieux une haute signification de la région même où ils s'accomplissaient , cette constante prédilection du ciel semblait se manifester d'une manière non moins éclatante , et Cambyse, vainqueur de l'Égypte, conduisant une armée nombreuse à la conquête de l'Éthiopie et des trésors qu'elle renfermait , avait à lutter contre les éléments, et, n'échappant qu'à peine lui-même à la mort, il voyait périr dans les sables du désert l'élite de ses soldats décimés par la soif et la famine.
Quoi qu'il en soit des traditions plus ou moins positives, religieusementconsacrées par l'épopée antique , et au travers des fictions mythologiques qui , pour la plupart, ajoutaient leur prestige a des realités, un fait domine, qu'il est important de constater : c'est qu'alors même que l'Egypte , parvenue au plus haut degré de civilisation et de puissance , visitée par tout ce qu'il y eut de philosophes célèbres dans les temps anciens , instruisait à ses leçons les législateurs de la Grèce, l'Éthiopie supérieure n'avait pas cessé d'être considérée comme le foyer primitif des lumières. C'était d'ailleurs une doctrine admise de toute antiquité chez les Égyptiens eux-mêmes , que le principe vivifiant , créateur de la terre féconde au milieu de la stérilité des déserts , émanajt des extrémités méridionales de l'Éthiopie, où le Nil prend ses sources. Les dépositaires de la science de cette nation, fidèles gardiens de ses annales , et des traces de ses origines^ en avaient, en quelque sorte, perpétué la tradition sous l'autorité du idogme. L'un des mythes fondamentaux de la théogonie focale
fiersonnifiait le fleuve dans Osiris,et e représentait révélant aux premières colonies le sol fertile et cultivable; fiction qui consacrait un fait physique généralement reconnu. En effet, Hé-
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rodote, initié par les prêtres de Memphis à quelques-uns des mystères de fa contrée, nous apprend que l'observation d'un phénomène qui s'est manifesté constamment aux embouchures du Nil, avait donné lieu à un calcul d'après lequel on devait considérer une grande partie de l'Égypte comme une création du fleuve. Ces observations, commencées dès la plus haute antiquité, continuées attentivement pendant une série de siècles. non interrompue (et que d'ailleurs on a pu vérifier à toutes les époques), prouvaient avec pleine évidence qu'une grande portion du pays, la plus fertile surtout, n'était qu'une terre d'alluvion , conquise sur la mer, dont les eaux, sans cesse refoulées par les eaux bourbeuses de l'inondation périodique, s'étaient retirées devant cette accumulation incessante du limon charrié de l'Éthiopie, et avaient successivement abandonné une vaste surface d'atterrissements au profit de l'homme.
C'était donc progressivement et à mesure que la vallée inférieure du Nil était devenue habitable, que seraient apparus, pour cette région, ses premiers colons primitivement retenus au-dessus des cataractes.
En recherchant attentivement les causes du mouvement social qui prit naissance dans la vallée supérieure du Nil , on est amené infailliblement à en considérer les premiers essais comme un fait isolé, spontané , dû à un concours fortuit de circonstances toutes locales, et comme le résultat d'une impulsion imprimée à l'homme par une puissance en quelque sorte providentielle. Cette région de l'Éthiopie se trouvait, en effet, dans des conditions particulières de position, et n'avait pu devoir ses commencements qu'à elle-même; seule elle échappait aux ténèbres, alors que les lumières semblaient n'avoir lui pour aucune autre contrée. Aucune donnée positive du moins ne témoigne d'essais d'organisation relativement aussi anciens. Nul symptôme d'état social ne s'était révélé jusque-là sur un seul point du continent africain. En ce
temps reculé, la terre d'Égypte n'e'tait , comme nous venons dé le dire, d'après le témoignage de l'antiquité elle-même, qu'une région en grande partie basse et humide, sortant à peine du sein des marécages , et accomplissant lentement et par des alluvions successives, le travail de sa formation. Les traditions les plus anciennes sur l'origine des sociétés ne mentionnent aucune agglomération d'hommes déjà constituée en nation sur la surface du globe alors habitée. La race humaine, encore peu nombreuse, vivait en hordes faibles et très-divisées, n'obéissant qu'à un instinct sauvage, livrées à toutes les vicissitudes de l'existence vagabonde. L'Éthiopie renfermait le germe précieux qui devait éclairer le genre humain , et le soustraire à l'état de barbarie.
