‹ Sénégambie et GuinéeChapitre 4 sur 25 · DE TOUS LES PEUPLES · texte numérisé non relu

DE TOUS LES PEUPLES

DE LEURS RELIGIONS, MOEURS, COUTUMES, etc.

GUINÉE

PAR M. AMÉDÉE TARDIEII,

OFOGRAPHE DU MI1TISTÈRE DUS AFFAIRES ETRANGERES , ARCHIVISTE P A L âOG R AP8 1 , LICENCIE ES-LETTRIS. MEMBRE DE LA SOCIETE DE GROGBAPHIE, ETC.

La Guinée, selon les géographes et les voyageurs du dix-septieme et du dixhuitième siècle (1), est une longue suite de côtes comprises entre la rivière du

(t) Voy., entre antres cartes anciennes : i° Les cos tes de Guinée avec les royaumes qui y sont connus des Européens en dedans des terres, selon Us relations les plus nouvelles , par P. Duval , géographe du roi ; 1677. — z° La carte de la cote de Guinée et du pays autant qu'il est connu, depuis la rivière de Serre- Lione jusqu'à celle des Camarones, par d'An ville; juillet 17119.

3° Guinée entre Serre-Lioné et le passage de la ligne, par le même; 1775.-4° Tractas littorales Guineee a promontorio Verde usque tut sinian Catenbelœ, apud F. de Wit. — 5° Carté hydrographique sphérique ou réduite du nouveau plan des eûtes de Guinée , dressée et dédiée à M . de Valincour% conseiller du roi en ses conseils , etc., par Henry, ingénieur du roy, hydrographe et professeur en mathématique; deux feuilles. — Parmi les rartes modernes je me contenterai d'indiquer MapoJ the coast of j4fr\ca comprising Guinea and the British possessions at Sierra Leone, on the Gambia, and the Gold coast togetherwith the cou ni ri, s mtlùn the courses of the rivers Sénégal , Gambia and Kowara , compiled from officiai documents by John Jrrowsmith, 1843.

Sénégal, et le cap Lopez Gonzalto (lat. Mid 0° 30', long, est 6ft20\) Quelques auteurs lui marquent même comme limite méridionale le cap Negro ( lat.

sud 16° T 0", long, est 9° 33' 45"), mais en empiétant sur le Congo , qui doit être rigoureusement distingué de la Guinée. On divisait aussi généralement ce pays en deux parties : la Guinée septentrionale , entre le Sénégal et Sierra- Leone; et la Guinée méridionale, ou Guinée proprement dite , se subdivisant en six coVs : tà la côte de Malaguette ou du Poivre; 2° la côte a Vfvoire; 3° la côte a" Or; 4° la côte des Esclave* ; 5° la côte de Bénin ; 6° la côte des Majores (i). Pour nous, acceptant lesdivisions géographiques proposées par M. d'Avezac, nous avons eff.icé entièrement le nom de Guinée de la côte comprise entre le Sénégal et le cap des Palmes , pour y substituer le nom de Sénégambie;et en conservant la dénomination deGumée au pays qui s'étend le long du golfe, d< puis lecap desPalmes jusqu'au fond de la baie de Biafra , nous la restrei-

(1) Walckenaer, Histoire générale des Voyages, t. IX. , p. a .

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gnons encore, d'après la même autorité, monter le golfe du sud au nord avant te

au littoral proprement dit , lui préférant , mois de juin, et leur rapidité pour effec-

pour l'intérieur des terres, le nom in- tuer la même route après cette épo-

digène de Ouanqdrah, qui s'arrête pré- que. — Une loi tout aussi uniforme est

cisément, vers le nord, aux limites du la corrélation qui existe entre la marche

Takrour (1). Mais dans la science du soleil et celle des hivernages : à

hydrographique le nom de Guinée a l'époque où le soleil entre dans le signe

retenu son ancienne extension : M. le du Bélier, les tornades commencent à

comte E. Bouët-WiUaumez appelle en- se faire sentir dans le golfe de Biafra,

core golfe de Guinée ce grand enfonce- où il darde alors ses feux zénithaux

générale du sud-est jusqu'au cap des gressive de sa déclinaison dans les pays Palmes, pour courir à peu près à l'est- situés par des degrés de latitude analôsud-est jusqu'au Rio del Rey, se cou- gues. — Quant au phénomène des brises der ensuite brusquement de six quarts alternatives déterre et du large dû à l'éau sud, et courir droit au sud jusqu'au chauffement et au refroidissement alter- Congo et même au delà. Dans rétendue natifs de la terre qui déterminent à midi totale des côtes qui bordent le golfe, et à minuit un courant d'air, alternatif étendue de sept cent quatre-vingt-cinq lui-même , il se manifeste assez régulièlieues, non compris les archipels voisins , rement sur toutes les fractions de côtes M. le comte E. Bouël a distingué neuf du golfe, surtout depuis le mois de dé* fractions de côtes; cinq me restent cembre jusqu'aux pluies d'hivernage. — à décrire : la côte d? Ivoire, depuis le cap Les harmattans ne régnent pas sur tout des Palmes jusqu'au cap des Trois-Poin- le littoral d'Afrique avec la même intes (quatre-vingt-dix lieues); la côte tensité ni avec la même élévation de d'Or, depuis le cap des Trois-Pointes température. Il est d'ailleurs très-faiusqu'au cap Saint-Paul (même étendue) ; cite de comprendre, ajoute M. le comte la côte de Bénin, depuis le cap Saint-Paul E. Bouët, que ce vent qui souffle de jusqu'au cap Formose (cent quinze l'intérieur de l'Afrique doit être plus lieues) ; la côte de Calebar, depuis lefeap sec et plus brûlant encore quand il a Formose jusqu'à Cameroons (soixante- passé sur les dunes de sable du Sahara quinze lieues) ; la côte du Gabon, depuis mie quand il a franchi les contrées plus Cameroons jusqu'à l'équateur (quatre- fertiles et plus boisées situées au sud vingts lieues). — Avant de commencer du désert. — Nulle part les tornades cette description, j'emprunterai au même ne produisent de révolution atmosphéouvrage quelques observations générales rique comme dans le fond du golfe de sur le golfe de Guinée. Guinée. — Le courant général de Gui- Les zones particulières aux vents du née ne commence à agir dans une zone nord-est ou vents alizés et aux vents du de quarante ou cinquante lieues au large sud-est ou vents généraux sont soumi- qu'a partir de I l'archipel des Bissagos ; ses à une loi de translation du sud au la direction générale est le sud-est, mais nord quand le soleil atteint le tropique elle se subdivise en plusieurs branches du Cancer , et du nord au sud quand il suivant les contours des fractions de regagne le tropique du Capricorne ; de côtes : ainsi cette direction est plutôt plus, elles sont séparées elles-mêmes, celle de Test-sud-est par le travers de la daus le golfe de Guinée, par une zone de côte des Graines; du cap des Palmes il vents frais et bien établis du sud-ouest se précipite à l'est jusqu'au cap Saintdans le premier cas , et par une zone de Paul , ou une de ses branches va con» calmes , d'orages et de brises variables tourner le coude du golfe de Bénin , dans le second; ce qui explique naturel- puis se réunit au lit principal du courant lement la lenteur des traversées pour re- près du cap Formose, pour aller ensemble se perdre au fond du golfe de Bia- (i) Esquisse générale de V Afrique y éd. de fra. « C'est un phénomène bien remarz837,p. i3o. « quable que celui de l'accumulation

GUINEE.

« 6ans issue des eaux que vient verser « ce courant général dans le fond du « £olfe de Biafra : ce dernier se trans- « forme-t-il alors en vaste réservoir pour « fournir perpétuellement aux marées « des vingt-cinq rivières qui découpent en « tous sens le delta du Niger? Ou bien « existe-t-il , comme on le suppose pour « le détroit de Gibraltar, un courant « sous-marin à l'aide duquel s'opère « l'évacuation des «aux accumulées dans « ce fond de golfe? — Un phénomène « non moins singulier est le lit de cou- « rant contraire qui roule ses eaux « de l'est à l'ouest, c'est-à-dire avec « une direction parallèle et opposée à • celle du courant général de Guinée « dans toute la zone qui commence à « peu près à l'équateur et se prolonge « au delà dans l'hémisphère austral. Y « aurait-il donc, par .suite d'une attrac- « tion quelconque dans le domaine des « eaux inférieures, une combinaison qui « relierait ensemble l'action opposée de « ces deux lits de courants parallèles? » D'après ce qui précède on peut comprendre qu'il est facile en toute saison de descendre le golfe de Guinée : aidé par l'action du courant général de ce golfe, par des vents de nord-est jusqu'à la côte des Graines, par des brises alternatives de terre et de large, ou du sud-ouest, sur le reste des côtes, on a presque continuellement vent et courant pour soi de novembre eu avril ; et Ton n'est guère contrarié durant cette saison et le long du littoral que par les harmattans, contre lesquels il faut louvoyer plus ou moins longtemps pour s'élever dans l'est. De ma en octobre la navigation du golfe n'est pas moins facile par suite des brises de sud-ouest, bien établies pendant cette saison, et qui deviennent des vents traversiez pour parcourir le fond du golfe. Mais s'il est facile de descendre rapidement le golfe en toute saison , il n'est pas aussi facile de le remonter. — 11 résulte des observations barométriques suivies à bord du Nisus et de la canonnière-brick la Malouine, que le baromètre s'abaisse lorsque le temps est beau dans le fond du golfe, et qu'il monte lorsque le temps devient menaçant et à l'approche des tornades. D'autre part, les fortes brises de nord-est sec font aussi monter la colonne de mercure ; d'où

13e Livraison. (Guinée.)

l'on conclut que dans ces parages le baromètre ne peut être un indicateur aussi certain que dans les zones tempérées (1).

VillaultdeBellefoDd,dans sa dédicace à Colbert, annonçait qu'en son récit « l'amour des peuples de Guinée pour les François , par-dessus tous les autres Européens, paroistroit dépeinte avec tant de naïveté , qu'ils n'en pourraient plus douter, et seconderaient tous à l'envi les

{glorieux desseins de Colbert de rétablir e commerce de la France dans ces terres qu'elle possédoit autrefois. » Il attribuait I abandon des cotes de Guinée par les commerçants français à la mauvaise opinion conçue par eux de la malignité de l'air. « J'avoue, ajoute-t-il , qu'ayant le coeur françois, lorsque je m'y trouvay, je ne pus remarquer qu'avec un extresme regret l'adresse des Anglois, Hollandois et Danois de nous avoir si fort imprimé cette tant pernicieuse pensée,

Su^ile nous ait réduits jusques au point 'abandonner mesme les places que nous y tenions et dont ils tirent leurs plus grands profits. En effet, n'est-il pas bien sensible de voir par toutes ces costes quantité de bayes que les Mores appellent bayes de France, des places mesme qui portent encore le nom de nos villes, comme le petit Dieppe , estre si fort abandonnées des François, qu'il n'en reste plus que le nom et le désir aux habitants de les y revoir? 11 est bien vray que les guerres civiles dont Dieu affligea ie royaume de France du temps de Henry le Grand, d'heureuse mémoire, achevèrent de nous ruiner sur ces costes, et furent cause qu'on nous enleva les places qui nous y estoient restées depuis les précédentes guerres des temps de Louis XI et des rois ses successeurs. "Pendant son règne, les Portugais s'emparèrent entièrement de l'habitation que nous avions à la cos/e

(i) Observations générales sur le golfe de Guinée, p. aoo-axo delà Description nautique des côtes de l'Afrique occidentale entre le Sénégal et l'équateur. — Voy. aussi des renseignements sur la côte d'Or par le capitaine Midgley, extraits d'une communication faite à l'association des capitaines de navires de commerce de Liverpool dans le Nautical magazine , janvier 1843, ou dans les J finales marit., 1843, partie non officielle, n°a7«

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d'Or, où ils bastirent le chasteau Saint- Georges de la Mine, et preuve que cette habitation estoit considérable, c'est que les Ilollandois se servent aujourd'huy (1667), pour leurs presches, de la mesme église que nous y bas lis m es en ce temps, dans laquelle on remarque encore les armes de b rance ; et que leur principale batterie du costé de la mer conserve jusques à présent le titre de batterie de France. Nous avons possédé sur ces costes Akara , Cormentin, cap Corse et Takorai, où les Suédois bastirent depuis sur les ruines de nostre fort, qu'ils ont laissé périr aussi bien que nous par les guerres qu'ils ont faites eu Allemagne; de nos jours nous avons laissé usurper par les Ilollandois l'habitation que nous avions à Comendo, place éloignée de deux lieues du chasteau de la Mine, après la mort de deux François, qui depuis longtemps y demeuraient dans une belle maison, de laquelle il ne reste plus que les quatre murailles, et qui avaient si bien sçu captiver l'amitié des Mores de ce lieu , qu'ils font gloire maintenant de se dire François, et battent le tambour à la françoise. — L'air de ces costes n'est dangereux que pendant trois mois de l'année, et c'est encore si peu de chose , qu'avec le moindre soin que l'on prend à s'y conserver, Ion s*y porte aussi bien qu'en France , et plusieurs maux y sont inconnus qui nous accablent en Europe.

Mais disons que ç'a esté la ruse des estrangers, pour nous en dégoûter, qui, voyant.que nous avions interrompu ce commerce, ont tasclié jusques à présent de nous faire perdre tout à fait, non pas seulement le dessein, mais l'envie mesme de le reprendre, pour protiter seuls des richesses de ces pays, qui s'y rencontrent avec tant d'abondance, que j'ayme mieux ne toucher cette corde qu'eu passant que d'en dire ce que j'ay veu, puisqu'il sembleroit incroyable. Je laisse seulement à juner si les Ilollandois, qui sont gens tout a fait • attachés à leur intérest, auraient entrepris la dernière guerre avec l'Angleterre, qui n'a point eu d'autre fondement que la prise que les Ilollandois avoient faite sur eux de la forteresse de Cormentin à la cosle d'Or, s'ils n'en tiraient des profits considérables. Ils sçavent si

bien la conséquence de ce commerce , qu'ils n'y auraient jamais souffert les Anglois et les Danois, s'ils n'y avoient este forcez par les nègres. La suite de cette relation fera voir que l'humeur des Mores s'accorde mieux avec la françoise qu'avec toutes autres; et c'est le véritable sujet qui a porté les estrangers à nous en éloigner ; puisque si nous y sommes une fois rétablis, leur commerce est perdu sans ressource, et que nous recueillerons seuls cette quantité d'yvoire, et ces sommes immenses en poudre d'or, qu'ils tirent de ces pays, et qu'ils partagent entre eux , sans compter les nègres ou esclaves que nous ferons passer aux isles de l'Amérique , et qui les rendront plus florissantes : outre ue l'on fera connoistre à ces gens la foy e Jésus-Christ et que l'on les tirera de l'aveuglement dans lequel le démon les entretient. » Ces souvenirs historiques, ces considérations, ces espérances, placés par Villault de Bellefond , avec une heureuse adresse, au début de sa petite relation, suffiraient encore aujourd'hui à rendre intéressante pour nous,toute description des côtes de Guinée; mais l'établissement récent de plusieurs comptoirs français et leur développement rapide ont dû naturellement ranimer notre intérêt.

Le 3 novembre 1888, la canonnièrebrick la Malouine, attachée à la station des côtes d'Afrique et commandée par M. le comte E. Bouët, alors lieutenant de vaisseau , partait de Gorée pour faire sur la portion de littoral comprise entre les îles de Loss et le cap Lopez une exploration commerciale réclamée parla Chambre de commerce de Bordeaux, et dirigée d'après les instructions combinées des ministres de la marine et du commerce. A l'expédition était adjoint M. Braquant, capitaine au long cours, avec la mission spéciale de recueillir des échantillons de toutes les marchandises manufacturées que les autres nations emploient comme objets d'échange dans la troque des produits africains. Six mois après , les chambres de commerce étaient saisies des nombreux et exacts documents réunis par le commandant de la Malouine, et publiaient divers mémoires, où étaient recherchées les meilleures modifications à faire subir aux

produits de nos fabriques et au tarif des douanes. On y examinait en même temps la proposition faite par ie même officier de créer sur plusieurs points du golfe de Guinée des comptoirs fortifiés propres à assurer l'accroissement du commerce licite, qui doit heureusement se substituer un jour à la traite des noirs. Dans leurs premières délibérations , les chambres de commerce , et surtout celle de Bordeaux , avaient rattaché à cette question principale une question secondaire, à savoir, la formation de compagnies ou d'associations privilégiées entre armateurs, plus capables, disait-on, que des armements isolés , de lier avec les comptoirs de vastes et utiles opérations. Le département de la marine, sans s'y arrêter , s'occupa d'agir promptement, et soumit par avance les nouveaux comptoirs qui seraient formés au régime de la libre concurrence. — Ce qui se passait dans le même temps en Angleterre attestait l'opportunité des études et des préparatifs du gouvernement ;* toutes les attestions relatives au commerce de la côte occidentale d'Afrique étaient agitées et discutées dans un comité d'enquête , formé au sein du parlement, et, entre autres conclusions de eet immense travail, ressortait surtout la nécessité d'accroître le nombre des établissements anglais sur cette cote, d'organiser sur des bases plus larges et sous une autorité spéciale, indépendante du gouvernement de Sierra- Leone, les quatre comptoirs anglais de Dixcove, Capecoast, Annamaboeet Sri' tish- Accra; de relever les anciens forts d* Apollonia, de JVlnnebah et de tyhidah, abandonnés depuis 1822; de multiplier dans la croisière anglaise les bateaux à vapeur et les bâtiments légers ; enfin d'ouvrir indistinctement les factoreries actuelles de l'Angleterre, comme ses comptoirs futurs, a tous pavillons et à toutes marchandises. — Dans son Rapport au Roi, du 29 décembre 1842, M. l'amiral Duperré s'exprima ainsi :

« Notre commerce à la cote occidentale d'Afrique a pris depuis quelques années on grand développement. Ces premiers progrès sont pour notre manne marchande la source d'espérances plus grandes, et pour le gouvernement celle d obligations nouvelles. Le commerce dans ces

parages a ses lois particulières d'existence; il doit aussi avoir son mode particulier de protection. Le long du littoral africain , depuis le Sénégal jusqu'au cap de Bonne-Espérance, on ne trouve aucun centre de population un peu important. On rencontre quelques comptoirs à peine naissants abrités par le pavillon d'une des puissances maritimes : çà et là , et principalement à l'embouchure des rivières qui sont des bras du Niger ou qui pénètrent un peu avant dans les terres, on voit quelques habitations agglomérées, dont la population s'est peu à peu façonnée aux usages du commerce. Nos troqueurs ont observé ces circonstances, et y ont subordonné leurs opérations.

Ainsi nos bâtiments composent leurs cargaisons par assortiment et suivant le goût de chacune de ces petites bourgades, lis font des escales fréquentes et à très-courte distance les unes des autres ; ils demeurent longtemps à chacune d'elles, pour écouler quelque partie de marchandises. Souvent les officiers et le subrécargue, dans l'impossibilité de faire aborder le navire, descendent à terre, improvisent des hangars pour s'abriter eux et leur cargaison, et y séjournent jusqu'à ce qu'ils aient opère leur troque. Cette manière de trafiquer est pleine d'inconvénients et de dangers. Elle expose les hommes à l'intempérie d'un climat brûlant, et les marchandises à des avaries, souvent même au pillage. Il a fallu à notre commerce de l'énergie et de la persévérance pour lutter contre de tels obstacles. Il résulte de cet état de choses que nos bâtiments de guerre sont continuellement obligés d'intervenir dans les rapports des indigènes et des troqueurs, tantôt pour régler les coutumes que les rois et chefs se font payer, tantôt pour réprimer des actes d'hostilité et le plus souvent pour effectuer le recouvrement des créances contractées envers nos capitaines. Il ne serait ni juste ni politique de laisser notre commerce plus longtemps dans cette situation. A la protection que lui prête déjà notre station, il fautajouterun appui plus direct, qui lui permette d'agrandir ses opérations et lui assure une position moins précaire. Sur cette côte quelques comptoirs ont été élevés. Ils sont l'œuvre de maisons de commerce intelligentes qui

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ont voulu assurer un abri à leurs subrécargues et à leurs marchandises, et diminuer pour leurs navires la difficulté de se ravitailler. Ces essais restreints aux proportions des ressources individuelles indiquent au gouvernement le système de protection qu'il doit consacrer à notre commerce. Il faut qu'il lui donne pour points d'appui , et a certaine distance les unes des autres , des factoreries fortifiées, qui serviront de station à nos navires et d'abri à nos troqueurs.

Ces établissements, tout à la fois militaires et commerciaux , . atteindront un double but : ils tiendront en respect les populations indigènes, en les habituant a la souveraineté de la France, et procureront à nos troqueurs une sécurité qui leur permettra d'étendre l'échange de nos produits pour l'huile, l'ivoire et l'or de l'Afrique. » En finissant, M. l'amiral Duperré rappelait que la France a en outre une mission de civilisationet d'humanité à remplir à la côte d'Afrique ; qu'elle doit concourir, autrement que par les moyens répressifs dont elle dispose, à l'extinction de la traite des noirs ; qu'elle peut tarir la source de cet horrible trafic en agissant directement sur les populalations ignorantes où ces monstrueuses coutumes régnent encore , et en les initiant à des principes de morale et d'humanité par l'influence de ses idées et l'exemple de ses mœurs. Dans la session de 1843, les chambres votèrent avec empressement le crédit affecté aux dépenses de première installation des trois comptoirs désignés, deGarroway, d'Assinie et du Gabon. A la fin d'avril de cette même année , le matériel de construction des blockhaus et des magasins, envoyé de Brest et de Toulon, était réuni à Gorée, et M. le comte E. Bouët, alors capitaine de corvette, successivement appelé, depuis la mission de la Malouine, au commandement de la station d'Afrique et au gouvernement du Sénégal , assurait le succès d'une triple expédition dont je raconterai soigneusement les principales circonstances et les heureux résultats.

Côte W Ivoire (l), ou côle comprise en-

(i) m Les marchandises qu'on tire de ces pays soul des dents d'éléphant, dont quelques-

trelecap des Palmes et le cap des Trois* Poinles. — Après avoir doublé le cap des Palmes et dépassé la pointe et le vitlagede Gruiva, on aperçoit bientôt plusieurs groupes de villages appelés Cavally, puis rentrée d'une petite rivière du même nom. La côte, peu élevée et assez uniforme depuis le cap des Palmes, change d'aspect à partir des villages de Tabou et de la pointe assez basse qui les sépare : les terres du littoral deviennent descollinesde hauteur moyenne, derrière lesquelles apparaissent dans l'intérieur des mornes élevés et de forme arrondie. La pointe de Bossa succède à celle de Tabou, et le village de fVapoo au village de Bassa. Après les pointes rocailleuses de Tabou, se voient les deux rivières de San-Pedro (1) et de Highland. Les terres de l'intérieur paraissent plus basses parce que celles du littoral s'élèvent. Les montagnes de Temple- HiU, les plus hautes de ces parages, inunes pèseront jusqu'à deux cens livres; et dans tel jour on en achepte jusques à dix mil livres. Si l'on doit croire leurs voisins à la coste d'Or, ils disent que dans le pays il se trouve si grande quantité d'éléphans , que les habitans sont obligés pour s'en garantir de faire leurs maisons sous terre. Ils les tuent autant qu'ils peuvent ; mais ce qui fait qu'ils ont tant de dents, c'est que les éléphans mettent bas leurs défenses tous les trois ans , comme les cerfs leurs bois. — Les Hollandois appeloient aussi cette côte la coste des Quaqua , parce que les naturels, en abordant, disent qua , qua , qua , qui est comme bonjour et bien venu. ( Villault , éd. de 1669, p. i8« et 181. ) De plus, on la divisait ordinairement en deux parties, la côte de Macs gens, ou mauvaises gens.et la côte des Bonnes gens, séparées par la rivière de Botrou : « De sçavoir qui « leur a donné ces noms, c'est ce qui n'est « pas facile, non plus que la raison pource quoi on les leur a donnés. Il est certain « que les Nègres qui sont à l'est du cap de « Palmes sont méchants , traîtres , menteurs, « voleurs, d'un naturel féroce et sanguinaire. « En voilà assez pour justiBer ceux qui leur « ont donné une épithète si odieuse. » ( Labat , Voyage du chevalier de Marcltais en Guinée, t. Ier, p. 174.)

(1) Voy. le rapport de M. le lieutenant de vaisseau Fleuriot de Langle sur la rivière San-Pedro, dans la Descr. naut, des côtes de tÀfr, occ.% p. 104.

GUINEE.

diquentle voisinage du Petit'Drouin^ le premier des villages de ce nom échelonnés jusqu'à Saint-André sur une étendue de sept à huit lieues de côtes. La description que Villault de Bellefônd faitdu village de Saint-André et de cette portion de côte est exacte de tous points. Il le marque comme un emplacement très - favorable de comptoir fortifié.

« Pour Rio-Saint-André, dit-il, c'est de toute l'Afrique le lieu le plus propre à bastir : la rivière qui porte ce nom monte bien avant dans les terres, et un peu audessus de son embouchure se divise en deux branches, dont l'une monte au nordnord-ouest, et l'autre à l'est; elle peut souffrir bien avant un jacht, bordée de côté et d'autre de grands arbres et environnée de campagnes et de prairies.

La roche qui est au bord de la mer, à l'embouchure de la rivière, peut avoir trois cens pas de circuit au sommet , et se termine en plate-forme, qui commande au reste du pays, qui est bas, et n'est de rien commandée. Elle est escarpée du costé de la mer et de la rivière a l'est, et on ne peut l'aborder que par le dedans de la rivière à l'ouest, et forme une presqu'île, dont l'on peut faire une isle en coupant quinze pas de largeur : elle ne se peut approcher que de ce costé, estant environnée de tous les autres de roches sous l'eau, sur lesquelles mesme une chaloupe se perdroit. L'eau douée de la fontaine qui sort du pied d'une grosse montagne qui couvre cette roche au nord, en peut estre défendue à coups de fauconneau. Il se trouve par toutes ces costes quantité de bœufs, chèvres, chevreux et cochons, dont ils font grand marché , un bœuf ne valant pas plus d'une douzaine de couteauxde vingt sols, et le chevreuil de mesme. — Les naturels de ces villages sont défians et n'accostent un navire, surtout la première fois, qu'avec crainte. Ils ne veulent jamais entrer dans la chambre de poupe, ny descendre sous le tillac, ce que les autres Mores de toutes les costes t'ont librement. Quand ils abordent un vaisseau, il faut que le capitaine descende, et qu'ayant un pied sur le bord du canot (1) et l'autre sur la precinte (pou-

(x) « Les pirogues des naturels de cette coste sont bien différentes de celles de la coste des

tre qui entoure le vaisseau), se tenant d'une main a une corde, avec l'autre prenne de l'eau de la mer et s'en jette sur la teste , qui est la marque d'amitié et de jurement ou superstition, sans quoy ils n'entreroient jamais au vaisseau. » Ils passaient autrefois pour anthropophages ; encore aujourd'hui on ne communique avec la terre qu'en s'armant bien.

A partir de Saint- André, la côte est plus saine et peut être prolongée à une très- petite distance. Les villages de Koutrou et de Fresco offrent, comme Saint- André, beaucoup de ressources. Sur tous ces points c'est le tabac qui est le principal objet d'échange. Au delà de Fresco la côte devient basse et uniforme, et une lagune la borde dan.s toute son étendue jusqu'au cap Apollonie, laissant entre elle et la mer une langue de terre, large d'un demi-mille, et couverte de nombreux villages plantés de palmiers. A douze ou treize milles plus à l'est que Fresco se trouve le village de Jacques ou Petit-Lahou, entouré d'une palissade en paille et planté de palmiers. Les villages du Grand-Lahou sont plus rapprochés de la rivière et du cap Ijxhou, et couvrent une grande étendue de pays. Dans tous on traite généralement de l'huile de palme et quelquefois de l'or. Jack- La hou est distant du Grand-Lahou de huit ou neuf lieues environ, et lu côte, uniformément basse, est presque droite entre ces deux points et reste telle jusqu'au Petil-Bassam. Les villages de Jack-Lahou sont très-peuplés et fort étendus. A six milles plus loin , commencent ceux de Jack- Jacques, au nombre de trois : grand et petit Jack- Jacques et Jack-Jacques du milieu, espacés entre eux d'un ou de deux milles, et tous ombragés de palmiers , de cocotiers et d'autres arbres élancés, à éeorce blanchâtre, et très-remarquables du large. —

Graines , si légères , si rapides et montées par trois hommes au plus ; elles sont beaucoup plus grandes, très-lourdes, et peuvent contenir trente hommes au besoin ; à mesure qu'on descend la coste, on voit les embarcations devenir de plus en plus grandes , sans doute à cause des magnifiques bois de construction que produit le littoral. »

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En janvier 1787 M. de Flotte, officier de la marine française, chargé d'une importante mission sur les côtes de GuinéeT se trouvant à l'embouchure de la rivière Saint-André, fut frappé, comme Pavait été avant lui Villaull de Bellefond, du bel emplacement de fort ou de comptoir que ce lieu présentait. Il chercha à se mettre en relation avec le roi du village; mais celui-ci, par méfiance, manqua au rendez- vous. Il vint alors jeter l'ancre au cap Lahou, et là parvint à s'aboucher avec un naturel nommé Coffy , qui parlait un peu le français et semblait exercer beaucoup d'autorité sur les autres : M. de Flotte obtint de lui la cession d'un terrain d'une demi-lieue carrée, à son choix, moyennant deux cents onces de marchandises livrables à l'époque des premières constructions; mais il ne pensait pas lui-même qu'on pût donner suite à celte convention , n'y ayant pas une seule pierre à bâtir dans un rayon de deux a trois heues. Toutefois, l'année suivante, Denys Donna venture, commandant la Flore, ratilia cette convention au nom du roi, annonçant, il est vrai, qu'on ne se proposait pas de commencer encore les travaux d'établissement (1).

En continuant à descendre la côte, on la voit se couder au nord devant le village de Petit- Bassam, pour courir ensuite plus au sud jusqu'au cap des Trois- Pointes. Après ce village, qui n'offre rien de remarquable, non plus que deux ou trois autres groupes de cases palissadéesr on découvre bientôt les maisons blanches du comptoir français élevé près de l'embouchure de la rivière de Grand- Bassam. Un traité passé, le 19 février 1842, avec le roi Piter et les chefs Guachi etWaka, réservait en faveur de la France un droit de souveraineté et d'occupation. M. le gouverneur du Sénégal en profita dès Tannée suivante, avec l'autorisation du gouvernement. Les comptoirs d'Assinie et du Gabon avaient été fondés, et il paraissait plus utile de placer au Grand-Bassam une es-

(0 VoJ' 1* récit des voyages de de Flotte et de DenysBonnaventnre, dans le Voyage

en Guinée , ou description des côtes d'Afrique depuis le cap Tagrin jusqu'au cap Lopez Gonsalues, etc., par Pierre la Bartbe.

pèce de succursale do comptoir d'As»

sinie que de créer le troisième établissement projeté de Garroway : celui-ci fut donc ajourné, et le 17 août 1843 une expédition, commandée par M. le lieutenant de vaisseau Philippe de Kerallet, arriva au Grand-Bassam : la barre qui existait à cette époque de l'année sur le rivage rendait le débarquement dangereux; on manquait de pirogues propres, comme celles au Sénégal, à franchir les barres, et, le 22, M. Besson, enseigne de vaisseau, désigné par M. le gouverneur du Sénégal pour commander le futur comptoir, traversa les brisants à la nage, pour aller s'assurer par lui-même des bonnes dispositions des indigènes. On s'occupa aussitôt d'établir entre le rivage et la haute mer, en deçà de la ligne des brisants, un va-et-vient qui ne put être installé qu'avec les plus grandes difficultés et au prix de la vie de quelques marins: puis des radeaux transportèrent à terre , ninze jours durant, tous les objets de ébarquement. Enfin la prise de possession eut lieu le 28 septembre; tous les chefs, précédés par le roi du Grand-Bassam, s'étaient rendus au comptoir, où des présents leur furent distribués — Le comptoir français est situé sur la rive droite de la rivière du Grand-Bassam, tout à l'embouchure, au haut d'une petite éminence qui domine la rivière et une grande lagune. Cette lagune ou marigot, qui se joint à la rivière, ajoute beaucoup à la force du comptoir; elle l'isole d abord du côté des villages de Grand-Bassam, situés aussi sur la rive droite, mais assez haut pour qu'on ne les aperçoive pas du rivage; d'autre part, elle suit intérieurement la côte, à l'ouest, et sur une grande étendue, puisqu'en tout temps elle offre aux pirogues , comme un canal naturel, une communication sûre avec les villages des Jacks-Jarks et toute la côte d'Ivoire jusqu'au Grand-Labou. Il y a, tout près et au nord-ouest du comptoir , un petit lac d'eau saumâtre d'une encablure et demie de largeur ; et au nord-est, deux petites criques formées par la rivière et ou les pirogues peuvent accoster. C'est le seul côté abordable vers la rivière. La distance du Grand-Bassam à Assinie est de vingt-huit milles (neuf lieues environ); on la parcourt aisément en deux heures par terre, et en

GUINÉE

six , huit et douze heures par mer. Le retour par mer d'Assinie au Grand-Bassa m est un peu plus long. L'établisse* ment du Grand-Bassam a reçu le nom de Fort Nemours : c'est un carré palissadé et bastionné, dam lequel un blockhaus et quatre barracoos abritent le commandant, la garnison et tout le matériel du comptoir : les quatre bastions élevés aux angles de l'enceintesont armés chacun d'une pièce de trente. — Les rapports de MM. Philippe de Kerhallet et Besson contiennent d'intéressants détailssur l'état poli tique de ce pays et sur les mœurs des indigènes. Piter est le roi du Grand-Bassam : la ville où il réside, et qui compte cinq mille habitants environ , est placée au delà d'une de ces petites criques. Un peu à l'ouest est un village dont le chef se nomme Jack. Le chef Waka occupe le village le plus rapproché du comptoir. La souveraineté de Piter, quoiaue à peu près nominale, s'étend jusqu aux environs de Jack-Jack , dans 1 ouest, et j usq u'à Ha I f • Bassa m dan s l'est. Tout le rivage de la mer lui appartient. L'intérieur des terres est possédé par les Bushmans, avec lesquels Piter est continuellement en guerre, sans qu'on en vienne pourtant jamais aux mains. Son héritier, New-Piter, peut avoir aujourd'hui de vinçt-trois à vingtcinq ans. Son premier ministre , nommé Adugo , a sur lui le plus grand ascendant; mais les autres chefs de la ville n'ont pas d'autorité et ne paraissent que dans les palabres. Quant à Waka, il s'est depuis longtemps rendu de fait indépendant; il est actif, remuant, énergique, et passionné pour la France. Ses frères Assima et Petit Waka ont aussi beaucoup d'influence; un autre de ses frères, Guachi-Waka , l'un des chefs de Holf- Jack- Jack, était venu parla lagune pour assisteraux fêtes de la prise de possession. Le roi du village de Jaek-Jack se nomme Deegres ; le principal chef au-dessous de lui, Antony-Jack-Jack, est, comme lui, tout dévoué à la France. Du reste, toute la population duGrand-Bassamse distingue parle caractère le plus doux et le plus pacifique ; elle est belle, riche en général, comme l'entendent les noirs : presque tous les hommes portent sur eux quatre à cinq acquêts d\>r; les femmes ont le cou, les bras , les jambes couverts

de bijoux en or. Dans les grandes cérémonies , les chefs se mettent des bagues à chaque doigt, et quelques-uns s'habillent à l'européenne.

Au commencement de l'année 1844 M. le commandant Besson fit plusieurs excursions dans l'intérieur de la rivièredu Grand-Bassam et dans le marigot du cap Lahou. Il remonta la rivière depuis le poste jusqu'au Grand-Bassam en sondant avec soin, et détermina un chenal de deux cents mètres de largeur, sur une profondeur moyenne de six à sept brasses, navigable en tout temps : un petit Ilot, situé à deux portées de canon du village de Piter, est la limite du chenal dans l'ouest. Les bords de la rive droite sont entièrement accores, et composés d'une argile plastique qui en certains endroits a pris une extrême dureté, et dans d'autres conserve sa ductilité, tout en étant mêlée de fragments de scories volcaniques, dont la présence en ce seul lieu est assez diflicile à expliquer. Les naturels font de ces scories des espèces de lingots

?|u'ils introduisent dans leurs armes à eu , et les blessures de ces projectiles sont affreuses et Dresque incurables. Le village du Grand-Bassam couvre un ou deux milles, et est entouré d'une forêt de cocotiers et d'arbres fruitiers de toute espèce, surtout de bananiers, de goyaviers et d'orangers. 11 se compose d'une seule rue large de trente mètres ; chaque maison est entourée d'un jardin. Les naturels sont généralement grands, bien faits, d'une figure agréable et d'un beau noir luisant; quelques-uns sont cuivrés comme les peuples du Sénégal, et M. Besson soupçonne qu'à l'époque où la traite des noirs'était active sur ce point de la côte un certain mélange de races a pu s'effectuer. Les femmes sont presque toutes laides et attaquées d'effroyables maladies de peau. Le poisson, la banane, le maïs, l'igname et la cussave sont leur nourriture habituelle; ils mangent rarement de la viande, quoiqu'ils possèdent de fort nombreux troupeaux de moutons et de bœufs; mais ils s'en montrent fort avares, et ce n'est qu'à des prix exorbitants qu'ils consentent à les vendre. — Dans l'exploration quefitM. Besson du pavs situé au delà du Grand-Bassam, il suivit d'abord le bras de rivière qui se dirige au nord et y constata une

500 L'UNIVERS

moyenne de brassiage de sept à huit me- M. Besson vit la rivière s'élargir et aug-

très, sur une étendue de six lieues ; puis menter de profondeur jusqu'au con-

il s'engagea dans le marigot cFÉbrie, et fluent de la rivière des Palmes. Les ri-

atteignit en peu de temps un beau vil- ves, jusque-là de l'aspect le plus unifor-

lage du même nom, entouré de palissades me, lui présentèrent alors une végétation

et d'un large fossé dont le remblai forme plus variée, plus vigoureuse, et à travers

extérieurement un parapet de lm à 1 m des clairières de bananiers et d'ananas, il

50 d'élévation. Ce village, peuplé de sept aperçut à l'horizon, dans le nord, une

à huit mille individus, est le centrede dix chaîne de montagnes d'un aspect bleuâ-

autresvillagesréunis en petite république tre, déforme conique et couvertes de

et depuis fort longtemps en guerre avec grands bois. En quittant le comptoir,

les courtiers riverains. « L'isolement il ne doutait pas qu'il ne dût rencontrer

« danslequel vivent ces peuplades, disait à une assez faibledistance une chaîne de

« M. Besson dans son Rapport du 1er montagnes formant la continuation de la

« mars 1844, les difficultés qu'ils éprou- chaîne porphyrique découverte à Assinie

« vent à se procurer les objets de traite par M. de Mont-Louis, et il supposait déjà

« de première nécessité, l'énorme quan- avec raison que cette chaîne, après avoir

« tité d'or qu'ils possèdent, soit à l'état couru à l'ouest-sud-ouest sur une Ion-

« de fétiche , soit à l'état de poudre : gueur moyenne de douze à quinze lieues

« tous ces faits observés m'ont donné au méridien du Grand-Bassam, remon-

« l'espoir que ce point pourrait être le tait brusquement au nord, pour rejoin-

« premier où nos traitants réaliseraient dre la grande chaîne des monts de Kong,

« le plus facilement de beaux bénéfices, située à cent cinquante lieues du rivage

« La forme démocratique de leurs insti- et marquant la limite méridionale du

« tutions, en leur enlevant toutes rela- pays des Mandingues. — Le soir du même

« tions amicales avec les royautés qui jour, M. Besson arriva au village tfAbi-

« les entourent, ont développé chez jiay et là s'arrêtèrent ses excursions dans

« eux une émulation, une industrie bien l'ouest. A l'aide de renseignements pris

« supérieure à celle que j'ai eu l'occa- dans ce village, il put tracer le cours de la

« sion d'étudier. Ils fabriquent presque rivière des Palmes sur une étendue de dix

« exclusivement l'or fétiche répandu à quinze lieues plus à l'ouest. A Abijia il

« dans le pays, dont les formes variées trouva aussi des fragments de roches as-

« accusent quelquefois une conception sez gros , détachés de cette chaîne de

« facile et une intelligence des propor- montagnes , qui court sur Assinie par

« tions que l'on rencontre rarement chez l'est-nord-est en augmentant toujours de

« un peuple sauvage. Ils réparent les hauteur, et apportés dans ce village pour

« armes à feu et fabriquent eux-mêmes la mouture du maïs. Un de ces fragments

« les armes blanches portées par les na- était composé d'une pâte porphyrique

« turels. Quoique en guerre presque noirâtre , parsemée d'une petite quantité

« continuellement avec leurs voisins, de feldspath : M. Besson crut reconnaî*

« leurs richesses , leur nombre , et tre un porphyre euritique. Un seul avait

« l'union dans laquelle ils vivent , en l'apparence d'une pâte poreuse qu'il prit

« font un peuple puissant et redoutable d'abord pour des scories volcaniques ,

« qu'il sera facile de nous attacher, et mais, y ayant découvert quelques glo-

« dont le pays, considéré comme centre bules de calcaire et de calcédoine, il ne

« d'importation , permettra à nos trai- douta plus que ce fragment n'appartînt

« tants d'agir sur une échelle plus con- à une variété de porphyre (la spilite), et

« sidérable et par conséquent plus pro- conséquemment qu à douze ou quinze

« ductive. Le fer en barres , les fusils lieues du comptoir on ne rencontrât dans

« tower, la poudre en barils de cin- ces montagnes des minesd'or et d'argent

« quante livres , sont pour eux des ob- de la plus riche et de la plus facile exploi-

« jets de première nécessité, qu'ils ne tation. — D' Abijia il se dirigea à l'est vers

« peuvent se procurer que grevés de Potou, en passant par les villages â'Jbra

« frais énormes provenant de deux ou etde Ritoy. Ces lieux sont d'unemédiocre

« trois courtages successifs. » — En importance ; mais ia ville de Potou, située

continuant à remonter au nord-ouest au centrede la presqu'île des Mangliers,

GUINÉE

entre les deux rivières de Rouquah et d'Aka, et non loin de l'embouchure de la rivière d'Or, est la ville la plus riche et la plus populeuse du bas pays ; elle entretient ae fréquentes relations avec le royaume des Achantis, et importe dans l'intérieur à de grandes distances les produits européens. Suivant une tradition accréditée, elle est fort ancienne et doit son origine à une émigration des habitants de Vankara , ville du royaume des Achantis ; cela paraît assez vraisemblable puisque les habitants de Potou, seuls dans ce pays , parlent la langue fanta. — La rivière d'Aka , suivant les naturels , est le bras principal; c'est elle qui se jette dans la mer au Grand-Bassam , et en effet l'eau y est beaucoup plus profonde, et les rives forment une berge de dix à quinze mètres d'élévation. De petits escaliers taillés dans cette berge facilitent le débarquement, et mènent à des jardins ou à ai vers villages peu étendus, mais du séjour le plus riant. La direction de cette rivière laissa croire à M. Besson qu'elle pouvait communiquer avec la rivière d'Assinie, et sa profondeur facilitant beaucoup cette recherche, M. le gouverneur du Sénégal avait eu le projet d'y envoyer un ou deux petits bateaux à vapeur (1). — Entre la ville d'Eivé, située près de la rivière d' Aka, et le littoral , s'étend le grand lac de Peracro, qu'on peut traverser en deux heures ; cette facilité de communication a fait d' HalJ-Bassam, situé à sept milles environ dans l'ouest du comptoir, un point de traite presque aussi important que le Grand-Bassam. D'après ces observations et ces renseignements divers, M. Besson jugeait indispensable l'établissement à Ébrié et à Potou de deux factoreries commerciales , destinées à centraliser les importations de l'est à l'ouest et à couper au besoin toute communication avec la mer. — L'or, ajoute M. Besson, généralement répandu depuis le Grand-Lahou jusqu'à Assinie , provient du pays des Mandingues (2), du royaume deLahou et

(i) Voy. dans le tome IV des Annales mort t. du 1844 (part, nou officielle), p. 16 t un croquis du cours de la rivière du Grand- Bassam, par M. Louis Besson.

(a) Le commandant du fort Nemours, étonné d'avoir trouvé au Grand-Rassam des marchands

du royaume des Achantis; une assez grande quantité est exploitée dans la rivière d'Or et dans les montagnes bleues que traverse cette rivière. 11 se vend à C acquêt, poids d'un demi-gros, dont la valeur varie de 5 fr. à 5 fr. 75 c. , suivant sa qualité; celui du Grand-Bassam et d'Assinie est réputé le plus pur de la côte d'Afrique. C'est dans les terrains d'alluvion provenant de la désagrégation des roches où était son gi • sèment primitif que les naturels trouvent la plus grande partie de l'or qu'ils possèdent. 11 est en grains ou en paillettes disséminées dans une argile rougeâtre plus ou moins sablonneuse ; en lavant cette terre, on opère la séparation de l'or. « En général, ils font subir à la « terre aurifère un premier lavage sur « place à l'aide d'un ruisseau qu'ils font « tomber en cascade à sa surface ; puis, « lorsqu'ils ont obtenu un résidu sufli- « samment riche, ils le lavent à la main « dans des gamelles au fond desquelles « les paillettes se déposent. » — L'huile de palme, qu'on trouve en si grande abondance depuis le Grand-Lahou jusqu'à Picaniny-Bassam , devient tout à coup d'une extrême rareté, et ne se retrouve

âu'à Ébrié et dans la rivière des Palmes, 'où elle est expédiée sur Jack- Jack et Picaniny-Bassam par le marigot du Grand-Lahou. L'ivoire est en petite quantité, et son exportation n'acquiert un peu d'importance que vers le haut de la rivière d'Aka, etentre Lahou et Jack- Jack(l).

bambaras, fil part de ce fait singulier au gouverneur du Sénégal : il soupçonnait que les exigences de la compagnie de Galam avaient pu les détourner de Bakel vers la côte d'Or. M. le gouverneur s'assura qu'il n'en était rien ; et dans une inspection du fort Nemours, ayant fait venir dans le blockhaus ces marchands bambaras, il apprit d'eux que leur pays était à vingt jours de marche du fort Nemours et à quarante de Bakel ; que leurs communications avec le fort Nemours élaient Irès-abrcgées par le parcours du bras nord-ouest do la rivière de Grand-Bassam. Leur idiome était d'ailleurs tout à fait le même que celui des Bambaras de Galam. Peut-être, ainsi qu'on l'a dit, le plateau qu'occupe ce peuple est-il beaucoup plus étendu vers le sud-ouest qu'on ne l'avait suppose jusqu'alors.

(1) Annales maritimes de 1844, tome III,

L'UNIVERS

Quelques renseignements extraits d'un rapport de M. Conjard, directeur du comptoir du fort Nemours, en date du 1er juillet 1845, achèveront de montrer quels furent les progrès rapides et quel est I avenir du commerce français sur cette riche côte. Aka et Grand-Bassam préfèrent au lavage de l'or, travail lent et peu lucratif, les bénéfices énormes de l'importation et de la traite des marchandises européennes dans les villages de l'intérieur riverains des trois belles rivières que nous possédons aujourd'hui. Le comptoir français devait donc faire concurrence aux traitants de Grand-Bassam et d'Aka, et envoyer ses facteurs aux mêmes marches qu'eux; il le fit, en ayant soin de vendre strictement au même prix qu'au blockhaus. Le 23 novembre 1844, M. Conjard s'engagea avec trois embarcations armées dans la magnifiquerivière de Potou, la remonta jusqu'à cinquante milles environ, visita dix-huit villages, et réalisa de beaux bénéfices. Les traitants de Grand-Bassam, vivement inquiétés, vinrent plus souvent au blockhaus, et y firent des achats plus considérables , espérant sans doute que le facteur n'aurait plus de motif désormais de remonter la rivière. Une seconde expédition fut dirigée contre le commerce d'Aka : une autre flottille s'engagea dans la rivière d'Aka; le roi d'Aka lui offrit des guides, dans la pensée, vraisemblablement, qu'elle ne dépasserait pas les villages qu'il possède dans la rivière; mais quand il fut détrompé il chercha à l'arrêter par une peinture effrayante des dangers de la navigation ; et, voyant qu'il ne réussissait pas , il acheta le chargement entier du facteur.

L'expédition continua cependant à remonter la rivière et atteignit Akba, petit village contenant à peine cent cinquante cases, situé sur un plateau élevé, en face du premier barrage de rochers : les caravanes de l'intérieur ne s'avancent pas au delà de ce village, et les traitants du pays s'y rendent tous à différentes époques de Tannée; il s'y faisait donc beaucoup de commerce. L'or est toujours le principal produit d'échange ; l'ivoire est dirigé sur Axim à travers le royaume des Achan-

(priie non officielle), page 3a6, et tome IV (ibid.), page i5.

tis. On pense qu'une succursale de factorerie établie à Akba, sous la protection achetée de Mou ney, roi du pays, ferait d'importantes affaires. Coumassie, capitale de l'Achanti , se trouverait ainsi plus rapprochée de nous que du comptoir hollandais d'Axim. Dans ce voyage d'essai, cent soixante-dix-huit onces d'or furent traitées; et dans un espace de douze jours que dura ce vovage la vente dépassa celle de trois mois au blockhaus. — Dans le même temps , une députation d'habitants de la rivière d'Ebrié vint au fort Nemours demander qu'une flottille semblable les visitât (1).

On a reconnu enfin , en France , que les dangers des barres si redoutées de la côte d'Afrique avaient été bien exagérés. La barre de mer du Grand-Bassam et celle de toute la côte jusqu'au Grand-Lahou n'est presque jamais impraticable aux pirogues; elle se compose d'une lame seule brisant à trente mètres du rivage. Quanta la barre du fleuve, elle a plus de profondeur que celle d'Assinie : de grands cours d'eau de cette nature doivent naturellement se frayer une issue profonde en se jetant à la mer. Le chenal est aussi plus direct et permet de sortir comme d'entrer vents de travers avec les brises d'ouest, qui régnent fréquemment dans ces parages. Quant aux dangers du climat, ils ne sontguère plus réels. Les températures moyennes observées au thermomètre sont, il est vrai, de 35 à 40° centigrades à l'ombre et de 60° au soleil, et cette haute température est une cause d'insalubrité; mais elle est combattue par une fraîche brise du large, variant de l'ouest au sud- ouest, qui vient chaque jour, presçme à la même heure, assainir le fort, situé d'ailleurs assez haut au-dessus du niveau de la mer : toutefois il y a des fièvres dangereuses en décembre, janvier et février, dans les mois les plus chauds. Mais on a découvert que le haut de la rivière d'Aka est un lieu très-sain, où les malades de la côte pourraient se rétablir plus vite et plus sûrement qu'en se rembarquant.

Assinie^A' latitude nord ; 5° 42' lon-

(i) Annales mari/., février 1846, Revue coloniale, p. 11 3.

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eitude ouest). — En prolongeant les six lieues de côtes comprises entre le Grand- Bussam et l'embouchure de la rivière Assiuie , on aperçoit à terre plusieurs villages qui relèvent de nos deux comptoirs.

C'est à tort que les cartes font communiquer les deux rivières entre elles par une lagune semblable au marigot du Grand-Lahou. La barre de la rivière Assinie a été sondée par les pilotes du Sénégal, et il s'y est trouvé trois mètres à la marée basse : elle est donc, comme celle de Grand-Bassam, accessible à des navires de moyenne grandeur, quoique les terres de la rive droite se coudent assez brusquement à l'est, auprès de la barre, et rendent ainsi la navigation des passes plus difficile; cependant, comme les vents du large et les vents de terre régnent alternativement, les uns le matin, les autres le soir, pendant une partie de l'année, cette opération est praticable. Après avoir prolongé la côte pendant quelques milles encore , on ne tarde pas à apercevoir l'établissement français d' Assinie , et à atteindre le mouillage extérieur. Pour aller jeter l'ancre au mouillage intérieur, il faut franchir la barre de la rivière et en remonter le cours, assez large d'ailleurs pour qu'on y puisse louvoyer, à une distance de six ou sept milles. L'établissement, jeté sur la gorge d'une presqu'île, commande le fleuve, la mer, la presqu'île même, et par elle la barre de la rivière ; à ce point de son cours, la rivière fait un coude au nord , et s'éloigne delà mer

Eour se répandre dans l'intérieur. Ce )rt ou comptoir, qui a reçu le nom de fort Joinville, se compose d'un carré palissadé et bastionné, avec blockhaus et Darracons au centre de l'enceinte, le tout provisoirement en bois, comme au fort Nemours. Un premier établissement français sur le territoire d'Assinie date du commencement du dix-huitième siècle; longtemps abandonné, ce point important fut occu pé de nouveau en 1 843.

Au mois de décembre 1687 , le père Gonsalvez, dominicain, avec d'autres relijgieux du même ordre, débarqua à Isstni pour y fonder une mission, et reçut du roi Zena le meilleur accueil; six esclaves, une maison, des terres, lui furent concédés; et en retour deux jeunes nègres, Louis Aniaba, qui passait pour le Gis de

Zena, et Rianga furent conduits en France pour y être élevés. Le père Gonsalvez installa le père Cerizier, et partit pour l'Inde ; mais bientôt le missionnaire français laissé à Issini mourut, et ne fut pas remplacé. En 1700 seulement, le père Loyer, jacobin, du couvent de l'Annonciation à Rennes en Bretagne, après avoir passé plusieurs années aux Antilles, fut nommé par la congrégation de Propagancta fide préfet apostolique des missions de la côte de Guinée. 11 trouva en France une occasion favorable de se rendre au lieu de sa mission : on préparait, par ordre du roi , le retour dans son pays du jeune prince Louis Aniaba, dont l'éducation était achevée depuis quelques années, qui même avait servi comme capitaine de cavalerie, mais que rappelait la mort récente de son père Zéna. Loyer fut présenté au prince, et agréé de lui comme compagnon, ainsi que le père Jacques Villard, jacobin de la province de Paris. Le chevalier Damon, capitaine du vaisseau de guerre le Poly, fut chargé de reconduire Aniaba (1). Il obtint sans peine du nouveau roi d'Issini, appelé Jkafini , la permission de fonder un .établissement dans son pays : il choisit comme emplacement cette longue péninsule où s'élève aujourd'hui le fort Joinville, construisit un petit fort, composé d'une courtine et Me deux demibastions , avec une palissade de dix ou douze pieds de hauteur et un fossé extérieur, sur chaque bastion plaça quatre pièces de trois livres de balle et quelques pierriers , y laissa une petite garnison, et repartit (1701). Mais la compagnie française d'Afrique laissa rétablissement dN Issini sans secours pendant quatre ans, et en 1705 un vaisseau de guerre fut envoyé pour recueillir les Français qui y étaient restés en vie. On

(i) Il fut constaté par la suite que ce prince Aniaba n'était qu'un imposteur, et le second même 'qui fût venu en France avec le titre de prince d'Issini. Le Mercure de t Europe de Tannée 1701 nous apprend qu'Aniaba fut baptisé par Bossuet, que Louis XIV fut son parrain , que le cardinal de Noailles l'instruisit et le fit communier, et qu'ensuite il mit solennellement ses États sous la protection de la sainte "Vierge, en s 'engageant à y introduire la foi chrétienne. ( Waïckeiiaer, Histoire gé» néraîe des voyages, t. VIII, p. i84- )

504 luis

ne s'explique pas l'abandon si prompt de cet établissement; il était alors dans les conditions de prospérité les plus favorables, et attaqué, en 1702, par les Hollandais, il avait trouvé dans les naturels les auxiliaires les plus dévoués et les plus courageux (1).

Le 2 juillet 1843, une expédition, commandée par M. le lieutenant de vaisseau Ratai Ilot, et composée de la gabare /7n~ dienne, du cutter l'Èperlan sous les ordres de M. Darricau, lieutenant de vaisseau, et de trois navires de commerce, était réunie devant Assinie; elle avait trouvé au mouillage la canonnière-brick la Malouine, commandée par M. Fleuriot de Langle, lieutenant de vaisseau, qui , parti de Goréele 23 mai, s'était déjà assuré des dispositions favorables des naturels. Dès le 4 juillet, M. Fleuriot de Langle se rendit à tacôte, hors des brisants, avec M. Parent, lieutenant du génie et directeur de ce service au Sénégal. Le roi les envoya prendre dans deux pirogues , et M. Darricau se joignit à eux. Les quatre chefs du village d' Assinie , Aigin dit Peter Coffee, Peter, Guachi et Assino Koao les vinrent recevoir. Assino Koao , qui parlait assez bien l'anglais, expliqua aux autres chefs quelle était la mission de M. Fleuriot de Langle , et écouta la lecture d'un projet de traité , y apposa sa croix, et annonça que le roi Attacla , dont il n'était que le délégué, viendrait bientôt de sa résidence, située à quelques lieues dans la rivière, pour ratifier luimême cette convention. Il consentit cependant, à titre de chef de la plage , à laisser les officiers français choisir l'emplacement du futur établissement. Ce chef leur dit que les gens d'Apollonie les gênaient beaucoup; que, quelques mois auparavant, ils étaient venus couper des cocotiers sur la langue de sable qui borde la rivière du côte de la mer; qu'un petit combat. s'étant engagé, les

(i) La relation du père Godefroy Loyer fut publiée pour la première fois à Paris, en 1 7 14 , sous le litre de Relation du voyage du royaume dlssyny , in-ia. Deux chapitres de cette relation , tout historiques, présentent un intérêt particulier; ils sont intitulés, le premier : Des Veterez et des Compas (n. iS-j) , et le secoud : Issyny, royaume de la côte aV Or; pourquoi a-t- il changé de lieu, et comment ? (p. 178).

gens d* Assinie avaient éprouvé quelques pertes; aussi paraissait-il heureux de trouver dans les Français des protecteurs contre Kakoaka , chef d'Apollonie; et pendant qu'on s'occupait de choisir un terrain, ses conseils marquèrent qu'il comptait abriter son village derrière le fort. Le choix déûnitif fut fait un peu plus tard par une commission composée des capitaines des trois bâtiments et de l'officier du génie. Le procès-verbal de cette opération porte qu'après avoir visité les environs du village d'Assinie, les 4 et 5 juillet, la commission distingua deux points. Le premier était sur la rive droite de la rivière d'Assinie , en face du marigot qui conduit à A polio nie : de ce lieu on eût enfilé le marigot , et protégé aisément la rivièreet la langue de terre des Trois^ Cocotier s; mais la défense de la mer eût été reculée dejquatre cents mètres. Le deuxième , que la commission préféra à l'unanimité, se trouve, comme je l'ai dit plus haut, sur la langue de terre des Trois-Cocotiers , entre la mer et la rivière d'Assinie, à six cent quarante mètres des Trois-Cocotiers, dans la direction du coude que fait la rivière, en remontant dans l'intérieur du pays. Cette position enfile donc la rivière, défend la sortie du marigot d'Apollonie, bat la langue de terre et la mer; elle est plus saine que la première et plus à proximité de tous les débarquements.

Il est bien probable que c'est le même terrain qu'avait choisi le chevalier Damon, en 1700; car la commission y a trouvé des débris d'habitations européennes, entre autres un morceau de brique de France enfoncé de'cmq centimètres dans le sol ; et les habitants d'Assinie ont déclaré que ce lieu- là était le même qu'occupaient anciennement les Français. M. de Mont-Louis , enseigne de vaisseau, chef désigné du poste d'Assinie , qui n'arriva que plus tard avec un des transports, partagea entièrement l'avis de la commission. On procéda ensuite au débarquement. M. le gouverneur du Sénégal en a retracé les dangers et les glorieuses circonstances dans un chaleureux rapport au ministre de la marine : « M. deLangle, y disait-il, cha- « vire une fois, chavire une seconde fois « dans les brisants, et n'en continue pas « moins ses explorations. M. Darricau

GUINÉE

« s'établit sur la plage après y être « arrivé à la nage à travers les bri- « sants, pour y procéder, sans abri, sans « vivres, les premiers jours, au débar- « quement d'un matériel considérable « de munitions, de grosse artillerie, etc., « débarquement qui paraît un songe « aux Sénégalais, familiarisés cepen- « dant avec les barres dans la mauvaise « saison. M. de Mont-Louis chavire « aussi, noie tous ses effets, et songe « moins à lui qu'à un mousse qu'il ra- « mène vivant sur la plage en perdant « connaissance. M. Boyer, enseigne de « vaisseau, s'obstine, malgré les natu- « rels, à aller sonder la barre de la rivière « pour conûrmer les renseignements de • M. de Langle. Le quartier-mattre Ra- « biniau , patron d'une baleinière , est « renversé par son aviron de queue , et « se noie en excitant du geste ses corn- « pagnons à franchir les brisants. Mais « ces dangers , ces fatigues , tout cela « n'est rien ; c'est le succès que veulent « à tout prix ces braves marins, officiers « ou matelots, et ils l'ont en, ils l'ont « eu glorieusement dans une saison où « la navigation de la côte effraie tous les « navires troqueurs. »

Suivant la promesse qui avait été faite à M. de Langle par Aigiri, Amadifou, neveu et gendre d'Altacla , arriva, le 7 juillet , du haut de la rivière, avec pleins pouvoirs pour ratifier le traité; et, le 8 , M. de Langle eut une première entrevue avec lui. Amadifou est un homme de bonne mine. Il était entouré de plusieurs noirs âgés qui paraissaient être les chefs de son peuple ; trois cents hommes armés de fusils Umg-dane, la cartouchière autour des reins, le couteausabre au côté , étaient rangés en haie sur deux lignes; en face d'Amadifou étaient les chefs delà ville d'Assinie, et en avant d'eux on avait placé des sièges pour les officiers français. Le 8, au soir, eut lieu une nouvelle entrevue, qui ne fut qu'un échange de présents. Le 9 seulement, on discuta les articles du traité ; il fut ratifié avec empressement par Amadifou. Tous les travaux d'installation furent achevés le 29, et la cérémonie de prise de possession fut célébrée avec la plus grande fraternité. Le traité qui cède à la France en toute propriété la presqu'île sur laquelle est situé le comp-

toir, range en outre tout le pays d'As* sinie sous la protection du gouvernement français.

Les peuples qui habitent les rives de l'Assime, connus sous le nom d'Ecttdo, parlent la langue casse, dont les différents dialectes sont en usage depuis le cap Lahou jusqu'à Apollonie. Le demifanta ne commence qu'à Dixcove ( nous avons vu cependant une exception remarquable a Potou). L'étendue des États du roi Attacla peut être évaluée à sept ou huit cents lieues carrées ; ils sont peu peuplés , et la masse de la population s'est portée sur les bords de la rivière. A deux milles du comptoir, en remontant, on se trouve devant un pracel d'îlots bas et nombreux que découpent plusieurs bras de la rivière Assinie , appelée Tendo par les naturels : c'est dans ces bras du fleuve que la navigation est difficile; la sonde n'y rapporte que trois mètres à peine, et le chenal est assez étroit ; mais ce passage de peu d'étendue une fois franchi , on débouche dans un grand lac où se jettent, à droite, le Tendo, et, dans le fond, plusieurs petites rivières. Ce lac, que les naturels appellent Ahi, n'a pas moins de cina lieues au nord au sud et de six lieues de 1 est à l'ouest. Les noms des villes et des villages de la rive droite sont : Assinie, Adaon, Asaba. Alabon, Asouba, Abouson; et sur la rive gauche : Aby, Adjonin, Aboué, Bia, Aia, Sabo, Kimjabo , Aboupon , Aixia et A lob us.

, Attacla a pour résidence Kimjabo, distant de l'embouchure de douze lieues à peu près et peuplée de douze mille habitants. Au nord-est delà province d'Assinie est celle de Koukourou^ que gouverne Aby , frère d' Attacla et allie des Français. Par cette province on peut arrêter tout le commerce de l'intérieur avec Apollonie, et le détourner vers notre comptoir. Sur la rive droite, à une distance de trente lieues dans le nord-ouest du fleuve, se trouve la ville de Kouaugaraï, toute voisine de la rivière de Grand-Bassam, et en position par conséquent d'intercepter aussi à notre profit le commerce de l'ouest, au préjudice des traitants du Grand-Bassam : peu de temps après l'établissement du fort Joinville, un envoyé du roi de Kouaugaraï vint de-

L'UNIVERS

mander qu'on plaçât un barracon dans ses Etats. En remontant plus haut , on rencontre une infinité de villages assis sur les deux rives jusqu'à Jadasson, capitale du pays de Damicaturi, qui relève encore d'Attacla. Au delà est un pays indépendant, Asephi, gouverné par Abdouhéni, qu'on chercha tout d'abord à gagner par des présents.

Après qu'il eut tracé le plan du comptoir sur le terrain, mis en place les barracons et le blockhaus , construit le four, tracé les servitudes et mis en culture le jardin, M. Parent s'occupa activement d'explorer le pays aux environs du village d'Assinie. Une première matinée fut employée à visiter le marigot d'Apo) Ion ie, mais il ne dépassa pas cette fois l'Ile Gouin ( ainsi appelée du nom du chirurgien del'Éperlan).II remarqua dans cette excursion beaucoup de beaux arbres, très-droits et très-élevés , propres aux constructions. Depuis l'embouchure de ce marigot, le retour se fit par terre jusqu'à la mer à travers une forêt dont le sol est tout marécageux. Une autre fois, M. Parent alla seul visiter le bord de la mer, vers l'est, jusqu'au lieu appelé par les naturels Boroguis, et vit une foule de beaux palmiers dont les côtes de quatre à six centimètres d'é-

fwisseur et de dix à douze mètres de ongueur servent à faire les cases et les lits des nègres, et quelques roniers magnifiques ayant au moins vingt mètres de hauteur. On consacra aussi une des premières journées à visiter la langue des Trois-Cocotiers jusqu'à la barre de la rivière : on n'y vit que des bouquets de bois, composés surtout de palmiers à huile etde figuiers sauvages (caoutchouc) et quelques débris de pierres de granit sans doute charriés par la rivière. Aucun marigot ne se trouve entre la barre et le comptoir. Tous les environs du poste abondent en bœufs sauvages et en antilopes; le poisson de la rivière (carpes, brochets, soles) est aussi d'une grande ressource. Les Nègres de ce lieu prennent le poisson de deux manières, ou dans les brisants de la barre, au moyen d'un filet de quinze pieds de long, qu'ils portent sur leurs épaules entre le premier et le deuxième brisant du côté de terre et qu'ils laissent tomber aussitôt qu'une lame a déferlé, pour le relever au retour

de la lame , ou dans fa rivière au moyen de troncs de palmier de lm20 de longueur et de 0m20 à 0m30 de diamètre, qu'ils creusent d'un bout à l'autre : ils les ferment d'un côté par un treillis en palmier et attachent à l'autre extrémité un petit panier en tresse de palmier et de la forme d'un pain de sucre, ui laisse entrer le poisson dans le tronc u palmier, mais l'empêched'en sortir. — Une autre excursion conduisit les officiers français par le marigot des ÉléphmntS) qui sépare. Vile des Hippopotames de Vile aux Éléphants, et par le marigot qui le continue sous le nom de marigot Parent, jusqu'à Vile du Repos.

La végétation des bords de ces marigots est magnifique; de l'île du Repos la vue du lac Ahy, de ses îles , et de ses pointes boisées se déroule magnifiquement.

En passant entre cette île et la rive droite du marigot, au nord-ouest , ils atteignirent une excavation de 6m20 de diamètre sur 0m20 de profondeur, d'où les naturels tirent une espèce d'argile, qu'ils appellent antanantan^ pour en faire des briques : cette terre jaunâtre étant trèssablonneuse, les briques, cuites, sont trop friables ; séchées au soleil, elles ont plus de solidité. Dans ce même lieu croît un arbre gigantesque aue les Nègres emploient à faire des pirogues de seize mètres de long et d'un mètre de diamètre. — Ils se dirigèrent de là sur des montagnes qu'ils apercevaient, et s'engagèrent dans Vanse delà Recherche; mais n'y ayant pas trouvé de passage, ils revinrent sur leurs pas. A la sortie de cette anse, ils reconnurent, entouré d'une végétation riche et colorée, le village (VAdirey, presque aussi vaste qu3 celui d'Assinie, mais que les habitants avaient récemment abandonné; les arbres fruitiers y sont plus abondants qu'à Assinie ; et on y trouve les aubergines et piments, qui manquent dans ce village. Ayant donné ensuite dans Vanse de C Aventure , ils n'y trouvèrent pas davantage d'issue, et demeurèrent assurés qu'au nord-ouest il n'y avait pas de marigot communiquant au Grand-Bassam. Le lendemain, ils entrèrent dans le lac Ahy ; une bonne brise vent arrière les fit arriver de bonne heure à Vile des Calaos^ mais ils ne purent passer entre cette île et les monts Auxmangis. Ces montagnes ou collines,

GUINÉE

parsemées de roniersde couleur jaunâtre, font un bel effet ; le sommet le plus élevé dépasse le niveau du lac de cent vingt mètres. Voulant monter au haut de cette petite chaîne, ils doublèrent la Pointe de Mont-Louis (tle des Calaos) pour pénétrer jusqu'au fond du golfe ; mais ils ne purent accoster à cause du fond de vase molle. — Une autre fois, M. Parent, ayant cherché à passer par le marigot d' Apollon ie pour arriver au lac se vit arrêter par trois pirogues, et, forcé de revenir en arrière, suivit le véritable cours de la rivière entre le marigot Parent et celui d*Albany ; puis, ayant débouché dans le lac, il gagna Aby en mettant le cap au nord-est. La maison de son hôte à Àby se composait de quatre grandes cases formant un parallélogramme à pans coupés; chaque case était divisée en deux pièces , deux chambres et deux cabinets, tous avec portes et fenêtres, fermant avec des cadenas européens ; chaque case était élevée de 6 à 7" au-dessus du sol de la cour. Le toit en feuilles et en côtes de palmier couvrait non-seulement les deux chambres et les deux cabinets , mais deux galeries de deux mètres de largeur chacune : au-dessus de ces galeries étaient des greniers où l'on entrait par l'intérieur des chambres. Les murs étaient formés d'une terre jaune argileuse de même nature que celle d'Antanantan et de côtes de palmiers. Afin de consolider ces constructions élevées , il y a en forme d'étagères des renforts en terre de 0°»60 d'épaisseur et de 0m50 de hauteur. Ce premier renfort sert de siège; un autre, au-dessus decelui-ci, haut de 0m40, et épais de 0*30, peut servir de rayon. Les cadres des portes et des fenêtres étaient peints en bleu et les galeries en rouge foncé. Les naturels font une pâte de l'espèce de terre qui leur fournit l'ocre rouge à peindre leurs galeries , retendent ensuite avec la main, et la frottent avec une étoupe de palmier. Les femmes, qui seules ont ce soin-là, doivent le répéter souvent , car toutes les maisons paraissaient récemment construites; au toit seulement on reconnaît qu'elles sont anciennes. Enfin, des gravures de modes françaises , avec les manches à gigots , et deux gravures de Napoléon, toutes encadrées, étaient placées à fleur et dans le crépi de la galerie, à la même hauteur et

avec une certaine symétrie. Les habitants, en les montrant du doigt, répétaient les mots de King-Bra/oré (le roi des Blancs). D'après l'extrême différence qu'il remarquait entre les maisons d' Aby et celles d'Assinie, M. Parent préjugea que celles des villages de l'intérieur doivent présenter encore plus d'intérêt. Les ferrements des portos sont faits par un serrurier du pays, qu'il vit travailler au fer d'une deces belles lances qu'ils ornent ensuite d'un bois rouge sculpté et garni d'ivoire. Les cuisines à Aby ne se trouvent jamais dans la grande cour. Une pierre de granit avec une autre pierre ronde sert dans chaque ménage à écraser le maïs , dont on fait le pain, et les pistaches et les piments , dont on assaisonne tout ce qu'on mange. M. Parent vit encore faire à Aby des tissus d'une belle paille, qu'on teint ensuite avec de grands dessins très-grossièrement faits; ces tissus déteignent au lavage.

Les dessins qu'ils se tracent sur la figure et sur le corps à l'aide d'une composition végétale et d'empreintes de bois sculpté, s'enlèvent aussi au premier lavage. Les femmes, et même les plus petites filles , portent sous leurs pagnes des espèces de tournures faites de paquets de vieilles étoffes. Le village d'Aby est fort riche : chaque chef a dans sa maison au moins une vingtaine de pièces d'étoffe, du tabac en quantité , des bijoux en cuivre sculpté représentant des hippopotames, des éléphants et des crocodiles, enfermés précieusement dans des cassettes. — En

3uittant Aby pour achever l'exploration e la partie orientale du lac, M. Parent suivit les pointes Boyer et Millet, découvrit sur la dernière un gisement de pierres ferrugineuses, et se dirigea vers Vile du Soir, pour rentrer par la Hviére cCApollonie et le marigot des Hippopotames; mais à cause du peu de profondeur de ce marigot, il revint sur ses pas pour prendre par la rivière d'Assinie, repassa près de l'île du Soir, et à un demi-mille de Vile delà Sonde, à caused'un bas-fond qui la borde; puis l'ayant doublée , il crut reconnaître l'entrée de la rivière d'Assinie, et, s'y étant engagé, il atteignit sans accident le village d'Assinie : sans le savoir, il avait passé par le marigot d'Apollonie que, les gens d'Assinie redoutent

L'UNIVERS

tant (I ). — L'hydrographie du lac, peutêtre achevée aujourd'hui, n'a pas encore été publiée ; et les détails que je rapporte ici, de l'aveu même des auteurs à qui je les emprunte , sont fort incomplets, comme le sont toutes les premières explorations. — Au delà du lac, et à une très-petite distance dans l'est, l'apparence des terres indique une vallée profonde et probablement une rivière dont le gisement est le nord du monde. C'est la direction que les gens du haut pays assignent à la rivière d'Assinie ou Tendo. Le bras qui conduit à Kimjabo est fort étroit, les bords en sont accores, la profondeur est de .5m environ. L'entrée en face de Bia-Hinou est barrée et n'a que trois pieds et demi de profondeur dans le chenal. Les constructions sur pilotis dans tous les villages riverains annoncent des crues d'eau considérables. Le courant est presque insensible. Les premières cataractes se trouvent à A bous sou ; à partir de là, on ignore le nom et la direction de ce cours d'eau. Aboussou est le principal entrepôt de commerce du roi d'Assinie. De ce point il dirige les produits européens sur Gengi et Jahou, centre de tout le commerce du haut pays ; et à Jahou aboutissent les routes d'Adingra, de Jadessou, d'Asephi, et plus au nord-estcelle de Coumassie : c'est à tout ce haut pays que le commerce français doit s'étendre. Au fort Joinville, on ne traite guère qu'avec les gens de Kimjabo, qui descendent une fois tous les quinzeou vingt jours , par caravanes de sept, huit ou dix pirogues, contenant chacune de vingt à trente hommes. La traite dure pendant deux ou trois jours sans interruption : les traitants n'ont pas même le temps de manger; puis dans les quinze ou vingt jours qui suivent on ne vend absolument rien. La traite avec les habitants du village d'Assinie, eu égard à leur petit nombre, est tout à fait insignifiante. — En rivière, il faut aller à Kimjabo pour traiter ou même plus loin; et ce village est au moins à dix lieues en

( i ) A un. mari t. , 1 84 3, octobre et novembre (partie non officielle, p.57a-6i3). Voy. le plan provisoire de rétablissement français d'Assinie et du cours de cette rivière à travers le pays tT Attacla, levé et dessiné par M. Parent. — yoy. encore la Revue col. de juillet 1844, n° 1.

droite ligne. Les villages intermédiaires â'Aby et de Vitrey font peu de commerce comparativement. Du mois de janvier au mois d'avril 1845, un traitant européen, dans deux voyages à Kimjabo, avait traité plus de cent vingt onces d'or ; la seconde rois il avait ramené cinq grandes pirogues de traitants du haut pays et leur avait vendu en trois jours plus de six cents pièces de mouchoirs romales. avec du satin streap, du fer en barres, des mosaïques, quelques fusils, etc. Dans un rapport daté du 1er avril 1845, M. Boyer, commandant du comptoir, écrivait que notre commerce a peut-être plus de chances de progrès vers l'intérieur, du côté d'Assinie, que du côté du Grand-Bassam, parce que le royaume d'Amatifou, dans toute l'étendue duquel nous pouvons traiter sans obstacle, est limitrophe des Achantis et du pays de Djama, tandis que du Grand-Bassam toutes les marchandises d'Europe ont à traverser un assez grand nombre de petits États avant d'atteindre l'intérieur du grand pays d'Aquio qui les absorbe. Du reste, à cette époque, Amatifou ne faisait pas de commerce avec les Achantis, par suite d'un différend momentané. Le petit village d'Assinie, situé tout à côté du fort Joinville, ne traitait guère avec nous que pour ses besoins et pour le compte de certaines provinces d'Amatifou qui n'avaient pasvencore eu de relations directes avec le facteur établi au comptoir; mais il traitait surtout en mer avec les Anglais , parce que, introduisant seul dans le pays les marchandises anglaises , il peut réaliser ainsi de grands bénéfices : c'est du reste aux marchandises introduites par la voie de ce village que doit se réduire la concurrence anglaise , et le peu d'importance qu'il a empêchera toujours qu'il n'en soit introduit une grande quantité. — Quatre genres de produits européens constituent les principaux objets de commerce du pays, les étoffes, les fusils, la poudre, le rhum et l'eau-de-vie; certaines verroteries se vendent à un bénéfice énorme, mais ce produit n'étant qu'un objet de luxe , le débit en est nécessairement limité (1).

Il y a deux saisons pluvieuses dans ces parages : la petite saison des pluies coin-

(i) Annalesmarit., février 1846, Revue coloniale,^, no.

GUINÉE

roence à la fin d'octobre par de forts grains de nord-est; elle continue en novembre et dans les premiers jours de décembre. L'humidité des vents est alors extrême. Les brises de nord-est et de terre régnent fréquemment et apportent sur Je littoral tous les miasmes putrides quedégage l'évaporationdes marécages :

c'est la saison des fièvres. En décembre et janvier la température s'élève sensiblement. En février et mars les brises du large sont plus régulières; la température toujours forte accuse 30° à l'ombre, et monte jusqu'à 66° centigrades au soleil : la végétation se dessèche et l'humidité des nuits cesse. L'état sanitaire des malades est alors plus satisfaisant; mais généralement les fièvres ne disparaissent complètement qu'en juillet ou en août ; à la mi-mars le temps devient orageux : les grains de nord-est soufflent dans l'intérieur et annoncent la saison des grandes pluies, qui commencent sur le littoral à la fin de mars et durent jusqu'à la fin de juin. Pendant ces trois mois les tornades sont trèsviolentes et les pluies diluviennes , surtout en mai et au commencement de juin. En juillet les pluies deviennent plus fines , le ciel est plus couvert , et faction du soleil s'affaiblit; la température tombe à 20° et est supportable. Cette saison dure pendant les mois de juillet, d'août , de septembre, et une partie du mois d'octobre.

En continuant à prolonger la côte à partir d'Assinie, on aperçoit beaucoup de villages échelonnés et six ou sept ouvertures de marigots, obstruées par des sables dans la saison sèche , mais qui probablement dans la saison des pluies font communiquer avec la mer la lagune parallèle au littoral. Aux approches d'Apollonie, la côte change d'aspect. Les montagnes de l'intérieur, visibles seulement du large aux environs d'Assinie, se rapprochent du littoral et s'y terminent par quatre ou cinq mamelons de

Îmatre-vingts à cent mètres d'élévation ; es terres du littoral auxquelles viennent aboutir les monts oVApollonie sont basses et plantées de palmiers. On passe devant plusieurs villages et devant les ruines de l'ancien fort d'Apollonie, avant d'atteindre la résidence du chef Kakoaka , de qui dépendent tous ces vil-

14« Livraison. (Guinéb.)

lages (1). La barre de brisants qui en défend l'approche est le plus souvent impraticable; on y peut cependant jeter l'ancre pour traiter de l'or ou quelaues provisions de bouche. L'uuiformite de cette plage droite , de ce rideau continu d e p a I m i e rs, ne cesse qu' à la poi nte roca i I leuse qui sépare la rivière de Cobre de la petite baie d'Axim. La rivière Cobre remonte , dit-on , dans le fVarsaw^ à peu de journées de marche du pays des Achantis. Du milieu d'un fourré de verdure se détachent les blanches murailles du Sort d'Axim : c'est un triangle bastionné , bâti sur un monticule. Les deux groupes de cases qui l'entourent sont assez misérables, et le seul avantage d'une relâche à Axim est la facilité des communications. Cest à ce point que la côte commence à se couder au sud pour aller former le cap des Trois-Pointes ; aussi y trouve t-on une houle du sudouest assez prononcée. A partir d'Axim, en même temps les terres s'élèvent et deviennent plus rocailleuses. Elles sont coupées par des pointes qui forment des baies plus ou moins profondes : on aper.

(i) Dans la relation du Voyage du chevalier des Marchais en Guinée ( i^^S-i^iT ) f rédigée par le père Labat, le royaume le plus voisin du cap Apollonie est nommé royaume de Goiomérê. « C'était, en 1703, uue femme qui le gouvernait , qui savait en perfection l'art de se faire obéir de ses sujets et craindre de ses voisins ; elle s'appelait Afamouchou ; son frère, qui avait été roi avant elle, lui avait laissé le royaume en mourant. Elle avait le cœur et les inclinations d'un homme ; elle était grande et bien faite, forte et robuste, infiniment plus que les femmes n'ont accoutumé de l'être. Elle avait de la conduite et de l'esprit; elle était brave, Gère, intrépide, entreprenante; personne ne commandait une armée aussi bien qu'elle. Elle était si heureuse, qu'elle n'avait jamais eu le moindre échec ni des Européeus ni des peuples de sa couleur. Elle aimait les Français; elle avait fait un traité avec le chevalier Damon , par lequel elle était convenue de nous donner, privativement à tous les autres Européens, lecommerce de ses États, avec le pouvoir de bâtir des forteresses où nous le jugerions à propos. Elle vint au fort d'Issini, en 1704; el s impatientant de ne point voir arriver les vaisseaux qu'on lui avait promis, elle disait que si nous étions aussi fidèles à nos paroles que nous étions des gens de bien , toutes les côtes seraient à nous. »

L'UNIVERS

çoit difficilement les débris du fort hollandais de lirandem-Burgh au fond de la baie, dont la pointe sud-est forme l'avance la plus occidentale du cap des TroisPointes.

La première lettre du Voyage de Guinée de Guillaume Bosman (l) traite du

(i) « Ce célèbre Hollandais , dit M. Wal-

« ckenaer {Hist.ge'nér. des foy., t. XI, p. 4),

« avait puisé dans la lecture des voyages une

« ardente curiosité de voir les pays étrangers.

« Il trouva l'occasion de la satisfaire dans un

« emploi qu'il obtint au service de la com-

« pag'nie de Hollande. Après avoir exercé

« pendant plusieurs années l'office de facteur

« ên Guinée, il fut élevé à celui de facteur

« en chef , ou directeur particulier du comp-

« toir d'Axira. II passa de celle administra-

« tion à celle de Mina. Il n'y eut point de

« .places considérables sur la côte qu'il ne vi-

« sitàt pendant un séjour do quatorze aus en

« Guinée. Il avait d'abord divisé ses Remar-

« aue* en cinq livres. Le premier traitait de

« l'étendue, de la.divisiou et de la fertilité de

« la Côte d'Or ; le second , des manières , des

« usages, de la religion et du gouvernement;

« le troisième , du commerce des Nègres et

« des Européens ; le quatrième des animaux

« sauvages et privés , quadrupèdes , reptiles,

« insectes , oiseaux, poissons et des plantes,

« légumes, fruits et autres végétaux ; le cin-

« quième, des royaumes de Landinghur, de

« Koto , des deux Popos et de la charmante

« contrée de Juida. Il y avait joint une des-

« cription des côtes dans un voyage qu'il fit

« en 1G98. Mais, dans la suite, ay ant eu l'occa-

« sion d'envoyer toutes les parties de son ou-

« vrage, en vingt-deux lettres, à un médecin

« de ses amis, il prit la résolution de le pu-

« blier dans cette forme avec une addition de

« deux lettres qu'il avait reçues en divers

« temps de deux officiers de la compagnie :

« l'une de David van Xyendaal! , concernant

« Bénin; l'autre qui contient une description

« des côtes d'Ivoire et de Malaguette, par

« Jean Snoock. Cet ouvrage", après avoir

« paru d'abord en hollandais en 2704, fut

ce traduit en français, en anglais, eu allemand,

•< en italien. L'Angleterre compte trois édi-

•< tions de la traduction anglaise. La traduc-

« tion française est intitulée : Voyage de

« Guinée t etc. ; Utrecht, chez Antoine Schou-

« ten, 1705, in-ia. Outre les motifseommuns

u qui peuvent exciter un voyageur à publier

« ses observations, Bosman considérait que la

« côte de Guinée était alors un pays presque

« inconnu à toute l'Europe, et qu'à la réserve

« de quelques peintures hasardées qui n'of-

paysd'Axim enparticulier. « Lefortque « ,Hes Hollandais y ont, dit-il, s'appelle le « fortde Saint* Antoine, et a reçu ce nom « des Portugais, qui en ont été ci-devant « les maîtres, mais sur qui nous le prî- « mes avec d'autres places Tan 1642, les « ayant même chassés de quelques au- « très côtes dont ils étaient en posses- « sion. Et, certes, c'est comme silesPor- « tugais, dans le vieux temps, ne ser- « voient que de bracques aux autres na- « tions pour chercher le gibier; et, quand « ils Ta voient trouvé, les autres venoient « pourles en décharger ets'en rendaient « les maîtres. Ce fort n'est pas grand , c mais joli et régulièrement bâti; il est « bien situé et de bonne défense, ayant « trois batteries , des parapets , des ou- « vrages de dehors, et du côté de la terre « ferme de hautes murailles, et suffi- « samment pourvu de canons. Le direc- « teur, tant de la part de la compagnie « que de celle du général, a une auto- « rité absolue dans tout ce pays ; les « habitants qui sont sous son comman- « dément étant obligés de lui comrauni- « quer tout ce qui arrive dans leur payé « et n'osant entreprendre ni exécuter la « moindre chose sans lui en faire part « etsansqu'ily donne son approbation.

« Le pays d'Axim ci-devant a été assés « grand et assés puissant, selon la cons- « titution du pays; mais lorsque les Bran- « debourgeois vinrent sur cette côte , « les habitants se séparèrent : une par- « tie se mit sous la protection de ces

« fraient qu'une misérable esquisse, il n'en

« avait point encore paru de véritable des-

« cription. Il paraît avoir ignoré l'ouvrage

« d'Arthus de Oantzick, dont nous parlerons

« plus loin ; cependant il s'accorde si parfaite-

« ment avec lui dans ses remarques , qu'on

« est quelquefois tenté de le soupçonner de

« plagiat, comme Barbot. Il prit connaissance

« de deux gros ouvrages du siècle précédent,

« qui , sans être méprisables dans ce qu'ils

« contiennent sur là Hollande et d'autres

« pays de l'Europe , ne lui parurent dignes

« d'aucune attention dans tout ce qui con-

« cerne les autres pays du monde. Il s'est dis-

« pensé de nommer les auteurs qu'il censure ;

« mais on croit reconnaître à divers traits Ol-

« fert Dappert et Guillaume Godschalck van

« Fockenbrog ou Folquenbrogh , comme

« d'autres l'écrivent. Sa.crilique les épargne « peu dans le cours de ses relations. »

GUINÉE

« nouveaux venus dans l'espérance d'y « trouver un gouvernement plus doux « et plus de liberté. Les autres, qui sans a contredit étaient des plus honnêtes et a nui aimoient moins le changement , « aemeiirèrentavecnous.Mais sans avoir « égard à cela, je parlerai du pays « d'Axim, comme il a été ci-de ant. 11 a a environ six lieues de longueur , à « compter depuis rio Cobre jusques au u village de JBoeswa, une lieue a l'occi- « dent de notre fort , qui est tout auprès « du village de Boutry. HùhCobre s'aç- « pelle aussi Ancoher, et les Portugais « lui ont donné le nomderiw^re de Ser- « petit, à cause qu'elle s'étend dans le « pays en serpentant plus de vingt lieues. « Les nègres habitants de ce pays sont « généralement riches. Aimant beaucoup « le plaisir et la bonne chère, ils font un « grand trafic avec les marchands qui « viennent du fond du pays, et Us por- « tent presque tout l'or qu'ils reçoivent « d'eux aux vaisseaux non privilégiez « anglois et zélandois, qui au grand « préjudice de la compagnie viennent « sur cette côte, contre les défenses et « malgré les peines auxquelles ils s'expo- « sent çar ce trafic qui ne leur est pas « permis. Outre le négoce, ils s'a p pli - « quent à cultiver la terre et à la pécne , « mais principalement à cultiver la terre « et surtout à semer ou planter du riz , « qui croit ici en plus grande abondance « qu'ailleurs, et que l'on transporte d'ici « dans toute la côte ; et les habitants rap- « portent à la place du milhio, des jam- « mes, des pattattes, de l'huile de palme « et autres marchandises qui sont ici « , fort rares , à cause queje pays d'Axim • étant fort humide est bien propre « pour la culture du riz, mais non pour « les fruits que nous venons de nommer. « Les Brandebourgeois ont leur prin- « cipale forteresse nommée Freariks- « bourg, à trois petites lieues de notre « fort Saint- Antoine du côté de l'orient, « tout près du village Pocquesœ, sur la « montagne de Mamsro. Ce fortestcon- « sidérable, ayant quatre batteries assés « fortes, sur lesquelles il y aquarante- « six pièces de canon, mais à la vérité la « plupart fort légers et du plus petit ca- « libre. La porte de cette forteresse « est aussi belle qu'il yen ait sur toute « la côte -, mais elle est beaucoup trop

« grande à proportion du fort; de sorte « qu'on pourrait leur donner le conseil <« qu'on donnait ci-devant aux bourgeois « de Minde, de tenir leur porte fermée, « depeurque le fort n'en sorte et ne s'en- « fuye. Le commandant de ce fort, qui « est aussi le chef de tout ce que les « Brandebourgeois possèdent sur cette « côte et qui consiste en deux forts et « en une loge, a le titre de directeur gé- « néral, de la part de son altesse électo- « raie de Brandebourg et de la compact gnie d'Afrique. Depuis quelque temps, « la plupart de leurs chers ont été ori- « ginaires des Pays-Bas, qui à notre « imitation ont tâché d'avoir une auto- « rité aussi absolue, sur les Nègres qui <t dépendent d'eux, que notre marchand « l'a à Axim; mais cela ne leur a jamais « réussi, en partie parleur propre faute, « à cause qu'ils ne se sont pas bien « comportez , ont été divisez entre eux , « et en partie à cause du méchant natu- « rel de ces Nègres, qui pour la plupart « nous ont abandonné pour quelque fri- « ponnerie, et sont venus s'établir ici. « Deux lieues et demie plus loin du côté « de l'orient , au-dessous de Cabo-tres- « Puntes, les Brandebourgeois ont un « petit fort nommé Dorothée , joignant « le village tiAcoda , lequel nous eûmes « ordre de leur céder, il y a environ onze « ans , et qu'ils ont amélioré et fortifié « depuis ce temps-là. Les Brandebour- « geois ont bâti, l'an 1674, encore une « maison entre Mamsro et Acoda , joi- « gnant le village de Tacrama , qui est « au milieu de Cabo-tres-Puntes ; le « dessein de leur général était d'y bâtir « une forteresse, qui aurait peut-être « servi pour défendre l'endroit où l'on « va chercher de l'eau, qui n'est pas fort « éloigné d'ici, et de s en rendre maî- « tre par ce moyen. Mais je crois qu'ils « ont déjà tant de peine pour l'entre- « tien des deux forts et de cette loge « qu'ils ne se chargeront pas encore de « quelque temps de nouveaux bâtiments.

« — La rivière Serpentine ou des Ser- « pents , et que nous appelons la riviè- « re d'Ahcooer éu nom du pays qu'elle « arrose, est trop belle pour n'en rien « dire. Elle est , comme je l'ai remar- « qué, une lieue au-dessus de notre fort « Saint-Antoine, fort large à l'embou- « chure , mais si peu profonde , que je

L'UNIVERS

« ne crois pas qu'on y pât entrer avec « un esquif; en montant un peu plus « haut, elle est plus profonde, et aussi « plus étroite , et on peut encore mon- « ter quelques lieues sans remarquer « presque aucun changement. Je ne sçai « point combien elle s'avance dans le « pays ; je l'ai suivie pendant trois peti- « tes journées et je l^ii trouvée partout « fort agréable, et ie ne crois pas avoir « rien vu sur toute la côte de Guinée ( à « moins que ce ne soit à Fida) qui m'ait « autant plu. Elle est bornéedes deux cô- « tés de beaux et grands arbres, qui « donnent ie plus charmant ombrage du « inonde. On voit sur ces arbres une « grande quantité de toutes sortes d'oi- « seaux de d itfé rentes couleurs,et des cen- « tai nés de grands et de petits singes, qui « sautent d'un arbre sur l'autre pour se •» divertir, ce qui donne un spectacle fort « agréable. Ce qui augmente encore la « beauté de cette ri vière, c'est que quand « on a monté environ une lieue, on voit « sur le bord,du côté d'occident, de beaux « et grands villages de quart d'heure en « quart d'heure dont les maisons sont « très-bien rangées sur le bord de l'eau ; « les villages qui y sont en grand nom- « bre composent trois pays différens : le « premier qui est le plus près de la mer « s'appelle Ancobre; le second de ces « pays, qui joint le premier, s'appelle « Aboeroe, et le troisième, Équira. J'ai « considéré, pendant que j'étais là, le pre- « mier comme un royaume, et les deux « autres comme des républiques. Nous « avons eu ci-devant, pendant une Ion- « gue suite d'années, un fort dans le pays « d'Éguira, où il se faisait en ce temps-là « un grand négoce; car outre qu'on y « apportait d'ailleurs une très-grande « quantité d'or, il y a dans le pays même « quelques mines , et du temps que je « commandois à Axim on y en décou- « vrit une très-riche. Nous avons perdu « ce fort par une triste aventure, avant « eu querelle avec les Nègres. Le direc- « teur étant assiégé par eux et,ne pou- « vant résister plus longtemps ( car on « dit qu'il avait tiré avec de l'or au lieu « de fer) fit semblant de vouloir com- « poser avec les assiégeants et entra en « traité avec eux : mais le traité étant « à moitié fait , il se fit sauter en l'air « avec tous ses ennemis, et finit ainsi sa

« vie avec autant de courage quede mal- « heur, et, à l'exemple de Samson, se « vengea de ses ennemis en mourant. »

Le père Labat, qui rédigea, comme je l'ai déjà dit, les voyages du chevalier des Marcha is, ajoute a ces détails que les sujets du roi de PrusseouBrandebourgeois qui s'étaient établis au cap des Trois-Poiotes, abandonnèrent leur fort, en 1720, et le remirent au roi nègre, maître du pays, Jean Commain; que ce prince le fit savoir aux Français par la première occasion qu'il trouva, les pressant de s'y venir établir et leur promettant tout le commerce de son pays exclusivement aux autres nations européennes. «On voit par « cette démarche, dit le père Labat, com- « bien ces nègres ont le cœur français; ils « l'ont soutenu avec fermeté pendant un « temps très-considérable; et quelques né- « gociations que le général hollandais ré- « sidant au château de la Mine ait pu « faire, iln'a jamais pu s'en rendre maître « gu'en l'assiégeant et l'emportant de vive « force la seconde fois qu'if l'attaqua. » Le vaisseau français la Princesse de Rochefort, commandé par le capitaine Pierre Morel , fut témoin de la première attaque des Hollandais contre le fort des Trois-Pointes et de leur mauvais succès. Pierre Morel se rendit alors à terre et reçut le meilleur accueil de Jean Commain, qui lui offrit le fort : ils convinrent qu'on y mettrait provisoirement six hommes avec le pavillon français. « Mais, « lorsque Morel fut revenu à bord et « qu'il fallut débarquer les six Fran- « çais et les marchandises dont on était « convenu, il saigna du nez; et la crainte « d'être insulté par les Hollandais quand « ils sauraient qu'il avait pris possession « du fort, l'empêcha de tenir sa parole. »II partit sans laisser autre chose, à ce prince, que l'espérance de faire ratifier et exécuter le traité qu'ils avaient fait, dès qu'il serait arrivé en France. La compagnie française le ratifia en effet, ety envoya un de ses capitaines. « Le projet était beau « et la réussite infaillible : on pouvait « dès le lendemain traiter avec les Nè- * gres et faire un commerce avantageux « dont le profit était clair et prompt, « la chose du monde la plus au goût des « compagnies. Ce capitaine, par négli- « gence, malice, ignorance ou autre- « ment, n'exécuta point les ordres de

GUliNfcli.

a ses maîtres; il dépassa le cap des Trois* « Pointes, et dit à son retour que quand « il s'était aperçu de son erreur , il n'é- « tait plus temps d'y remédier , parce « qu'il n'avait pu gagner le vent, ni for- « cer les courants oui l'avaient porté à « Juda. Quoiqu'il n y eût rien de si pin toyable que ces raisons , il fallut que « la compagnie s'en contentât, et elle « perdit peut-être pour toujours un établissement considérable , tout fait, « et dans lequel elle n'avait que du proie fit à faire sans courir le moindre ris- « que (1). » C'est alors qu'eut lieu la seconde attaque du résident hollandais delà Mine; il était occupé de ftiire le siège de ce fort, vigoureusement défendu par Jean Commain, quand le chevalier des Marchais passa à la Mine, en janvier 1725.

Côte dOr ou côte comprise entre le cap des Trots-Pointes et le cap Saint- Paul (2). — En dedans des nombreuses pointes qui découpent le massif du cap des Trois-Pointes se dessinent de petites baies assez bien arquées, et dans l'une d'elles est situé l'établissement d'^/cquidafo : ce sont les trois plus méridionales entre toutes ces pointes qui ont donné le nom au cap. A partir de là , la cote remonte au nord. Après avoir doublé la pointe d'Achowa, on ne tarde pas à apercevoir le fort anglais 4e Dixcove, hexagone irrégulier, flanqué de bastions , bâti sur un monticule et tout entouré de terres boisées et de groupes de cases : l'anse de Dixcove est protégée contre les lames du large par une ligne de récifs qui rend le débarcadère généralement accessible à des embarcations de toute espèce. L'aiguade du fort de Boutry, situé à deux lieues au delà, est plus abondante et plus commode que la sienne. Le fort de Dixcove est bien tenu : la garnison se compose d'une trentaine de soldats noirs. Un îlot sombre entouré de récifs, qu'on aperçoit du mouillage, sépare Dixcove de la pointe en dedans de laquelle s'élève le fort hollandais de Boutry, longtemps abandonné, et qui n'est pas encore complète-

(i) Nouv.voy. de Guinée, t. Ier,p. a5<W>4.

(a) Voy. la carte particulière de la partie principale de la Guinée, située entre Issini et Ardra , par le sieur d'Anville , géographe ordinaire du roi; avril 1729.

ment rétabli : le monticuie sur lequel il est situé est plus élevé que celui de Dixcove ; et les cases s'étendent au-dessous jusqu'à la mer. En quittant Boutry, on aperçoit devant soi la pointe de Tacorady, dont les brisants se prolongent à un mille et demi au large. A cette pointe la côte se coude un peu plus à l'est pour remonter ensuite au nord : c'est dans ce coude que sont les ruines du fort de Tacorady. — Depuis le cap des Trois-Pointes le littoral ne présente qu'une chaîne continue de monticules hoisés , reliés entre eux par une pente plus ou moins adoucie, et la profondeur des eaux diminue dans une proportion régulière. A la pointe de Tacorady succède la pointe sur laquelle est bâti le fort de Secondé, tout auprès de falaises rougeâtres qui reparaissent encore à trois ou quatre milles dans l'est de ce fort (1). Au delà de Secondéetde la pointe

(1) Au pays d'Axim confinait le pays d'Ante ou Hante : ce pays est spécialement décrit dans la deuxième lettre du Voyage en Guinée de Bosman. Il commençait au village de Boeswa, deux lieues à l'orient ou au-dessus à' Acoda , ou même à Acoda. On l'avait divisé longtemps en haut et bas Ante; le premier était le pays d'Axim. Le peuple d'Ante, d'abord très-puissant, s'épuisa dans des guerres continuelles avec ses voisins d'Adom. A une lieue à l'occident de Boeswa, auprès du village de Dikieschooft ( proprement Infuma) , les Anglais avaient bâti, en 1691, un petit fort , malgré l'opposition momentanée des Brandebourgeois. Du reste, ils se repentirent souvent de l'avoir bâti; « car outre que le Heu n'est pas propre pour le commerce , les Nègres qui demeurent aux environs sont si effrénés, si trompeurs, si fripons et si hardis, qu'ils ne veulent pas céder fa moindre chose aux Anglais. » Bosman signale cet endroit comme la fausse monnaie de la Guinée. A une lieue et demie au-dessous, on voyait, de son temps, auprès du village de Boutry ou Boutroe, un fort très-petit et très-irrégulier, bâti sur une très-haute montagne, nommé Batenstein (lieu où l'on fait du profit), et qui eût mérité le nom de Schadenstein ( lieu où l'on fait des pertes) ; car dans les derniers temps il avait causé aux Hollandais plus de dommage que de profit. Boutry est au pied decette montagne; c'était, à cette époque déjà, un grand et populeux village. Le pays d'Ante avait à peu près huit à neuf lieues de loug depuis Acoda jusqu'à une lieue et demie au-

L'UNIVERS

du village d'Àbboada, des falaises blanches a n noncent l'approche d u fort hollandaisde Chama, près duquel coule la rivière de Bossurri'Pra, interrompue dans son cours par des cataractes à une quinzaine de lieues de son embouchure (1).

dessous de Sacondé, où il finissait; les Allemands le comparaient au charmant pays de Clèves; en 1690 et 1691 Bosman résidait à Boutry en qualité d'assistant, immédiatement avant la guerre contre les gens 'd'Adom : « c'é- " tait, dit-il, un plaisir de s'y promener; on * voyait partout quantité de villages, les fruits « admirablement beaux, le bétail en graude « quantité, et tout à si bon marché, qu'un « soldat, qui en d'autres endroits, vivait misé- « rablement de sa solde, subsistait ici très- « honnêtement. » Mais ce qui faisaitsurtout la beauté du pays d'Ante, c'est la charmante rivière qui s'avance dans l'intérieur, au-dessous de Boutry, en passant auprès du fort hollandais, u Elle est bordée des deux côtés de « grands arbres, lesquels, à cause qu'elle n'est « pas fort large, la couvrent toute de leur om- « bre : j'ai été fort souvent presque jusques « au bout de cette rivière, c'est-à-dire aussi « loin qu'on la peut remonter avec un canot, « savoir environ à trois lieues de la mer ; elle « s'étend encore beaucoup plus loin , mais il « est impossible de monter plus haut , à « cause du grand nombre de cascades qui « tombent avec violence par-dessus les ron chers qui sont dans la rivière ; elle est fort u poissonneuse, quoiqu'il y ait un nombre a incroyable de caymansqui, selon la pensée « commune , dévorent et détruisent beaucoup k de poisson. » — Il veut longtemps auprès du village de Sacondé, dausle pays d'Ante, deux forts appartenant, l'un à la compagnie anglaise, l'autre à la compagnie hollandaise dite compagnie générale des Indes occidentales. Les deux forts se nuisaient beaucoup mutuellement : les Nègres d'Ante brillèrent et pillèrent celui des Anglais, et le directeur y périt avec tous ses gens. Bosman en décrit les ruines. Les Anglais, à différentes reprises, essayèrent de le rétablir, sans réussir. Il y avait eu aussi au village Tocorary un fort possédé successivement par les Anglais, les Hollandais, les Brandebourgeois, les Suédois et les Danois. Les Hollandais l'avaient occupé les derniers. Dans le temps du séjour de Bosman, alors qu'on n'en voyait plus aucune trace, les Hollandais avaient essayé de continuer en ce même endroit leur négoce dans la maison d'un nègre pendant trois ou quatre ans ; mais le village avait été brûlé dans la guerre contre Adom. (t) Avant le village de Gliama , Bosman

M. le comte £. Bouët signale comme une bonne reconnaissance pour ces parages le

signale Aboarg , où les Hollandais eurent une loge pendant plusieurs années. Mais comme elle portait plus de profit à celui qui y était qu'à la compagnie , ils la supprimèrent comme une dépense inutile. Le fort de Chama, qui fut enlevé par eux aux Portugais, s'appela d'abord Saint-Sébastien; Malgré l'état de ruine où ce fort était à l'époque de la guerre entre la Hollande et l'Angleterre, il soutint énergiquement un siège des Anglais et des gens du pays de Jabi. Ce pays commençait derrière le fort Saint-Sébastien et s'étendait à quelques lieues dans l'intérieur. « Il est présentement, dit Bosman, d'une petite étendue et n'a presque point de forces , quoique ce soit un royaume , et même le premier qu'on rencontre en descendant; mais le roi est un si petit seigneur, que j'aurais de la peine à lui donner à crédit pour cent florins de marchandises , dans la crainte de n'en être pas payé, vu la pauvreté où il est. » Ce pays était tout dans la dépendance de celui d'Adom.

« La rivière de Chama ou Rio de San- Joan, que Us Nègres appellent Bossum-Pra, à cause qu'ils la tiennent pour un Dieu ( car c'est ce que signifie le mot de Bossum dans leur langue ), a son cours à côté de noire fort, coule le long du pays de Jabi et à' Adom, et s'étend au delà de Juffer. Si l'on en croit les Nègres, elle s'étend même à plus de cent lieues du côté de la terre ferme ; mais l'on n'en a aucune certitude. Cette rivière est passablement large et assez belle ; elle ne cède guère ni en grandeur ni en beauté à celle d'Ancober; elle a même cet avantage sur celle-ci , qu'on y peut entrer avec des chaloupes ou des esquifs chargés, en sortant de la mer, pourvu qu'on ait la prudence d'éviter un rocher qui est à l'embouchure, et que ceux qui entendeut la navigation appellent Suiger, c'est-à-dire proprement Suceur. Cette rivière est d'un très-grand usage ; car, outre que les vaisseaux s'y peuvent pourvoir d'eau douce , ce qu'ils ont toujours fait ci-devant , elle leur fournit, et à nous aussi dans notre fort, de très-bon bois à brûler, non-seulement pour la cuisine, mais aussi pour chauffer les fours où l'on fait cuire la chaux , outre quantité d'autres sortes de bois propres pour les petits vaisseaux, comme des bâtons de pavillon , des mats de misaine et autres pièces ; de sorte que cette rivière nous est plus avantageuse ou au moins plus commode que le fort même ; et sans cela je ne crois pas que nous y pussions tenir longtemps garnison; car, outre qu'il n'y a pas ici de négoce fort considérable, nous sommes incommodés par des fripons

GUINÉE

mont d'Or, qui s'élève dans l'intérieur. D'autres falaises rougeâtres coupent le sol entre Chama et Commendo, et de hautes terres commencent à paraître en second plan : il y a deux forts du nom de Commendo, l'un anglais, l'autre hollandais, en mauvais état tous deux et à portée de canon l'un de l'autre. — La double et haute enceinte du fort Saint' Georges , sur le bord de la mer, et les fortifications du fort Saint- Jacques , placé sur une éminence derrière le fort

de Nègres , entre lesquels ceux à* Adam ne sont pas les moindres. — J'ai déjà dit que leur pays s'étend quelques lieues le long de la rivière : outre cela, ils possèdent des iles dans la rivière, où il y a de très-beaux villages, et ce qui m'a le plus surpris est l'étendue du pays di'Adom ; car il s'étend le long de la rivière de Chama , et il a plus de seize lieues de là le long de la rivière d'Ancober sur la côte, et cependant ce pays n'est pas fort grand : ce qui me fait croire que sa situation est à peu près semblable à une équerre, c'est-à-dire qu'il s'étend d'abord le long de la rivière de Chama , et ensuite par une longue langue de terre jusqu'à Rio-Cobre. — Ce pays n'est pas gouverné par un roi , mais par cinq ou six des principaux habitants. Cette espèce de république , à qui on peut donner le nom d'assemblée de fourbes et de voleurs, pourrait mettre sur pied de grandes forces , slls s'entendaient bien entre eux. L'an 1690, ils entreprirent d*un commun accord la guerre contre ceux d'Ante, qui dura quatre ou cinq ans , jusqu'à ce qu'ils eussent presque tout ruiné le pays et les habitants ; et cependaut ceux d'An te n'ont jamais voulu se soumettre à eux. Il n'y a que peu d'années qu'ils ont aussi fait la guerre aux trois pays qui sont situés le long de la rivière d'Ancober; et ils les ont si fort affaiblis qu'ils les ont contraints d'acheter la paix d'eux pour une somme considérable d'or. — Les Nègres de ce pays sont fort à leur aise et puissants ; comme ils sont sur le passage par où tous les marchands qui viennent du fond du pays doivent passer, ils ont la plus belle occasion du monde de trafiquer avec eux ; outre cela ils ont euxmêmes des mines d'or dans leur pays, et il y a environ trois ans qu'ils en découvrirent encore une fort riche. Le pays en lui-même est fort bon et fertile en grains et en autres fruits. Ils ont aussi toutes sortes d'animaux, tant sauvages que domestiques, et la rivière leur donne suffisamment du poisson; aussi rien ne leur manque pour vivre sans le secours de personne. » ( Fin dé la deuxième lettre. )

Saint-Georges, font reconnaître El- Mina (1), chef-lieu des établissements hollandais de la côte d'Or : on y pénètre par une petite rivière fort peu profonde, et dont l'entrée, resserrée entre deux petits murs noirs qui servent de quai à ses deux rives, ne s'aperçoit pas du mouillage. La ville se divise en deux parties : l'une est un groupe de cases à nègres fort sales , coupé en divers sens de ruelles tout aussi sales, qui s'étend sous la volée du fort et sur la presqu'île formée par la mer et cette petite rivière. L'autre partie de la ville, qui s'élève sur la rive gauche de la rivière, est assez agréable : c'est un mélange de maisons à l'européenne et de cases plus espacées que celles de la presqu'île, avec promenades et jardin public. La garnison d'EI-Mina se compose d'une centaine de soldats et de trois ou quatre officiers (2). — Du mouillage, on voit par un beau temps l'établissement anglais du cap Coast, c'ape- Coast-Castle, éloigné desix millesetdemi : c'est le chef-lieu des établissements

(1) « Je ne saurais dire la raison pmir- « quoi les Portugais, qui ont bâti ce châieau, « ont donné le nom d'Elmina à cet endroit; « car on ne trouve point de mines d'or à « quelques lieues aux environs : mais si on « peut donner quelque lieu aux conjectures, « je crois que ce nom lui est venu de ce que, « du temps des Portugais, on y apportait et « on en transportait beaucoup d'or, comme « si on n'eût eu qu'à l'aller chercher à la mine « même, et qtie dans la suite il a conservé ce « nom ; je ne saurais dire non plus avec cer- « titude quand les Portugais ont commencé à « bâtir ce château ; mais, ce qu'il y a de cer- « tain, c'est que les Hollandais le leur prirent « l'an i638. » lîosman , Voyage en Guinée, p. 47-

(2) Le royaume de Commany confinait à ceux d'Adom et de Jabi. « Sa longueur qui se prend le long de la rote est d'environ cinq lieues, et il est à peu près également large, à compter sa longueur depuis la rivière de Chama jusqu'au village de Mina. » Bosman , dans sa troisième lettre, décrit ce pays et les forts que les Hollandais et les Anglais y avaient de son temps. (En i6<j5 il commandait le fort VredenbourgtvAû au bord delà mer, auprès du village de Klein-Commany ou Ekke-Tekki, quand les gens de Commany le vinrent attaquer). Il y donne surtout un récit circonstancié de la guerre que soutint la compagnie hollandaise contre le roi de Commany.

anglais de la côte d'Or. La grosse tour William et la tour Victoriatn défendent les approches au nord-ouest. — Au delà du cap Coast et des ruines du fort hollandais de Mourée (1), situées à trois ou qua-

' (i) Description du pays de Fetu et du pays de Saboë ( quatrième lettre du voyage en Guinée de G. Bosman). « Il y a, au-dessous et joignant le château de Saint-George d'Elmina, une petite rivière qui court le long du village de Mina dans les terres» et qui a environ une demi-lieue de long. Elle sépare le pays de Commany d'avec celui de Fetu. Nous avons dans ce dernier un fort nommé Coenradsbourg , situé sur une montagne assez haute, qu'on appelle San-Jago. Le mont San-Jago nous a extrêmement servi à nous rendre maîtres du château de Saint-George , avant qu'il y eût encore de fort ; car cette montagne commande au château, étant beaucoup plus élevée. Ainsi la conservation de cette montagne et du fort qui est bâti dessus nous est de la dernière importance : car si nous en étions privés, nous ne pourrions pas défendre longtemps Elmina; et nous avons pour le moins autant de soin de sa conservation que de celle du château même, et nous y avons toujours un enseigne qui y commande avec une assez bonne garnison. — Ayant ainsi placé le mont San-Jago dans le pays de Fetu, nous continuerons à dire que ce

Says a environ quatre petites lieues d'é tenue, tant en longueur qu'en largeur, et

3u'il commence, comme nous venons de ire, au mont San-Jago ou â la petite rivière Salée , et finit un peu au-dessous du mont Danois , au delà de Cabocors. Ce pays a été ci-devant si peuplé et si puissant , qu'il était la terreur de tous ses voisins, et particulièrement de ceux de Commany, qui dépendaient en quelque manière de lui ; mais les guerres continuelles ont tellement changé les affaires, qu'ils sont présentement aussi faibles qu'ils étaient puissants, et sont obligés de reconnaître ceux de Commany pour leurs maîtres. — II est si fertile et si agréable, ce pays-là, qu'on le peut bien comparer au pays d'An te; je l'ai souvent traversé avant la dernière guerre , et j'ai trouvé qu'il y avait un grand nombre de beaux villages bien peuplés et bien bâtis, et de plus qu'il abondait en fruits, en bétail, en huile et en vin de palme, ce qui récréait fort la vue. Mais ce qu'il y avait de plus agréable étaient les promenades couvertes et unies entre Elmina et Simbé, village qui est une lieue et demie avant dans le pays de Fetu ; j'y en ai vu qui avaient une demi-lieue de long et si bien couvertes que

tre milles plus loin , et autour desquelles s'est formé un village considérable, on

j'étais à l'abri de la pluie et du soleil. Les grands et beaux 'arbres que l'on voit sur les montagnes servent aussi d'un grand ornement au pays aussi bien que la petite rivière d'eau fraîche dont il est arrosé , et que ceux qui sont au service de notre compagnie vont souvent voir pour se divertir. En un mot , ce pays mérite d'être aussi près qu'il est de notre capitale. Les habitants s'occupent sans distinction à l'agriculture, à semer des grains ou d'autres fruits, et à faire de l'huile et du vin de palme, dont ils sont fort bien partagés. A trois lieues de là, en allant à pied, quoiqu'il n'y ait que deux grandes lieues par mer, proche du village A'Oegwa ou Cabocors ( car c'est un cap ou promontoire ), on trouve la principale forteresse des Anglais qui, après celle de Saint-George, est la plus grande et la plus belle de toute la côte. Mais ce qu'il y a de pitoyable, c'est que la plupart du temps ils y tiennent une fort mécbante garnison dont une partie, et surtout les soldats , sont dans un si déplorable état , qu'on en a pitié en les voyant , et ils sont si mal en ordre, qu'ils ressemblent à une vieille compagnie d'Espagnols. Cela vient en partie de ce qu'ils reçoivent volontiers à leur solde ceux des nôtres qui désertent sans vouloir jamais nous les rendre, et cela par une fausse compassion, pour les exempter par là de la punition qu'ils ont méritée. 11 y a sous 1e fort des Anglais le village dont j'ai déjà fait mention , qui était ci-devant raisonnable* ment grand et peuplé, mais il a beaucoup souffert, aussi bien que tous les autres, dans la guerre de Commany ; outre que le grand nombre de vaisseaux non privilégiés auglais ont fait diminuer Je nombre des habitants; car lorsqu'ils viennent ici, ils en emmènent toujours quelques-uns pour leur servir de rameurs dans le négoce d'esclaves qu'ils vont faire à Fida, et ces gens se trouvant bien là , s'y établissent et ne reviennent plus'; de sorte que ce village est à demi désert et fort délabré , surtout à côté d1 Elmina. — Les Anglais ont derrière le village de Cabocors un bâtiment rond, fait en forme de tour, sur lequel ils ont six pièces de canon , et comme je crois, autant d'hommes pour le garder. Sous le fort des Anglais , il y a une maison surmontée d'un pavillon, et qu'on dirait être un petit fort ; elle est habitée par un mulat ou tapoeyer anglais, nommé Eduard Barttr. Il est fort puissant et a plus de crédit lui seul que les trois agents ensemble ( car il faut savoir que le gouvernement de

GUINÉE

découvre le fort dtAmnamabou, et à deux ou trois milles de là les ruines du

ce qui appartient aux Anglais sur cette côte est confié à trois personnes ) ; par le peu de séjour qu'ils font ici, ils ne peuvent pas avoir une grande connaissance des affaires, et ils sont obligés de se laisser conduire à ce mulat, qui en sait fort bien profiter. En 1699, ^ v<nt un ordre exprès de mettre en état de défense le mont Danois, ainsi nommé parce que les Danois l'ont possédé ci-devant. Messieurs les agents m'ont fait l'honneur de me communiquer le dessin du nouveau fort , par où et par ce qu'il y a déjà de fait je vois qu'il sera petit à la vérité, mais si fort qu'il surpassera tous ceux de cette côte : mais cet ouvrage va si lentement que Dieu sait quand il sera fini. Il faut leur en laisser le soin et commencer présentement à décrire le pays de Saboe , qui commence un peu au-dessous de ce fort , et finit à une demi-lieue au-dessous de Mourée; de sorte qu'il ne s'étend pas plus de deux lieues le long de la mer, étant environ une autre fois aussi large. Il y a une petite demi-lieue depuis le mont Danois jusqu'au village de Cong, lequel village est partagé en deux , dont chacun est bâti sur un coteau. Nous y avons eu ci-devant une fort belle maison de pierre sur laquelle était notre

Savillon , et on en peut voir encore aujour- 'hui les reaies. Ainsi, nous supposons que la place nous appartient; mais nous n'aurions aucun avantage à y rebâtir, sinon d'empêcher les Européens étrangers d'y venir ; car si cela arrivait, îb nous incommoderaient fort dans le négoce que nous faisons à Mourée. Le pays de Saboe est pour le moins aussi puissant que celui de Commany , et les habitants en sont aussi scélérats. Il est aussi très-fertile en grains, jammes ,' patates et autres fruits ; on voit tous les jours des centaines de canots qui chargent de ces denrées et de l'huile de palme, et qui vont du village de Mourée à Axim et à Acra pour les y débiter. Notre fort Nassau , que nous avons bâti nous-mêmes , est auprès de ce village de Mourée, à une demi-lieue au-dessous de Cong; ç'a été notre capitale, lorsqu' Elmina appartenait encore aux Portugais ; et certes il est si bien bâti que, si nous n'avions pas Elmina, nous pourrions avec honneur le nommer encore notre capitale. Le village de Mourée , qui en dépend , n'est pas si grand qa'Elmina , mais plus peuplé ; ce sont presque tous des pécheurs qui y demeurent , et qui dès le matin avant le jour sortent avec trois ou quatre cents canots pour aller pécher; et lorsqu'ils reviennent, ils sont obligés de donner cinq poissons l'an pour péage

fort hollandais de Cormantine, puis d'autres villages oui ont conservé ee nom et quelques Bâtiments en ruines gui restent encore de l'ancien fort français à\4mokou. Les terres dans ces parages sont généralement nues et couvertes de brousses : des mornes de diverses formes s'y montrent de distance en distance en arrière plan. Les six lieues de côte qui séparent Gormantine de Tamtomauerry sont droites et à peu près sur ie ^ même parallèle. A Tamtamguerry , où la côte se coude au nord assez brusquement, est un fort anglais abandonné, bâti sur un monticule qui se termine à la mer par des roches détachées, assez apparentes du large (1). Les ruines de Monfort se

au marchand qui y commande. Nous recevons le même péage encore en trois autres endroits, savoir à Axim , à C/iama et à Elmina , parce que nous avons conquis ces places par les armes, quoique je ne sois pas assuré si nous avons aussi conquis Mourée. Nous sommes les seuls des Européens qui jouissent de ce privilège , et il n'y en a point qui ayent un pouvoir aussi absolu sur ceux qui dépendent d'eux que nous, mais c'est leur propre faute pour la plupart, et même ils sont la cause

Sue nous avons perdu beaucoup de notre créit, — Avant que de laisser le pays de Saboe, il faut vous dire que, de tous les peuples de cette côte, c'est celui que notre compagnie a connu le mieux et le plus longtemps, puisque messieurs les directeurs ont vu ci-devant deux de leurs ambassadeurs à Amsterdam ; mais il y a si longtemps , que je n'ai pas la moindre connaissance de leurs négociations; le roi d'à présent n'en sait rien non plus, ni pour quelle raison on les avait envoyés en Hollande. »

(1) Description du pays de Fan tin ( Bosman, fin de la quatrième lettre ). • Le pays de Pantin confine à Saboe du côté de l'occident, et en est séparé par le Mont-de-Fer, à une demi-lieue au-dessous de Mourée. Cette montagne a environ un quart d'heure de long ; et parmi plusieurs beaux et grands arbres dont le sommet est couvert , il y a une trèsagréable promenade, et les arbres en sont si bien entrelacés , qu'il y fait presque obscur en plein midi. Depuis le pied de cette montagne le pays de Pantin s étend encore neuf ou dix lieues le long de la mer et à quelques lieues de large. Les Anglais ont un fort et trois loges daus ce pays, et nous y avons aussi un fort; le premier que l'on trouve en des*

L'UNIVERS

voient trois ou quatre milles plus loin , sur uue pointe assez avancée ; les rui-

rendant, et qui a le pavillon anglais, est auprès d'un petit village nommé lngenisian ; toute la garnison de ce fort consiste dans un seul Anglais qui y est pour conserver, s'il peut , l'honneur du pavillon. A une demi-lieue plus bas , les Anglais ont un petit fort très-proprement bâti proche du village à? Annamabo , où il y a toujours grand nombre de vaisseaux anglais ; sans quoi on ferait un négoce fort considérable en or et en esclaves tant ici qu'à Cormantin; mais ces messieurs emportent presque tout, et s'ils laissent quelque chose , les vaisseaux non privilégiés zélandais viennent le chercher. — Les Nègres de Pantin tourmentent horriblement les Anglais et les renferment quelquefois dans leur propre fort sans qu'ils aient la liberté d'en sortir; et s'il arrive que le directeur ne leur plaise pas, ils le renvoient d'une manière outrageante à Cabocors dans un canot; les Anglais n'osent ni ne peuvent s'opposer à cela par la force , mais sont au contraire obligés de les apaiser encore par des présents. Le village d*An~ namabo peut passer pour le plus puissant de toute la côte , ayant autant de gens de guerre que le royaume de Saboe et de Commany, et encore ne fait-il que la cinquième partie de Pantin, Outre que c'est un pays extrêmement peuplé, ils sont anssi fort riches en or, en esclaves et en tout ce qui est nécessaire pour la vie , particulièrement en grains , et ils vendent tout cela aux vaisseaux anglais. — Ce pays n'est pas gouverné par un roi, mais par un chef qu'ils appellent braffo , et qu'on pourrait expliquer, selon le style européen, par'^ontterneur ou stadhouder ; quoique le mot en lui-même signifie conducteur. Il est le premier et a le plus d'autorité de tout le pays. Cependant, son autorité est fort limitée par des vieillards qui sont comme les conseillers du pays. Us règlent les affaires comme il leur plaît , sans se mettre en peine du braffo. En outre chaque partie du pays de Fantin a aussi un chef qui a beaucoup de crédit et qui quelquefois ne le cède guère au oraffo. — Ceux qui demeurent plus avant dans le pays s'occupent, outre le négoce qu'ils font, à I agriculture et à faire du vin de palme , dont il y en a une certaine sorte qu'on appelle quaker; et ce mot est fort expressif en notre langue hollandaise; car cette boisson a la vertu de faire avoir des pensées fort extravagantes telles qu'en ont les quakers ( sorte d'anabaptistes nu de fanatiques ) lorsqu'on en boit un peu trop. Ce vin est deux fois plus-cher que l'autre; et cependaut le nombre de ceux qui

nés du fort hollandais tfApatn leur succèdent, puis fVinebah^ groupe con-

l'achètent est sigrand,qu'il ne s'en trouve jamais assez. — Les Nègres de Fantin qui demeurent sur le rivage de la mer font un grand négoce avec toute sorte de vaisseaux non privilégiés, et cela ouvertement et à la vue des deux nations anglaise et hollandaise, sans que Tune ni l'autre osent s'y opposer; car il leur en'prendrait mal , si elles voulaient se mettre en état de l'empêcher, parce que nous n'avons pas la moindre autorité sur ceux de Fantin, Le pays est si rempli de pécheurs, que je crois qu'on y en trouverait bien quatre mille. — A une petite demi-lieue de là, on trouve le village aAdj'a , où nous avons eu ci-devant une forteresse aussi bien qu'à Annamabo ; mais nous l'avons perdue par trahison , et nous avons été contraints de la laisser aux Anglais ; car y ayant conjointement avec nous une garnison, ils en usèrent d'une manière fort cruelle envers nos gens. Ils y ont présentement planté leur pavillon, quoique ce ne soit que sur la maison d'un Nègre ; ils y ont pourtant mis un marchand , afin d'acheter de ceux de Fantin du milhio pour les vaisseaux dans lesquels ils transportent les esclaves de leur compagnie; mais ce marchand, trouvant mieux son compte à vendre le milhio aux vaisseaux non privilégiés , fait si bien qu'il n'en reste guère pour leurs propres vaisseaux. — Il y a un peu plus bas le village du Petit- Cormantin, qui est très-bien ainsi nommé ; nous y avons une forteresse qui porte le nom $ Amsterdam. Elle a été ci-devant la capitale des Anglais ; mais l'amiral de Ruiter)es en chassa en i665. Nous avons ici pour commandant en chef un marchand, aussi bien qu'à Mourée, avec une garnison raisonnable. On pourrait rendre ce fort considérable avec peu de dépense; mais il vaut mieux le laisser comme il est, le négoce n'étant pas assez grand pour compenser ces frais. Le village est si petit et si pauvre, qu'il ne mérite pas qu'on en fasse mention. Mais le village nommé le Grand-Cormantin, oui n'est qu'à une portée de canon au-dessous de notre fort et bâti sur une haute montagne, est fort grand et fort peuplé. Le pays de Fantin s étend encore d'ici environ sept ou huit lieues le long du rivage , et est rempli partout de petits villages qui donnent une vue fort agréable, quand on le côtoyé en canot. — Les Anglais ont planté leur pavillon il y a deux ans à l'extrémité du pays de Fantin et ont commencé à y bâtir un fort ; mais, soit qu'ils n'y trouvent pas ce qu'ils avaient espéré, soit qu'ils ne puissent pas s'accorder avec les Nègres , ils voudraient en être partis.

GUINÉE

sidérable de cases bâties ea partie à l'européenne , et le fort hollandais de Barracoe , actuellement abandonné, en avant d'une très-haute montagne. A neuf milles^de là , près de la montagne arrondie et élevée dite Cook's Lof, la côte change d'aspect pendant quelques milles, toujours dénudée, mais peu haute jusqu'à ce point; elle présente dès là une chaîne de grandes montagnes qui se lient en ondulant non loin du bord de la mer, et ne s'en écartent qu'aux environs d'Akra (1), dix milles plus

Notre crédit et celui des Anglais est égal dans ce pays, c'est-à-dire que nous n'y en avons point du tout ; et lorsqu'il prend fantaisie à ces scélérats , ils ferment tous les passages , de sorte qu'il ne peut venir aucun marchand du côté de la terre pour négocier avec nous, et, ne se contentant pas de cela , ils nous coupent toute sorte de vivres; ce qui continue jusqu'à ce que nous les ayons contentés. »

(i) Cinquième lettre du voyage en Guinée de G. Bosman : « Le royaume d* Acron confine au pays de Fantin. Au milieu de ce royaume, auprès du village d'Apam, il y a un petit fort ou plutôt une maison fortifiée de deux batteries , que nous commençâmes à bâtir en l'an 1697. Nous lui avons donné le nom de Fort de la Patience , parce que nous avons exercé notre patience à le bâtir, à cause des oppositions continuelles des Nègres. Le village qui est au-dessous de notre fort est petit et n'a jusqu'ici d'autres habitants que des pécheurs ; mais comme cet endroit est fort propre pour le négoce , si ceux d'Acron voulaient être raisonnables, il pourrait bien arriver que ce village se peuplerait en peu d'années. Les habitants d Acron ne font jamais la guerre , ou du moins fort rarement ; car comme ils ont choisi ceux de Fantin pour leurs protecteurs, il n'y a personne qui ose leur faire la moindre insulte; ce qui leur donne moyen de cultiver leur pays dans une profonde paix. Ils ne négligent pas non plus une si belle occasion ; car tous les ans ils font une riche récolte en envoyant leurs denrées dans les endroits les plus proches. On trouve ici abondance de bon gibier, comme des cerfs , des lièvres, des perdrix, des faisans et des bêtes fauves. — Acron est divisé en deux, sans quoi il serait assez puissant; celui dont nous avons parlé s'appelle le Petit- Acron , et le Grand-Acron est plus avancé dans les terres ; il n'est pas gouverné par un roi, mais par plusieurs des principaux du pays. Ces deux |>ays, quoique séparés l'un de l'autre et

loin. Sur une étendue de deux milles, on rencontre les trois forts d'Akra : le pre-

n'ayant rien de commun ensemble , vivent pourtant en bonne intelligence et dans une étroite amitié. — Un peu au-dessous de notre fort il y a une petite rivière salée, qui a son cours du côté de la terre , et a à peu près une lieue d'étendue; elle est fort abondante en poisson,et on y trouve aussi quantité d'oiseaux; elle est de plus assez agréable pour qu'on l'aille voir par divertissement. — A une lieue plus avant, du côté de l'orient, on trouve dans le pays d'Agonna une montagne fort haute qu'on appelle la Montagne du diable. Il y a apparence que les gens de marine lui ont donné ce nom parce que, quand on a le vent contraire en montant le long de la côte, on la voit plusieurs jours de suite , tant elle est haute. On dit qu'elle est fort abondante en or, et que quand la pluie a cessé , les nègres d'Agonna y vont tous les ans et y ramassent une grande quantité d'or, parce que l'impétuosité de la pluie fait descendre de la montagne en bas l'or avec la terre. Le pays à'Agonna commence environ à cette montagne. Environ au milieu du pays on renaontre un petit fort que les Anglais y ont bâti en x6g4. Le village qui est au-dessous de ce fort; nommé par quelquesuns Wimba et par d'autres Simpa, est d'une grandeur ordinaire et habité par des pêcheurs pour la plupart; il est dans une situation fort agréa&le, étant environné d'arbres; le négoce n'est présentement fort peu de chose aussi bien qu'à Apam. — Le pays d'Agonna surpasse de beaucoup celui d'Acron en forces , en richesses , et en grandeur ; mais pour ce qui est de la fertilité et de l'agrément, ils sont à peu près égaux ; excepté que celui-ci a une belle et grande rivière d'eau douce , laquelle, selon le rapport des Anglais et des Nègres, est aussi abondante en poisson, en huîtres , en oiseaux et en toute sorte de singes, qu'il y en ait une sur toute la côte ; mais comme je ne l'ai jamais vue, je n'en puis parler que par ouï-dire. — Enfin, nous sommes parvenus jusqu'au dernier pays de la côte de Guinée , je veox dire le pays èîAquamboe ; car, quoique la plus grande partie de ce pays soit du côté de la terre ferme , nous le mettrons pourtant au nombre des royaumes de la côte, non-seulement parce que nous avons souvent à faire à lui , mais aussi parce que le roi & Aquamboe étend sa domination sur les Nègres qui demeurent sur la côte au moins à vingt lieues d'étendue. Et, quoiqu'il y ait parmi eux des royaumes , je les joindrai pourtant tous à celui d'Aquamboe, à cause que ce roi a plus d'autorité sur

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mier anglais', nommé Saint-James; le aujourd'hui abandonné, et le troisième

deuxième hollandais, dit Crèvecœur, danois , appelé Christiansborg, et chef-

eux que sur ses propres sujets, encore qu'il de commodité que dans aucun autre endroit; ait dans son royaume une puissance sans bor- mais ils le laissent faire aux Nègres de la nés. Les habitants à'Aquamboe sont fort or- côte, qui sont nés dans le pays ou qui s'y gueilleux, fiers et insolents, et aiment à sont venus établir d'autres endroits. — Jusfaire la guerre; aussi leur puissance est-elle qu'ici, j'ai parcouru toute la côte; dans la formidable à tous les pays d'alentour, excepté première lettre, je parlerai des pays qui sont àceuxd'^ûn. — Quoique les Anglais, les Da- du coté de la terre ferme d'où l'on apporte nois et nous y ayons chacun un fort, notre au- l'or sur la côte, et y joindrai en même temps la toritéy est tres-petite. Chaque fort a son village manière dont on trouve et tire l'or, quelle est particulier, et chaque village a son nom; mais sa forme et son poids , comment on fait l'or le nom général qu'on leur donne est Acra , faux , et comment on le connaît. » oui est le nom d'un royaume qu'il y a eu ci- Sixième lettre : « Le premier pays d'où Ton devant dans ce pays, mais qui a été entière- apporte l'or sur la cote s'appelle Dinkira; il ment détruit par ceux d'Aquamboe, et le reste est si avant dans la terre ferme que ceux qui des habitants ont été chassés dans un heu sont au service de la compagnie ont besoin nommé \tPetit-Popo, où sont encore les restes de cinq jours pour y aller à Elmina , et plus de de ce grand royaume. — Il semblerait qu'y dix lorsqu'ils partent d'Axim pour y aller. Ce ayant ici trois compagnies différentes qui né- n'est pas que Dinkira soit si éloigné de la gocient , elles devraient se ruiner l'uue l'au- côte , mais cela vient de ce que les chemins tre; mais, quoiqu'il y en ait qui tâchent de le sont extrêmement tortus, et c'est à quoi les faire , et qu'elles se fassent mutuellement tout Nègres ne veulent ou ne peuvent pas apporter autant de tort qu'elles peuvent , il y vient de remède. Ce pays est devenu si puissant et néanmoins tant d'or et d'esclaves ( lorsque si riche depuis quinze ou seize ans par la braies chemins sont libres pour les marchands ), voure de ses habitants , que, n'étant d'abord que chaque compagnie en particulier y trouve qu'une poignée de gens, et ne possédant son compte, l'une ayant toujours ce qui man- qu'un fort petit espace de pays, ils se sont que à l'autre, ce qui fait que toutes les mar- "lit respecter et craindre des pays circonvoichandises se débitent. — On reçoit ici quel- sins, dont ils étaient la terreur, excepté Asianaiiefots plus d'or qu'en aucun autre endroit te'etAkim, qui les surpassaient encore en de la côte , et il y en viendrait encore davan- force. — Les habitants de Dinkira possédaient tage si ceux à'Aquamboe et d'Akim s'accor- de grands trésors d'or, non-seulement de cédaient bien ensemble ; mats le plus souvent ils lui qu'ils avaient dans leur propre pays, mais sont en dispute, parce que ceux d'Akim vou- aussi du butin qu'ils apportaient d'autres draient bien être maîtres du pays d'Aquam- endroits et du profit qu'Us faisaient dans le boe, en donnant à ceux-ci une certaine somme négoce ; car il n'y'a aucuns des Nègres qui leur par an, à quoi ceux d'Aquamboe ne veulent puissent être comparés en fait de traûc. Oupas entendre, ce qui pourrait bien leur coû- tre cela, ils étaient maîtres de trois pays où ter la ruine de leur pays si ceux d'Akim l'on trouvait de l'or, quoique peu, savoir ; étaient bien unis entre eux. Mais le roi d'A- Wasta, Encasse et Juffer, qui confinent auamboe sait si bien jeter la division parmi l'un à l'autre, et dont le dernier confine au pays les grands, par ses discours et par ses présents de Commany. Ils fournissaient pour un, deux continuels , qu'il demeure tranquille posses ou trois ans tout le haut de la côte, depuis seur de son pays et négocie comme il lui plaît Axim jusqu'à Saeondét de l'or qu'ils tiraieut de Le roi et les grands du royaume sont extrê- leur propre pays, ou qu'ils allaient chercher me ment riches , tant en or qu'en esclaves; je en d'autres, et cela pendant que la guerre de crois même que ce pays seul a plus de tre- Commany a duré; mais lorsque nous sommes sors que tous ceux ensemble dont nous avons en paix avec ceux de Commany, et que les parlé jusqu'ici. Les habitants s'occupent ou au chemins sont libres pour les marchands, ils commerce et à l'agriculture, ou à la guerre, ne portent point leur or vers le haut de la à quoi ils ont une forte inclination. Quoique côte, parce qu'elle est trop éloignée, et ne le pays soit en lui-même fertile, ils manquent vont pas plus loin que Chôma, Commany, toujours de vivres avaut la fin de l'année, et Elmina et Cabocors ; et alors on reçoit peu on leur en apporte d'autres endroits. — Ceux d'or vers le haut de la côte : car quoiqu'il y d'Aquamboe ne s'occupent ni à la pêche ni ait entre deux des pays où l'on trouve des à préparer le sel , qu'on trouve pourtant ici mines d'or, comme Eeuira elAocm, de même dans une plus grande abondance et avec plus qa'Jbocroe et Ancober , où il s'en trouve un

GUINÉE

lieu des établissements que possède encore le Danemark sur la côte d'Afrique :

peu, cela ne suffit pas pour en pourvoir les forts qui sont de ce côté-là. J'allai voir les Brandebourgeoisen 1694, qui se plaignaieut qu'en de certains temps Us ne recevaient pas deux marcs d'or dans un mois; c'était la même chose dans nos forts, et le négoce n'était presque rien dans tous ces endroits. — L'or que ceux de Dinkira nous apportent est bon et pur, excepté qu'ils y mêlent trop de fétiches, qui sont une espèce d'or composé de toute sorte d'or mis en œuvre et dont quelques-unes ont une plaisante figure. Ils mettent ces fétiches y après qu'elles sont fondues, dans des moules de terre noire et ^extrêmement pesante, et leur donnent la figure qu'il leur plaît. Il y a quelquefois dans cette espèce d'or le quart et même la moitié d'argent ou de cuivre, ce qui fait qu'il ne vaut pas tant; cependant ils nous importunent si fort sur toute la côte, que si nous refusons de le prendre, il y a des Nègres assez déraisonnables pour reprendre le bon or qu'ils voulaient vendre , sans vouloir nous rien laisser ; ce qui nous oblige souvent à vouloir passer par-dessus. On trouve aussi des fétiches d'or pur, mais ils les troquent rarement, à cause qu'ils les gardent pour s'en parer; et s'ils en apportent quelques-unes, c'est ou par nécessité ou parce qu'elles sont pleines de cette terre noire, avec quoi ils trompent ceux qui ne savent pas leurs ruses : car au lieu d'or pur, il y a souvent la moitié de terre. Mais il est arrivé depuis quelques mois de si grands malheurs à ceux de Dinkira, qu'ils sont présentement dans la dernière désolation. Le roi d'Asianté, dont le pays n'est pas éloigné du leur, ayant été offense parleur chef, entreprit d'en prendre vengeance d'une manière sensible. En deux combats qu'il leur livra, ceux de Dinkira perdirent plus de cent mille hommes, selon le rapport des Nègres. Ceux d'Akim, qui étaient venus à leur secours en perdirent pour leur part environ trente mille. On dit que «eux d* Asianté furent occupés quinze jours à ramasser le butin qu'ils avaient fait dans ce combat. Voilà ce qu'est devenue la grandeur de ceux de Dinkira; les fuyards d'entre eux sont présentement faits esclaves et vendus par ceux qu'ils tenaient ci-devant pour leurs esclaves. — Après le pay s de Dinkira suit celui d'Acanny, qui autrefois, et longtemps avant celui de Dinkira, était en grande réputation pour le commerce. Les habitants venaient vendre ici de l'or d} Asianté et d'Akim , de même que de celui qu'ils avaient dans leur propre pays. Cet or était si bon et si pur, quêtes Nègres nomment encore aujour-

Christiansborg est une forte citadelle , mais assez délabrée aujourd'hui, au pied

d'hui le meilleur or Acanny sica ou or d'Acanny. Us avaient accoutumé de venir négocier avec les habitants de Cabesterra ( qui est un pays situé entre Acanny et Sabot) jusqu'à Elmina, à Cahocors, a Mourée, à Annamabo, à Cormantin, et plus bas jusqu'au village de Simpa, qui appartient aux Anglais. Leur or n'était pas mêlé de fétiches, comme celui de Dinkira; mais il était fort difficile de s'accommoder avec eux', et il s'en fallait beaucoup qu'ils ne fussent aussi raisonnables que ceux de Dinkira, voulant presque toujours faire tout à leur gré. II y a trois ans qu'ils n'ont presque pas eu de négoce; parce que, s'étant brouillés avec ceux de Dinkira , ils en ont été bien battus, en sorte que tous les grands de leur pays et un très-grand nombre de ceux du commun ont été tués ou faits prisonniers; et ils ont été obligés , pour se racheter de l'esclavage, de donner tout ce qu'ils avaient ; ce qui les a réduits dans la dernière misère. Mais Dinkira ayant aussi été ruiné, et ceux-ci s'étant déclarés pour ceux d* Asianté, ils pourraient bien encore se remettre. — Nous joindrons le pays dyAkim à Acanny ; il n'y a point de pays que nous connaissions d'où il sorte tant d'or que de celui-ci , et c'est le meilleur or que l'on transporte de cette côte; on le peut facilement connaître à sa couleur obscure ; Acra en tire présentement la plus grande partie, et c'est là aussi où l'on trouve le meilleur or sans mélange de fétiches. J'avais souvent ouï dire qu'^Àiro était d'une très-grande étendue; c'est pourquoi je priai un jour quelques-uns des habitants de me dire combien il faudrait de journées pour aller d'un bout de leur pays à l'autre; à quoi ils me répondireut qu'il était d'une si vaste étendue, que la plupart des Akimois mêmes ne savaient pas jusqu'où il s'étendait du côté de la côte de Barbarie. — Nous avons toujours cru que ces trois derniers pays dont nous venons de parler étaient les plus abondants en or; mais il est certain qu'il y en a encore d'autres, et c'est de quoi Asianté nous fournit une preuve convaincante ; car il n'y a que peu d'années qu'il a été découvert , et cependant nous trouvons

Ïu'il y a plus d'or que dans Dinkira. Je dis 1 même chose d'un autre pays nommé Anansét situé entre Asianté et Dinkira; et il n'y a point de doute qu'il n'y en ait encore beaucoup d'autres dont nous n'avons aucune connaissance. — Il ne faut pas oublier le pays d'Amné, que je crois être le premier de la côte et fort au-dessus d'Axim. Nous recevions

L'UNIVERS

de laquelle s'étend un village très-populeux, très-abondant en provisions de toute

ci-devant beaucoup d'or des habitants de ce pays qui était aussi fort pur, et c'étaient les meilleurs gens du monde pour trafiquer avec eux. Mais ceux de Dinkira, qui veulent être les maîtres partout, les ont subjugués, et depuis ce temps-là nous n'avons presque point vu de leur or. La plupart des gens croyent, en Europe, que nous sommes maîtres des mines d'or et que nous en faisons nous-mêmes tirer l'or, comme les Espagnols font dans l'Amérique ; mais c'est une erreur, et nous n'avons pas même d'accès à ces mines; je ne crois pas, qui plus est, qu'aucun de nous les ait vues ; car les Nègres, les teuant pour quelque chose de sacré, feront toujours tout ce qu'ils pourront pour empêcher que personne n'en approche qu'eux. On trouve 1 or en trois sortes d'endroits : premièrement et principalement dans les montagnes et entre les montagnes où les Nègres creusent des Uous profonds lorsqu'ils ont découvert qu'il y a de l'or; la terre qu'ils en tirent sert à les faire vivre, comme je dirai tout à l'heure. Le second endroit où l'on trouve l'or est auprès de quelques rivières et dus chutes d'eau et des cascades , où l'eau, par la force de son cours, entraine de dessus les montagnes et de quelques lieux fort élevés la terre et en même temps l'or. Le troisième endroit où l'on trouve l'or est auprès de la mer, où il y a, comme à Elmina et à Axim , de petites sources vives où l'or descend tout de même qu'auprès des rivières qui viennent des lieux élevés. Lorsqu'il a beaucoup plu la nuit, on voit dès le malin un grand nombre de femmes nègres, qui ont chacune un grand et un petit vaisseau ; elles remplissent le premier de terre et de sable et remuent cela à tous moments dans de l'eau fraîche jusqu'à ce que la terre en soit sortie; et s'il v a de l'or parmi, il demeure au fond du vaisseau ; ensuite de quoi , elles vident le grand vaisseau dans le petit et recommencent à remuer comme auparavant, continuant dans cet exercice jusqu'à midi, et souvent elles n'ont trouvé que pour cinq ou six sols en or, un peu plus ou un peu moins. Il arrive bien quelquefois qu'elles trouvent des morceaux d'or de la valeur de trois ou quatre florins , mais cela est fort Tare ; et souvent elles prennent de la peine inutilement. C'est ainsi qu'ils font sortir la terre qu'ils ont fouie, aussi bien que celle des rivières; et ils ne savent point d'autre moyen pour la séparer de l'or,

qu'en la lavant de cette manière L'or que l'on

a ainsi foui ou trouvé a deux formes différentes : le premier s'appelle ici or en poudre, et est presque aussi ftu que de la farine ; il est

sorte , et qui communique avec Saint- James par un chemin bien tracé et bien

le meilleur et le plus estimé en Europe. L'autre consiste en morceaux de différentes grandeurs; car il y en a quelques-uns qui à peine ont la pesanteur d'un liard, et d'autres qui pèsent la valeur de deux ou trois cents florins, on appelle celui-ci or de mine, et* lorsqu'il est tondu, il a plus de consistance que l'or en poudre," et la touche en est meilleure; mais le grand nombre de petites pierres qui s'y trouvent toujours attachées font qu'on y perd beaucoup en le fondant, et c'est pour cela que l'on aime plus Por'en poudre. Voilà pour ce qui est du bon or et de la manière de le purifier. — Il faut présentement parler de l'or mêlé et de l'or feux. Il y a dans le premier des fétiches d'argent et de cuivre, dont j'ai déjà parlé. Les Nègres coupent ces fétiches en petits morceaux, dont les uns valent un denier, les autres un Uard ; on dit communément en proverbe (qui est fort commun parmi les Hollandais), qu'on n'achète pat oeaucoup d'or pour un liard; mais ici on peut aller au marché avec ces petits morceaux, et en acheter du pain, du fruit, et ses autres nécessités. Les femmes nègres savent la valeur de ces pièces en les voyant , et ne s'y trompent jamais ; on les compte sans les peser, comme nous faisons ici de l'argent monnayé. On appelle ces petits morceaux kakeraat , ce qui, dans la langue du pays, signifie quelque chose de peude valeur; et en effet cette sorte d'or ne vaut pas grand'chose en lui-même, et à peine l'once vaudrait-elle vingt florins en Hollande, quoique cependant on s'en serve sur toute la côte. Nous en payons notre garnison, et les Nègres ne font pas difficulté de les prendre pour toute sorte de denrées. — Les Nègres s'entendent parfaitement bien à faire l'or faux; ils fondent quelques morceaux, en sorte qu'il y a autour environ l'épaisseur d'un couteau de bon or , mais par dedans ce n'est que du cuivre et souvent que du fer; il n'y a pas longtemps qu'ils ont inventé cela ; mais l'or faux ordinaire est composé d'argent, de cuivre et d'un peu d'or mêlés ensemble; la couleur en est fort foncée, ce qui trompe facilement ceux qui ne s'y entendent pas beaucoup. Il y a encore une autre espèce d'or faux , qui ressemble fort à l'or massif, et qui n'est autre chose qu'une certaine matière composée de corail fondu. Ils en font aussi de for en poudre , quoiqu'ils se servent presque toujours de cuivre limé pour cela , à quoi ils donnent la couleur de l'or ; mais cette sorte d'orfaux perd son lustre dans un mois ou deux, et se connaît par là ; ce qui n'arrive pas aux

entretenu. Au delà de Christiansborg , danois de Temma et de Poney, de

on passe devant les ruines des forts Prampram, fort anglais, et de Ningo,

autre fort danois. La côte, qui s est

..^ . , .. . abaissée entre Poney et Prampram, se

IS^^ r^?e un F« Ningo : une petite

toujours kur b^e il «t plu» facile de s y rjvière cou|e pres de cot établissement :

qu'il yala livre, le mare, l'once et l'esterhn. ,ar«e. en ■ arrondissant : des mornes il y a en Europe vingt esterlins dans ronc* , paraissent en arrière-plan ; et si le temps maisidU n'y en aque seize; on compte aussi est c,air on Peut apercevoir de là la par pesas, qui font quatre esterlins, et par haute montagne de Ningo- Grande , sitxxndos, qui sont deux oo©m; quatre bandos tuée à une dixaine de lieues dans Tinte* font un mare, et deux marcs font une livre rieur, plus éloignée de la mer, mais d'or, et la livre d'or vaut environ six cent aussi plus élevée que les montagnes de soixante florins. Outre tous ces poids, il y en Crobof qui s'étendent au sud-ouest du a ici encore d'une autre sorte dont on se sert Ningo-Grande. A partir de Ningo , la pour payer de petites choses; ces poids sont côte devient de plus en plus basse jusune espèce de petite* fèves dont les plus peti- qU'à |a rivière Volta (1), et encore au tes sont rouges marquetées de noir, qu'on appelle damèai , dont les vingt-quatre font fait 7,000. Je dis que ces derniers en empor- ■ esterlin d'or, et par conséquent chacune tent pour le moins 800 marcs, et cela est

environ deux sols; les autres sont une fois véritable; caries Portugais venant sur cette plus pesantes et blanches marquetées de noir, cote sous prétexte de vendre leurs marchanet quelquefois même toutes noires : on les ap- dises de l'Amérique, qui consistent en tapette tacots; et font un peu plus de quatre bac de Brésil et en eau-de-vie faite de sucre,

sols, ce qui se doit entendre des damons et ils ont encore, pour le moins, autant que les des tacots ordinaires, car on en trouve d'au- vaisseaux non privilégiés, des marchandises très, dont on tacot vaut quelquefois dix et qui sont ici fort recherchées; et cela n'est pas quelquefois vingt sols; mais on ne peut pu surprenant, puisqu'ils les vont acheter en les compter parmi les poids ordinaires, cha- Hollande, où ils prennent le monde dont ils cun s'en servant comme il lui plaît dans la ont besoin, et y équipent leurs vaisseaux qui vue de tromper. Il y a quelques personnes même quelquefois sont équipés par des marqui ont cru que les Nègres n'ont que des poids chands hollandais. Les juifs de Hollande surfaits de bois; mais c'est une erreur : Us ont tout y ont beaucoup de part; ils obtiennent tous des poids de cuivre ou d'étain, qu'ils facilement en passe-port du roi de Portugal, ont fondus eux-mêmes; et quoiqu'ils ne les de sorte qu'ils passent ici pour de véritables divisent pas comme nous , cela revient pour- Portugais. Je laisse à penser quel chagrin cela tant à la même chose et les comptes se trouvent donne à un officier qui a les intérêts de la toujours justes. — Il sera nécessaire de dire compagnie à cœur, lorsqu'il apprend que quelprésentement combien d'or ces différents pays que* marchands nègres sont arrivés sur la donnent tous les ans, et en quels endroits côte avec une bonne quantité d'or dans le différents on le transporte. J'ose dire, sans dessein de le trafiquer avec nous, et que cecraindre de me tromper , que non-seulement pendant il arrive un vaisseau portugais , ou un ils peuvent fournir, mais qu'ils donnent effec- vaisseau non privilégié, qui, par le bon martivetnent tous les ans, en temps de paix, sept ché qu'il fait de ses marchandises, emporte mille marcs d'or. Autant que j'en ai de con- tout cet or ou du moins une grande partie, naissance, on pourrait faire ce partage de la ma- pendant que nous demeurons chargés de nos nière suivante , savoir : pour la compagnie des marchandises, comme si elles étaient pestifé- Indes Occidentales, i5oO marcs; pour la coin- rées. Cela m'est arrivé plus d'une fois, et

pagnie Anglaise, 1200 m. Les vaisseaux non ainsi j'en parle par ma propre expérience. —

privilégiés zélandais en emportent tous les Ainsi , selon ma pensée, l'or que l'on apporte

ans autant que ceux de notre compagnie, sur la côte et qui est transporté ensuite en

c'est-à-dire i5oo; les vaisseaux non privflé- divers lieux, se monte à a,3oo,ooo livres , à

ries anglais, 1000. Mais ces derniers en ont compter les 3 marcs pour 1,000 fr. Mais il faut

bien emporté deux fois entant dans ces deux ou entendre cela d'un bon temps, lorsque les

troia dernières années. Les Brandebourgeois et chemins sont ouverts et que (es marchands

les Danois ensemble, en temps de paix, reçoi- peuvent venir ici librement. »

vent environ 1000 marcs; les Portugais et les (1) Bosman, Voy, en Guinée ( 18e lettre)!

Français ensemble, pour le moins 800; le tout « L'espace de terre qui est eutre Powù et

L'UNIVERS

delà : c'est une plage de sable que couronne une ligne de broussailles assez

Rio Fol ta* environ treize lieues de longueur, et est habité par des Nègres à'Acra, de Lampi et à'Aquambou. Ceux de Lampi ont leur roi particulier, qu'on appelle roi de Ladingcour; mais lui et ses sujets (si du moins on peut leur donner ce nom) sont dans une entière dépendance d'Aquambou , et sont obligés de se conformer dans leur manière de vivre à ceux-ci. Le pays est assez peuplé et assez fertile; il est surtout abondant en toute sorte de bétail, que les Nègres de cette côte achètent en quantité et à assez bon marché, et qu'ils transportent vers le haut delà côte. Outre cela , ces peuples trafiquent en esclaves , que ces Nègres achètent aussi d'eux; mais la plupart des esclaves sont transportés par les vaisseaux anglais, français et portugais. Le trafic des esclaves est quelquefois fort avantageux ici, et surtout aux environs du village de Lay. Il arrive bien aussi que , lorsque les guerres cessent plus avant dans le pays , on ne trouve plus ici d'esclaves ; de sorte que le négoce y est fort incertain, et ce n'est qu'eu passant qu'on s*y arrête; mais il n'y faut pas faire beaucoup de fonds. Outre le négoce, les habitants s'occupent à cultiver un peu la terre et à la pèche , quoiqu'ils pèchent peu dans la mer , parce que les côtes sont ici fort hautes et difficiles à aborder, en sorte que quelquefois on a de la peine à se servir de petits canots : mais le poisson de rivière supplée abondamment à ce défaut de poisson de mer. — La rivière de Rio Folta, à qui apparemment les Portugais ont donné ce nom à cause de sa rapidité et de la vitesse avec laquelle elle se décharge dans la mer, sert de borne à ce pays. C'est une rivière fort belle et fort large, dont les eaux se déchargent dans la mer en si grande abondance et avec tant de force, que quelquefois on s'en aperçoit à trois ou quatre lieues du rivage. Je ne sais point combien loin elle s'étend dans le pays; elleentraine par la rapidité de son cours une grande quantité de gros arbres, nui, s'arrétant à son embouchure, font que 1 eau s'élève à une hauteur épouvantable, ce qui cause une agitation continuelle; de sorte qu'on n'y peut passer dans un canot que deux fois l'année , et cela ordinairement depuis le mois d'avril jusqu'au mois de novembre, car alors le temps est tranquille sur la côte; et comme c'est immédiatement avant la saison de la pluie , la rivière ne se décharge pas avec tant de force. Mais après le temps de la pluie, il n'y a point de Nègre qui ait la hardiesse d'y passer, car ils sont accoutumés de se tenir toujours auprès des côtes ; ce qu'ils

régulière; quelques milles avant Occo$ Y aspect en devient encore plus monotone

ne peuvent faire ici à cause de cette élévation prodigieuse de l'eau , dont je viens de parler. J'ai passé quatre fois devant cette rivière dans un vaisseau, et chaque fois on faisait monter quelqu'un au haut du mât pour savoir si nous avions passé l'embouchure, et celui qui était monté ne manquait jamais de dire que nous en approchions ou que nous en étions un peu à l'orient ou à l'occident; ce que les capitaines qui avaient peu d'expérience croyaient for. tement, et je le croyais aussi avec eux. Mais comme je venais de Fida dans un canot, eu ^99, je fis approcher le canot de la terre autant qu'il fut possible, et que la grande agitation de l'eau qui sort de la rivière le put permettre; et quoique nous regardassions de fort près, nous ne pûmes découvrir ni embouchure ni la moindre ouverture , et nous vîmes que le rapport d'un de mes domestiques , qui avait fait le voyage par terre, était véritable: c'est que cette rivière est extrêmement large auprès de la mer et même beaucoup plus haut ; mais que du côté de l'ouest il y a une langue de terre qui s'avance au travers de la rivière et n'y laisse qu'une petite ouverture ; ainsi il est facile à comprendre qu'étant d'une largeur extraordinaire et ayant un cours très-rapide, le flux de l'eau qui sort par cette petite embouchure doit être extrêmement fort et violent, ce qui ne serait pas si l'embouchure de la rivière était proportionnée à sa largeur. — Le pays de Coto, que la plupart appellent le pays de Lampi , prend son commencement à l'orient de cette rivière. Il y a environ quatorze lieues depuis la rivière jusqu'au village de Coto ou Ferhou. Ce village a été autrefois le lieu où résidait le roi de Coto, et c'est là que je l'ai vu et que je lui ai parlé en 1698. Ce royaume a très-peu de forces, et elles diminuent même tous lesjours par les guerres qu'il a avec ceux de Popo et qui ont duré déjà quelques années; et comme ils sont à peu près égaux en forces, à moins qu'ils ne fassent la paix, il est à craindre que leurs différends ne se terminent pas de longtemps, ou il faudrait que l'un des deux pût mettre quelque autre pays dans son parti. Mais ceux à'Aquambou, qui les veulent conserver tous deux, empêchent bien cela, envoyant continuellement du secours à celui des deux qui a du dessous. Lorsque Aquambou était gouverné par deux rois, le vieux roi soutenait ceux de Popo, el le jeune ceux de Coto ; de sorte qu'ils avaient toujours des troupes auxiliaires à? Aquambou. Le temps apprendra comment ils se tireront d'affaire. Après la mort du vieux roi, l'an

GUINÉE

et la nature plus aride : le littoral n'est plus qu'une bande sablonneuse, semée çà et là de quelques touffes noirâtres, qui marquent les bords du grand lac salé voisin de l'embouchure du rio Voltadans l'ouest , et communiquant même avec cette rivière. Ce village d'Occo est bâti sur la langue de sable qui sépare la mer du lac salé. La rivière Volta charrie une énorme quantité d'eaux pluviales, surtout pendant la saison des pluies; des navires prétendent même avoir, à cette époque, mouillé devant l'embouchure et recueilli le long du bord de l'eau fort potable. La pointe de la rive droite se termine par un tertre sablonneux, et celle de la rive gauche par un tertre boisé. Il y a moins d'un mille entre les deux pointes. L'entrée de cette rivière est défendue par un plateau de brisants qui s'étendent à plus d'un mille au large et forment une barre redoutable. A quatre lieues plus haut que l'embouchure, sur la rive droite , et au milieu d'un

1700, ceux de Popo prirent si bien leur temps, qu'ils surprirent ceux de Coto, et les obligèrent de sortir de leur pays; mais je ne doute point que le roi d'Aquamoou ne les y rétablisse et ne tienne en bride ceux de Popo. — Le pays de Coto est tout à fait oppose à la côte d'où l'on tire l'or; car la côte est pleine de montagnes, et ici il n'y en a pas une ; le lerroiry est fort uni, sablonneux, sec et infertile ; il n'y a pas même d'arbres , si ce n'est des palmistes ou cataoyers sauvages, dont le pays est assez bien pourvu. H y a aussi du bétail , mais pas autant que les habitants eu ont besoin, lis ne manquent pas de poisson de rivière; mais pour du poisson de mer , ils n'en ont point à cause de l'agitation extraordinaire de la mer sur les côtes jusqu'à Ardra. — Leur gouvernement et leur religion est à peu près la même chose que parmi les nègres de cette côte. Ils ont aussi presque les mêmes façons de vivre : ce qu'il y a de plus ici , c'est qu'on y voit une quantité prodigieuse d'idoles. Pour leur langage, il est le même que celui d'Acra, à quelques petites différences près. Et comme ils ne négocient presque pas, ils sont aussi fort pauvres, et il s'en trouve très-peu qui soient riches. Leur plus grand profit consiste à aller par le pays et à enlever des hommes , qu'ils vendent aux Européens qui viennent ici avec leurs vaisseaux. Voilà ce qui les fait subsister , et c'est tout ce que j'en peux dire. — Il y a environ dix li"* js de Coto jusqu'au petit Popo. »

15e Livraison. (Guinée.)

village très-considérable, est le fort danois dVdtfa. En continuant à prolonger la côte à partir du rio Volta , on passe devant Atakoo, factorerie espagnole à esclaves, dont le territoire relevé des possessions danoises, et l'on peut contourner à petite distance la côte basse et arrondie qui prend le nom de cap Saint-Paul et sépare la côte d'Or du golfe de Bénin (1).

La dernière partie de la relation du sieur Villault de Bellefond a pour titre : « Remarques sur les costes d? Afrique, et notamment sur la coste d'Or, pour justifier que les François y ont esté longtemps auparavant les autres nations. »

«La plus commune opinion , dit-il, a donné jusques à présent cet avantage aux Portugais d'avoir paru lés premiers qui ayent découvert et habité ces costes; mais c'est une vieille erreur, qui a pris sa naissance et son accroissement dans la longue possession qu'ils en ont eue et le grand pouvoir qu'ils s'estoient donné parmy ces peuples ; cette gloire est deuë aux François , et surtout aux Dieppois, qui y ont navigé plus de soixante ans avant que les Portugais en eussent eu la connotssance. Comme la France commencent à respirer sous Charles V des guerres et malheurs qu'elle avait soufferts sous le roy Jean son père, les Dieppois, de tout temps addonnez au commerce, attirez par le profit qu'ils y trouvaient et la commodité de leur havre, se résolurent aux voyages de long cours, de passer les Canaries et de costoyer l'Afrique. Pour cet effet , ils équipèrent, au mois de novembre de I année mil trois cent soixante et quatre, deux vaisseaux du port d'environ cent tonneaux chacun , qui firent voile vers les Canaries et arrivèrent vers Noël au cap Verd, et mouillèrent devant rio Fresca, dans la baye qui conserve encore ce nom de baye de France. Les noirs de ces costez, ausauels jusques là les blancs avoient esté inconnus accouroient de tous les costés pour les voir, mais ne vouloient point entrer dans les vaisseaux jusques à ce qu'ils eussent remarqué que ces gens, bien éloignez de leur faire du mal, les

(1) Descr. nautique, des cotes de C Afrique Occid, entre le Sénégal et VÉquateur, ch. vt.

L'UNIVERS

caressoient, et leur a voient apporté quantité de bagatelles, dont la veuë les surprit. Pour lors commençant de s'apprivoiser, ils apportèrent du morphi ou de l'ivoire, des cuirs et de l'ambre gris, qu'ils «changèrent pour ces bagatelles.