Si l'on essaye de prendre les faits à leur origine , et lorsqu'on se reporte
f>ar l'imagination à cette époque recuée qui vit poindre les premières lueurs de l'état social , on assiste à un spectacle du plus haut intérêt. L'esprit s'émeut à l'idée de quelques familles chétives encore, s'associant dans le but d'échapper aux vicissitudes et aux désordres de la vie errante, et s'avançant d'un pas faible et chancelant vers la plus brillante destinée. Un sol fertile , riche d'une abondance spontanée, une nature presque constamment vivifiée sous l'influence de certains phénomènes, avaient retenu cette association primitive en la conviant à une existence facile , à un avenir plus certain. Grâce à cette situation privilégiée, des établissements fixes et permanents avaient été essayés. L'instinct qui avait d'abord rapproché les hommes dans un intérêt commun de conservation, avait par suite fait jaillir les lumières du contact des idées. Bientôt les premières notions du travail et de l'agriculture avaient révélé le secret de leurs ressources. L'existence sédentaire et les rapports fréquents qu'elle établit entre les individus, avaient singulièrement adouci les mœurs, et contribué au développement du lien social , à l'union intérieure et à la coin-
munauté des vues. Il en était résulté un état de bien-être auparavant inconnu , et auquel étaient venues participer successivement la plupart des familles répandues sur une certaine étenduedePÉthiopie.Peuàpeu l'œuvre sociale avait grandi et s'était fortifiée; déjà elle présentait une masse imposante de population à opposer aux ennemis naturels qui la menaçaient de toutes parts. Car en effet, l'Ethiopie méridionale, formée de contrées à peu près toutes habitables à des degrés divers , quoique généralement peu peuplée par rapport à sa vaste étendue , surtout à l'époque qui nous occupe, nourrissait cependant des races qui étaient restées étrangères à toute idée de société. Par la nécessité de leur situation et par la nature même du sol qu'elles fréquentaient le plus habituellement, elles étaient vouées sans retour à la vie errante, à l'état de rudesse et de férocité natives qui ont , à toutes les époques , caractérisé la plupart des races africaines de ces parages où on les retrouve encore les mêmes. Ces hommes s'étaient, avec le temps , multipliés aussi dans leurs mœurs grossières. Plus d'une fois, sans doute, leur fougue, leurs habitudes de rapine et de dévastation avaient, par des invasions répétées , sinon paralysé , du moins retardé la marche des perfectionnements et causé de graves dommages à l'édifice qui s'élevait si laborieusement. Mais l'impulsion était donnée , et une certaine organisation une fois constituée dans une voie de progrès, rien ne devait plus arrêter le cours de ses développements et de ses conquêtes.
Le mouvement social, évidemment originaire de la région méridionale de l'Éthiopie, s'était naturellement concentré , dès le principe , sur les bords de l'une des branches principales du grand fleuve qui, avec une multitude a affluents , arrose ces contrées. Dans cette situation , le spectacle de la nature s'était d'abord offert à l'association primitive des hommes dans toute sa majesté. C'est là surtout que la périodicité ét la grandeur imposante aes
phénomènes , l'activité et la richesse des productions, s'étaient manifestées dans leur plus haute-expression de régularité, d'ordre et de puissance. C'est aussi en présence de ces bienfaits prodigués, comme par une main invisible, que pour la première fois peutêtre , ridée de la divinité s'était révélée à l'homme reconnaissant. Ces dispositions favorables n'étaient pas restées stériles"; elles avaient reçu dès l'origine une heureuse direction de l'autorité de l'expérience et dei lumières. Déjà des nommes qui devancent le vulgaire par des vues élevées et un certain instinct de l'avenir, devinant tout ce cme renfermaient leséléments d'organisation réunis sous leur main, auraient saisi le gouvernail, et se seraient constitués les régulateurs d'un ordre de choses durable. Cette influence protectrice , non moins que la haine et la réprobation pour l'état nomade, érigées de bonne neure en principe social, auraient permis aux germes de toutes les institutions de se développer dans une paix profonde, à l'abri des vicissitudes et des désordres qui maintenaient dans l'abjection la plupart des hordes répandues sur la terre. Les dernières traces de mobilité et de fougue aventureuse se seraient transformées peu à peu dans des habitudes fixes et sédentaires. Asservi, pour ainsi dire, par le bien-être d'une condition meilleure , l'homme aurait bientôt méprisé l'indépendance misérable de la vie errante , qui n'avait de certain que ses agitations et ses souffrances, et dont le contraste rehaussait encore les avantages d'un état soumis à l'ordre et à la régularité.
A mesure que la population , agglomérée au foyer primitif de l'état social, s'était multipliée par une existence facile, et à la faveur de l'association commune, la colonisation se serait avancée de son point de départ, sur les deux rives du neuve, peuplant ses îles nombreuses, et descendant avec le cours de ses eaux, dans la direction du nord. Elle aurait, par cette marche lente et progressive, suivi incessamment une voie tracée par la na-
turc elle-même. Guidée par le cours d'eau puissant qui ouvrait devant elle un long sillon de terre féconde, et obéissant comme à l'instinct de ses destinées , elle aurait ainsi conquis successivement une grande partie de la région soumise aux inondations périodiques; parcourant ensuite, dans ses sinuosités, la vallée étroite et resserrée du fleuve, vers l'extrémité septentrionale de l'Ethiopie , et après avoir franchi plusieurs cataractes , elle serait parvenue enfin à la dernière de ces barrières naturelles, au delà de laquelle s'ouvrait une carrière étendue. Là était apparue, aux précurseurs de la famille éthiopienne , une terre de formation plus récente , vierge encore de la présence des hommes , et qui semblait prédestinée à favoriser leurs établissements. Cette région, création du fleuve qui l'avait formée par l'action de ses eaux épanchées en abondance au temps de sa crue périodique , était isolée au milieu de l'immensité de déserts protecteurs où les nomades des âges primitifs ne s'étaient pas encore frayé des chemins; situation exceptionnelle qui , à tous les éléments de prospérité matérielle de l'Éthiopie, joignait l'avantagede n'être pas,comme cette dernière contrée , inquiétée par la barbarie incessamment errante sur ses flancs. L'avenir s'y présentait sous les auspices les plus favorables; l'œuvre sociale échappait à l'instabilité, et confiait ses destinées à une terre hospitalière. Dès ce moment, une impulsion nouvelle aurait hâté les développements du germe civilisateur. Pour les favoriser davantage, une prévoyance habile aurait, a dessein, jeté un voile sur des origines que la tradition reportait à des temps de désordre et de barbarie. Toutes les traces d'un état antérieur d'abjection auraient bientôt disparu dans l'oubli des lieux où il avait existé. Les premiers préceptes de la cosmogonie, d'ailleurs conformes aux connaissances géographiques primitives , restreignant l'essor de la pensée et de l'inconstance naturelle des masses dans un cercle circonscrit, paraissaient avoir enseigné de bonne