Les Dieppois voulant pousser plus avant en faisant voile Grent comprendre à ces noirs que les années suivantes ils retourneroient et qu'ils fissent provision de ces marchandises, ce que les autres leur promirent. — Au sortir du Cap- Perd (qu'ils nommèrent ainsi pour la verdure éternelle qui l'ombrage), ils coururent le sud-est et arrivèrent^ Boulombel ou Sierra-Leone , ainsi que depuis l'ont nommé les Portugais. De là ils passèrent devant le cap de Moulé, d'où les habitants de ces deux places et de toute la coste furent fort étonnez, croyant que tous les hommes estoient noirs, et enfin ils s'arrestèrent à l'emboucheure d'une petite rivière près de Rio-Sexlos , où est un village qu'ils nommèrent le Petit- Dieppe, à cause de la ressemblance du havre et du village, situez entre deux costeaux. Là ils achevèrent de prendre leurs charges de morphi et de ce poivre appelle malaguette; et l'année suivante mil trois cent soixantecinq , à la fin de may, furent de retour à Dieppe, ayant fait des profits qui ne se peuvent exprimer, n'ayant demeuré que six mois dans leur voyage. La quantité d'y voire qu'ils apportèrent de ces costes donna cœur aux Dieppois d'y travailler, qui depuis ce temps y ont si bien réussi,

3u'aujourd'huy ils se peuvent vanter 'estre les meilleurs tourneurs du monde en fait d'yvoire. — Au mois de septembre ensuivant , les marchands de Rouen s'associèrent avec ceux de Dieppe, et au lieu de deux vaisseaux en firent partir quatre, desquels deux devaient traiter depuis le Cap-Verd, jusques au Petit- Dieppe, et les deux autres aller plus avant découvrir les costes. La chose ne fut pas exécutée ainsi que l'on l'avait projetée; car un de ces vaisseaux qui dévoient passer plus outre s'arresta au grand Sestre, sur la coste dite Maiaguette, y trouvant une si grande quantité de ce poivre, qu'il crut devoir en charger et qu'il ne pouvoit faire plus grand profit ailleurs. 11 en prit sa charge, et l'autre poussa plus outre. Le grand

accueil et la douceur avec laquelle les habitants de ce lieu les receurent, joints à la rivière et à la richesse de ce poivre, firent qu'ils appelèrent ce lieu Paris, Les deux autres cependant faisoient leurs charges sur ces costes, où ils avoient déjà esté, et à trois semaines l'un de l'autre retournèrent au bout de sept mois , richement chargez de cuirs, d'yvoire et de ce poivre qu'ils portèrent ensemble chez les autres nations. — Le quatrième vaisseau passa la coste des Dents et poussa jusques à celle de l'Or, d'où il en rapporta quelque peu, mais quantité d'yvoire. Comme ces peuples ne leur avoient pas fait si grand accueil que les autres , surtout ceux de la coste des Dents, qui sont très-méchants , les marchands, sur le rapport de leurs commis, se bornèrent au Petit-Dieppe et au Grand Sestre ou Paris, où ils continuèrent d'y envoyer les années suivantes, et mesme une colonie ; d'où vient qu'encore aujourd'huy le peu de langage que l'on entend de ces peuples est trançois. Le grand profit qui se trouva dans le débit de ce poivre donna envie aux estrangcrs de faire ces voyages et d'aller eux-mesmes choisir ce qu'ils acheptoient des Dieppois ; c'est pourquoy environ l'an 1375 , dix ans après que nous y estions , ils commencèrent d'y traitter; mais voyant que les François y avoient partout des loges, comme au Capter d, Sierra-Leone et Cap de Monte, le Petit Dieppe et grand Sestre, et que les Mores les aimoient, de sorte qu'ils ne pouvoient souffrir les autres; ils quittèrent le commerce, qu'ils reprirent peu après, et depuisont toujours continué. — Comme le profit commença à diminuer par la grande quantité de marchandises que les François et les étrangers apportoient de ces costes , ceux de Dieppe et de Rouen résolurent de renvoyer au mesme endroit , plus bas, où seize ans auparavant le premier navire avoit trouvé de l'or. — Pour cela au commencement du règne de Charles VI , en l'an 1380, ils équipèrentà Rouen unvaisseau du port d'environ cent cinquante tonneaux, appelé la Nostre-Dame de bon voyage, qui partit en septembre, quoy qu'il fust prest longtemps auparavant : mais, parce qu'ils avoient déjà remarqué que les pluyes qui tom-

GUINÉE

bent sur ces costes aux mois de juin , juillet et aoust, estoient très-dangereuses et causoient plusieurs maladies dont il estoit mort beaucoup de monde dans leurs habitations. Ce vaisseau arriva vers la fin de décembre à la rade des lieux où seize ans auparavant ils avoient esté. Les habitants qui avoient reconnu que, dans les terres plus avancées, ils recherchoient les marchandises qu'ils avoient acheptées de nous, et que nous les traitions doucement , apportèrent quantité d'or, et le vaisseau , neuf mois après, retourna à Dieppe richement chargé. Ce fut ce qui commença de faire fleurir le commerce à Rouen. — L'année suivante, ils y envoyèrent jusues à trois vaisseaux, qui partirent e Dieppe, le 28 septembre, nommez la Vierge, le Saint-NU'olas et V Espérance. La Vierge s'a r resta au premier lieu mie l'on avoit découvert (qu'ils appelèrent la Mine) pour la quantité d'or qui s'y apportoit des environs. Le Saint- Nicolas traita à Cap- Corse et Mouré, au-dessous de la Mine , et t Espérance alla jusques en Akara, ayant traité à Fantin , Sabou et Cormentin. Dix mois après ils retournèrent , et sceurent si Lien persuader les marchands, leur vantant le pays, la douceur des habitants et la quantité d'or que l'on en pourrait tirer, qu'enfin ils résolurent des'y établir et abandonner pldtost tout le reste. — En 1383, ils y envoyèrent trois vaisseaux , deux grands et un petit, qui dévoient passer au delà d'Akara pour découvrir le reste des costes : les deux grands estant lestez de matériaux propres à bâtir, estant à la Mine, ils y firent une petite loge, où ils laissèrent dix à douze hommes , et s'en revinrent encore richement chargez dix mois après leur départ. Mais le petit vaisseau qui vouloit passer Cormentin et Akara, ayant esté emporté par les marées , fut contraint de retourner, et arriva trois mois auparavant les autres avec la moitié de sa carguaison. On le lit partir dans l'instant que les autres turent venus, pour porter des rafraîchissements à ceux qui estoient demeurez dans la nouvelle habitation de la Mine, qui en quatre ans s'augmenta si fort par la grande colonie qui s'y alla établir, qu'ils y bâtirent une église que l'on y voit

encore aujourd'huy . — Ces commencements estoient trop heureux et les profits trop grands pour avoir de longues suites. Les guerres civiles ayant commencé en 1410, le commerce dépérit avec la mort de quantité de marchands, et au lieu de trois et quatre vaisseaux qui partoient tous les ans du port de Dieppe, c'estoit beaucoup quand, pendant deux ans, ils pouvoient en mettre un à la mer pour la coste d'Or et un autre pour le Grand- Sestre. Enûn, les guerres augmentant, ce commerce se perdit tout à fait. — Cependant les Portugais commencèrent de vouloir aller plus loin que les isles du Cap-Verd qu'ils tenoieut, et de tâcher à s'établir aussi bien que les François à la coste d'Or. Pour cet effet, du règne de Jean Ier, roy de Portugal , ils équipèrent un grand vaisseau à Lisbonne pour courir les costes d'Afrique, où ils se trouvèrent au temps des pluyes , ce qui leur donna tantde maladies, qu'ils furent contraints de les abandonner, et, voulant regagner le vent pour retourner en Portugal, furent portez le vingt-troisième jour de décembre 1405, feste de Saint- Thomas, dans une isle sous la liene,

Su'ils nommèrent à cause de ce F'isle e San-Thome ou Thomas. Là ils commencèrent à bâtir et y faire des cases, voyant que toutes les choses nécessaires à la vie s'y trouvaient en si grande abondance, et envoyèrent en rendre compte au roy de Portugal, qui y renvoya en 1407.* — Peu de temps après ils vinrent à l'isle du Poivre, et de là dans la terre ferme, vinrent au Bénin, passèrent en Akara, où ils trouvèrent de l'or, ce qui leur donna tant de joye qu'ils résolurent de retourner à San- Thome pour chercher les choses nécessaires pour faire des habitations sur ces costes, ce qu'ils firent et rendirent compte de tout au gouverneur de cette isle, qui ne perdit point de temps. — » En 1433, il envoya des caravelles , qui s'avancèrent jusques à la Mine (que nous avions abandonnée vingt ans auparavant, n'en ayant joùy que trente ans, à cause des guerres). Ils y arrivèrent le vingt-troisième avril , feste de Saint-Georges, sous le règne de Charles VII, roy de France, des malheurs duquel ils profitèrent, et qui ne nous avoient pas fait seulement abandonner

L'UNIVERS

cette place, mais aussi toutes celles que nous avions sur les autres costes. — Les Mores, qui s'estoient bien trouvez de nous, les reçeurent à bras ouverts, les mirent en possession de nostre habitation, leur firent mille caresses, et achetèrent leurs marchandises au prix qu'ils voulurent. Les Portugais, voyant ces profits immenses , le font sçavoir au roy de Portugal , Jean II, qui y envoyé trois vaisseaux avec exprès commandement d'y bastir un chasteau; ce qui. fut fait en 1482, sur la fin du règne de Louys XI , roy de France , et donnèrent à ce chasteau le nom de Saint-Georges de la Mine, en mémoire de ce qu'ils y estoient arrivez le jour de Saint-Georges, quarante- neuf ans auparavant, d'où ensuite ils se sont répandus dans les terres et par toutes les costes d'Afrique. — Le chasteau basti , le roy de Portugal forma une compagnie pour faire ce commerce à l'exclusion de tous autres , laquelle rendit de grands revenus au roy. Gomme elle se sentit assez puissante quelque temps après, elle bastitle chasteau d'Axime au delà du cap de Tres-Puntas, un fortin en Àkara , et une case en Achema , à cause de la bonté du lieu, d'où ils tiraient la pluspart des choses nécessaires à la vie. — Les Mores, qui ne croyoient point que ce fust pour les maistnser au ils bastissoient ainsi, les laissoient faire, amusez de leurs belles promesses , qui n'aboutirent qu'à les assujettir , ce qui arriva peu de temps après; car cette compagnie, petit à petit, s estant rendue maistresse, commença de tyranniser les Mores, leur faire payer des impôts, les maltraiter, les contraindre au payement d'un certain droit pour le poisson, etgagnaient toujours le pais, dont s'estant rendus maistres, ils commencèrent tout de bon d'user de violence envers les Mores, leur renchérir les marchandises , et les leur faire achepter au prix qu'ils vouloient, ce qui les aigrit si fort, qu'en l'an 1570, après avoir seuls et absolus possédé ces terres l'espace de plus de cent ans , ceux d' Akara se révoltèrent, et, ayant attiré des marchands des terres plus reculées, sous ombre de négoce, s'en allèrent au fort,

où ils tuèrent tous les Portugais. Cecy

rapporté au général de la Mine, il y envoya des canots avec des soldats et des

marchandises ; mais les Mores ne voulurent jamais les souffrir descendre à terre : c'est pourquoy ils furent contraints de mettre leurs marchandises sur le sable que les Mores venoient prendre, y laissant autant d'or qu'ils avoient accoutumé d'en payer; et pour leur faire perdre tout a fait l'espérance d'y pouvoir rentrer, c'est qu'ils rasèrent le chasteau de fond en comble. — Cependant les François, qui commençoient un peu de respirer après tant de guerres civiles et étrangères, au commencement du règne de Henry III , reprirent ces voyages et vinrent premièrement sur les costes de Malaguette, et passèrent de là sur celle d'Or ; mais appréhendant les Portugais, qui y avoient toujours de bons vaisseaux , ils ne trafiquoient que dans les lieux éloignez de la Mine, comme Akara, où ils arrivèrent pendant ces désordres. — C'est pourquoy ces peuples , voyant qu'ils ne manqueroient plus d'étrangers pour leur apporter ce qui leur faisoit besoin , et que les François ne vendoient pas si cher leurs marchandises , et les traitoient plus doucement que les Portugais, se résolurent au massacre cy-dessus , et y établirent les François , qui de là allèrent à Cormentin. — Les Portugais , voyant que de tous costez ils ne pouvoient empescher les Mores de négocier avec les François, oui, outre les deux habitations qu'ils* avoient déjà à Akara et à Cormentin, avoient encore basti un fortin à Takorai, au commencement de la coste, se résolurent d'en venir à la violence avec les Mores, brûlant de nuit tous leurs canots, leur faisant des deffenses sur peine de la vie, et les faisant esclaves, ce qui ne servit de rien; c'est pourquoy ils s'en prirent aux François qui venoient à M ou ré et à Cap~ Corse. Ayant fait venir deux navires de guerre de Lisbonne en Tannée 1586, dix ans après que les François y furent retournez, ils nous coulèrent a fond en Akara un grand vaisseau de Dieppe nommé l'Espérance , tuèrent une partie des gens t et firent le reste prisonnier. Cinq ans après , ils nous firent encore la mesme chose en 1591, ayant brûlé un grand vaisseau oui estoit à la rade du Cap-Corse, et en diverses autres rencontres brûloient nos chaloupes, tuoient nos gens et

GUINÉE

faisoient des prisonniers, qui n'osoient pas après se sauver, à moins que de vouloir perdre la vie. C'est pourquoy tout cecy , joint aux guerres civiles du temps de Henry III et Henry IV, d'heureuse mémoire , qui tenoient occupez les François chez eux , fut cause que nous abanaonnasmes tout, aimant mieux manquer de gagner que d'estre perpétuellement au uazard de perdre la vie; ce que nous fismes et quittasmes nonseulement la coste d'Or, mais aussi toutes les autres. — Or, par ce que dessus, je conclus que les François ont les premiers habité ces terres , qu'ils les ont connues avant tes Portugais, et que les Dieppois doivent avoir cet avantage, qui leur est justement deu , d'avoir esté les premiers navigateurs d'Europe. »

Telle est la tradition que les savants portugais , et surtout M. te vicomte de Santarem , repoussent et combattent comme une f ausse prétention dénuéede toute autorité et de tout fondement , comme une thèse inventée à plaisir par Villault de Bellefond , ou tout au moins comme un récit purement tiré de son imagination.

Dans son livre intitulé Memoria sobre a prioridade dos descohrimentos portuguezes na costa tfAfrica occidental para servir de illustraçdo d Chronica da conquista de Guinépor Azurara (1) ,

(i) Le manuscrit de la chronique de la découverte et de la conquête de la Guinée par Goraez Eannez de Azurara fut découvert, en 1837, à la Bibliothèque Royale de Paris, par M. Ferdinand Denis, qui en publia aussitôt une notice dans ses Chroniques chevaleresques de l'Espagne et du Portugal. M. le vicomte de Carreira , envoyé extraordinaire de Portugal en France , obtint aisément du gouvernement l'autorisation de le publier. Ce texte précieux, que M. de Carreira avait pris la peine de transcrire lui-même, parut, en 1 84 1, à Paris, à la librairie portugaise de M. Aillaud, sous le titre de : Chronica do Descobrimenlo e conquista de Guine , escrita por mandado de el rei D. Affonso V, sob a direcçao scientifica e secundo as inslrucçoes do illustre infante D. Henrique, pelo chronista Gomes Eannes de Azurara; fielmente trastadada do manuscrito original contemporaneo , que se conserva na bibliolheca Real de Pariz , e dada pela primeira vez â iuz , per diligencia do 'visconàe da Carreira, etc., preceaidade uma introduccao , e ilkutrada com algumas

M. le vicomte de Santarem pose en fuit que, si la priorité des voyages et des

notas pelo wsconde de Santarem, etc., e seguida dum glossario das palavras e phrases antiquadas e obsolclas , t vol. in-8°. « L'ou- « vraged' Azurara, dit M. de Santarem dans « cette préface, est un des monuments histo- « riques les plus précieux , non-seulement ■ pour l'histoire du Portugal , mais aussi « parce que c'est le premier ouvrage écrit « par un Européen sftr les pays situés au « midi du cap Bojador. Il est le premier qui « ait réuni et coordonné les relations de ces - hardis aventuriers qui osèrent pénétrer les « premiers dans la mer ténébreuse des Arabes « et franchir la barrière qui avait jusqu'alors « arrêté tous les navigateurs européens. Dans « tout le cours de son ouvrage , Azurara nous

• montre une érudition aussi vaste que variée, « et nous donne la mesure des connaissances «que possédaient les savants portugais du « quatorzième et du quiuzième siècle. Il cite « souvent, non-seulement la Bible et les saints « Pères, et les classiques grecs et latins , mais « eucore les auteursarabes, ainsi que les voya- « geurs et les romanciers de l'Espagne, de Î'I- « talie, de la France et même de l'Allemagne. « La fidélité d' Azurara comme historien est in « contestable. Il est tellement scrupuleux, que « souvent il aime mieux laisser sa relation în-

* complète que de s'appuyer sur des rensci- « gnemeuts douteux. L intimité dont l'hono- « rait l'infant don Henri, qui était l'âme de « toutes ces entreprises, lui procura les moyens « non-seulement de consulter les documents « authentiques, mais aussi de recueillir les « faits de la bouche même des chefs de ces « expéditions, qui étaient presque tous des « gentilshommes de la maison de l'infant. « L'ouvrage d' Azurara était regardé depuis « longtemps comme perdu. Jean de Barros « est le seul auteur qui paraisse en avoir « connu quelques fragments , et du temps de « Damien de Goes.il était déjà complètement « oublié. Il ne serait pas étonnant que le roi « don Alphonse Y eût fait présent du manus- « crit original à son oncle Alphonse, roi « de Naples, grand ami de la littérature et « des livres, auquel il envoya, vers le coin- « mencement du quinzième siècle, Martino « Gonzalez Berredo en qualité d'ambassadeur. « Il parait que ce manuscrit fut transporté « à Valence, probablement par le duc de « Calabre, dernier descendant du roi Al- « phonse , et qu'il y fut examiné par Fr. « Luiz de Souza, qui en donne une description « assez exacte; mais depuis cette époque « on en perd entièrement la trace , et l'on « ignore quand et comment il est entré dans

L'UNIVERS

découvertes en Afrique, faussement attribuée aux navigateurs normands par Villault de Bellefond , comme aussi par des auteurs espagnols et italiens à des navigateurs de leur nation , eût été le moins du monde accréditée aux époques reculées qu'ils ne craignent pas de lixer rigoureusement, les cosmouraphes contemporains de ces découvertes, par amour intelligent de la science, ou par pat rio tisme.n'eussent pas manqué de consigner dans leurs cartes ces premiers progrès de la science géographique; et il montre au contraire que toutes les cartes historiques, toutes les cartes marines, antérieures aux découvertes des Portugais sur la côte d'Afrique, s'arrêtent au parallèle des Canaries, et que la côte qui se prolonge au delà du cap liojador n'est ni tracée ni nommée, « preuve plus qu'é- « vidente de l'ignorance où se trouvaient « les premières nations de l'Europe au « sujet du tracé et du gisement de cette « côte et des pays situés sur le littoral. » L'examen de la mappemonde offerte, en 1321 par le Vénitien Marin Sanuto au pape Jean XXII, delà mappemonde des frères Pizzigani, datée de 1367, et conservée dans la bibliothèque de Parme, de la fameuse carte Catalane de 1375, de la curieuse mappemonde qui se trouve dans le manuscrit des Chroniques de Saint-Denis (Bib iothèque de Sainte-Geneviève), dessinée de 1364 à 1380, et revêtue du seing de Charles le Sage, roi de France, démontre, en effet, que les Canaries ou le cap Bojador étaient considérés par les cosmographes du quatorzième siècle comme la limite des connaissances et de la navigation à la côte occidentale d'Afrique. A propos du dernier document que j'ai nommé et qui nous intéresse particulièrement, M. de Santarem fait la remarque que cette mappemonde représente sûrement l'état des connaissances géographiques à l'époque de Charles V , et qu'il serait absurde de supposer que Cnarles V, qui y apposa sa signature; ce roi savant et éclairé, qui fit à l'histoire de Philippe de Valois des corrections ou additions si importantes ,

n la Bibliothèque Royale de Paris. » A défaut de l'édilion princeps, on peut consulter avec fruit l'analyse critique qu'en adeunée M. Ternaux-Compans dans les Nouv. •Annales des Voyages, t. XCI, p. 3 1 8-3 3 7.

qui annota le manuscrit des 'grandes Chroniques de Saint- Denis, qui fit traduire par Nicolas Oresme les livres d'Aristotedu Ciel et du Monde, n'eût pas tenu à voir représenter sur cette mappemonde des découvertes qui illustraient son règne, quand d'ailleurs il semble constant que le cosmographe y a dessiné le paradis d'après la description alors toute récente du fameux Jean de Mandeville. « Si donc, ajoute M de Santa- « rem , les prétendues expéditions des « Dieppois en Guinée avaient eu lieu « sous le règne de Charles V, entre « 1364 et 1380, et si ces mêmes Diep- « pois avaient formé des établissements « dans le pays, cet immense progrès « géographique aurait été de toute né- « cessité consigné dans ce monument a contemporain ; mais bien loin qu'il en « soit ainsi, les seuls noms qu'on y trouve « pour l'Afrique, de l'orient jusqu'à l'oc- « cident, sont ceux â' Egypte, de Baby- « lone, de Thébaide, d'Alexandrie, « à" Ethiopie, de Nilus, etc., et pas le « moindre indice qu'on eût connaissance « de la côte occidentale de l'Afrique, « même au delà du cap Nun. » M. de Santarem reproduit cette même remarque, avec une même conclusion, en parlant de l'ouvrage cosniographique, Imago mundi , du cardinal Pierre d'Ailly, X aigle des docteurs de France, morten 1420 ou 1425. — Puis, poussant plus loin, il établit que les cartes, géographiques et historiques tout ensemble, postérieures au passage du cap Bojador par les Portugais, c'est-à-dire à l'année 1434, démontrent encore qu'après cette époque seulement les cosmographes des autres nations commencèrent à ajouter à leurs cartes le tracé de la côte occidentale d'Afrique, adoptant en général la nomenclature hydro-géographique des Portugais dans leurs cartes marines; « preuve évidente et sans répli- « que de leur incontestable priorité. » Il suit aussi et fait ressortir avec un grand intérêt un perfectionnement progressif et constant dans les travaux cartographiques des étrangers à mesure que les Portugais avançaient dans leurs explorations. Or, sur'aucune des nombreuses cartes italiennes, espagnoles et hollandaises que M. de Santarem a examinées, ne parait le nom de Petit- Dieppe ,

GUINÉE

gue, suivant Villault, les Dieppois auraient donné, dans le quatorzième siècle, à un point voisin du rio Cestos. — Mais la partie de cette savante dissertation qui semble avoir le plus de force contre Fauthenticité de la tradition racontée par Villault est celle où M. de Santarem prouve que les Français eux-mêmes, et en particulier les Normands, n'employèrent d'autre nomenclature hydrogéographique que celle des cartes portugaises, et que le nom de Petit-Dieppe parut pour la première fois , dans une carte de Guérard faite à Dieppe en 1631, c'est-à-dire postérieure de cinq ans à la première date authentique retrouvée par le père Labat et rétablie dans l'histoire des relations commerciales de la compagnie de Dieppe et de Rouen avec la côte occidentale d'Afrique : ainsi, sans parler d'une carte inédite d'Afrique, datée de 1533 et insérée dans les premières Œuvres de Jacques de Vaulx , pilote pour le roi en la marine, la relation des voyages d'un capitaine de Dieppe, du temps de François 1er, insérée dans la collection deRamusio (t. III, 1656), au paragrapheintitulé Del viaggio cke si fa nella Costadella Guinea , contient toute Ja nomenclature portugaise, sans y mêler les noms de Petit-Dieppe et de Sestro-Paris, et garde le silence sur la prétendue priorité des découvertes des Normands dans ces mêmes parages, tandis qu'on y trouve mentionnes exactement les navigateurs de toutes nations qui ont fait la découverte des diverses parties de l'Amérique. L'auteur de cette relation , qui parait d'ailleurs fort instruit, se plaint de ce que les Portugais empêchaient alors les Français d'aller faire le commerce en Guinée , au Brésil et à la Taprobane. « Il faut, dit-il, que les « Portugais aient bu de la poussière du « cœur du roi Alexandre , pour montrer « une ambition si démesurée. S'il eût « été en leur pouvoir de fermer le pas- « sage des mers depuis le cnp Finistère « jusqu'à l'Irlande , ils l'eussent déjà fait u dès longtemps; aussitôt qu'ils ontna- « vigué le long d'une côte , ils s'en em- « parent et la considèrent comme leur « conquête. » Enfin, tout dans cette relation porte à croire qu'à cette époque les armateurs normands, bien loin de disputer aux Portugais la priorité de ces

découvertes , n'avaient pas conservé le

|)lus faible souvenir des établissements de eurs compatriotes dans le quatorzième siècle à la côte de Guinée. Par exemple, en parlant du château da Mina , ce capitaine dieppois, sans faire ni réserve ni remarque, dit simplement : « Depuis le « cap Vert jusqu'à la rivière de Mani- « congo, on ne voit qu'un seul fort, qu'on « appelle le château da Mina (l), dans

(i) L'une des choses que M. de Santarem s'est le plus efforcé de mettre hors de dou te,c'est que le château de la Miue fut bâti par les Portugais ; il eu trouve la preuve irrécusable dans une charte du roi Jean II, datée du 17 mars 14 85, tirée des archives royales (Torre de Tombo), et insérée dans un Mémoire de M. da Silveira, relatif à la découverte des terres du Prètre- Jean et de la Guinée par les Portugais. Par celle charte, le roi octroie au capitaine Diogo d' Azambuja, en récompense de ses grandi services, et notamment de la construction de la forteresse ou château de Saint-Georges da Mina , en Guinée , la permission d'ajouter un château & ses armoiries. M. da Silveira prête une force nouvelle à ce document en le rapprochant d'un passage de l'ouvrage inédit de Dnarte Pacheco, dédié au roi Emmanuel le Grand, et intitulé De situ Orbis : - Quoique « nous ayons déjà rapporté dans le second lift vre comment l'excellent roi don Alphonse V « de Portugal avait fait découvrir la Mine (en « janvier 147 1, par Jean de Santarem et Pe- « dro d'Escovar, chevaliers du roi), el que « nous ayons cité les capitaines et les pilotes « qu'il avait envoyés à cette expédition, il « convient de dire maintenant comment le « sérénissime prince, le roi don Jean 11 de « Portugal, son fils, a fait exécuter , après la « mort de son père, la première fondation du « château de Saint-George de la Mine, lequel, « d'après l'ordre de ce prince magnanime , fut « construit par Diogo d'Azambuja, chevalier - de sa maison et commandeur d' AlterPedroso, « le ier du mois de janvier de 148a , y élant « allé avec neuf caravelles montées par des « hommes très-honorables et dont il était le « commandant en chef. Il commandait en « outre; deux ourques de quaire cents tou- « neanx chacune, qui avaient à leur bord une « grande quantité de chaux, de pierres de te taille ciselées et d'autres objets à l'usage « de semblables constructions. Malgré les m grandes contestations qui s'élevèrent entre « nos gens et les nègres de cette terre, qui m voulaient s'opposer 1 cette construction, « on est venu enfin à bout de la bâtir malgré

« eux, et de la terminer avec beaucoup d'u-

L'UNIVERS

« lequel le roi de Portugal a une trentaine « de personnes pour commercer avec les « nègres qui descendent des hautes ter- « res avec de l'or et de la malaguette , « qu'ils vont échanger encore au Rio- « dos-Cestos, où se fait le plus grand « commercede la côte. »M. de Santarem cite encore une carte d'Afrique de 1542, faisant partie d'un atlas inédit , de Jean Rots ou Roty de Dieppe, destiné d'abord au roi de France, puis dédié à Henri VIII; une autre carte appartenant à un atlas dessiné pareillement à Dieppe, en 1547, par Nicolas Falard de la même ville; la dix-huitième feuille de l'atlas inédit de Guillaume le Testu, pilote français, dédié à l'amiral Colignyen 1555, et conservé au dépôt de la guerre; les cartes d'Afrique gravées, qui accompagnent la traduction de Léon l'Africain , publiée à Lyon en 1556, par Jean Temporal, et la Cosmographie de Belle-Forest (Paris, 1575); l'ouvrage de Thevet, ' cosmographe du roi, publié cette même année; une carte inédite en parchemin , datée du 7 juillet 1601 , et faite à Dieppe par Guillaume Levasseur, sur laquelle le nom de Rio~dos-Cestos est écrit à l'encre rouge; une autre carte manuscrite en parchemin faite, en 1625, par Dupont de Dieppe : sur toutes ces cartes manquent les noms de Petit-Dieppe et de Sestro'Paris , dans toutes la nomenclature est exclusivement portugaise , presque toutes enfin portentles signes de possession des rois de Portugal. Enfin, une carte d'Afrique en parchemin , dessinée à Dieppe par Jean Guérard, en 1631, présente, pour la première fois , avec le nom de Rufisque, forme peut-être cor-

« tilité et d'activité, qui alors était de grande « nécessité pour nous défendre et nous ga- « rantir tous; ensuite le même roi Jean II « a jugé qu'il convenait d'y faire beaucoup « de constructions , et nous savons que dans « toute l'Éthiopie de Guinée, depuis la créa- « tion du monde , ce château a été le pre- « mier édifice qui fût construit dans cette ré- « gion, édifice dans lequel noire seigneur a « Tait immensément prospérer le commerce. » — M. de Santarem produit encore à l'appui de ces documents authentiques une Lulle du pape Sixte V, du n septembre 1 481, eu faveur des Portugais qui viendraient à mourir durant la construction du château de la Mine. {Bulletin delà Soc. degéogr., III«5ér.,t. VJauv, 184G.)

rompue du nom de Rio-Fresco, celui de Petit-Dieppe, parmi une nomenclature toute portugaise d'ailleurs , ou traduite du portugais en français. « Si donc , dit « M. de Santarem en résumant ces « nombreuses preuves , dans toutes les « cartes d'Afrique de toutes les nations « de l'Europe , sans excepter même « celles faites par les cosmographes « français dans le courant du seizième « siècle , les éléments de la nomencla- « turegéographique que l'on a employés, « sont ceux des cartes portugaises du « quinzième siècle, et si même dans « celles des cosmographes de Dieppe, « on ne trouve point l'indication de « Petit'Dieppe ; si ce nom paraît pour « la première fois dans la carte de « Guérard de 1631 , il est évident que « cette dénomination ne fut donnée « au point contigu au Rio-dos-Cestos « qu'après l'établissement de la compact gnie des marins de Dieppe et de « Rouen, fondée en 1626, c est-à-dire « un an après la rédaction de la carte de « Dupont, d'autant plus que cette corn- « pagnie déploya une grande activité, et « obtint de grands bénéfices depuis cette « année jusqu'en 1664, administrant ses « factoreries d'Afrique par des direc- « teurs de son choix, et pourvoyant à ses « moyens de défense sans l'intervention « du gouvernement. » — D'autre part, M. de Santarem reconnaît dans l'école géographique fondée par Sanson le père, sous la protection de Richelieu , et continuée par ses enfants et son neveu Du val, une tendance toute franise , si je peux dire. Dans les cartes de nson le pere, datées de 1650, la nomenclature portugaise disparaît; quarantesept noms portugais inscrits sur toutes les cartes antérieures, entre lecapBojador et le cap Vert, sont supprimés, et cette suppression affectée n'est nulle- ' ment réparée dans la carte d'Afrique publiée ùarson Gis en 1 669 : en outre, sur cette même carte, composée d'après tes relations les plus récentes (et sans doute la relation de Villault de Bellefond est comprise dans cette indication générale), le nom de Petit- Dieppe est marqué vers le 5e degré et demi de latitude nord (1).

(1) Bulletin de la Soc. de géogr., II* série, t, XVJ,p.2ox-a65.

GUINÉE

I^es conclusions du Mémoire critique de M. le vicomte de Santarem, dont nous nous sommes efforcé de recueillir exactement et de mettre en relief les principaux traits, ont été fortement combattues par M. d'Avezac, et, suivant nous, avec toute probabilité. Dans l'histoire des découvertes géographiques, comme dans toute histoire en général, il faut reconnaître et admettre une première époque, obscure, dénuée de documents authentiques et faiblement éclairée par quelnues rares traditions. Des expéditions d'aventuriers hardis, des entreprises d'heureux marchands, ont dû précéder les grandes explorations conçues et poursuivies par les gouvernements dans un esprit de conquête , ou dans l'intérêt du commerce et de la science ; mais naturellement ces découvreurs officiels ont fait oublier les éciaireurs isolés et sans nom ; et « presque toujours le droit de « découverte, et même de première oc- « cupation , fruit d'entreprises privées, « a été considéré comme non avenu « et complètement effacé par la prise « de possession des gouvernements. »

Est-ce donc une coupable injustice ou une prétention vaine et excessive que de vouloir rendre à chacun sa gloire et de rechercher les traces de ces premiers voyages qui ont ouvert le chemin? de croire, par exemple, avec une uaïveet sincère admiration au récit des navigations dieppoises, en reconnaissant hautement que les premières notions positives acquises à la science géographique dans l'océan Occidental , sur les côtes d'Afrique, sont dues aux explorations portugaises du quinzième siècle ? Nous trouvons cette double vérité historique solidement établie, avec autant de bonne critique que de bonne foi, dans la dissertation de M. d'Avezac, intitulée : Notice des découvertes faites au moyen âge dans l'océan atlantique, antérieurement aux grandes explorations portugaises du quinzième siècle (i). — Négligeant d'abord la question des navigations dieppoises en Guinée, au quatorzième siècle , M. d'Avezac prend soin de fixer, d'après les

(i) Nouvelles Annales des Voyages, "Ve série, cahiers d'octobre 1845, de mars et de mai 1846.

historiens spéciaux des navigations portugaises, Eannes de Azurara et Jean de Barros, les dates certaines de leurs explorations successives le long des côtes d'Afrique, jusqu'au point remarquable de Rio do Ouro; puis, d'après la chronique contemporaine de la conquête des Canaries par le baron normand Jean de Béthencourt, en l'année 1402, il montre que les Français avaient doublé le cap Noun et le ca'p Bojador, et qu'ils connaissaient le fleuve de l'Or tien avant que le prince Henri poussât sur cette même route les navigateurs portugais , encore tout novices à cette époque.

Mais les Français eux-mêmes y avaient été précédés par des marins catalans, espagnols, arabes, génois : ainsi M. d'Avezac rappelle la mention que fait la carte catalane, de 1375, d'un voyage au fleuve de l'Or entrepris, dès l'année 1346, par le Mayorquin Jacques Ferrer, et sans doute précédé déjà de plusieurs autres; « car on ne fait point un arme- « ment à destination fixe quand on ne « connaît pas, approximativement du « moins, le but que l'on doit atteindre. » En effet, le souvenir de quelques-unes de ces expéditions plus anciennes s'est conservé : la Chronique des chapelains de Béthencourt parle longuement d'un frère mendiant espagnol qui , deux fois , visita ces parages, et la seconde , « trouva « Mores qui armoient une galère pour « aller au fleuve de l'Or, et se loua « avec eux , et entrèrent en mer , et tin- « drent le chemin au cap de Noun et « au cap de Saubrun (Djoubi), et « puis au cap de Bugeder, et toute la « costière devers midy jusques au fleuve « de l'Or. » Le géographe arabe Ebn Sa'yd a raconté aussi le voyage accidentel d'un Arabe de Mauritanie, Ebn Fathymah , beaucoup plus loin vers le sud, jusque dans le golfe d'Arguin, que les Maures appelaient le golfe Vert. Enfin l'expédition génoise des frères Vivaldi, qui remonte au moins à l'année 1285, d'après les témoignages de Pierre d'Abano, docteur, mort en 1315 ou 1316, et d'Usodimare, historien du quinzième siècle, paraît avoir atteint certainement les parages de la Gambie.

J'ajouterai brièvement, d'après M. d'Avezac, que les Portugais n'ont atteint que postérieurement à l'année 1431 les

L'UNIVERS

îles Açores, parfaitement connues des Italiens et des Catalans au quatorzième siècle, et tracées en détail sur leurs cartes dès 1351; qu'il est avoué, par les historiens portugais eux-mêmes , que l'existeoce des Açores fut révélée à l'infant don Henri par une carte italienne que lui rapporta, en 1428, son frère l'infant don Pédro; que les Portugais n'ont abordé à Madère qu'en 1420 , et qu'on a relevé encore un aveu formel de leurs historiens que des Anglais y étaient arrivés dans le siècle précédent, et que le récit de leurs aventures, recueilli par un pilote espagnol avait déterminé la découverte portugaise de Madère; que ce nom même de Madeira doit être considéré comme une traduction portugaise de la dénomination isola detio Legname, donnée à cette île parles Italiens, marquée sur leurs cartes du quatorzième siècle, et adoptée même sur les cartes catalanes; qu'en 1420 les mariniers portugais, suivant le témoignage irrécusable de Jean de Barros, n'étaient pas encore accoutumés à voguer en pleine mer, toute leur science nautique se bornant à un cabotage toujours en vue de terre; qu'enfin les rois Denis le Libéral et Ferdinand ne firent l'éducation nautique des Portugais et ne préparèrent le merveilleux développement de leur marine au quinzième siècle qu'en engageant à leur service d'habiles marins étrangers : en 1 31 7, par exemple, le roi Denis passa un traité avec le Génois Emmanuel Pezagno, et lui conféra le titre d'amiral héréditaire, à la charge expresse de fournir et de tenir toujours au complet un état-major de vingt officiers ginois pour le commandement de ses galères. Dans la relation d'une expédition faite, en 1341, aux Canaries par deux capitaines italiens au service du Portugal, on ne voit figurer que des Florentins, des Génois, des Castillans et d'autres Espagnols, mais pas un Portugais; et lorsque l'infant don Henri fonda, en vue des grandes explorations qu'il avait projetées, l'école nautique portugaise, c'est-à-dire en 1438 seulement, il lui fallut encore avoir recours à l'habileté et à l'expérience des étrangers, et ce fut un Mayorquin qu'il fit venira grands frais pour y enseigner l'art delà navigation aux officiers portugais.

« Il ne s'agit donc plus, dit M. d'A-

« vezac , d'engager en faveur des tra-

« ditions dieppoises une lutte contre

« toutes les idées reçues, mais seule-

< ment de montrer qu'elles offrent un

« exemple de plus de ces navigations

« européennes qui avaient précédé iso-

« lément à diverses dates le grand

« mouvement maritime qui a valu au

« Portugal une si magnifique page

« dans l'histoire du monde. Ce n'est

« point à dire que nous ayons la pré-

« tention de faire accepter comme in-

« contestables dans tous leurs détails

« les récits tardivement rédigés de ces

« anciennes expéditions des marins nor-

« mands ; mais ces récits nous paraissent

« du moins admissibles en ce qui con-

« cerne les dates de départ et d'arrivée,

« les noms et le tonnage des navires

« envoyés , les chargements de retour,

« les particularités, en un mot, qui de-

« vaient être consignées sur les régis-

« très officiels du port d'armement;

« et ils nous paraissent, dans tous les

« cas, faire une foi entière quant à l'an-

« tériorité de nos navigations en Gui-

« née, à l'égard de celles des Portugais.

« Cette antériorité était attestée par les

« Africains eux-mêmes aux Hollandais,

« successeurs des Portugais; et cer-

« tains indices matériels confirmaient

« à cet égard les déclarations des natu-

« rels. Voici ce que le docteur Olivier

« Dapper a consigné à ce sujet dans

« la Description de C Afrique , publiée

« en 1668, en hollandais, à Amster-

« dam : Le château de la Miné est

« un très-vieil édifice, comme le dé-

« montrent différentes dates en divers

« endroits. A une batterie en ruines,

« restaurée par les nôtres il y a quel-

« ques années , et nommée la batterie

« Française, parce qu'elle était de cons-

« truction française, et que les Fran-

« çais, suivant ce que disent les indi-

« gènes , étaient établis en ce lieu avant

« les Portugais , nos gens trouvèrent le

« millésime de l'an 1300; mais les

« deux caractères suivants ne purent

« être déchiffrés. Sur la petite place

« intérieure existe aussi une inscription

« gravée sur pierre, entre deux vieux

« pilastres, mais presque entièrement

« effacée par l'érosion des pluies, et

« consequemmeut illisible. Tandis qu'au

GUIÎSÉE

t magasin, ou bâtiment des vivres , on u voit tout d'abord qu'il a été bâti en « Tannée 1484, sous Jean II, roi de « Portugal, comme le manifeste le mil- « lésime placé au-dessus de la porte, « lequel est encore aussi net et aussi « entier que s'il remontait seulement à « quelques années; d'où il faut conclure « que les autres dates mentionnées ci- « dessus doivent être très-anciennes.

« — Ces récits indigènes, simplement in- « diqués par Dapper, nous les trouvons « recueillis avec plus de détail cinquante « ans auparavant par le chirurgien aile* « mand Samuel Braun, de Basie, pen- « dant le séjour de trois années qu'il « fit à la côte d'Or, de 1617 à 1620, au « fort Nassau; il les a consignés dans « sa relation , dont le texte original « allemand , aussi bien qu'une version « latine, ont été publiés à Francfort, en « 1625, par les soins de Jean Théodore « de Bry, en appendice à la première « partie de sa laineuse collection des « Petits voyages. Cette relation prouve « que Villault n'est point, comme on a « voulu le faire entendre, l'inventeur de « la thèse qu'il a soutenue. Nous ne « pouvons mieux faire que d'en donner « ici une traduction littérale : — En ce « fort, aussi bien qu'à Accara, j'ai vu « des gens qui étaient âgés de cent « trente ans, lesquels m'ont dit que déjà « bien des années auparavant lecomp- « toir de la Mine avait été fondé par les « Français, qui venaient trafiquer en « cet endroit. Comme chaque année, « trois mois durant, il régnait une pluie « mêlée de bourrasques que nous appert Ions travada, telle que beaucoup « de marchandises en étaient endom- « magées , ils demandèrent aux babi- « tants la permission de bâtir un maga- « sin ou entrepôt, ce que les nègres, « qui étaient avec eux en très-bonne « intelligence, leur accordèrent volon- « tiers. Us construisirent donc un assez « grand magasin, ettransportèrent leurs « marchandises à terre. Ils établirent « ainsi un commerce d'autant plus avance tageux qu'alors les habitants de ce pays « échangeaient l'or contre des ma rchan- « dises, sans le mesurer autrement « qu'à l'œil. Quand les Portugais eu- « rent appris que les Français faisaient « avec les nègres un si bon commerce,

« ils vinrent les surprendre à l'impro- « viste, et s'emparèrent du magasin, « donnèrent les marchandises aux ha- « bitants, et assurèrent qu'ils traiteraient « avec eux à de meilleures conditions « que les Français. Ces pauvres gens « le crurent bonnement, et aidèrent au « massacre de ceux qui vinrent ensuite. « Finalement, le magasin fut trans- « formé en une église, qui maintenant « est très-bien fortifiée et ne sert qu'à « leur grand dommage. — La tradition « des indigènes, ainsi rapportée en 1617 « à Braun par des vieillards âgés de « cent trente ans, c'est-à-dire par des « hommes nés dans les premières an- « nées de l'établissement des Portu- « gais, et dont les pères avaient vu les « faits consignés dans ce récit ; une telle « tradition est un tait considérable , que « ne sauraient anéantir de simples dé- « négations. Elle est d'ailleurs confir- « mée par des indices matériels qui ne « sont point sans valeur; ces vieilles « inscriptions rongées par le temps, a surtout celle qui fut trouvée par les « Hollandais d;ms les ruines de l'an- « cienne batterie française, attestaient « que les premières constructions du « fort de la Mine dataient du quator- « zième siècle. Ilv a plus : ce magasin « français, transforme en église par les « Portugais, gardait encore, en 1667, la a trace de ses anciens maîtres. Villault « de Bellefond, qui visita alors ces pa- « rages, l'atteste de la manière la plus « précise. Les Hollandais, dit-il, se ser- « vent aujourd'hui pour leurs presches « de la mesme église que nous y bastîmes, « dans laquelle on remarque encore les « armes de France. Ainsi, au milieu du « dix-septième siècle subsistaient en- « core au château de la Mine, indépen- <c damment des traditions locales les « moins équivoques, des preuves maté- « rielles, contemporaines de l'ancienne « possession des Français. — Il v a lieu « de penser que les éléments du récit « publié par Villault de Bellefond, le « premier des expéditions dieppoises « en Guinée au quatorzième siècle, « avaient été puisés dans les registres de « l'amirauté Je Dieppe, que le hombar- « dément de 1 694 a ensuite détruits. Quel- « que prévention que Ton puisse ma- « nifester contre l'authenticité des in-

L'UNIVERS

c formations de Villault, contre la sû- « reté de son jugement ou l'étendue de « son instruction, même contre sa bonne « foi , on ne peut méconnaître néan- « moins que les détails qu'il donne, fus- « sent-ils douteux, erronés, con trouvés, « le fait fondamental de l'établissement a des Français à la Mine, au quator- « zième siècle, n'en demeurerait pas « moins constaté par des témoignages « antérieurs, qu'on a pu ignorer ou « perdre de vue, mais qui subsistent, et « dont on essaierait vainement de con- « tester l'autorité. Ceux-là donc nous « paraissent avoir été plus sages et « plus justes, qui, parmi les savants « portugais , n'ont point trouvé impro- « bables les anciennes navigations diep- « poises à la côte de Guinée (1). Ils ont « cru, avec raison, que la gloire histo* « rique du Portugal était fondée sur « assez de mérites réels pour n'avoir « pas besoin de disputer la part légitime « d'autres peuples. Disons- le encore « une fois : cette grande route maritime « des Indes, où les frères Vivaldi s'a- « venturaient dès le treizième siècle, « certes les Portugais ne s'y engagè- « rent point les premiers, mais ils y « persévérèrent , et les premiers ils at- « teignirent le but; voilà leur part : elle « est assez belle pour qu'ils n'aient « point à en ambitionner d'autre. »

Les Hollandais succédèrent aux Portugais dans la domination de la côte d'Or : en 1637, leur compagnie privilégiée, dite des Indes Occidentales, s'était emparéede la forteresse d'Elmina; deux années lui suffirent dès là pour déposséder entièrement les Portugais, et cette dépossession fut consacrée à tout jamais par le traité de 1641 (2). La lutte s'en-

(i) Antonio Ribeiro dos Santos : Memoria sobre dois antigos mappas geographicos.

(a) Le dernier chapitre de la relation de Villault de Beliefond a pour titre Raisons pourquoi les Portugais furent chassés. « Les Portugais, dit-il, croyant avoir tout gagné d'avoir fait abandonner ces cosles aux François, tombèrent de mal en pis : car les Hollandois, qui avoient commencé d'y naviguer dès l'an 150,5, y bastirent le fort de Nassau, et depuis en ont chassé tout à fait les Portugais. Il n'est pas hors de propos de dire les raisons qui obligèrent les Mores à aider les Hollandois de tou-

gagea alors entre les Hollandais et les Anglais; mais avant d'en marquer les principaux événements, j'emprunterai

tes leurs forces contre les Portugais , qui se peuvent réduire à cinq principales : la première fut l'arrogance des Portugais, qui n'avoient nul égard à personne, se faisant servir par les princes et les rois , qu'ils traitoient comme des esclaves, maxime toute contraire pour gagner ces gens, qui surtout aiment la civilité et l'honneur. — La seconde fut la tyrannie qu'ils exercèrent lorsqu'ils se sentirent maîtres du pays. Pour lors ils leur vendirent les marchandises au prix qu'ils voulurent, non en détail, mais en gros, n'ouvrant jamais leurs magasins que les marchands n'eussent au moins 5o marcs d'or, et n'osoient approcher du château sans cela; imposèrent divers droits, jusqu'au poisson ; les obligèrent à des corvées perpétuelles ; et depuis que les François et les Hollandois commencèrent à y traiter, ils mettoient aux fers ceux qui ttafiquoient avec eux, jetoient en merles marchandises qu'ils avoient achcptées d'eux, et voyant que ny défenses ny peines ny menaces ne les pouvoient empescher d'aller à bord , ils leur apprirent à falsifier l'or pour tromper les estrangers, avec cette réserve que quiconque en apporterait au fort serait mis à mort sans distinction de personne, ainsi qu'il arriva au cousin du roy de Comendo, qui, pour avoir apporté de faux or mêlé parmi le bon, fut attaché à la bouche d'un canon auquel on mit le feu , qui estoit le supplice dont ordinairement ils se servoient. Les trois autres raisons ne fureut pas moins puissantes , concernant l'intérest sur lequel ils sont plus délicats qu'aucune autre nation. Ces raisons sont : la première, que les Hollandois leur apportèrent des choses nouvelles, les noirs aimant fort le changement ; la seconde , qu'elles estoient meilleures et mieux faites que celles qu'ils acheptoient des Portugais, et la troisième, qu'ils donnèrent à meilleur compte, les Portugais acheptant à Lisbonne les marchandises qu'ils leur revend oient à la coste, au mesme prix que les Hollandois les leur donnoient. Ce fut la cause que les Mores prirent une telle aversion pour les Portugais, que ono ques depuis ne les purent souffrir, et sur la fin n'osoient plus sortir de leur forteresse. De quoy les Hollandois sceurent si bien profiter, qu'ils les en chassèrent, non sans perte des leurs ; car aussi bien que les François , ils ont souvent éprouvé les fourberies et les cruautés des Portugais, mais c'est qu'ils ont esté plus constants que nous autres., » {Voy. dans l'if /jtoire générale des voyages de M. Walckenaer le ch. vx du liv. X.)

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à Guillaume Bosman un intéressant tableau de l'organisation administrative et militaire de la Compagnie hollandaise à la côte d'Or. Le château de Saint-George (T El mina était la place principale de toute la côte et le heu de résidence du général, du premier marchand, du fiscal et des autres officiers supérieurs. Cétait là aussi que tous les vaisseaux hollandais venant d'Europe jetaient l'ancre pourdébarquer leurs marchandises et les entreposer dans de grands et beaux magasins à la garde du premier marchand.

Les Hollandais ne tenaient pas proprement u n marché pour y vendre leurs marchand ises, et ne les envoyaient pas non

S lus débiter au loin ; mais « les Nègres, it Bosman, viennent tous les jours nous trouver dans notre fort, et nous apportent de l'or que Ton pèse et purifie avant que de leur donner des marchandises à la place; et nous n'en laissons pointsortir de nos magasins qui n aient été achetées et payées, à moins <jue le marchand ne les voulût donner à crédit; ce qui serait pour son compte en particulier et non pour celui de la compagnie, à laquelle on ne peut faire aucun tort ni même porter en compte les présents que Ton pourrait faire aux marchands nègres. C'est pour cela que messieurs de la compagnie ont accordé un certain profit au marchand, qui a la direction du négoce sur tout ce qu'il vend ; et ce profit est assez considérable, non-seulement pour pouvoir faire quelque présent aux Nègres, mais aussi pour en mettre une bonne partie en réserve; ce qui les engage à servir la compagnie avec plus d'affection et de fidélité. — La charge d'assistant, ajoute-t-il, est la moins considérable de toutes , tant entre ceux qui tiennent les livres, qu'entre ceux qu'on emploie au négoce. On choisissait cidevant les plus capables d'entre les soldats pour servir la compagnie en qualité d'assistants; mais cela n'a plus été permis depuis dix ou douze ans; car messieurs les directeurs, voyant qu'on employait souvent non-seulement ceux qui en étaient capables, mais aussi ceux qui n'y étaient nullement propres, et même des ivrognes , ont absolument défendu de prendre des assistants parmi Ifs soldats. Un assistant a seize livres par mois et huit écus ( en flamand rijksdaelder, qui

vaut cinquante sols ) pour sa nourriture. La première charge à laquelle ils peuvent être avancés, est celle de sous-commis ou de sous-marchand, qui ont vingt-quatre francs d'appointements; ce sont eux qui reçoivent presque tout l'or pour la compagnie, et qui en doivent rendre compte au marchand, ou bien au premier marchand, qui est ici le chef du négoce; celui-ci en rend compte à la compagnie, mais c'est à Elmina qu'on en tient les livres généraux. Il y a outre cela à Elmina un maître de magasin, qui a en garde les marchandises liquides, comme le vin, la bière, l'eau-de-vie, de même que les provisions de bouche, comme le lard, la chair salée, les pois, les fèves, le gruau, etc., et c'est lui qui les débite. On choisit parmi ces souscommis les plus anciens ou les plus capables pour les faire premiers commis ou marchands dans nos autres forts, où ils commandent et ont la direction du négoce. Leurs appointements sont de trente* six livres par mois, sans compter quatre écus pour tenir un ou deux domestiques, et huit écus pour leur nourriture ; ils ont de plus un certain avantage de tout ce qu'ils négocient, comme nous l'avons déjà dit. — Lorsque la place de premier commis à Mourée ou à Cormantin vient à vaquer, on choisit les plus capables de ces marchands pour la remplir, et on augmente leurs appointements jusqu'à quatre-vingts livres par mois, supposé que messieurs les directeurs approuvent le choix que le conseil en a tait ; car messieurs de la compagnie se sont réservé, avec beaucoup de raison, de disposer de ces charges aussi bien que de celle de premier marchand à Elmina, ou, ce qui est la même chose, de la seconde personne de cette côte, dont les appointements sontde cent fr. par mois, et qui a la table du général, et quatre écus pour un domestique. Lorsque le premier marchand a servi en cette qualité deux ou trois ans, et que la fortune lui est favorable, il lui peut facilement arriver d'être élevé à cette dignité de directeur général de toute la côte, avec des appointements de trois cents fr. par mois, outre un produit assuré de tout ce qui se négocie sur toute la côte pour la compagnie; ce qui monte à une somme assez considérable, quand le négoce va bien. — Il

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n'y a que deux ans que les premiers ral et par les conseillers; mais aussi on commis de Mourée et de Cormantin retient et confisque les gages qui leur avaient encore le profit du négoce d'es- sont dus. — Après le fiscal vient le claves de Fida ou SArdra; ce qui leur teneur de livres général, qui tient les apportait quelque revenu , même plus livres de tout le négoce que fait ici la que le négoce de l'or sur la côte, et dont compagnie ; ses appointements sont de il était impossible qu'ils pussent subsis- soixante-dix livres par mois, quatre écus ter. Mais comme il y a eu des gens mal- pour ses domestiques et la table du géintentiounés qui ont fait croire à mes- né ral, ou douze écus pour sa nourriture, sieurs les directeurs que ces commis II a ordinairement un sous-teneur de lis'enrichissaient par ce négoce d'esclaves, vres, qui a trente fr. par mois et deux asils ont trouvé bon de le leur ôter et de le sistants pour lui aider. — Ensuite vient confier aux capitaines de leurs vaisseaux, le teneur de livres des garnisons, dont Le temps nous apprendra si ce change- le nom montreassez quel est son emploi; ment sera profitable à la compagnie, en qualité de sous-commis il a vingt-qua- Pour moi, s il m'est permis de dire mon tre livres, eten qualité de commis trentesentiment, je n'en attends rien de bon : six livres par mois; outre qu'il vend à Ténia raison de cela est que la plupart de chère les biens de ceux qui meurent, ces capitaines entendent bien la marine dont il a cinq pour cent de profit pour et à conduire leurs gens ; mais ils ne sa- lui ; il a aussi ordinairement un assistant vent guère comment il faut se comporter qui lui aide. On a quelquefois un secréavec les Nègres pour négocier avec eux; taire, dont les gages sont de cinquante et que de plus quelques-uns d'entre eux livres par mois et à qui on donne trois (quo qu'il y en ait de fort capables) ne sou- ou quatre assistants; mais de mon tiendront guère l'honneur de la compa- temps nous n'avons eu qu'un sous-secrégnie auprès des habitants de ce pays, à taire avec quelques assistants. — La causede leur naturel rustique, et particu- dernière, et en même temps la plus mélièrement lorsqu'on les comparera a ceux prisable charge, est celle de sous-fiscal, des autres nations qui viennent trafiquer qu'on appelle ordinairement auditeur, ici, et qui sont plus civilisés, comme les mais à qui on peut bien donner le nom Anglais, les Français, etc. : mais il vaut de délateur. Il a vingt livres par mois mieux laisser aller les choses comme et la dixième partie de tout ce qui est elles pourront, et espérer que tout ira confisqué; il est suspecta tout le monde, bien. Outre ceux qui sont employés dans quoique pour lui taire plus d'honneur le négoce, ou qui reçoivent des Nègres on lui ait donné le pas devant les sousl'or qu'on négocie, il y a encore d'autres commis ; èt le fiscal, que sa charge ne officiers dont je vais parler. Il y a en fait guère aimer, a le pas devant tous

firemier lieu le fiscal, qui a cinquante les commis et même devant la seconde ivres d'appointements par mois, la table personne, quoiqu'en effet il soit moins du général, et quatre écus pour son va- considérable; car si le général meurt, la let. Les gages d'un fiscal sont fort mé- seconde personne lui succède , mais jadiocres, comme on voit, mais ses pro- mais le fit cal ; et même les commis de fits sont considérables, lorsqu'il est vi- Mourée et de Cormantin lui sont préfégilant; car, quand il saisit de l'or ou des rés dans cette occasion. — Pour ce qui marchandises que les Nègres ou les est des ecclésiastiques, il n'y a qu'un »«- Blancs négocient au préjudice de la cora- nistre et un lecteur; le premier a 100 fr. pagnie, et qu'on les déclare être confis- et le second 20 fr. par mois; outre cela, qués, il en a le tiers pour lui, et outre le ministre a quatre écus pour un valet cela le tiers de l'amende à laquelle les et la table du général quand il veut. Il Blancs sont condamnés pour avoir fait y a un ordre qui nous oblige d'aller tous un négoce défendu; il a aussi le tiers de les jours à l'église, sur peine d'un demice que ceux qui sont au service de la corn- écu d'amende ; et quand nous manquons pagnie sont obligés de payer lorsqu'ils d'y aller les dimanches et les jeudis, Paont commis quelque crime; car, non- mende est double. — Ce sont là tous les seulement ils sont condamnés à une pu- emplois que nous avons sur cette côte, nition corporelle par le directeur gené- excepté les soldats et les ouvriers. Voici

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dans quel ordre il faut les ranger ; un directeur général , un ministre qui a le pas après le général, un fiscal, un premier marchand, deux ou trois premiers commis (en Hollande on met de la différence entre ces personnes, mais il n'y en a point à proprement parler), sept ou huit commis, neuf ou dix sous-commis, dix-huit ou vingt assistants (ce nombre n'est pas toujours le même ; il y en a quelquefois plus et quelquefois moins), un maître de magasin, un teneur de livres général, un sous* teneur de livres, un teneur de livres des garnisons, un secrétaire ou sous-secrétaire, un lecteur, un auditeur, qui est le sous-fiscal. — Le gouvernement de cette côte, continue Bosman , est principalement entre les mains du directeur général, duquel les forts reçoivent les ordres qu'ils sont obligés ae suivre, ne leur étant pas permis d'entreprendre quelque affaire importante sans qu'il en ait connaissance et sans son approbation. Les affaires de la dernière importance sont portées au conseil, qui est composé des personnes suivantes : du directeur général, du fiscal (lorsque ce ne sont pas des affaires criminelles ) , des premiers marchands , de Fenseiçne , et quelquefois aussi du teneur de livres général (ceuxci sont les conseillers ordinaires), et des commis des forts, qui sont les conseillers extraordinaires. Il est permis à chacun de dire son sentiment sur tout ce qui est proposé dans l'assemblée, pourvu

3u'il ait bien pensé auparavant jusqu'où dépend du directeur, et qu'il prenne bien garde à n'être pas disgracié, en supposant au général et en rejetant ses propositions. J'ai souventri du nom qu'on nous donne en Europe de conseil de la côte septentrionaleet méridionale de C Afrique ; car assurément c'est un titre bien vain ; et ie ne peux encore m'empêcher de rire a l'heure qu'il est de l'opinion de quelques personnes, et sur cette côte et en Europe, qui s'imaginent que nous avons ici un conseil bien réglé, et que rien ne se fait sans un consentement unanime. Mais on se trompe extrêmement, et si l'on veut savoir ce que c'est que ce conseil, qu'on se représente un directeur général, qui domine avec une grande autorité sur tous ceux qui sont sur la côte, depuis le plus grand jusqu'au plus petit , et qui,

quand il lui platt, peut faire beaucoup de mal à ceux qui sont au-dessous de lui, quoique ce soit contre toute justice, et même leur ôter leurs charges et les renvoyer, sans leur en donner aucune raison à ce qu'ils disent. En un mot, le conseil ne sert que pour couvrir les fautes du directeur, et pour empêcher qu'on ne le rende responsable des mauvais succès; aussi les affaires de la compagnie ne peuvent jamais aller bien sous le gouvernement d'un tel général, et j'espère, pour le bien de la compagnie, que messieurs les directeurs retrancheront à l'a* venir un peu de son crédit, et lui ordonne* ront expressément d'avoir plus d'égard pour son conseil, et de suivre un peu plus qu'il ne fait ses avis. Et je ne doute point, en cas que messieurs de la compagnie veuillent autoriser le conseil par des lettres patentes ou autrement, qu'il n'y ait bientôt un bon gouvernement sur celte côte, et que les affaires ne s'y fassent avec plus de prudence et de justice (1). »

A la suite du traité de 1641 , conclu avec le Portugal , la compagnie Hollandaise avait réclamé un droit exclusif de possession sur toute la côte comprise entre le cap Palmas et le cap Lopez ; cette prétention agressive, dirigée surtout contre la compagnie Anglaise, fut appuyée par les opérations d'une formidable croisière, qui, sous le commandement de Ruyter, captura en quelques années dix-sept vaisseauxanglais, ets'emparadufortdeCormantin, où résidait le directeur général de la compagnie rivale.

Alors éclata la guerre de 1 604 et 1665; l'événement le plus éclatant de cette guerre, racontée avec détails par Barbot , est la deuxième expédition de Ruyter contre ce même fort de Cormantin, que le brave amiral anglais Holmes avait su reprendre aux Hollandais. L'expédition de Ruyter réussit et eut de grands résultats ; mais, avec toute son énergie, il ne put arriver à expulser tout à fait les Anglais de la côte dX)r; le traité de Breda (1667) les laissa maîtres de l'importante position de Cap-Corse, et ce seul point d'appui leur suflit pourconquérir par la suite plus qu'ils n'avaient perdu. La nouvelle compagnie Anglaise, instituée par lettres

(i) Voyage en Guinée, 7e lettre.

patentes du 27 septembre 1672, eut ce* pendant à lutter contre les plus forts obstacles : l'active jalousie des Hollandais sur cette côte, ailleurs les vexations de la compagnie française du Sénégal, la froideur méGante dès marchands et des capitalistes anglais au moment où elle ouvrit ses registres de souscription ; plus tard, de 1698 à 1712, une suspension de son privilège, dont elle fut à peine indemnisée, et enfin la liberté du commerce proclamée, dès 17 12, par le parlement anglais, qui laissait encore à sa charge l'entretien et la garde des forts et établissements de toute cette côte. Cette compagnie, malgré ces énormes dépenses , subsista jusqu'en 1752. Une autre association de marchands se forma • alors et obtint du parlement la continuation du secours annuel de 10,000 à 15,000 livres sterl. qui, en 1730, avait été accordé à la compagnie royale, mais payé avec trop peu d'exactitude ; ce secours était affecté à l'entretien des forts. Plus tard, à l'occasion de l'abolition de la traite des Noirs et du développement immense du commerce de l'Inde, il fut encore voté en sa faveur une somme annuelle de 23,000 livres sterl., qui s'éleva même à 28,000, puisa 30,000. Cette association était représentée à Londres par un conseil, portant le nom de comité Africain, et en Afrique par un gouverneur général, agissant d après les instructions du comité. La force et la persistance des réclamations et des accusations de tout genre que des hommes éclairés élevèrent en Angleterre contre l'administration du comité, au sujet du mauvais emploi des allocations du gouvernement, de l'ignorance des administrateurs, de la misère où on laissait les employés subalternes de la compagnie , des guerres désastreuses soutenues contre Tes Achantis, entraîna enfin sa dissolution (1821) et l'abandon volontaire de vieux forts à demi ruinés , et d'une défense coûteuse et difficile, comme Apollonia, Succondé, Commendo et Tantumquerri (1).

— Le rapport du comité de la chara-

(i) Waickenaer, Hist . générale des voyages, t. XI, p. i66-i83. — Voy. u ut», brochure de Malachy Poatlelhwayte, intitulée: The national and private advantages of thé African trade, etc., a';éd. Loudon, 1772,^-8°. —

bre des communes chargé de faire une enquête sur la situation des possessions britanniques de la côte occidentale d'Afrique (5 août 1842) contient d'importants renseignements sur l'administration qui succéda au comité Africain. Dans le cours de Tannée 1839, le marquis de Normanby, alors secrétaire d'État des colonies , fut informé qu'un négrier espagnol , dos Amigos , peu de temps avant d'être capturé , avait été autorisé à commercer librement avec l'établissement anglais de Cape-Coast, sur la côte d'Or , et y avait été pourvu par un Anglais , à la fois négociant et magistrat , de marchandises nécessaires à la traite des Nègres. Cette circonstance donna lieu à une enquête qui constata, avec beaucoup de faits semblables, l'étrange conduite du capitaine Mac-Lean, nommé gouverneur des établissements anglais à la côte d'Or par le comité des négociants de Londres, à qui le parlement avait remis, en 1822, l'administration de ces établissements. M. Mac- Lean avait cru ne devoir intervenir en rien dans les transactions d'un navire d'une nation alliée, quelle que fût sa destination ultérieure, lorsqu'il venait acheter des marchandises en elles-mêmes licites dans les eaux d'un établissement anglais. Lord John Russell. d'accord avec son prédécesseur, donna des instructions formelles à la suite de cette information, pour que de semblables opérations fussent désormais interdites et punies comme contraires aux lois ; il déclara de plus qu'il lui paraissait désirable que le gouvernement de ces établissements fût repris par la couronne, et donna au docteur Madden, employé auparavant comme magistrat spécial aux Antilles et comme membre d'une commission mixte à la Havane, la mission de parcourir, en qualité de commissaire , la côte d'Or et les autres établissements anglais de la côte occidentale d'Afrique. Les rap-

Henry MerediuYs v/cc<?u/if of the Gold-Coast, with a hriefhistory qf the African Company, i8ia, in-8°. — Dupuis's Journalof a résidence in Ashautee : Introduction. — Robertsott's T/te lf tiers of vidi ; Liverpool, 1816. — Hutton's Voyage to Africa; London, i8ai, iu-8°. — Edw. Bowdich's The African committee; London, 18 19, û>8°.

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ports de ce commissaire servirent de base aux propositions suivantes, soumises à la Chambre des communes par son comité d'enquête, au sujet de la côte d'Or. 11 demandait d'abord que la couronne reprît le gouvernement des forts britanniques sur cette côte, pour en accroître I utilité et prêter à l'administration un caractère plus fort de justice et de désintéressement. Il proposait la réoccupation des anciens forts d'Apollonia, de Winnebah et de Whidah, et la construction de quelques autres sur des points avantageusement choisis. L'exercice de l'autorité judiciaire lui paraissait devoir être modifié. Elle était alors entre les mains du gouverneur et de son conseil constitué en tribunal ; leurs instructions portaient qu'ils devaient se borner à l'application de la loi anglaise, et limitaient leur pouvoir sur les indigènes à la circonscription des forts mêmes ; mais dans la pratique ces instructions avaient été naturellement dépassées; et par suite de la soumission volontaire des indigènes à la loi anglaise il s'était établi une sorte de juridiction irrégulière, qui peu à peu s'était étendue fort loin, et dont les effets salutaires, à la vérité, avaient été attestés souvent par les missionnaires wesleyens , et reconnus par le docteur Madden lui-même; néanmoins le comité déclarait que cette juridiction devait être mieux réglée et mieux définie, et qu'un officier de justice devait être mis à la disposition du gouverneur pour l'assister ou lesuppléerdansses fonctions judiciaires , lui et les membres du conseil et les différents commandants des forts, mais sans être astreint à suivre toutes les formalités de la loi anglaise. « 11 ne faut pas perdre de vue, marquait le rapport, que l'exercice de notre autorité est strictement borné, à la fois par nos titres de possession et par les instructions du colonial-office, aux forts britanniques, où résident le gouverneur, sa suite et la garnison, et qu'il est positivement interdit aux magistrats d'exercer ailleurs aucune juridiction , même sur les indigènes qui se trouvent placés sous la protection immédiate des forts.

Toute juridiction sur les indigènes en dedans de l'enceinte des forts doit donc être considérée comme facultative, et foire l'objet de conventions spéciales

16* livraison. (Guinée.)

2uant à sa nature et à son étendue avec >s chefs de tribus ; elle doit être appropriée à la situation de chaque tribu , et servir à compléter le contrôle que par voisinage ou autrement nous exerçons sur elles. Les rapports de ces tribus avec la couronne anglaise ne doivent pas être ceux de sujets à souverain ; nous n'avons aucun droit d'y prétendre, et ce pourrait être pour nous un grave sujet d'embarras d en prendre la responsabilité :

mais ces rapports doivent être fondés sur la déférence d'un pouvoir plus faible pour un voisin plus fort et plus éclairé, dont il recherche le conseil et la protection , et envers lequel il s'est engage à certaines obligations réciproquement consenties. Ces obligations pourraient être modifiées et étendues de temps à autre, mais devraient toujours comprendre (comme le font déjà la plupart des traités aujourd'hui en vigueur sur la côte) l'abolition du trafic des esclaves de l'intérieur, l'interdiction des sacrifices humains et des autres coutumes contraires à l'humanité, telles que l'enlèvement des enfants en bas âge {Kidnapping). Nous y trouverions la solution de la difficulté que nous présente aujourd'hui la question de l'esclavage domestique et un moyen de modifier l'autre espèce d'esclavage qui, sous le nom d'engagement (pawn), a subsisté jusqu'à présent dans ces établissements, non dans l'intérieur des forts, mais à portée de leur influence et même parmi des sujets anglais. Ceux-ci à la vérité ont déjà reçu des défenses positives ; mais quoique ce système d'engagement, qui n'est en réalité qu'une obligation volontaire de service du débiteur à l'égard de son créancier , afin de se libérer de sa dette, ne semble pas être en lui-même injuste ni déraisonnable, cependant, comme il peutdonner lieu à de nombreux abus, et qu'il ressemble beaucoup a l'esclavage, notre politique doit tendre à l'abolir , même parmi les indigènes; et nous croyons que, dans les localités immédiatement placées sous l'influence de l'autorité britannique, il ne sera pas difficile d'en limiter d'abord l'étendue et la durée, et probablement à une époque assez rapprochée , de le faire entièrement disparaître. Toutefois il pourra être nécessaire d'user à cet égard dequel-

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ques précautions, à cause de l'enclavement des établissements danois et hollandais parmi les nôtres. » — Le rapport appelaitencorel'attention de la Chambre sur le projet présenté de placer un juge suprême dans l'île de l'Ascension, à Fernando-Po, ou dans quelque autre destles situées le long de la côte, avec la mission de visiter à époques fixes, à l'aide d'un bateau à va peur, les divers établissements de la côte d'Or, aussi bien que les comptoirs des baies de Bénin et de Biafra, et de régler les contestations des traitants anglais avec les indigènes. — Il reconnaissait hautement les éminents services rendus à la religion et à la civilisation sur cette côte par les missionnaires wesleyens, qui étaient parvenus à établir, même avec la cour barbare d'Achanti, des relations amicales ; mais tout ensemble il demandait qu'il fût pourvu par de nouvelles dispositions aux intérêts de la religion ; qu'on y envoyât un chapelain colonial , et qu'on agrandît les écoles, trop négligées jusqu'alors, pour y attirer les fils des cnefs du voisinage. — On jugeait aussi nécessaire qu'un officier spécial fût chargé de la curatelle des successions vacantes, de la vérification du caractère des bâtiments entrant dans le port, et de toute l'administration financière de ces établissements; qu'on obtînt le concert des Danois et des Hollandais, pour interdire le cabotage de la côte à tous les canots non autorisés, ces canots paraissant faciliter beaucoup la traite des esclaves qui se fait le long de la côte sous le vent. — Le comité espérait, enfin, que ces établissements, soumis à un régime meilleur, exerceraient une influence nouvelle et plus marquée sur les populations des grands royaumes d'Achanti et de Dahomey, et obtiendraient, avec les progrès de la civilisation parmi ces peuples, une répression plus efficace de la traite des noirs sur cet ancien théâtre de ses plus actives et de ses plus criminelles opérations.

Achanti. — J'ai rapporté plus haut , en note, les détails que Bosman nous a donnés , dans son Voyage en Guinée, sur le royaume d'Assianti, sur les guerres qu'il eut à soutenir contre les peuples voisins, et qui furent le commencement de sa grandeur; ces

détails sont d'autant plus intéressants, qu'ils sont les premiers que les Voyages nous présentent, et que jusqu'en 1807 ils n'y ajoutent presque rien :

Pruneau de Pommegorge seul a parlé, mais très-rapidement, des Achantis, qu'il appelle Argentains, à propos d'une ambassade que les Hollandais envoyèrent auprès d'eux, en 1748, pour ouvrir des communications, bientôt interrompues par les conquêtes d'un indigène nommé Inguif. En 1807, pour la première fois, une armée achantie s'avança vers la côte, sur le territoire de Fanti, à la poursuite de deux chefs rebelles du pays d'Assin , nommés Tchébou et Quacoe Apoutay. Le général du roi achanti Appey ou Aby-Dougah défit, dans plusieurs rencontres , les Fantis , qui avaient voulu lui refuser l'entrée de leur pays, et unit par enfermer Tchébou et Apoutay dans la ville d'Annamaboe, qu'il assiégea régulièrement.

Pendant le siège, un détachement de son armée détruisit le village de Cormantin, s'établit dans le fort hollandais, et s'assura de la position importante â'Agah, village situé sur une pointe de terre à un mille environ à l'est d'Annamaboe. Après avoir fait un grand carnage des populations fantiesde la côte, les Achantis tournèrent leur fureur contre le fort anglais, où commandait alors M. White, assisté de MM. Meredith, Swanzy, Smith et Baines. Après une triple attaque, ils se retirèrent avec de grandes pertes ; mais le fort demeura étroitement bloqué. M. White avait reçu deux blessures graves , les autres ot liciers étaient épuisés de fatigue; les provisions étaient insuffisantes à nourrir longtemps le grand nombre d'indigènes qui s'étaient réfugiés dans le fort. Heureusement le colonel Torrane, gouverneur en chef de Cap-Corse, put envoyer à temps des renforts d'hommes et de vivres. Il se rendit lui-même sur les lieux, et engagea des négociations avec le roi achanti. Il obtint la liberté de tous les nègres enfermés dans le fort; mais sa médiation en faveur des Fantis ne fut pas acceptée ; et pour apaiser tout à fait la colère du roi, il eut à lui livrer l'un de ses ennemis, Tchébou , qui avait de son, côté continué la guerre. Deux autres invasions sur le territoire des Fantis ,

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en 1811 et en 1816, achevèrent de ruiner cette nation ; ceux que la guerre et les massacres épargnaient étaient emmenés dans l'intérieur ou décimés par la faim. L'établissement de Cap-Corse souffrit aussi cruellement de ces invasions, et dut acheter chaque fois la retraite des Achnntis. Pour prévenir le retour de semblables calamités, le comité africain autorisa alors le gouverneur général sir John Hope Smith à envoyer une ambassade à Coumassie, capitale du royaume d'Achanti , pour conclure un traité sérieux et durable d'amitié et d'alliance, et pour ouvrir peut-être au commerce anglais le passage tant cherché des riches contrées de l'intérieur. M. Frederick James eut le commandement de cette mission; on lui adjoignit M. Bowdich comme naturaliste, M. Hutchison comme secrétaire, et M. Tedlie comme chirurgien. La magnificence des présents ne rendit pas le roi des Achautis, Zay~ Toutou-Ouamina , plus facile en affaires; le chef de la mission, M. James, faillit même compromettre sa sûreté et celle de ses compagnons par ses réponses évasives; mais la présence d'esprit de Bowdich adoucit le roi ; et quand M. James eut été rappelé par le gouverneur de Cap-Corse, il resta à Coumassie avec plein pouvoir de traiter au nom de la compagnie et du gouvernement anglais. Les négociations durèrent cinq mois, et aboutirent au traité de paix du 7 septembre 1817. A la suite de ce traité, M. Hutchison prit à Coumassie le titre de résident anglais; mais après trois mois on le rappela, sur la nouvelle que le roi était parti en expédition contre les Boutoukous, nation guerrière qui habite au nord de l'Achanti. La paix fut courte ; le roi envoya. Je 7 janvier 1820, un ambassadeur à Cap-Corse pour se plaindre 'de prétendues violations du traite, et exiger en réparation une somme de 1,600 onces d'or des habitants indigènes de la ville de Cap-Corse et une pareille somme des Anglais. Du puis, officier anglais, se rendit aussitôt à Coumassie, où il devait remplacer M. Hutchison comme consul ; de plus, il avait la mission spéciale de répondre aux dernières demandes du roi.

Il n'avait à opposer qu'un refus simple et net, sans entrer dans aucune discussion sur la demande des 1,600 onces d'or

adressée au gouvernement anglais ; quant à la demande semblable faite aux indigènes de Cap-Corse, il était chargé de proposer, comme médiateur, un accommodement. Les emportements de Toutou-Quamina firent tratner cette affaire ; enfin, le 23 mars 1820, un nouveau traité fut signé : le roi n'y mettait plus en avant cette exorbitante réclamation de 1,600 onces d'or faite aux Anglais, et promettait aide et protection à tous leurs établissements situés sur son territoire, mais en retour d'une reconnaissance formelle que faisaient les Anglais de la réunion définitive du Fanti a l'empire d'Achanti. Les nègres qui vivaient sous la protection des forts continueraient à jouir du bénéfice des lois anglaises ; enfin, par un dernier article, tous les traités passés antérieurement entre le roi des Achantis et le gouvernement anglais, et en particulier celui de 1817, étaient annulés. Par quelques articles annexés plus tard, l'affaire des nègres de Cap-Corse , laissée indécise, fut décidée à l'avantage du roi; ils furent mis hors des clauses du traité, et le roi se réserva le droit de les

{mnir directement comme rebelles. Mais e gouverneur et son conseil, appuyés par sir G. Collier, commandant d'une croisière anglaise dans ces parages, refusèrent de ratifier ce qu'avait fait Dupuis , et les hostilités recommencèrent.

Une armée d'Achantis vint assiéger Cap- Corse, 4e 10 février 1821 . Le blocus le plus rigoureux durait encore lorsque sir Ch. Mac-Carthy, nommé gouverneur général de tous les établissementsanglais de la côte occidentale d'Afrique, depuis la Gambie jusqu'à la Volta, arriva à son poste, au commencement de l'année 1822. Il s'occupa aussitôtde discipliner et d'aguerrir les nègres qui étaient restés fidèles aux Anglais , et de soulever contre leurs ennemis communs toutes les petites tribus , autrefois indépendantes, qui entourent le vaste empire d'Achanti; cependant avec toute sou activité, il ne fut prêta rompre le blocus et à entrer en campagne qu'en 1823. Cette guerre décisive Fut glorieusement inaugurée par une victoire du capitaine Laing à Assicouma (août 1823); mais dans un autre engagement , sur les bords de la Praa, dans le district de Warsaw , le 21 janvier 1824, la division que comman-

L'UNIVERS

dait sir Ch. Mac-Carthy fut presque exterminée, lui-même fut tué, et les autres corps d'armée furent tous rejetés dans Cap-Corse. Pendant quelque temps on ignora le sort du gouverneur ; on espérait qu'il était en sûreté chez les Dinkiras, nation alliée,etlecapitaine Laing s'aventura courageusement à sa recherche. On apprit enûn d'une manière certaine qu'il avait été blessé mortellement dans le combat, et que sa téte avait été exposée sur les murs du palais de Coumassie. En 1826 seulement les Anglais purent tirer vengeance de la mort cruelle de sir Ch.

Mac-Carthy : une furieuse bataille fut livrée par eux aux Achantis dans une plaine située a trente-quatre milles au nord-est du poste anglais d'Accra, et à qnatre milles au sud d'un village appelé Dadovjah, qui donna son nom à cette action. Des troupes danoises et hollandaises y prirent part, et parmi les indigènes auxiliaires se distinguèrent les rois ù'Àkimbou et de Dinkira , et la reine d'Akim. Le général en chef était le lieutenant-colonel Purdon, et sous ses ordres servaient les capitaines Higston et Rogers et le lieutenant Calder du Royal- Africain, M. H. Richter, marchand à l'Accra danois, M. J. W. Harrison, négociant à l'Accra anglais , M. J. Jackson , marchand au Cap-Corse, M. Hutchinson, marchand à Annamaboe. On s'empara du camp des Achantis , et parmi les dépouilles on crut avoir retrouvé la tête de sir Ch. Mac-Carthy, enveloppée d'un papier couvert de caractères arabes et d'un mouchoir de soie, et par-dessus tout d'une peau de tigre, insigne royal : le roi la portait avec lui comme un charme , et on raconte que le matin du combat il lui avait fait des libations de rhum, en invoquant son aide contre les blancs. La journée de Dadowah coûta cher aux Anglais ; mais il semble gu'elle ait assuré pour l'avenir la tranquillité de leurs établissements et la régularité de leurs relations commerciales avec l'intérieur. Le roi d'Achanti paya plusieurs centaines d'onces d'or pour les frais de la guerre, et consentit à livrer des otages : les gazettes anglaises, en 1 840, signalaient les apprêts de départ des princes Guillaume Quantainassah et Jean Ansale, neveux du puissant roi d'Achanti, alors âgés de dix-huit à dix-

neuf ans, qui avaient reçu une éducation complète en Angleterre* (1).

Nous devons à la mission de Bowdich et à celle de Dupuis (2) de précieux

(i) Voy. Y Histoire de la guerre d'Achanti, avec un aperçu de l'état actuel de la colonie de Sierra- Leone t par le major Ricketls. z vol. in-8°; Londres, i83i (en anglais).

(a) Bowdich, pour prix du service qu'il avait rendu à son pays en menant à bien la négociation, compromise un moment par l'ira-

Erudence de M. James, et à la science par la pulicat ion de son Voyage( Mission from Cape Coast Cas t le to Ashantee, by Ed*>. Bowdich, 18x9, in-4», trad. la même année en franç.), avait demandé la place de consul auprès du roi achanti et quelques secours qui Taidasseut à poursuivre ses découvertes dans l'întérieui de l'Afrique ; mais il s'était fait beaucoup d'ennemis : le refus de cette place et les critiques de la presse le lui montrèrent. Il publia alors un violent pamphlet intitulé : The African committec, et vint attendre à Paris qu'on lut eût rendu justice dans son pays. Il reçut l'accueil le plus bienveillant des savants français,qui lui facilitèrent les études nécessaires à une nouvelle exploration de l'intérieur de l'Afrique. M. Walckenaer a raconté en ami , dans son Histoire générale des Voyages (ch. xiv du I.XIII) toute la vie de Bowdich, si active, si courageuse, si romanesque. Plus que personne, il l'avait aidé dans ses travaux, et c'est sous ses yeux que fut dressée l'excellente carte de la partie occidentale de l'Afrique septentrionale ( Map of North. Western A/rica , accompagnée d'un Essay on the geography of Nortli. Western A/rica; Paris, 182 1 ). « Sans doute, dit-il, il y a dans cet ou- « vrage, comme dans tous ceux qu'il a mis au « jour , trop de désordre , trop d'indices d'une « composition hâlive et d'une érudition inco- « hérente et empruntée; mais si ces opuscu- « les ne prouvaient pas encore dans leur au- « teur la profondeur des études, ils attestaient « leur variété et leur abondance ; ils démono traient une sagacité particulière, une ténacité « rare dans des recherches pénibles , dirigées « vers un seul objet , qui était d'une grande ira. « portance pour les progrès de la géographie. » Ces divers opuscules rappelés par M. Walckenaer sont: 1° une traduction en anglais des Voyages de Mol lien ; a" The British French expédition to Tcembo; Paris, 1821, in-8°; 3° An Essay on the superstitions common to the ancient Egyptians , Ahyssinians and Ashantees; Paris, in-4°; 4° cinq ou six écrits élémentaires et sans importance de zoologie et d'ornithologie. C'est encore pendant son

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renseignements sur ce peuple achanti si peu connu des voyageurs avant la guerre de 1807 : malheureusement ils n'ont pas vu de même, et leurs relations sont souvent contradictoires. Ainsi , suivant Bowdich, les Acnantis seraient originaires de la côte même, et se seraient avancés de proche en proche » dans l'intérieur, vers le nord, en soumettant les Intas occidentaux et d'autres tribus. Dupuis, au contraire, les fait descendre

séjour à Paris qu'il connut le singulier projet d'une association européenne, ne relevant que d'elle-même et libre de toute direction des gouvernements, avant ses trésoriers et ses administrateurs, et faisant exécuter à ses frais un voyage dans l'intérieur de l'Afrique à Tombouctou. Bowdich s'offrait à faire ce voyage, et ne doutait pas que la vente des objets d'histoire naturelle qu'il rapporterait et celle de sa relation ne remboursassent les actionnaires de leur mise de fonds, et ne produisissent même un important dividende. Il avait déjà rédigé et fait imprimer en épreuve un prospectus in-4° de trois pages, quand il apprit que le comité africain n'existait plus, et qu'on lui destinait une place en Afrique dans la nouvelle administration. En se rendant à son poste , il recueillit à Lisbonne, dans des manuscrits portugais qu'on lui communiqua, d'importants renseignements sur les découvertes des Portugais dans l'intérieur de l'Afrique, entre Angola et Mozambique. Il fit don de son manuscrit à Y association africaine, qui le vendit à un libraire : il futpublié à Londres, en z8a4 , sous le titre : an Account of the discoveries of the interior of Angola and Mozambique from the original manuscripts. A peine arrivé en Gambie, Bowdich mourut, le 10 janvier i8a4; sa courageuse veuve , qui l'avait suivi , revint avec de tout jeunes enfants en Europe , et acheva, pour le publier, le récit d'un Voyage à Madère qu'il avait commencé. — Quant à Dupuis , « il avait , dit ailleurs M. Walcke- « naer, l'avantage sur Bowdich de connaître « parfaitement l'arabe vulgaire ; il avait fait « un plus long séjour en Afrique. On devait « donc croire qu'il donnerait des notions plua « étendues, plus complètes, plus certaines, « sur le pays des Aschantis,que Bowdich avait « fait connaître le premier. Mais Dupuis était « loin d'avoir la sagacité et l'ardeur pour « l'étude de son jeune rival. Aussi, son nro- • lixe ouvrage renferme-l-il beaucoup moins « de notions neuves et utiles, de renseignea ments curieux , aue celui de Bowdich. » {Journal of a résidence in Ashantee by J. Dupuis, esq. London , 1824 , in-4°.)

du nord au sud vers la côte, poussés et refoulés dès les premiers temps de l'islamisme par les mahométans : la dernière opinion est la plus vraisemblable. De semblables dissentiments se retrouvent dans la chronologie des Acnantis, que l'un et l'autre ont tenté de rétablir d'après les traditions indigènes. Sans m'y arrêter, je vais donner, d'après M. Wafckenaer , un résumé exact des observations de touteespèce qu'ils ont recueillies sur la géographie du pays , et le gouvernement, la religion et les mœurs de ses habitants.

Le royaume des Achantis comprend environ Quatre degrés de longitude de l'ouest à P est, depuis le Gaman jusqu'à la Volta, et quatre degrés également du sud au nord , depuis Cape-Coast-Castle jusqu'au royaume tributaire de Ghofan. Ces nombreux pays , autrefois indépendants les uns des autres, que j'ai décrits

f)lus haut d'après Bosman , le Dinkira, es montagnes de Tofal ou de Tuful, le JVassa ou fVarsaw , YAmanaha, YAowin, le Showe , le Tousequa, a l'ouest; le Soko, le Takima, le Coransa, le Massy, YAssin, le Fanti ou Fantin, et Y A hanta , au centre ; les districts de Ghofan, de Baboso, de Banna, d'yobaiiy d'4jorah. de Bouromy, d'Akeyah, à'Aquahou, aAkim, d'Aquapim et d'Aquamboe à l'est, sur les bords de la "Volta , tous ces pays , dis-je , ont été , à la suite des guerres de 1807 et de 1811 , enveloppés dans l'empire achanti, dont Coumassie est la capitale, et les établissements européens de la côte d'Or sont aujourd'hui en contact immédiat et perpétuel avec cette redoutable puissance.

— Huit ou neuf grands chemins coupent en divers sens le royaume achanti : 1° celui iïAowin conduit sur la côte occidentale à Apollonie, à Assini, au Bassam et à Lahou; 2° celui de Wassa traverse tout le Dinkira ; à Wassa même , il se partage en deux branches : l'une orientale, qui se dirige vers le Bossum- Pra, et passe à la Mina, à Commendo, à Chama , etc.; et l'autre occidentale , qui, après avoir traversé l'Ahanta, aboutit au cap des Trois-Pointes ; 3° une autre route passe dans l'Assim et le Fanti, et bifurque au village de Dounqua , pour mener d'une part à Anamaboe et d'autre part au fort hollandais

de Mouré (1) ; 4° une autre, se^ dirigeant au sud-est, aboutit, après avoir tra-

(i) Route eTAnamabou à Coumassie; itinéraire de Bowdich et de Dupais. — Le premier village que traversa Bowdich, après avoir quitté Anamabou, se nommait Quanta, à trois milles et demi environ d'Anamabou. Il en traversa trois autres aussi misérables, avant d'atteindre Bouka, village d'un aspect pittoresque, au milieu de beaux arbres, sur une haute colline. Abra en est a trois milles à l'est. Il était entièrement abandonné depuis la dernière invasion. Au delà des ruiuesde Ta~ c/tradi on gravit une colline, sur laquelle, à gauche, s'élevait le petit village d'Acroufroum , au milieu d'un petit parc naturel. Le chemin devint alors plus escarpé; il montait et descendait fréquemment par d'étroites avenues. Après avoir traversé Donnait et le petit village d'Assoquah, situé dans une longue plaine, à trou» milles et demi environ d'Acroufroum , on atteignit bientôt le village de Payntrie. Sur les plus hautes montagnes le sol était sablonneux et parsemé de grosses pierres; d'autres, moins élevées, présentaient beaucoup de silex blanc ; dans les plaines, le sol était noir, fertile, et la végétation vigoureuse , l'herbe y montant de quatre à dix pieds. Le pays était peu peuplé ; on y voyait beaucoup de plantations de cassaves, mais toutes ces cultures étaient négligées. Jusqu'à Payntrie on avait marché d'abord nord i/4, puis nord r/8 ouest, nord i/8 nord-ouest, nord i/8 nord-est. La latitude de Payntrie, prise par deux hauteurs du soleil, est de 6° ao' 3o" nord, et la longitude i° 47' ouest de Greenw ich ( Bowdich ). Ce village, a gréa ble ment si tuédans une plaine entourée de beaux arbres, consistait en une rue fort large, bordée de petites cabanes construites en bambou et bien couvertes en chaume. Au bout du village, du côté du nord, un ruisseau coulait vers le nord-nord-est, et un marécage s'étendait à plus d'uo mille. Au delà de Payntrie, et à six milles un quart environ, il arriva à Cottacoumacasa, tout entouré de bouquets de cotonniers touffus. Le chemin tortueux était de plus en plus resserré par les bois. On passa deux petites rivières qui coulaient vers l'est-nord-est, puis trois ruisseaux coulant vers l'est, et on arriva à Mansoue, autrefois le grand marché d'esclaves desFantis daiisl'inténeur, mais alors réduit à quelques hangars épars çà et là. — Au delà de YAssounira, petite rivière coulant vers l'est, il s'en présenta une autre nommée Oki, qui coule au sud-sud-est sur un lit de roches granitiques et de sable blanc. Celte rivière, qui traverse là une épaisse forêt, était la plus considérable qu'on eût encore rencontrée,

versé le Djouabin ou Dwabin , YYomoho, l'A&im et une partie de l'A-

quoiqu'elle fût large au plus de vingt-quatre pieds. L'Oki va se jeter dans la mer près de Tantum, et y est connu sous le nom de rivière Amusa. On passa ensuite le ruisseau d'/bani et la rivière Agoya ou Gayaf tous deux tributaires de l'Oki, pour arriver à Abandon, groupe de quelques cases, encore debout au milieu des ruines d'une grande ville de ce nom. De Mansoue à ce lieuDupuis compte dix-huit milles et demi au nord-est en ligne directe, et vingt-trois en suivant le tracé de la route. A mesure qu'on avançait vers le nord, on voyait en plus grande quantité les plantes parasites grimpantes, les mimosa, les groupes de palmiersnains et d'aloès sauvages, l'ébénier, plusieurs espèces d'acajou , de bois de fer et de tamarins. A trois milles d'Abandou , on traversa le petit ruisseau de Katoa , coulant au sud-est sur un ht de roches et de sable jusqu'à l'Amissa, où il se perd, grossi lui-même des eaux de YAbonou. A une demi-heure de là on se retrouvait sur les bords de l'Oki, qui reçoit en cet endroit YAdanso. Au delà de YAtonsou, qui coule au sud-ouest, et qui est tributaire de la Praa, à un mille en avant, on atteignit le village de Fouso, groupe de quelques cases entourées de banauiers, de plantains et de cannes à sucre. Ce Heu avait été considérable. Mais l'invasion des Acbantis , en 1807, l'avait ruiné; les marchands achantis déposaient dans l'une de ces cases des ignames et des bananes pour les reprendre au retour, tant la disette était graude alors dans le Fanti. La latitude de Fouso par observation est 5° 43' 20 "et la longitude par calcul i° 5a' (Bowdich). On marchait toujours au milieu des bois; mais au nord de Fouso, la campagne était entièrement découverte. A quelque distance le chemin se trouva coupé par une mare fangeuse ; et après une heure de marche, il fallut passer encore un petit ruisseau avant d'entrer à Yancomadj : quelques cases habitées par des bûcherons composaient ce village. On eut ensuite à traverser le Potessin , YAmbaraa, le Soubin et YAnijra, tous ruisseaux qui se jettent dans la Praa, et on arriva à Acomfody, situé à vingt-trois milles d'Abandou (dix-sept milles en ligue droite au nord» nord-eU). Le terrain entre ces deux point sest en général uni : il y a seulement entre Yancomady elle Potessin uu précipice profond. Une terre noire et fécoodecouvre les bords des ruisseaux, une partie des marécages, et se présente souvent mélangée de couches d'une marne onctueuse et grasse. Le sa ble domine cependant dans cette région, où l'ou chercherait en vain une pierre,

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quapim, au point si important d'Accra.

Quant aux chemins de l'intérieur, un

et où Ton ne rencontre que quelques petits fragmente anguleux de mica et de graniL Au delà d'Acomfody, on traversa successivement les ruisseaux de Schambany et de Baracà, qui se perdent dans la Praa, pour atteindre, trois milles plus loin, un groupe de six case* inhabitées, reste du village de Dansansou ;t\ à moins d'un mille et demi de Dansansou, Mckasen t autre village ruiné également par les dévastations des Achantis. Après une marche de cinq milles un quart, on aperçut sur la droite de belles prairies terminées par le cours de la rivière Bousempra , sur les bords de laquelle on descendit par un seutier étroit et rapide tracé dans le bois, Bowdich a décrit avec enchantement le beau paysage qui s'offrit alors à sa vue : la rive méridionale était très-escarpée et l'autre s'abaissait en pente douce; on y voyait à l'ombre d'un cassie une petite case consacrée au fétiche de la rivière, où les voyageurs venant du nord déposent leurs offrandes avant de passer la rivière. Au delà de celte rive on découvrait la végétation la plus riche et la plus variée. La rivière avait en cet endroit à peu près cent trente pieds de largeur, la profondeur de ses eaux était de vingt et un pieds ; le courant, avec la plus grande rapidité , se portait vers le nordouest i/a ouest. Une petite rivière venait s'y jeter à peu de distance sur la droite. On traversa le Bousempra dans un tronc d'arbre creusé, long de trente pieds et fermé aux deux bouts par des branches enduites de terre glaise* — Bowdich apprit que la ligne frontière entre le royaume de Fanti et celui d'Assim passait entre les villages de Mausoue et de Fousou; et qu'Acomfody, Dansansou et Mekasen étaient autrefois de grands villages assiniens, ruinés comme tout le Fanti, dès la première invasion des AchanUs en 1807; autrement, cette désolation du Fanti, qui se prolongeait sur toute la partie de l'Assim située au sud de la Bousempra, eût pu faire croire aux voyageurs que le Fauti s'étendait j usqu'au cours de cette rivière. Au delà de la Bousempra, un tout autre spectacle s'offrit à eux; le chemin était meilleur; à trois quarts de mille seulement de la rivière , ils entrèrent dans la ville de Prassou ou de Praa-Assout par une belle avenue large et régulière, longue de deux cents toises et bordée de maisons toutes habitées et bien entretenues. Quelques-unes étaient revêïues extérieurement d'un enduit de terre bleuâtre, qui pâlit et change au soleil ; mais la plupart n'étaient formées que de claies grossièrement mastiquées de terre com-

premier, partant de Coumassie , va au nord-ouest jusqu'au port à'Ensouta

mune. Ils évaluèrent la population de Prassou à neuf mille âmes environ. Autour de la ville on voyait de vastes champs de plantains et de maïs. A un demi-mille de Prassou est A/XiWtarr, autre grand village, où Bowdich et Dupuis s arrêtèrent. Dupuis fut reçu avec bonlé par le cabascbiret les principaux habitants, qui lui envoyèrent en présent un mouton, du pain et quelques fruits de plantain. Il dépeint Kikiwhary, dont le nom, dit-il, signifie prends courage, comme beaucoup plus grand et plus peu nié nue Prassou. On lui raconta que la ville actuelle avait été bâtie sur les ruines d'une autre bien plus considérable, détruite plusieurs siècles auparavant par une invasion des peuplades du Dagomba. D'Acomfody à Kikiwhary, en ligne directe , il marque une distance de neuf milles et demi. Kikiwhary, suivant Bowdich, est situé par 5° 56' 40'* de latitude nord , et i° SY de longitude ouest. A quelques milles

S lus loin, après avoir passé deux ruisseaux, ont le second s'appelle Y A no, on arrive à Miassa, ancienne capitale du royaume d'Assim, réduite en i8ao , au moment du passage de Dupuis, à de rares cases de bambous, dispersées sur un immense terrain. Miassa avait été rasée par les Achantis , et des milliers de captifs avaient été conduits devant la petite case de la rivière de Praa pour y être immolés. Dupuis entendit encore les AchanUs répéter dans leurs chants de guerre « qu'un ruisseau de sang parjure a coulé depuis Miassa jusqu'à la Praa pour apaiser la colère du dieu de la rivière. » Leurs dévastations s'étaient étendues à une graude dislance autour de Miassa, et Dupuis traversa les ruines de grands villages que Bowdich avait vus encore debout et florissants, Saporgah, Tibiassa, près du petit ruisseau de Prensa, Baquama arrosé par un bras de la Praa, appelé Prapong, et Eshamaht dont l'ancien emplacement était alors dominé par un village de construction récente. Miassa était le chef-lieu du gouvernement de Tchebou, ce chef assinieu qui osa défier la colère du roi achanli , et c'est près d'ILshamah (V Ascharaman de Bowdich) que, réuni à son allié Apoulay, il avait livré un premier combat aux Achantis, en 1807. — Après une heure de marche dans la forêt, Dupuis fit une entrée solennelle dans Ansah% nouvelle capitale du pays d'Assim : Coin in Akim, cabaschir d'Ansab, était venu au-devant de lui à la télé des autres chefs, et avec une nombreuse troupe de musiciens. L'autorité du cabaschir d'Ansah s'étend sur toutes les forêts du Fauti, et le cabaschir de Kikiwhary

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sur la rivière de Tendo, et, se partageant là en deux branches, coutiuue à travers

est comme son lieutenant ou son délégué. La distance de Kikiwhary à Ansah est de dix milles au nord-ouest en ligne directe. A une heure de marche en avant dans celte même forêt, on eut à traverser le joli ruisseau de Frouniy puis celui de Parakom, qui tous deux se jettent dans la Praa , pour arriver bientôt à Acrofroum , ville moins grande qu' Ansah , peuplée de dix-huit mille âmes à peu près, et distante d'Ansah de huit milles un quart au nord-nord- ouest. Elle parut aux voyageurs plus élégamment construite et plus ornée que les autres; ils y distinguèrent beaucoup de sculptures grossières d'argile rouge et grisâtre. Les vastes plantations qui l'entouraient devaient produire beaucoup au delà des besoins de ses habitants. A un jour et demi de marche à l'est d' Acrofroum sont les ruines de la grande cité de Boyabo , ancienne résidence d'Apoutay, le redoutable ennemi des Achanlis. Après avoir passé encore deux petits ruisseaux sans nom , on arriva au village de Moisy, peuplé seulement d'art isans,et renommé pour son excellent vin de palmier et ses belles plantations de coton. A quelques centaines de pas au delà de Moisy,le petit ruisseau de Bohmen baigne le pied des montagnes qui séparent l'Achanti proprement dit du pays d'Assim , puis serpente agréablement dans la vallée de Moisy et vase perdre dans le Prakoum, l'un des nombreux bras de la Praa. Au delà de cette petite rivière qu'ombrage un dôme de feuillage, on gravit d'abord la montagne par une pente douce ; mais .par un brusque changement le chemin devient difficile, escarpé et semé de précipices , embarrassé d'énormes fragments de rochers. Ce ne fut qu'avec des peines infinies que Dupuis et ses compagnons purent arriver à un mille de son sommet. On commençait à apercevoir à cette hauteur, par une ouverture située à l'occident, le sommet d'une autre montagne appartenant à la même chaîne. A plusieurs centaines de verges au-dessus du mont Moisy s'élève une espèce de table flanquée de roches saillantes. Le bruit d'une cascade à gauche indique que le chemin passe sur un précipice et conduit clans une profonde vallée; mais les bois étaient si sombres en cet endroit qu'on ne pouvait distinguer que les troncs des arbres auprès desquels on marchait. — Cette chaîne commence, suivant les naturels, au nord-ouest de Iiequa, et se dirige à l'est vers Datiasso et Doumpassy , où elle se sépare en deux branches, allant l'une au nord-est jusqu'au lac à' Et' c/iouy, et l'autre au sud-est, à travers les pays

le BotUoko et VHouraboh au nord, et à travers Schouy, Schoumah et le Sarem

d'Assim et d'Akim , jusqu'à Aquamboe et aux environs d'Accra. Eu cet endroit elle se joint à la chaîne qu'où aperçoit du fort anglais d'Accra, à vingt milles de distance. La montagne de Moisy a environ six cents pieds anglais de hauteur perpendiculaire. Elle est plus accessible au nord; un petit ruisseau sans nom se creuse un passage dans ses flancs , et coule avec bruit à l'ouest. — Au pied de la montagne un djungle épais (espèce de fourré de bois , de hautes herl)es et de roseaux ) indiqua aux voyageurs l'approche du premier village achanti. C'était un misérable groupe d'une trentaine de cases, nommé Chottsalï, dont les habitants vivent de la vente de leur vin et de leurs noix de palmier. Ils passèrent là près d'un grand trou qu'on avait creusé pour commencer l'exploitation d'une riche mine d'or bientôt abandonnée. Sur les montagnes le chemin change sans cesse de direction; mais au delà de Chousah, il incline sensiblement au nord. — A trois quarts de mille de Chousah, on trouve Fomanah, peuplé de cent cinquante habitants environ, et cjui ne fut jamais qu'un village frontière occupe par des bûcherons. On fit encore un demi-mille en quittant ce village sur une route battue et unie, au milieu des champs de chaume enflammes. Dupuis fut reçu avec pompe à Doxm-pauy. Il compte d' Acrofroum à ce village onze milles et demi en ligne droite, et à peu près quinze en suivant les détours de la route. Dans cette marche il remarqua en abondance le grand et le petit palmier , les palmiers douma , les acajous d'Afrique et les cotonniers soyeux. Les ananas bordaient le chemin, mêlés à quelques cocotiers mâles et femelles. Il distingua aussi une espèce de palmier nain, que les Maures appellent Ascha, et dont les fibres, tissées avec le poil de chèvre, composent l'étoffe de leurs tentes. On lui dit qu'un grand quadrupède, dans là description duquel il crut reconnaître la girafe, visitait quelquefois cette partie de la forêt, mais qu'on en trouvait beaucoup dans le Sarem et le Ghuodja , où » du reste, les chasseurs les respectent comme des animaux sacrés. Pendant son séjour à Doum-passy, Bowdich observa une éclipse du premier satellite de Jupiter, qui lui donna la longitude de a° 6' ouest C'était en 1817 une des villes de tout l'Achanti où le commerce et l'industrie avaient le plus d'activité; partout on y voyait des fabriques d'étoffes et de poteries, des forges de serruriers. Dupuis, en i8ao , y comptait encore environ quinze mille habitants , et tout alentour s'étendaient

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à f ouest ; un second conduit par Takima à l'ouest, ou par le Coransa et le Banna

de grandes plantations d'arbres el de vastes champs de céréales. — A un mille et demi au delà de Doum-passy , on trouve le petit ruisseau de Baltrein , coulant à l'ouest, et à un

Suart de mille plus loin Carbouso, village u plus misérable aspect. Un chemin assez agréable couduit de là à Sanquanta, pauvre village de quarante à cinquante familles, près du ruisseau d'Indjouma , qui va se perdre , au sud-sud-ouest, dans le Prakoum. Après avoir traversé Baramkent, on arrive à Datchasou, lieu de quelque importance. De Doumpassy à ce village il n'y a que six milles au nord- nord-ouest en droite ligne , ou huit milles en suivant les détours du chemin. Dupuis marque dans sa relation que Datchasou se composait de quatre à cinq cents maisons et cases, éparses çà et là et presque toutes entièrement ruinées, et il évalue la population à deux mille habitants, occupéspresque tous i teiudre , à filer et à lisser le coton, à fabriquer des poteries et à travailler dans la forêt. — A un demi-mille de Datchasou, on atteignit Ankoasy, village de soixante et dix cases environ, et un mille plus loin un autre village de meilleure apparence, nommé Adadouasy. A cinquante toises à l'est est la grande ville de Madjoury, peuplée de dix mille habitants. Adadouasy n'en contient que quatre mille. Le sol desenvirons est assez accidenté, mais les pentes sont très-douces : Aquamasy n'est qu'à trois quarts de mille d' Adadouasy ; sa population, de moitié moins nombreuse, n'était composée aussi que de bûcherons, de tisserands et de potiers. On arriva ensuite au hameau de Sa/ou , presque enseveli au milieu d'un djungle épais, et situé entre les deux petits ruisseaux de Djonkaran et de Yanasi. A un mille et dem»de ce dernier on trouve la petite ville de Coraman, près de la rivière de Dansabou , aux bords escarpés, et qui se dirige à l'ouest. Après trois quarts d'heure de marche on entra à Amoafo , cité de première classe, commandée par un chef de haut rang. C'est un dépôt militaire, et quand Dupuis y passa elle servait de prison à un grand nombre de guerriers du Gaman. A un demi-mille d' Amoafo, on traversa le chemin de Bequa, grande ville située à trois milles plus à l'ouest; puis on atteignit le village de Gabin , près d'un petit ruisseau qui va se jeter à l'ouest dans le Soubirry. En cet endroit le sol est marécageux et couvert de broussailles et d'herbes élevées. Au delà des marais est le petit village de Benichas, qui renferme sept à huit cents habitauts. Il est situé sur le bord même du Soubirry, ruisseau

à l'est, jusqu'à la rivière tfA&ouada, û'Adiray, ou de folta, et jusqu'aux

considérable, large de vingt à trente pieds, et qui va, dit-on, se perdre au sud-ouest dans le Foum. La ville importante d'Assiminia n'en est qu'à un mille de distance; elle compte sept à huit mille âmes; les maisons, et surtout celles de la grande rue, sont bâties avec régularité et peuvent rivaliser avec les plus belles de Kikiwhary, d'Ansah et de Doumpassy ; elle est tout enveloppée de belles cultures. Au delà on rencontre d'abord Bopossot situé sur le sommet d'une petite éminence, et séparé d'Agimum par un faible ruisseau. Puis vient Yoko, et à moins d'un mille plus loin, Aboi/item, à quelques centaines de pas du petit ruisseau de Bequa, lequel donne son nom à une grande ville que j'ai eu occasion de nommer plus haut, et va se perdre dans le Soubirry. A deux milles plus au nord , on atteignit Potaiga, village de douze cents habitants , et à un mille et demi plus loin Fouiasso, autre village moins peuplé. Dupuis compte dix milles et demi, du sud au nord, entre Amoafo et Sarasou. Le sol dans celte partie de la route est une argile durcie et colorée, mélangée çà et là de minerai de fer et de sable blanc. Aux environs d'Toko on trouve un assez grand nombre de gros blocs de granit rouge et blanc. A mesure qu'on s'approche de la capitale on voit prendre aux palmiers plus de force et d'élévation; le figuier sauvage devient plus commun, plusieurs espèces de cassies sortent du milieu des buissons, des ptontes aromatiques et quelques pieds de poivriers de Guinée se montrent |«armi les clairières. Sur les bords du Soubirry et auprès de Potaiga Dupuis remarqua de grands arbres qui produisent une gomme résineuse en morceaux de plusieurs livres, inflammable comme le camphre, trèslégère , fragile et répandant une odeur trèsforte, analogue à celle de la gomme du benjoin. 11 reconnut aussi l'espèce de genévrier qui donne la sandaraque, et un autre arbrisseau ressemblant au gommier d'Arabie, et distillant une belle gomme blanche et soluble. Cette partie de la forêt est peuplée d'un grand nombre de civettes, d'antilopes, de phatagins.de porcs-épics, de cochons sauvages , de paresseux , d'écureuils et de diverses espèces de singes d'une très-petite taille, au poil rayé de noir et de blanc. Sarasou est une grande ville, divisée en deux quartiers par une avenue qui la traverse du nord au sud ; des plantations considérables l'entourent, et une assez vaste étendue de terrain est consacrée à U culture du maïs, des ignames et des

LUNIVERS.

montagnes de Saraga, dont le vaste circuit s'étend à Test jusqu'à Ghobago

cassa ves. Suivant Dupuis, la population de cette ville s'élevait à huit mille habitants, rangés alors sous la puissance d'Amou Koitea, comme soldats, vassaux ou esclaves, mêlés aussi d'un certain nombre d'artisans. Dupuis s'y arrêta tout un jour pour préparer son entrée dans la capitale. 11 profila de ce séjour pour faire une excursion sur les bords de la rivière de Dah, qui coule à l'ouest-sud-ouest, à deux ou trois ceuts pas au nord de Sarasou , et va se perdre assez loin de là dans le Soubirry ou Souberin, et non dans la Foum, comme le prétend Bowdich. La rivière de Dali a

3uarante-deux pieds environ de largeur, sur eux à trois pieds de profondeur dans l'endroit où on la traverse; et elle prend sa source dans l'Akeyah. Après l'avoir passée, on arriva, deux milles plus loin, daus un petit village de bûcherons nommé Agyokoh; puis, à peu de distance de là, à A gogo. On rencontrait fréquemment descaravaues de marchands se rendant à Coumassie de tous les points de la cote, excepté du Cap-Corse. Un messager du roi vint au- devant de Dupuis jusqu'à Agogo» et le conduisit dans le petit village de Ciry, à cinq quarts de mille au sud-est de la capitale. Au bout d'un quart-d'heure de marche on atteignit le vaste marais qui enveloppe la ville au sud et à l'est. A une si petite dislance de la capitale la forêt conserve encore toute son épaisseur; rien n'indique l'approche d'une grande et populeuse cite. Bientôt on aperçut les premières cases de Coumassie entourées de plantations et de quelques murailles éparses , sorte de faubourg qui mène par une large avenue et presque en droite ligne au nord jusqu'à la porte même du palais du roi. — De Sarasou à Coumassie Dupuis compte six milles un quart en ligne directe au nord. La distance du Cap-Corse à Coumassie est d'un peu moins de cent trentetrois milles en ligne droite, ou de cent quatre vi/igts milles en tenant compte des sinuosités de la route. — Pendant lesdeux premiers mois du séjour de Bowdich en Achanti, c'est-à-dire en mai et en juin, il plut environ le tiers du temps, et pt es de la moitié du temps en juillet et eu août ; souvent un vent violent du sud-ouest amenait de gros orages immédiatement après le coucher du soleil. Les plus fortes pluies tombèrent de la fin de septembre au commencement de novembre. L' Achanti étant un peu élevé, la température est généralement moins chaude à Coumassie qu'à Cap-Corse. De quatre à six heure* du matin on y ressentait un froid que l'on n'éprouve pas sur la cdte» ( Walcke-

et à l'ouest jusqu'à Enkasi, Kong et le Matiding; un troisième est ouvert, par Je Massy, le Coransa et le Banna, à l'est de la rivière d'Asooada, au-dessous du désert de Ghqfan^ où il se partage ,

Pour gagner au nord le Ghobago, et à est le Tonoma et le royaume de Dagomba; enOn un quatrième conduit dans VAkeya ouAkieyah, pour s'y diviser et aller d'une part à l'est dans le Bouromi(i) et vers le rio Volta, etd'autre part, en inclinant plus au nord du lac Bouro (2), traverser VAdjarah, une partie du YobatieXâu Baboso, et atteindre aussi la Volta, au delà de laquelle est située la ville de Salgha. On appelle

naer, Butoir* générale des Voyages t t. XII, P- 33-79, et»4o-a8i.)

(i) La route qui conduit dans le Bourotny et le long de la Volta, dans les villes de Goyan et d'Odanty,est fréquentée par des marchanda qui portent leurs denrées dans les villes frontières du Dahomey. Ce voyage est de douze jours de marche; il se fait assez facilement jusqu'aux montagnes d'Akeyah, à soixante milles environ de Coumassie , quoique la forêt s'étende jusqu'au pied de ces montagnes. De l'autre côté des monts , le pays se déploie en immeuses plaines où s'élèvent a peine quelques rares bouquets d'arbres du milieu des herbes épaisses qui les recouvrent. — Entre le Bouromi et l'Akeyah coule un petit ruisseau, qui prend sa source daus les montagnes de cette dernière province et se perd à l'est dans l'Asouada, après avoir formé une suite de marais.

(a) Le lac de Bouro est situé au nord d'Yobati, et n'est éloigné, dans la saison des pluie* que de trois petites heures de marche de la Volta . Il est beaucoup plus grand que celui d'Échouy, mais a moins de célébrité que le Doustem Echour (lac Sacré). Ces deux lacs diflèrent aussi par la nature de leurs eaux: durant les grandes chaleurs, celles de l'Echouy deviennent aussi saumàlres que l'eau de la mer, tandis que le Bouro en toute saison conserve les siennes pures et douces. Lorsque les pluies ont été ires-abondantes, le Bouro se décharge dans la Volta. Une petite rivière qui prend sa source dans une montagne située entre le Banna et le désert de Gbofan , se jette dans la partie occidentale du lac. Les débordements annuels du Bouro prêtent aux campagnes une extrême fertilité. Il nourrit aussi beaucoup de poissons de grande taille et très-savoureux , que l'on porte vivants à Salgha.

GUINÉE

quelquefois ces deux derniers les anciennes routes. — Après qu'il eut conquis le Gaman, le roi Zay s'occupa de faire ouvrir par ses troupes , à travers la forêt et les plaines qui bordent le Tendo, un nouveau passage plus court de deux journées que l'ancien.

En outre, l'Achanti est coupé par une infinité de routes secondaires : l'une traverse les provinces du nord-est jusqu'au port de Goya, au sud du lac de Bouro ; une autre de même largeur va jusqu'au Çuahoe, où elle est croisée par le grand chemin d'Akim, d'Aquapim et d'Accra, et par la route qui mène dans Test à Aquamboe et à la frontière du Dahomey. Un passage conduit aussi de Couinassie dans le Schoumah et le Shouy, et traverse le Tendo. Un autre commence dans l'Akeyah, entre le Banna et la rivière de Volta. et traverse l'extrémité orientale du désert, d'où l'on peut atteindre en deux journées de marche une grande ville du Ghunga, nommée Agaqa. Enfin un grand nombre de semblables passages conduisent aux points principaux de la côte : il en est un qui part des montagnes d'Aquapim, passe à Ningo, à Prampram, et s'étend jusqu'à l'embouchure de la Volta -, un autre qui mène d'Akim à Barracoe et à Winnebah ; un troisième de Tantum à Anamaboe. Les ouragans, les débordements des rivières et des marais, rendent souvent impraticables ces passages secondaires, et quelquefois même les grandes routes. Les rivières sont surtout nombreuses dans l'Akira et dans l'Aquapim, pays montagneux : la route d'Akim, entre Coumassie et la côte, traverse une première rivière, le Dahs qui arrose la grande ville de Djouabin, et se perd dans le Bossum-Pra, à deux journées à l'ouest du gué de Prassou ; une seconde, le Bossum-Pra lui-même,

3ue l'on passe à la cinquième journée e marche entre Apoka et Argosi ; une troisième, le Birrum9 qui prend sa source près de Sonara dans le Quahou, et tombe dans la Praa, à une très-petite distance de Dansansou ; enfin les ruisseaux de Corim, de Sagoua et de Souho, qui descendent des montagnes d'Aquapim et se jettent à l'est dans la Volta, à quarante milles de son embouchure, et la rivière de Saccoum, qui sort des mêmes monta-

gnes et coule entre Accra et Barracoe.

Coumassie , où ces routes viennent aboutir, est bâtie sur le flanc d'une montagne toute composée d'énormes roches ferrugineuses. Elle est enveloppée presque de tous côtés par un même marais, qui vers le nord commence comme un faible ruisseau, pour se rap-

IMTocher de plus en plus de l'enceinte de a ville en augmentant à mesure de largeur; en plusieurs endroits , après de fortes pluies, sa profondeur est de cinq pieds ; sa profondeur moyenne est de deux. 11 contient plusieurs sources qui fournissent Coumassie d'une eau pure et abondante. Matin et soir, d'épais brouillards s'élèvent de ce marais et se répandent sur la ville ; c'est la principale cause de la dyssenterie qui y attaque presque tous les Européens et les INègres de la côte. Bowdich prête à Coumassie quatre milles de circonférence, non compris les faubourgs d'Assafou ni Bantama ( la ville de derrière), qui sont à un demi-mille de distance. Quatre des rues principales ont un demi-mille de long et quinze à trente pieds de large. Il en vit tracer une nouvelle au cordeau. Elles ont toutes des noms , et un capitaine supérieur est chargé de la garde de chacune; celle qu'habitaient Bowdich et ses compagnons s'appelait Aperremsou ou rue au Canon, parce qu'on y avait placé, au bout, sur une petite éminence, les pièces d'artillerie prises dans le Dinkira ; une autre portait le nom d'Osamarandidouiim, que Bowdich * traduit ainsi : avec mille mousquets vous ne pourriez battre ceux qui demeurent ici. Il distingue encore la rue ftOdoumata, la rue de là Prison. Le palais du roi s'élevait au milieu de la grande rue qui traverse toute la ville; des murs élevés l'entouraient de face et sur les côtés; par derrière, le marais le protégeait. Cette enceinte renfermait les demeures du roi et de ses frères, et deux ou trois petites rues où te roi se promène quand certaines prescriptions religieuses lui interdisent de sortir de son palais. Derrière la grande place du marché s'étend le petit bois oe Sammonpomé, séjour des esprits, lieu infect, peuplé de panthères et de vautours^ où l'on jette les corps de toutes les victimes humaines. Des bouquets d'arbres

L'UNIVERS

répandus de tous côtés donnent à la ville un aspect riant et varié. Bowdich remarqua aussi, dans plusieurs rues, de petits tertres circulaires où l'on place Je trône du roi quand il vient boire le vin de palmier. Les grands ne

Eouvant nourrir à la ville leur nombreuse suite, ni les pauvres toute leur famille, ils les tiennent dans de petits villages, au milieu des cultures, éloignés de deux à trois milles; les habitants de la classe moyenne envoient aussi leurs esclaves aux champs pour cueillir des fruits et des légumes, qu'ils rapportent ensuite aux marchés de la ville ; et quand le nombre de leurs enfants augmente trop, ils en confient une partie aux soins de ces esclaves. D'après cela, Bowdich n'estime la population ordinaire de Coumassie qu'à douze ou guinze mille âmes ; mais aux jours de iéte, toutes les populations des campagnes, affluant a la ville, composent une foule de cent mille hommes peutêtre.

Le marché se tient chaque jour depuis huit heures du matin jusqu'au coucher du soleil ; les vendeurs se placent sous de grands parasols carrés, sans compter beaucoup de petits marchands en détail répandus de tous côtés. On vend là du bœuf et du mouton coupés par petites tranches pour faire de la soupe, du sanglier, du daim, de la volaille et de la chair de singe, des ignames, des bananes, du grain, des cannes à sucre, du sizi. de l'ancrouma , légume assez semblable à l'asperge, du poivre, du beurre végétal, des oranges d'un goût exquis, des ananas, moins bons que ceux de la côte, et des figues bananes, du poisson sec et salé, de gros escargots fumés et collés avec soin sur de petits bâtons, du pitto, du vin de palmier, du rhum , des pipes, des verroteries, des miroirs, des sandales, des étoffes de soie et de coton, de la poudre, de petits coussins, du (il de coton bleu et blanc, des calebasses, etc. Les bestiaux que Bowdich vit à Coumassie étaient aussi beaux que ceux d'Angleterre. Les moutons sont couverts de poil en Achanti , et de laine dans le Dagoumba, pays découvert. Les Achantis se servent peu de chevaux. Bowdich ne vit pas un indigènequi montât à cheval hardiment.

Il dépeint les chevaux du Dagoumba comme très-petits et peu recherchés au marché, presque tous de couleur brune, ayant la tête fort grosse , et le sabot très-développé. On les nourrit d'herbe mêlée quelquefois de sel. Tous les fruits et légumes du marché proviennent des champs qui entourent la ville. Les Achantis n'emploient pas d'autre instrument que la houe ; ils font deux récoltesde grains par an, plantent leurs ignames à Noël et les recueillent au commencement de septembre. Dans les terrains marécageux croît une espèce de luzerne dont Bowdich compta quatre variétés ; le pissenlit est très-commun au nord de Coumassie, ainsi qu'un petit fruit rouge, déjà mentionné dans le journal du chevalier desMarchaiscommeayant la propriété, quand on le mâche sans l'avaler» cTa- « doucir ce qu'on peut mettre après lui « dans la bouche de plus aigre et de plus « amer. » Les figuiers sauvages, les cotonniers, abondent sans que les habitants en fassent usage ; seulement avec le duvet du polon ou fromager ils bourrent de petits coussins ou oreillers. Le tabac crott dans Tinta et le Dagoumba ; on l'appelle toah. Bowdich raconte que des naturels de ces pays, à Coumassie, en reconnurent la ligure dans un ouvrage de botanique. On fait d'abord sécher les feuilles au soleil, et après les avoir bien frottées entre les mains, on les trempe dansl'eau pour en former ensuite des masses ovales. Bowdich rapporta de Coumassie quelques gousses de boussie, graine astringente, que les Nègres mâchent pour apaiser la faim.

Dans la boussie (sterculia acuminata , Palisot Beau vois, More d'Oware) M. Walckenaer reconnaît le gourou, représenté par M. Lucas (1) comme un des principaux objets d'échange du Fezzan , du Caschna et du Bornou avec les États si tués au sud du Niger, et comme une graine très-propr^à corriger la mauvaise qualité des eaux. On apporte aussi du Dagoumba au marché de Coumassie beaucoup de sel ammoniac : les Achantis régrugent pour le mêler à leur poudre de toah et lui donner ainsi plus de piquant;

(i) Proceedings of the association for promoting the discoverr of the interior parts ùf Africa; i8to, in-8&, t. I,p. 173-tte.

GUINEE.

ils en font aussi fondre dans Peau dont ils abreuvent leurs bestiaux, et en prennent eux-mêmes pour se guérir des coliques.

Le beurre végétal que Bowdich vit vendre à Coumassie est une espèce de graisse blanche , que les habitants de la côte appellent graisse dAchanti, et qu'ils achètent en grande quantité pour s'en frotter tous les jours et s'adoucir ainsi la peau. Ce n'est pas, comme ils croient, un produit de I Achanti même, mais des pays de l'intérieur, où on la tire d'un arbre appelé timkia, le même sans doute que le schi de Mungo-Park. Les Achantis préfèrent encore les étoffes de soie et de laine du Dagoumba à celles qu'apportent les Européens aux comptoirs de la côte : Bowdich l'attribue à ce qu'ils peuvent les acquérir des marchands du Dàgoumba en échange du sel, qu'ils se procurent aisément et qui leur rapporte d'énormes bénéfices, ou d'une petite quantité de rhum et de fer, tandis qu'ils ne pourraient obtenir ces objets de luxe et d'agrément des Européens qu'au prix de l'or et de l'ivoire, dont ils se montrent fort avares.

On peut se faire, d'après les récits circonstanciés que Bowdich et Dupuis nous ont conserves de leur réception à Coumassie, une idée fort exacte de la hiérarchie des divers ordres de ce grand État et du cérémonial compliqué de sa cour.

— Un messager du roi vint au-devant de Dupuisàune certaine distance de Coumassie , et le guida jusqu'à l'entrée de la ville, où une escorte de soldats achantis , vêtus et armés à l'anglaise , et commandés par un albinos, qui n'avait du costume militaire que l'énorme bonnet, releva l'escorte de soldats fantis qui l'accompagnait. Ces soldats lui frayèrent aisément une route à travers la foule qui se pressait au-devant de lui , entraînant À terre quelques baguettes de bambou ou en touchant légèrement l'épaule des plus curieux. Une députation de cabaschirs vint prier Dupuis d'attendre sur la

Elace du marché que la cour fût rassemlée. Au bout d'un quart d'heure un coup d'arquebuse annonça l'approche du roi et fit cesser le tumulte ; toute la foule qui encombrait la place s'assit à terre. On distinguait les chefs à leurs larges parasols de couleur et aux petits sièges qui les élevaient un peu au-dessus des

autres assistants. Chacun d'eux avait sa musique, composée de tambours de toutes formes et ornés de dépouilles guerrières , de trompes d'ivoire, de flûtes de roseaux, de calebasses couvertes de grelots, et de cymbales de fer, et sa troupe d'honneur de jeunes esclaves de quinze à seize ans , armés de courts cimeterres et de poignards. Les plus jeunes des cabaschirs portaient, pendus en sautoir, les crânes des ennemis qu'ils avaient tués et de longs chapelets de dents ; tous avaient le visage grave et sévère. Dans un coin de la place, trois cents Maures , chefs et esclaves, étaient assis autour de leur pacha, vêtus, les chefs , de belles robes de soie appelées cosatten, de turbans et de pantalons de coton, et d'un justaucorps richement brodé en fil de soie, et les Maures voyageurs, d'une longue chemise flottante brodée aux manches, ou du kussabi, simple tunique sans manches , tombant au-dessous du genou. Le pacha étaitdrapé dans une robe de soie bleue damassée, toute couverte de broderies et d'ornements ; son turban de mousseline , garni en arrière d'amulettes, de coraux, de verroteries, était encore enveloppé d'une écharpe de damas qui lui tombait jusqu'aux pieds. Dupuis lut dans les yeux de ce vieillard le plus violent fanatisme ; en s'approchant de lui pour lui prendre la main, il le vit hésiter et l'entendit réciter rapidement et à voix basse les versets du Coran appelés al fathiat. Derrière les Maures, les ministres, les interprètes et autres serviteurs d u roi , les poignets et les jambes chargés de toutes sortes d'ornements en or, marque de la faveur royale, ombragés de leurs énormes parasols et entourés de leurs esclaves et de leurs musiciens , avaient formé en se rangeant une avenue très-étroite, où Dupuis dut s'engager pour arriver jusqu'au roi. Il s'avança au milieu des plus horribles fanfares êt sous les cimeterres menaçants des esclaves du palais. Toutes ces démonstrations cessèrent quand le roi lui eut présenté la main en prononçant quelques paroles qu'un des officiers* répéta : « Zay remercie les dieux de vous avoir vu , ainsi que l'autre homme blanc et toute votre suite. » Le siège royal était grossièrement taillé; sur les bras et sur les pieds se détachaient de petites figures en or. Quelques-uns des cabas-

LUNIVEBS.

chirs qui l'entouraient portaient sur la

Eoitrine des plaques , des chaînes , des ■agments d'or massif, pesant plus d'une livre. Derrière lui, et au pied du trône, se tenaient les messagers royaux ou gardes du corps : les uns avaient à la main leur large sabre recourbé, à poignée doublée d'or poli , d'autres étaient armés de fusils anglais richement ornés. Ils avaient pour coiffure un crâne taillé en forme de casque, orné d'une longue queue de tigre flottante , et surmonté d'un panache circulaire de plumesd'argus( l'oiseau à couronne ) et d'une paire de cornes de bélier, doublées d'or et soutenues par une chaîne d'amulettes de maroquin; une espèce de cotte de mailles, faite d'un tissu semé d'or, d'argent et de maroquin peint, leur serrait tout le corps en laissant les bras libres, et une pièce d'étoffe unie roulée autour des reins et descendant à mi-cuisse complétait leur riche costume. Outre leurs fusils , ils portaient encore un arc et un carquois plein de flèches empoisonnées , pendu à un ceinturon , qui soutenait en même temps plusieurs poignards dans leurs étuis et un grand sac de poudre. Enfin ils avaient tous un singulier ornement, une grosse sonnette d'or, d'argent ou de fer attachée à une épaulette, le tout tombant par derrière et sans cesse en mouvement. Les officiers de ce corps avaient de petits turbans de taffetas ou de coton et de mousseline à figures, et une pièce de coton rayé pliée autour des reins et rejetée élégamment sur l'épaule gauche comme le hayk arabe. Le vêtement du roi se composait d'un large hayk de coton à figures, tombant des deux épaules et flottant sur le dos et jusque sur les cuisses. Une tresse de soie soutenait un chapelet d'amulettes enveloppées d'or, d'argent et de soie : une lar^e chaîne d'or lui servait de ceinture; il avait aux doigts et aux oreilles une quantité d'anneaux d'or d'un travail grossier, et au genou gauche une bande d'étoffe de soie tressée avec de l'herbe , mêlée de grains d'or et d'aulettes, et se terminant par un gland une jolie forme. Le chef des prêtres était à l'un des côtés du trône avec des disciples de tout âge, le visage, la poitrine et les ïambes couverts de raies de craie blanche, et rangés tous autour d'un pot de terre et d'une petite boîte.

Dupuis et sa suite, après avoir touché la main du roi , eurent encore à parcourir la moitié du vaste demi-cercle formé sur la place du marché. A une petite distance du siège royal , ils saluèrent le roi de Banna, tributaire du roi d'A* chanti , qui se trouvait alors par hasard à Coumassie; dans sa suite il y avait plusieurs Maures de rang médiocre, avec leurs esclaves. Le sié^e de ce prince n'était recouvert que de pièces d'argent, dollars et demi-dollars, personne n'ayant le droit de s'asseoir sur un trône d'or que le roi des rois. Les guerriers du Banna portaient des peaux de bêtes, surtout de léopards et de panthères, ou seulement une bande de coton large de trois à quatre pouces , croisée entre les cuisses et sur les reins. Les autres chefs, gouverneurs de provinces ou princes tributaires étaient rangés immédiatement après le roi de Banna. Dupuis mit deux heures à parcourir et à saluer toute l'assemblée. Des ministres ou officiers du roi le conduisirent alors près d'un bouquet d'arbres, à l'ombre duquel il assista au défilé de tout le cortège royal. Le roi, précédé de torches allumées, d'un corps de musiciens qui tiraient de leurs instruments des sons affreux, de guerriers exécutant diverses évolutions ou danses bruyantes, d'un nègre d'une taille gigantesque portant un billot ensanglanté et hurlant léchant de mort, et de hérauts proclamant les dignités et les brillants exploits de leur maître, le roi , sous un dais, repassa devant Dupuis, lui prit la main, et continua son chemin (1).

Le gouvernement de l'Achanti est entre les mains du roi, d'un conseil supérieur qui dirige la politique extérieure, et de l'assemblée des capitaines ou cabaschirs. Dans l'ordre de succession, toujours rigoureusement observé, le frère du roi aie premier rang, le fils de sa sœur le second, son propre tils le troisième, le premier serviteur ou ministre du trône le quatrième. Le roi est Je premier héritier de chacun de ses sujets, et à ce titre la plus grosse part des frais de funérailles demeure à sa charge; mais les dettes du défunt doivent être acquittées par ia famille, que le roi indemnise toujours

(i) Walckenaer, Hist. génér. de* Voyagts, t. XII, p. 270-579.

richement. Le roi est maître du sol ; ce* pendant un de ses sujets peut défricher une portion quelconque de forêt pour s'y construire une maison ou y entreprendre une plantation , sans rien lui paver. Il doit seulement une petite somme d*argent au propriétaire le plus voisin. Le roi peut interdire aux marchands tout commerce avec les Etats qui Pont offensé. Ses revenus se composent, indépendamment de la poudre uor de tout sujet mort ou disgracié, d'une taxe en or sur tous les esclaves achetés pour la côte, de droits acquittés en or auprès d'Ansa, dans PAssim, par tous les marchands revenant de la côte, d'une taxe sur les chasseurs d'éléphants, de l'exploitation des petites mines de Soko, qui, avec le lavage, rapportent tantôt 2,000 onces par mois et tantôt 700 seulement , du produit du lavagequotidienqui sefaitdansle Dankara et sur la chaîne de rochers aurifères placés entre P Aki m et PAssim, d'une taxe sur tous les chefs qui augmentent la quantité de leurs ornements d'or, de l'or qu'on laisse tomber dans le marché et qu*l est défendu de ramasser sous peine de mort; enfin des tributs variables des peuples conquis, acquittés en or, ou par 1 Inta et le Dagoumoa en esclaves , en bestiaux et en étoffes de soie et de coton. Le roi a encore d'autres branches de revenus : ainsi lorsqu'un criminel de haut rang a été exécute , ses parents ou amis peuvent racheter son corps au prix de huit ackies ; lorsqu'un Acbanti veut intéresser le roi à sa cause dans un procès , il achète du gardien des troupeaux royaux un beau mouton , moyennant vinet ackies, et l'offre au roi, qui l'agrée et le rend à son gardien. Les lois d'Achanti accordent au roi 3333 épouses , nombre mystérieux et toujours rigoureusement maintenu ; elles habitent, les unes la maison de campagne du roi à Barramang, la plupart un petit village situé derrière le palais, et le reste deux rues de Coumassie ; six d'entre elles au plus demeurent avec lui dans le palais. Les Ocras sont ou des esclaves favoris ou des sujets pauvres ayant fait quelque action d'éclat,

3ui consentent à être immolés à la mort u roi, pour être assurés jusque-là d'une entière impunité et de la nourriture abondante du palais. L'hospitalité du roi est magnifique : chaque jour on prépare

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au palais vingt pots de soupe blanche et autant de soupe noire faite avec des noix de palmier, pour les grands qui viennent le visiter, et pour les gens de leur suite; le vin de palmier est à discrétion. — Les poids et mesures dont le roi fait usage sont d'un tiers plus forts que les poids ordinaires, et cette différence est tout à l'avantage de ses officiers. La loi accorde au créancier, en casde trop grande lenteur du débiteur, de se faire rembourser d'après les poids du roi. — Le roi confie souvent à de jeunes cabaschirs, pour deux ou trois ans, d'importantes sommes d'or, et, au bout de ce terme, en rendant la somme, ils doivent prouver qu'ils Pont fait valoir assez heureusement pour soutenir désormais leur rang; autrement le roi, les jugeant dépourvus de talents , les abandonne. Un capitaine, lors de sa nomination, donne à la maison du roi huit onces d'or. Bowdich vit en deux occasions le roi acquitter cette somme pour deux de ses sujets pauvres, qu'il avait brusquement élevés a cette dignité, et leur faire promptement leur fortune en leur confiant des perceptions d'impôts avantageuses. Les principaux cabaschirs, ceux de Souta, de Marmpon, de Becqua et de Ko kofou, quatre grandes villes bâties par les Achantis en même temps queCoumassie, jouissent de privilèges considérables : ils ont un trésor indépendant, où toutefois, en cas d'urgence, le roi peut puiser, une juridiction , des fêtes particulières, des ornements communs avec le roi même. — Lorsque le roi nomme un général au commandement d'une armée, il lui remet de ses propres mains une épée à poignée d'or, lui en donne trois légers coups sur la tête; et le général jure de la lui rapporter teinte du sang des ennemis vaincus. — Il y a toujours à la suite de l'armée un interprète du roi chargé de conduire les négociations qui suivront les combats et d'imposer les tributs , et un corps de prêtres pour faire diverses cérémonies tutélaires. — Pendant le combat le général se tient à Parrière-garde, avec un corps d'élite et des armes de réserve rangés autour de sou parasol ; les chefs subalternes conduisent les soldats en avant, tandis que les capitaines avec les vieux soldats les suivent et leur coupent toute retraite. Le général s'occupe avec

une indifférence affectée d'un jeu quelconque, qu'il interrompt à peine pour recevoir les têtes que ses lieutenants lui envoient de tous les chefs ennemis tués dans le combat. — En campagne, les soldats achantis prennent une fois par jour de la farine mêlée d'eau, et le reste du temps, pour tromper la faim, ils mâchent de la boussie. Les nouvelles recrues se forment sur le champ de bataille , en achevantavec leurs couteaux les ennemis blessés ; elles doivent revenir de là bien munies d'armes , autrement on les laisse parmi les esclaves.

Bowdich a recueilli un certain nombre de lois et de coutumes , particulières au peuple achanti, ou propres à caractériser en général la civilisation africaine. — L'esclave fugitif d'un chef allié ou tributaire est rendu à son maître; s'il est d'une nation étrangère, il est reçu comme homme libre. Le peuple tributaire qui a donné des preuves de fidélité contre un autre peuple rebelle est récompensé aux dépens de celui-ci. Tout sujet d'un État tributaire peut en appeler des lois de son pays à celles d'Achanti. Bowdich assista à la promulgation d'une loi qui défendait, à l'avenir, aux messagers royaux, en quelque lieu que ce fût, toute extorsion ou exigence violente, sous

fieine d'une amende de 110 périguins :

es interprètes, revêtus de leurs insignes, l'annoncèrent d'abord à chacun des membres du conseil supérieur, puis à toute l'assemblée des cabaschirs, et le premier héraut qui la proclama en présence du peuple reçut du roi et de la nation une double gratification. — Si un membre de la famille royale a mérité la mort, on ne peut verser son sang, mais on le remet entre les mains d'un cabaschir qui le noie dans la rivière de Dali. — La lâcheté flagrante est un crime capital. — Celui qui vole le roi ou qui a commerce avec une femme de la famille royale est puni de castration; mais le commerce avec la femme d'un homme ui a subi ce châtiment entraîne la peine e mort. — L'intérêt de l'argent est de 33 i pour 100 par quarante jours. Si le débiteur ne s'acquitte pas avant ce terme, il est tenu de donner en outre une certaine quantité de vin de palmier. — Le meurtre d'un esclave par son maître demeure impuni ; le meurtre de l'esclave d'autrui

exige qu'on en paye la valeur. Le meurtre d'une épouse ou d'un enfant est puni de mort. Un grand qui tue son égal obtient comme faveur, en changeant de peine, de se donner lui-même la mort; s'il tue un inférieur, il paye à la famille une amende équivalente au prix de sept esclaves. Le soin de punir un vol considérable est laissé à la famille du coupable, à condition qu'elle indemnisera les plaignants : souvent la famille, dans ces châtiments domestiques, déploie la plus rigoureuse sévérité. — Un cabaschir donne un périguin à la famille dans laquelle il choisit une épouse. II peut vendre sa femme, mais il ne le fait que si la famille n'est pas en état de la racheter; seul il peut la tuer pour cause d'infidélité ; mais si la famille lui offre une grosse somme d'or pour 1a racheter, il est tenu de l'accepter. Une femme rachetée par sa famille ne peut plus se marier. Si une femme reste trois ans sans nouvelles de son mari, elle peut se remarier. Dans le cas où le premier reviendrait, les droits du second remportent; seulement les enfants nés du second mariage sont regardés comme la propriété du premier mari, qui les peut mettre en gage. — Quiconque est accusé d'être possédé du démon périt au milieu des tortures. — Les lois laissent aux esclaves la faculté de changer de maître. Un homme libre qu'ils somment , en invoquant sa mort , de les prendre à son service ne saurait s'y refuser.

Suivant une tradition, que Bowdich entendit delà bouche de plusieurs chefs achantis, au commencement du monde, Dieu créa trois hommes blancs et trois hommes noirs et autant de femmes, et leur laissa le choix du bien et du mal. Il mit sur la terre une calebasse et un papier scellé; puis les noirs choisirent les premiers : ils prirent la calebasse, croyant qu'elle contenait tous les biens; mais, rayant ouverte, ils n'y trouvèrent qu'un morceau d'or, un morceau de fer et d'autres fragments de métaux dont ils imio , raient l'usageXe papier scellé prom e t ta i t , au contraire, aux blancs tous les biens. Dieu, reléguant alors les noirs au milieu des broussailles et des bois, conduisit les blancs vers la mer, et toutes les nuits il venait s'entretenir avec eux. 11 leur apprit ainsi, entre autres choses, à construire

GUINÉE

un vaisseau, il les fit passer dans un autre pays. Après un long espace de temps, ils revinrent munis d'une immense quantité de marchandises pour trafiquer avec les noirs. Ainsi , plus heureux dans leur choix , les noirs seraient devenus le premier peuple de la terre. Mais voyant que Dieu les avait abandonnés, ils tournèrent leurs hommages vers les esprits inférieurs et vers les fétiches qui président aux fleuves, aux bois et aux montagnes. — A Tépoque où Bowdich se trouvait à Coumassie, les fétiches les plus vénérés des Achantis étaient celui de la rivière Tando et ceux du Cobi , rivière de Dankara, et d'Odenti, ville placée sur les bords de l'Adirri. Les prêtres du premier ordre vivent dans la case du fétiche, et transmettent au dehors les réponses de l'oracle ; ils jouissent de grandes richesses et d'importants privilèges. La moitié des offrandes faites au fétiche est jetée dans la rivière, l'autre appartient aux prêtres. L'offrande ordinaire du roi est de dix onces d'or et de trois ou quatre esclaves ; celle des pauvres gens est de quatre ackies à peu près. On voue souvent au service du fétiche des enfants dès avant leur naissance. La case du fétiche est un asile ouvert aux esclaves, à moins qu'on ne rachète ce droit d'asile par une indemnité de deux onces d'or et de quatre moutons. Les prêtres du second ordre vivent mêlés au peuple, prenant part seulement aux fêtes et aux cérémonies ; on les consulte d'une manière moins solennelle que les premiers, à peu près comme on fait chez nous les diseurs de bonne aventure. Chaque famille a plusieurs fétiches domestiques que les prêtres leur procurent ; ce sont, on le sait, des figures de toutes formes en bois ou en métal. Dans l'Achanti, il n'y a pas de jour spécialement consacré au fétiche, comme sur la côte. Ce jour peut varier au gré de chaque famille, et le jour de chaque semaine qui correspond a celui de la naissance d'un individu est pour lui uri second jour de repos. Certaines familles encore s'abstiennent de certaines viandes. Les Achantis ont leurs jours fastes et néfastes : le mois de septembre, contenant moins de jours malheureux que tout autre, est le plus favorable aux voyages. Là, comme sur toute la Côte d'Or, on attache une foule de croyances

17e Livraison. (Guinée.)

superstitieuses aux fétiches qu'on achète des Maures, et aux aigris ou aggry, sorte de petits grains de toutes couleurs, unis ou nigarrés , et de toutes formes , qui, suivant le rapport unanime des Nègres, se trou ventdans l'Akim, le Warsaw, "Atlanta et le Fanti , mais surtout dans le Dankara. Ils ajoutent qu'une vapeur s'élevant de terre en spirale indique toujours l'endroit où il faut creuser pour les trouver. La découverte d'une mine ou d'une couche d'aigris est le plus heureux présage.

Les grandes fêtes nationales en Achan ti sont celles de Y Igname et de Y.îduï : la fête de l'igname se célèbre chaque année à l'époque de la maturité de cette plante, au commencement de septembre. Lescabaschirs, les chefs tributaires, sont tenus d'y assister; les rois d'Inta et de Dagoumba peuvent seuls s'y faire représenter. Tout est permis pendant cette fête. A son entrée dans Coumassie , chaque cabaschir immole un esclave, puis défile avec son cortège devant le roi dans la grande place des canons de Dankara . Le lendemain de cette pompeuse entrée commencent les scènes d'ivresse : en différents endroits de la ville, le roi a fait placer d'énormes bassins remplis de rhum. Cette immense orgie cesse vers le soir, et le roi et ses officiers, au milieu de décharges continuelles de mousqueterie , vont en procession du palais à l'extrémité méridionale de la ville. Le jour suivant est consacré aux affaires d'État ; le roi préside une espèce de diète et congédie ses cabascbirs. Des sacrifices humains se font cependant dans tous les

Suartiers de la ville; à Bantama, lieu es sépultures royales, on immole un certain nombre d'esclaves au-dessus d'un grand bassin de cuivre plein de légumes et de viandes , qui nagent bientôt dans des flots de sang, pour préparer ainsi un charme ou fétiche invincible. On fait couler aussi le sang humain dans le sillon où l'on prend l'igname. Dix jours après la fête, le roi vient sur la place du marché manger pour la première fois de l'igname nouveau, et le lendemain, avec tousleshabitantsde Coumassie, il se rend à Sarrasou avant le lever du soleil , pour faire les ablutions annuelles dans la rivière de Dah ; il se baigne enfin dans le marais qui s'étend au sud-est de la ville;

L'UNIVERS

et il verse l'eau de ses propres mains sur son trône, sur tous les objets qui lui servent. En ce moment on ne sacrifie qu'une chèvre et une brebis; mais de retour au palais on immole une vingtaine de moutons qu'on a eu soin de plonger dans le m irais; on arrose de leur sang les sièges d'honneur, et trois agneaux blancs sont égorgés devant la chambre à coucher du roi. — L'Adaï, autre fête nationale, se célèbre à peu près tous les vingt et un jours ; il y a alternativement un grand et un petit Adaï : le tambour royal, placé à l'entrée du palais et tout orné de crânes et d'ossements humains, annonce le commencement de la féte :

les cabaschirs viennent d'abord saluer le roi dans la grande cour du palais ; suivent la distribution de ses grâces ou présents (Bowdieh a calculé que le roi donne à chaque Adaï quarante périguins d'or ou 9,600 francs), et la promulgation des lois nouvelles. — A la mort du roi , et pendant qu'on célèbre les funérailles, chaque famille est tenue de répéter les cérémonies des funérailles de tous ceux qu'elle a perdus. Les frères, les fils et les neveux du roi se précipitent en furieux hors du palais, le fusil à la main, et tirent sans distinction sur tous ceux qu'ils rencontrent. Pendant les deux ou trois premiers jours il n'y a que des esclaves dans les rues de Coumassie, le reste de la population se tient soigneusement renfermé. Les ocras du roi , au nombre de plus de cent, et un grand nombre de femmes, sont immolés sur la tombe royale. On assura à Bowdieh que la féte funèbre en l'honneur de Zay-Quamina fut renouvelée toutes les semaines pendant trois mois; chaque foison sacrifiait deux esclaves et Ton consommait vingt-cinq barils de poudre; mais ce n'était rien au prix des funérailles magnifiques de la mère du roi , qui avait été régente du royaume pendant l'invasion du Fanti.

Le roi à lui seul fournit trois mille esclaves, dont plus de deux mille étaient des prisonniers fantis , et vingt-cinq barils de poudre. Douabin, Kokoufou, Êecqua, Fonta et Marmpon offrirent chacune dix victimes et vingt barils de poudre ; et la plupart des villes de second ordre deux barils de poudre et dix victimes.

Les Achantis sont très-bien faits, mais moins musculeux que les Fantis ; ils ont

presque tous le nez aquilin ; les femmes sont plus jolies que celles du Fanti; dans les hautes classes il s'en trouve de vraiment belles, et leurs habitudes d'extrême ^propreté, si rares parmi les peu-

Kles nègres , font ressortir encore leur eauté: tous les matins, au lever, elles se lavent et lavent les hommes delà téteaux pieds avec de l'eau chaude et du savon de Portugal; elles emploient aussi comme cosmétique le beurrevégétal.Les femmes du commun sont au contraire fort sales. Elles se tracent sur les joues etsur les tempes de petits dessins en gris ou en blanc, et se noircissent le bord des paupières avec une fine poudre de plomb qu'elles conservent dansde jolies boîtes. Presque toutes ont la partie supérieure du corps couverte, ce qui en Fanti n'est d'usage que dans les premières familles; leur vêtement est fait d'une étoffe de soie grossière qu'on fabrique dans le Dagoumba.

Peu d'entre elles portent Yantijfou, cette espèce de tournure que portent toutes les femmes du Fanti et dont le volume indique leur rang ou le nombre de leurs enfants. Une mode singulière et disgracieuse, chez les jeunes femmes achantiee, est de se serrer étroitement le sein par de larges bandes d'étoffe pour lui donner uneforme allongée. Elles se rasent aussi les cheveux en traçant des dessins de fantaisie.

La nourriture des classes supérieures consiste principalement en* soupe au poisson, en volailles, en bœuf ou en mouton, suivant le fétiche adopté, et en pistaches de terre fricassées avec du sang. Les pauvres font leur soupe avec de la viande de daim séchée et de la chair de singe; ils mangent aussi habituellement des ignames, des bananes et une espèce de couscous appelée en achanti fbufou. Outre le vin de palmier, les Achantis ont le pitfo, boisson fermentée faite avec des grains secs et d'un gout agréable. Leurs fétiches leur défendent les œufs, et on ne saurait les faire goûter au lait ; les Maures seuls en boivent.

Quand on bâtit une maison , on fait une espèce de moule au moyen de deux rangées de pieux et des claies séparées

Far un intervalle égal à l'épaisseur que on veut donner au mur; on remplit cet intervalle d'une argile sablonneuse imbibée d'eau, et l'on en revêt aussi la sur-

GUINÉE

face extérieure du moule, de manière que le tout ne paraisse former qu'un mur de terre. Le toit de toutes les maisons est saillant; il se compose de trois poutres qui en forment, l'une le fatte, et les deux autres les bases ou côtés inférieurs. Ces poutres soutiennent des encadrements en bambou peints en noir et polis qui sont couverts de feuilles de palmier entrelacées et attachées , par des branches flexibles, d'abord aux poutres, ensuite aux encadrements en bambou. Les piliers qui soutiennent le toit forment une espècede corps de logis avancé aux maisons descabaschirs; eux seuls ont le droit d'en avoir -de semblables. Ces piliers sont de gros pieux auxquels on donne une forme carrée en les recouvrant de terre glaise. Les escaliers et les planchers sont d'argile et de pierre, et revêtus d'une couche épaisse d'une terre semblable à .l'ocre rouge et très-abondante dans le voisinage. On a soin de laver cet enduit tous les jours avec une eau dans laquelle on délaye de cette même terre. Avant que les murs soient secs , on y trace divers dessins en relief avec de jeunes tiges de canne à sucre (ju'on y applique et qu'on recouvre ensuite d'un enduit. Bowdich a vu des piliers auxquels on avait appli-

gué de ces jeunes tiges et qui ressemlaient à des colonnes cannelées. Les murs sont barbouillés d'une peinture blanche qu'on renouvelle souvent, et quî se prépare aussi avec une argile des environs. Les portes, taillées avec beaucoup de travail dans un tronc de fromager, sont fort épaisses ; on y cloue des ornements en dois de différentes formes et de différentes couleurs. Les serrures viennent du Haoussa et sont d'un genre tout à fait bizarre. Les fenêtres consistent en treillages à jour, en bois peint en rouge, et figurent divers dessins assez compliqués; les encadrements en sont souvent revêtus d'une feuille d'or. Bowdich fut très-étonné de trouver, presque dans chaque maison, des cabinets d aisance; ils sont ordinairement placés dans le coin le plus retiré du bâtiment, etquelquefois au premier étage, dans unepetite chambre isolée; dans ce cas, le grand pilier creux qui sert de conduit soutient en même temps l'étage supérieur. Les fosses sont creusées aune profondeur surprenante ; on y jette tous les jours de

l'eau bouillante pour prévenir la mauvaise odeur. Les ordures et les immondices de chaque maison sont brûlées tous les matins dans la rue. — Les bâti- •ments qui composent une grande maison sont disposés autour de plusieurs cours; et l'étiquette est de faire attendre l'étranger de distinction quelques minutes à la porte de chaque cour et de le recevoir dans la dernière. La chambre à coucher d'Odoumata, parent du roi, n'avait guère que huit pieds carrés, mais elle était magnifiquement décorée. Le lit, qui a partout cinq pieds de hauteur, était composé de grands coussins entassés les uns sur les autres. Le roi questionnait fréquemment les Anglais sur l'architecture anglaise; ils lui en donnèrent une juste idée par des dessins. 11 aimait beaucoup à leur parler d'un projet de construction attribué à Zay-Coudjo, et paraissait décidé à le faire exécuter dès qu'il aurait déterminé la guerre du Gaman : c'était une maison couverte de lames de cuivre, posées sur des encadrements en ivoire, gu'on verrait du dedans , avec portes et fenêtres revêtues en or, et les jambages des portes et les piliers en ivoire. Il songeait aussi a faire, à cette époque, de grands embellissements dans sa capitale, et à donner à chacun de ses capitaines une somme tirée du trésor public pour orner et pour agrandir sa maison; il se proposait de faire rebâtir plusieurs rues qui tombaient en ruines entre celles tfAssa/ou et de Bantania ; de renverser cinq ou six petits villages qui séparaient Coumassie de sa maison de Baramang, et de les réunir par une longue et belle avenue.

Les tisserands achantis se servent de métiers construits d'après le même principe que les nôtres; on les fait mouvoir par des cordes attachées aux orteils. L'ouvrage n'a jamais plus de quatre pouces de largeur. Ils se servent, pour filer, d'un fuseau et d'une quenouille; ils le tiennent d'une main, et de l'autre tordent entre le doigt et le pouce le fil, dont le bout est attaché à un poids. Us teignent pour le deuil, avecun mélange de sang et de décoction de bois rouge, les étoffes blanches fabriquées dans Tinta et le Dagoumba. Leurs dessins sont variés et élégants ; ils sont tracés si régulièrement avec une plume de poule qu'à

une certaine distance on les prendrait pour une impression grossière. Us ont deuxsortesdebois de teinture, l'un rouge, l'autre jaune. Ils préparent leur couleur verte en mêlant le bois jaune avec une teinture bleue, dans laquelle ils excellent et qu'ils tirent de Yacassic , plante différente de l'indigo et qui croît en abondance le long de la côte et dans les bois. La couleur qu'elle donne est aussi solide aue belle, sans avoir besoin d'aucun mordant. On recueille une certaine quantité de feuilles , on les broie dans un mortier de bois, et on les étend ensuite sur une natte pour qu'elles sèchent. On les conserve dans cet état, et quand on a besoin de s'en servir, on en met une certaine quantité infuser pendant six jours dans un vase plein d'eau; on y plonge le fil ; on l'en retire pour le faire sécher au soleil une fois par jour, et au bout de ce terme il a pris une couleur bleu foncé très-solide; si l'on veut un bleu pâle, on ne l'y laisse que trois jours. Les Achantis excellent de même dans les ouvrages de poterie. Ils y emploient une argile très-finequi, après avoir été cuite, est polie par le frottement; ils ont aussi une poterie noire, si bien polie qu'elle semble vernissée. Les habitants du Dagoumba sont plus habiles qu'eux dans les ouvrages d'orfèvrerie, sans que cependant ceux des Achantis soient tout à fait grossiers. Pour faire le modèle de l'objet qu'on veut exécuter, on met un morceau de cire sur un bloc de bois uni que l'on place près d'un feu ardent. On trempe dans un vase rempli d'eau bouillante une espèce de spatule en bois avec laquelle on amollit la cire; quand le modèle est terminé, on l'entoure d'une composition d'argile mouillée et de poudre de charbon qui, en séchantau soleil, prend la forme d'un moule. Ce moule est terminé à sa partie supérieure par un petit entonnoir fait des mêmes matières, qui reçoit l'or qu'on veut fondre , et qu'on ferme soigneusement. On pose ensuite le moule sur un feu de charbon , l'entonnoir placé en bas ; au bout d'un certain temps, quand l'or est en fusion, on retourne le moule

{>our que l'or prenne la place de la cire ôndue ; on laisse refroidir le moule, on le brise , et si l'ouvrage n'est pas réussi on recommence l'opération. — Leurs soufflets sont imités des nôtres ; mais la peau

'ERS

de mouton dont ils sont faits étant attachée au bois par des lanières de cuir, l'air s'échappe aisément; et pour fondre une quantité d'or un peu considérable, ils sont obligés de taire jouer en même temps deux ou trois soufflets. Pour enclumes ils ont en général une grosse pierre ou un morceau de fer placé à terre. Leurs forges sont en terre, élevées de trois à quatre pieds, et ouvertes dans le cinquième à peu près de leur circonférence. Dans la partie fermée, au niveau du sol , est un trou par où l'on introduit le bout du soufflet. — Leurs poids sont en cuivre et ont la figure d animaux, de fruits, de végétaux du pays. — Les sabres des Achantis sont presque tous taillés en creux comme des truelles à poisson ; souvent deux lames parallèles sont adaptées à la même poignée. — Ils n'extraient pas eux-mêmes le fer des mines. — Leurs ouvrages de serrurerie sont bien inférieurs à ceux des naturels du Haoussa ou du Marrooua ; mais ils savent mieux tanner et teindre les cuirs qu'on ne le fait dans ces pays. Ils travaillent aussi le bois avec une grande habileté : ils taillent les sièges de leurs chefs dans le tronc d'un arbre nommé zesso, dont le bois est blanc, tendre et facile à polir. Un pareil siège coûte à peu près trois sh. ; on le vendrait vingt a Accra et chez les Fantis. Bowdicli signale comme ouvrage d'une merveilleuse élégance les oiseaux et autres figures d'animaux qui surmontent les parasols et les sankos ( instruments de musique ). — Ils font avec les filaments de l'ananas différentes espèces de fils, depuis la finesse d'un cheveu jusqu'à la grosseur d'une corde à fouet. Ce ni est très-fort et devient très-blanc. 11 est excellent pour coudre tous les tissus forts, mais il coupe la mousseline (1).

a La langue des Achantis, et celle des « Fantis , qui n'est qu'un dialecte de la « première , sont peu abondantes , trèsci imparfaites sous plus d'un rapport , et « ne peuvent guère servir qu'à exprimer « les idées les plus simples et les besoins « les plus communs de la vie. Le voca- « bulaire que nous a conservé le voya-

(i) J'ai reproduit presque en entier le résume si complet de toutes les observations de Bowdich que M. Walckenaer a inséré dans son Hut, générale des Voyages, LXII,p. 98-194.

« peur Robertson appartient au dialecte « fanti. Cet auteur ayant pour butprin- « cipal, en le publiant, d être utile aux « Européens qui fréquentent la côte, a « dû préférer le fanti à l' achanti , qui « n'est guère parlé que dans l'intérieur « des terres. Un vocabulaire des deux « langues lui paraissait superflu , parce « qu'on acquiert très-facilement sur les « lieux , suivant son témoignage, la con- « naissance de la seconde, quand on est « d'avance familiarisé avec la première. « Robertson, parfaitement instruit lui* « même des langues de ces contrées, « s'est fait aider dans son travail par un « Nègre achanti qui avait été pendant « neuf ans son domestique, et qui parlait « fort bien l'anglais. La langue fantie n'a

* pas d'articles. Les substantifs, les « pronoms, sont indéclinables; dans les « substantifs, on désigne le pluriel en « ajoutant un nom de nombre au sin-

• gulier. Dans les adjectifs, le mot dodo « est le signe du comparatif, et le mot « kerrara celui du superlatif. Les pro- « noms sont en petit nombre. Bowdich, « dans le vocabulaire comparatif qu'il « a publié de l'achanti , du fanti et du « bouroum, avertit, par une note, que « toutes les fois qu'il laisse en blanc la « colonne desmots/anft*, on doit y sup- « pléer par le mot achanti correspon- « dant , qui fait , dans ce cas, partie des « deux dialectes. Bowdich avait fait un « trop court séjour en Afrique pour en « connaître les langues de manière à « apercevoir les nuances quelquefois « très-délicates qui les distinguent. C'est « sans doute à son inexpérience et à sa « trop grande facilité à admettre des « mots achantis dans la langue fantie « qu'il faut attribuer les différences nor tables qui se trouvent entre les mots « fantis qu'il a recueillis et ceux du vo- « cabulaire de Robertson. On sait d'ail- « leurs que le vocabulaire de Bowdich « n'est, comme il l'appelle lui-même, que « le squelette d'un travail plus parfait « qu'il perdit pendant sa traversée pour « revenir en Europe (1). »

Je rappellerai en finissant l'hypothèse de Bowdich sur l'origine des Achantis : leur physionomie, type intermédiaire

(i) Hist. gènèrMsVoy., t. XI, p. 48a-5n; et t. XII, p. ai7-aa6.

entre les types extrêmes aes races nègres, comme la physionomie des Mandingues, les traditions de leurs anciennes émigrations, leurs mœurs abyssiniennes rhëlées à des coutumes égyptiennes, l'invitaient à voir dans les Achantis les descendants des Éthiopiens civilisés d'Hérodote et de Diodore, repousses toujours vers le sud-ouest par les différents peuples colons ou conquérants de l'Égypte, et surtout par les Arabes (1).

Côte de Bénin, ou côte comprise entre le cap Saint' Paul et le cap Formose.

Cette portion de côte forme un golfe assez considérable, connu sousle nom de golfe de Bénin. Après avoir doublé le cap Saint- Paul, on passe d'abord devant le village iïAwey, puis devant le fort danois de Quitta , placé au milieu d'arbres, et aujourd'hui presque entièrement abandonné. En continuant à contourner la côte, dit M. le comte E. Bouët, on remarque qu'elle conserve le même aspect : ce sont toujours des dunes de sable trèsbasses que couronnent des buissons et de temps en temps quelques palmiers isolés de distance en distance ; cette continuité de plage est interrompue par des fourrés d'arbres qui cachent presque toujours un ou plusieurs villages : le littoral continue à se montrer enveloppé par une ceinture de brisants d'un accès difficile. Les appellations portugaises ou espagnoles, vieux souvenirs de traite de noirs, se confondent sur ces points avec celles qu'ont données les naturels : ainsi les noms de Padiena, Mina-Chica, Cogmoa , Porto-Seguro , se mêlent à ceux de Dumjiou , Pawrey , Guigliou , et ne désignent d'ailleurs qu'une demi -douzaine de villages sans importance, espacés entre Quitta et le village assez considérable de Petit-Popo. Avant d'arriver à ce village, la côte perd de son aridité, et devient verte et boisée au village de Fresh- Town, qui le précède ; mais au delà de celui-ci reparaît une plage sablonneuse et nue qui précède et entoure Petit-Popo.

Une lagune praticable pour des pirogues court parallèlement à toute la côte de Bénin; elle est séparée de la mer par une lan-

(i) Celte hypothèse de Bowdich est exposée tout au long dans la Géographie générale comparée de Rilter , t. I«r de la trad. française, p. 454-458.

L/U1NIVERS

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ue de terre sablonneuse, et parfois de sale pur d'une largeur très-variable devant Petit-Popo; elle n'a pas plus de deux encablures. Le village des naturels y est bâti, mais les factoreries européennes sont au delà de la lagune. La barre de la plage est plus accessible à Petit-Popo qu ailleurs, à l'aide despirogues du pays. Le village à'Aquay est intermédiaire entre le Petit et le Grand-Popo. Ce dernier village, dont les environs sont également nus et découverts, s'élève sur la rive droite d'une petite rivière qui communique avec la lagune et dont I embouchure se voit ausortir du village (1). On peut mouiller

(i) Rosmaii, Foyage de Guinée, dix-huitième lettre : « Il y a environ dix lieues de Coto jusqu'au Petit-Popo; ce dernier pays est, comme le précédent , sans montagnes, sans arbres, et extrêmement sablonneux, jusque-là qu'on trouve du sable dans toutes les viandes qu'on prépare. Gela fait aussi que le pays est très-infertile , et il faut que ceux de Fida nourrissent presque tous les habitants. Ces habitants sont un reste du royaume d'^cra, derrière le fort que les Hollandais ont dans ce lieu , et qui en ont été ci-devant chassés par le roi d'Aquemèou, Ceux

3ui ont échappé se sont établis ici , et sans oute qu'ils y demeureront toujours, n'y ayant aucune apparence qu'ils soient jamais rétablis dans leur pays. Nous avons déjà parlé de leurs guerres avec ceux de Coto. Il» n ont pas beaucoup de troupes, mais ils sont assez bons soldats. Il y a quelque temps qu'ils avaient pour roi un bon guerrier, nommé Aforri, qui était frère aine du roi qui règne aujourd'hui. Il se faisait craindre de tout le monde par son courage. Il a surtout rendu son nom illustre, lorsque le hidalgo dOffra s V tant élevé contre le roi du grand Ardra, son souverain légitime, il secoua le joug et fit mourir le premier marchand de la compagnie hollandaise, nommé Holwers. Le roi qui règne présentement n'a pas autant de courage, et est plus modéré que son frère; cependant il a bien su venger sa mort sur les habitants de Coto, les attaquaut toujours lorsqu'ils étaient les plus faibles, et il les a enfin chassés du pays, comme je l'ai dit tout à l'heure. Ceux de Popo vivent de la même manière que ceux de Coto, c'està-dire du butin qu'ils font et des esclaves qu'ils vendent. Leur négoce est plus considérable; cependant il faudrait quelques mois pour charger ici un vaisseau d'esclaves. Ce peuple est extrêmement fourbe : lorsqu'un marchand vient ici pour négocier, ils lui font croire qu'ils ont un grand nombre d'es-

partout sur cette portion de côte. Depuis Petit-Popo la lagune devient plus aisé.

claves à lui vendre, mais ce n'est que pour l'obliger de venir à terre; et s'ils peuvent l'y attraper ils ne l'en laissent point partir qu'a-

Erès l'avoir retenu quelques mois et l'avoir ien pillé. Il n'y a point de nation qu'ils trompent plus que les Portugais, et cependant ils y vont toujours, parce qu'ils ont de si méchautes marchandises, qu'ils ne peuvent acheter d'esclaves ailleurs. Le négoce était beaucoup meilleur sous le gouvernement du frère de ce roi; car, comme il s'y attachait, il n'aurait pas souffert qu'on fit la moindre insulte aux Européens. Il est arrivé sous son règne qu'un vaisseau de notre compagnie chargea plus de cinq cents esclaves en onze jours, mais je ne crois pas que cela arrive jamais; car ceux de Popo sont présentement d'un tel naturel, qu'il est impossible qu'on n'en soit toujours trompé. — II n'est pas nécessaire de parier des autres coutumes des habitants de ce pays-ci; car comme ils sont ve« nus d'Acra, on peut bien juger qu'ils n'en différent que très-peu pour la religion, pour le gouvernement, etc. — J'y trouvai une si grande quantité de rats pendant le séjour que j'y fis , que je crus être obligé en vérité d'avertir les habitants d'èU'e sur leurs gardes et de tâcher à détruire ces animaux, de peur que se multipliant ils ne les chassassent du pays.

« Ou trouve à quatre lieues de là, du côté de l'orient, le royaume du Grand-Popo , dont le roi a été ci-devant sous l'obéissance de ceux de Fida. Mais le roi d'à présent, ayant été mis sur le trône de son frère ( qu'on envoya en exil ) par le roi de Fida , a secoué le joug en récompense du bienfait qu'il avait reçu. Le roi de Fida, s'en trouvant grièvement offensé, assembla une puissante armée, et les Français qui étaient alors à Fida avec quelques vaisseaux l'ayant secouru d'hommes et d'armes , il envoya ses trou [tes à Popo pour l'attaquer, pendant que les vaisseaux français y feraieut voile et les attaqueraient par mer : mais comme Popo est situé au milieu d'une rivière , ceux de Fida et les Français furent obligés de se servir de radeaux pour y aborder. Ceux de Popo s'étaient si bien mis en état de défense, que non-seulement ils repoussèrent leurs ennemis , mais les obligèrent de

E rendre la fuite sans avoir perdu un seul omme; car ils tiraient hors de leurs maisons sur ceux de Fida, sans que ceux-ci les pussent voir, ce qui coûta la vie à un grand nombre de Français et d'habitants de Fida, et mit le reste dans un tel désordre , qu'ils s'en-

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ment praticable pour les pirogues, et rend les communications plus fréquentes entre les villages. Entre Grand-Popo et JVhudah, qui sont à peu près sur le même parallèle , le littoral conserve le même aspect : ce sont des dunes de sable surmontées de brousses et d'arbres; de temps en temps, en arrière-plan de la lagune, on aperçoit des groupes d'arbres plus élevés et plus épais. La barre est drun accès difficile. Pour arriver de la plage aux établissements de Wbydah il faut d'abord traverser la lagune et un marais, tous deux peu profonds; un sentier assez bien tracé conduit ensuite au village.

La ville de Whydah est située par

fuirent après avoir jeté leurs armes. Depuis que cette entreprise a eu un si malheureux succès pour ceux de Fida , le roi n'a rien osé tenter avec ses propres gens, mais a tâché d'obliger par argent d'autres pays & entrer dans son parti ; et quoique cela lui ait déjà coûté beaucoup, il n'en est guère plus avancé , parce qu'on le trompe de tous côtés ; de sorte qu'il est contraint de laisser le roi de Popo paisible possesseur de son île. — Ceux de Popo n'ont presque point d'autre habitation que le village où demeure le roi, et qui ( comme je viens de dire ) est dans une île. Ils ont fort peu de monde j et ceux de Fida les tiennent assiégés de si près, qu'ils ont de la peine à cultiver la terre ferme; ce qui est cause qu'ils manquent de vivres la plupart du temps , et seraient contraints de mourir de. faim , si d'autres pays ne leur envoyaient ce qui leur est nécessaire. Et quoique ceux de Fida soient leurs ennemis jurés, ils ne laissent pas d'en recevoir le plus grand secours. Il est vrai que le roi Ta défendu sous peine de la vie; mais le grand profit qu'ils font avec ceux de Popo leur fait bien violer les défenses du roi. Ils négocient aussi en esclaves , et lorsqu'il n'y a poiut de vaisseaux, ils les vendent aux habitants du Petit-Popo. Mais leur plus grand trafic consiste dans les poissons qu'ils pèchent dans leurs rivières et qu'ils font vendre ailleurs. — La compagnie hollandaise y avait une maison ou loge il y a quelques aunées ; mais comme le négoce y a été très-peu de chose depuis leur guerre avec ceux de Fida , elle l'a abandonnée après la mort du marchand qui y était, et n'y a plus trafiqué depuis.— On peut compter Popo pour le premier des pays $Ardra , et il y a très-peu de différence dans le langage. Le gouvernement y est sur un autre

6° 1 7' de lat. nord et 2° 29' de long, est , sur une éminence d'où l'on a de charmants points de vue. L'aspect de la lagune est particulièrement pittoresque et animé : plusieurs petites Iles boisées s'élèvent au-dessus de ses eaux limpides, et sur les branches des palétuviers qui couvrent ses bords on voit se jouer des milliers de singes. La ville, toute remplie et tout entourée d'arbres magnifiques , couvre une immense étendue de terrain.

Le révérend W. Allen, gui y séjourna vers la fin de 1845 , en évalue la population, d'après les renseignements de quelques chefs, à vingt ou vingt-cinq mille âtnes. Le même voyageur a observé à Whydah, entre autres choses, un procédé deculture particulier qui produisait les plus heureux effets : on forme des couches de quatre pieds de largeur environ sur un pied de hauteur pour tout ce qu'on cultive, excepté pour les bananiers et les figuiers bananes, lesquels sont plantés dans une tranchée de quatre pieds de profondeur environ sur autant de largeur. Ces tranchées ont pour but d'empêcher que la plante ne soit brûlée par le soleil , ce qui arrive quelquefois lorsqu'elles sont exposées en plein et sans abri à son action.

Avant que Crégoué ou Whydah ne fût fondée, les navires allaient mouiller plus bas à Porto-Novo, et se bornaient à traiter avec les pirogues qui venaient le long du bord. On raconte qu'un troismâts français ayant mouillé un jour dans l'est de Porto-Novo, le capitaine, sans attendre l'arrivée des indigènes, se jeta dans un canot et franchit la barre, et que les Nègres de cet endroit, voyant un blanc pour la première fois, s'attroupèrent sur la pL ;e , et s'écrièrent avec anxiété , Zoagué, c'est-à-dire il vient , U a passé. Dès lors ce mot serait devenu l'appellation générique des Français qui débarquèrent dans la province de Whydah. Le capitaine fut reçu avec de grandes démonstrations de joie par les habitants du pays. Passi, cabocir d'un petit hameau des environs, lui donna l'hospitalité, et ouvrit pour la première fois un commerce direct avec les blancs. Depuis cette époque aussi , Passi fut considéré comme une divinité tutélaire, et sa maison existe encore aujourd'hui , entretenue comme un temple aux frais des rois du

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Dahomey , qui , plus tard , conquirent la province. Les Français établirent un fort a Chavier, petit hameau à quatre milles dans le nora de Whydah ; puis on fonda la ville de Grégoué. Les rois du Dahomey, en poursuivant la conquête de la province, vinrent plus d'une fois troubler rétablissement de Chavier, et le commandant du fort songea à se rapprocher du littoral en transportant l'établissement à la nouvelle ville de Grégoué. Aujourd'hui Ton ne voit plus à Chavier que les fossés du premier fort. Quelques établissements portugais et anglais à Grégoué datent de la même époque.

Il paraît que vers le milieu du dix-huitième siècle, après plusieurs attaques faites par les troupes du roi de Dahomey, les commandants des forts, se voyant abandonnés des indigènes de la province de Whydah, s'entendirent entre eux , et que celui du fort français se rendit au-

Srèsdu roi pour traiter, au nom de tous, e la capitulation. On ne peut préciser l'époque à laquelle le fort français de Wnydah fut abandonné : les seuls papiers qu'on y ait trouvés dataient de 1787. Les trois forts français , anglais et portugais étaient très-voisins les uns des autres ; ils sont aujourd'hui dans un plein état de ruine et de délabrement; mais on peut juger encore de la largeur et de la profondeur des fossés, de leur grandeur , de leur bonne distribution. Le fort anglais est au milieu des trois : c'est le moins vaste et le plus délabré. La seule maison qui en reste est occupée par des marchands anglais. Le fort portugais, situé plus à l'est, et un peu plus grand, fut réoccupé, il y a deux ou trois ans , au nom du Portugal, par un capitaine d'artillerie coloniale , qui mourut quelques )urs après son arrivée, et par un aumônier : les bâtiments, qui subsistent encore, sont une jolie petite église et un grand logement entouré d'un jardin, le tout fort mal entretenu. Le fort français, le plus grand des trois, était situé le plus à l'ouest. « Comme port sition militaire, dit M. le capitaine « Monléon , rien n'est plus absurde que « ces forts à pavillons différents, si près « les uns des autres, à trois milles du « rivage et entre deux lagunes qu'il faut « passer et l'intérieur du pays, à la merci, « par conséquent, du roi de Dahomey, « et qu'il serait presque impossible de

« secourir, en cas de guerre avec ce « puissant roi. Il paraît du reste que les « possesseurs de tous les temps avaient « bien senti cet inconvénient grave, puis- « que ces forts , qui étaient bâtis primi- « tivement à six milles plus loin , à « Chavé , avaient été reconstruits ici, et « que s'ils ne sont pas aujourd'hui sur le « bord de la mer au point même de cor- « respondance de Whydah avec les bâ- « timents, c'est par l'imprudence que a commirent les commandants de dé- « clarer prématurément que là ils se- « raient hors de la dépendance du roi de « Dahomey. Le roi, averti de ce propos, « fit détruire les fortifications qu'on avait « commencé à élever et rapporter tout le « matériel aux anciennes, moins quel- « ques canons qui sont restés sur la plage « comme témoignage de l'événement. »

En 1841 , MM. Victor et Louis Régis frères, négociants de Marseille, obtinrent du département de la marine la permission de faire occuper par un de leurs agents les constructions françaises qui restaient encore debout, et de les convertir en une factorerie d'huile de palme. Le commerce licite ne date vraiment à Whydah que de l'établissement de leur factorerie, et se borne du reste à l'exportation de cet oléagineux. Dans un rapport en date du 12 novembre 1844, M. Monléon, capitaine de corvette, commandant le brick le Zèbre, marquait que le comptoir de Whydah, alors ouvert depuis peu de temps, avait déjà expédié plusieurs centaines de tonneaux, etgu'il était en mesure non-seulement de livrer les deux cent soixante tonneaux que prenait alors le trois-mâts français la Morma, maisencore défaire faceà de plus grandes expéditions; jusque-là les articles les moins favorises avaient été vendus avec un bénéfice de 120 pour 100 sur les prix de facture, fait remarquable, qui prouve bien que lorsque les produits de notre industrie sont choisis et placés par des mains intelligentes et habiles , ils n'ont pas à redouter sur cette côte, autant qu'on le croit généralement, la concurrence anglaise. Un autre fait tout aussi digne de remarque et produit par ce commerce licite , c'est que les habitants et marchands indigènes ont été amenés naturellement à conserver chez eux pour cet objet un personnel de captifs as-

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sez nombreux qu'ils vendaient auparavant aux traitants des colonies. Cependant la traite n'a pas encore cessé à "YVhydah. Un Portugais, M. de Souza, en est le chef ou le plus riche promoteur. M. de Monléon, en parlant de lui dans le rapport que j'ai déjà cité, nous dépeint d'une manière originale et vive l'existence et le caractère des grands trafiquants d'esclaves. « Ses dtners , dit-il , sont des festins de « Balthazar, recherchés, servis avec luxe, « même ceux que nous trouvions au « bout de nos courses; ils ne le font « toutefois jamais dévier de la sobriété « sévère et défiante à l'extrême qu'il s'est « imposée depuis plus de quarante ans « qu'il est à Whydah, et à laquelle il pré- « tend devoir ses longues années et de « n'avoir jamais été un instant sérieuse- « ment malade. Sa maison, où les hora- « mes ne pénètrent jamais que dans une « seule salle, n'est servie que par des « femmes , dont six privilégiées sont ex- « clusivement attachées à sa personne, « et doivent goûter avant de les lui of- « frir tous les aliments qu'il prend. Il « en est de même des provisions qu'il « emporte dans ses voyages, et qu'il fait « mettre d'ailleurs dans des caisses à « compartiments dont il garde les clefs « pendant toute la route. M. de Souza a « un harem de près de quatre cents « femmes. En dehors de son commerce « et de cessingulières habitudes, ce vieil- « lard est grand , bon et généreux ; son « esprit juste, délié et d'une finesse re- « marquante fait regretter qu'il n'ait pas « appliqué ses heureuses facultés et son « influence au véritable bien-être de « ce pays qu'il a adopté. » M. de Monléon trouva l'occasion de le lui faire remarquer dans une de leurs courses.

Il avait fait arrêter ses porteurs sut une petite hauteur pour admirer la beauté de l'immense étendue de terrain uni et inculte qui se développait devant lui. M. de Souza s'en aperçut, et s'écria : « Commandant, que de trésors perdus dans cette grande plaine! » La réponse de M. de Monléon était préparée; il lui dit : « Eh bien, monsieur ! quelques mil' liers de noirs de moins en esclavage aux colonies ou libérés à Sierra-Leone, jetés ici par vous , qui seul pouvez opérer ce prodige dans ce pays, et vous aurez l'honneur d'avoir mis le premier

cette contrée dans une des meilleures voies pour l'amener à la civilisation ; vous fëriez, ajouta-t-il, par la culture de cette terre, la pénitence de vos péchés de négrier, péchés qui l'ont si longtemps privée de ses bras naturels. » M. de Souza répondit, en souriant, que déjà un commandant anglais lui avait conseillé d'abandonner la traite des noirs pour le commerce de l'huile de palme, mais qu'il dédaignait ce commerce, comme trop peu important pour soutenir la position qu'il s'était faite ; que ce que lui proposait M. de Monléon valait mieux, d'autant plus que c'était la transition naturelle pour amener plus tard ce pays, avec quelque espoir ae succès, au nouvel état que nos philanthropes lui destinaient ; mais que les moyens proposés par eux pour atteindre ce but étaient mauvais ou incomplets , et que lui était trop vieux pour entreprendre une aussi grande tache. M. de Souza est pour ainsi aire l'associé du roi de Dahomey : il fait les commandes et les envois de marchandises, et le roi se procure des esclaves dans l'intérieur par ses soldats et ses agents : c'est ainsi que la traite se perpétue (I).

(i) Du royaume de Juda (Voyage du chevalier des Marchais en Guinée, t. II): « Les Hollandais appellent Fida le roi que nous appelons Juda ou Juida. Il est difficile de décider qui a plus de raison d'eux ou de nous. — Il est certain que cet État faisait partie du royaume d'Ardra, dont il relève encore aujourd'hui. Le royaume de Juda commence à cinq ou six lieues du village de Popo; il n'a que quatorze à quinze lieues d'étendue le long du bord de la nier. Sa largeur ou son étendue dans les terres n'est que de huit à neuf lieues. Ses bornes au nord-ouest sont le royaume de Popo, et au sud-est celui d'Ardres, dont on appelle le prince le grand roi , parce qu'en effet ses Etats sont très-considérables, et l'étaient bien davantage lorsqu'ils s'étendaient jusqu'à la rivière de Voila, qui était sa borne du côté de l'ouest , avaut que les provinces du côté de Popo et de Juda se fussent soustraites de son obéissance.— Il n'y a que deux rivières assez considérables dans tout cet Etat pour mériter ce nom. Les fontaines, qui y soul en assez grand nombre, ne sont que de très-petits ruisseaux qui se perdent dans ces deux rivières; elles viennent toutes deux du royaume d'Ardres , soit qu'elles y aient leurs sources, soit qu'elles

Il y a au delà de Whydah , mats assez enfoncés dans les terres, des villages con-

n'y fassent que passer. L'une est la rivière de Jacquiri) ainsi nommée parce qu'elle passe par la ville de ce nom, qui est dans le royaume d'Ârdres, et le lieu de plus grand commerce de cet ÉlaU L'eau en est jaunâtre; elle ne peut porter que des canots. On a donné le nom d'Euphrate à la deuxième , elle passe par la ville d'Ardres, et elle est éloignée d'envirou une demi-lieue de la ville capitale du royaume de Juda, appelée Xavier ou Sabié. Cette rivière est plus considérable que la première, elle a beaucoup plus de profondeur, son eau est excellente; elle porterait d'assez gros bAliments si elle n'avait pas de hauts fonds, qui la rendent guéable en quelques endroits. Les rois de Juda ont établi depuis bien longtemps des péages à ces gués. — Cet Élat, tout petit qu'il est, est divisé en vingt-six provinces qui font autant de gouvernements qui sont donnés aux grands du pays, et héréditaires dans leurs familles. Le roi est à la tête de ces gouvernements, et a le gouvernement de la province Xavier. "Voici les noms des autres provinces dont le village principal donne le nom à la province et à celui qui en est gouverneur : Xavier Goga (le gouverneur a la qualité de prince et de vice-roi); Beti, sacrificateur; Aploga, prince ; Grégoire Zonte , simple gouverneur ; Abinga, Gourga, Doboe, Abingato, Carié, AgoUy interprètes et gouverneurs; At»ou% prince ; Oussaga , gouverneur ; Pagne , premier valet et gouverneur; Ovalonga, Danio, Zingua, Coulasouta, Zoga; Famar, capitaine et gouverneur; Couagouga, commandant des fusiliers du roi; Agricoquoiiéa tambour-major ; Guaga, bourreau et gouverneur; Babo, oncle du roi. Chacun de ces villages en a plusieurs qui dépendent du principal; et quoique l'étendue du royaume ne soit pas bien considérable , le pavs est tellement peuplé et rempli de tant de hameaux, que tout l'État ne paraît que comme une très-grande ville divisée en plusieurs quartiers, séparés les uns des autres par des terres cultivées avec soin, qui semblent n'être que des jardins , dont le sol est d'une si prodigieuse fécondité, qu'à peine une récolte est-elle faite que la même terre est semée ou plantée sur-le-champ d'autre chose, de manière qu'on y fait trois ou quatre récoltes par an. Les pois succèdent au riz, le millet suit les pois, le mais prend la place du millet , les patates et les ignames siuvent le maïs; et le bord des haies, les revers des fossés, les pieds des murs de clôture, sont employés à planter les melons de différentes

sidérables, Jekim , Epi , Porto- Novo, Badagry. M. le comte Bouët, en visi-

espèces. On ne connaît point en ce pays fertile la nécessité de laisser reposer la terre. Ils la cultivent très-proprement par sillons; ceux des terres du roi sont plus élevés que ceux des particuliers. Des petites montagnes, si on peut se servir de ce terme, et les vallons qui sont entre deux, augmentent la superficie du terrain presque de la moitié. Le terrain, de tonte la longueur du royaume, depuis le bord de la mer jusqu'à une lieue ou environ au delà de l'Eupbrate, est tout uni et saus la moindre colline ou élévation; c'est une plaiue de quinze lieues de longueur sur trois lieues ou environ de largeur. Quand on est au delà de cette borne , le terrain s'élève insensiblement en pente douce, qui ne finit qu'à six ou sept lieues plus haut , où l'on se trouve au pied des hautes montagnes qui fout une chaîne qui borde le royaume au nord-est. On voit très-peu d'arbres depuis le bord de la mer jusqu'au delà de l'Euphrate ; encore sont-ils stériles , et ils tombent d'eux-mêmes saus qu'il paraisse aucune raison de leur chute imprévue; cependant tout inutiles qu'ils sout, ils ne laissent pas d'être respectés comme des divinités. Abattre un arbre ou couper ses branches est un crime irrémissible. — Le village de Grégoué, qui donne le nom à une des vingt-six petites provinces du royaume de Juda, est environ à une lieue et demie de la mer, après qu'on a passé la rivière de Jacquin. Il est assez considérable, et ses habitants riches, tant parce qu'ils sont tous pêcheurs et canotiers, que parce qu'ils sont voisins des forts français et anglais, qui en sont à une trèspetite distance. Les Français et les Anglais ont chacun un fort à l'ouest de ce village; celui des Français est le plus à l'ouest : il est composé de quatre bastions, avec des fossés larges et profonds, sans chemin couvert, ni glacis ni palissades, excepté à un ouvrage en forme de demi-lune qui couvre la porte, qui, outre les ventaux, se ferme avec un pont-levis. Il y a trente canons montés tant sur les bastions que sur les courtines, et principalement sur celle qui regarde le fort des Anglais. Les quatre corps de logis , qui forment une grande place d'armes carrée, servent de magasins, de logement pour les officiers et la garnison , et de captiverie. Il y a au milieu de cette place une chapelle. Ce fort est sous le commandement du lieutenant du directeur général qui réside à Xavier. La garnison n'est que de dix soldats blancs, deu.\ sergents, un tambour, deux ca-

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tank le fort de Whydah, en 1839, trouva chives qui lui fournirent la preuve dans une vieille armoire un reste d'ar- certaine que le point de Porto-Novo

nouniers et trente esclaves bain haras qui appartiennent à la compagnie. — Le fort des Anglais est à l'est de celui des Français, à une grande portée de fusil; il est carré; au lieu de bastions, ses angles sont couverts de boulevards avec des masés secs , larges et profonds , sans palissades et sans chemin couvert. Il y a un pont-levis et vingt-six canons; ils y ont une garnison à peu près comme celle du fort français, commandée par le lieutenant de leur directeur général, qui réside aussi à Xavier. Son logement, dans cette ville, est à côté de celui des Français : il n'en est séparé que par un mur qui est mitoyen. Les Portugais n'ont point de forteresse à Grégoué. Le roi de Juda leur a donné un terrain à quatre portées de fusil au sud de celui des Anglais pour y en bâtir une; ils ont eu des raisons pour ne le pas taire jusqu'à présent (1730). Leur directeur demeure à Xavier, dans une assez grande maison, à côté de celle des Français. — Mais les Hollandais n'ont point de forteresse dans cet État. Les rois de Juda n'ont jamais voulu leur permettre d'y en avoir aucune : ils connaissent ces peuples, et savent trop bien comment ils traitent ceux qui ont eu la facilité de les laisser bâtir des forts sur leurs terres, pour s'exposer eux et leurs peuples à un esclavage dont ils ne seraient pas maîtres de se délivrer quand le joug leur en paraîtrait trop pesant. Ils ont une maison à Xavierattenant le palais du roi, où leur directeur demeure avec ses commis. Au reste, les forts de Grégoué ne servent qu'à mettre à couvert les marchandises. — A la cérémonie du couronnement du roi , en 1 7*5 , le directeur français, testeur Dérigouin, occupait la première place et la plus proche du roi. Le chevalier des Marchais était assis auprès de lui et tout de suite les principaux officiers du comptoir. Au-dessous d'eux était le directeur anglais, après lui le directeur hollandais. Tous ces messieurs étaient assis et couverts. Le directeur portugais et ses officiers occupaient les dernières places et étaient debout et découverts. Comment accommoder cela avec le faste et la hauteur qui n'abandonnent jamais les Portugais? Il faut qu'ils aient tout à fait changé de nature en ce pays-là. Ce changement va si loiu , que, s'ils reçoivent quelque affront d'un nègre, ils n'osent pas le frapper, de crainte de recevoir sur-lechamp le double des coups, et peut-être quelque chose de pis, pendaut qu'ils voient les Français respectés à un point qoe si un nègre qu'ils ont maltraité avait la

de lever la main sur eux, il leur est permis de le tuer sans qu'ils soient obligés à autre chose que d'en aller donner avis au roi, et d'affirmer qu'il les a maltraités ou qu'il s'est mis en devoir de le faire. Je ne sais pas si les Anglais et les Hollandais jouissent d'un semblable privilège; ce que je sais très-certainement, c'est que les Français ont le pas sur tous les Européens, que le roi les reçoit avec une distinction toute particulière, etque, dans toutes les cérémonies où les nations européennes se trouvent, le pavillon de France a le rang d'honneur et marche toujours le premier. Les déférences que l'on a pour la nation s'étendent jusqu'au capitaine Aisou, qui en est le protecteur et est assis à terre selon le rang qu'il tient dans le royaume, pendant que tous les autres grands et princes , sans excepter même le grand sacrificateur et Les protecteurs des autres nations sont prosternés tout de leur long le visage contre terre. Le sieur Dériguoin, directeur général de la compagnie de France, faisait presque toutes les affaires de l'Étal; il passait souvent les nuits tète-à-téte avec le roi à régler une infinité de choses que les grands lui recommandaient , et il vivait avec le roi père et prédécesseur de celui qui fut couronné en 1735 , et avec celui qui règne à présent, et qui lui est redevable de la couronne , il vivait, dis-je, avec ces princes dans une si grande union, qu'il pouvait passer non-seulement pour leur premier ministre, mais pour leur ami intime, pour le dépositaire de tous les secrets de l'État, sans l'avis duquel les rois ne faisaient pas la moindre chose : aussi son autorité était-elle montée au point, que , connaissant le mauvais naturel du fils ainé du roi, qui devait lui succéder, il fit mettre sur le troue le cadet , et obligea tous les grands à consentir à ce changement dont il n'y avait jamais eu d'exemple.

« On s'étonnera avec raison qu'un aussi petit royaume que celui de Juda fournisse, tous les ans, seize à dix-huit mille esclaves; cela est pourtant exactement vrai. — Il ne parait pas que nos premiers navigateurs normands, qui ont découvert les côtes de l'Afrique, et qui ont frayé aux autres nations européennes le chemin des Indes-Orientales par le cap de

dans les royaumes d'Ardres et de Juda. Nous n'avions point alors de colonies à l'Amérique où nous eussions besoin d'esclaves pour les faire valoir. Les compagnies de Dieppe et de Rouen ne s'attachaient qu'au commerce de

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était une dépendance de l'établissement français de Whydah. Badagry,

la maniguetle, de l'ivoire, de la poudre d'or et de la gomme, que l'on ne trouve plus dès qu'on a passé la rivière de Volta. Ils négligèrent par ces raisons ces deux royaumes, et n'établireut leur commerce que dans les royaumes qui sonl à l'ouest de la Volta , et ensuite dans ceux de Bénin et de Congo , où ils trouvèrent de l'or et de l'ivoire. — Les Portugais, qui profitèrent de la déroute de nos compagnies et de notre commerce , ayant aussi profilé de nos établissements dans le Brésil , comprirent qu'ils avaient besoin d'esclaves pour les faire valoir, d'autant que les Indiens ne se trouvaient pas propres à ces sortes de travaux. Us en firent venir des endroits de l'Afrique où ils avaient des établissements. Les Français, les Anglais et les autres Européens firent la même chose, et c'est ainsi que le commerce des esclaves s'est établi en Afrique, et sans ces secours les colonies seraient tombées, ou, si elles s'étaient augmentées en nombre d'hommes blancs , elles n'auraient pas pu entreprendre les manufactures de sucre, qui font les richesses du pays, mais qui demandent un grand nombre d'hommes , et d'hommes capables de résister à ces travaux. Les Anglais devancèrent les Français dans le trafic des esclaves aux côtes d'Afrique, les Français les suivirent; il se forma des compagnies pour cette traite. Les premiers établissements africains vinrent du Sénégal, du cap Vert, de la rivière de Gambie, de celle de Sierra*- Leone, et enfin de la côte de Guinée. Le commerce des esclaves, à l'est de la rivière de Volta , n'était ouvert que dans le royaume d'Ardres, vers l'année 1660. Les Français ne s'étaient pas établis à Juda avant ce tempslà. Les peuples de ce royaume les reconnaissent comme ceux à qui ils doivent tout ce qu'ils font par rapport au trafic : et par un retour de reconnaissance, ils donnent le pas et la préférence à la nation française, ils la distinguent en toutes les occasions, ils lui donnent, autant qu'il est en leur pouvoir, tous les avantages du commerce; et si nos compagnies n'y ont pas mieux fait leurs affaires jusqu'à présent , c'est assurément leur propre faute. — La guerre qui s'éleva entre les nations européennes établies dans le rovaume de Juda, an commencement de ce siècle , ayant fait craindre au roi de Juda que son pays n'en devînt à la fin le théâtre, et que son commerce ne fût détruit , ce prince fit assembler dans son palais, au mois de septembre 1714, les chefs et les principaux de ces quatre nations, et leur dit qu'il pe voulait point en-

autre grand port de traite, est situé à cinquante-cinq milles dans Test de

tendre parler de leurs différends chez lui; qu'il prétendait que le commerce fût libre à tous ceux à qui il l'avait ouvert, non seulement à terre, mais encore en rade et même à la vue de la rade ; qu'il fallait , s'ils voulaient continuer leur commerce , qu'ils convinssent d'une parfaite neutralité dans les lieux que je viens de marquer, et qu'ils s'engageassent solidairement pour les armateurs de leurs nations. Cette proposition déplut infiniment aux Portugais, aux Anglais et aux Hollandais ; comme ils étaient tous trois ligués contre la France, ils se croyaient assez forts pour ruiner complètement le commerce qu'elle taisait dans le pays. La fermeté de ce prince les obligea de donner les mains au traité de neutralité: on en dressa les articles, qui furent signés et qui ont été depuis ratifiés par tous les nouveaux directeurs et autres principaux officiers qui viennent daus le pays ; les voici : Article r. Il ne sera permis de prendre aucun navire en rade de Juda, ni même à la vue de Juda , ni de s'inquiéter ou instdler dans ladite rade, à peine de payer par le directeur de la nation contrevenante lotit captifs mâles à t offensé et à son clwix. Ceci se doit entendre, si deux navires venant de la mer, que Pun prit ? autre à la vue de la rade; comme aussi s'il arrivait quelque dispute en rade entre deux navires de différente nation qui y seraient mouillés, — Article a. Si un navire étant en rade aperçoit un navire à la vue qui viendrait pour mouiller , appareillait pour courir dessus et le prendre , et qu'il te prit et t amenât en rade : le directeur de la nation de l'agresseur sera obligé de payer huit captifs mâles au choix de l'offensé pour chaque pied de quille du vaisseau de la nation de l'offensé pour dommage suivant la visite qui en sera faite par gens connaisseurs, en présence d'un valet du roi, qui rapportera la mesure au roi. — Article 3. Que tous les capitaines de vaisseaux qui viendront en rade seront obligés de signer le présent traité avant que d'y faire aucun commerce, ou le directeur de leur nation pour eux, o peine ae payer un captif maie au roi. — Article 4. Si un capitaine fatt quelque pillage en rade , soit en temos de guerre ou de paix en Europe , lorsqu'il sera prit de partir pour t Amérique après avoir fait la traite, le directeur de T agresseur payera le dommage à [offensé sur le rapport qu'il fera avec son équipage. — Ar» ticle S. Voulons que toutes les nations d'Europe vivent en paix et en bonne intelligence

GUINÉE

Whydah , par 6° 26' de latitude nord, et par 3° 14' de long. La ville s'élève sur

en terre et en rade sans retenir aucun domestique, eselaves ou gens des équipages des 'vaisseaux, à peine de payer par tes contrevenants, au profit des plaignants, quatre écus d'or, par jour, par homme, pendant tout le temps de la détention. — Et si aucuns de nos sujets insultent ou volent aucuns des Européens, permettons à ceux qui Us prendront sur le fait de les tuer ou Us prendre pour captifs, à condition qu'ils nous informeront des cas. — Article 6. En temps de guerre en Europe , aucun navire ne partira de la rade en même temps qu'un autre, mais vingtquatre heures après; en cas que l'on contrevienne à cet article, U directeur de la nation contrevenante parera dix captifs mâles au roi. Tous les articles ci-dessus ont été arrêtés chez le roi , en sa présence, celle des grands de son pays, et des directeurs des nations, capitaines et officiers qui ont été appelés, et ce pour le temps de vingt-quatre mois, à commencer de ce jour , afin que chaque directeur ait le temps d'en informer son roi , et afin de faire savoir au roi de Juda si les puissances d'Europe agréent ce traité , le roi de Juda se faisant fort cependaut de maintenir tout en paix pendant ce terme. La minute du présent traité restera entre les mains du roi. Fait à Xavier, royaume de Juda, dans la grande salU d'audience, U sixième septembre 1714. Signé Armar , roi de Juda , Gomel , Wemhrok , DuficU , Pcrrère, Doublet, Férondat, Adrien Démont, U chevalier des Marchais , U chevalier du Tôt. Et plus bas : Ce trai<* a été renouvelé par les sieurs Dusert, Bourgolle, Noircourt et Dérigouin, directeurs français, avec Jean Bodin, le Prince, Abraham, Ingol Grafe, et Brugement. Ce traité a été exécuté si exactement par toutes les nations établies à Juda , que depuis ce temps-là elles ont vécu ensemble dans une grande union, sans qu'il se soit passé entre elles la moindre chose qui ait troublé leur commerce.

u Or, comme tout le commerce ne regarde que l'achat des captifs que l'on transporte aux îles et terre ferme de l'Amérique , pour faire valoir les manufactures qu'on y a établies, il est à propos de faire connaître les marchandises et la quantité que l'on en donne par tête de captif. Prix des captifs : Bouges ou Cauris , le poids de cent quatre-vingts livres pour un homme. — Eau-de-vie en ancre, quatre jusqu'à cinq pour un homme. — Toiles platilles, quarante à cinquante pièces pour un homme. — Poudre de guerre , trois

la rive septentrionale de la lagune, à un mille et demi environ de la mer. Le décents livres, idem. — Fusils ordinaires, vingtcinq à trente pour un homme.— Barres de fer longues, quarante à quarante-cinq pour un homme. — Chiffes de Pontichéri , douze à

Îuiuze pour un homme. — Guinées bleues , ouze pour un homme et dix pour une femme. — Guinées blanches, idem. — Saiampouiïs blancs, idem. — Sala m pouris bleus, idem. — Pipes à fumer d'Hollande longues, vinçt grosses pour un homme. — Tapsols, seize pièces pour un homme et dix pour une femme. — Nicanés, idem. — Baflas, idem. — Limineas , idem. — Mouchoirs de Pontichéri, idem. — Les bouges ou cauris , qui sont des coquilles que l'on pêche aux îles Maldives, sont la monnaie courante du pays. Voici comme on les compte : On appelle une toque de bouge le nombre de quarante bouges enfilés. Une gualline de bouges vaut cinq toques ou deux cents bouges. Une cabèclie de bouges vaut viogt gualliues ou quatre mille bouges. Il faut, suivant le cours du marché, dix-huit à vingt cabèches de bouges pour faire le prix d'un captif, c'est-à-dire soixante-dix mille ou quatre-vingt mille bouges, qu'on estime peser cent quatre-vingts livres, poids de Paris. — Avant de commencer la traite des captifs pour en charger un vaisseau, il faut payer certains droits sous le nom de coutumes , tant au roi qu'aux grands du pays, et prendre d'eux un certain nombre de captifs, dout même on n'a pas le choix. Ces droits ou coutumes ne changent jamais, et personne n'en est exempt : Au roi , vingt-quatre mesures de bouges, qui pèsent ensemble mille quatre-vingts livres; aux capitaines, aux grands, deux cent vingt-cinq livres; au tonnelier du roi, deux poignées (cinq livres), en tout mille trois cent dix livres. — Plus à celui qui annonce la permission de traiter, un pot d'eau-de-vie. Après quoi, on est obligé de prendre et de marquer au roi trois captifs, au capitaine Carte deux , au capitaine Agou deux , au capitaine Assou deux. Pour l'ordinaire, ces neuf captifs n'en valent pas un bon, étant tous vieillards ou vieilles femmes ; mais c'est une nécessité de les prendre et de les payer comme bons. Après avoir marqué ces neuf captifs, on est encore obligé de donner un pot d'eau-de-vie à celui qui a annoncé que la traite est tout à fait ouverte. C'est ce qu'on appelle le droit de gongon (cloche de fer avec laquelle, après trois coups de canon, on annonce que la traite est ouverte). On se sert pour marquer les captifs qu'on achète d'une lame d'argent mince , contournée de manière qu'elle représente les lettres ou

L'UNrVERS.

barquement est dangereux en cet endroit, la mer vient y briser avec bruit contre le

les armes de la compagnie, ou des particuliers qui traitent les captifs. On choisit pour cette application ou le gras du bras ou le côté de l'estomac. Chaque nation ou chaque particulier acheteur a sa marque et le lieu pour l'appliquer. — Autres droits qu'il faut payer après que la traite est achevée : Au roi , pour les prisons où il fait garder les captifs qu'on a marqués, et dont il répond, un captif. Aux trois capitaines marqués ci-dessus, chacun une pièce de soie, contenant six à sept aunes; on appelle ce présent la pagne. Au capitaine Agou, interprète, un captif. Au conducteur des marchandises, un captif. Au conducteur des captifs, un captif. A la blanchisseuse, un demi-captif. Ces quatre captifs et demi se payent en marchandises, le moindre prix, aussi bien que les pagnes de soie, lorsqu'on n'en a point pour les donner en espèces. Plus au capitaine de l'eau, un captif. Aux routeurs d'eau, quarante bouges par barrique. Aux porteurs de marchandises, cent vingt bouges par homme, et par hamac deux guallinesetdeux toques ou quatre cent quatre-vingts bouges. Ces droits étant payés, on peut partir.

« Les Araaes sont les meilleurs esclaves que l'on traite au royaume de Juda et d'Ardres ; il ne faut pas les confondre avec les naturels du royaume d'Ardres ; ils n'en viennent point. Ils sont amenés dans celui de Juda, d'un pays qui en est au nord-est environ à cent ou cinquante lieues. Ils sont bonnes gens, dociles, fidèles, adonnés au labourage , affectionnés à leurs maîtres; l'esclavage ne leur fait que très-peu de peine, parce qu'ils y sont nés. Les hommes , les femmes et les enfants à la mamelle sont marqués de petites incisions aux joues. Ceux qui sont esclaves des grands de leurs pays ont des découpures autour du front. — On reconnaît les Nègres Nago à de longues raies qu'ils ont au front, dont l'assemblage forme grossièrement les figures de quelques animaux : ces Nègres sont bons pour le travail ; il y a peu de différence entre eux et les Arabes. — Les Nègres Foin sont mauvais; ils sont sujets à s'étouffer, à manger de la terre pour se faire mourir. Ils se chagrinent aisément ; ce que les Levantains appellent prendre fantaisie. Dès que le chagrin s'empare de l'esprit des Nègres, ils s'asseoient par terre les coudes sur les genoux et la tète entre leurs mains, et en trois ou quatre jours ils meurent, supposé même qu'ils ne prennent pas le parti de se renverser l'extrémité de la langue dans la trachée-artère et de s'étouffer. Ce sont des gourmands,

rivage, et le ressac est très-redoutable. La lagune est distante de la mer d'un

des paresseux et des voleurs en titre d'office. On les reconnaît à plusieurs scarification* qu'ils ont aux tempes. — Les Nègres Tébou sont encore plus mauvais que les précédents; ils ne valent absolument rien, a moins qu'on ne les prenne quand ils n'ont que dix ou douze ans. On les reconnaît à plusieurs grandes scarifications qu'ils ont sur les joues; ils en ont aussi de travers sur la poitrine et sur le ventre. — Les Nègres Guiamba approchent si près des deux nations dont nous venons de parler, qu'on peut les regarder comme n'en faisant qu'une par leurs mœurs et par leurs inclinations. — On a donné le nom de Malais aux esclaves que les Malais amènent vendre à Juda. Nous parlerons des Malais en un autre endroit. Ce que nous pouvons dire ici des esclaves qu'ils amènent a Juda , Ardres et Jacquin , c'est qu'ils ne sont pas de la nation des Malais, car ces peuples ne se vendent point les uns les au- U*es. Ils achètent ceux qu'ils amènent des royaumes où ils vont trafiquer et, quelques marques qu'ils aient, pourvu que ce ne soient point celles des Tébou et des Guiamba , on peut les prendre en assurance. Ils viennent de fort loin. Il y en a qui ont été trois mois entiers en chemin avant dé se rendre au bord de la mer. Ces Nègres sont lort accoutumés au travail et aux plus grandes fatigues. Les marchands de Juda et d'Ardres les savent bien distinguer des autres, et les tiennent toujours à plus haut prix {Voyez ibid., pages 273-283 un chapitre intitulé : D'un peuple appelé Malais ). — Les Nègres^Ayois sont tous guerriers, hardis, braves, entreprenants; ils sont robustes; ils aiment le travail et le supportent plus qu'aucune autre nation. On les reconnaît à des raies qui commencent aux yeux et qui finissent aux oreilles, qui les rendent effroyables. Tous les Nègres les craignent ;

311 and on en a dans un vaisseau , il Faut se éfier d'eux ; un seul est capable de faire soulever tous les autres. — On appelle Minois les Nègres qui sont du royaume de Saint-George de la Mme; pour l'ordinaire, ils ne sont pas propres au travail de la terre, parce qu'ils n'y sont pas élevés dans leur pays, mais ils sont excellents pour domestiques et pour des métiers. — Les Nègres Aquéras sont de trèsbons sujets; on les connaît à des découpures

Îu'ils ontsurledos et sur la poitrine en forme e lézards et de serpents. — Le Commerce des esclaves est l'unique ou presque l'unique qu'on fasse à Juda. Le pays ne produit point d'or comme cette côte riche dont on a donné la description ci-devant ; il y en a pourtant, mais

GUINÉE

mille à peu près ; dans l'intervalle s'étend une plaine sablonneuse couverte

il vient du Brésil : c'est la seule marchandise que les Portugais du Brésil y apportent pour la traite des esclaves. Ils n'ont point de marchandises d'Europe comme nous , si ce n'est quelques indiennes et des épiceries. Ou peut pourtant se persuader que le commerce que les Nègres de Juda font au nord et au nordest de leur pays y apporte de l'or , vu la quantité que l'on y en voit , qui est assez considérable pour que les Européens en enlèvent assez souvent d'assez grosses parties. Je crois qu'on peut regarder ce commerce de l'or comme les parties casuelles des directeurs et des principaux officiers , dont ils ne font part a la compagnie qu'autant qu'ils le jugent à propos pour lui persuader qu'ils ne profitent pas tout seuls. Pour ce qui est de l'ivoire, on en trouve peu et très-rarement à Juda ; le pays est trop découvert pour y attirer les éléphants. Les Nègres qui vont traiter dans les terres apportent quelques dents , que l'on emploie presque toutes dans les pays à faire des trompettes, des fiâtes et d'autres instruments. On y trouve quelques petites dents de chevaux marins, blanches et saines à la vérité , mais petites ; encore est-il incertain si on trouve de ces animaux dans les rivières de Jacquin et d'Eophrate, qui ne se jettent pas directement dans la mer, mais dans la rivière de Volta.

« Le chevalier des Marchais a remarqué, dans les différents voyages qu'il a faits en Juda, que les Nègres étaient assez disposés à recevoir la foi malgré l'ignorance où ils vivent , leur insensibilité pour les choses qui ne tombent pas sous les sens , et leur libertinage au sujet des femmes. Il assure que , malgré la vénération si marquée qu'ils ont pour le grand serpent et pour sa très-nombreuse famille, ils reconnaissent un être suprême, créateur de toutes choses, infiniment plus grand et plus puissant que le serpent. Ils disent qu'il habite dans le ciel, d'où il gouverne tout l'univers. Ils ont recours a lui dans les grandes calamités publiques; il est vrai pourtant que ce n'est qu'après qu'ils ont inutilement invoqué le serpent. On se souvient encore que le capitaine Aasou, qui vit encore aujourd'hui, offrit au dieu du ciel un sacrifice d'hommes el d'enfants pour obtenir la santé à son père. Ces dispositions parurent excellentes aux Français qui s'établirent en ce royaume en 1666 et 1667. Us crurent qu'ils pourraient y faire connaître le vrai Dieu, et y introduire la religion. M. du Casse, qui est mort lieutenant général des armées navales du roi, y conduisit deux pères ca-

d'une légère couchede gazon. A Badagry, la lagune offre l'aspect d'une belle et

pucins sur le vaisseau ia Tempête, en 1667, qui apprirent si parfaitement la langue du pays, en moins de rien, qu'ils prêchaient sans interprète et qu'ils travaillaient avec tant de succès à convertir les peuples, que le roi, qu'ils avaient convaincu de l'extravagance de ses superstitions, était prêt de recevoir le baptême, ce qui aurait elé suivi de la conversion de tout son peuple, lorsque d'autres Européens, établis au même royaume et d'une religion bien opposée à la nôtre, crurent que la perte de leur commerce était infaillible, et qu'ils seraient chassés du pays si le roi et le peuple embrassaient la religion catholique. Ils cabalèrent donc si bieu et firent tant de présents aux marabouts, qu'ils excitèrent une sédition contre ces deux excellents prédicateurs de la vérité, de manière que, la veille du jour que le roi devait recevoir le baptême qu'il demandait avec instance , le peuple , sé» duit par ces indignes chrétiens, se souleva, mit le feu à la chapelle, assiégea le palais du roi, et aurait immolé les capucins à leur fureur , si le roi ne les eût sauvés dans son palais. Ce prince, intimidé par cette révolte et craignant de perdre son État et sa vie, promit aux marabouts de demeurer dans la religion de ses ancêtres, de ne plus penser à se faire baptiser, et de renvoyer sans délai ces deux missionnaires. Ces malheureuses conditions remirent la paix dans l'État. Un des deux capucins mourut quelques jours après ; les uns disent que ce fut de chagrin, les autres assurent qu'il fut empoisonné. Son compagnon fut contraint de s'embarquer, et ainsi fut abandonné l'ouvrage de la eonversion de ces peuples. La compagnie française de 1664 voulut faire une seconde tentative, et montrer que la gloire de Dieu lui était pour le moins aussi chère que son commerce. Elle chercha d'autres missionnaires, et elle en trouva aisément : deux jacobins se présentèrent en 1670. Comme ils avaient appris la langue du pays avant de partir d'Europe et dans la traversée, ils se trouvaient en état de prêcher presque en arrivant; mais les mêmes Européens recommencèrent à cabaler contre eux, et y réussirent si bien, qu'ils ne purent jamais avoir audience particulière du roi ni des grands, ni être écoutés , quand ils se mettaient en devoir de parler en public. Ils moururent dans le pays, empoisonnés comme le capucin. Cette tentative a été la dernière qu'on a faite pour introduire la foi dans ce pays malheureux. La déroute de la compagnie de 1664, qui finit en 1674, et les divers changements qui sont

L'UNIVERS

grande rivière, elle peut avoir un demimille de largeur ; son eau est très-fraîche

arrivés dans celles qui lui ont succédé, ont fait oublier ce pieux dessein. On s'est contenté d'entretenir jusqu'à présent un aumônier pour administrer les sacrements aux employés de la compagnie, qui souveut ont élé privés de ce secours.

« Du Royaume d'Ardres. Ce serait en vain que les peuples du royaume de Jnda prétendraient ne noiut dépendre de celui d'Ardres; leur dépendance est trop marquée par les deux actes suivants : un des grands du royaume d'Ardres, de temps immémorial, a droit de couronner les rois de Juda; celte prérogative est affectée* au chef d'une certaine famille. On l'amène donc dans ces occasions avec toute sa suite ; on le défraye par le chemin, et on lui fait tous les honneurs imaginables. Lorsqu'il est arrivé à deux lieues de Xavier, il trouve des logements neufs qu'on lui a j) réparés; et comme s'il avait besoin d'un grand repos , après avoir fait un voyage de quinze à vingt lieues, on l'y laisse pendant quarante jours, après qu'on lui a déclaré cju'il ne doit point venir à Xavier, ni pas un de sa suite, jusqu'à la fin de ce terme. Pendant ce temps-là il est visité et régalé par les grands du royaume. Le roi lui envoie à manger deux fois le jour avec une abondance et une magnificence toutes royales. Les quarante jours expirés, le roi envoie un grand pour le convier de venir à Xavier. Le grand d'Ardres répond qu'il est prêt à faire ce que le roi de J uda demande de lui , mais qu'avant toutes choses il faut qu'il soit assuré , de la part du roi d'Ardres son maître, que le roi de Juda a fait réparer la porte principale de la ville d'Offra, capitale du royaume d'Ardres, comme le roi de Juda y est obligé/selon les anciennes conventions des deux royaumes. Le roi de Juda , ayant reçu cette réponse, envoie des experts à Offra pour faire les réparations nécessaires , à la porte de cette ville. Ils les font en dili- ( gence , et reviennent avec un officier du roi d'Ardres, qui assure, de la part de son maître, le grand qui doit faire le couronnement, que la porte est réparée, et que rien ne l'empêche d'achever la fonction pour laquelle il a été appelé. C'est un hommage que les peuples de Juda rendent au royaume d'Ardres à chaque mutation de roi , et dont on ne voit point qu'Us aient jugé à propos de se dispenser jusqu'à présent, quoiqu'ils soient fort en élal de le faire, et que tout le monde convienne que le royaume de Juda , quoique bien plus petit que celui d'Ardres, lui est pourtant supérieur eu valeur et en nombre de

et très-profonde, en sorte que les habitants des environs sont abondammeut

troupes. — Le royaume d'Ardres était autrefois bien plus puissant qu'il ne l'est à présent. Il s'étendait jusqu'à la rivière de Vol ta , le long de la côte , avant que ceux de Popo et de Juda se fussent soustraits de son obéissance. U ne laisse pas d'être encore aujourd'hui très-considérable et d'une grande étendue, puisqu'il renferme ses États du côté du nord et qu'il va jusqu'à la rivière de Bénin. Les Européens qui commercent dans cet État n'y connaissent que deux villes : Offra, qui est à cinq lieues ou environ du bord de la mer, et à sept lieues à l'est de Xavier et d'Ardres; Arda ou Assem, oui est la capitale, à sept lieues au nord-est d Offra. Bien des gens confondent Jacquin avec 0[fray et ib n'ont pas tout à fait tort ; car ces deux lieux sont très-voisins; et la ville d'Offra s'étant extrêmement augmentée depuis ciuquante à soixante ans, elles se sont trouvées unies à ne faire qu'une ville, que les Européens nomment indifféremment Offra ou Jacquin , et

S lus communément Jacquin qu'Offra. C'est ans cette ville que demeure le vice-roi du royaume, et où les Européens qui trafiquent ordinairement dans le pays ont leurs comptoirs et leurs magasins. Mais les rois d'Ardres n'ont pas voulu permettre à aucune des nations européennes de bâtir des forts, de crainte qu'ils ne se rendissent maîtres du pays et n'y fissent ce que les Hollandais établis à la Mine ont fait dans ce pays-là , qu'ils se sont rendu tributaire. Ce n'est que depuis quelques années que le roi d'Ardres, jaloux des richesses que le commerce répand dans le royaume de Juda, a permis aux seuls Français de bâtir un fort au nord de la mer , dans un lieu dout il leur a fait présent, espérant attirer chez lui, par cette distinction, le commerce qu'ils font à Juda. La compagnie n'a pas encore jugé à propos de songer à faire celte dépense. Elle n'entretient pas même à Jacquin un comptoir considérable, soit qu'elle se soit bornée au commerce qu'elle fait à Juda, soit que le mauvais air de la côte d'Ardres lui fait appréhender de perdre beaucoup de commis sur cette côte extrêmement malsaine. — On trouve sur le bord de la mer un village de peu de cases, habité par des pécheurs et des canotiers. On s'en sert aussi pour porter des marchandises à Jacquin ou Offra , de même que pour porter \cs hommes dans des hamacs, comme à Juda. Ce petit village, appelé Praya, a un gouverneur ou fidalque, c'est-à-dire noble ou gentilhomme , que le roi d'Ardres y établit pour admiuis-

GUINÉE

pourvus de cet objet de première nécessité. Le révérend W: Allen y observa des

trer la justice et faire exécuter ses ordres. Le nom de fidatque ou fidalgo est portugais, marque que les Portugais ont eu des établissements dans cet État, comme ils sont encore dans les royaumes de Bénin, d'Angola et de Congo, qui sont très-considérables, et situés à l'est ou au sud de celui d'Ardres. La langue portugaise, corrompue, s'y est conservée jusqu'à présent et a produit un jargon ou langue franque que presque tout le peuple entend et parle; de sorte que ceux qui savent le portugais n'ont pas besoin d'interprète dans cet État — Les mœurs, les coutumes et la religion de ces peuples sont presque les mêmes que ceux de Juda, excepté qu'ils n'adorent pas le serpent : au contraire, ils cherchent les serpents doux et polis, les tuent et les mangent. Après cela, il ne faut pas s'étonner si ces serpents se sont retirés et se sont donnés à ceux de Juda , chez lesquels ils ont trouvé non-seulement de l'humanité, mais qui les ont pris pour leurs divinités ; et leurs chefs , pour leur dieu principal. — Je crois faire plaisir au public en lui rapportant ici eu abrégé la relation du voyage que les Français y firent en 1670 pour y établir le commerce des esclaves , dont la compagnie de i664 avait besoin pour faire valoir les îles de l'Amérique que le roi lui avait cédées. Elle fit équiper deux vaisseaux au Hâvre de Grâce , la Justice et la Concorde. Le sieur d'Elbée, commissaire ordinaire de la marine du roi , fut nommé commandant de ces deux navires; il montait la Justice, et avait sur son bord le sieur du Bourg , qui devait être commandant du fort et du comptoir qu'on projetait d'établir sur la côte d'Ardres. Dans le nombre de commis que la compagnie envoyait à Ardres et aux îles, il se trouva un Hollandais nommé Carlof , qui connaissait le pays , et qui y avait fait d'assez bonnes habitudes , pendant qu'il était au service des Hollandais, pour pouvoir être utile à la compagnie française, an service de laquelle il était entré. Ces vaisseaux mouillèrent à la rade d'Ardres le 4 janvier 1670; le lendemain le sieur Carlof vint mettre à terre, et se fit porter à Oflra. Il avait appris à Praya par le fidalque que les Hollandais, avertis du dessein des Français, faisaient sous main tous leurs efforts pour les traverser , et pour ruiner entièrement leur entreprise. Le second commis des Hollandais ne laissa pas devenir à bord de la Justice; de complimenter le sieur d'Elbée, et de lui faire un présent de viandes fraîches. On reçut avec civilité son compliment et son présent. Le a 7 janvier

18e Livraison. (Guinée.)

tles flottantes sur lesquelles croissaient des arbustes et des plantes ; quelques-

le sieur du Bourg eut audience du roi à Assem. Il y parut comme ambassadeur, et en celte qualité il fut introduit par le prince fils du roi, le grand marabout et les deux grands capitaines du commerce et de la cavalerie. Le roi le fit asseoir sur un lit de coton qui était à côté du fauteuil sur leqnel il était assis; il fit son compliment en portugais. Quoique le roi parlât et entendit en perfection celte langue, il se fit tout expliquer par ses deux interprètes, qui étaient à genoux à ses pieds. Après que le roi eut répondu obligeamment au compliment du sieur du Bourg, celui-ci lui présenta le carrosse et les autres présents que la compagnie lui envoyait; après quoi il lui demanda permission de bâtir une loge à Offra , avec promesse que la compagnie enverrait régulièrement quatre vaisseaux toutes les années pour faire le commerce dans ses États. Le roi lui répondit qu'à l'égard du commerce les Hollandais envoyaient à ses côtes plus de vaisseaux qu'on n'y en pouvait charger; que l'année dernière il en était parti sans charge, qu'il y en avait actuellement six en rade et quatre au château de la Mine qui n'attendaient que l'avis de leurs commis pour y venir, et qu'ainsi il ne manquait ni de vaisseaux ni de marchandises; que les Hollandais lui avaient fait des offres très-avantageuses pour contracter une alliance plus étroite avec lui et avoir seuls le commerce dans ses terres ; ce qu'il aurait dû avoir fait, ayant remarqué que les Anglais semblaient avoir négligé son commerce, et que les Français qui y étaient venus dans lés temps passés n'avaient pas été plus exacts à tenir leur promesse, ce qu'on ne pouvait pas reprocher aux Hollandais ; que, malgré cela, les grandes choses qu'il avait entendu dire du roi de France et de l'attention d'un de ses ministres pour le commerce lui avaient fait naître le désir de mériter l'estime d'un si grand monarque en traitant favorablement ses sujets; que pour cet effet il avait donné ordre à son grand capitaine de commerce de faire bâtir une loge pour les Français à Offra, de les protéger en toutes choses, et de favoriser leur commerce de tout son pouvoir. Le sieur du Bourg, étant tombé malade, laissa le soin du commerce au sieur Carlof; celui-ci poussa le prix des esclaves jusqu'à dix -huit narres la pièce, quoiqu'il u'eût jamais passé douze barres. C'était une politique afin de faire tomber le commerce des Hollandais , qui aimèrent mieux ne plus traiter que de manquer à faire sur leurs marchandises le gain qu'ils avaient coutume d'y faire. Le

f /UNIVERS.

unes avaient dix verges de diamètre, et s'avançaient avec une rapidité de trois

sieur Carlof traita environ trois cenls esclaves du prince, du grand marabout et des grands capitaines, et il conduisit les esclaves à bord des vaisseaux ; le sous-capitaine du commerce y en conduisit soixante- quinze de la part du roi pour le prix des marchandises qu'il avait prises. Le 8 février on publia partout la liberté du commerce d'esclaves que la compagnie avait obtenue du roi; et comme elle se trouva établie dans la loge qu'il lui avait fait bâtir, les receveurs du roi firent payer les droits du roi à Offra comme on les avait payés à Assem. Il n'y eut que pour la traite particulière du roi qu'on n'exigea rien. Le vaisseau ta Justice se trouva chargé le premier mars , et il aurait été en état de faire route s'il n'avait fallu faire celle du vaisseau la Concorde. Le sieur d'Elbée crut que pour l'avancer il était à propos de faire un voyage à la cour. Il supplia le roi de lui permettre de faire bâtir une loge à la française, attendu que celle qu'on avait bâtie était trop petite , et qu'elle manquait de plusieurs commodités. Il le supplia ensuite de donner ses ordres pour la sûreté du directeur et des commis qu'il laissait à Offra. Le roi lui répondit qu'il prenait ces officiers sous sa protection, et qu'il aurait un soin tout particulier qu'ils fussent contents et dans une entière sûreté ; qu'il allait donner ses ordres aûu que les débiteurs s'acquittassent en vingt-quatre heures de leurs obligations, sachant le préjudice qu'un long retardement apporterait aux vaisseaux; qu'à l'égard de la loge d'Offra, il allait donner ordre à son fils et à ses deux grands capitaines de s'y transporter , d'en faire augmenter les bâtiments tant qu'il serait nécessaire; mais qu'il ne pouvait

Îrs lui permettre d'en bâtir une à la manière 'Europe. Yous en ferez une, lui dit le roi, dans laquelle vous placerez d'abord deux petites pièces de canon, l'aanée prochaine vous y eu mettriez quatre , et en peu de temps votre loge se transformerait en une forteresse qui vous rendrait maîtres de mes Étals. U accompagna ce discours de comparaisons justes et spirituelles , avec un air doux et enjoué, qui ne permettait pas d'être mortifié du refus honnête et politique qu'il faisait. — Les Hollandais avaient regardé avec une extrême jalousie le commerce que les Français s'ouvraient dans le royaume d'Ardre* ; la manière dont le roi les avait reçus et ce qu'il avait fait en leur faveur leur faisaient craindre que leur commerce ne souffrit une grande diminution, ils avaient cabale autant qu'ils avaient pu en secret sans oser éclater, parce

milles à l'heure. La ville de Badagry ellemême est une Ile, bornée au sud par la

que les deux navires français qui étaient en rade les tenaient en respect : mais un de ces navires ayant mis à la voile, et celui qui restait ayant perdu son capitaine, le sieur Jamain , dont ils connaissaient la valeur et l'expérience, et ayant été renforcés de doux navires de leur nation, ils crurent qu'ils pouvaient, sans trop risquer, faire un affront â celui qui était en rade et aux employés de la compagnie qui étaient à Offra, et qui avaient un magasin à Praya , sur le bord de la mer. Us prirent pour prétexte que les Français avaient un pavillon devaut leur magasin, à Praya, ce qui ne devait être permis qu'à leur nation. Sur cela leur premier commis, accompagné des capitaines de leurs vaisseaux, et d'autres vinrent pour ôter le pavillon de France , qui par la situaliou des magasins des deux nations se trouva à la droite du leur. Le sieur Mariage, principal commis du directeur du comptoir, s'étant trouvé par hasard à Offra avec quelques-uns de ses officiers et ceux qui descendirent en diligence du vaisseau au signal qu'on leur en fit, empêcha cette violence , et le fidalque ou commandant du village , y étant accouru, empêcha les voies de fait qui allaient commencer , et remontra aux uns et aux autres qu'ils offenseraient le roi son maître. La fermeté du fidalque ralentit la fougue des Hollandais, et les obligea de s'en remettre au jugement du roi. Cette affaire embarrassait beaucoup le roi et son conseil. Il arriva encore un autre incident qui pensa ensanglanter la scène. Quand il fut question d'aller à l'audience , le commis hollandais prétendait le pas et la droite sur le sieur Mariage. Celui-ci se content a de dire que si le Hollandais se mettait en devoir de le précéder, il lui passerait son épée au travers du corps. Le prince fils aîné du roi prévint ce qui allait arriver en présentant sa main droite au Français , et sa gauche au Hollandais, et les conduisit ainsi de front à l'audience du roi son père, qui, imitant l'expédient que son fils avait trouvé , fit placer le Français sur une natte à sa droite, et le Hollandais à sa gauche. Puis il décida! que c'était à leurs maîtres à* régler les préséances et l'avantage des pavillons, et il leur défendit d'en mettre, ni de se rien demander le« uns aux autres , jusqu'à la décision de leurs maîtres. Et parce que, ajouta-t-il , je suis bien aise d'être informé amplement de la grandeur du roi de France , et de le faire assurer de mes services, je nomme pour mon ambassadeur auprès de lui mon interprète royal Maileo Lopès; et s'adressant au sieur Mariage ; « Il

GUINÉE

lagune , à l'est , au nord et à l'ouest par un marais très-étendu qu'on ne peut tra-

« en aurez soin, el que vous le conduirez au plus « tôt à la cour de votre monarque. » On voit par les noms de l'ambassadeur, qui «ont portugais, le crédit que cet peuples avaient eu dans Je royaume d'Ardre* , où ils avaient introduit leur langue, leurs coutumes, et où il y a apparence qu'Us avaient fait fleurir la religion chrétienne. Les directeurs de la compagnie, ayant été avertis de l'arrivée de l'ambassadeur, firent meubler l'hôtel de Luynes pour Py recevoir; et quand ils eurent avis qu'il approchait de Paris, ils députèrent deux de leurs membres, qui furent le recevoir à Saint- Denis avec deux carrosses à six chevaux. Il entra ainsi à Paris le i3 décembre 1670, et fut descendre à l'hôtel de Luynes, où la compagnie l'envoya complimenter. On lui fit savoir que le roi viendrait a Paris, et qu'il lui donnerait audience dans son palais des Tuileries, le 16 du même mois, à dix heures du matin. Dans cette audience, le sieur d'Elbée lut tout haut au roi le compliment de l'ambassadeur; le voici ; Sire , le roi d 'Ardres el dAlquemy, mon maître, m'a commande de venir de sa part prêt de votre majesté pour son ambassadeur , afin de lui offrir tout ce qui dépend de ses royaumes, et sa protection pour tous les navires qu'elle jugera agréable de lui envoyer ; vous assurant , sire , que ses terres et ses ports , le commerce et tout ce oui en dépend, sont entièrement à votre majesté et à ses sujets. Et pour faire connaître à votre majesté qu'il veut mériter^ entretenir et conserver ramifié qu'il vous demande, il m'a ordonné de lui dire que dorénavant messieurs de la compagnie établis depuis un an à Offra ne payeront plus que vingtquatre captifs de coutume, au lieu de quatrevingts que l'on paye à présent, qui est témoins qui se soit payé au temps que lès Portugais se sont venus établir dans ses terres et qu'ils en sont sortis, aussi bien que les Espagnols, Danois, Suédois et Anglais, à cause des Hollandais , qui ont fait depuis quelques annéesJout le commerce de son pays; mais il m'a charge d assurer votre majesté de sa protection contre eux en faveur de vos sujets, et de tenir sur cela exactement la parole qu'il lui donne. — Comme aussi que lorsqu'il y aura de vos navires ou de ceux de messieurs de la compagnie en rade, et qu'il s'y trouvera des vaisseaux hollandais pour commercer, que le* vôtres seront préférés et chargeront avant que les Hollandais commencent.—- J'ai de plus ordre de dire à votre majesté qu'il y a eu une difficulté pour le pavillon sur le bord

verser que sur une embarcation. Elle est divisée en quatre districts : le district

de? ftx y 09kÊ^& sujets établis dans id$$ terres du roi mon maître et les commis des Hollandais , qui voulaient avoir la droite et le pas ; mais que comme le roi mon maître a connu la différence qu'il y a entre un grand roi comme vous et un autre prince , il a fait mettre à sa droite le commis votre sujet, et l'a logé dans son palais; celui des Hollandais n'ayant eu que la gauche , et ayant été logé après son audience citez le prince son fils; et sur ce sujet, il m'a expressément chargé de savoir de votre majesté la déférence que les Hollandais doivent avoir pour son pavillon et pour ses sujets , afin de les obliger de la rendre dans toute ? étendue de ses terres , et d exécuter ce qu'elle trouvera bon sur ce sujet et sur tout autre où il la pourrait servir.— Entre les choses dont le roi mon maître m'a chargé pour votre majesté, une des plus expresses est la demande que je dois Lu faire de sa part, pour ce qu'il lui plaise envoyer deux religieux prêtres pour travailler dans son pays à Cinstructiou d'un grand nombre de ses sujets qui ont quelque teinture du christianisme , et qui désuent avec passion de se perfectionner dans la connaissance de la religion, et de la pouvoir exercer dans ces pays. — // mJa aussi ordonné d* offrir à votre majesté mes deux fils, qui sont ici présents, et de ta supplier de les avoir agréables, ce que j'estimerai un des plus grands bonheurs qui me puissent arriver, par t avantage qu'ils recevront de rester auprès dun si grand monarque, et de joindre à cette offre celle de deux bons coutelas , deux zagayes , une veste et un tapis, qu'il supplie votre majesté ét agréer, et d être persuadée que si son poys produisait quelque chose de plus rare , et qu'U crût lui pouvoir plaire , il aurait la dernière joie de le lui envoyer , puisqu'il ne désire rien avec tant de passion que de vous persuader, sire, que ses terres sont les vôtres , qu'il est entièrement à votre majesté. L'ambassadeur partit de Paris vers le milieu de janvier 167 1. La compagnie aurait tiré de l'ambassade de Mathéo Lopcs de grands avantages si elle avait duré plus longtemps; mais elle lut supprimée quatre ans après , et les îles et toutes ses concessions réunies au domaine du roi. La compagnie du Sénégal, qui avait aussi le commerce de la Guinée, ne suivit pas cet établissement de commerce, et elle eut des raisons pour s'établir à Juda. C'est la règle ordinaire que notre nation suit dans ces établissements : elle commence bien, et ne demeure guère dans le système. »

L'UNIVERS

anglais, le district français, le district al* lemand et le district portugais. Chaque district a son chef respectif. La population totale de la ville s'élève à peu près à douze mille âmes. Les habitants de Badagry descendent de familles qui ont été chassées de Whydah par les gens du Dahomey. Le caractère de ces naturels est barbare et cruel : presque tous les hommes qu*on rencontre sont armés de dagues ou de massues , et pour le plus léger motif ilsseserventde leurs armes. Peu de peuples ont plus souffert de leurs voisins que les habitants de fiadagry : en 1784 ils furent assiégés par les naturels du Dahomey et cruellement traités : Dalzel dit, dans son Histoire de Dahomey, qu'après le combat six mille têtes d'hommes furent vendues au roi vainqueur et placées sur les murailles de son palais d'Abomi. En décembre 1843 les soldats du Dahomey se sont encore présentés devant Badagry, mais sans oser cette fois traverser la lagune etattaquer la ville. Us ont campé dans la plaine qui s'étend entre la mer et cette lagune, et ils y sont restés cinq jours commettant toute espèce de déprédations; ils ont brûlé deux postes de vigie sur le rivage, détruit le mât de pavillon anglais qui avait été planté par ordre du gouverneur de Cape-Coast, incendié huit canots. La ville de Badagry est basse et sablonneuse; les maisons sont toutes construites en bambou et couvertes de feuilles. 11 n'y a pas une pierre dans les environs ; et l'on n'y découvre guère davantage de bois de construction. Le marché de Badagry est de beaucoup supérieur à tous ceux de la Côte d'Or et de la Côte des Esclaves. On peut y acheter tous les jours de la viande cuite ou crue , des légumes et des racines de toute sorte, tels u'ignames, manioc, calavanes (fèves 'Afrique), et des fruits en quantité. Des articles nombreux de l'industrie indigène y sont apportés de Porto-Novo et d'Aïlada : ce sont surtout des ustensiles d'agriculture, des grains, des chapeaux, des calebasses, des gamelles de bois, de belles nattes vertes, des poteries, des vêtements du pays. Il n'est pas rare de voir quatre à cinq mille marchands sur cette place. La population flottante y est presque aussi nombreuse que la population fixe.

Après Badagry, suivant la description

de M. le comte E. Bouët, la côte basse et marécageuse ne présente plus de groupes de cases qui méritent le nom de village, toujours barrée par une ceinture de brisants d'un accès difficile , elle n'offre qu'une ligne uniforme de verdure dont le gisement droit et régulier ne cesse qu'à rentrée du rio Lagos ou du lac Cradou, nommé Osa par les naturels. Une pointe assez abrupte, qui descend un peu plus au sud que la cote que l'on contourne, termine la rive droite de l'estuaire, vulgairement appelé embouchure de la rivière Lagos. V Osa ou le Cradou s'étend depuis cette embouchure jusqu'à celle de Formose ou de Bénin ; mais il ne mérite réellement le nom de lac que dans la première moitié de son étendue; sa largeur moyenne y est à peu près de six milles; puis il va se rétrécissant de plus en plus, jusqu'à n'étreplus qu'une crique assez resserrée au confluent des eaux du lac avec celles de la rivière Formose ou Bénin. Il est séparé de la mer, dans presque toute sa longueur, par une Ile plate, boisée et ma* récageuse, en partie noyée àson extrémité orientale. Des marigots sans profondeur,

3ui font communiquer le lac à la mer, écoupent en plusieurs parties cette île immense, désignée sur les anciennes cartes sous le nom d'île Curamo, et que les naturels appellent Ikbekou. Toute la rive supérieure du lac Cradou est découpée par une multitude de criques ou de rivières, dont il est en quelque sorte le déchargeoir. Dans la partie septentrionale du lac, à peu près vis-à-vis l'embar-

auement dit de Lagos, sont situées trois es , et sur la plus éloignée vers l'est s'élève le village de Lagos ou d'Eko.

Les bords du lac Cradou et des rivières qui s'y jettent sont habités par des peuplades chez lesquelles les habitudes de traite de noirs sont fortement enracinées : Lagos est encore aujourd'hui, comme Whydah , le centre d'un «ommerce très-actif d'esclaves. Les dangers de la barre de Lagos semblent d'ailleurs plutôt favoriser qu'entraver les opérations des négriers, tous pratiques de ces localités : l'entrée de Lagos n'a pas un demi-mille de largeur, à cause des bancs qui la rétrécissent ; la mobilité de ces bancs ajoute encore à la difficulté du passage. Le long de la grande île qui sépare le lac Cradou de la mer, le ht-

GUINÉE

torai se montre de plus en plus vert et boisé. Au milieu des groupes d'arbres du rivage on aperçoit , de distance en distance, les villages &Ybegot d'Obaze, de Bughige, d'OcAoro, de Leshé, de CMsion et à'Êzi. A tous ces villages , dont M. le comte Bouët a déterminé les positions en serrant de près cette fraction de côte que les cartes anglaises et françaises présentaient comme inhabitée', succède le village à'Odé, plus considérable que les autres , et dernier point habité de l'île Guramo. — A partir d'Odé le gisement de la côte devient plus sud, et la sonde accuse moins de profondeur à la même distance du littoral ; il semble que cette plage ne soit plus qu'une bande sablonneuse en grande partie noyée et à peu près inabordable. La végétation disparaît du littoral, et ne s'aperçoit plus que dans un certain éloignement.

La rivière Bénin ou Formose est remplie de souvenirs français : le capitaine Landolphe y fonda, en 1788, un comptoir protégé par un fort français sur la rive aucheet près de l'embouchure ; on l'aandonna au commencement de la révolution, comme il était en pleine prospérité. « Le capitaine Landolphe habita et « fréquenta pendant quatre années con- « sécutives tous les parages de Bénin et « à'Ouére ou de fVarrée , sans se dou- « ter que la branche d'Ouére, qu'il re- « monta souvent et qui est comprise dans « les trente lieues de territoire acquises « par lui, était une des branches impor- « tantes du Niger. » — L'entrée de la rivière Bénin est obstruée par un banc de sable vasard etd'argilequi s'étend à une lieue environ vers la mer. M. le comte Bouët signale, en dedans de la barre de Bénin, le mouillage de Waccow, comme le plus convenable pour les navires destinés à séjourner à Bénin, parce qu'ils peuvent y recevoir la brise du large, et qu'ils sont ainsi préservés un peu contre l'insalubrité du pays.Si l'on veut remonter plus haut, on remarque, en dedans de la pointe Jo, la crique du Calebar; cinq milles plus haut une nouvelle crique sur la rive droite, ayant de chaque côté de son entrée untlot et nommée Logo ; plus haut Neuh Town, à l'entrée delà crique fVarrée, et au nord de celle-ci la ville de Reggio, a l'entrée de la «rique Gatto. On

compte jusque-là à peu près six lieues depuis la barre ; dans toute cette étendue le fleuve présente une largeur de guatre à cinq cents mètres, et une profondeur variable de huit à neuf mètres.

Il se divise là en trois branches, toutes de même largeur. La crique de Gatto court vers le N. E. j N. Après l'avoir remontée pendant dix lieues environ , on arrive à la ville de Gatto ou Agathony qui lui donne son nom : les navires d'un moyen tonnage y peuvent atteindre. Tout le pays qui avoisine Reggio et New-Town est bas et marécageux, formé d'alluvions, et couvert de mangliers : ce n'est qu'en arrivant à Gatto qu'on trouve la terre ferme. « En avril 1840 M. Beecroft re- « monta la principale rivière de Bénin « avec le bateau à vapeur l'Ethiops. Il « espérait que cette rivière lui donnerait « accès dans leQuorra, dont il la croyait « un dérivé, et il pensait ainsi diminuer « son séjour dans le marécageux et « malsain delta du fleuve. 11 dit que « pendant quarante milles la largeur de « l'artère principale continue à être de « quatre à cinq cents mètres, et qu'à « cette distance elle se sépare en deux « branches beaucoup plus étroites , qui « conservent une profondeur de sept « à huit mètres jusqu'au point où s'est « arrêté CEthiops. M. Beecroft estima, « y compris les nombreux détours, qu'il « était remonté à quarante ou cinquante « milles dans l'une des branches, et à « soixante ou soixante-dix milles dans « l'autre ; il retrouva à cesdistances, dans « ces deux affluents, une barrière infran- « chissable de plantes aquatiques dont « les branches entrelacées embrassaient « de leur tissu nerveux tout le lit de « la rivière. Il eût fallu couper ce réseau « pour pénétrer plus loin ; il ne put at- « teindre l'objet de ses recherches, et il * redescendit jusqu'à la crique de "War- « rée ou d'Ouere, qu'il entreprit de re- « monter. Après avoir navigué une se- « maine dans cette crique , il parvint à « gagner le cours principal du Niger ou « Quorra, où il déboucha au-dessous « d'Ybo en juin ; par suite de cette heu- « reuse exploration du capitaine mar- « chand anglais Beecroft, la position de « l'établissement du capitaine français « Landolphe est donc pleine d'intérêt « pour nous. »

A cinq lieues plus au sud que l'entrée de Bénin s'ouvre la rivière dos Escravos; à partir de là, la côte, toujours boisée, forme un arc de cercle dont la convexité est dirigée du côté de la mer pendant une quinzaine de milles , jusqu'à la vaste embouchure de la rivière dos Foreados, placée à peu près sur le même parallèle que la ville d'Ouére, capitale de cette région du delta du Niger. « Ouére était le point central des trente « lieues de territoire achetées parLandol- « phe : aussi donne-t-on à la rivière dos « Foreados le nom de rivière d'Ouére. » À la rivière dos Foreados succède la rivière de Ramos, et à celle-ci la rivière Dodo. Les entrées de ces rivières, n'étant ni larges ni profondes, sont peu fréquenr tées; mais la eôte est habitée. Les terrains en sont bas, marécageux et boisés jusqu'à la mer. Delà rivière Dodo au cap Formose on compte une quinzaine de lieues; et il y a dans cet intervalle plusieurs criques ou rivières peu connues et peu fréquentées; l'avant -dernière s'appelle rivière Sangana. A mesure qu on s'approche de son entrée, on voit les terres basses fuir à l'ouest et les terres de Test s'élever brusquement et conserver une hauteur uniforme jusqu'à l'entrée de la rivière Noun ou Brass, l'une des bouches principales du delta du Niger. L'entrée de la rivière Noun est plus à l'ouest de cinq milles que le cap Formose lui-même. « Les géogra- « phes ne sont pas d'accord sur la po- « sition du cap Formose : les uns le pla- « cent à l'ouest, les autres à l'est du « Quorra. Il doit indiquer la terre la plus « sud du plateau arrondi de Formose, « conséquemment être placé à l'est du « Quorra. »

C'est ici le lieu, ajoute M. le comte Bouët , de donner un aperçu rapide des explorations diverses dont le Kouarra, Quorra^ ou Niger, a été récemment l'objet. Les frères Lander, anciens serviteurs du voyageur anglais Clapperton, les deux capitaines Allen, le capitaine Trotter, officiers de la marine royale, le capitaine Beecroft , de la marine marchande britannique , ont tous concouru plus ou moins à faire connaître le parcours de cette grande artère de V Afrique centrale. Ce fut en 1830 que les frères Lander arrivèrent à Badagry. Ils

quittèrent ce point pour s'enfoncer dans 1 intérieur, et , après diverses excursions plus ou moins heureuses, ils purent gagner Boussa. Retenus prisonniers quelque temps dans cette ville, où s'arrêtait le cours connu du Niger, ils finirent par obtenir leur liberté, et purent, dans le mois de septembre, redescendre le fleuve en pirogue. Le 24 ils atteignirent le confluent de la Chadda, vers les premiers jours de novembre le village d' Ybo, et enfin, le 18 novembre, l'embouchure même du Niger. « Plus de doute « alors , les eaux de ce fleuve immense « venaient, comme on l'avait pressenti, « se jeter dans les golfes de Bénin et de « Biafra, à travers les mille bouches, ri- « vières,criques et canaux qui découpent « le vaste delta baigné par ces deux gol- « fes. » — En 1832 Lander, dont la découverte avait vivement intéressé les négociants de Londres, revint dans le Noun ou Brass avec deux bâtiments à vapeur, le Quorra, de cent cinquante tonneaux, et l'Alburqua de cinquante , en fer , commandés par les deux frères Allen, officiers de la marine royale. Le 27 octobre ils étaient dans le fleuve, et le 7 novembre à Ybo. où malheureusement les maladies se déclarent. En décembre le Quorra avait déjà perdu quatorze hommes , VAlburqua trois. A Iddah ou Attah, le roi nègre les reçoit fort mal; à Boka, le Quorra est arrêté six mois faute d'eau, et VAlburqua continue seul sa route avec Lander. Mais il manque d'eau lui-même un peu au delà du confluent de la rivière Chadda. Lander remonte alors en canot jusqu'à Egga; puis il redescend jus-

3u'à l'emboucnure pour aller chercher es marchandises sur un brick mouillé à la barre ; en remontant il rencontre le Quorra, qui quittait le fleuve , ayant perdu presquetout son équipage. Il l'expédie àFernando-Po,et s'y reno lui-même.

Dans une dernière course, pour venir rejoindre VAlburqua, dans le Rio- Noun, il essuie une fusillade assez vive des naturels, cachés sur les rives; blessé grièvement, il peut encore regagner Fernando-Po, mais pour y mourir, en janvier 1834. « Cependant là ne « s'arrêtent pas les tentatives de l'Angle- « terre pour tâcher de conquérir, par la « voie du Niger, l'exploitation de l Afri-

« que centrale, que les voyages de Caillié « et de Lander environnent d'une per- « spectfve brillante pour son commerce.» En 1840 le capitaine marchand Beecroft, qui avait fermé les yeux de Lander à Fernando-Po, prit le commandement du petit pyroscaphe CEthiops, et remonta toutes les rivières nui coupent le delta du Niger. J'ai dit précédemment, (Ta près M. le comte Bouet, comment il arriva par la branche d'Ouêre dans le Kouara même. Bien qu*il ne tirât que deux mètres , son bâtiment fut arrêté par un banc de sable en amont d'Tbo. Étant parvenu à le franchir vers la mi-juin , il continua à remonter le cours principal du Kouara, et après des fatigues inlinies il atteignit Layaba, à une vingtaine de lieues au-dessus de Rabba; là il trouva le cours du fleuve tellement obstrué de roches , qu'il dut retourner en arrière. On ne peut donc pénétrer jusqu'à Boussa qu'en pirogue, comme avait fait Lander.

« Tentées avec de faibles moyens, les ex- « plorations du capitaine marchand Bee- « croft lui font beaucoup d'honneur; « elles ont prouvé d'ailleurs que le cours « principal du Niger était attaquable par « piusd une des bouches de son delta.» — Ce fut en 1841 que s'effectua la dernière expédition du Niger, avec le concours du parti abolitionisteetdu gouvernement * britannique : aussi fut-elle entreprise sur une plus grande échelle. Deux bateaux à vapeur en fer avaient été construits : C Albert et le fVilberforce , de soixantedix chevaux , calant un mètre soixante.

Le premier fut confié au capitaine Trotter, de la marine royale, commandant en chef l'expédition; le second au capitaine W. Allen, qui avait déjà pris part aux explorations précédentes. Un troisième pyroscaphe en fer, le Soudan, de trentecinq chevaux, et calant lm,25 , leur fut adjoint, sous les ordres du commander Bird Allen. « Le but de l'expédi- « tion était à la fois religieux, phi- « lanthropique, commercial et scien- « titique. Le capitaine Trotter devait « faire des traités avec les chefs des ter- « ritoires arrosés par le fleuve et ses af- « fluents pour la suppression du com- « merce des esclaves. Il devait obtenir « des concessions de terrains pour y faire « des établissements de commerce et de « culture convertir les naturels au chris-

« tianisme en bâtissant des églises et en « préchant sa sublime morale ; enfiu des « zoologistes, botanistes et minéralops- « tes adjoints à l'expédition devaient etu- « dier les richesses de la nature dans « l'étendue du Niger et de ses affluents. » L'expédition franchit la barre le 15 août 1841. Elle trouva les rives du bas Niger peu habitées et rangées sous l'autorité de King-Boy, roi de Brass, jusqu'à Ybo à peu près, qu'elle atteignit sans encombre. Le roi Oaby peut disposer, au besoin, de trois cents pirogues montées par dix à douze mille hommes. Les États des rois de Bénin, d'Ouére et d'Eggarah confinent au sien. Après avoir séjourné quelque temps à Ybo , et dépassé Onian, qui sépare le territoire d'Ybo de celui d'Eggarah, le capitaine Trotter arriva le 10 septembre à Yd a h, résidence du roi d'Eggarah. Il y acheta des terrains et y établit une ferme modèle. Quant aux conversions, elles ne réussirent pas là plus qu'ailleurs. Cependant les maladies avaient commencé à sévir : le Soudan fut d'abord renvoyé à Fernando-Po avec les malades de l'expédition. Mais à peine était-il parti, que le commandant Trotter se décida à renvoyer aussi le fVilberforce. Quoique malade lui-même, il essaya de continuer son exploration avec C Albert seul. Il parvint ainsi jusqu'à Lelem, à une douzaine de lieues au-dessus du confluent de la rivière Tchadda : l'état pitoyable de l'équipage l'empêcha d'aller plus loin. « Comme on le voit, « cette expédition, malgré le zèle du « capitaine Trotter, n'avait pu passer a dans le Quorra le temps nécessaire « pour accomplir sa mission si com- « plexe. Elle n^ a guère séjourné qu'un « mois et demi , et n'a pas fait les deux « tiers du chemin parcouru par les ex- « péditions précédentes. Quant aux ré- « sultats scientifiques , ils ont été à peu « près au niveau des résultats religieux « et commerciaux. » — En 1812, le lieutenant Webb, de la marine royale, chargé d'aller inspecter la ferme modèle créée au confluent de la rivière Tchadda, passa la barre le 2 juillet , et ne put parvenir qu'à grand'peine à Eggarah.

Le 22 juillet il était hors du fleuve après avoir évacué la ferme. — « Ces diverses « tentatives, fort honorables pour les « marins anglais qui les ont entreprises ,

LUNIVERS.

et

prouvent combien est mortelle l'influence des miasmes délétères qui s'exhalent du delta marécageux du Niger.

Il paraît toutefois qu'après avoir passé les terrains d'alluvion, le pays devient plus sain; il parait également que pendant les mois qui précèdent la saison des grandes pluies on serait moins exposé à l'empoisonnement miasmati-

aue qu'occasionnent les marécages du euve. Mais malheureusement à cette époque les eaux ne sont pas assez profondes pour permettre à un navire de les sillonner. Ainsi à Rabba , limite de la navigation de VÈthiops, cette profondeur atteignait lm 20 le 1er juin, l" 50 le 1er juillet, et n'était à Iddah, conséouemment au-dessous du confluent de la rivière Tchadda, que d'un mètre à peine le 1er mars. — Cependant, en pénétrant par la branche d'Ouére-, qu'on peut qualifier de branche française à cause de nos anciennes possessions (mais en y pénétrant avec un petit pyroscaphe en fer, calant un mètre au plus, lequel pyroscaphe n'aurait, comme ceux du Sénégal, que des matelots et des mécaniciens indigènes, même des officiers africains instruits en Europe), on éviterait à la fois l'influence de la partie la plus marécageuse du delta et les ravages mortels qu'exerce le climat sur la constitution des Européens. Ce rôle semble réservé à la France , qui a formé une pépinière de jeunes mécaniciens sénégalais, et fait parcourir en se jouant à ses pyroscaphes du Sénégal près du double de la distance du cours exploré du Quorra ou Niger. — Sans doute ce dernier fleuve n'est pas, comme on avait pu le penser, un large et profond cours d'eau , navigable jusqu'au grand centre africain de Tombouctou, où s'est illustré notre compatriote Caillié; mais il reste encore beaucoup à faire pour relier ensemble les explorations des voyageurs Caillié et Lander, dont la géographie africaine associera désormais les noms à celui de l'infortuné Mungo- Park (1).»

( i ) Description nautique des côtes de l'Afrique occidentale , de M. le comte E. Bouct, chapitre vu. Voyez, à la page i36 de cet

Dahomey.— M. Bruë, agent du comptoir français à YVhydah, des son arrivée, en avril 1843, jugea nécessaire de faire le voyage de Dahomey (1) pour prévenir

important ouvrage, VEsqnisse du golfe de Bénin et du delta du Niger , comprenant les côtes des Esclaves, de Bénin, d'Ouére et de Calbar, tracée par M. U'Avezac, garde des archives de la marine et des colonies, sur les observations et les travaux des capitaines Bouët- Willauniez, Vidal, Purcbas, Allen, Trotter et Beecroft , et avec l'aide des anciens levés et des indications de Dalzel, Norris, Baugin, Landolphe, et autres voyageurs et marins.

(i) De tous les peuples de Guinée, dit M. Walckenaer (Htst. génér. des Voyages , tome XI , 1. XH , ch. IV), il n'en est aucun qui mérite plus d'attention que les Dahomey* , autrefois appelés Foys. Un grand nombre de voyageurs, Atkins, Smith, Bullfinch Lamb. Snelgrave, Pruneau de Pommegorge , Norris, se sont attachés non-seulement à décrire leurs mœurs cruelles et guerrières, mais à rassembler les principaux traits de leur histoire. Ce fut sans doute cette abondance de matériaux qui donna à Archibald Dalzel l'idée de réunir en un seul corps toutes les notions acquises sur ce peuple. Il publia cette compilation sous le nom a 'Histoire de Dahomey (The history of Daliomy , an Jnland^Kingdom of Africa , compiled from authentic memoirs with an introduction and notes; by Arch. Dalzel, governor at Cape-Coast-Castle ; London, 1793, in-40. Son séjour de trente ans en Afrique, comme gouverneur de Juida et du Cap-Corse, le rendait plus propre que tout autre à ce travail ; cependant on doit dire que son ouvrage ne répond pas entièrement aux espérances que l'on était en droit de concevoir des connaissances particulières de l'auteur et des importantes pièces qui lui furent confiées. Tous les faits qui composent l'histoire de Dahomey avant l'année 1774 étaient répandus dans des relations imprimées; Dalzel les a réunis , mais sans y ajouter une seule note importante et sans faire aucune recherche pour leur assigner des dates certaines. Depuis l'année 1774 jusqu'à 1791, Dalzel a écrit d'après ses propres mémoires ei ceux de Lionel Abson , son successeur dans le gouvernement du fort anglais de Juida. Cette partie, entièrement neuve, est plus longue, et cependant moins pleine de faits que celle qui la précède. Dalzel y mêle souvent des réflexions politiques, dont le moindre défaut est d'être insignifiantes, et dont il a quelquefois surebargé aussi le texte des autres voyageurs. Parmi ces derniers , celui qui lui a fourni le plus grand

GUINÉE

les difficultés qu'avait éprouvées son prédécesseur , et les vols si fréquents au dé-

nombre de matériaux et les faits les plus précis est sans contredit Robert Norris, de Liverpoo) , qui avait imprimé la relation de son voyage à la suite des Mémoires du règne de Bossa Abadi ( Memoirs of the reign of Bossa Ahadie, king of Dahomy, an Inland country of Gui/fty to meh are added the author*s jour- • ney to Abomey the capital, etc., by Rob. Norris ; Londou, 1789, in-8°). Dalzel a inséré cet ouvrage dans le sien , et il l'annonce dans sa préface comme une nouvelle édition revue par l'auteur, qui mourut pendant l'impression. Il loue dans Norris un esprit de recherches infatigable, une parfaite connaissance des mœurs et du langage des naturels de la côte de Guinée, qu'il avait fréquentée pendant dix-huit ans. Outre ces renseignements historiques, le Voyage de Norris, malheureusement trop court, renferme des observations très-importantes sur le climat et sur quelques animaux de cette partie de l'Afrique. La carte qu'il a publiée à la tète de sou livre est la première qui marque l'itinéraire de Grégoy à Abomey ; et le peu de positions que Dalzel y a ajoutées en la publiant sur une plus grande échelle en a encore augmenté Ut valeur. Telles sont les sources où Dalzel a puisé les matériaux de l'histoire du Dahomey. Nous devons maintenant , ajoute M. Walckenaer, signaler une omission d'autant plus impardonnable qu'elle porte sur une des relations les plus importantes que nous ayons touchant cette partie de la côte d'Afrique : nous voulons parler de l'ouvrage de Pruneau de Pommegorge ( Description de la JVigritie, par M. P. D. P., ancien conseiller au conseil souverain du Sénégal , etc.; Amsterdam, 1789, in-8°). Cette relation, que Dalzel n'a pas connue, renferme des remarques curieuses sur le gouvernement et le culte des Dahomeys, recueillies sur les lieux par un homme qui avait passé vingt-deux ans dans les différents établissements français en Afrique, et qui avait assisté plusieurs fois aux fêtes annuelles du roi de Dahomey, comme gouverneur de Juida. ■ — Dalzel montre encore peu d'érudition et de critique lorsque, dans sa préface, il recherche à quelle époque le Dahomey a commencé à être connu. Léon l'Africain place parmi les contrées du Soudan , ou de la Nigritie, un royaume qu'il nomme Dauma. Dalzel ne doute pas que ce ne soit le Dahomey des modernes, et il ajoute que sans doute Sauuto avait eu de nouveaux renseignements sur ce pays, puisqu'il assigne au Dauma, dans sa Géographie, imprimée à Venise en i588 , la même position que les géographes modernes

barquementdes marchandises sur la côte d'Afrique, et pour s'entendre avec le roi

assignent au Dahomey, et qu'il marque sur sq carte la capitale de cette contrée sous le parallèle de neuf degrés, où elle doit être placée effectivement. A la vérité Dalzel fait cette remarque sur la foi d'autrui : il avoue lui-même n'avoir pas vu le livre de Sauuto. Or, ce livre sous les yeux, M. Walckenaer affirme que le fait relevé par Dalzel est complètement faux, que Sanuto ne mentionne le Dauma et ne le reconnaît que comme un pays du Soudan ou de la Nigritie intérieure, c'est-à-dire fort éloigné de la côte de Guinée. Il ne dit rien d'ailleurs de la capitale de ce royaume, mais marque seulement que son mouarque et son peuple passent pour être très-riches. Cent ans après , Dapper n'en savait pas davantage ; il ne donne pas d'autres détails que ceux qu'avait déjà donnés Sanuto, et il le cite en marge. La seule chose qu'il y ait ajoutée, c'est la longitude et la latitude de la capitale du Dauma, et en effet cette détermination reporte le royaume de Dauma près de la côte de Guinée, où est actuellement le Dahomey. L'erreur de Dalzel est donc d'avoir attribué à Sanuto une chose que Dapper ne lui avait pas empruntée. D'ailleurs il y a contradiction entre la position que Dapper attribue au Dauma sur sa carte et celle qu'il lui marque dans son texte, aux sources du Nil, entre Bournou et l'Abyssinie. Ou peut donc croire qu'il y a eu confusion de deux États distincts , et qu'on a voulu à tort reconnaître dans le Dahomey des modernes le Dauma de Léon l'Africain, dont les connaissances sur la côte occidentale d'Afrique ne s'étendaient pas plus loin que le cap de Nun. — Il y a un siècle à peine, les Dahomeys n'étaient encore qu'un peuple très- peu considérable , mais redouté de ses voisins , à cause de sa valeur et de son adresse dans les combats. Ces INègres étaient connus alors sous le nomde Foys, et la ville âowDawhtf, qui est située entre Catmina et Abomey , à 90 milles de la côte, était la capitale de leur petit territoire. C'est au commencement du dix-septième siècle que Tacou- Donou, chef de la nation des Foys, jeta les fondements de la grandeur de l'empire de Dahomey, tant agrandi un siècle après par son illustre descendant Cuadja Trudo. Voici, suivant Norris et Dalzel , la liste des rois qui ont gouverné l'État de Dahomey depuis sa fondation : Tacon-Donou , vers l'an i6a5 ; Adahounzou Ier (i6ào); W'ibaigah (1680); Guadja-Trudo; qui conquit Ardra, Juida et Jacquiu (1 708); Bossa Ahadi (173a); Adahounzou 11(1789); Whinouhew, qui régnait eucorc en 1791.

L'UNIVERS

sur le payement des coutumes et la police à exercer dans nos possessions. Ayant reçu, le 28 avril , des mains d'un eunuque du roi le bâton royal qui devait lui servir de sauf-conduit, M. Bruë partit le 2 mai, accompagné de don Francisco de Souza, ce Brésilien dont j'ai déjà parlé. Ils voyageaient portés en hamacs par douze nègres qui se relavaient, précédés d'une garde armée et a'une troupe de musiciens. A sept heures du soir ils arrivèrent à Torry : de Whydah à Torry la route est belle, et longe une vaste plaine accidentée par des bouquets de palmistes. On ne rencontre ni lac ni rivière qui puissent être confondus avec le Lagos que signale Norris, mais un seul marais, couvert de plantes aquatiques, que leurs porteurs passèrent en enfonçant dans la boue jusqu'aux genoux. Le village de Torry, éloigné de Whydah de seize milles environ dans le nordnord-ouest, n'offre rien de remarquable dans sa construction. On y voit des pieds d'orangers d'une grosseur prodigieuse , et dans la campagne quelques vieux pieds de caféiers restent encore d'une ancienne plantation. La population de ce village, qui peut être de huit cents individus, est la plus indépendante du royaume de Dahomey, à cause du voisinage des lagunes qui s'étendent du cap Saint-Paul au Lagos; elle l'abandonne quand arrive le mois d'octobre, pour échapper aux dévastations annuelles du roi de Dahomey. Après trois heures et demie de marche, à travers une route embarrassée de lianes et de broussailles, M. Bruë et son compagnon atteignirent Allada : leurs porteurs faisaient cinq milles à l'heure. Allada, situé dans Pouest-nord-ouest de Torry, compte à peu près douze cents habitants, gouvernés par un cabocir. Il y a quelques maisons à un étage et de beaux arbres fétiches; on récolte dans les environs beaucoup d'huile de palme. Les moustiques et les serpents sont les fléaux du pays. C'est de cette ville que les rois du Dahomey tirent leur origine. Avant la fondation de Dahomey, Allada était la capitale du pays ; les cabocirs étaient souverains et indépendants les uns des autres; la ruse ou la violence les portait au pouvoir . On raconte qu'à l'époque où les Européens introduisirent en Guinée les ar-

mes à feu, le pays était en guerre par suite du décès du cabocir; un naturel qui avait acquis par hasard un fusil en nt usage pour tuer de suite trois rois élus, et pour leur substituer un des prétendants, son ami. Le peuple, effrayé de la détonation de l'arme, crut que c était le fétiche du tonnerre qui avait foudroyé les usurpateurs, et nomma à l'unanimité le candidat du propriétaire du fusil. Le nouveau cabocir montra une intelligence supérieure à celle de ses prédécesseurs, et soumit les villages environnants; il étendit ses conquêtes jusqu'au territoire d'un ancien roi , qui d'abord lui céda sans coup férir une portion de son royaume, mais qui, en réponse aux exigences sans (in du cabocir, lit une levée de boucliers , et déclara que le conquérant ne pourrait fonder de nouveaux villages que sur son ventre. Après plusieurs guerres , le cabocir vainquit le roi, le tua, pétrit de l'argile avec son sang et jeta les fondements de la ville de Dahomey dont le nom , dans l'idiome du pays, signifie village sftr le ventre. Des chanteurs ambulants rappellent encore cette tradition. — Il y a a Allada une maison de discipline pour les femmes adultères. Quand un homme influent a des griefs contre son épouse, il s'en plaint au roi de Dahomey, qui la fait enfermer pour le reste de ses jours et travailler à son profit. — Après avoir passé la nuit dans la maison des premiers rois, et reçu le cadeau d'usage, nos voyageurs montèrent dans leurs hamacs, et prirent la route à'Ouabo. Ce hameau contient à peine deux cents habitants ; la maison du roi est la seule qui soit bâtie en argile; les autres ne sont que des carbets en paille. Il est situé presque au nord d' Allada et à la distance de neuf milles; la route est très-spacieuse et ombragée par des arbres de haute futaie. Après deux heures de route, ils atteignirent Appé, hameau aussi peu considérable et presque entièrement inondé dans la saison des pluies; à la nuit, ils firent allumer des /eux et couchèrent sous une espèce de hangar, entourés de leurs porteurs et de leurs domestiques qui veillaient pour les garantir de l'approche des bétes fauves. — Au sortir de ce détestable pays, on entra dans un marais appelé Lamas, qui se di-

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rige de Test à l'ouest. Aucun naturel du royaume de Dahomey ne sait jusqu'où s'étend ce marais, qui rappelle assez les peintures du Styx. La boue en est noire, compacte et très-glissante; les porteurs, quoique munis de bâtons, eurent beau* coup de peine à le traverser. Il n'y a que deux passages pour se rendre de Whydah à Dahomey; encore sont-ils impraticables après de longues pluies.

On rencontre de temps en temps des hippopotames. Le terrain, composé jusque-là d'une argile rougeâtre , changea tout à coup d'aspect à la sortie du marécage. On commença à voir de petites pierres ferrugineuses qui augmentaient de grosseur à mesure qu'on avançait vers le nord, et qui obligèrent les porteurs à chausser des sandales. Le premier village au delà du Lamas se nomme Agrimè; il est situé au nordnord-ouest d\Appé, un peu plus grand que celui-ci , mais tout aussi numide, et infesté pareillement d'insectes et de reptiles. La vue était sans cesse bornée par une brume fort épaisse. On ne rencontrait que des cultures de maïs; il y a cependant quelques cannes à sucre, du coton sauvage et de l'indigo. On mit deux heures pour arriver à Calamina, ville très-considérable, située au nord d' A grimé, sur le point culminant du terrain , qui depuis le marais monte insensiblement : la végétation y est languissante et le sol tout ferrugineux. On pourrait appeler Calamina la ville sainte du royaume : c'est là que le roi vient faire ses dévotions et dicter aux ministres du fétichisme les oracles qu'ils ont à rendre. Il l'habite les trois premiers mois de l'année, et se rend ensuite à Dahomey pour y célébrer les funérailles de ses aïeux. On ne peut préciser la population de cette ville, à cause de l'émigration de ses habitants, oui, presque tous, suivent le roi , soit qu il se rende à Dahomey , soit qu'il aille a la guerre. Les rues sont assez bien percées, et l'air parait salubre, Nos voyageurs virent à Calamina un assez grand nombre de maisons détruites par ordre du roi ; et aux portes de la ville, ils aperçurent un malheureux qu'on avait mutilé et pendu par les pieds pour avoir volé un sac de cauris à une jeune fille. Ils descendirent chez le cambodé (trésorier), et peu de temps après ils reçurent une

députation qui les venait complimenter de la part du roi. Son frère était en tête et présidait aux cérémonies d'usage.

Tous se mirent à genoux et se couvrirent de poussière la téte, la poitrine et les bras. — Après avoir enlevé les tentes des hamacs par déférence pour le roi, on seremiten route. Le chemin était devenu magnifique. On rencontrait de distance en distance, suspendus aux branches des arbres, des chiens offerts en sacrifice aux fétiches, et qui demeurent là jusqu'à ce qu'ils tombent en lambeaux. Les voyageurs durent quitter leurs hamacs pour passer le pont jeté sur le fossé qui borde le mur d'enceinte, appelé J borne y. Ce mur est percé de quatre portes , qui font face aux points cardinaux ; dans chaque embrasure sont encadrés deux crânes humains. On fit asseoir M. Bruë et son compagnon sur un tronc d'arbre sculpté; on leur offrit de l'eau à boire , puis on commença les saluts d'usage. Vingt et un coups de canon furent tirés en l'honneur du roi des Français; vinrent ensuite tous les cabocirs , à cheval , précédés de leurs hommes d'armes , de leurs musiciens et de leurs drapeaux, sur les-

3uels étaient peints, entre autres sujets, es sacrifices humains. A près avoir déli lé trois fois autour d'eux, les cavaliers mirent pied à terre, et commencèrent à danser en tirant des coups de fusils ; les gens de leur suite firent de même, et les interprètes se levèrent à leur tour pour danser devant les cabocirs» Cette cérémonie dura trois quarts d'heure. Une seconde députation du roi vint les prendre alors pour les introduire en sa présence. Accompagné des interprètes, M. Bruë s'embarqua dans une goèiettede quinze pieds de longueur environ, construite dans dejustes proportions et fort bien gréée ; elle était montée sursix roues et traSnée par une soixantaine de nègres. Ce navire était l'emblème du commerce : la chambre était encombrée de marchandises précieuses , telles que corail , soieries, verroterie, cowrts, etc. Après avoir parcouru l'espace de deux cents pas environ , il aperçut les murs extérieurs des maisons du roi ; sur le faîte de ces murailles, et à la distance de dix mètres à peu près les uns des autres, étaient placés des crânes humains au bout de petites fourchesen fer. La goélette déboucha sur une grande place ; au centre

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se trouvait une longue poutre plantée en paille comme celles de Whydah ; d'après

terre, supportantune chaise, sur laquelle l'usage du pays, chaque prince régnant

on avait fixé , après l'avoir sacrifie , un fait construire sa demeure ; toutes les

homme vétu comme les guerriers. Il maisons royales sont renfermées dans

faisait face au midi, dans l'attitude d'un une même enceinte, et n'ont qu'un rez-

observateur. A l'extrémité de la place, de-chaussée : une seule est élevée d'un

et sous un des hangars latéraux du pa- étage , c'est celle du conquérant de

lais , se tenait le roi, assis sur un siège Whydah. A l'époque des coutumes; elle

d'argile, couvert de soieries et entouré est tapissée decowris à l'extérieur. La

d'un nombreux cortège. Après avoir fait ville est bâtie sur un plateau élevé ; à

trois fois le tour de la place, et échangé l'ouest se trouve un bassin d'une très-

des saluts avec le roi , M. Bruë et son grande étendue et d'un aspect pitto-

compagnon débarquèrent de la goëiet- resque , qui fournit l'eau à la ville,

te, et furent introduits; à leur appro- M. Bruë remarqua la maison de cas-

che, le roi se leva, tendit la main à tration : on inflige habituellement cette

M. Bruë, et lui exprima tout le plaisir peine aux chefs des ennemis vaincus,

qu'il éprouvait à voir un Français. Il n'a- Au fond du paysage, et à la distance

vait pas oublié que Whydah était jadis de douze lieues environ , se dessinent

un de nos établissements, et que les deux hautes montagnes, les seules qu'il

Français avaient remis le pays entre les ait vues. Le climat est très-sain : il ne

mains de ses ancêtres. Il témoigna le règne aucune des fièvres qui ravagent

désir d'entrer en relations avec nous. — le littoral, et dont les habitants de Da-

Guesoh-Apoji , neuvième roi du Daho- homey sont souvent victimes quand

mey , est un homme de haute taille ; il a ils descendent au bord de la mer. Tous

des formes agréables, et ne paraît pas les arbres, à l'exception de quelques

avoir plus de cinquante ans. Aidé de palmistes, ont été plantés : ils sont

don Francisco, qui lui fournit les d'assez belle venue, et produisent une

moyens de soutenir l'insurrection , il est gousse qui , outre la graine , renferme

parvenu au pouvoir en détrônant son une graisse végétale que les Nègres em-

frère, que les sujets avaient pris en aver- ploient dans l'apprêt de leurs aliments,

sion , à cause de ses vices et de son des- Comme à Agrimé, on y voit le coton ,

potisme. Il le tient enfermé dans son que les indigènes cultivent en petite

palais et le fait garder à vue ; ses sujets quantité , et 1 indigo sauvage, qu'ils em-

n'en parlent qu'avec la plus grande cir- ploient avec succès dans la teinture de

conspection. Après s'être entretenu pen- leurs étoffes. Les tigres et les hyènes,

dant quelque temps avec ses hôtes, il but quoique nombreux, attaquent rarement

au roi des Français , à la prospérité de 1 homme : il n'est pas rare de les voir

' notre commerce à Whydah , puis les traverser la ville; le tigre est considéré

congédia. En s'en retournant, ils remar- comme fétiche, et il est défendu de le

quèrent une chose affreuse qui leur avait tuer sans nécessité. Le cas échéant , on

échappé d'abord : tout autour de la mai- est obligé de rapporter les moustaches

son royale s'élevaient de petits hangars aux ministres du fétichisme. Les perdrix

contenant des hommes bâillonnés, et sont très-abondantes. — M. Bruë envoya

tellement garrottés, que les liens avaient les cadeaux que les anciens comman-

disparu sous l'enflure des poignets. Ces dants du fort français avaient l'habitude

malheureux servaient, pour ainsi dire, de de faire au roi, et, sur son invitation,

litière à des chevaux ; on attendait le il se rendit auprès de lui pour assister à

coucher du soleil pour sacrifier hommes la coutume qu'on célébrait ce jour-là.

et chevaux ensemble. Accompagné de son interprète , il tra-

La ville de Dahomey (1; est bâtie en versa plusieurs cours et entra dans une

argile; les habitations sont couvertes en dernière enceinte. Le roi s'y tenait sous

un grand parasol de cinq mètres à peu

(i) M. Bruë était muni d'un sextant; il

se procura un horizon artîliciel au moyen rable pour saisir le point de tangence de l'as-

d'un baquet qu'il remplit d'huile de palme, tre. Il obtint pour résultat 7° ir de latitude

La couleur de ce liquide n'était pas très-favo- nord.

GUINÉE

près de rayon , couvert en damas rouge et bordé de bandes blanches sur lesquelles étaient de grossières peintures de têtes d'hommes et d'animaux ; à dix pas de distance, les eunuques qui l'avaient introduit se prosternèrent en se couvrant de poussière la tête et les bras. Il salua le roi, et s'avança vers lui, précédé de ces malheureux, qui se traînaient sur les mains et sur les genoux. Comme la première fois , le roi se leva à son approche et lui tendit la main. Il le questionna longtemps sur l'état de la France, sur son gouvernement , sur la manière dont nous faisons la guerre, sur le nombre de nos soldats, et notamment sur les moyens aue nous avions employés pour résistera l'Europe entière; il lui fit aussi quelques questions sur Napoléon, sur sa taille , sur ses traits : plus satisfait qu'étonné des réponses de M. Bruë, il fit servir de la liqueur, et ils burent ensemble à la santé du roi des Français et de sa famille. Puis, ayant fait placer son hôte en face de lui, il donna lwdre

Îu'on commençât la fête. Il était vêtu 'un pagne en damas cramoisi broché, avait la tête nue et portait aux pieds des sandales garnies de corail ; il était assis sur un sopha ; une négresse tenait au-dessus de lui une ombrelle de velours doublé en satin blanc. Le vide du parasol était occupé par des soldats-femmes armés de sabres et de fusils; le reste de la troupe , au nombre de huit cents peut -être, était rangé à la droite du roi. Derrière se trouvaient une foule de concubines gardées par des eunuques , qui portaient sur la téte de petites cornes en argent. Tout auprès du roi, à sa droite, se tenait le minga ( premier ministre ) , entouré des cabocirs ; chacun d'eux était sous son parasol et dans le grand costume de fête : c'était en général une tunique de soie courte et des pantalons de même étoffe à la façon des Maures, s'arrêtant aux genoux. Une partie de l'avant-bras, chez tous, était couverte d'une large plaque d'or ou d'argent, selon le rang qu'occupait le cahocir, courbée en forme de bracelet. A gauche le méhou (deuxième ministre) était entouré d'un nombre égal de cabocirs et vêtu de même. Derrière eux étaient placés en ligne les soldats-hommes, la plupart armés de fusils ; quelques-uns

avaient des arbalètes, d'autres des arcs d'un mètre de longueur et des carquois

§arnis de flèches empoisonnées. Le fond e la scène était aussi garni de troupes. Devant nos voyageurs se tenaient des feticheros ( ministres du fétichisme ) ; l'interprète les disait Mandingues : en effet, ils parlaient une langue particulière, et portaient une tîge de fer, en forme de quenouille , surmontée de figures grotesques d'un curieux travail.

Devant les Mandingues, d'autres feticheros agitaient des queues de chevaux toutes les fois que le roi buvait ou éternuait, afin de chasser le mauvais sort qu'on eût pu, disaient-ils, lui jeter dans un de ces moments. Les musiciens occupaient le côté gauche ; leurs instruments consistaient en tambours de différentes dimensions , en trompes creusées dans des dents d'éléphants , en une espèce de fifre et en cloches de fer sur lesquelles ils battent avec une baguette. A côté des musiciens paraissaient les ambassadeurs des peuples et royaumes voisins : M. Brue remarqua ceux du roi d'Onim ( Lagos ) et des républiques de Porto-Novo et d'Agué. Enfin venaient les chanteurs du roi, chargés de conserver dans leurs chants la mémoire de son règne. Après qu'ils eurent fait entendre l'hymne en l'honneur du conquérant de Wnvdah, les troupes commencèrent à défiler; chacun des cabocirs était à la téte des siens, drapeau déployé; suivait l'armée des femme*, puis les concubines du roi, traînant les unes des voitures, d'autres des chevaux en bois de grandeur naturelle, des meubles , des vases»

des malles, des glaces, des chaises à porteurs, des orgues de Barbarie, du corail et une foule d'objets européens , pêlemêle. Parmi ces divers objets, M. Bruë distingua un oiseau en filigrane d'areent fort habilement exécuté : c'était 1 ouvrage d'un Maure ; il y avait aussi des statues sculptées par les Nègres avec beaucoup de goût. Les femmes étaient suivies par les eunuques, et par des hommes porteurs des trophées conquis dans les dernières guerres, drapeaux, boucliers garnis de crânes humains, armes de toute espèce , tuniques, pagnes, verroteries et casques surmontés de créneaux, rappelant la coiffure mythologique de Cybele; à la suite marchaient des

L'UNIVERS

troupes de musiciens, débris des diverses peuplades détruites. — Le méhou, percepteur des impôts dans la partie méridionale du royaume, précédait Je minga, chargé de la partie septentrionale ; ce dernier était escorté d'une troupe de soixante hommes à peu près , dans lesquels don Francisco reconnut des anthropophages amenés en captivité sous les premiers rois de Dahomey, et conservés par leurs successeurs. On a soin de leur donner des femmes esclaves, afin de perpétuer leur race : on se sert d'eux lorsque le roi condamne un chef ennemi à être mangé. A leur tête se trouvait un vieillard , à barbe blanche, qui portait pendue au cou une petite calebasse , pour y boire , sur l'ordre du roi, le sang des victimes : les fonctions de cet homme contrastaient singulièrement avec sa physionomie patriarcale. Enfin venait au milieu de sa garde, tonte composée de femmes, le' roi , porté dans un hamac d'étoffe blanche. Le cortège , que suivirent M. Bruë et ses compagnons, se rendit sur la place du marché : là s'élevait un grand échafaudage recouvert en soieries de diverses couleurs. Le roi , l'ayant fait appeler, lui donna en couvris la valeur de dix francs ; et après lui ce fut le tour des cabocirs dans l'ordre hiérarchique, puis celui des marchands. Quand le roi eut distribué ses largesses aux principaux du pays , il monta sur l'échafaudage et se mit à jeter des cowris et du pain de maïs au peuple, qui se rua sur le cortège. On prit ensuite la route du palais où allaient avoir lieu les holocaustes humains. — A l'époque des coutumes , toutes les affaires commerciales et judiciaires restent suspendues, ce qui obligea M. Bruë à prolonger son séjour au delà du terme qu'il s'était fixé. Dans cet intervalle , il eut la visite d'un Maure qui fabriquait des coussins en peau ; son interprète lui ayant dit que cet homme venait de l'intérieur et de loin, il lui offrit de i'eau-de-vie et le questionna beaucoup. Tout ce qu'il put savoir de lui, c'est qu'en marchant une lune dans la direction du nord-est, qu'il désigna de la main, on arrivait à une mer d'eau douce sur laquelle naviguent des navires et dont les bords sont habités par des blancs qui connaissent les livres. M. Bruë comprit qu'il voulait lui

parler du Niger, et que ces blancs devaient être oes Maures. Cet homme ajouta qu'il était en relations suivies avec des voyageurs qui parcourent ces contrées; que pour atteindre les bords de cette mer il fallait traverser des pays inhospitaliers, mais qu'avec des précautions on y pouvait arriver sans crainte.

Le gouvernement de Dahomey est le plus absolu despotisme. Le roi est le seul homme libre ; les chefs , premiers esclaves , sont obligés de payer un tribut annuel qui augmente en raison des fonctions : le minga est le plus fort contribuable , puis le mékou, ensuite les cabocirs , par ordre hiérarchique ; quant aux marchands, ils sont imposés proportionnellement à l'importance de leur commerce. Le roi a droit de vie et de mort sur ses sujets. M. Bruë raconte qu'une nuit le roi le fit prévenir, lui et son compagnon de ne laisser sortir aucune des personnes attachées à leur suite : il avait choisi cette nuit pour l'exécution des délinquants politiques ; ces exécutions se font mystérieusement et dans les ténèbres, et il est interdit, sous peine de mort, de sortir; des bandes armées parcourent les rues avec ordre de tuer indistinctement tous ceux qu'ils rencontrent ; le lendemain, en entrant par la grande porte du palais, M. Bruë remarqua de chaque côté et en dehors un parallélogramme bâti en argile , sur lequel étaient fixées les têtes des victimes de la nuit précédente , au nombre de soixante-quatre. Ces malheureux avaient été immolés sur le seuil , et il fallut que M. Bruë, pour eutrer, marchât dans une mare de sang et d'eau-devie. La coutume se célébrait dans une cour; le roi était assis, à l'ombre d'un parasol , sur un trône dont les marches étaient incrustées de verroteries, de corail et de dents humaines. Au-dessus d'un tambour colossal, dont le tour était garni de même, flottait, en forme de drapeau , un grand pagne fait de pièces et de morceaux des différents tissus européens , mélangés avec ceux du pays : le parasol et le tambour étaient, suivant sou interprète, l'emblème de la force, et le pagne celui de la richesse. On dansa, et ou chanta les louanges du roi, qui fit ensuite quelques largesses à son peuple. Puis-, ayant appelé M. Bruë, il l'invita à boire

GUINEE.

avec lui. Une femme pendant ce temps lui couvrit le visage d'un voile blanc; les feticheros brandirent leurs queues de cheval , les soldats agitèrent leurs sonnettes; tous se prosternèrent jusqu'à ce qu'il eût fini de boire. Voyant que son hôte regardait les crânes suspendus à son trône, le roi les prit dans sa main l'un après Vautre, et fui fit le récit de chacun de ses exploits ; il le reconduisit luimême à son siège, et ilsfurentà l'instant entourés des princes cabocirs qui venaient faire leur cour; il y avait parmi eux deux fous dont la figure était bizarrement tatouée et qui portaient des vêtements tout bariolés. Après la cérémonie, on introduisit deux hommes couverts d'un pagne blanc , et on les plaça en face du roi. Ces hommes savaient qu'ils allaient mourir, mais ils étaient entièrement impassibles, et la présence de M. Bruê paraissait absorber toute leur attention. Le roi leur fit remettre la valeur de cinq francs en cowris et un flacon d'eau-de-vie , afin de pourvoir aux besoius du voyage. Le premier fétichero se pencha à leur oreille, et les chargea de diverses commissions auprès des ancêtres du roi ; on les conduisit ensemble sur un des cotés de l'enceinte, où l'on voyait enfoncé en terre un pieu tel qu'on en rencontre dans nos abattoirs.

On les fit mettre à genoux, et deux hommes de la troupe du minga , armés d'un sabre très-court, leur coupèrent la tête en frappant à coups répétés. Après l'exécution, les bourreaux chargèrent les cadavres sur leurs épaules et allèrent les jeter dans les fossés qui bordent le mur d'enceinte, gardant pour eux les cowris, les pagnes et r eau-de-vie. Les jours suivants, répétition des mêmes norreurs, avec cette différence que le supplice de la croix remplaça la scène du billot.

M. Bruë vit un arbre qu'on avait dépouillé de ses fruits pour y substituer des têtes humaines. A l'ombre de ces rameaux funèbres , le roi fit servir aux cabocirs un banquet d'où les femmes étaient exclues. M. Bruë évalue à plus de mille le nombre des victimes sacrifiées dans ces fêtes* de sang. Il put enfin obtenir audience du roi et lui parler d'affaires. Il lui montra la lettre du ministre de la marine qui l'autorisait à prendre possession du fort français de

Wbydah. Quoiqu'il ne sût pas lire , le roi en exigea une copie, et investit M. Bruè du commandement du fort ainsi que du village des Français. Les cabocirs vinrent lui faire la réception d'usage avec des danses et des décharges de mousquelerie. Dès sa première entrevue avec le roi M. Bruë avait sollicité la grâce de neuf condamnés à mort, appartenant au village français. Il désespérait de l'obtenir, lorsque, la veille de son départ, il les vit entrer garrottés dans la cour de son habitation, conduits par le méhou et par un détachement de ses troupes.

Arrivés devant son logement , on les fit agenouiller, et ie méhou leur apprit que le roi leur avait fait grâce à sa sollicitation; il leur adressa une longue allocution pour les porter à la reconnaissance et a une meilleure conduite, et engagea M. Bruë à délier lui-même le premier de ces condamnés; après quoi les soldats du méhou délièrent les autres. Dans la soirée le roi vint lui faire sa visite, et il fut autorisé à partir (1).

ïébou. — J'arrive maintenant à la description du pays et dupeupledes Yébous, « nation considérable, dont lenomgéné- « ralement inconnu à nos meilleurs trai « tés de géographie, se retrouve à peine « mentionné dans les plus volumineuses « descriptions de l'Afrique et dans les « relations de quelques voyageurs, avec « une somme de renseignements qui se « borne à un petit nombre de lignes, « sans un seul mot de la langue, des ca- « ractèrcs physiques , aucun de ces ren- « seignements qui peuvent servir à dé- « terminer le classement ethnologique « d'un peuple dans la grande famille lui- « maine. Le pays n'est pas mieux connu , « à peine est-il indiqué sur les meilleu- « res cartes d'Afrique; et la cote même, « négligée par les hydrographes moder- « nés , n'est tracée que d'après des rea lèvements surannés. » Une occasion singulière s'offrit, il y a quelques années, à M. d'Avezacde renueillirà Paris même, sur ce peuple ignoré , des informations qui , quelque imparfaites et quelque; tronquées qu'elles puissent être , ont ,

(i) Le récit du voyage de M. Bruë a été inséré dam les Annales maritimes, Revue colo» niale, i845, septembre, n° i3.

L'UNIVERS

comme il le dit lui-même , sur le peu que nous savions auparavant l'avantage tout ensemble de l'étendue et de la nouveauté : il put interroger longuement un nègre , natif de Tébou , vendu à l'âge de vingt à vingt-deux ans à un négrier, transporté au Brésil, baptisé sous le nom de Joaquin, amené seize ou dix-sept ans après à Paris par son maître , redevenu libre de plein droit, et depuis ayant servi comme domestique dans diverses maisons. Ochi-Fékouè, jusqu'à l'âge de vingt à vingt-deux ans, avait mené, comme son père , la vie active de marchand voyageur, et dans ses nombreuses et diverses excursions il avait atteint comme point extrême dans l'est Gatô, où Ton débarque pour se rendre à la capitale du Bénin; au sud-est, la ville d'Ouïr; à l'ouest, il n'avait jamais dépassé le comptoir de Lagos. Par terre il avait été souvent aux marchés des pays limitrophes de Yébou, vers le nord : il avait donc connu par lui-même toute l'étendue de sa terre natale. On conçoit quels embarras et quelle incertitude accompagnent ces sortes d'euquêtes scientifiques ; aussi est-ce avec défiance que M. d'Avezac nous présente le résumé de ces « conver- « sations vagabondes et morcelées, diffu- « ses et naïves. » Mais nous devons dire, à notre tour, qu'en les mettant en ordre et en les disposant de manière à ce qu'elles composent déjà une esquisse si complète du peuple et du pays des Yébous, M. d'Avezac a fait un travail de critique fort remarquable et propre à servir de modèle dans les études ethnologiques (l);et dans tout ce que j'en conserverai ici je le reproduirai textuellement.

Après avoir, dans une revue rétrospective, rassemblé toutes les notions antérieures sur le pays des Yébous consignées dans les cartes et autres documents géographiques (2), M. d'Avezac

(1) La Notice sur le pars et le peuple des Yébous en Afrique forme la deuxième partie du tome secona des Mémoires de la Société ethnologique.'

(2) .« Jusqu'au milieu du dix-septième siècle, dit M. d'Avezac, les premiers relèvements des navigateurs portugais se reproduisent decarte en carte à peu près sans variation, tels qu'on les voit dans les éditions de Ploléméc,

l'a décrit à son tour. « Le pays de Yébon, dit-il, est compris, d'une manière

dans la Géographie de Livio Sanuto, ou dans les Atlas de Mercator et de Uondius. Un autre tracé portugais apparail plus tard sur les cartes de Pierre Mortier (Carte des costes de t Afrique depuis Cabo Corso jusques à Omorro, levée par ordre ex près des rois de Portugal , sous qui on en a fait la découverte ; Amsterdam ). La cote y est morcelée en îles nombreuses, derrière lesquelles s'étend la grande Lagoa de Curamo; à quelque distance dans les terres , et vers le rio do Lagot est marquée une Cidade do Jubu, et ce même nom de Jubu est répété en petits caractères vers le rivage.

« Les documents hollandais (particulièrement les cartes de Vau-Loon , de Robyu, de Loots et de Van-Keulen) forment nne autre série, où des relèvements nouveaux sont entés sur les données portugaises ; le nom de Ichoo apparaît alors sur la chaîne d'îles, quelque fois reunies en une seule terre allongée, qui s'étend entre le lac de Curamo et la mer. Dapper, copié ultérieurement par Jean Barbot et parle sieur de la Croix (Relation universelle de fAfri» que. ancienne et moderne; Lyon, 1688, in-ia , tome III, pag. 164 à 166), annonce, dans sa Description de F Afrique, l'existence d'un royaume de Jaboe à l'ouest ou au nord-ouest du Bénin ; et Van-Keulen inscrit ce royaume, sur ses cartes, au nord du lac de Curamo.

« Peul-élre devons-nous aussi faire une part spéciale à l'école française, qui , indépendamment des données portugaises et bol* landaises combinées, semble avoir recueilli de son chef quelques notions de détails, telles que l'indication des villes de Curamo et d'Oajr, marquées dès i656 parSanson, auxdeux extrémités de la grande lagune (L'Afrique en plusieurs cartes nouvelles et exactes ; Paris, i65ô, in-40; carte neuvième). De L'Isle réunit tout ce qu'avaient respectivement acquis ses devanciers, même en double emploi (Carte de la Barbarie, de la Nigrit'us et de la Guinée , août 1 707), et il y ajouta, peut-être sur des lumières empruntées à David deNyeudaal (Lettre du Ier septembre 1 701, dans le Voyage de Guinée de Bosman , p. 456) , la désignalion précise des corsaires d' Uza, indépendants, à leur véritable place : quoi qu'il en soit, les cartographes postérieurs, hollandais et anglais, la transcrivirent en français daus leurs propr es cartes, de même que les indications portugaises et hollandaises se retrouvaient respectivement en ces deux lançues sur les cartes françaises de Duval el deSanson. Le grand d'Anville vint à son tour, et ne lit guère d'abord que re*>

générale, entre le Da h orné à l'ouest, le au nord le pays d'Eyo. Le long du Bénin à Test , au sud la mer de Guinée , rivage maritime, on peut préciser ces li-

produire de L'Isle ave« ses doubles emplois; plus tard il voulut être lui-même, et if corrigea son prédécesseur , mais avec moins de sagacité qu'il n'y avait lieu de s'y attendre. (Comparez la Carte de la côte de Guinée et du pays, autant qu'il est connu, depuis la rivière de Serre-Lionne jusqu'à celle de Ccrnarones; juillet 1729, avec celle qui est simplement intitulée : Guinée entre Serre-Lionne et le passage de la ligne, 1775.)

« Enfin arrivent les Anglais, copistes d'abord des Hollandais et des Français ; ils explorèrent ensuite eux-mêmes ces côies avec le but exprès d'en faire le relèvement nautique : ce fut le capitaine Archibald Dalzel qui exécuta, en novembre 1785, à bord du bâtiment le Tartar, une reconnaissance , combinée ensuite avec les travaux particuliers des capitaines Joseph Matthews et Clemisson , puis complétée dans sa partie occidentale par un levé spécial de l'embouchure de la rivière de Lagos, effectué en 1 7 89 par le capitaine Horsele y , de Liverpool : elle fut ainsi insérée dans VAfrican Pilot deLaurie, et doit être considérée comme ce que nous possédons de mieux sur la région qui nous occupe, (fojr. la carte intitulée : A new Survey of tliat part of the coast of Africa comprise between cape Ferga and cape Formoso , en 3 feuilles, dont la première édition est du a5 mai 1789, et qui a été plusieurs fois reproduite depuis .) Les îles delà côte y ont pris l'aspect d'une langue de terre longue et étroite , coupée en certains endroits par des criques peu considérables. Quelques villes anonymes, outre celle de Oddjr, s'y trouvent indiquées : le nom de Curamo est renvoyé aux anciennes cartes; celui de Eco ou Ichoo (suivant l'orthographe hollandaise ) est restreint à la ville de Lagos ; la grande lagune est appelée lac de Cradoo , et une ville du même nom est marquée, auprès d'une rivière, sur le bord septentrional du lac, ainsi qu'un village de Quassee, à côté duquel débouche pareillement une petite rivière ; à quelque distance au nord, dans les terres, se lit en grosses majuscules le nom de Jaboo. — Voilà dans leur plus grande étendue les notions cartographiques reunies depuis quatre siècles sur cette Contrée.

« Joignons-y les indications du petit nombre de voyageurs, tous anglais au surplus, qui ont dit quelques mots relatifs à notre sujet : Snelgrave est le premier voyageur qui nous parle des Tébous. Des nouvelles du Dahomé, qui lui parvinrent après son retour en 'Angleterre, racontaient que le roi Truro-

19e .Livraison. (Guinée.)

Audati, profitant de la paix qu'il venait de conclure avec les Joes, avait tourné ses armes contre les Yabous , peuple de l'intérieur; il s'était porté contre eux, dans les premiers mois de 1731, et avait éprouvé une vigoureuse résistance, pendant laquelle étaient arrivées les pluies de l'hivernage. Faisant alors un dernier effort , le roi de Dahomé était parvenu à déloger les Yébout de leurs retranchements , mais sans être en état de lès pouréuivre dans leur retraite ; et il avait été forcé de s'en retourner, après avoir perdu la meilleure partie de ses troupes et compromis sa grande réputation militaire. (Guill. Snelgrave, Nouvelle Relation de quelques endroits de Guinée et du commerce d'escla ves qu'on y fait ; Amsterdam , 1 7 35, in- 1 a , page. 174, 175.)

« Le capitaine John Adams, dont le voyage en Guinée se rapporte à l'année i8o3, bien 11'il n'ait été publié que vingt ans après, avait ait escale à Lagos , qu'il dit appartenir à un chef absolu qui étend sa domination sur deux ou trois villages populeux de la rive septentrionale du lac de Cradoo, laquelle touche au fertile royaume de Jaboo , habité par un peuple agriculteur et manufacturier. «LesJaboos, ditil, habitent un pays situé entre Hio et Bénin. Ce sont de beaux hommes, qui semblent toujours arriver d'uu pays d'abondance, tant ils sont pleins de santé , de vigueur et de résolution; c'est un peuple très-industrieux, fabriquant pour l'exportation une immense quantité de toiles communes de Guinée , trèsestiraées au Brésil , fournissant d'ailleurs à la consommation de ses voisins du gros et du menu bétail, de la volaille, du blé et des calebasses. » (Capitaine John Adams , Remarks on the country extending from cape Palmas to the river Congo, including observations on the manners and customs of the inhabitants; Londres, i8a3,in-8°; p. 96-98.)

« Plus rapproché de nous de douze à quinze années, bien que ses Notes surf Afrique aient été publiées quatre ans avant les Remarques d' Adams, George Robertson nous parle comme lui de Jaboo, dont \\ avait vu plusieurs marchands à Lagos. Il considère ce pays comme une vice-royauté du Bénin, située eutre Lagos et le rio Formoso ; et il en présente les habitants comme actifs et industrieux, très-supérieurs à leurs voisins, fabriquant d'excellentes étoffes de coton de douze à quatorze pouces de large, très-recherchées, les unes blanches, d'autres d'un bleu très-solide , quelques-unes de couleur différente, assez bien teintes, sauf

L'UNIVERS

mites (1)- La ville de Lagos (6" 21' nord; 1° 2 44' est de Paris ) est la borne du

les jaunes. « Ces gens portent, dit-il, une sorte « de caleçon très-court, qu'ils appellent choo- « catoo, et une grande pièce d'étoffe, qui leur « sert de couverture et de moustiquière peti- « dant la nuit. » (G. Robertson, Notes on Africa, parlicularly those paru which are situated oettveen cape Verd and tfie river Congo ; Londres, i8iQ,in-8u;p.a87,»9o, 3oxà3o3.)

« Bowdich, en 1817, conversa au cap Corse avec un mulâtre qui était allé à Kosie, et dont il reçut des renseignements d'après lesquels , par suite d'une méprise imputable soit à luimême, soit i son informateur, il transforma la ville yéboue de Kosie, sur le bord du lac, en une capitale de royaume sur la rive orientale de la rivière de Lagos, à une soixantaine de milles de l'embouchure. Une autre erreur de sa part fut de prendre pour les Jaboos un peuple qu'il trouvait mentionné dans les observations anonymes jointes à la relation du matelot Robert Adams, sous le nom de Joos, tandis qu'il s'agît des Joes de Snelgrave, Hios de John Adams et de Bowdich lui-même, AyoestEyoes ou Eyeos de Dalzel, Norris, Robertson, et qu'il est plus exact d'ap|>eler Eyos. ( L'hUtoire du Dahomey est pleine de guerres sanglantes soutenues contre ce peuple. ) Les Jaboos , ajoute Bowdich, habitent à quarante milles à l'ouest de Kosie , et non derrière le Cradoo, comme le marque la carte de Norris ( la même que celle de Dalzel) : ils sont renommés par les étoffes qui portent leur nom, et dont les Portugais font des chargements considérables. ( E. Bowdich , Voyage dans le pays d'Aschantie, p. 3 17-3 19 de la traduction française.)

« Du puis a nommé également Jaboo et Kosie parmi les États du second ordre compris avec te Bénin dans la partie orientale de la grande région de Ouauqârah, d'après les informations qu'il avait reçues en i8ao des traitants musulmans du cap Corse ; mais là se borue tout ce qu'il en dit. ( Journ. 0/ a resideoçe in Ashantie, p. lij de la deuxième partie.)

a Les nègres Bernard et François, en faisant en 1819 à M. d'Andrada, au Brésil, rénumération des lieux qu'ils avaient traversés en venant de l'intérieur de l'Afrique aux comptoirs de la côte où ils avaient été vendus, nommèrent aussi Dlùabuh ouG/tebu/t, comme une de leurs dernières étapes. (Journal des Foyages, t. XXXII, p. 3o^-3i3.)

« C'est là tout ce que les livres ont pu nous apprendre jusqu'à ce moment du pays et du peuple de Tébou. »

( 1) Itinéraire de Clapperton de Badagry à la ville d*Eyeo ou de Kctunga, à travers Tes mon-

couchant. Lagos est le nom vulgaire donné par les Européens ; s'il en faut

tagnes de Kong (i8a5-a6) : —Le 7 décembre i8a5, le capitaine Clapperton partit de Badagry ; il remonta en pirogue un brasde la rivière de Lagos , jusqu'au confluent de la crique de Gatie, où il entra ; il remonta également cette crique pendant un mille et demi , puis débarqua sur la rive gauche. Les bords de ces deux petites rivières sont bas et couverts de roseaux : à l'endroit où il s'arrêta il se tient un marché pour les habitants de Badagry, de Pouka et d'autres villes voisines : on le nomme Bawie. Le Gazie vient du nord-ouest, et traverse une partie du royaume de Dahomey; il a sa source dans le pays nommé Kilo. De Bawie, Clapperton se rendit à pied à Pouka ; le chemin qu'il suivit était en partie éclairci; l'herbe haute le couvrait dans les endroits où le bois était abattu; il paraissait avoir été cultivé. Les forêts étaient touffues, les arbres très-élevés et entremêlés de tant de plantes grimpantes et de broussailles, que les forêts paraissaient impénétrables au a< là de la lisière. Le pays est bas, le terrain formé d'argile rouge avec un mélange de sable. En sortant de Pouka, il apprit qu'il n'était plus sur le territoire du roi de Badagry, mais dans un canton du royaume d'Eyeo ou Yourriba (les Arabes et les Haoussans lui donnent ce dernier nom), que la capitale s'appelle Ratunga, et qu'elle est située à trente journées de distance. Après avoir traversé les villages d'Isaio , de Dagmou , de Humba, placé au delà d'une petite rivière, et à'Akalou , il atteignit Sado ou Isado. Le terrain entre Humba et Sado consiste généralement en une sorte d'argile rouge. Il doit y avoir des cultures considérables à peu de distance de la route; mais auprès des villes ou n'en voit pas de suffisantes pour nourrir leurs nombréux habitants. Clapperton jugea qu'il n'était pas loin des bords de la rivière Gazie ; et, en effet, le lendemain, après avoir marché une heure dans les bois, \\ atteignit la ville de Bidgie, entourée de beaux champs de grains et de banaues, et située sur cette rivière. Elle avait en cet endroit à peu près un quart de mille de largeur, et élan remplie d'îles basses et marécageuses et de roseaux flottants. Au delà de Bidgie, la route traversait un long marais desséché , jusqu'au village à'Alaliobolou. Le pa^s dès là devenait très-beau , offrant un mélange de coteaux et de vallées ; de temps en temps on jouissait de délicieux points de vue. Il entra bientôt à Labou par une avenue d'arbres majestueux, bordée de maisons de fétiches. La ville de Labou est grande et

GUINÉE

croire Robertson , Awani est la dénomination locale, écrite Onix par Denys

située sur un terrain en pente vers le sommet d'une petite colline. La route continuait à travers des champs de millet , d'ignames, de cala vances et de maïs. La ville de Djannah, où il arriva ensuite, occupait une situation sembla ble à celle de Labou ; la vue s'y étendait fort loin dans l'ouest; mais du coté de lest elle était interrompue par des bois touffus. Les habitants paraissaient polis et industrieux : leur nombre pouvait monter de huit à dix mille ; il ne restait plus des anciennes fortiûca lions que la porte et un fossé. Les rues étaient tortueuses et étroites. Clapperton visita plusieurs manufactures de toile et trois ateliers de teinture, daus chacun desquels il y avait une vingtaine de cuves ou grands pots de terre ; tout était en pleine activité. L'indigo de ce canton est d'excellente qualité. Les femmes teignent la toile ; les hommes sont tisserands. Le métier et la navette sont faits à peu près sur les mêmes principes que ceux dont on use en Angleterre; mais la trame n'a guère que quaire pouces de largeur. Les villages qui succèdent à Djannah sont Batcky, Tckôwt Ega, Emadou, Liabo et Ektva, tous situés au sein d'une forêt inaccessible; on y arrive par une avenue que défendent trois rangs de palissades avec des portes étroites en claies et une seule entrée. A Liabo seulement il y avait un mur en terre et un fossé ajoutés aux palissades. En sortant d'Ekwa, les voyageurs traversèrent une ravine profonde et remontèrent de l'autre coté sur le haut d'un plateau, où ils virent Engwa et Ajoura. Le pays était ouvert et offrait uue succession de collines et de vallées : dans les ter* raina élevés, de gros blocs de granit perçaient la surface de la terre; les plaines étaient parsemées de cocotiers femelles et couvertes d'une herbe haute et longue qu'on avait brûlée récemment en plusieurs endroits. La vue du haut des coteaux, en sortant d'Afoura, est superbe; toutes les-vallées sont arrosées par des ruisseaux qui coulent au nord-ouest, en se dirigeant vers une grande rivière qui se jette, dit-on, dans le Lagos. Ils s'arrêtèrent à Asseuhh , et éprouvèrent toujours ta même obligeance de la part des habitants, qui pouvaient être au nombre de cinq à six mille. La ville était entourée d'un fosse creuse récemment à cause de la guerre. Suivait le village d'/taUia, dans un très-beau pays; puis As» toudo, ville murée, de dix mille habitants; et Tchotclto, entre des rochers rocailleux. Toutes ces vallées rocailleuses qu'ib traversaient étaient cultivées daus beaucoup d'endroits en coton, grains, ignames et bananes, et

Bonnaventure et la plupart des anciens navigateurs, Aunis par Palissot Beau-

arrosées par de nombreux ruisseaux. Une

quantité de petites villes se montraient sur le sommet et dans les enfoncements des coteaux ; c'est à leurs habitants qu'appartenaient les ♦ cultures de la vallée. A une petite distance de quelques heures seult-nienl de marche à cheval, la guerre exerçait ses ravagea : ce n'était pas une guerre nationale , mais une simple chasse d'esclaves. Au sortir de Bendekka, ces belles vallées sinueuses étaient bordées de blocs énormes de granit s élevant jusqu'à une hauteur de six à huit cents pieds. En certains endroits, la vallée n'avait pas trois cents pieds de large; ailleurs elle s'ouvrait jusqu'à avoir un demi-millede diamètre. Le terrain quoique gras, était peu profond, excepté sur le bord des ruisseaux, où croissaient de grands arbres; les flancs des montagnes étaient nus, mais des crevasses sortait une quantité d'arbres difformes et d'arbrisseaux. On dit à Clapperton que ce groupe de montagnes commence dans le pays de Borgou, qui est derrière l'Achauti, et file à l'est à travers le Djabou jusqu'au Bénin. On ignore sa direction au delà. Les montagnes courent de l'ouest-nord-ouest à l'estsud-est, et ont à peu près quatre-vingts milles de largeur du nord au sud. — Au delà de Daffou, ville de quinze mille âmes peut-être, la route serpentait entre deux montagnes; en descendant on marchait sur des pierres et des rochers raboteux; des blocs immenses de granit étaient suspendus sur la tête du voyageur. Au bout d'un demi-mille, Clapperton et ses compagnons arrivèrent à Djésin, village situé au pied de cinq rochers très-hauts et très-escarpés; de grands arbres l'entouraieut ; un ruisseau le traversait : au delà la route, toujours montant et descendant, continuait à serpenter entre les montagnes jusqu'à Oueza. Entre Oueza et Tchiadou s'étendait un vaste plateau doucement incliné, bien cultivé et arrosé. Tchiadou était entouré d'un mur et d'un fossé , et en dedans de cette enceinte, d'une rangée d'arbres très-rapprochés les uns des autres. Au sortir de cette grande ville, la route devint plus difficile ; c'était un passage rude et raboteux, resserré entre les montagnes. Le sol eu cet endroit est formé d'une bonne terre végétale, qui n'a que peu d'épaisseur; le granit qu'elle recouvre perce en plusieurs endroits. A Matoni, ville dont le nom signifie laisse-moi seul, la difficulté de la route augmenta encore. Ce même défilé les conduisit à Eraoua , puis à Ouaehou. Au delà de ce dernier village , les montagnes étaient pins hachées que celles dont ib sortaient; on eût dit que quelque

292 L'UNIVERS

vois et Landolphe, et Ahony par de nfc;le capitaine Horseley (Lagos and Flotte ; quelques-uns écrivent aussi Ho- Us channels, 1789 ) nous Ta appelée

grande convulsion de la nature avait bouleversé ces énormes masses de granit; la route avait un caractère de majesté imposant, tantôt montant presque perpendiculairement, tantôt descendant entre les rochers dans des gorges profondes, puis serpentant agréablement autour des flancs d'une montagne escarpée, sous les blocs qui menaçaient de les écraser; et dans chaque crevasse où il y avait un peu de terre, on voyait des cabanes entourées de petits champs de millet, d'ignames ou de bananiers, qui prêtaient une charmante variété aux traits austères du paysage. Le chemin continua à monter ainsi jusqu'à Tchaki, ville très-peuplée et située sur le sommet le plus élevé. Le cabocir de Tchaki apprit à Clapperton que le Niger ou Kouarra , après avoir passé dans le Djabou, allait se jeter à la mer, dans le Bénin, mais qu'il coulait sur un lit de rochers ; que le Borgou n'est qu'à une journée de route à cheval , dans le nord-nord'Ouest, et que les montagnes dans lesquelles ils voyageaient traversaient le Ghounga , qui est à trente-cinq jours de distance à l'ouest- nord -ouest de Tchaki, au'elles se prolongent ensuite parle Borgou, i'Yourribaet le Labou jusqu'au Bénin; mais qu'il ignorait leur direction ultérieure. Ce cabocir jouissait d'une grande autorité auprès du roi d'Eyeo, et avait une vaste étendue de pays et plusieurs villes considérables rangées sous sa juridiction. — En poursuivant son voyage, Clapperton traversa le village de Fellah, dans un très-beau pays ouvert et en partie cultivé, Aoura, Bayou, Kouso . grande ville ceinte d'un double mur, qui, presque appuyée vers Test à d'âpres coteaux de granit , s'étendait fort loin dans la plaine. Au delà de Kouso, la route qu'il suivit était parallèle à la lignedes montagnes jusqu'au delà de Yabou; il marchait à l'E. \ N. Le pays entre Tabou et Ensoukosouest une belle plaine bien cultivée et remplie de villages fellatahs. Partout où il passait Clapperton recevait un accueil triomphal; le bruit s'était répandu qu'il venait rétablir la paix entre les esclaves du Haoussa et le roi de Yourriba. Ces esclaves, révoltés depuis deux ans, occupaient Lori, grande ville éloignée seulement de deux jours de Kalunga , et inspiraient une vive terreur aux Tourribani. — A Lédouït , Clapperton vit une file de montagnes qui se dirigeaient de l'E. 7 S. E. à l'E. Il s'arrêta à Aggidiba. Le pays offrait encore un aspect de belle culture, mais les habitants avaient pour la plupart abandonné leurs demeures, à cause des fréquentes incursions des Haoussani révoltés.

Au sortir de ce village, il traversa une foré* d'arbres difformes et chélifs; le chemin était de sable mêlé de cailloux. Après avoir passé trois villages, dont deux avaient été mcenpar les Fellatahs , Clapperton entra dans Akhbosa, ville entourée d arbres en dedans des murs, et après deux heures et demie de marche, dans Adja, ville murée également et ceinte d'une allée d'arbres intérieure. Une plante grimpante et semblable à la ronce montait jusqu'à leur faite, d'où elle redescendait, formant ainsi une défense impénétrable, si ce n'est contre les serpents ; et comme elle est toujours verte, il n'est pas possible de la brûler. Les maisons étaient éparses sur une grande étendue de terrain; on pouvait évaluer la population à quatre mille âmes. Loko est a une heure et demie de distance d'Adja : c'est aussi une grande ville murée. Le pays était bien cultivé en grains , ignames, etc. , et entremêlé de coteaux en pente douce et de vallées. Au bout du même temps, Clapperton entra dans la ville orientale de Salou. Il y en a trois de ce nom, rapprochées les unes des autres, et à peu près de même grandeur. Celle de l'ouest est seule murée. Le pays entre Loko et les trois Salou est peu cultivé et couvert de forêts épaisses ; le sol est composé d'une argile rouge et de gravier, avec de gros morceaux de pierres ferrugineuses , qu'on croirait avoir subi l'action du feu ; car elles sont criblées de petits trous, produits peut-être aussi par l'eau qui aura enlevé les particules tendres. Dans ce canton, Clapperton recueillit la fleur à beurre de Mungo-Park : quand cet arbre fleurit, il/est presque dépouillé de feuilles;- ce n'est que quand les pluies ont cessé qu'il se revêt d'un feuillage touffu. La fleur a huit pétales et huit divisions du calice ; elle est d'un jaune pâle. Laydou est à une heure et demie de Salou. — Le Borgou n'est qu'à une journée de Laydou ; les habitauts de ce pays viennent souvent enlever ceux des villes voisines de Laydou pour les vendre. — Le pays des environs de Laydou n'est que peu cultivé ; les forêts sont éclaircies ; le sol offre une argile rouge mêlée de rognons de pierre ferrugineuse, aucun n'ayant plus de trois pieds de grosseur de chaque côté. La route passait ensuite par les villages de Leoealla, peuplé de Fellatahs, de Bongbong, d Atèpa, grand et populeux, ceint d'une allée d'arbres que des plantes grimpantes épineuses reudent impénétrable, excepté aux portes , où l'on a ménagé un passage étroit. A une demi-heure de la ville murée de Namah , Clapperton passa \e Djejfiou Moussa, rivière

GUINÉE

Eco ; et c'est ainsi que la désignent les Yébous. Mais elle n'est pas de leur do-

qui va se jeter dans le Kouarra, auprès de Niffe. Le premier village où il entra au delà était Leobadda, situé à une heure et demie des bords de la rivière, à l'est d'une rangée de rochers brisés, semblable à un mur immense. Ce chaînon granitique se dirige du nord-est au sud-ouest, et s'élève de cinquante à soixante pieds au-dessus de la plaine; il va rejoindre les collines du sud et de l'est. Leobttdd» est à une journée seulement de route à cheval de Katunga etdeKiama, capitale du Borgou. Elle renferme environ cent cinquante maisons, contenant chacune trente à quarante habitants. Le pays était bien cultivé à une petite distance hors de la ville, le chemin boisé, mais les arbres petits et difformes. Clapperton vit ici, pour la première fois, le petit acacia tortu. Le sol offrait une argile rouge. Il passa par plusieurs villages que les Fellatahs avaieut récemment détruits ; et, après s'être rapproché de la chaîne de rochers, il entra dans la belle vallée qu'ils bordent, plantée de grands arbres touffus et de bananiers, et parsemée de pelouses verdoyantes et de nappes d'eau. Au delà de celte jolie vallée, il franchit une autre chaîne de rochers, et arriva bientôt à Tchow, pauvre ville, comptant au plus quatre mille habitants. A une heure du village à'Atchoran, par un chemin sinueux et boisé, il rencontra une rivière qui coule vers le Kouarra , éloigné seulement de trois journées; et peu de temps a près l'avoir traversée, il aperçut du sommet d'une côte élevée la ville de Katunga ou Eyto. La vallée qui l'en séparait s'étendait à perte de vue à l'ouest; la vue, à l'est, était interceptée par un rocher immense brisé en gros blocs , avec une cime de forme bizarre. La ville d'Eyeo, nommée Katunga dans la langue du Haoussa, est située par 8°59/ de latitude nord, et 6° i?' de longitude est de Greenwich. Elle est bâtie sur le penchant et autour de la base d'une petite chaîne de collines granitiques qui forment en quelque sorte la citadelle : elles sont composées de blocs prodigieux de granit gris, de l'espèce la plus tendre. Le terrain sur lequel est placée la ville consiste en argile et en gravier mêlé d'une espèce de sable produit évidemment par la décomposition du granit. Une ceinture d'arbres rapprochés fait le tour de la ville en dedans des murs, qui sont en terre, hauts d'une vingtaine de pieds, et entourés d'un fossé à sec. Leur circonférence est de quinze milles et de forme ovale : son diamètre était de quatre milles dans un sens et de six milles dans l'autre ; l'extrémité méridionale est appuyée contre

maine : elle appartient au Bénin , qui lui applique le nom de Koràme, où il

le coteau , qui de ce côté forme une barrière inaccessible ; il y a dix portes. Les maisons du roi et celles de ses femmes occupent à peu près une surface d'un mille carré et sont au snd des collines; elles ont deux grands parcs, l'un devant la façade et l'autre tourné au nord; elles sont bâties en terre et ont des toits en chaume, comme celles du littoral ; des sculptures couvrent les portes et les poteaux qui soutiennent les véranda h. Ces figures sculptées représentent le plus souvent le serpent boa tenant un cochon ou une antilope dans sa gueule , des hommes de guerre faisant des prisonniers, et quelquefois un cavalier conduisant des esclaves. On voit aussi dans les cours des statues d'hommes et de femmes. H y a sept marchés différents qui se tiennent tous les soirs; ils s'ouvrent généralement vers trois ou quatre heures. Les principales choses exposées en vente sont des ignames, du grain, des calavances (à la Jamaïque on donne ce nom au haricot TO\i%e,pha$eolussphœrospermus),àes bananes, des figues bananes , du beurre végétal, des graines de coloquinte dont on mange en quantité, des confitures, des chèvres, des poules, des moutons et des agueanx,et aussi des toiles fabriquées dans le pays, et divers instruments d'agriculture. Une petite chèvre coûte quinze cents à deux mille cauris; un gros mouton trois à cinq mille ; une poule cent cinquante à deux cents; une vache vingt à trente mille, un esclave de première qualité quarante à soixante mille, un cheval quatre-vingt à cent mille ; les ignames coûtent quatre mille cauris le cent ( deux mille cauris équivalent à une piastre forte d'Espagne). Le trôna ou natron est apporté du Bournou et expédié à tous les points de la côte pour y être mêlé avec du tabac en poudre ; ou s en sert aussi comme médicament.

Le royaume ùVYourriba s'étend de Pouka dans le sud, qui est à moins de cinq milles de la mer, et de Lagos et Juidah du même côté,

Cju'au dixième degré de latitude nord ; il est né au nord-ouest par le royaume de Dahomey, compté parmi ses provinces tributaires; au nord par les pays de Ketto et de Maha; au nord-est par le Borgou ; à l'est par le Kouarra ou Niger; au sud-est par l'Accoura, province du Bénin à cinq jours de distance ; au sud et à l'ouest par leUjaboû(Yéboû). Les tributaires sont le Dahomey, rÀlladàh, le Badagry et le Maha. Depuis la côte de la mer jusqu'à Tchotcho (8° 8' de latitude nord et 4° a' de longitude est), le pays s'élève par une pente douce. Le sol , comme on l'a vu /consiste en

L'UNIVERS

est aisé de reconnaître le Curamodes anciens relèvements portugais, comme Kko représente le Ichoodes hydrographes hollandais. Autrefois Korâme était unie à

forte argile rouge et en terre végétale. Partout où les forêts n'ont pas été éclaircies on peut les regarder comme impénétrables. Les arbres sont de grande dimension, et couverts d'un feuillage très-touffu. — De Tchotcbo à Koussou s'étend une chaîne de montagnes granitiques, courant de l'ouest-nordouest à l'est-aud-est. Ces montagnes sont en granit gris, dépourvues de végétation, et forment des masses continues; elles s'élèvent à quatre et huit cents pieds au-dessus du niveau des vallées, qui sont étroites, sinueuses, arrosées par des ruisseaux innombrables, et bien cultivées; le sol y est composé d'un terreau noir peu épais. — De Koussou i Eyeo le pays est moius montueux; les monts sont disposés en groupes interrompus et irréguliers, se dirigeant principalement du nord- est au sud-ouest , et comme détachés violemment de la chaîne par quelque grande convulsion de la nature; le granit qui les compose est plus tendre, et ses parties se désagrègent i l'air. Les vallées situées entre ces montagnes s'élargissent en plaines à mesure qu'elles avancent vers le nord. — Dans la région mou tueuse les arbres sont épais et peu nombreux, bas et ibtTormes. — I^es chevaux y sont de très-petite race, rt rares; les bœufs, qui près de la côte sont également de petite taille, deviennent aux approches de la capitale aussi hauts de taille

Jue ceux d'Angleterre. On y voit des moutons e l'espèce ordinaire parmi les autres espères propres à l'Afrique, oui y sont toutes représentées : des cochons, des canards de Barbarie, des poules, des pigeons et quelques dindons. Les naturels disent que l'hyène et le léopard sont très-communs, et qu'on trouve aussi des lions dans quelques parties du pays. — Les ignames , le maïs , le millet et les tchatlots; les fruits, tels que les oranges, les citrons, les poires, les pommes, croissent en abondance par tout le royaume. On cultive surtout le cotonnier, et son produit est converti en toile. C'est le seul objet de trafic, avec les esclaves; on l'échange avec les habitants de la côte contre du tabac, du rhum, du drap d'Europe et d'autres marchandises. — Le gouvernement de l'Yourriba est héréditaire; c'est un despotisme absolu , chaque sujet étant considère comme l'esclave du roi; mais il est doux et humain dans la pratique. La seule distinction de rang qui existe est celle de cabocir, c'est-à-dire de gouverneur d'une ville ou d'une province éloignée. L'armée est composée des

sa métropole par la langue de terre serrée entre la grande lagune et la mer ; mais dès longtemps les Yébous se sont emparés de cette langue de terre , dont

cabocirs et des hommes attachés à leur personne; or, en admettant cent cinquante hommes pour chaque cabocir, on ne voit pas que les troupes soient aussi nombreuses que les anciennes relations le marquent. Toutefois l'armée de Yourriba est bien aussi forte que celle d'aucun autre royaume d'Afrique. — D'après le témoignage du capitaine Clapperton , les Yourribani sont un des peuples de l'Afrique chez lesquels les traits caractéristiques de la race nègre sont le inoins prononcés : leurs lèvres sont peu épaisses; leur nez se rapproche sensiblement de la forme aquiline. Les hommes sont remarquablement bien faits et ont un maintien aisé; les femmes ont généralement moins de grâce que les hommes, sans doute parce qu'elles sont plus exposées au soleil et qu'elles travaillent davantage.

De Katunga Clapperton se dirigea sur Boussa, lieu où Mungo-Park périt, comme on sait. Il eut à traverser d'abord les villages d'Assina et de Tcltâw. Il voyageait par de trèsmauvais chemins, coupés et traversés de ravines profondes et rocailleuses. Le village à' Algi, qu'il rencontra ensuite, n'apparteuait plus au royaume de Yourriba , mais à Yarro , chef ou sultan de Kiama, petit Etal du Borgou. Le pays entre Algi et Ouatatou était cultivé en beaucoup d'endroits en colon, ignames et maïs, et offrait une succession de collines et de vallées : ces collines sont en général basses et rocailleuses; la roche est un grès à grain» fins. A quinze miuutes de ce dernier village, Clapperton arriva sur les bords du Moussa, rivière qui servait autrefois de limite aux royaumes d' Yourriba et de Borgou ; on lui dit que c'était la même qu'il avait déjà passée au nord des montagnes de Tchôw , et on lui renouvela l'assurance qu'elle se jette dans le Kouarra, en face de Nyffé, et près de Bakah ; son lit est très-rocailleux; quand elle est pleine, sa largeur est à peu près de quatrevingt-dix pieds. (Second voyage dans Cintërieur de î 'Afrique , depuis le golfe de Bénin jusqu'à Sackatou, par le capitaine Clapperton, pendant les années i8a5, a6et «7 , traduction de MM. Eyriès et de La Benaudière, t. 1er, p. i-na. Compares 1'/iinéraire des frères Lander , qui croisèrent plusieurs fois la route du capitaine Clapperton : Journal d'une expédition entreprise dans le eut et explorer le cours et t embouchure du Niger, traduit par t. !•'.)

Sw. Belloc ,

GUINÉE. 295

l'extrémité orientale a été envahie par les rigots qui la traversent. — Sur la grande

pirates Ouyô; et Korâme est restée isolée terre, vis-à-vis et à deux heures de distance

au bout de la grande lagune, continuant de Odé, qui lui-même est à une demi-

à recevoir du Bénin son gouverneur ou heure du rivage , se trouve Oumakoû,

chef politique. Cest aux terres voisines, à chef-lieu d'un petit district habité par la

l'ouest, qu appartient le nom d'Awaneet nation Idokô, à laquelle appartient aussi

de Robertson , prononcé Agouani par une autre ville appelée Ebighl : c'est

Ochi-Fékouè, et compris avec Arada, l'extrémité orientale des possessions yé-

Agbaddghi ( le Badagry des cartes an- boues en terre ferme. A partir de là s'é-

glaises ) , f'ida ( Whidah des Anglais , tend, à l'est, la province alssobé ( appe-

queile appartiennent aussi Mahé et Da- des terres vagues, où les pirates Ouyô

gomè ( le Dahomey vulgaire ). * exercent leurs déprédations.

La borne orientale du Yéboû, sur « Nous avons uéjà dit, ajoute M. d'A-

FOcéan, est la ville de Omâlié, dont la vezac, que ces pirates sont les corsaires

position est marquée sur la copie rec- à' Usa , de David de Nyendaal ; peut-être

tifiée de la carte de Dalzel, jointe par ce nom leur venait-il de Osa , qui est

M. a" A vezac à son Mémoire, par 6° 4' la dénomination employée par les Yé-

nord et 2° 32' est de Paris. Entre Lagos bous pour désigner ce que nos cartes ap-

et Oddy ou Odé (6° 18' nord, et 2° T 44" p client lac le Cradou. Ce lac s'étend

est), en suivant le bord de la mer, on d'ouest en est, depuis Ekô ou Koràme

distingue six hameaux ou okoû, dont j'ai jusqu'auprès d 'Oumakoû. Sur sa rive

donné les noms plus haut, d'après M. le septentrionale s'échelonnent, à partir du

comte E. Bouët , mais que M. d'A vezac, premier de ces deux points, nombre de

suivant la prononciation d'Ochi Fêkouè, villes et de villages, août les principaux

écrit un peu différemment : Ibéyo.Obâze^ sont Kroudoû , Ikési et Ekpe. De Ko-

Ochôro, Lekè, Chiriôn, Ezé. A près ode, rame à Kroudoû il faut compter dix

on ne rencontre plus ni ville ni village heures ou dix-sept milles environ ; de

jusqu'à Omâhé. On met deux jours là à Ikôsi sept heures ou onze milles ;

S)ur se rendre par mer de Korâme à d'Ikôsi à Ekpè dix heures ou dix-sept

dé; et en repartant d'Odé à cinq heures milles ; d'Ekpè à Oumakoû onze heures

du matin on atteint Omâhé vers deux ou dix-neuf milles. On peut se rendre

heures après midi. Après l'avoir dépassée, d'Ekpè à Omâhé, par Oumakoû, en

on entre dans le domaine d'Iwère ( Owè- suivant les canaux intérieurs : cette

re, Owyhère , Ouarre, Awerri des car- route exige trois jours , et Ton met qua-

tes et des relations); c'est le pays du tre journées de plus pour atteindre Ou-

peuple Ichékré : on y trouve d'abord un loû-/wère, capitale d'Ichékrf, vers le

petit hameau appelé txhtn, qui n'a sud-est, et quatre jours pareillement,

que huit habitants; un peu plus loin est en allant d'Omâhé vers l'est pour arriver

Yakwày où l'on en compte une cinquan- à Gâté, d'où l'on se rend parterre, en deux

taine; et tout au près, Oubobi, qui jours, à Edda, capitale d'Ibinf : Ochi-

peut en avoir trente. De douloureux Fêkouè avait parcouru lui-même cette

souvenirs avaient gravé ces trois noms dernière route dans un voyage qu'il fit

dans la mémoire d'Ochi-Fêkouè : c'est vers 1810, en compagnie de son frère,

près d'Echm qu'il avait été surpris par — Ibinf est un grand royaume duquel

les pirates Ouyô; on l'avait débarqué de- dépendent les provinces d'Issobô et de

vant ce misérable village, puis conduit Eonre; au delà est le pays ou royaume

à Yakwâ, où il était demeuré quatre de Ekbôn ou Ikêân, ainsi" appelé dans le

jours ; et c'est à Oubobi qu'il avait été Bénin , mais que les Yébous nomment

livré au négrier brésilien. Tous ces lieux Jkolobé, et les Chekri Ekalapd ; la capi-

habités sont échelonnés , le long de la taie est la grande ville de Ogotôn^ qu'il

mer, sur la langue de terre allongée que ne faut pas confondre avec Gatodu Bénin,

les Yébous appellent Ikbékoû, et qui se « Indépendamment de la série des

trouve découpée en îles par plusieurs ma- villages que nous avons signalés sur le

L'UNIVERS

rivage maritime d'Ikbékoû, on en peut citer quelques autres sur la rive septentrionale, ou mémeau milieu de ces terres insulaires : ainsi Ton voit, en face de la grande ville d'Ekpè, lie village de 5a'ooiiko; et sur le marigot qui est en face dlkôsi, le village de Boûghiyè , renommé dans tout le pays pour le nombre et la supériorité de ses embarcations. »

M . d' A vezac essaye ensuite d'apprécier l'étendue du pays de Yéboû vers le nord. Les seuls renseignements que lui aient fournis à cet égard les conversations d'Ochi-Fêkouè consistent dans i'indication.de deux villes frontières, Oyôgwo et Jkrékoû, au delà desquelles commence le territoire d'Inongé: Inongô {Anagoo et Inago de Robert son, Nagots de Pr.

de Pommegorge et de Bonnaventure , Eyeos de Cfapperton et de Lander) est une grande nation à laquelle appartient le pays de Éyo, dont la capitale est Ooû, ainsi que le pays de Ibàmno, appelé Kahandd par les Uaoussans. Au delà d'Inongô est Filàni, puis Takpwà (qui est le Niffé ou Not$ des Haoussans); et enfin Haoussâ, grand pays où s'arrêtaient les notions géographiques d'Ochi- Fékouè.

« En partant de Kroudoû, vers le nordest , on rencontre à une petite journée hjdn , d'où Ton se rend, en trois jours, dans le district àiOuhbé; le chef-lieu, Ouké-Jkbô, est une grande ville située à trois jours de distance d'Ekpè; et Oyôgwo n'est guère que d'une heure plus éloignée. De la , en un jour, on arrive à Akbelé, qui appartient à la nation Ekbàrlhèya , dépendante d'Inongd. — D'un autre côté, en partant de Kroudoû pour se diriger vers le nord, on atteint, après une grande journée, le territoire de la nation Eremô, dépendante de Yéboû : la première ville qu'on rencontre est lkboré; puis une marche de deux grands jours conduit à Okô, et il faut encore deux très-fortes journées pour arriver à Ikrékoû, toujours sur les terres d'Eremô. Au delà, quatre à cinq heures de marche suffisent pour se rendre à Ekbomôso, ville d'Inongô, laquelle est elle-même à trois journées d'Oukbô.

A trois journées plus loin que Ekbomôso se trouve Ekboumoû, grande ville de marché, qui appartient à un frère du roi de Yéboû.

« Si l'on attribue à la journée de marche une valeur moyenne de quinze milles géographiques en ligne droite, on en pourra conclure que la ligne des frontières, du côté d' Akbelé, passe à environ soixante-dix milles de Kroudoû et cinauante-cincj milles d'Ekpè; et que du côte d'Ekbomoso elle passe à environ quatre-vingt-cinq milles de Kroudoû et autant d'Ekpè. On pourra approximativement déduire de ces données, pour la superficie totale du pays , une mesure vague de cinq cents lieues carrées , au maximum.

« La position de la capitale Odè- Yéboû, estimée approximativement, est de 6° 48' de latitude nord, et de 1° 54* de longitude à l'est du méridien de Paris. Ochi-Fékouè nomma encore plusieurs villes sur la position desquelles M. d'Avezac n'eut point l'occasion ou le loisir de lui demander de renseignements; en voici du moins les noms : Oké-Aké (lieu de naissance de son grand-père ), Odomoïlâ, Ipi, Atou, Erounwo , Ichové , Nqforiyd, Ilokô, Oné, Oroubô, Iké :

pour cette dernière seulement il fit comprendre qu'elle était à deux ou trois heures de marche à l'est d'Ikôsi.

« Parmi les dépendances de Yéboû , M. d'Avezac compte encore le district de Owwoû, habité par la nation Egbvà ; après une guerre de six ans, qui finissait à l'époque où Ochi-Fékouè tut emmené en captivité, et qui avait eu pour cause la possession disputée d'un canton limitrophe des deux pays, Obbâ Owwoû, fait prisonnier, avait été conduit à Odè- Yéboû , et son domaine réuni au territoire yéboû. Cette réunion avait-elle été définitive? Ochi-Fékouè l'ignorait; il ne put même apprendre à M. d'Avezac où est situé le canton d'Owwoû (1).

(i) « Ce nom, ajoute M. d'Avezac, n'est cepen-

« dan t pas tout à fait inconnu en Europe, non

« plus que celui de la nation Egbva : dans la

« troisième partie du petit Vocabulaire Éyo,

<• dont il a recueilli les éléments à Sierra -

« Leone, le missionnaire John Raban a con-

« signé le renseignement géographique sui-

« vànt : Yoruba est la dénomination générale

« d'un grand pays contenant les cinq divisions

« que voici, rangées dans l'ordre de leur im-

« portan.ee : r° Oyo ; a° Eg'bwa ; 3° Ibarupwa ;

« 4° Ijébu ; 6° ljéca (prononcé Ijctcha). Owû ,

• est une grande ville de Yoruba ( Tnt Ejq

GUINÉE

<* D'après tous les renseignements qu'on vient de, parcourir, on peut, ce semble, se former de la disposition géographique du pays de Yéboûune idée générale, où se grouperont, autour d'un noyau territorial portant spécialement le nom de Yéboû : à l'est Idokô, dont le chef-lieu est Omakoû, au nord Eremô, dont le chef-lieu est Ikboré, et peut-être à l'ouest, peut-être au nord-est, Egbvd, dont le chef-lieu est Owwoû.

« Le pays est extrêmement plat et uni sur la côte, et des montagnes proprement dites ne s'y montrent qu'assez loin dans l'intérieur. Cependant sur la langue de terre même que les indigènes appellent Ikbékoû se font remarquer quelques dunes , notamment auprès de Sd-

« Vocabulary compiled by the rev. John Ra- « ban , ont of the missionaries of the church « musionary Society in Sierra-Leone ; trois « parties, Londres, i83o, 3i,3a,in-x8;part. 3e, « p. 10). Mais ceci demande quelques éclair- « cissements : on sait très-bien par Clapperton « {Second expédition, p. 39) que Yarriba « est le nom donné par les Arabes et les Haous- « sans au pays et au peuple ; Ochi-Fèkou è « ne connaissait point celte dénomination gén nérale : pour lui Êyo est le nom du pays « occupé par la nation Inongo , ayant pour roi « ObbaOyô, et la ville de Ooû pour capitale; « Egbva est la nation dont le pays aussi bien [que n la capitale sont appelés Owwoû ; Ibaroupwa « lui est inconnu sous cette forme, mais lui h parait devoir être Gwaroùpa; Jjèbu est son « propre pays , que nous écrivons ici, d'après « sa manière de prononcer , Yéboû ; enfin « Ijétchaest pour lui Iycsa, qu'il m'avait plu- « sieurs fois désigné avant que le petit livre « de Raban me fût tombé entre les mains. — « Mais quel est l'emplacement géographique « d'Owwoû, nous l'ignorons encore; cepen- « dant , peut-être nous est-il permis de con- « jecturer que cette ville est la même que « celle dont Richard Lander nous parle sous le « nom de Wow, au commencement de son m Deuxième voyage. D'après les explications « de Clapperton sur les limites du Yarriba du « côté de Badagry, Wow appartient bien ■ certainement à cette grande contrée (Lan- « der, Journ, of an expédition to explore « the Niger, t. Ier, p. 58. — Clapperton, Sek cond expédition, p.'a9 et 87) ; et son hca monymie est frappante avec Owwou. Mais, m d'un autre côté , Èkba-Ikéya, vers Akbéié, « ne serait-il pas identique a Egbva? Nous « sommes forcé de rester dans l'incertitude. »

bouko et de Iioûghiyè,où elles reçoivent le nom de oké ou montagne. — Quant à celles de l'intérieur, elles font partie de la grande chaîne granitique traversée dans l'ouest par Clapperton, à qui l'on apprit qu'elle prenait naissance dans le Borchoû, et se continuait à travers le Yéboû, jusqu'au Bénin. C'est, d'après la description de ce voyageur, un granit gris surgissant à travers un sol argileux rouge, couvert d'une couche de terreau noir mêlé de sable dans les parties qui avoisinent la mer. On y trouve, suivant les indications d'Ochi-Fékouè, des mines métalliques riches et nombreuses, où l'or se rencontre en grosses pépites, et l'argent en abondance, mais sans valeur et sans utilité aux yeux des naturels; les mines de fer leur sont beaucoup plus précieuses, et le cuivre, rare chez eux , se paye plus cher que l'or même.

« Des rivières nombreuses, niais qui ne paraissent pas très-considérables- arrosent et fertilisent ce territoire. La plus importante est celle de Ockoûy qui vient de très-loin dans le pays d'Êyo, où elle est appelée Ichery; elle est déjà grande à Ekoomdso, plus grande et inguéable à Oukbô; elle traverse Lremô, etdébouche à Kroudoû. Une autre est celle de Omè, quijvientd'Akbelé, passe à Onè, à Idokô, aont elle prend le nom, et débouche à Ekpè. Dans l'intervalle, une troisième, plus petite, passe près d'Oroubô et débouche à Ike. — Ces divers cours d'eau se jettent dans ce que les géographes appelaient autrefois le lac de Curamo, et qu'ils nomment aujourd'hui le lac de Cradoo, mais que les Yébous appellent uniquement Osa ou lac, par opposition à la mer, qu'ils appellent moloukoû, et aux rivières, qu'ils appellent ouiô. Un peu au-dessus de la ville de Oumakoû, Osa éprouve tout à coup un rétrécissement tel que trois barques ne pourraient y passer de front; c'est dès lors une véritable rivière, et son nom spécial est Efrd. Peut-être le même nom reparaît- il à l'ouest du lac, pour la rivière qui passe à Ardra, et à laquelle la carte de Dalzel applique improprement la dénomination de Lagos , mais que d' Anville appelle Eu/rat, et Denys Bonnaventure trop classiquement Euphràtc.

— D'autres rivières communiquent du

L'UNIVERS

lac à la mer à travers Ikbékoû, ainsi qu'on le voit sur la carte de Dalzel; la plus connue de celles-ci est Outô-Boûgkivê. Au temps des pluies solsticiales et de l'inondation qu'elles amènent, l'eau de Osa s'écoule en une vaste nappe pardessus les terres basses d'Ikbékoû.

« Tout le long des rivages court une berge sablonneuse couverte de mangliers rabougris, par-dessus lesquels on aperçoit au loin des arbres élevés, à têtes rouges, surtout entre Ekpè etOumakoû.

Il existe en outre dans le pays de belles forêts, et nous savons d'ailleurs que le terroir est fertile, que le maïs et les calebasses sont exportes pour la consommation des populations voisines.

« Les conversations d'Ochi-Fékouè firent comprendre à M. d'Avezac que sa terre natale produit en abondance les bananiers à gros et à petit fruit (le musa paradisiaca des botanistes, plantain des Anglais, okbôibroîn des indigènes, et le musa sapientum, appelé dans le pays okbô oghéde), le cocotier, le chou-palmiste, l'oranger, le citronnier, la canne à sucre, l'ananas, la patate, le manioc, l'igname, le piment, lamalaguette, l'obi, qui n'est autre que le fameux cola ou

Sourou des voyageurs européens; l'inigo, le coton, et bien d'autres végétaux utiles, sur lesquels il ne put donner d'indications assez précises. — Quant au régne animal, il signala, entre les mammifères, de nombreux hippopotames, le lion, le léopard, l'éléphant, des singes et des guenons de divers genres, notamment une sorte d'orang qu'il appelle inoki; des pangolins, des porcs-epics, des hérissons, des rats en quantité; et parmi les animaux domestiques, le cheval, rare dans le pays , si ce n'est dans la

{>rovinced'Idok6 , l'âne, le chien, le chat, e cochon , et de grands troupeaux de bœufs, de chèvres et de moutons; parmi les reptiles, des caïmans monstrueux, des tortues de terre etde mer, descrapauds, des grenouilles et des serpents de diverses grandeurs, dont le plus remaruable, appelé eVeparles indigènes, doit tre un python de la plus grande taille ; ils en ont un autre, connu au Brésil sous le nom de surucucu, et qui paraît appartenir au genre Eryx, et un autre moins

grand, noir, avec la gorge jaune. Parmi »s oiseaux ,«il donna à reconnaître l'au-

truche, la cigogne, le flammant, le héron, le perroquet gris, le pigeon , la poule, le canard, la spatule , le pélican ; parmi les insectes, l'abeille, qui donne aux naturels la cire qu'ils vont vendre aux comptoirs européens, et le miel qu'ils savourent à leurs repas; l'incommode moustique, le scorpion venimeux, l'industrieuse termite, et les innombrables fourmis rouges ou noires, grandes ou

Setites. Entre les poissons, il ne désigna 'une manière précise que le requin , par son nom portugais de tuberao, et parmi les mollusques, l'huître, qui pullule dans le lac sans que les riverains aient l'idée d'en manger.

« En prenant son informateur pour un type de sa nation, M. d'Avezac nous dépeint le Yéboû comme un homme d'une taille moyenne, bien constitué, d'un noir brun, ayant le nez plat et large, les lèvres grosses et saillantes, les dents supérieures inclinées en avant, les pommettes proéminentes. Mais le caractère le plus remarquable de la face est un front partagé en trois compartiments verticaux, dont l'un est en retrait sur les deux autres, ou plutôt ce sont lesdeux os temporaux qui font une saillie très-marquée sur l'os frontal, en avant duquel ils forment comme un bourrelet de trois à quatre lignes d'épaisseur. Les cheveux sont crépus et laineux, comme dans la plupart des races nègres. L'angle facial ne lui parut pas très-aigu (i). Le caractère moral semble fort doux; et quoique l'intelligence d'Ochi-Fékouè fût peu développée, les renseignements qu'il fournit à M. d'Avezac dénotaient chez ses compatriotes un degré d'aptitude et d'activité qui s'accorde avec ce que les voyageurs avaient rapporté des habitudes industrieuses etde la richesse territoriale de ce peuple. Les denrées dont il approvisionne ses voisins, les étoffes qu i! fabrique en si grande quantité, et ui révèlent une habitude perfectionnée e la filature , du tissage et de la teinture, déposent en effet de la supériorité relative à l'égard des nations limitrophes. La résistance qu'éprouva de la part des Yéboûs le graud guerrier dahomé Trouro-

(x) Par les soins de M. de Alain ville, Ochi- Fèkouè fut moulé au Muséum royal d'histoire naturelle.

GUINÉE

Audati , et la conquête qu'ils firent de la lisière maritime qui obéissait autrefois au Bénin, sont en même temps des preuves de leur bravoure.

« La langue des Yéboûs (1) offrit à M. d'Avezac, dès les premières questions qu'il adressa à son nègre, les noms de nombre de tm à dix, entièrement conformes à ceux que Bowdich avait rapportés de la langue Éyo ; et son informateur lui apprit que les Êyos parlent en effet une langue si voisine de celle de Yéboû, que les deux nations peuvent converser ensemble sans difficulté; il put aussitôt se convaincre lui-même de cette étroite affinité en comparant les mots qu'il recueillait de la bouche d'Ochi- Fékouè, au petit vocabulaire your ri bani compris dans Y Appendice du Second voyage de Ciapperton ; et depuis il en eut de nouvelles preuves concluantes encore et plus multipliées en examinant les petits vocabulaires et spécimens de langage éyo recueillis à Sierra-Leone par le révérend J. Raban. 11 n'en est pas de

(i) M. d'Avezac recueillit un vocabulaire d'environ huit cents mots de cette langue , plus quelques phrases, trop peu nombreuses pour y trouver les éléments d'une analyse, et par suite d'une esquisse grammaticale de cet idiome. Ce travail d'analyse offrait d'autant plus de difficulté qu'Ocbi-Fèkouè avait une connaissance trop grossière du français et du portugais pour exprimer dans l'une ou l'autre de ces langues une forme grammaticale correspondante à celle que lui eût fournie sa langue maternelle. Mais à l'aide de rapprochements que lui fournirent les petits livres de Raban, eu tenant compte toutefois des différences probables de dialectes , M. d'Avezac put entrevoir déjà le mécanisme général de la langue yéboûe. D'après ces données, il traça un premier canevas conjectural de grammaire pour servir de thème eux vérifications à venir: il forme avec le Vocabulaire l'appendice de son savant travail. M. d'Avezac communiqua ce vocabulaire à la Société de civilisation africaine de Londres, pour être compris dans le Vocabulaire comparatif imprimé sous ce litre OutUne of a Fo~ cabulary of a Jew of tlie principal languagcs of western and central A 'frica, compiledfor the use of the Niger expédition; Londres, 1841 , in- 18 obloog; volume qui offre un intérêt de plus en reproduisant les Spécimens of african languagcs de mistress Hannah Kilham, imprimés à Sierra-Leone , et devenus très-rares aujourd'hui, ajoute M. d'Avezac

même pour la langue de Béni, qui paraît appartenir à la même famille, mais qui présente des différences beaucoup plus tranchées : en sorte que, d'après les indications d'Ochi-Fêkouè, il y aurait lieu de former des divers langages similaires répandus en ces contrées deux groupes

Srmcipaux , dont l'un comprendrait les ialectes yéboû , éyo et leurs ramifications (1), Vautre les dialectes béni , ebbô et leurs annexes. Le domaine territorial de cette famille linguistique est borné au nord par la langue baousâ, à l'ouest parla langue igoû, qui renferme les dialectes de Dahomé, ne Mahé, et de ce qu'on appelle vulgairement la côte des Esclaves. Sous le rapport euphonique, la langue yéboû peut être considérée comme une des plus douces qui soient au monde; les voyelles y abondent, et il est à cet égard remarquable que ( sauf peut-être quelques rares et douteuses exceptions), non-seulement tous les mots, mais même toutes les syllabes sont terminées par des voyelles; les consonnes n'offrent dans leur prononciation aucune rudesse, et plusieurs s'articulent avec une sorte de mignardise qui les rend difficiles à saisir et plus difficiles encore à exprimer graphiquement par des lettres de notre alphabet. Il est un caractère particulier que M. d'Avezac a cru découvrir dans cette langue, et qui pourrait fournir aux linguistes un curieux sujet d'études, si au lieu de simples conjectures il eût eu à présenter une affirmation précise : c'est la nature essentiellement monosyllabique qu'elle lui parut offrir dans sa composition, « non que les mono- « syllabes s'y montrent distinctement au « premier abord; mais il semble qu'une « analyse intelligente puisse retrouver « dans les polysyllabes une série d'élé- « ments monosyllabiques, tantôt simple- « ment juxtaposés , tantôt euphonique- « ment contractés. Est-ce une racine a modifiée par des affixes ou des suffi) « D'après Ciapperton ( Second expedi- « tion, p. i3a, 143, i84)t dit M. d'Avezac, les « langages de Wawa, de Boussa et du Niffé « sont des dialectes de la langue du Yarriba , « c'est-à-dire Êyo. Mais sont-ils plus voisins de m cette dernière que de celle de Béni ? C'est « une question que l'étude comparative des voie cabulaires peut seule résoudre. »

LUJN1VERS.

« fixes inséparables qu'il suffit de dé- « pouiller de ces augments pour mettre « en évidence le monosyllabe originel ? « ou bien chaque polysyllabe se décom- • pose-t-il en divers éléments radicaux, « tous significatifs, tous séparables, et * « se groupant entre eux au gré de l'idée « complexe qu'il s'agit d'exprimer? »

M. d'Avezac est porté à préférer la seconde opinion, parla facilité avec laquelle il put décomposer en monosyllabes significatifs quelques phrases très-courtes recueillies de la bouche d'Ochi-Fékouè, et dont chacun des éléments lui était déjà connu par son emploi dans d'autres locutions.

Après s'être occupé des éléments fondamentaux du classement ethnologique, c'est-à-dire du caractère physique et moral de l'individu et du langage, M. d'Avezac observe les époques et les accidents de la vie, en enregistrant, dit-il, les détails que les souvenirs d'Ochi- Fékouè lui avaient procurés sur les formes que revêt, chez les Yéboûs, chacun des actes solennels.

« La mère, en travail, est entourée, assistée des matrones de sa famille ou du voisinage, qui reçoivent le nouveau- né, et lui nouent le nombril à peu près comme nos sages-femmes.

Mais, à la grande différence de nos habitudes, l'accouchée demeure pendant six jours étendue sur ses nattes, enveloppée des mêmes pagnes, ayant à côté d'elle son nourrisson , sans recevoir ni prendre elle-même aucun soin de prc prêté; enfin le septièmeiour l'appartement est nettoyé de fond en comole , et les cendres même sont enlevées du foyer et jetées à la rivière ; on appelle un ylasè ou prêtre, afin d'accomplir la cérémonie de l'imposition du nom au nouveau-né. L'alasè frotte d'abord d'huile de palme la tête de l'enfant ; le panier dans lequel les cendres ont été emportées devient alors pour un instant son berceau, et on l'asperge d'une quantité d'eau suffisante pour le nettoyer , après quoi on le rend a sa mère. L'alasè, délayant dans sa bouche quelques grains de sel, prend de nouveau l'entant, et, lui soufflant sur le front quelques gouttes de salive salée , l'appelle tout haut du nom que le père lui a d'avance fait connaître.

« L'allaitement dure un an au moins; il se prolonge assez souvent jusqu'à cinq ans ; la mère porte son nourrisson tantôt sur son bras, comme les nourrices d'Europe, tantôt grimpé sur son dos, les bras passés autour du cou , les jambes serrées sur les flancs et assujetti au moyen d'une pagne nouée. — Quand vient le temps du sevrage, elle substitue à son lait une bouillie claire de maïs, et bientôt cette espèce de pain ou de gâteau de maïs qu'on appelle ouri. — L'énfant n'a point un berceau séparé ; il dort près de sa mère, enveloppé de pagnes. Quel que soit leur sexe, les enfants vont absolument nus jusqu'à l'âge de quinze ans, qui est celui de la puberté.

« Arrivé à l'âge de six ou sept ans , le Yéboû subit la double opération du tatouage et de la circoncision : la première, nommée ellà, est commune aux deux sexes; la seconde, ou/ôn, n'est pratiquée que sur l'homme, et n'a

S oint d'analogue pour la femme. David e Nyendaal , dans Bosman , dit qu'au Bénin on pratique sur la femme 1 excision d'une petite portion du clitoris.

L'une et l'autre sont faites, moyennant salaire , par un artiste dont c'est la profession spéciale, et qu'on appelle a/dhila : il emploie à cet usage un instrument dont la lame courte, large, à double tranchant, et bien affilée, ressemble beaucoup par sa forme à celle d'un grattoir de bureau ; elle est assujettie dans un manche de bois mince et arrondi que l'opérateur tient dans la main droite entre le pouce , l'index et le doigt du milieu, comme nous tenons nous-mêmes une plume à écrire. — La circoncision est d'ordinaire une institution religieuse accompagnée de cérémonies où intervient le sacerdoce; rien dp semblable n'apparaît chez les Yéboûs : aucun alasè ne préside à l'opération. — On sait que le tatouage est une sorte d'insigne uniforme pour tous les individus d'un même peuple et différent de peuple à peuple, de manière à servir entre eux de caractère distinctif. 11 consiste en un certain nombre d'entailles pfcis ou moins profondes à des places et dans un ordre déterminés. Les indications de cette nature ont une importance ethnologique dont les voyageurs n'ont point en général tenu assez de compte.

GUINÉE

Voici les renseignements qoe M. d'Avezac tient d'Ochi-Fékouè sur la disposition de ces marques caractéristiques chez les diverses populations africaines qu'il a connues. Et d'abord , Yéboû luimême, ainsi que Erémo, qui en dépend, a son tatouage national, composé de six raies longitudinales partant du bas-ventre et s'élevant jusqu'aux mamelles, où s'arrêtent les deux médianes, tandis que les autres s'épanouissent symétriquement en secontournantsouslesaisselles. — Idokô, tributaire de Yéboû , se fait autour du cou une double rangée de petites entailles obliques, parallèles entre elles dans chaque rangée, mais inclinées en sens inverse d'une rangée à l'autre. — Egbwé, autre tribu de Yéboû , se distingue par cinq ou six longues incisions verticales sur chaque ioue , depuis les tempes jusqu'à la mâchoire intérieure.

— Béni, ainsi que Éônrè qui y est compris, a plusieurs entailles verticales, depuis quatre jusqu'à huit, au milieu du front; plus une longue raie depuis le creux de l'estomac jusqu'au bas-ventre.

— Jssobô , tributaire de Béni , et Ouyô, qui semble n'être que la partie restée indépendante du même peuple, se font trois entailles partant du coin de l'œil et rayonnant sur la tempe. — Ikolobé ou Ekbôn, dépendant aussi de Béni, se marque le front d'une raie horizontale au-dessous de laquelle sont entaillés de petits traits perpendiculaires , courts et rapprochés. Les habitants de Kordme n'ont point de tatouage ; mais ils se reconnaissent à leur tête rase , au sommet de laquelle reste intacte une mèche de cheveux. — Ichekri non plus n'a aucun tatouage. — La grande nation Inongô a pour insigne quatre entailles horizontales de chaque côté de la bouche. —

* Jbômo , ou Kakanda , qui en est une dépendance, a les mêmes entailles,

f)Ius profondes et prolongées jusqu'à 'oreille. — Le peuple guerrier des Filant, dont la couleur, au lieu d'être noire, ne .peut mieux être comparée qu'au rouge-brun de nos meubles d'acajou , a adopté la même disposition de traits incisés; mais chez lui ce ne sont que des raies fines et légères. — Takpwd,

3ui habite au delà d'Inongo, porte une ouble entaille diagonale de l'oreille à la bouche, entrecoupée d'incisions ver-

ticales depuis le nez jusqu'à l'oreille.

— Hàousti, plus éloigné encore que Takpwà , porte devant l'oreille cinq ou six traits horizontaux Rallongeant successivement jusqu'à une dernière incision qui s'arrondit pour remonter jusqu'au coin de la bouche. — En revenant à l'ouest, se présente la grande nation Igoû, dont le tatouage consiste en trois petites incisions verticales, dont une sur chaque pommette et l'autre sur le milieu du iront. — Telles sont les diverses marques nationales que les Yéboûs ont occasion de connaître chez eux ou autour d'eux (1).

« Le mariage est très-souvent la conséquence de fiançailles contractées dès le jeune âge, c'est-à-dire vers sept ou huit ans. — L'alliance des deux fa-

(i) « On peut voir, dit en noie M. d'Ave- « zac, dans le journal de M. Oldfield (2Var- « raùve of an expédition into the mterior « of Africay t. I",p. 3ao, et t. II, p. i36, 3a3 « et suivantes), des détails de même nature « sur les populations dont il est ici quesUou ; « mais il y a des différences notables entre « ses indications et celles d'Ochi-Fékouè. D'a- « près M. OldGeld , la marque nationale d'Ib- « bodo (Jéomno) e&t une incision longitu- « dinale depuis l'angle extérieur de l'œil jus- « qu'à la bouche. Dans un autre endroit, il dit « que ce sont six ou sept lignes courbes tirées de m l'angle extérieur de l'œil à la lèvre inférieure. « Celle des Nonfanchis ( Takpwa ) se compose « de trois lignes courbes sur chaque joue, « / et généralement deux autres sous l'omoplate « gauche. Uaoussa porte comme Bornou p!u- « sieurs lignes, quelquefois huit ou neuf, ti- « rées de la pommette au menlon. Yarriba et « le pays traversé par la branche du Niger an- « pelée Ado ont des incisions qui de la bouche « rayonnent sur la joue. Les Fellatahsne se ta- « touent pas, et considèrent les nations tatouées « comme de condition inférieure. — Il est re- « marquable que l'on trouve dans le Voyage « de Denham et Clapperton le portrait d'une « femme de Nyffé dont le tatouage ressemble « beaucoup mieux à la description d'Oclii-Fé- « kouè qu'à celle de M. Oldfïeld. — Adaras * (P* 7^, 116 et i33) indique le tatouage « de Dahomey, celui de Bénin et celui des « Hibos ( Ekbon ) d'une manière qui n'est « pas entièrement conforme aux souvenirs « d'Ochi-Fékouè. Dahomey n'a, d'après lui, « qu'une seule raie verticale au front; Bénin « porte la figure d'une feuille trifide sur cha- « que tempe, et trois longues raies sur le yen-

L'UNIVERS

milles ayant été négociée par des amis communs , les parents du petit garçon vont faire à ceux de la petite fille la demande formelle de sa main, et stipuler le douaire que le fiancé apportera à sa fiancée. Quand les conventions sont arrêtées et le jour fixé pour la cérémonie, on se réunit de nouveau dans la maison de la jeune fille, où Ton fait venir un alasé, porteur de la noix de ôbbi destinée à consacrer l'irrévocabilité de l'engagement. Il prend successivement pour les réunir la main du petit garçon et celle de la petite fille , en disant ait premier : fVirobirêwi onrayarè , « cette femme sera ton épouse; » et à celle-ci : fVirôkunè wi onrokorê, « cet homme sera ton mari. » Et ayant coupé en deux la noix de ôbbit il en présente à chacun d'eux une moitié, qui est aussitôt mangée : Yalasè se retire, et les deux familles se séparent. A partir de cette époque, la mère du fiancé va souvent visiter sa petite bru , qui reçoit d'elle beaucoup de cadeaux ; et les deux enfants jouent souvent ensemble. Quand les fiancés ont atteint quinze ou vingt ans, ou qu'il s'agit d'un mariage entre adultes , le garçon vient trouver les parents de la jeune fille, pour la leur demander, sauf à régler alors les conventions matrimoniales, s'il n'y a pas été déjà pourvu par des fiançailles. Le consentement obtenu, il se rend avec toute sa parenté chez sa future épouse, où Ton appelle en même temps un alasé, et où l'on se met à manger, boire, jouer, danser, jusqu'à ce que le

« Ire, au-dessus du nombril; les Hibos ont « un grand nombre d'incisions perpendiculat- « res sur les deux tempes. — Dapper(p. 3i4) « dit que les habitants d'Ouwerre sont mar- « qués de trois iucisions , une sur le front et « les deux autres sur les tempes : c'est, d'après « Ochi-Fèkouè, le tatouage de la nation Igoû. « Le portrait d'une jeune tille de Vida , que je « dois à l'obligeance du capitaine de frégate « P.ouël, ne montre cependant que l'incision a verticale du front. — David de Nyendaal (dans « Bosman, p. 479-473) parle de l'opération « du tatouage au Bénin comme d'une simple w fantaisie, sans autre règle que le caprice « de l'opérateur : ce qui parait une erreur u évidente. L'étude de ces curieuses distinc- « tions nationales est encore une des parties « les plus négligées, et cependant les plus im- « portante* de l'ethnologie africaine. »

moment de la retraite soit venu. Alors Yalasè prend de l'eau, y trempe un rameau de oroûnou, ou basilic :et en asperge le front des mariés : il prend ensuite leurs mains qu'il réunit en leur disant alternativement : Ayahbà, ayaté , onrayarèt onrokorè, « Mari, femme, c'est ton épouse, c'est ton mari. » Et l'époux alors emmène sa femme dans la maison de sou père ou dans la sienne propre, s'il en a une; le lendemain, toute la famille, tous les amis se réunissent chez le mari, et se livrent aux plaisirs de la danse, du jeu, de la table, comme dans toutes leurs fêtes. — La polygamie étant admise par les lois et les mœurs, les mêmes cérémonies se renouvellent à chaque mariage. On conçoit que la dépense de ces fêtes, et surtout l'obligation de constituer un douaire à chaque épouse, doit restreindre dans de justes bornes cette faculté de posséder plusieurs femmes dont quelques États voisins offrent des exemples monstrueux. A Yéboû , le roi n'en a tout au plus qu'une cinquantaine; les plus grands personnages de l'État n'ont guère que le tiers de ce nombre; la plupart des gens du peuple se bornent à une ou deux. — Le divorce est aussi admis chez les Yébous : il entraîne le payement du douaire et le remboursement à la famille de l'épouse répudiée de toutes les dépenses que les fiançailles et la noce ont pu lui occasionner.* C'est une restriction a l'abus autorisé; toutefois, malgré cette barrière, le divorce est fréquent , parmi les riches du moins.

« Les Yeboûs ont parmi eux, pour les soigner dans leurs maladies, des médecins qu'ils appellent oloû-chigou, d'après les ordonnances desquels ils prennent tel ou tel eftbôghi , ou médicament.—Les maladies graves les plus fréquentes chez eux sont : 1° aydno parafa ou la petite vérole , que l'on guérit au moyen de cataplasmes composés, appliqués très-chauds : cette médication a généralement beaucoup de succès, pourvu qu'elle soit pratiquée dès l'origine du mal. 2° Èbà ou la pulmonie. La toux ordinaire , qui constitue le simple rhume,recoitle nom de ô/tbô. S°Éiougô, ou la fièvre, plus fréquente chez la' femme que chez l'homme : on la soigne en se chauffant à un grand feu , et en buvant l'infusion chaude d'une plante

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appelée Êwè ôloukezé , dont Ochi-Fé- une décoction de feuilles d' olôton, sorte kouè ne put désigner d'analogue parmi de cocotier (Jacaau Brésil); après quoi les plantes qu'il avait vues soit au Bré- on l'enveloppe dans des pagnes blansil , soit en Europe. 4* Oyànou, ou ches roulées comme les bandelettes des la dyssenterie; on la combat en man- momies égyptiennes; dans cette opé* géant de la banane cuite sur les char- ration, les bras sont collés le long du bons ardents, et trempée dans une sauce corps , et ramenés sur le devant, de macomposée d'huile de palme et de la nière à ce que les mains soient jointes peau même de la banane carbonisée et les deux pouces attachés ensemble, et broyée. 5° Olôkouroun, ou l'hy- On continue de rouler pagnes sur padropisie, contre laquelle il n'est pas de gnes jusqu'à ce que le corps ait acquis remède. — Les Yeboûs ne sont point ainsi un gros volume, proportionné étrangers à l'emploi des moyens chi- d'ailleurs à la richesse et à la puissance rurgicaux; l'usage des ventouses sca- du personnage; on le dépose en cet état ri fiées est fréquent : on se sert pour cela sur son lit; les assistants le pleurent de petites courges creusées , dont on à grands cris, et ne le quittent plus fait l'application après y avoir introduit jusqu'à la fin des funérailles , qui duune petite mèche allumée, formée de rent trois à quatre jours pour le coinquelques débris de vieille calebasse bien mun des citoyens, et jusqu'à huit imprégnée d'huile. Les oloû-chigos pra- jours pour les riches. Chaque soir et tiquent, en quelques cas, des opérations chaque matin, de nombreux coups de qui exigent une certaine habileté et des fusil sont tirés à la porte de la case, instruments appropriés, que l'Europe et les journées se passent à boire et à seule peut leur fournir : armés d'un manger autour du cadavre. Enfin, le couteau bien affilé et d'une scie très-fine, moment de l'enterrement étant arrivé, ils ne craignent pas de faire des ampu- on appelle un alasè ou prêtre, et l'on tations, et le succès justifie d'ordinaire commence la danse des morts; une large leur audace. Dans les cas ordinaires, fosse est creusée dans la salle de réils guérissent les blessures par la simple ception , le corps est mis dans une bière application d'une pâte formée de poudre ou grand coffre de bois et porté dans à tirer délayée dans du jus de citron, la fosse, où il est immédiatement cou- C'est une véritable cautérisation dont vert de terre, s'il s'agit d'un pauvre l'effet est aussi prompt qu'assuré. plébéien : mais si le défunt était un riche

« N'ayant que leur mémoire pour personnage, on y met plus de façons, et constater le nombre des années de leur îa fosse reste ouverte jusqu'à trofs jours, vie, les Yéboûs ignorent assez généra- pendant lesquels continuent les salves, lement leur âge précis. Cependant, au- les festins et les danses funèbres. Le tant qu'Ochi-Fêkouè en pouvait juger, dernier jour est celui des sacrifices, et la durée moyenne de la vie de ses corn- pour un homme d'un haut rang les patriotes devait se traduire pour nous victimes sont des esclaves ; c'est Odôgo en un chiffre assez élevé, et les exem- qui leur ôte la vie. Il en avait été sacrifié pies de longévité ne sont pas rares : il deux aux funérailles du ladekè Ochiestimait que son grand-père était mort Wé, grand-père d'Ochi-Fêkouè ; leurs à environ cent quarante ou cent cin- fosses furent creusées au seuil des deux quante ans, sans qu'il y eût lieu de con- portes de l'appartement, Tune vers la sidérer cette vieillesse comme un phé- cour, l'autre vers le jardin, en travers nomène bien extraordinaire. Mais la cé- et en dehors de chaque porte. On tercité est chez eux la compagne ordinaire mine les funérailles en recouvrant de d'un grand âge. terre les fosses ouvertes. Alors Alasè

« Quand survient un décès , les parents choisit pour lui une chèvre, Aqownè et les amis du défunt se réunissent dans de son côté en prend une seconde , et la maison mortuaire, où l'on voit arri- Odôgo a pour sa part un bouc. La ver aussi un âgounè ou serviteur du famille tue un bœuf pour régaler les roi, chargé de percevoir les droits du assistants; après ce repas final, on refisc , et un odôgo ou sacrificateur. Le prend les danses, on se promène par Ja corps est d'abord lavé avec du savon et ville , et l'on se sépare enfin. — Les mé-

304 L'UIN

mes cérémonies ont lieu pour les femmes, au prorata de leur fortune et du rang de leur famille.

« Les Yéboûs s'habillent en géuéral des étoffes qu'ils fabriquent eux-mêmes : ce sont des tissus de coton dont la matière première est fournie par le sol ; dans chaque famille , la récolte , la filature t le tissage, la teinture, sont l'occupation habituelle des femmes ; et l'on sait déjà que la quantité des toiles ainsi fabriquées est considérable et fait l'objet d'un commerce d'exportation , non seulement pour les contrées voisines, mais pour le Brésil même, dont les navires viennent à Lagos chercher une marchandise si estimée des populations d'origine africaine transplantées en ces parages lointains. Les couleurs les plus fréquentes sont, après le bleu et le blanc, le jaune, le rouge, le cramoisi et le vert, soit unis , soit bariolés. Une simple pagne nouée sur les hanches est le costume habituel des hommes dans leur intérieur; au dehors ils portent une sorte de culotte large et courte , appelée * chouko-toû, et les riches remplacent par une grande robe ouverte la pagne nouée laissée au vulgaire. Pour les -femmes, c'est également une pagne<ju'elles portent , mais plus ample, roulée autour du corps , et retenue par un mouchoir noué en ceinture au-dessous du sein. — Les tissus de lin apportés d'Europe ont sur ceux de coton, dans l'estime des Yéboûs» la même supériorité que nous leur reconnaissons. — Nos étoffes de soie unies ou brochées , nos plus beaux tissus de luxe même ne sont point inconnus à ces peuples, et les riches portent dans leurs jours de gala de magnifiques vêtements. Le velours , le satin, le brocard, - sont employés à composer le costume du souverain. — La chaussure, négligée par le vulgaire , est réservée aux gens comme il faut : ce sont des espèces de sandales ou de pantoufles appelées /agolâgô ; une chaussure plus distinguée, qui paraît ressembler à nos galoches , se nomme saka ; c'est celle que porte le monarque dans les cérémonies ; et elle est alors d'or massif, d'une extrême lourdeur, ce qui imprime à la marche du prince une lenteur forcée conforme à l'étiquette pour de telles solennités. — La coiffure est très-variée : le menu

peuple conserve la tête nue , ou bien il se contente du botibôti> simple calotte fabriquée dans le pays; les plus aisés préfèrent Vakadé, ou bonnet, et Vahorôy ou chapeau de paille, indigènes; aux gens distingués il faut le bonnet de laine rouge , et aux plus riches le chapeau de feutre à grands bords , apporté d'Europe. Le chef des prêtres porte une sorte de toque sans bords. Quant au roi, sa coiffure est élevée en forme de tiare et d'une grande richesse ; elle est composée de grains de corail rapprochés et montés sur un fond de cuir cnamoisé ; au sommet est une touffe ou houppette de torsades d'or. — Le corail est un des objets de parure les plus recherchés : la grosseur des grains et leur quantité sont parmi les Yéboûs, comme chez nous les diamants, un élément d'appréciation du rang et de la fortune; les grands en portent des colliers depuis un jusqu'à

guatre rangs, descendant jusqu'au nomril ; le roi en a un grand nombre. Ce monarque a même pour ses jambes un revêtement de corafl appelé schaba, analogue aux knémides ou ocrées des anciens, aux «aXouxîou des Grecs modernes. — Outre leur habillement usuel, les Yéboûs ont pourcertaines professions ou certaines fonctions des costumes officiels dont la forme et la couleur sont déterminées. Ainsi, l'habit des prêtres est blanc, formé de deux grandes pagnes, dont l'une ceint les reins et l'autre est drapée sur la tête. Celui des ambassadeurs se compose d'une pagne blanche appe> lée ebbô, bordée de bleu, nouée sur la hanche gauche par un cordon à glands et d'une seconde pagne blanche

f tassée en écharpe autour du cou; sur a tête , un akoaé ou bonnet indigène , blanc; à la main un illaghé, ou martinet de peau , attribut spécial de leur dignité. L'uniforme des soldats est caractérisé par l'écharpe blanche passée autour du cou et croisée sur la poitrine comme les buffleteries de nos soldats , et par une pagne ou un mouchoir rouge roulé en turban autour de la tête.

« La nourriture des Yéboûs se compose de viandes, de Doissons, de racines, de fruits variés. L'nuile de palme joue un grand rôle dans leurs recettes culinaires; l'igname et la patate en demandent surtout une grande quantité, soit

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qu'on les serve seules à titre d'entremets, soit même qu'elles se présentent dans une entrée comme un simple accessoire autour d'une volaille, a'un poisson, d'un morceau de bœuf, de mouton ou de chevreau. La banane de la grosse ou de la petite espèce , attendue cinq ou six jours jusqu'à ce qu'elle ait complètement jauni ou rendue tendre et douce par la cuisson, est ensuite pilée en consistance de bouillie, offrant ainsi ce que nos maîtres d'hôtel appelleraient un entremets sucré. Enfin, l'orange, l'ananas, la canne à sucre , le miel , composent d'agréables desserts ; lecitron est trop acide pour être man^é : il n'a d'autre emploi que l'usage médical dont nous avons déjà eu occasion de parler. Nous ne disons rien ici des diverses sortes de poivre, de piments, de colats , qui servent de condiment ou même de hors d'oeuvre. — Mais nous ne devons point omettre l'article essentiel du pain , ou de ce qui en tient lieu. Le maïs est consacré a cette destination , non qu'on, le réduise en farine comme dans les pays voisins : on le fait seulement macérer dans l'eau pendant cinq jours, après quoi on le broie en une pâte homogène au moyen de la cuisson ; puis on l'enferme par petites portions dans des feuilles de bananiers ; on eutasse ces pains sous une couverture de laine, et le lendemain ils sont mangeables. Cette pâte s'appelle oûri, le petit pain qui en est formé eyori; un pain de double dimension reçoit le nom de eydroun, et un pain quadruple celui de arigôchou. — Quant au manioc, cette grande ressource de tant de populations nègres, il est ici complètement dédaigné , et abandonné pour la nourriture des pourceaux.

— Pour ce qui est des boissons , les vins et l'eau-de-vie d'Europe, ou le rhum d'Amérique , offrent un régal exceptionnel aussi rare que recherché. La boisson usuelle, c'est le vin de palme quelquefois doux {emoû), plus souvent fermenté (okkà); il s'en consomme dans toutes les réunions et fêtes , qui sont fréquentes, d'énormes quantités.

« Les habitations des Yéboûs, soit isolées dans la campagne, soit groupées en hameaux, en villages, en cités, sont en général, sauf l'étendue et le comfort, proportionnées à la différence des

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fortunes , disposées sur un modèle uniforme. — Une seule porte extérieure donne entrée dans une enceinte ou rande cour, où sont rangées, comme ans une rue , les teses ou maisons de toutes les personnes réunies sous l'autorité d'un même chef de famille. L'édifice principal, réservé à celui-ci, est toujours placé à côté de la porte extérieure de l'enceinte. L'ensemble de l'habitation reçoit le nom de ogd ; les maisons qu'elle renferme sont appelées oulé, et le mur d'enceinte , ôdl. — Les maisons , même le palais royal , n'ont point d'étage supérieur. Les murs sont en pisé, d'un mètre environ d'épaisseur; le toit en chaume, supporté par des bambous qui s'appuient sur des soliveaux soutenus eux-mêmes à l'intérieur par des piliers. Les maisons des riches ont plusieurs pièces éclairées par des fenêtres, et destinées à des usages distincts , tels que la salle de réception , la cuisine, la chambre à coucher. Cette recherche, exclusivement réservée pour les principaux corps de logis , ne se reproduit pas dans les cases plus ou moins nombreuses qui en constituent les dépendances et qui servent de logement aux femmes, aux enfants et aux esclaves. Pour les classes inférieures , la maison principale n'est elle-même qu'une simple case, une cabane, qui ne reçoit le jour que par la porte. — Quant à l'ameublement , il est assorti à la disposition des appartements. Le lit consiste, dans tous les cas, en une estrade sur laquelle sont étendues des nattes ou des peaux de boeufs. — Des nattes aussi couvrent le sol chez les gens riches : au roi sont réservés les tapis d'Europe. Le luxe des rideaux est très-rare. Les sièges sont en général des tabourets de bois, fabriqués dans le pays : les grands ne se refusent cependant point le fauteuil européen , mais l'usage en est restreint par l'étiquette à un très*petit nombre d'hommes revêtus des plus éminentes charges de l'État. — Les ustensiles de ménage sont peu nombreux et d'une grande simplicité : des marmites de fer et de terre, de grands et de petits vases de terre et de bois, un grand mortier de bois avec son pilon , des assiettes , des paniers de diverses grandeurs tressés avec une merveilleuse habileté, des calebasses creuses

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de diverses formes, la bouteille , le gobelet, le couteau, suffisent au service de la cuisine et de la table. Des coffres et des bottes font l'office d'armoires, de tiroirs : le commerce d'importation leur fournit des serruref* et des cadenas pour les fermer ; leur propre industrie fabrique des clefs et des serrures de bois très-ingénieuses. — Quand il se présente une visite, elle s'annonce en frappant à la porte extérieure; un esclave vient ouvrir aussitôt, et introduit les visiteurs ou les visiteuses (car les femmes aussi font des visites) dans la salle de réception. Le maître du logis offre toujours aux survenants du vin doux de palme. On se salue en se donnant une poignée de main , soit en arrivant, soit en se séparant, et il est d'usage d'accompagner les sortants jusqu'à la porte de l'habitation. - Des chandelles de cire et de suif, faites à l'imitation de celles d'Europe, pourvoient aux besoins de l'éclairage.

« Les occupations habituelles du peuple yéboû sont l'agriculture et le jardinage, qui n'emploient guère d'autre outil que la houe; l'élève des troupeaux de gros et menu bétail et des volatiles domestiques ; la fabrication des étoffes de coton au moyen de métiers d'une grande simplicité; la récolte de l'or, soit parle lavage des sables , soit par une fouille grossière des mines; la pêche, qui fait usage de la ligne et du hameçon, des filets et même du harpon ; la chasse, qui a ses pièges, mais qui se sert aussi des armes de guerre, l'arc et la flèche, la lance, le javelot et même le fusil. — Les professions spéciales n'ont point cette variété qui se multiplie à mesure qu'une civilisation plus raffinée crée des besoins plus nombreux. Là où chaque famille a des bras suffisants pour des travaux qui n'exigent guère d'apprentissage, il est peu nécessaire d'avoir recours à des ouvriers de profession. Ainsi, les maisons se bâtissent par le maître lui-même ou sous sa direction par ses esclaves et serviteurs. Il en est de même pour les travaux agricoles. Nous avons déjà dit que la fabrication des étoffes est la tâcne habituelle des femmes. On fait aussi dans chaque ménage un savon noir ou plutôt une lessive rapprochée au feu sans mélange d'huile, pour servir au blanchissage et autres

usages domestiques. — Il existe cependant quelques métiers distincts, tels que ceux de charpentiers, ou plus exactement ouvriers en bois, et de forgerons travaillant en tous métaux ; on trouve aussi des ouvriers en cuir, et peut-être encore quelques fabricants d'objets usuels de consommation. — Quant aux professions libérales , nous avons déjà eu occasion de mentionner des médecins et des tatoueurs. Nous osons à peine ranger à côté d'eux les devins ou sorciers, qui font métier de spéculer sur la crédulité et la superstition de leurs concitoyens.

« Ce que nous avons dit des professions industrielles s'applique naturellement au commerce : quand on produit soimême pour fournir à ses besoins, on a peu d'occasions de recourir à la voie ' des achats. Cependant on rencontre à Yéboù des bouchers, des marchands de vin de palmé et d'autres. La revente au détail des objets d'Europe constitue une branche importante du négoce intérieur.

Mais c'est surtout le commerce extérieur qui^st l'occupation principale : les étoffes indigènes, le sel, les bestiaux, les végétaux comestibles, fournissent amplement à l'exportation : les retours se font, soit directement en marchandises européennes, soit en produits africains, propres aux échanges avec les objets d'Europe. — Le commerce d'échange ou la traite des marchandises ne se fait guère qu'en gros. Les marchés de vente et d'achat et même l'appréciation mutuelle des objets d'échange sont opérés au moyen d'une monnaiede compte et effective tout à la fois qui a pour base le cauris appelé owwô ; une filière de quarante cauris se nomme ogôji; une masse de cinq filières reçoit le nom'de ogvjaô; un paquet de dix masses prend celui de egwey wd, et dix de ces paquets forment nu okèy qui devient à son tour une unité de compte. Quant à la valeur relative de cette monnaie, comparativement à des bases d'évaluation qui soient à notre portée, M. d'Avezac se borne à consigner l'observation d'Ochi Fêkouè : que deux okè ou 40,000 cauris représentent le prix d'un esclave ordinaire, et que cinq ogivaô ou 1,000 cauris ont la même valeur qu'un ochouân de poudre d'or. L'ochouôn est une petite mesure dont Ochi-Fékouè comparait les dimensions

GULMUv

à celles d'un dé à coudre ; c'est celle qu'emploient les eddomôo ou marchands d'or ; et il n'est pas sans intérêt de remarquer ici occasionnellement que c'est la seule mesure déterminée dont les Yéboûs fassent usage; qu'ils n'en ont aucune autre non plus que des poids, et

3ue toute appréciation de la quantité des enrées ou marchandises se fait à vue d'œil, ou à la pièce. Revenant à l'évaluation des monnaies yéboûes, M. d'Avezac fait remarquer encore que, suivant un renseignement donné par Robertson touchant la valeur des cauris sur le marché de Lagos, il faudrait les estimer a 5 sh. le mille, et par conséquent, selon les habitudes européennes d'appréciation, 16,000 cauris représenteraient une once d'or ou environ 100 fr. Mais d'une autre part, continue-t-il, il est a observer que Yochouôn, de poudre d'or, ne peut être raisonnablement estimé, au plus bas , moins de 50 grammes en poids, et 150 fr. en valeur intrinsèque pour nous; 10,000 cauris suffiraient donc pour acheter 16 ochouôns d'or, ou une valeur de 2,400 fr., c'est-à-dire vingt-

3uatre fois autant que le prix de revient es cauris calculé par Robertson. En d'autres termes, des marchandises européennes, d'une valeur de 100 fr. pour le vendeur, lui sont payées au comptoir de Lagos 16,000 eau ris ( monnaie courante); et il peut avec cette dernière somme acheter environ huit hectogrammes d'or, qui auront en Europe une valeur intrinsèque de plus de 2,400 fr. 11 est difficile de déduire de tout cela une valeur fixe analogue à la valeur au pair de nos monnaies ; l'or est ici une marchandise sur laquelle on fait d'énormes bénéfices; les 100 fr. de marchandises apportées d'Europe ont de leur côté donné lieu à des frais et doivent produircà la vente des bénéfices qui en surhaussent consirablement le prix; estimant ces frais et ces bénéfices a 60 pour 100, M. d'Avezac conclut une évaluation grossièrement approximative, mais très-commode de la monnaie yéboûe, puisque l'équivalent de 16,000 cauris aura une valeur vénale de 160 fr., ce qui lui permet de dresser la table de réduction suivante: un cauris vaut 1 c; un ogôji, 40 c. ; un ogwao , 2 fr. ; un egwegwâ, 20 fr ; un okè, 200 tr. — Le transport des denrées et mar-

chandises se fait, suivant les dislances à parcourir et les quantités à transporter, a dos d'âne ou de chameau quand on ne peut suivre que la voie de terre, en bateau quand on peut mettre à profit les communications par eau. Les embarcations employées en pareil cas sont de petites dimensions; on les conduit quelquefois à la voile, mais plus souvent à 1 aviron ou à la pagaie et a la gaffe.

« Le calendrier des Yébods mérite une attention particulière. Leur manière de compter le temps a pour base, non la semaine , mais bien comme chez les Malais et les Mexicains, une période, appelée oyôse^ composée de 5 jours seulement, dont les noms se succèdent dans l'ordre suivant : premier jour eni; deuxième old; troisième ôtounla; quatrième iyère; cinquième oyôse. — 6 oyôse forment un mois de 30 jokbon ; et une série de 12 mois constitue l'année, od* doû, distribuée au surplus, ainsi que dans l'ancienne Égvpte, et il faut le dire aussi chez la plupart des peuples africains, en trois saisons corrélatives aux grandes vicissitudes de l'atmosphère; savoir : celle des pluies oyyô; celle des récoltes ougbè ; celle de la sécheresse, èrounou. A chacune de ces trois saisons sont invariablement attribués quatre mois, déterminés suivant un ordre fixe, dont voici le tableau, accompagné de quelques indications sur le caractère météorologique de chaque mois : Première saison, oyyô; premier mois, ochoû o</o?Korages, ondées); deuxième mois, ochoû ônoro (grands orages , grandes ondées) ; troisième mois, ochoû koûdou (orages, pluies intermittentes); quatrième mois, ochoû gheqhé (grandes pluieseontinuelles). — Deuxième saison, ougbè : cinquième mois, ochoûibéi refroidissement, grands brouillards ) ; sixième, ochoû { temps des récoltes, grande fète); septième, ochoû.

eréno ( beau temps ) ; huitième, ochoû abibi (quelques orages vers la fin). — Troisième saison, érounou : neuvième mois, ochoûoyôko{ orages ; temps des labours ) ; dixième, ochoû ogmè (chaleurs, temps des semailles); onzième, ochoû rôko (temps des sarclages); douzième, ochoû kadi (éclairs fréquents). — Ou sait que la saison des pluies intertropicales commence, pour l'hémisphère septentrional , au point précis du solstice

L'UNIVERS

d'été : tel est donc le commencement fixe de Tannée yéboûe ; et il en faut conclure que c'est une année solaire, quoique le nom de chaque mois reproduise uniformément le mot ochoû, qui signifie lunaison; mais cette dernière circonstance n'a sans doute qu'un simple intérêt étymologique, ainsi qu'il en est chez nous à l'égard du mot mois. — Quoi qu'il en soit, les mois étant tous uniformément de trente jours, ou de six oyôse complets, les douze mois réunis ne produiraient qu'un total de trois cent soixante jours , si l'addition ou Pintercalation d'un oyôse épagomène ne venait compléter au moins l'année vague de trois cent soixante-cinq jours. Mais commenta lieu cette intercalation ? C'est ce que M. d'Avezac n'a pu apprendre d'Ochi-Fékouè , qui avouait naïvement son ignorance absolue sur ce point. — L'année commence par une solennité de trois jours, pendant laquelle on ne parle à personne et l'on s'abstient de tout commerce avec ses femmes ; ces trois jours se nomment oyô ogoû , oyô wdrou et oyô orisô. Chaque mois a d'ailleurs sa féte spéciale, qui lui donne son nom, et qui tombe généralement sur le dernier oyôse du mois ; cependant la plus grande de ces fêtes mensuelles, qui est celle de la Lune , est mobile et se célèbre dans le cours du mois appelé simplement ochoû, au moment où la lune est dans son plein. Ces fêtes sont solennisées par des réjouissances publiques et privées, des danses, des festins.

« Une étude approfondie de ce qu'on appelle le fétichisme des nègres, dit encore M. d'Avezac, nous ramènerait sans doute à un moindre dédain des principes religieux de ces peuples, auxquels nous dénions, trop aisément peut-être, quelques idées dignes d'attention etd'interêt. Les conversations de M. d'Avezac avec Ochi-Fêkouè, en effleurant cette matière, lui révélèrent, dans le paganisme de ses souvenirs, des croyances qui semblent moins opposées qu'on ne le pense d'ordinaire à l'adoption des dogmes d'une religion plus pure. Ils ont la connaissance d'un Dieu unique, supérieur à tout autre, et le nomment Abba-ol-ôroun ou roi du ciel ; ils ne lui élèvent point de statues ni des temples ; c'est l'être immatériel, invisible, éternel, la volonté

suprême qui a créé et qui gouverne touteschoses. — Des dieux secondaires, en grand nombre, appelés du nom commun de ôrisa , sont des espèces de génies particuliers, mâles ou femelles, qu'ils représentent par des images de bois placées dans les maisons consacrées où les fidèles sont appelés à la prière par des cloches, et à chacune desquelles est attaché un alasè ou prêtre. A Ekpè, cheMieu du district où Ochi-Fêkouè était né, il existait deux de ces oulè-ôrisa ou temples; l'un à la déesse des pluies, Aldro, dans l'intérieur de la ville, l'autre au Dieu Ogoû-moudê, en dehors. Dans la capitale il yade même deux temples, l'un dédié à Batatà, l'autre à Ayè. — Chaque ville a ainsi ses patrons; mais partout domine la grande pensée de Abba-olôroun, et le sacerdoce qui dessert un si nombreux cortège de dieux inférieurs ne forme lui-même qu'une seule corporation, soumise à un chef unique, dont le titre est okbô alasè. — La croyance à un mauvais génie coexiste avec l'adoration des dieux : Elegwti n'a ni prêtres ni temples ; mais en certains endroits maudits, signalés par un magot de bois, ou par quelque autre signe connu, le passant jette un petit pain qu'il arrose d'huile de palme et qu'il promène deux fois autour de sa tête en détournant les yeux; c'est une sorte d'offrande expiatoire, qui devient la pâture des chiens d'alentour. — Les offrandes aux ôrisa consistent, suivant les fortunes, en une volaille, un mouton, un bœuf, et sont partagées, après le sacrifice, entre le prêtre et les assistants. Les sacrifices humains, si fréquents et si horribles au Dahomey et au Bénin, sont inconnus chez les Yéboûs. — Les solennités religieuses qui donnent lieu à ces offrandes se renouvellent assez fréquemment : il y en a habituellement deux chaque mois, l'une au commencement, l'autre vers le milieu du mois. Elles sont accompagnées de chants. M. d'Avezac recueillit, comme échantillon de ceux-ci, une espèce d'hymne à la louangede Batalà, l'un des patrons de la capitale du pays. U est, indépendamment des hymnes de ce genre, des prières qui se récitent la face prosternée contre terre; mais, autant du moins que M. d'Avezac le put comprendre, c'est exclusivement au grand

GUINÉE

Abba-ol-éroun qu'elles sont adressées.

Il en recueillit une , qui lui parut la plus usuelie, et qu'il eut lieu de considérer comme étant pour les Yébous ce que le Pater est pour nous. Les explications d'Ochi-Fêkouè lui apprirent que c'était une formule de prière que tous ses compatriotes savaient et repétaient journellement, en se prosternant. On peut traduire librement ainsi cette prière : « O Dieu qui êtes au ciel , préservez-moi des maladies et de la mort. Dieu, donnez-moi la fortune et la sagesse. » — En réfléchissant sur les croyances de ce peuple, sur les formes de son culte, sur l'organisation de son clergé, même sur la formule de prière que nous venons de rapporter, n est-on pas tenté de supposer que le christianisme des Européens s est, par des voies aujourd'hui oubliées, inGItré jadis chez les Yéboûs, qui lui devraient, a leur insu, toutes ces institutions dont l'analogie a droit de nous frapper, aussi bien que les cloches de leurs temples.

« On sait que la musique instrumentale des nègres n'est en général, pour des oreilles européennes , qu'un bruit assourdissant, où l'on essayerait en vain de découvrir quelque semblant de mélodie ou d'harmonie : cette musique n'est pour les Nègres eux-mêmes que l'accompagnement de leurs chants, et c'est de leurs chansons qu'il faut se préoccuper chaque fois qu'on veut se faire une idée de leurs dispositions musicales. Chez les Yéboiîs, comme chez tous leurs voisins, il y a des chants pour toutes les circonstances de la vie, pour tous les actes de la journée. M. d'Avezac ne recueillit qu'an très-petit nombre de chants yébods : ils ne se présentaient dans ses conversations avec Ochi-Fékouè que comme les accessoires d'un récit, d'une description ; et s'il les saisissait au milieu des autres détails où ils se trouvaient encadrés , c'était grâce à leur brièveté habituelle. Un chaut nègre, en effet, est a peine une phrase , se répétant toujours la même pendant des heures entières. M. d'Avezac rapporte pour exemple deux de ces chants tels qu'ils se présentèrent avec leur caractère ofliciel, dans le tableau d'une promenade solennelle qu'à certaines époques le roi vient faire sur la grande place de sa capitale.

En de telles occasions les serviteurs du prince s'empressent de couvrir de peaux de bœufs tannées le sol qu'il doit fouler, et ses ofonkptvê, ou trompettes, embouchant leurs oiikpwé, ou grands cornets d'ivoire formés d'une défense d'éléphant creusée, y font résonner, comme dans un puissant porte-voix, ce chant cent fois répété : Awè erù Obbà, Awè erù Obbd Obro gô/ucia! « Nous sommes tous les esclaves du roi notre souverain! » C'est un appel entendu jusqu'aux extrémités de la ville; les grands, les chefs de tout rang, le peuple entier, se précipitent vers la place pour faire acte d'hommage envers leur prince et se presser à sa suite. Quant au monarque, sa tête est coiffée de la haute couronne de corail, sur ses épaules flotte un manteau de brocard d'or, sur sa poitrine s'étagent de nombreux colliers; ses reins sont couverts d'une tunirjue de soie; au lieu du chou* calou large et court de ses sujets , il porte une culotte étroite de velours rouge, appelée schakà, descendant au-dessous du genou, où elle retient les knémides ou ocrées de corail qui couvrent les j.nnbes; il est chaussé de ses lourdes galoches d'or massif, et tient d'une main un chaise-mouche {iyd) faitd'unequcuede cheval attachée à un manche doré ; de l'autre un éventail circulaire (ejoûjou) de peau de chevreau, monté pareillement sur un manche doré. Il marche d'un pas extrêmement lent et cadencé, pendant que le corps de musique (oukbêdou) , 1 un des attributs essentiels de la souveraine puissance, exécute un morceau où l'on entend les ofonkpwè chanter des paroles que les autres musiciens accompagnent a la fois sur un grand et unique tambour; ils exécutent chacun une bjtterie spéciale, de manière à former un concert d'une durée indéfinie en répétant sans cesse la même phrase. M. d'Avezac a tenté d'en écrire la partition pour l'édification de ses lecteurs : pour ne point écrire toutes les parties en n'employant uniformément qu'une seule et même note, il leur a attribué la série des notes de l'accord parfait, bien que la différence d'intonation ne puisse être considérée comme représentant la différence d'intensité de son, la seule qui soit réellement saisissable entre ces diverses parties. Le sens des paroles Oni

L'UNIVERS

mô o koasé orè est : « Voici le brave des braves; prenez exemple sur lui. » Maintenant voici comment s'exécute la partition que M. d'A vezac a écrite : le tambour, formé d'un cylindre défoncé couvert d'une peau soliâe, a envirou t mètre de diamètre sur G5 centim. de haut : il est suspendu par une double bretelle au cou de l'un des musiciens, dortt les mains viennent frapper en cadence, vers le bord du disque sonore, la partie désignée par le mot ayd; un second musicien, armé de deux courtes baguettes, est chargé de la partie à laquelle appartient le nom de ajéré; le troisième, avec deux baguettes de longueur moyenne, fait la partie dite agwahôy et deux autres, avec de longues et fortes baguettes, la busse, appelée ogwô. Enfin tout l'ensemble est dirigé par un chef de musique dont le titre est Omonô, qui exécute lui-même la partie (Vagwako, conjointement avec le virtuose à qui elle est spécialement attribuée. — On voit que le matériel instrumental de la musique royale est d'une remarquable simplicité. — Pour accompagner les «-liants qui n'ont pas le caractère officiel de ceux que je viens de rapporter, les Yéboûsout divers autres instruments , tels que le dgogo , tambour formé d'un cône renversé tres-long et légèrement tronqué, couvert d'une peau sur laquelle le musicien frappe avec une seule baguette courte et forte ; les akdxa, petites courges sèches, vidées, dans lesquelles sont ballottés en cadence quelques fragments de métal sonore, et qui se jouent par paire comme les ca>tagnettes de l'Europe méridionale. Il est encore une autre espèce de tambour appelé oûji, qui est le tambour de guerre; il est cylindrique , de forme écrasée , plein en dessous. Il sert à exécuter les batteries militaires, et accompagne au besoin les chansons de guerre.

« L'organisation politique offre chez les Yébous, comme chez plusieurs des peuples voisins, une sorte de monarchie tempérée, dont le chef porte le titre de Obbd , commun à tous les souverains de cette région. Ces divers obbâ sont distingués entre eux , tantôt par leur nom propre, comme Obbd- Ode-) oko, le roi régnant de, Yéhou' au moment où Ochi-Fé- Koué fut pris et fait < ! ave; Obbd Ottré, roi régnant alors à Kkboumoù, et frère de

Obbd'Odè'Yokô; Obbd- A von' y a Oloûdou-Ogherèya , roi régnant a la même époque sur Eyo , etc. ; tantôt , et c'est le cas le plus fréquent, par l'indication immédiate de leur royaume, comme Obbd- Yéboû, Obbdrlnohgéy Obbàlbini, Obbd-lcliekri ; tantôt enfin par un titre spécial, consacre par l'étiquette internationale , et qui , pour le roi de Yéboil , est Obbd-Obrogôlouda , pour le roi d'inongôObbd-Oyô, pour le roi d'Ichekn Obbd-îiveri. Quelque chose d'analogue a lieu dans notre Europe, quand nous disons sa majesté très-chrétienne , sa majesté catholique, sa majesté trèsfidèle et autres qualifications semblables. — Il pariiit certain que nulle mesure importante n'est résolue sans avoir été soumise à l'examen , sinon à la délibération régulière d'un sénat, ou conseil des anciens, dont les membres sont appelés akdmore et le lieu de réunion nechirougd; c'est une assemblée de docteurs, la plupart anciens magistrats provinciaux, dont le roi et ses ministres viennent prendre les avis , et dans la conversation desquels se débattent les intérêts politiques, soit intérieurs , soit extérieurs : ils ont la tradition des lois et de l'histoire nationale; et c'est près d'eux que viennent chercher des lumières les gens avides d'instruction. A défaut d'écritures et de livres, il fallait une telle institution pour conserver la mémoire du passé. Le public paraît admis au nechirougd; se mêle-t-il a la discussion des assemblées publiques ; y a-t-il uue distinction tranchée entre les réunions de simple passe-temps et les séances officielles? Ce sont des points que les conversations d'Ochi- Fêkouè n'ont pas éclaircis : mais du moins la présence du roi donne-t-eile plus de solennité à l'assemblée. Les akâmore y sont plus nombreux, jusqu'au chiffre complet de cent; et le public sans doute alors est écarté du conseil, ou n'y assiste que comme simple spectateur.

« Le pouvoir exécutif n'est point l'attribution exclusive du monarque; il ne lui est déféré qu'à la condition de l'exercer collectivement avec quatre princes ou ministres, dont le titre commun est ôdi , sauf les distinctions spéciales qui désignent leur rang hiérarchique, dans

cet ordre : 6diy ouhbakè yi ôdi, ouhbakèta ôdi, okbenoudL Les nombres deux , trois , quatre , en yéboû éyi, éta, ene , se reconnaissent dans la composition de ces titres, et peut-être aussi le mot ekbaéka ou bras; en sorte que ce seraient un premier, un second , un troisième et un quatrième bras du gouvernement à la tête duquel est OoOà.

Celui-ci ne peut rien faire que de leur consentement et pur leur ministère.

« Toute Ja famille royale est logée dans un même palais , sauf les jeunes princes, qui sont emmenés au loin pour y être élevés hora de l'influence des courtisans et de l'atteinte des ambitieux, jusqu'à ce que la déposition ou la mort du roi régnant ouvre à l'un de ces princes l'aecès du trône; il est alors rappelé, reconnu et proclamé par les ôdi , et ses frères pourvus de gouvernements provinciaux. On voit que la disposition même de la couronne est entre les mains des quatre grands dignitaires, puisqu'ils peuvent déposer leur souverain et qu'ils désignent son successeur ; celui-ci doit-être, au dire d'Ochi-Fêkouè , le fils aîné du précédent obbà ; mais la série des monarques dont il avait conservé la mémoire offrait plusieurs preuves que cet ordre n'est pas toujours rigoureusement observé. — Après les quatre ôdi , le premier personnage de l'État est Je ladekè, ou intendant général des finances , entre les mains duquel se versent tous les revenus, toutes les amendes judiciaires, et qui est lui-même le payeur de toutes les dépenses , le dispensateur de toutes les récompenses accordées par le souverain. Il a pour attribution spéciale de pourvoir à l'exécution des mesures résolues par les ôdi , et il partage avec eux le privilège de siéger, dans les occasions solennelles , sur un fauteuil d'Europe. C'est de la gronde charge de ladekè qu'était revêtu Ochi- Wo, grand-père d'Ochi-Fêkouè.

« L'administration de la justice est intimement liée au gouvernement politique; elle est dévolue, en dernier ressort, au tribunal suprême des ôdi , en première instance aux oloyd ou chefs des villes et districts, sans distinction des causes civiles ou criminelles. La sentence du premier juge est exécutée sans autre procédure , s'il n'y a réclamation de la

partie condamnée; s'il y a appel , la cause est portée au tribunal suprême des ôdi , oui entend les parties-, confirme ou infirme le jugement et fait directement exécuter son arrêt, contre lequel il n'existe aucun recours. — L'exécution des mandements de justice est confiée, dans les ressorts inférieurs, aux omodogwà, milice urbaine permanente, comparable à notre gendarmerie. Le tribunal suprême emploie au même service les dgoune, espèce de milice palatine, de garde royale ou de maison militaire, compo ée des esclaves de la couronne. Les uns et les autres recherchent , arrêtent et exécutent les criminels. — Nous n'avons guère de données sur le droit civil ni le droit crimiuel qui servent de rèiile aux tribunaux. L'égalité devant la loi paraît certaine entre tous les Yéboûs, même les femmes, dont la capacité pour hériter, posséder et disposer de leurs biens n'éprouve point de contradiction. Le partage des successions se fait par portions égales entre tous les enfants, quel que soit leur sexe. — La justice répressive fait dans l'application des peines deux parts distinctes, comme dans nos anciennes législations barbares, savoir : celle de l'État et celle de la partie civile; la première consiste en une amende envers le fisc ; la seconde se résout en une composition. La composition n'est point une indemnité (ixe, directement prononcée par le juge et graduée selon la nature du crime, mais bien un droit indéterminé alloué à la partie civile de transiger avec le coupable pour la remise, de la punitiou corporelle encourue par celui-ci ; et le prix de cette transaction . débattu et réglé à l'amiable, est toujours proportionné à la puissance de l'offense en même temps qu'à la fortune du coupable. Addê-Sounloû, père d'Ochi-Fêkouè, l'un des guerriers les plus braves et les plus renommés de sou temps , tua à Ekpè, dans une querelle, Otoû-Noyô, autre guerrier d'un haut rang. Otoû-INoyô avait pour frère Otoû- Yanjou , personnage riche et puissant, qui mit à la poursuite du meurtrier une chaleur et une opiniâtreté dont le supplice du coupable semblait devoir être le résultat inévitable. Addê-Sounloû fut forcé de s'éloigner : il se réfugia à la frontière, chez les Idokô, dans la ville

d'Oumakoû , où .il séjourna quatre ans entiers ; c'est pendant son séjour en ce lieu que sa femme Egghi-Adî donna le jour à Ochi-Fékouè. Enfin, au bout de ce temps , il put rentrer à Ekpè : son père Ochi-W6 était parvenu à apaiser Otoû- Yànjou en lui payant une composition de

S lus de deux cents okè, c'est-à-dire plus e quatre millions de cauris, représentant une valeur de 40,000 francs.

Six à huit ans après, Addé-Sounloû eut encore le malheur de tuer dans un accès d'emportement un personnage nommé Ourékoû ; il fut obligé de se réfugier alors à Édà, capitale de Bénin, jusqu a ce que cette seconde affaire fût apaisée par les mêmes moyens que la précédente. — Ainsi tons les crimes peuvent se racheter à prix d'argent , mais il en coûte très-cher; l'admission à composition n'est d'ailleurs pas toujours • chose facile à obtenir, et le coupable est obligé de pourvoir, en attendant, à sa sûreté personnelle en cherchant un asile où il ne puisse être atteint. De telles coutumes devaient; nécessairement amener la consécration de certaines villes comme lieux de refuge : nous venons de voir qu'Oumakoû jouissait de ce privilège; il en était de même d'Omâhé, et de quelques aulres places sans doute.

« A Yéboû , toute la population valide du royaume se trouve répartie entre des olorogoû ou capitaines, dont la famille, les esclaves et lesclientsforment à chacun une compagnie plus ou moins nombreuse depuis cinquante jusqu'à deux cents hommes : voilà les éléments d'une armée temporaire, dont le service n'est point obligatoire, mais qui se lève spontanément sous l'impulsion des chants de guerre. — Nous avons déjà constaté en outre l'existence d'une double milice permanente : celle des âgounè, constituant la maison militaire du roi et ne marchant qu'avec lui, et celle des o»todogwâ , espèce de gendarmerie établie dans chaque ville ou canton pour la sûreté locale et la police judiciaire. Dans la capitale, le corps des omodogwà compte mille guerriers. Voilà le noyau et la force réelle des armées. — Trois commandants généraux, dont le rang est immédiatement inférieur à celui du ladekè , résident à la cour, ainsi que la plupart des olorogoû. Le titre hiérar-

chique de ces grands chefs est pour le premier oloukongbôn ; pour le second adè-chegoû ; pour le troisième adè-kolà. Un cas de guerre survenant, ils se mettent immédiatement en campagne , à la tête des mille omodogwd, toujours prêts à marcher, qui se trouvent réunis autour d'eux ; et les olorogoû se rendent dans leurs cantons respectifs pour y rassembler leur compagnie. Là un omodogwà saisissant un oûji ou tambour parcourt la ville et la campagne en exécutant une batterie à laquelle est attaché un sens analogue à celui-ci : Quiconque veut marcher, vienne! Chacun saisit ses armes, les compagnies sont formées en un clin d'oeil , et les capitaines vont se ranger sous les ordres des trois généraux ; l'armée est partagée en trois corps subordonnés entre eux dans l'ordre de dignité de leurs chefs. — Les armes indigènes sont l'arc et la flèche ( àgheijà, ôva ), le javelot ( eché), la lance (àtolokô) et le coutelas ( ôdà ); la civilisation européenne leur a porté nos sabres (ddaéinbo), nos fusils (ibon) avec la poudre à tirer (étou ibon ), des pistolets (olèwo), et même des canons [akba), c'est-à-dire quelques pierriers qu'ils braquent derrière les palissades de leurs villes fortes. — La cavalerie est peu considérable; les chevaux ne sont nombreux que dans la province d'idoko ; le harnachement en est très-simple : une sorte de bât en guise de selle ( ôgogo ), des étriers en bois ( ôkasiko ) , un mors de fer ( ôrokbo ) garni d'une corde qui tient lieu de bride {ôkoû crounêchi), enfin un fouet ( ôchouchoû ) , tel est l'équipement complet du cavalier et de sa monture.

« Dans un pays coupé de rivières, de lacs et de marigots, les expéditions navales sont les plus fréquentes. Les chantiers de Boûghiyè fournissent de nombreux canots de" guerre tout à fait semblables à ceux que les frères Lander virent sur le Kouâra. A peine M. d'Avezac eut-il montré à Ochi-Fékouè la figure qui accompagne leur relation, qu'il reconnut avec une joie bruyante les oko de sa terre natale , avec leurs avirons (ayê9 okoàko). Il parla aussi de gaffe ( écho ) , de cordages ( ôkoû), de voiles (bokoû); mais M. d'Avezac ne put savoir s'il appliquait tout cela

GUINÉE. 3 1 3

aux embarcations yéboûes ou aux navi- « plus d'être connu que le peuple du res européens qui fréquentent les comp- « Bénin. L'insalubrité du climat, que toirs de ces contrées. » « je ne crains pas de placer au rang des Bénin — La découverte du Bénin par «plus malsains du globe, I exemple le Portugais Jean Alfonso d'Aveiro date « effrayant de tous les navigateurs qui de 1486. M. daSilveira, dans un mémoire « ont abordé ces parages pestiférés, en récent, a traité de diverses circonstances « ont écarté tous les observateurs, de curieuses de cette découverte , entre au- « sorte que deuuis près d'un siècle ce très des renseignements recueillis au « pays n'est fréquenté que par quelques Bénin par Aveiro sur les terres du fa- « marchands , qui vont y faire le commeux prêtre Jean : les naturels lui ap- « merce des esciaves et des dents d'éléprirent qu'à deux cent cinquante lieues « pliants. Windham et Pinteado (1), en au delà oe leur pays résidait un prince « 1553 , Bird et Newton, en 1558 , Gotrès-puissant, nommé Ogané, si re- « tard Arthus (2) , en 1600, David van douté que les rois de Bénin, par prudence, recevaient de lui une sorte (Tin- an rx , et insérée dans la Décade philoso-

vestiture. On envoyait de Bénin un plaque, littéraire et politique par une société de

ambassadeur avec de riches présents gens de lettres, an IX, deuxième trimes-

pour solliciter de l'Ogané la longue tre,t. xxvni, p. uietsuiv.

croix de cuivre, de même forme à peu (i)La relation du second voyage de Wind-

prèsque la croix de Saint- Jean de Jéru- ham en Guinée et à Bénin a été publiée

salem et richement travaillée , qui était pour la première fois, avec la relation de son

la marque de la royauté ; mais l'ambas- voyage en Barbarie , par Richard Ëden , dans

sadeur ne voyait jamais l'Ogané , qui ne «" petit recued qui fut ramprime en x>77.

lu parlait que caché derrière un rideau. ™ J&Tr \? d*u °"*> ].es. s°inst

mi iait 4uc; c;i -nnnPi|p lin chardWilles. Hakluyt lésa insérées loutesdeux

A ce propos, M. da Si Ive ^ ™PÇJ^ un dans sa collection (t II, part. II, p. xoet rx). passage de Barros ou il est tait men- toMWlitdangipré&,0equ'iulreçU8e.nii tion d'un ambassadeur du roi de Benm, tériaux degensconnuset respectés, qui avaient venu en Portugal en 1540, qui por- cux.mêmeS pris la peine de les rassembler. Le tait une de ces croix. Le roi Jean II et lilre de willcs est cn Engage de ce temps-là : son conseil de COSmo^rapheS SOUpÇOn- uistorye ofTraveyle in thé West and East lnnèrent que l'Ogané n'était autre que le dies, etc., by Eden and Willes, in-4°, p. 336. prêtre Jean, et iisfurent tous d'avis qu'en — jyote empruntée à M. Wolckenaer, continuant à reconnaître la côte d'Afri- (a),. On trouve la relation de Gotard Arthus, que vers le sud , on ne pouvait manquer plus connu sous le nom d'Artbus de Dantd'arriver à un point où elle changeait zick, dans le second tome de la collection de de direction et tournait à l'est. Il fut Brv. Elle fait la 6« partie de flndia Oriendécidé qu'on enverrait immédiatement talis, sous le titre de Description historique et des personnes intelligentes par mer et véritable de la cote a° Or. Mais il faut remarna r terre pour résoudre ce problème, qner qu'elle est moins 1 ouvrage d Arthus que L'une d'elfes fut l'illustre Barthélémy celui d'un Flamand ou d un Hollamla.s qu.

Dias , qui, le premier, doubla le cap des avait ait le voyage de la cote d Or, et qu. n a-

uiao , 4U1, ic pi ^»..v. , r ecnt (j|)e SUf je |em0lgnage je ses

Tourmentes (1). t u«k-»««f u propres yeux. Elle fut d'abord composée en

« De tOUS les peuples qui habitent la Jlaroaiid ou en hollandais ; et les Allemands

« cote occidentale de 1 A trique equi- ravant traduiteaussjtô, dans ie„r langue, c'est

<* noxiale, dit le naturaliste Palisot Beau- cejle traducljon qu' Arthus a mise en langue

« vois (2), il n'en est point qui mente ,aline ^ éclaircissement se lit dans l'épitre dédicatoire, qui est adressée à l'électeur

(t) Voy. le Rapport lu par M. le vicomte de Mayencc. Mais l'expression est équivoque

deSantarem à ta Soc. de géographie , sur relativementà l'auteur primitif. Il y a :Ex bel-

un Mémoire de M. da Siiïeira relatif à la gico sermone latine conscnptam m lucem

découverte des terres du prêtre Jean et de la emittmus. Il y a eu enfin une troisième 1 tra-

Cuinée par les Portugais (Bulletin de la Soc. ductionen langue française, imprimeea Ams-

de eéoer ianvier 1846) terdam, en i6o5, qui, sous certains rapports, (%) Notice sur le peuple du Bénin , lue à la semble plus complète que la traduction latine, séance publique de Institut du i5 nivôse (Voy. à ce sujet Camus, Mémoire pour la

L'UNIVERS

« Nyendaal (1 ), vers la Gn du dix-septième «« siècle, et le capitaine Landolphe (2) « en 1786, sont les seuls connus qui se c soient mis à la tête d'expéditions pour « le Bénin. Presuue tous ont été victi- « mes de leur zèle. Ce climat destruo « teur moissonne avec la plus grande « rapidité les Européens de tout âge et « de toutes sortes de tempéraments. »

Plus loin je raconterai tout au long l'histoiredes voyagesdu capitaine Landolphe.

Palisot-Beauvois, à son tour, a droit ici à une mention particulière, et je nesaurais mieux faire que de répéter les simples

{>aroles de M. de Jussieu, prononcées à Institut national à propos de la publication récente de la Flore d'Oware et de Bénin (3). « M. Palisot de Beauvois,

Collection des grands et petits voyages, 180a, in-4°, p. aigetsoiv.)Le cinquaute-quatriènin chapitre de celte description contient un voyage de Mawri ou Mouiéà Bénin et à rio Forcados; le cinquaule-cinquiéme, une description de la ville de Bénin; et les deux suivants, celle de la côte jusqu'au cap Lopez Gonznlvo. » (Walckenacr, Hist. gêner. </« for-» XI' vol., p. a.)

(t) La relation de David van Nyendaal a été insérée par Bosman dans sa description de la côte d'Or. Elle compose la vingt et unième lettre de cet ouvrage, sous le titre de Description de la rivière Formosa et de celle de Bénin. Les aventures personnelles de l'auteur se réduisent à une navigation tranquille depuis le port de Praya jusqu'à ces deux rivières, à bord du yacbt la Jeanne-Marie, d'où celte lettre fut écrite à Bosman, le Ier de septembre 1701. — On pourrait joindre à ces deux auteurs Dapper el Barbot ; mais ils méritent moins le nom de voyageurs que celui d'historiens géographes, dont les ouvrages ne sont qu'une revue des observations d autrui. Barbot même, qui avait fuit le voyage de Guinée , ne peut passer que pour un compilateur, surtout dans sa relation de Bénin, où tout est emprunté de David de Nyendaal et de Dapper avec tant de mauvaise foi, qu'il ne les a pas même nommés ; et Dapper ayant puisé à la même source, ils ont tous deux par eux mêmes peu d'autorité. (Walckenaer, ibid. )

(a) Mémoires du capitaine Landolphe, contenant V histoire de ses voyages, pendant trentesix ans aux côtes d'Afrique et aux deux Amériques; rédigé sur son manuscrit par J. S. Quesné. deux volumes in-8°; Paris, i8a3.

(3) Flore d"0 ware et de Bénin en Afrique, par F. J. Palisot-Beauvois, correspondant de

« qu'un goût décidé attachait depuis « longtemps à l'histoire naturelle, avait « lu à l'Académie des sciences plusieurs « mémoires sur diverses parties de la « botanique, et plus spécialement sur les « champignons et les mousses, lorsqu'ert « 1786 le désir de connaître dès objets « nouveaux le détermina à aller visiter « un pays jusqu'alors inconnu aux na- « turaLstes. Le fils d'un roi nè^re des « côtes de l'Afrique avait été amené en « France pur un capitaine de vaisseau, « qui après quelques mois de séjour fut « chargé de le reconduire dans sa patrie « connue sous le nom d'Oware, pays voi- « sinde la ligne et limitrophe du royaume « de Bénin. M. de Beauvois, privé par « une mesure générale d'unecharge con- « sidérable de finance qu'il exerçait, vou- « lut profiter de sa liberté et de cette oc- « casion pour faire des recherches d'his- « toire naturelle à Oware. Il exposa ses « vues à l'Académie des sciences, qui les « approuvait, après avoir également on- « tenu l'attache et l'autorisation du gou- « vernement, il partit à ses propres trais * avec le jeune noir, dont il s'était con- « cilié l'affection. Son arrivée à Oware « fut signalée par une espèce d'épidémie « résultant de la chaleur humide des cotes « vaseuses et marécageuses de ce pays-là. « Lui-même fut malade très-gravement ; « cependant son courage le soutint.

« Avant sa maladie et dans les intervalles « que lui laissèrent plusieurs rechutes, il « parcourut le pays d'Oware, une partie « du Galbar, et alla jusqu'à Bénin. H fit « dans chaque lieu des observations de « divers genres sur les mœurs et les u habitudes de ces peuples, sur le climat, « les sites et les productions naturelles. « Il rassembla les dépouilles de beau-

l'Institut national, etc. Paris, de l'imprimerie de Faiu jeune et compagnie, 1804- 1807, a vol. in-fol. « J'ai lieu de croire , disait l'an- « teur dans sa préface , que les naturalistes « seront satisfaits des genres vraiment curieux « dont cette flore est composée. Les genres « tels que Yomphalocarpum , le mjrriantlius, « la spathodea, la ventenatia et un graud « nombre d'autres sout d'autant plus intéres- « sants qu'ils nécessitent des changements et « des additions aux caractères généraux de « leurs familles assignés dans le savant ouvrage « de Jussieu sur les familles naturelles. »

GU1NËE.

« coup d'animaux et récolta un grand « nombre de plantes (1). » Dans sa Flore même , en donnant sous le nom de Landolphie dOware ( Landolphia Owari ensis ) une belle plante de la famille des apocynées, qui croît dans fintérieur des terres, Palisot nous apprend que grâce à l'amitié sûre et prévoyante du capitaine Landolphe, commandant de l'expédition d'Oware, il put pénétrer cent Leues au moins plus loin qu'aucun voyageur européen avant lui. Malheureusement la relation de son voyage n'a pas été publiée , et les observations qui accompagnent la description de, chaque plante de sa Flore sont insuffisantes à faire connaître la nature de ce pays à une aussi grande distance de la mer.

— Je reviens au capitaine Landolphe. Jean -François Landolphe avait quitté Auxonne, s'a ville natale, en 1 765, à l'âge de dix-huit ans à peu près; venu à Paris pour étudier la chirurgie, il se dégoûta promptement de cette carrière, et entra clans la marine mari hande. Son premier voyage date de 1767; en 1769 il fit un séjour de trois mois au Bénin; il y revint deux ans après. Dès ce second voyage il essaya d'apprendre la langue beninienne; et voyant les heureuses dispositions des habitants pour ses compatriotes, il forma le dessein de fonder par la suite un établissement dans cette contrée. Il n'était encore que novice. Lorsqu'il eut été reçu, après l'examen d'usage, en qualité de capitaine, maître, patron et pilote pour commander et piloter un navire aux voyages de long cours, so il avec la pratique ou la théorie ( 23 mars 1775), son premier soin fut de rédiger le programme ou plan d'un établissement de commerce dans la rivière du Bénin. 11 courut à Paris le soumettre à M. David , ancien gouverneur de la colonie du Sénégal , et à M. Ériès, sous-gouverneur, aux ordres du duc de Lauzun, de tous les établissements français sur les côtes d'Afrique, comme on allait les nommer tous deux administrateurs de la compagnie de la Guyane française. M. David l'accueillit très-favorablement , mais exigea de plus grands développements sur les ressources

(i) Extrait de la Décade philosophique, an XII, ae trimestre. n° io.

et sur la géographie du pays, avant de présenter son projet aux membres de la société. La compagnie de la Guyane l'agréa enfin, et destina au capitaine Landofphe l'un des quatre vaisseaux que le roi lui avait cédés. Au mois de novembre

1777, la Négresse fut chargée et armée en lettre de marque, avec vingt pièces de canon et quatre-vingt-dix hommes d'équipage. Landolphe partait avec le titre d'administrateur en chef de rétablissement du Bénin. Pour seconder ses projets, on devait lui envoyer tous les trois mois la même quantité de marchandises qu'il emportait : le second capitaineavait Tordre, dès le débarquement opéré , de ramener le navire en France, tandis qu'a terre le capitaine Landolphe élèverait un fort, établirait des magasins , ferait des échanges. Il fit son entrée dans le fleuve au mois de février

1778, et le remonta jusqu'à Regio. Il descendit à terre au village de Gathon, situé sur une hauteur, trente pieds à peu près au-dessus du niveau du fleuve et habité par trois mille nègres que gouvernaient trois chefs ou phidors.

Après y avoir loué une maison pour servir de factorerie provisoire, il fit connaître au premier des phidors , nommé Danikan , qu'il connaissait depuis longtemps , ses projets d'établissement et l'intention d'aller lui-même présenter son hommage au roi du Bénin.

Les phidors prévinrent le roi, et le troi sième jour deux ambassadeurs (passadors) vinrent annoncer que le capitaine Landolphe était attendu. La ville de Bénin est à dix lieues de Gathon. Landolphe et un de ses officiers montèrent en hamacs ; trente hommes armés de fusils les escortaient. Durant toute la route, leurs porteurs couraient en chantant. On fit une halte à moitié chemin , à l'ombre de grands arbres ; le roi, dans sa joie de recevoir des Français, avait fait préparer en ce lieu des ignames cuites, des figues, des bananes, des cocos et du vin de palmier. Malgré cette halte , le chemin fut parcouru en cinq heures. En entrant dans la capitale, on les fit descendre chez le capitaine général des guerres, nommé Jabou; quand on les eut introduits dans une vaste et belle salle élégamment incrustée de cauris , des esclaves

vinrent leur laver les pieds dans de grands bassins de cuivre jaune , de trois mètres de circonférence , formalité indispensable pour être admis auprès du capitaine général. Dans une autre salle, garnie des statues grossières de ses ancêtres , on leur servit , par ses ordres , un repas abondant en volaille cuite, mouton rôti, ragoûts assaisonnés d'huile de palme et de beaucoup de piment , et ignames exquises. Ce capitaine était le plus riche de toute la contrée, son pouvoir balançait celui du roi ; il possédait plus de dix mille esclaves, et n'en vendait jamais; quand il marchait au combat , il avait toujours cinquante à soixante mille hommes sous ses ordres. Landolphe lui offrit en présent un manteau d écarlate galonné, un chapeau bordé d'or, un collier de corail fait en tuyau de pipe de la valeur de cinq cents francs ; et l'interprète l'assura que tous les Français jouiraient de la plus grande sécurité dans le Bénin, car la moindre insulte envers eux de la part des noirs emportait la peine de mort.

De là les ofliciers français se virent transportés à l'entrée de la ville, dans une maison bâtie par le roi pour y loger les Européens qui viennent le visiter; après une bruyante installation, ils tirent demander au roi à quelle heure il les recevrait. Deux passadors vinrent aussitôt les prévenir qu'ils seraient introduits à onze heures du soir. En même temps on leur apportait, de la part du roi et du capitaine général des guerres, des vivres de toute espèce dans de grands plats d'étain très-propres et couverts d'un linge d'une extrême blancheur. A l'heure indiquée deux passadors vinrent les chercher, vingt-cinq nègres armés de sagaies les accompagnaient, et deux grandes lampes, chacune à quatre mèches, les éclairaient. Arrivés à l'enceinte du palais, ils traversèrent plusieurs cours spacieuses, dont une renfermait les tombeaux des rois de Bénin. Landolphe ne put s'y arrêter, et on le fit passer dans un va»te appartement où on lui avait préparé un fauteuil , et où il attendit près d'une demi-heure l'arrivée du prince. Il parut enfin, accompagné de deux noirs entièrement nus , âgés de vingt ans à peu près et armés de damas, qui firent signe aux deux passadors de sortir. C'était un beau

vieillard d'une physionomie franche, sans une ride sur le visage, grand , plein de dignité; ses yeux brillaient d'un vif éclat ; il parlait avec feu. Ses cheveux, un peu gris, étaient relevés à la grecque. Il était tout enveloppé de riche mousseline blanche des Indes. Sur son ordre, l'interprète du capitaine Landolphe s'étendit sur le ventre, aux pieds du roi , levant à peine la tête pour le regarder, et se mettant la main devant la bouche pour que son souffle n'atteignît pas l'auguste visage. Landolphe lui fit connaître son vœu de pouvoir former un établissement dans ses États, également avantageux a la France -et au Bénin, et d'élever, pour le protéger, un fort à l'entrée de la rivière. Il s'engageait à fournir continuellement le Bénin de marchandises de toutes qualités; mais il dut prévenir le roi que la crainte d'une guerre prochaine entre la France et l'Angleterre l'empêchait de songer pour le moment présent à cet établissement. Le roi le remit au lendemain, après la délibération de son conseil, pour entendre sa réponse. Avant de le quitter, le capitaine Landolphe lui offrit, au nom de la compagnie, quatre pièces de Perse , un pareil nombre de mouchoirs des Indes , deux colliers de corail, une robe de satin blanc a fleurs d'or et d'argent, avec une paire de sandales de même étoffe; ces deux objets sortaient de la garde-robe de Louis XV. Le tout était évalué à cent louis. A la vue de la robe , le roi, après un moment d'extase, s'écria : « Les blancs sont des « dieux pour le génie et le travail. » 11 accabla Landolphe de remerciements , le lit reconduire dans son logement , et à la pointe du jour lui envoya des provisions qui eussent suffi à cent bouches. Landolphe passa dix jours dans la ville de Bemn , et pendant les trois premiers il ne fit que visiter les vingt notables qui composaient le conseil du commerce.

Il était dans son hamac, toujours escorté par trente hommes qui, a chaque visite , déchargeaient leurs fusils. Le cérémonial et les questions étaient partout les mêmes : on le faisait asseoir en lui demandant s'il avait pu sans de grands dangers franchir la barre de la rivière; on lui servait des ignames et des poules, et lorsqu'il était rentré il recevait, en retour des présents qu'il avait laissés à

chacun de ces personnages, deux beaux Bénin. Le capitaine accepta la proposimoutons et six poules. Toutes ces vi- tion avec empressement. La fete comsites faites, un passador vint le préve- mença à cinq heures du soir, par un efnir un soir ou plutôt une nuit ( car il frovable concert dans une des immenses n'y a point de crépuscule au Bénin, et cours du palais où se tenaient rangés dès que le soleil est couché on reste jusqu'à dix mille nègres et négresses. A dans l'obscurité ) que le lendemain une un certain moment, les musiciens redoufete serait célébrée en l'honneur des blèrent d'efforts et de vitesse. L'inter- Français; qu'il verrait le conseil assem- prête dit au capitaine Landolphe : « Reblé et connaîtrait le résultat de sa déli- garde de ce côté; voici un noir que l'on bération. Conduits par deux passadors , amène; on va lui couper la téte en ton Landolphe et son lieutenant traversé- honneur. » Landolphe voulait envoyer rent trois cours spacieuses, qu'entou- son interprète au roi pour qu'il épargnât raient des murs de terre élevés de seize la vie de cet homme ; mais l'interprète s'y pieds environ. Autour de ces cours ré- refusa, disant que s'il allait en ce monnaient de belles galeries de quinze pieds ment parier à Oba{ c'est le roi) il le de large, couvertes en latanier. Après ferait décapiter de même. Cependant la vingt minutes, quatre phidors vinrent victime s'avançait , bâillonnée, les reins les prendre dans une salle d'attente, et couverts d'une fine pagne blanche; à les firent entrer dans la salle du conseil, cent pas du roi on la fit s'arrêter; deux qui pouvait avoir soixante pieds de long, hommes masqués, de la plus haute taille, Le roi était assis au fond sur un fau- enveloppés d une robe qui leur descenteuil élevé de trois marches. Il était re- dait jusqu'aux pieds, se tenaient à ses vêtu d'une très-belle pagne blanche, et côtés. L'un d'eux portait une énorme avait encore à ses côtés ses deux jeunes massue, percée à jour dans le haut et nègres nus, tenant leurs damas la pointe surmontée d'une petite figure sculptée haute. Soixante vieillards de soixante à représentant le diable ; et quand il l'asoixante-dix ans, dont le titre dans la lan- gitait , on entendait comme le bruit d'un gue du pajs signifie hommes grands, grelot : c'est Lolocou ou le diable qui anmagnifiquement vêtus de pagnes, comme nonce ainsi qu'il accepte cette victime, leur maître, l'environnaient. Chacun Enfin il lui donne à baiser le fétiche du d'eux portait au cou deux rangs de co- diable : c'est le signal de mort. Frappée rail fort gros , autant à chaque jambe, à la tête par devant et par derrière, la au-dessus de la cheville , et à chaque victime chancelle ; mais elle est soutepoignet : c'est la marque, distinctive de nue par les exécuteurs, qui l'étendent à la première dignité de l'État. Les phi- terre , le visage appuyé sur le rebord dors et les passadors ne peuvent porter d'un grand bassin de cuivre : on lui qu'un collier ; encore ont-ils besoin de tranche la tête d'un seul coup de damas, l'autorisation du roi , car les dignités et tout le sang qui a coulé dans le vase ne sont pas héréditaires. Ces vieillards arrose les tombeaux des rois. Ces sortes sont répartis dans trois conseils : celui de sacrifices se renouvellent dans chades finances , celui de la guerre et celui que fête. La veille de son départ, le cadu commerce. * Ils étaient tous trois pitaine alla prendre congé du roi; il réunis ce jour-là , parce que le roi avait s'assit à ses côtés , on lui servit des vojugé que la demande du capitaine Lan- lailles fricassées à l'huile de palme et au dolphe intéressait la prospérité de tous piment, des ignames, du vin de palme, ses sujets. Le résultat de la délibération deux bouteilles de vin de Porto rouge fut qu'il lui serait accordé gratuitement et un flacon de vieux rhum. Après le reet à son choix autant de terrain qu'il pas , le roi , le prenant par la main , le voudrait pour élever un fort au bord de mena dans une grande cour où étaient la rivière, dans le village de Gathon. entassées plus de trois mille dents d'élé- Cette concession ne pouvait s'étendre à pliants, et lui en fit choisir une, nuis l'embouchure du fleuve Formose , parce il voulut lui mettre sous les yeux les etofque les terres situées sur les deux rives fes fabriquées par les femmes beniniendu bas du fleuve appartenaient ausouve- nés. On apporta de beaux tapis de coton, rain d'Owhère, indépendant de celui du ainsi que des pagnes d'herbe très-fines.

Ï/OIOVEIIS.

Le travail des tapis était fort remarquable , autant par la vivacité des couleurs que par l'égalité du tissu. Ils avaient trois largeurs , chacune de j , et une longueur de près de trois mètres. Les tapis d'herbe de couleur nankin, égalant presque la finesse de la soie , étaient composés chacun de quatre bandes d'un tiers de large , sur une longueur de trois mètres. Le roi exigea que Landol-

She choisît encore quelqu'un de ces prouits. Le lendemain, il quitta Bénin.

Le transport se fit avec une extrême diligence. On fit halte à moitié chemin de Gathon dans le village de Gaure, habité par neuf cents noirs. Peu de temps après son retour à Gathon, deux passadors vinrent de Bénin lui annoncer qu'il aurait à faire une déclaration de toutes les marchandises embarquées sur son bord a quarante phidors , qui ne tarderaient pas à arriver de la capitale, et qui évalueraient chaque pièce et chaque article; qu'une fois les prix fixés il n'aurait plus la faculté de les augmenter, et que cette fixation servirait de base aux droits d'entrée qui se prélèvent en faveur du roi et des grands de son rovaume. Ces droits étaient élevés : un na'vire à trois mâts payait plus de quinze mille francs. Voici le tarif, avec la qualité des personnages qui percevaient ces droits en pagnes (monnaie de deux francs) : le roi, neuf cents pagnes; le capitaine général des guerres, trois cents; vingt hommes grands, chacun cent ; quarante phidors, chacun vingt; six paladors (interprètes), chacun vingt; quarante carcadors (espèce de porteurs ) , chacun dix ; sans compter les divers présents. Lorsque les quarante phidors eurent terminé les estimations, on tira plusieurs coups de fusil à la porte du comptoir français, afin, d'annoncer que la traite était ouverte.

Après d'assez longs débats, on convint qu un bel homme serait payé cent pagnes, mie belle femme quatre-vingt-dix. La traite futabondante : chaque jour, quinze à dix-huit hommes passaient a bord de la Négresse, et en trois mois le capitaine Landolphe se fut complété une cargaison de quatre cent dix noirs des deux sexes, et de soixante milliers d'ivoire de diverses grandeurs et grosseurs. Il payait dix sous la livre d'ivoire quand les dents pesaient moins de vingt

livres , et quinze ou vingt sous quand elles pesaient plus : c'était , comme on le voit, un bénéfice immense pour la compagnie.

Il nous dépeint la ville de Bénin comme aussi grande que l'une des plus considérables de France, et peuplée de quatrevingt mille âmes environ. Un fossé de plus de vingt pieds de largeur et de profondeur l'entourait, et les terres retirées du fossé avaient servi à former du côté de la ville un talus sur lequel était plantée une haie d'épines assez épaisse pour fermer tout passage même aux animaux.

Ce talus, fort élevé, dérobait au loin la vue des maisons; on ne les apercevaitqu'en mettant le pied dans la ville. Les portes étaient très-éloignées les unes des autres, les rues extrêmement larges ; au milieu s'étendaient de verts gazons où paissaient les cabris et les moutons. A trente pieds des maisons, un chemin uni, couvert de sable, servait à la circulation. — Tous les jours un marché se tenait à Bénin, sur une place longue et large d'un quart de lieue à peu près. On l'ouvrait de onze heures a midi pour laisser le temps d'arriver aux gens de la campagne. On y voyait avec toute espèce de comestibles" des marchandises d'Europe, mousselines, indiennes, toiles de Bretagne, mouchoirs de soie, chapeaux , couteaux , ainsi qu'un grand nombre d'outils fabriqués par les Beniniens, qui travaillent très-habilement le fer et le cuivre. — Il y avait peu de maisons dans cette ville industrieuse qui n'eût sa filature de coton ou un métier propre à faire ces beaux tapis de coton et d'herbes dont je parlais tout à l'heure ; le métier des tisserands beniniens est perpendiculaire. Leurs pagnes ont un lé d'une aune et un tiers. Ils les teignent de diverses couleurs, ttfutestrès-solides, les bois de teinture abondant dans leur pays. — Aux environs de la ville de Bénin s'étend une belle prairie , d'une richesse merveilleuse en plantes et en insectes , où le savant naturaliste Palisot-Beanvois fit ses plus abondantes récoltes.

C'est là qu'il trouva la Commeline douteuse {Commelina ambigua), plante qui s'éloigne de tous les genres connus de la famille des Joncs par ses étamines de deux sortes et par les filaments soyeux placés entre les éta-

GUINÉE

mines (J)î la Commelinp équinoxialc ( C. sequinoctialis) ; le Souchet à fleurs distantes (Cyperus distans), dont les Nègres retirent les fibres pour en faire des ficelle (2); la Killingieen ombelle (Kil-

(1) « Outre les caractères particuliers à cette « plante, et qui semblent devoir en faire un uou- « veau genre, elle est remarquable par sa tige, « qui parait prolifère. Elle s'élève à la hauteur « de trois à quatre pieds. Elle est interrompue « de distance en distance par des faisceaux de « sept à huit feuilles, dont les deux plus exlé- « Heures, élargies et engainantes à leur base, « font l'office de spathe. Du milieu de ces fais- « ceaux de feuilles la tige se continue jusqu'à ce « que, parvenue à sa plus grande hauteur, elle « se termine par un épi grêle, simple, et garni « de petites fleurs alternes d'un bleu violet, m

(2) « Cette plante, qui se trouve aussi «« dans d'autres régions de l'Afrique, au Ma- « labar et dans les îles d'Amérique , est re- <• marquable par la disposilion de ses fleurs, « 1res- distantes les unes des autres. La paillette « de chaque fleur est membraneuse des deux « côtés et pliée en deux portions égales. Cha- « que épi des ombeliules est garni à sa base de « deux paillettes presque opposées, et que, sui- « vant l'opinion de M. de Jussieu, 00 peut en-

/ m visager comme deux paillettes vides ou deux « fleurs avortées. Cette plante n'est pas aussi « abondante au Bénin que plusieurs autres espè- « ces de souchets, dont les libres d'ailleurs sont « plus fortes et plus propres à l'usage qu'en « font les Nègres. Celle qu'ils emploient le plus « est XUypalytre des bois (Hypalylrum nemo- *> rum).lh en tordent les libres en les r oulant sur «« leurs genoux avec la main et à plusieurs repri- « ses, jusqu'à ce que les fibres restent tendues « sans se dérouler. Cette espère croit en abon- « dance sur les bords du fleuve Formose.Elle pa- •« fait être la même que le Béera Kuidaàt VH01u tus Malabaricus (vol. XII, p. 109, tab. 58 ). « Van Kheede ne donne aucun détail sur cette « plante ; il s'étonne seulement que les Indiens « ne t'emploient pas comme médicament.

« Elle n'entre pas non plus parmi les médi- « caments des nègres de henin et du royaume « d'Oware. Il faut mentionner encore, parmi « les espèces de souchets qu'on trouve au lk>- « nin, la Killingie bulbeuse (JLillingia bulbosa), « qui croit surtout sur le bord des eaux salées, •« el la Ktllingie globuleuse ( K. globosa ) , qui « parait commune aux deux mondes sous les « tropiques. Ses racines , traçantes , fortes et «1 nombreuses, produisent jusqu'à vingt ou « trente chaumes réunis en buisson. Ces ebau- « mes sont droits, simples, terminés par une tête « ronde , composés d'un amas de fleurs et

linaia umbella(a)^ qu'ils emploient au même usage ; Y Hoslmdie à feuilles opposées ( Hoslundia oppositifolia , de ia famille des Labiées) ; le Patarin mucronè ( Poa mucronata ), gramen qui s'élève à la hauteur de trois à quatre pieds (1); YOplismène d'Afrique ( Oplismenus 4/ricanus); le Manisure à plusieurs épis (Manisurîs polystachia )J autres espèces de graminées (2); la Carmentine élégante {Justifia tlegans, de la famille des Acanthacées ) ; la Tragie pédonculée ( Tragia pedunculata); le Croton lobé ( Croton lobatum ), comme la plante précédente, de ia famille des Euphorbes (3). — Sur les bords de la rivière qui conduit à Gathon, Palisot-Beauvois observa en grande quantité le Rotang à fleurs secondaires ( Cakunus secun~

« soutenus par trois ou quatre folioles iné- « gales, courtes et tres-sessiles .Cette plante est « remarquable par ses feuilles, qui ne sont à « proprement parler que des gaines étagées, « et qui ne se détachent poiut du chaume. »

(1) « Ses feuilles sont lancéolées, .oblongues, garnies au centre d'une côte principale, accompagnée de chaque côté de quatre ou cinq nervures longitudinales unies par de trèspetites nervures transversales, plus fines, alternes , et formant un réseau composé de mailles oblongues et irrégulières. Cette espèce est principalement remarquable parla pointe qui termine les valves, et qui est une continuité de la côte dot sale. »

(2) u UOplismène tïÀJrique a beaucoup de ressemblance avec le Panicum histellum des auteurs et avec le Panicum loliaceum de Lamarck. Elle diffère du premier par ses feuilles, qui ne sont point ondulées, du second

Î>ar ses fleurs , non géminées, et des deux par e bouquet de poils que portent les fleurs et leurs pédoncules. »

« Le Manisure à plusieurs épis a beaucoup de rapports avec le Manisure queue de souris (Manisuris myuros). Elle n'en est peut-être qu'une variété, mais une variété bien remarquable. Elle diffère principalement par ses épis, qui sont deux ou trois fois plus nombreux. Elle s'élève à la hauteur de 0,487 à oti5i millimètres. »

(3) « Le Croton lobé, qui croît aussi dans le royaume d'Oware, est remarquable par l'involucre de ses fleurs femelles , profondément divisées en cinq portions égales, par ses trois styles, surmontés chacun de cinq stigmates, et par ses feuilles, dont les supérieures sont à trois lobes et les inférieures a cinq. «

L'UISIVERS

diflorus ), arbuste de la famille des Palmiers qui s'élève tout au plus à la hauteur de dix à douze pieds. «• A l'aide des « fortes épines qui garnissent l'extré- « mité nue de ses feuilles , il s'accroche « à tous les corps environnants, les « feuilles mêmes qui pendent jusqu'à « terre s'entortillent entre elles de ma- « nière que chaque arbuste forme à lui « seul un buisson impénétrable à toute u espèce de gros animaux. Les fruits • sont trop petits pour avoir attiré l'at- « tention des naturels du pays. Mais « peut-être pourrait-on extraire, soit du « tronc de l'arbre , soit de ses fruits, « comme on le fait du Raphia, une li- « queur agréable. Dans une contrée où « ri nd us trie de l'homme sait mettre tout « à profit , cet arbuste serait employé , « ou vert ou sec, à former des clôtures « propres à garantir les habitations et « les plantàtions ; mais à Bénin, dont les « habitants ne sont que peu civilisés, on « n'en fait aucun usage : il ne sert que « de barrière et de rempart naturel aux « termès , aux fourmis , aux guêpes et « à d'autres petits animaux qui se réfu- « gient sous son impénétrable et bienci faisant ombrage pour échapper à leurs « nombreux ennemis (i). » Le Myrianthe en arbre ( Myrianthus arbioreus, de la famille des Cucurbitacées ) croit aussi dans les environs de Gathon ; mais les habitants ne paraissent faire également aucun usage du fruit de cet arbre. Tous ceux que Pal isot-Beau vois interrogea à ce sujet ne purent même lui en dire le nom indigène. Sans doute il ne sert qu'à la nourriture des singes , des rats palmistes et des oiseaux (2). Il trouva

(i) k Les feuilles de cet arbuste, en y corn-

f>renant les extrémités nues, sont quelqueois de la longueur de deux mètres et demi à trois mètres. Les folioles sont remarquables par leur marge épineuse; elles sont garnies de plusieurs côtes, dout trois plus saillantes à la surface supérieure sont garnies d'épines blanchâtres à la base, presque noires au sommet, et semblables à celles de la marge. »

(a) » Il ne s'élève pas plus haut qu'un a pommier ordinaire, mais ses brauches sont « moins ramassées. Les panicules des fleurs « mâles sont Xrés-laxes , divisées et subdi- « visées. Les fleurs naissent à l'extrémité de « ces divisions , qui {tarait enflée et comme «i charnue ; elles sont très-petites et portent au

aussi dans des lieux un peu élevés, aérés et dégarnis de bois , la f enlenate glauque {Ventenatia glauca) , joli arbrisseau de la famille des Tiliacées, qui le frappa par la beauté de son port et l'éclat de sa couleur. Les nègres qui l'accompagnaient ne l'avaient jamais remarquée : ses fleurs, d'un beau rouge carmin, ont les pétales agréablement veinés. Ses feuilles sont couvertes en dessus d'une espèce de gluten glauque, qui devient presque pulvérulent dans l'état de sécheresse. Le Pandang lustre (Pandanus candelabrum) croît en abondance dans les lieux découverts et inondés sur les bords du fleuve Formose, à peu de distance de Gathon : c'est un arbrisseau au tronc nu , dont les rameaux toujours dirigés horizontalement sont chargés à leurs extrémités de feuilles , de fleurs ou de fruits et relevés comme les brandies d'un lustre , et dont l'odeur suave qu'il répand dans le temps de la floraison sert a corriger les exhalaisons infectes du fleuve. Les rats palmistes, et en général les animaux de la famille des rongeurs, sont très-friands de son fruit.

En descendant la rivière , le capitaine » Landolphe espérait sortir avant le retour de la mauvaise saison , qui, d'ordinaire, s'y fait sentir à la fin de mai ou dans les premiers jours de juin. Dès le 15 mai il était près de la barre ; il mit à la voile , et contre toute attente il observa que les vents au large régnaient dans le sudouest. Il n'eut d'autre parti à prendre que de louvoyer sur les barres ; il échoua à Tune des premières. Les eaux basses ne lui donnèrent que neuf pieds d'eau, et le bâtiment en tirait dix. La mer étant heureusement assez belle, il fut remis à flot

« plus deux millimètres de longueur ( environ « une ligne). Les feuilles sont composées de « six folioles inégales : la plus longue surpasse « le pétiole de près d'un tiers; la plus petite « qui occupe le centre n'égale pas les deux « tiers de la précédente. » Comme P. Beauvois trouva cet arbre en avril et en mai, époque où la floraison est déjà très-avancée dans ces contrées et où la fructification commence à lui succéder , aucun des individus qu'il eut occasion d'observer ne portait de fleur femelle assez bien conservée pour qu'il pût indiquer ses caractères. ( La Ûoraisou commence au Béni» communément en décembre ; elle est en pleine force en janvier et en février. )

à la marée haute. Il rentra dans la rivière, et vint mouiller par quinze pieds d'eau. Le jour suivant il tenta une nouvelle sortie en appareillant avec toutes les voiles dehors. 1! se croyait en sûreté quand tout à coup le navire échoua de nouveau sur le sommet de la seconde barre. Le naufrage paraissait inévitable, quand le flux par bonheur vint encore relever le bâtiment pour le rendre au fleuve.

Voyant le lendemain les vents fixés au large dans le sud et le sud-ouest , Landolphe dut se décider à remonter la rivière jusqu'à la rade de Rêgio pour y attendre le retour de la belle saison , c'est-à-dire le mois de novembre. Il était dans les plus vives inquiétudes, ayant à bord tant de nègres et ayant déjà perdu parles fièvres le tiers de ses officiers et de ses matelots. C'est alors que le roi d'Owhère , apprenant qu'il n'avait nu franchir la barre, dépêcha son capitaine de guerre, nommé Okro, pour le rassurer sur l'approvisionnement de son navire; bientôt en effet il lui envoya deux pirogues chargées de mille ignames. Landolphelesachetaavec empressement, car ses nègres en consommaient chaque jour deux cents. De plus, le roi le faisait prévenir qu'il pouvait compter sur cent milliers d'ignames, sur des figues, des bananes, des cocos, des poules, des moutons, en aussi grande

froantité qu'il le souhaiterait, et que, si e payement le gênait il lui avancerait volontiers mille pièces de diverses marchandises. Landolphe ne revenait pas de trouver des procédés si généreux chez un peuple qu'on dépeignait en Europe comme anthropophage. Il fut convenu aussi qu'une des pirogues du roi arborerait le pavillon du capitaine, pour qu'il la reconnût à l'avenir. Quelques jours après, un matin, de très-bonne heure, cinq grandes pirogues, portant chacune divers pavillons et montées par plus de deux cents hommes , s'approchèrent de la Négresse. Soupçonnant des projets hostiles, le capitaine leur fit tirer un coup de canon à boulet en avant des pirogues. Aussitôt la plus grande se détacha des autres : elle portait plus de cent hommes bien armés de sabres et de fusils, et quelques-uns de pistolets ; elle était munie en outre de vingt pierriers montés sur pivots, et par

21e Livraison. (Guinée.)

devant se trouvait un jeu d'orgues en cuivre armé de sept petits canons en forme d'espingoles,que Landolphe voyait pour la première fois. Le commandant monta à bord; il déclara qu'on l'appelait vulgairement Bélé-Bélé (ce qui signifie bossu par devant et par derrière), mais que son vrai nom était Ouefto ; qu'il était chef d'une grande famille Jo, et toujours armé en guerre;que le sachant Français, et protège par le roi de Bénin, il venait contracter amitié avec lui, et l'assurer contre toute insulte dans la rivière. C'était une espèce de polichinelle de quarante-cinq à cinquante ans, de la taille de cinq pieds un ou deux pouces, très-fort malgré ses jambes grêles, ayant les yeux étincelants, et levisage plus noir que l'ébène de son pays. Il avait la réputation d'un grand guerrier ; sa bravoure était à toute épreuve, et ses subordonnés ne lui parlaient jamais qu'un genou en terre ; ceux qui l'accompagnaient avaient tous sur le corps une pagne bleue , sur la tête une espèce de calotte de peau de tigre, et au côté un couteau flamand à gaîne. Par la suite , Landolphe apprit que ce chef était un des brigands les plus redoutés de la rivière; qu'il avait enlevé plusieurs vaisseaux anglais,et un notamment dont le capitaine dans un moment de fureur l'avait frappé. Oueffo avait juré sur sa fétiche qu'il se vengerait ; et en effet il avait excité une révolte des nègres à bord du vaisseau anglais, s'en était emparé, avait massacré tout l'équipage, puis vendu dans le Calebar les nègres qui l'avaient aidé. Grâce à ses dispositions énergiques, Landolphe ne fut pas inquiété. Cependant les provisions lui arrivaient en abondance; c'étaientdu poisson frais et salé, des ignames, bananes , cocos , des bœufs , des moutons, des cabris , des cochons, des chevreuils, poules, pigeons, perdrix, pintades sauvages , œufs, etc. On lui apportait aussi deux ou trois fois la semaine une prodigieuse quantité d'oranges, de citrons et d'ananas. Il éprouva que le jus de citron mêlé à l'eau était un excellent antiputride dans cette contrée si malsaine.

On sait que le terrain y est plat, marécageux et couvert d'épaisses forêts. Les pluies y tombent par torrents en juin, juillet, août et septembre; elles ne cessent qu'en octobre ou novembre, époque

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du retour de la belle saison. Pendant ce tiers de Tannée on peut dire avec vérité que tout le pays à plus de cent lieues reste sous 1 eau. Vers la mi-octobre , Landolphe put franchir les barres, et fit voile pour le Cap-Français.

Dans son quatrième voyage au Bénin , en janvier 1783, il éprouva encore les mêmes retards. Le roi consentait à lui avancer les deux mille pièces de marchandises dont il avait besoin pour nourrir par échange les quatre cents individus qu'A avait à bord, à condition que son navire remonterait le fleuve jusque dans la rade de Gathon; mais sachant que

» celte rade est mortelle aux Européens, à cause des exhalaisons d'une grande forêt marécageuse, qui entoure ce premier village du Bénin, il s'y refusa, et aima mieux répondre à l'invitation du roi d'Owhèrede se laisser conduire dans la rivière d'Owhère et d'aller mouiller devant la maison même du roi, quoiqu'il ne futguère prudent de se livrer entre les mains d'un peuple inconnu et réputé féroce. Quarante pirogues de même grandeur, montées chacune de vingt à trente hommes, commencèrent à remorquer la Charmante Louise. FA\es s'avançaient sur trois lignes, les noirs chantaient et pagayaient en mesure; le bâtiment ainsi remorqué faisait plus d'une lieue etdemie a l'heure. Deux officiers dans les deux premières pirogues jetaient la sonde.

En quittant la baie de Régio, ils entrèrent à gauche dans une grande rivière, coulant au sud-est et au sud-sud-est. On y trouva huit , dix et douze brasses ; ses eaux étaient excellentes ; il n'y avait ni roches, ni bancs de sable ; de beaux bois couvraient ses bords, et les branches, en avançant sur ln rivière et en accrochant les vergues,gênaient seules la navigation. De là, on passa dans une autre rivière, aussi large et aussi profonde , que les Nègres appellent la rivière Jabou. Elle se dirigeait de Pest-sud-est à l'ouest-nordouest; son courant, fort rapide, ne s'arrêtait pas à la marée. Après l'avoir parcouru

- pendant huit lieues environ, ils la quittèrent pour naviguer sur un bras où elle perd son nom. On suivit ensuite le fleuve de Borodo, espèce de lac, large de plus de deux lieues, et profond dans le milieu de vingt à vingt-cinq brasses. Les piroguesavaient beaucoupde peine à remon-

ter contre le courant. La direction de ce courant à l'ouest donna lieu de présumer à Landolphe que l'embouchure de ce fleuve, dans la même direction que celle de la rivière Formose, est à la mer : on ne sentait pas alors de marée. On gouverna durant plusieurs heures à l'est ; puis , on sortit de la rivière de Borodo pour entrer à droite dans une autre beaucoup moins large, nommée petite rivière dCOwhère. De beaux arbres ombrageaient ses rives. Elle coulait au sud-est, sur un fond de douze brasses. Après avoir fait une dizaine de lieues, ils naviguèrent sur un autre cours d'eau, encore très-large et très-profond n'ayant pas moins de trente à quarante brasses,et où le cou rant était très-violent. Il parut au capitaine Landolphe que le flux, quoique inaperçu, et malgré l'extrême rapidité des courants, occasionnait une crue d'eau. Il prit l'heure de la marée exactement sur celle du flux de la rivière Formose, dont le courant est moins violent, et demeura convaincu que si la marée ne se laissait point observer il fallait en attribuer 1a cause aux pluies abondantes qui tombaient continuellement depuis un mois. Enfin , ayant encore navigué pendant deux heures vers le sud-est, ils Furent portés sur un canal devant la demeure du roi d'Owhère. On mouilla par quatre brasses d'eau. La ville d'Owhère renfermait alors douze à quinze mille âmes. Aussitôt que le bâtiment fut amarré, Landolphe ordonna qu'on tirât vingtetuncoups de canon en 1 honneur du roi, oui fitrépondre par autant de coups de pierriers. Il lui fut fait le meilleur accueil ; on conduisit les noirs qui composaient sa cargaison dans les villages des environs, où ils furent répartis dans les maisons. Deux des gens du roi allaient tous les jours à la chasse et deux autres à la pêche, et chaque malin ils apportaient au capitaine plus de gibier et de poisson que les hommes n^n pouvaient consommer. Presque tous les jours Landolphe allait voir le roi *, dans un de ses entretiens, il lui communiqua son projet de commerce et d'établissement dans ses États ; le roi répondit, à sa demande d'élever un fort à l'embouchure de la rivière Formose, que cet établissement devant être permanent , il lui faudrait consulter les gouverneurs

GUINÉE

des provinces de son royaume et convoquer même une assemblée de la nation; que pour lui il était très-favorablement disposé à ce projet , mais que l'examen d'une affaire aussi importante exigeait du temps. Landolphe resta à Owhère jusqu'à la fin d'août; il profita de son séjour pour bien reconnaître les environs de la ville. Le terrain est trèsfertile, lesananasy viennentsans culture.

On y trouve en prodigieuse abondance des oranges, des citrons, des melons, des giraumons. Le pourpier croît dans les rues.L'oseille, les épinards sauvages et d'autres légumes y sont aussi fort communs. Les matelots en mettaient beaucoup dans leur soupe, et Landolphe peuse que cela dut contribuer à les préserver du scorbut. Les forêts fournissent aussi les bois de teinture les plus précieux ( t ). —

(i) A ce propos, je crois utile d'indiquer quelles sont les principales espèces recueil» lies par Palisot-Beauvois en différents lieux du royaume d'Oware. Il signale comme trèsabondante, sur le bord des rivières qui coupent le terrain voisin de la mer, la Raphie vinifère {Raphia vinifera, de la famille des Palmiers). C'est un arbre de moyenne grandeur, dont les feuilles à folioles piunées et épineuses ont de six à sept pieds et plus de haut. Les régimes du fruit ou spadix sont également très-grands. P. Beauvois en vit de plus de quatre pieds de haut et tellement chargés de fruit, qu'un homme avait de la peine à en porter uu. C'est une des productions les plus communes et en même temps les plus utiles de ces contrées. Le tronc sert à former la carcasse des habitations. Les feuilles disposées artistement eu plusieurs faisceaux , après qu'on a tourné : les folioles d'un seul côté, sont placées alter- . nativement et entuilées comme les bottes dont ',; se servent les couvreurs de chaume en Europe. Elles composent les côtés el lacouverture, et deviennent très- solides par la précaution qu'ont ' les naturels d'attacher les folioles avec des ; lianes pour que le vent ne les soulève pas. ' Ces sortes de cases forment de bons et sûrs abris contre les pluies et les ardeurs du soleil; mais en même temps elles servent de repaire à des quantités de gros rats , de vipères et de couleuvres, lesquelles du reste donnent sans cesse la chasse aux rats. Avant d'employer le tronc des raphies, les Nègres en retirent pendant plusieurs jours une liqueur blanchâtre tirant un peu sur le gris de lin , espèce de via de palme qu'ils nomment bour-

Pour prix de sa magnifique et généreuse hospitalité, le roi d'Owhère demanda

don. Cette boisson n'est pas tout à fait aussi douce que le vin de palme ordinaire ; mais elle contient une plus grande quantité d'esprit. Les Nègres la préfèrent pour cela, et aussi parce qu'ils peuvent la recueillir sans danger. Les fruits de cet arbre précieux servent encore à faire une boissou pareille, mais de seconde qualité. Ils ramassent chaque mois de l'année de grandes quantités de ces fruits, et après les avoir dépouillés de leur enveloppe écailleuse ils laissent fermenter les amandes et eu retirent une liqueur plus colorée , plus savoureuse, qui se garde plus longtemps et qui les enivre comme ferait l'eau-de-vie. — La Spermacocée serrulée ( Spermacoce serrulata, de la famille des Rubiacées ) croit à l'embouchure du fleuve Formose. Outre les caractères particuliers à cette espèce, ou la distingue encore par des points enfoncés, placés irrégulièrement en-dessous des feuilles et qui produisent de petites éminences à la surface supérieure. — La Sterculie acuminée ( Stercu/ia actiminata, de la famille des Malvacëes ) croît sur les bords de la mer et aussi dans l'intérieur du royaume d'Oware. « Cette espèce , dit Palisot-Beauvois dans une longue note critique que je crois devoir reproduire, offre un caractère très-particulier, une disparate qui se trouve rarement parmi les piaules d'un même genre et d'une même famille. Le nombre des divisious du calice ou de la corolle est ordinairement égal , double , triple ou quadruple de celui des .autres organes de la fleur; mais dans la sterculie acuminée le calice porte six divisions, lorsque les anthères, au nombre de dix on de vingt , forment le double ou le quadruple de cinq et que les capsules sont encore au nombre de cinq. — L'amande est d'un rouge tendre, tirant un peu sur le violet ; on la nomme dans le pays kola ou cola. Les anciens botanistes, sans doute d'après les voyageurs , ont fait mention d'un fruit nommé cola, qui, disent-ils, a un peu la forme d'une pomme de pin et dont les semences ressem blent à des châtaignes. Gaspard Bauhin , dans son Pinax , le décrit aiusi d'après la Description du royaume de Congo de Pigafetta. « Palmœ quarum fructus cola dicitur; nuci pineœ maj'ori similis, pulpa quadruplici in tus colore rubicundo , castaneee forma , contine.ns. » J. Bauhin, dans son Histoire des plantes, décrit les propriétés du cola, qu'il désigne ainsi : Cola fructus ad sitim (vol. I, p. 210). Ces propriétés sont eu partie les mêmes que celles du cola que je décris. M. de Lamarck, dans le Dictionnaire en-

L'UNIVERS

seulement à Landolphe de vouloir bien prendre sur son navire le prince Bou-

cyclopédique , parle du kola ou cola : C'est, dit-il, le fruit d'un arbre qui croit dans la Guinée, et qui n'est pas encore connu des botanistes , quoique mentionné depuis longtemps par les voyageurs, comme précieux et fort estimé dans le pays. Enfin on lit dans Y Histoire des voyages de Pabbc Prévost et de Laharpe les détails qui suiveut: « Le gola ou kola croit dans l'intérieur des terres... Les Nègres le mâchent ( il est question des Nègres de Sierra-Leone ) , avec l'écorce d'un certain arbre... Ils le mâchent les uns après les a utres, en se le faisant passer tour à tour... Ils le croient excellent pour la conservation des dents et des gencives. Les chevaux iiont pas Us dents plus fortes que la plupart des Nègres. Ce fruit leur sert de monnaie courante, et le pays n'eu a point d'autre.... Ou fait tant de cas du cola, parmi les Nègres, que dix noix sont uu présent digne des plus grands rois. Après en avoir mâché, l'eau la plus commune prend le goût de vin blanc et parait mêlée de sucre ; le tabac même en lire une odeur singulière... Mais ce n'est pas le peuple qui peut se procurer ce ragoût si délicieux ; car cinquante noix suffisent pour acheter une femme. » Barbot décrit aussi cet arbre et lui donne le nom de Frogole.... « Il est d'une hauteur moyenne , la circonférence du tronc est de cinq à six pieds; le fruit ressemble aux châtaignes et croît en pelotons de dix à douze noix , dont quatre ou cinq sont sous la même coque... le dehors de chaque noix est rouge avec quelque mélange de bleu ; si elle est coupée, le dedans parait d'un violet foncé. Les Nègres et les Portugais en demandent sans cesse , comme les Indiens demandent de leur arak ou noix d'Areka et de leur bétel (Hist. des voyages fin-fif vol. XXII, p. 293). » Il n'y a pas de doute, ajoute Palisot-Reauvois, que la stercidie acianince, dout le fruit et les amandes ressemblent à ceux du cola dans la description des anciens voyageurs et botanistes , qui croit à Oware, où elle porte ce même nom de kola, et dont les propriétés sout à peu près les mêmes , ne soit le kola, ou cola mentionné dans les ouvrages des deux Bauhin et de Lama rck ; mais je dois rejeter le merveilleux qu'on lui a attribué. J'ignore si à Sierra-Leone ce fruit a été et s'il est encore aussi précieux que le prétend l'auteur de Y Histoire des voya^ j'ignore si dans ce pays il sert uniquement de monnaie, et si les Nègres, qui partout ailleurs ne vendent leurs esclaves que pour des marchandises européennes, dont ils se sout fait un objet de première nécessité.

dakan , le seul noir qui eût désiré passer en France pour y apprendre la langue

les prisent assez peu à Sierra-Leone pour ger une fentme contre cinquante noix de kola; enfin j'ignore si dans cette partie de l'Afrique les courts ( petit coquillage delà famille des Cyprœd) ne sont pas, comme dans tout le reste, la seule petite monnaie courante; mais je suis assuré qu'à Oware et à Bénin le kola, estimé en raison de la propriété qu'il a de faire trouver bonne l'eau la plus commune après qu'on a mâché de ce fruit, n'est ni aussi précieux ni aussi recherché qu'on a voulu le faire croire. Si nous jugeons de tous ces détails par l'exagération avec laquelle on donne aux Nègres de Sierra-Leone des dents plus fortes que celles des chevaux, nous devons les regarder comme très-apocryphes.

Pour rectifier tout ce qui concerne le kola, je dirai ce que j'ai vu et éprouvé par moimême. Les Nègres d'Owaie mangent ce fruit avec une sorte de délices avant leurs repas , non pas à cause de son bon goût, puisqu'il laisse dans la bouche une sorte d'àpreté acide , mais en raison de la propriété qu il a de faire trouver bon tout ce que l'on mange après en avoir mâché. C'est surtout sur les différentes liqueurs, et principalement sur l'eau, que cet effet se manifeste d'une manière sensible. Si avant d'en boire on a mâché du kola, elle acquiert une saveur des plus agréables; mais cet effet ne dure qu'autant que l'intérieur de la bouche est empreint de celte âcreté qu'y laisse le kola. Les naturels ne mâchent pas la même noix alternativement; elle n'est ni assez rare ni assez précieuse ; le cas qu'ils en font est bien éloigne de celui que suppose l'auteur de Y Histoire des voyages. J'en ai échangé plusieurs fois 20 ou 3o pour une poignée de cauris dont deux ou trois tonnes pleines n'eussent pas payé la femme la moins jwrfaite. » ( Flore d Oware et de Bénin, t. I*r, p. 4i-43. )

— La Pteris cornue (Pteriscornuta) est une espèce de la famille des Fougères, qu'on trouve en abondance dans le royaume d'Oware, dans les eaux salées, non loin des bords de la mer, mais qui est restée sans usages ni nom indigène connus. — Dans le fond humide d'un terrain boisé nouvellement défriché , sur la rive gauche du fleuve Formose , près de rétablissement français, Palisot-Beauvois trouva la Me las tome couchée (Mêlas toma decumbens ), belle plante aux larges pétales. —

Androgynette grimpante ( Stachygynan' drum scandens ) : ce joli lycopode croit sur les bords d'une branche du fleuve Formose , que les Anglais ont nommée New-Town Biver, et qui conduit à la ville d'Oware, à la

GUINEE.

et les coutumes françaises. Landolphe le croyait fils du roi ; mais il apprit longdistance de sept à huit myriamètres à peu près de la mer. Il s'élève en tournant autour des plus gros arbres à la hauteur de trois à quatre pieds. Il a beaucoup de ressemblance avec le Stacltygynandrum plumosum et autres espèces voisines, mais il en diffère essentiellement par ses tiges grimpantes, par la forme de ses feuilles et par la régularité de ses rameaux. — A l'entrée de cette même branche du fleuve Formôse, P. Keauvois trouva la Qui squale sans bractée (Quisqualis ebracteata), espèce de la famille, des Onagres, très-différente de l'espèce décrite par Rumpbius, en ce qu'elle manque de bractées, et de celle qu'a décrite Burmann , plante aux rameaux pubescents , aux feuilles et aux ûeurs opposées. Cette espèce, ajoute P. Beau vois, est nouvelle et forme la troisième du genre. On pourrait les désigner ainsi : i° QuisqualisJndiaa, glabra, jloribus bracteatis, foliis aller nïs , et oppositis ( Kumph , Ami)., Y, p. 71 , tab. 38). a° Quisqualis pubescens , rami ter et es , pubescentes , foliis oppositis , cor' datis , Jloribus bracteatis, oppositis (Burin., lnd., tab. 35, fig. a ). 3° Quisqualis ebracteala , caulis ramosus , debilis ; folia ovalooblonga, acuminata, alterna, interdum opposita , inferioribus minoribus et rotundioribus ; flores spicati , longissimi , terminales et axiilares; bracteœ nullœ. — Aux alentours du même fleuve, on rencontre la Grewie à feuilles de charme ( Grewia carpinifolia ), plante de la famille des Tdiacées ; la Wédélie d'Afrique ( fVedelia A/ricana de la famille des Corymbijères ; le Slruchium d'Afrique ( Str. Africanum), plante de la même famille , l'une de celles qu emploient les naturels pour guérir leurs plaies. Ils broient les feuilles et les tiges à cet effet. Mais P. Beauvois vit ce remède agir très-leulemeut et d'une manière à peine sensible sur les plaies de blancs qui en avaient essayé. — Une autre plante dont les Nègres font le même usage, et qui croit dans les mêmes lieux, est la Crypïtiospermt .rampante ( Cryphiospermum repens , de la famille des Chicoracées ). — Dans le lit même du fleuve , là où le courant est peu rapide et même presque nul , abonde , mêlée avec YAzolla et la Pistiat la Pontédérie nageante ( Pontederia nataus , de la famille des Narcisses ).

Près de la ville d'Oware, P. Beauvois recueillit, entre autres espèces intéressantes, la Cératilhère à feuilles presque allures ( Ceranthera subintegrifolia, de la famille des Azedarachs); le Clerodendron grimpant (clcroderulron scandens), espèce plus élevée et plus

temps après qu'il était ûls d'une sœur de ce prince ; il s'engagea à lui procurer une

forte que le Clerodendrum volubile ; ses feuilles et ses fleurs sont aussi plus grandes ; le calice est large, ouvert et coloré, la corolle agréablement variée de blanc et de rouge , les étamines irès-longucs, ainsi que le pistil. — Dans l'intérieur des terres , parmi les bois, est répandue en abondance VAspide presque quinquéfide, fougère remarquable par sou feuillage divisé en trois , dont les divisions latérales sont garnies extérieurement d'une piunule plus longue, ce qui fait paraître la plante presque quinquéfide ; l'involucre, indusiunt, tombe de bonne heure, de sorte que si l'on examine un iudividu un peu avancé, on peut le prendre pour un Polypode. Les fructifications sont posées au milieu d'une nervure qui jamais ne se bifurque à son sommet, comme les nervures stériles; elles sont disposées sur deux rangs , trois de chaque côté de chaque lobe. — Dans les bois secs et élevés , P. Beauvois distingua aussi le Sainfoin lasio carpe ( Hedisarum lasiocarpum ) , arbrisseau de la famille des Légumineuses , remarquable par ses épis et ses fruits très-velus et comme hérissés , et par les deux petites folioles en forme de stipules placées au sommet du pétiole et qui semblent tenir lieu de deux folioles, ce qui rendrait les feuilles ternées , comme dans beaucoup d'espèces de ce genre, et l'Ormocarpe verruqueuse ( Ormocarpum verrucosum), arbuste de la famille des Légumineuses , dont le fruit est fortement articulé et chargé de petites verrues. — La Xilopie ondulée (Xilopia undulata, delà famille des Anones ), se distingue principalement par la forme des pétales extérieurs très-lougs et élégamment ondulés à leur marge. C'est un arbuste de moyenne grandeur, qui croît en abondance dans le royaume d'Oware, et probablement dans ceux de Beniu et de Calbar, où cepeudant P. Beauvois ne les reucontra pas. Mais il ne se trouve que dans l'intérieur des terres, à la distance de soixante à quatre-vingts lieues de la mer. Les ualurels se servent du fruit de cette plante comme d épices ; souvent même ils le mâchent cru cl sans le mélanger avec aucun aliment. On pourrait en faire un objet important de commerce ; il parait susceptible de remplacer à certains égards les épices que l'on fait venir à grands frais de l'Inde. Il est plus doux , sans être moins aromatique et peut-être moins ardent. Cet arbre est un de ceux que Pal isol-Beau vois indiqua au capitaine Landolphe, chargé des intérêts de la compagnie d'Oware, comme un article avantageux de traite dans cette partie du monde, et qui,

LTJNIVERS.

bonneéducation et à le ramener lui-même, ou à assurer son retour dans vingt-six ou

avec la Mani guette , que l'on ne prise peutêtre pas assez, parce qu'elle vient de inoins loin, pourrait faire un objet précieux de cargaison. — Entre |Oware et Buonopozo , le dernier des établissements du royaume d'Oware,il recueillit la Crustolle allongée ( Ruellia vlongata ) , plante de la famille des Acanthacées , remarquable par les divisions du calice U-ès-longues et presque linéaires , par le tube de la corolle qui est aussi très-long et par ses ûeurs d'un beau bleu de ciel : le Pauls porle*soie (Panicum setigeritm, de la famille des Graminées ) ; la Pavate d'Oware (Pavetta O <va riens is ), plante de la famille des Rubiacëes , dont les Nègres négligent l'usage; la Tristemme hérissée ( Tristemma hirtum, de la famille des Mélastomes ) ; la Cneste oblique ( Cneslis obliqua) , et la Cneste pinnée ( Cn. pinnata ) , deux arbustes de ta famille des Térêbinthkcées ; la Porane acuminée (Porana acuminata, de la famille des Convolvulacées ) ; la Slerculie hétérophylle , arbre un peu plus élevé que la Sterculie acuminée f dont il diffère encore par les divisions du calice, au nombre de cinq seulement , et reconnaissable au beau port que lui donnent ses longues et larges feuilles ; Y Anthonothe à grandes feuilles (À/tthonotha macrophjlla ), arbrisseau de la famille des Légumineuses, qui vient sur le bord des rivières; la Landolphied'Oware (Landolphia Q\variensis ), plante de la famille des Apocynées .*ce genre a beaucoup de ressemblance avec le Gynopogon de Forster ; mais il y a dans le fruit des différences qui ne permettent pas de les confondre. Les fleurs sont en panicules terminales. De sa base il sort souvent une division qui s'avance latéralement. — "L'Eugénie dïOware est un arbre de la famille des Myrtes, qui croît dans les mêmes lieux-, il est de moyenne grandeur ; ses feuilles sont ordinairement ovales , quelquefois rondes, elliptiques; elles sont remarquables par les nervures latérales disposées horizontalement et moins apparentes en dessous. Aux environs de Buonopozo, Palisot-Beauvois rencontra entre autres plantes la Céranthère dentée ( Ceranthera dentata); la Spathodée lisse ( Spathodea lœvis , de la famille des Bignovées ) , arbre plus droit et plus élevé que la Spathodée campanuiée, qu'il avait trouvée à trois lieues au nord de Chama sur la Côted'Or. Il ne remarqua pas qu'elle répandît comme celle-ci une odeur d'ail lorsqu'on la brise. Au calice près , qui se fend par le côlé comme dans la Spathodée campanuiée , celte espèce est très- voisine des Bignonia ; mais son

trente lunes. En effet, il lui donna à Paris des maîtres de toute sorte. Hors la

calice, ses ét ami nés et ses autres caractères l'en éloignent. Elle est encore remarquable par ses folioles très-acuminées et garnies, vers l'extrémité, de petites dents irrégulières et sans ordre. Enfin, dans les déserts, il observa deux espèces remarquables de la famille des Àîagnoliers : la Gomphte très-glabre ( Gomphia glaberrima ) est un petit arbrisseau fort élégant par ses épis et la couleur de ses fleurs d'un jaune éclatant; ses feuilles ne sont pas entièrement serrétées, la moitié inférieure de chaque côté est entière ; la Gomphie réticulée ( Gomphia reticulata ) est moins élevée, de fleurs plus petites, -de tiges et de panicules plus minces; les petites nervures latérales sont très-visibles, et font paraître les feuilles comme réticulées. On voit, sur les feuilles de ces deux espèces, une plante aélhogame parasite : c'est un Xyloma , qui se présente sous la forme d'une petite tache noire dont le centre relevé ressemble à un mamelon. Le Cle~ rodendron volubile , de la famille des Gattiliers, croit aussi dans le royaume d'Oware, très-avant dans l'intérieur des terres. A une distance de près de dix myriamètres de Buonopozo, derrière le royaume de Calbar, s'élève majestueusement l'Omphatocarpe géant ( Omphalocarpum procerum ) .* cet artyre, du plus beau port, monte droit à une hauteur prodigieuse; son tronc ne commence à se di v îser qu'au sommet. N'ayant pas pu y atteindre et les Nègres qui l'accompagnaient ayant rèfusê d'y monter, Palisot-Beauvois en abattit quelques feuilles à coups de fusil. Les fleurs naissent sur le tronc, à la hauteur de trois à quatre mètres. Il n'en vit point sur les branches. Indépendamment de cette singularité , l'enveloppe de son fruit en offre une qui n'a point d'exemple dans les plantes connues : cette enveloppe est composée intérieurement d'un amas de petits corps durs, arrondis et irréeuliers, formant une concrétion ligneuse sem* blahle à celle dont est composée la pierre communément appelée pouding; chaque partie de cette concrétion est à pans ou a facettes inégales , blanchâtre en dedans , et susceptible de se détacher sans déchirement. La connaissance de ce genre, ajoute Palisot-Beauvois, est d'autant plus précieuse, qu'elle nécessite des changements dans les caractères généraux de la famille des Sapotilliers. Le nombre des écailles n'est ni égal , ni double de celui des divisions de la corolle et des étamiues ; le fruit n'est ni une baie , ni une drupe : c'est un corps solide, dur, ligneux, et qui ne s'ouvre point.

GUINÉE. 327

lecture , qui lui paraissait extrêmement pelait : M. Boudafsan, il répondait brusdifficile , il fit dans tout de rapides pro- quement : Je suis le prince Boudahan; grès : il dansait avec grâce, exécutait des au reste très-aimable et très-poli. 11 fut airs guerriers sur la clarinette, parlait présenté au roi et au dauphin en 1786 , le français au bout de six mois assez cor- et pendant son séjour en France il reçut rectement pour être compris dans la so- du roi une pension de quinze cents ciété , et avait une belle écriture. Il était francs par mois, fort susceptible en ce qui touchait son Cependant le capitaine Landolphe et rang; et lorsque dans le monde on l'ap- un riche négociant nommé M. Marion-

Brillantais avaient repris l'ancien projet

Palisot-Beauvois observa aussi, dan* le d'établissement sur les côtes d'Afrique. Il

royaume d'Oware et de Bénin, diverses espè- était dit dans le prospectus que tOUS les

ces de Champignons très-curieuses : i° le trimestres on expédierait au Bénin un

Guêpier hérissé (Favolus hirtus) , qui croit sur navire de trois à quatre cents tonneaux,

le tronc et sur les branches des arbres morts, chargé de marchandises diverses d'une

et qui par les longs poils rameux et roides valeur de deux cent mille francs à peu

comme du crin qu'il porte à sa surface supé- près; qu'au premier voyage le capitaine

rieure parait être le même que ^Agaùcus Lan(jolphe commanderait en personne

cinereus et serions de Plumier; a° le Micro- un bâtiment doub|e cargaison

pore poche ( Microporus perula ) qui croit sur ouvriers charpentiers, maçons , tuide vieilles souches pourries, dont le somme re; forgeronSi Fetc et' ,eu£ outi|s

levé en entuunoir présente un cote ires-releve »"/»°» •y'© , " ' , m, . ^««o

et l'autre très-petit en forme de poche; 3» la Pne. S0Cléte? donj Manon-Brillantais

Dadale AmanWuU ( Dœdala aLnitoiJes ) , fut le premier administrateur, fut créée

espèce extrêmement intéressante par la forme s°us le nom de Compagnie d Owhére et

des sinuosités qui couvrent sa surface iufé- de Bénin. Elle obtint, par arrêt du coil-

rieure. Ces sinuosités, quoique irrégulières seil du roi, un privilège exclusif pendant

entre elles , offrent cependant un certain or- trois ans pour commercer dans ces pa-

dre constant qui détermine le caractère du rages. Le roi voulut bien céder pour la

genre. Palisot-Beauvois l'appela Amanitoïde à première expédition un vaisseau de qua-

cause de la ressemblance des sinuosités de la tre cents tonneaux , le Pérou , dont le

marge avec des lames par leur prolongement; capitaine Landolphe prit le commande-

4" le Micropore agréable (Microp. con- ment Qn pavait nommé directeur Cn

cinniis) remarquable j par sa base longue, cnefdetous les établissements quepourhueaire, de la forme d un vra. pédicule, et jt fon(ler ,a c0mpagrjje. H joignit à

^^^î^ut^S^)Tr^ ''armement du Pérou deux corvettes léherement zone et velouté ; 5 le Guêpier mince . ., . . „ ... „, .

{Favolus tenuiculus), champignondo.it la sub- Sert>s' 1 ^rlVte etJa Mite- Char lotie

stance est si mince/que la Foîme des pores^t ÇOUr son service ordinaire, car son tirant

marquée en dessus; ses pores sont très-ouverts, devait 1 empêcher d entrerdanslanvtere.

allongés et formés par des cloisons au;si Landolphe arriva au Bénin le 21 novem-

très-minces; il est partout d'un blancsale. bre 178(UldébarqunaussitôtàZto6y pour

La Bry blanchâtre ( Bryum albidum ), mousse annoncerau chef dece village, Aniinazan,

qui croît à Oware et a Bénin sur les racines le retour du prince Boudakan. À cette

des arbres , des fougères et autres plantes , et nouvelle, Animazan fit arborer sur sa mai-

qui se trouve encore aux Antilles, aux îles de son un pavillon blanc qui fut salué par

France et de Bourbon , aux Canaries, varie des salves de mousquetet ie, tant de Bobv

non-seulement suivant les pays, mais encore sui- que de Sal-Town. ( Ce village est ainsi

▼ant les localités d'un même pays. En Afrique, nommé parce qu on V fabrique une et partout sous les tropiques , sa tige est tou- de quanlité de se| pour |e transpor-

jours basse et simple; les nouvelles pousses sont J , dans rinterieur< 0u brille des

a peine formées qu elles prennent des racines *„.,:n „ fll!n-,11. j„ -„,,!„ „ nn

par lesquelles seules elles tiennent aux sou- [eu,!les ,d Une ^ ' L f > 'k n

clies .pales ont produites. -Une autre plante fss,ve ,es cendres, et on fait bouillir

qu'on trouve aussi en abondance à Oware, 'eau qui en provient jtisqu à ce qu elle

sur les rameaux de différents arbres, est la SOit réduite en marc. Elle donne alors

Carpolépide dichotome ( Carpolepidnm dicho- un produit tres-doux et plus sain mie

tomum ), de la famille des Hépatiques. nos sels. ) Le troisième jour, le roi d O-

L'UNIVERS

whcre, averti par Animazan, envoya complimenter Landol plie par deux phidors, qui en même temps apportaient Tordre de le laisser débarquer toute son artillerie et choisir remplacement qui lui conviendrait le mieux. Landolphe était descendu à terre au moyen delà goélette ? Afrique, avec le prince, M. Glais, premier ingénieur du comte d'Artois, qui avait obtenu un congé de trois ans, M. Forestier, ingénieur en second, deux lieutenants du bord, M. Boutan, chirurgien en chef, trente hommes de l'équi-

{►age , six pièces de canon de huit avec eurs affûts, ceut planches pour former des radeaux, et plusieurs tentes pour abriter ses gens. — Les ingénieurs désignèrent dans nie de Borodo, sur la rive

?;auche de la rivière Formose , le terrain e plus commode et le plus favorable à l'exécution de ses desseins. On fit disparaître de ce lieu le bois et les hautes herbes qui le couvraient ; des plates-formes en planches furent provisoirement établies, afin de monter huit pièces en batterie tirant à barbette. Ensuite les ingénieurs tracèrent des lignes sur un emplacement où l'on devait construire plusieurs maisons semblables à celles du pays, pour y loger l'équipage. On éleva au directeur un édifice en bois de trente pieds carrés, d'un seul étage ; età l'un des angles, à l'ouest, fut placé un mât de pavillon , haut de trente pieds, où le pavillon du roi de France lut arboré et salué de vingt et un coups de canon. Animazan se chargea de bâtir huit cases , d'un seul rez-de-chaussée , selon la coutume des Owhériens , et sur le terrain marqué par les ingénieurs. Elles ne furent élevées que pour peu de temps ; elles avaient vingt-cinq pieds de long et seize de large. Pour éviter l'incendie, on laissait entre elles un intervalle de douze pieds. Le pavillon du directeur était au centre. En huit jours, tout fut construit, couvert en natanier et habité; vingt nègres fournis par Animazan avaient pris part aux travaux. Le capitaine Landolplie songea alors à reconduire le prince Boudakan au roi d'Owhère. 11 s'embarqua avec M. Palisot-Beauvois, un officier, un chirurgien et deux matelots, sur une grande pirogue défendue pardix pierriers et cinquante hommes armés dezagaies et de deux pistolets chacun. Ils furent reçus

par des salves de mousqueterie. Le roi, en revoyant son neveu, versa des larmes, et lui passa autour du cou un second rang de corail , pour l'élever à la dignité d'Aomm<» grand. Pendantquatrejourson ne voyait dans Owhère que danses , concerts et illuminations. Au milieu d'une grande place, ils remarquèrent une croix illuminée d'une cinquantaine de lampions : elle avait été plantée par des missionnaires venus du Brésil, qui dans ce temps-là baptisèrent le roi sous le nom de Manuel Otobia. — La même pirogue ramena les Français à rétablissement par des rivières que Landolphe ne connaissait pas, lesquelles étaient beaucoup plus étroites que celles où il avait déjà passé trois fois : on voulait éviter la rencontre des pirates Jo. — Landolphe entreprit ensuite le voyage de Bénin. Le prince était déjà instruit de ses démarches auprès du roi d'Owhère , et il lui rappela avec quelque étonnement qu'il lui avait accordé, quelques années auparavant, un terrain à Gathon , pour y élever un fort(i). Landolphe s'excusa eu disant que

( i) Landolphe l'avait déjà fait défricher. On voyait encore à celte époque sur ce terrain tes traces d'un fort hollandaisque les Nègres avaient détruit, après en avoir égorgé toute la garnison. ▲ ce propos je rappellerai, d'après David de Nyendaal, dans quels lieux du Bénin et du royaume d'Owhère le commerce européen avait fondé auparavant des établissements : « Quand on est avancé, dit-il, environ une lieue et demie dans la rivière , on y trouve deux bras éloignés l'un de l'autre d'uue demi-lieue, sur l'un desquels les Portugais ont une loge et une église auprès du village à'Awerri, qui a aussi son roi particulier, que celui de Bénin regarde comme son voisin et son allié. Il y a trois villages principaux où nous négocions présentement et où tous les Nègres qui demeurent avant dans le pays, vieoneut pour trafiquer avec nous, c'est-à-dire des villages où nous pouvons mettre à l'ancre. Le premier de ces villages s'appelle Boudebou, et a environ ciuquante maisons ou huttes. Le second village s'appelle Arebo, et est situé plus avant sur la rivière : c'est un joli village assez grand , bâti en long , et assez bien pourvu d'habitants. Il y a quelques années qu'il y avait dans ce village deux loges ou maisons de facteurs dont l'une appartenait aux Anglais et l'autre à notre compagnie, et chacune avait ses marchands et ses répondants, en portugais mercadors et fiadors, quoi-

GUINÉE

les matelots européens souffraient trop du climat en ce lieu , qu'il avait dû préférer l'entrée de la rivière, où l'air était beaucoup moins malsain; mais qu'il comptait bien par la suite établir à Gathon un comptoir permanent , qui fournirait abondamment ses États de marchandises européennes. De beaux présents achevèrent d'apaiser le prince, qui promit de mander un des chefs les plus puissants des Jo, et de prendre avec fui les mesures nécessaires pour assurer la navigation des embarcations fran-

que les derniers soient aussi commissionnaires. Mais comme les Anglais n'ont pas négocié ici depuis très-longtemps, leur loge est entièrement ruinée et leurs marchands ont été incorporés parmi les nôtres. Le troisième village , qu'on appelle Agaton, a été ci-devant un des principaux endroits pour le négoce ; mais il a tant souffert par lesguerres qu'il est presquetout ruiné ; il est bâti sur un coteau qui s'avance dans la rivière et qui ne lient presque pas à la terre ferme. A en juger par les ruines que l'on voit encore, ç'a été un fort grand village, beaucoup plus agréable et plus sain qu'aucun autre, et c'est pour cela aussi que les Nègres commencent à le rebâtir de toutes leurs forces. Je ne saurais m'empècher de parler encore d'un autre village où nous avons négocié ci-devant ; on l'appelle Meiborg , et apparemment qu'il porte le nom de quelqu'un de nos marchands qui y a demeuré. Notre compagnie y a eu autrefois une loge et quelques serviteurs. Le dernier marchand qui y a négocié pour la compagnie s'appelait N. Beeld-Siùjder ; mais il était trop brutal pour s'accommoder avec ces gens, qui le haïssaient aussi mortellement. Il fut tué par les gens du chef du village pour avoir violé une de ses femmes. Le directeur de la côte, pour la compagnie, résolut , avant que d'être bien informe de l'affaire, de punir celte mort. Pour cet effet il envoya à Bénin un jagt rempli de soldats de Mina, qui tuèrent ou prirent prisonniers tous ceux qu'ils trouvèrent dans ce village et qui ne purent pas se sauver. Le roi du grand Heniri ne se contenta pas delà vengeance qu'avait prise notre directeur, et il fit tuer celui qui en avait été l'occasion , avec toute sa famille, et cela uniquement afin de se justifier auprès de nous et de faire voir qu'il n'avait aucune part a la mort de notre marchand, qui était arrivée sans qu'il en sût rien. Comme nous vîmes que le roi entrait si fort dans nos intérêts , nous avons continué ici notre négoce jusque* à présent. » {Foy, de Guinée de G. Bmma», p. 459-46i.)

çaises. Alors, le capitaine Landolphe put presser activement la construction des maisons et du fort. Il jeta, à cet effet, les yeux sur un terrain éloigné de cent toises du lieu où son artillerie était déjà placée. Il ie lit défricher tout autour et à uno grande distance. Le roi d'Owhère lui envoya huit cents hommes pour l'aider. On coupa les arbres , on arracha les hautes herbes. Mais ce qui importait le plus était de détruire l'énorme quantité de reptiles qui occupaient ce terrain et se glissaient partout, jusque dans les hamacs et les couvertures de l'équipage. Le moyen qui réussit le mieux fut de faire tomber les uns sur les autres de gros arbres et d'y mettre le feu trois ou quatre jours après. La flamme, consumant jusqu'aux racines des herbes, n'épargnait ni les serpents ni leurs œufs. C'est ainsi qu'ils convertirent cet immense nid de reptiles en une vaste prairiede trois lieues de tour, à peu près, où les moutons, les cabris, les vaches, les bœufs, les chevaux, allèrent paître parla suite. Au bout de quinze jours on n'y vit plus de serpents. On s'occupa ensuite de creuser des fossés et de faire de larges saignées pour donner aux eaux un écoulement rapide. Un édifice de cent vingt pieds de long, de trente de large et d'un étage, fut élevé sur ce terrain. On y joignit une galerie extérieure et circulaire, large de huit pieds et couverte. Au centre était un escalier à double rampe. Un très- large péristyle donnait entrée dans une belle salle carrée de trente pieds , de laquelle on pouvait passer dans quatre chambres de quatorze pieds. On avait pratiqué un grand nombre de fenêtres pour laisser pénétrer l'air dans toutes les pièces. Cet édifice était situé du nord-est au sud-ouest. Puis on construisit sur deux lignes parallèles , et distantes entre elles de seize pieds, huit maisons de trente-deux pieds de long sur seize de large, pouvant servir à la tois de magasins et de logements. Au milieu on avait laissé une place carrée de deux cents pieds, où fut établi un colombier de vingt-quatre pieds en carré, d'une même hauteur, élevé de terre de seize pieds sur douze piliers de bois, pour préserver les pigeons des rats. Au-dessous du colombier se retiraient les moutons et les cabris. Les cochons avaient leur parc. Les

poules , les dindes , les pintades , les canards , les oies, étaient logés dans des cases. Les étables et les écuries étaient abritées sous la plate-forme de la bat- . terie. — Le fort tut construit à quatre bastions et armé de trente-deux pièces de canon de huit et de six. On l'entoura d'un fossé large de vingt pieds et profond de sept, que remplissait aux marées une rivière coulant à deux cents toises dans la forêt vers le sud du grand édifice. Ce travail coûta des peines infinies : il fallut couper les bois qui couvraient le terrain de l'alignement du fort au fleuve.

On forma aussi une chaussée dont le centre se fortifiait des arbres abattus. Des deux côtés , les nègres creusaient un fossé de vingt pieds de largeur et de dix de profondeur. Ils étaient enfoncés dans la vase depuis les genoux jusqu'à la ceinture , et c est avec les terres enlevées du double fossé que la chaussée prit son élévation. On y planta deux rangées d'arbres qui, en deux ans, donnèrent un délicieux ombrage. L'eau, coulant abondamment, servait au transport des marchandises qui arrivaient a la porte du fort ou en sortaient. Elles n'étaient plus exposées dans les embarcations aux dangers de la rivière, qui se font sentir les trois quarts de l'année. Près des fossés, Landolphe lit entourer l'intérieur du fort de palissades en bois rond de dix-huit pouces de tour et enfoncées de deux pieds en terre. Elles avaient à peu près dix pieds de haut, les pieux se touchaient; elles étaient soutenues et affermies par des croix de Saint-André ; des bandes de fer armées de lances, rivées en-dessous, les couronnaient. Ces lances , hautes de quatre pouces , n'en avaient guère que trois d'intervalle entre elles. — Du côté de la mer, en face de la grande batterie composée de seize pièces , s'étendait un banc de sable qui n était couvert que de six à sept pieds d'eau dans la pleine mer, et qui , le reste du temps , était presque toujours à sec. Comme les lames venaient y briser huit mois de l'année, les embarcations n'osaient en risquer le passage pour descendre à terre. Cette défense naturelle rassuraitcomplétement le capitaine, et c'était même le motif qui l'avait déterminé à détourner derrière le fort le cours de la rivière des bois. C'est sur ce banc qu'un capitaine portugais

nommé Olivera perdit son navire, pensant entrer dans la rivière duBenin : 1 embouchure de la rivière de Borodo, située au sud de la première, lui est presque en tout semblable. Olivera, excellent marin, plein d'expérience et d'instruction , consentit à entrer au service de la compagnie et remplaça le capitaine de la Petite- Charlotte, qui venait de mourir. Laiidolphe raconte que, se promenant un jour avec Olivera le long de la rivière de Borodo, celui-ci lui proposa d'utiliser ce banc de sable, en y établissant une espèce de labyrinthe où le poisson de toute grosseur et de toute qualité viendrait se prendre chaque jour à la basse mer, et y demeurerait enfermé. 11 goûta fort ce projet, et Olivera le mit tout aussitôt à exécution. Il fit établir des claies de huit pieds de haut sur un espace de cent cinquante toises. Animazan se chargea de faire fabriquer et poser ces claies par les plus adroits de ses nègres ; quarante hommes coupèrent des bois de manglier de la grosseur de quatre à cinq pouces , sfcrrés de manière que le pliis petit poisson n'y pût passer. Chaque claie avait six pieds de large; elle était fortement attachée par les deux extrémités. Quand tout fut prêt , on plaça les claies debout sur le banc de sable, bn y enfonça des pieux qui les soutenaient ; de longues perches au-dessus, fixées également par des piquets , rendaient cette cloison si solide qu'elle pouvait résister à la violence des vagues. Au bout de cette digue d'une nouvelle espèce fut construit le labyrinthe d'Olivera : il avait quarante pieds de circonférence. Le poisson y entrait de deux côtés par une ouverture de deux pieds et n'en sortait plus. Cette pêcherie fut extrêmement utile à l'établissement. La marée y amenait une immense quantité de raies, de soles, de carpes, de mulets, de grandes écailles , etc. ; à la basse mer tous ces poissons restaient échoués. Chaque jour, on allait les enlever dans des brouettes. Landolphe en nourrissait quatre cents

Eersonnes et distribuait le surplus aux abitants de Boby. On sonnait la clo- ' che ; les uoirs accouraient avec des paniers ; ils emportaient le poisson chez Animazan, qui le partageait entre les ménages. Enfin, pour avoir un vaste terrain autour de lui , Landolphe acheta

GUINÉE

du roi d'Owhère , qui prit le consentement d'une assemblée nationale, 'trente lieues de territoire au profit de la com-

fuignie. Le contrat de cette acquisition ut déposé dans les bureaux du ministère de In marine.

En 1767, la frégate la Junon de quarante-quatre, commandée par le comte de Flotte et sortie de Toulon, arriva sur la grande rade à l'embouchure de la rivière, mais à cinq ou six lieues de terre. Il était chargé par le ministre de la marine de visiter l'établissement, de s'assurer que les directeurs de la compagnie remplissaient leurs engagements avec le roi et de tâcher d'obtenir du roi de Bénin un privilège exclusif de commerce dans ses Etats. M. de Flotte, alors malade , envoya à terre deux lieutenants , MM. LegrOing et Balon, que Landolphe et Palisot de Beauvois accompagnèrent dans leur voyage à Bénin. La il y eut une longue et vive délibération dans le conseil des hommes grands sur l'objet de la mission des officiers français ; mais la majorité décida qu'aucun peuple européen ne jouirait jamais d'un tel avantage, parce que les Beniniens avaient encore trop présentes à la mémoire les vexations des Hollandais; que le commerce serait ouvert à toutes les nations, mais que les Français auraient toujours la première place dans leur amitié (1).

L'établissement français était alors en pleine activité, et le succès avait dépassé les espérances du directeur. Il recevait les vaisseaux portugais, anglais et danois naviguant dans ces parages, et achetait leurs cargaisons, qu'il s'engageait à remplacer par un autre chargement dans un temps déterminé. Il les fournissait d'eau, de bois, de vivres de toute nature, d'après un tarif invariable. Il faisait transporter les marchandises achetées à bord des vaisseaux, hors des barres, en pleine rade. C'était pour les capitaines un avantage inappréciable, puisque leur cargaison trouvait un placement sûr et prompt, et que la santé de leurs équipages n'était jamais compromise.

. L activité du capitaine Olivera, qui, ' sur la Petite-Charlotte, faisait de fréquents voyages à la Côte-d'Or, entrete-

(i) Voy.le Voyage a la cote de Guinée par Labarlhe\ p. ^Sg-^ëx.

nait dans l'établissement un assortiment complet et abondant de toutes marchandises. Les* bénéfices étaient immenses.

Pendant plus de cinq ans, quoique les administrateurs de la compagnie n'eussent envoyé que deux petits bfitiments, nommés l'Okro et le Boudakan, sans aucun renfort d'hommes pour combler les pertes nombreuses et inévitables delà colonie, cette prospérité se soutint. Mais au mois d'avril 1792, en pleine paix, l'équipage d'un vaisseau anglais, après avoir traité avec Landolphe et reçu de lui la plus généreuse hospitalité, surprit rétablissement, le pilla, et le réduisit eu cendres. Landolphe, cruellement blessé à la jambe, fut recueilli par le roi d'Owhère et par le prince Boudakan, qui le gardèrent auprès d'eux, malade, pendant cinquante-deux jours, jusqu'à l'arrivée d'une goélette du commerce, V Amitié.

En 1799, le capitaine Landolphe, qui commandait alors la division du Sud des frégates de la république française, avec une petite escadre, revint dans ces parages. Du mouillage extérieur, il aperçut le pavillon français flottant toujours au lieu même de son ancien établissement.

Avec une de ses prises qu'il avait armée en canonnière, Il pénétra dans la rivière ; comme il approchait, une pirogueportant le pavillon français se dirigea sur lui ; elle était montée par neuf noirs, autrefois ses garçons de comptoir, (jui le reconnurent en poussant des cris de joie. Il apprit d'eux que le prince Boudakan (1), le capitaine Okro, le phidor Animazan, n'existaient plus; que le successeur d'Animazan, appelé Mabi, était frère du prince Boudakan. Curieux de le voir, Landolphe fit gouverner la canonnière du côté du village de Boby et descendit à terre avec ses lieutenants, MM. Dufour et Baudouin. Sonpremiersoinfut de s'informer combien il y avait de vaisseaux anglais dans la rivière, et quelle était leur force, soit en artillerie, soit en hommes. Il y en avait quatre à trois mâts et trèsgrands, armés les uns de seize pièces, les autres de douze. Mabi lui donna un bon pilote qui avait à se venger d'un de ces

(i) On lui dit que ce prince, ayant rapporté de France des connaissances trop étendues pour son pavs, avait avale la mauvais»! fétiche, c'est-à-dire qu'il avait été empoisonné.

capitaines anglais. Le pilote s'embarqua aussitôt avec M. Baudouin, que le capitaine Landolphe avait chargé de l'expédition. Ils tendirent les voiles à (juatre heures du soir ; et après avoir fait une douzaine de lieues en remontant le fleuve, ils arrivèrent sur la rade à la pointe du jour, et surprirent les Anglais, qui amenèrent leur pavillon aux premierscoupsdecanon tirés par les Français. Après cette belle prise, le capitaine Landolphe sortit du fleuve pour n'y plus revenir.

Dans les nombreux voyages qu'il avait faits à Bénin et à Owhère, Landolphe put recueillir auprès des phidors particulièrement d'intéressants détails sur les traditions , la religion, les mœurs de ces peuples peu connus. 11 apprit ainsi qu'anciennement Owhère ou Oware et Te Bénin formaient un seul royaume, mais que, parsuite d'une querelle survenue entre deux frères dont l'un régnait à Bénin, l'autre s'était déclaré indépendant et avait su maintenir le siège de son pouvoir à Oware. Le roi d'Oware avec lequel Landolphe eut de si bons rapports était le soixante et unième de sa race. Quant à la suite des rois de Bénin, elle remontait à une antiquité inappréciable.

Du reste, la langue et les coutumes des deux États sont les mêmes : les seules différences que signale Landolphe sont l'absence de tout sacrifice humain à la cour du roi d'Oware et la division des grands en deux classes seulement , au lieu des trois qui existent à Bénin. Comme j'ai déjà eu occasion de le dire , à Bénin on distingue les hommes grands, les phidors et les passadors. A Oware il n'y a point de passadors. Les hommes grands ne peuvent sortir de la capitale, et les phidors du royaume, sous peine de la vie. Les passadors ne le quittent jamais que par ordre : ce sont eux qui portent tous les messages du roi , qui promulguent les ordonnances et les règlements de police, qui reçoivent les ambassadeurs des nations étrangères , et font connaître les déclarations de guerre et les traités de paix. Le roi de Bénin est fort puissant; plusieurs États voisins sont ses tributaires. Juda le fut longtemps. Il peut mettre sur pied une armée de cent mille hommes en vingt-quatre heures. Quoiqu'il y ait des chevaux au Bénin, les mulets seuls servent à la guerre,

comme étant moins sujets à la fatigue et plus faciles à nourrir. Les cavaliers sont armés de piques et de pistolets. Dès que le conseil a décidé la guerre, le roi transmet directement ses ordres au capitaine, énéral. En cas de défaite, le commanant de l'armée est puni de mort. — Les grands qui se sont rendus coupables d'un délit ou d'un crime sont jugés par le conseil de leurs pairs, qui s'assemble au son du tambourin , et les condamne , sans désemparer, à la pluralité des voix, à l'amende ou à la peine capitale. Une assemblée de vieillards forme le conseil ordinaire de justice. Dans presque tous les lieux habités , il y a au milieu d'une grande place un vaste édifice ouvert de tous côtés, où se tiennent les séances. On amène le prévenu, qui est libre de se choisir un défenseur. L'accusateur porte sa plainte et subit lui-même le châtiment si ses preuves sont jugées insuffisantes. L'amende prononcée doit être acquittée sur-le-champ ; elle est toujours proportionnée aux moyens du coupable. L'homme condamné à mort souffre la peine du talion. Les fils du roi même n'en sont pas exempts. Landolphe vit dans la ville d'Oware un des fils du roi monté sur le devant d'une pirogue, avec une espèce de gaffe à double crochet dans les mains, la diriger, pouréviter l'abordage d'une pirogue qui courait sur la sienne, vers un nègre , et le frapper d'un coup mortel dans la poitrine; descendre ensuite sur la rive, être arrêté par le peuple, jugé, condamné et mis à mort d'un coup de massue dans la poitrine. — Le plus grand des forfaits est de divulguer les secrets de l'État; celui

3ui a divulgué l'objet ou le résultat d'une élibératîon politique est attaché au sommet d'un arbre , le plus haut qu'on puisse trouver, et exposé vivant à la voracité des vautours. — Une femme prévenue d'adultère est conduite devant les juges : on la fait mettre à genoux sur la place publique ; là on trace à la craie deux ronds où elle pose les pouces.

Deux vases pleins sont devant elle, l'un contient la bonne, l'autre la mauvaise fétiche. Si elle avoue son crime : elle boit la mauvaise fétiche, qui l'empoisonne ; si elle le nie, on lui frotte la langue avec une herbe dont le suc la fait enfler soudain et sortir de la bouche de toute sa

GUINÉE

longueur, et on la lui traverse d'une plume de coq; si elle persiste à nier et qu'on n'ait pas de témoignages, convaincants contre elle, on ôte la plume et on lui frotte la langue d'une autre herbe qui, à l'instant et sans douleur, fait disparaître toute enflure ; la femme boit la bonne fétiche, et s'en va.

Il n'y a point de temple à Oware comme il en existe au Bénin : là les temples sont construits dans les bois. La plus grande propreté y règne à l'extérieur comme a l'intérieur. Tout autour et fort loin sont étendues des nattes sur lesquelles marchent les sacrificateurs dans leurs processions. Au moment de leurs sanglantes cérémonies, les sacrificateurs paraissent enveloppés de la tête aux pieds d'une grande robe grise d'étoffe indigène, et les pieds tout frottés de craie pour ne pas être reconnus dans leur marche. Cette espèce de robe ou de simple couverture s'élève en pain de sucre de deux ou trois pieds au-dessus de la tête. Deux ouvertures garnies de verres sont pratiquées à la hauteur des yeux. Les femmes ne pénètrent jamais dans les temples. — Chez ces peuples, aucune cérémonie ne marque l'époque de la naissance ; il n'en est pas de même du mariage. Comme nous l'avons vu ailleurs, l'époux donne aux parents une ou plusieurs pièces d'étoffe et emmène sa femme. Si elle n'a pas encore atteint l'âge de onze à douze ans, il la confie jusque-là à la surveillance des matrones.

Au Bénin, un homme prend autant de femmes qu'il en peut nourrir ; c'est le signe de sa richesse. Le séducteur reconnu d'une fille est réputé marié avec elle; si c'est la nuit qu'il l'a surprise, au point du jour on publie dans les rues le nom des époux , et ils sont mariés par cette simple formalité. Si la tille était toute jeune et non en âge d'être mariée, l'homme supporte une amende. C'est un délit grave que d'avoir commerce avec sa femme à l'époque du flux menstruel, quand elle est enceinte ou qu'elle nourrit. Dans le premier cas, elle se retire dans des cases isolées qui existent à cet effet, loin de la demeure de son mari , et n'y rentre qu'après s'être purifiée.

L'homme qui a seulement touché sa femme dans cette même circonstance est tenu aussi de se purifier pour éviter

l'amende. — Les dignitaires au Bénin reçoivent en présent des filles âgées de quatre à huit ans. Ces enfants demeurent dans des chambres particulières sous la direction de femmes âgées. Le roi envoie ses filles aux hommes grands; ceux-ci adressent les leurs aux phidors, qui font de même envers les passadors.

Aussitôt qu'elles sont en âge d'être mariées, on les pare des plus belles étoffes et on les présente à leurs maris. Ces femmes sont toutes fort coquettes; elles passent six mois à se coiffer, mais une coiffure dure trois ans : le nombre des grains de perle et de corail enfilés dans leurs cheveux est incalculable. Quand le roi de Bénin est mort on creuse dans l'une des grandes cours du palais un trou de quatre pieds carrés, profond de trente et très-évasé à sa partie inférieure. On y descend avec son corps ses premiers ministres, vivants ; puis l'ouverture est fermée par une grande trappe.

Tous les jours on demande d'en haut si le roi est mort; les malheureux répondent qu'il est bien malade, et bientôt ne répondent plus. Alors on retire leurs corps et celui du roi; on les rend à leurs parents, qui leur donnent la sépulture au fond de leurs maisons.

Le roi est inhumé dans une cour spacieuse, sous un vaste portique, aue soutiennent douze grands piliers taill les grossièrement, de manière à représenter des hommes grands, vêtus d'habits de cérémonie comme au conseil du roi. Sur l'un de ces tombeaux, Landolphe remarqua beaucoup de dents d'éléphants de sept pieds de longueur et d'une blancheur éclatante; il était surmonté d'un serpent long de trente pieds et gros de six au milieu, fabriqué de ces dents artistement emboîtées l'une dans l'autre. Sa gueule était ouverte, une lame de cuivre formait sa langue; il paraissait venir du faîte et se glisser le long de la couverture pour s'introduire dans le tombeau. On enterre les grands, au Bénin, dans celui de leurs appartements qu'ils affectionnaient le plus. Avant ne descendre le corps dans le tombeau, on le place sur une claie élevée de terre de trois pieds à peu près ; on allume par-dessous un feu modéré pour le dessécher ; puis il est porté dans une sorte d'alcôve et placé dans l'attitude d'un homme assis. On dresse au-

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