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lait. Il y eut donc nécessité pour cette caste de réserver h ses seuls adeptes l'usage ou l'exécution des procédés matériels, mais non pas la connaissance exclusive du système hiéroglyphique.
A u sein des collèges sacerdotaux , des hiérogrammates ou scribes sacrés se formaient à l’étude de cet art graphique. Car ce fut aussi un art en quelque suite, que cette pratique habituelle du dessin linéaire, cette promptitude et cette habileté si merveilleuses pour ces temps reculés, ce godt exquis, cette distribution harmonieuse des couleurs dans des représentations pour ainsi dire purement graphiques, et enfin cette hardiesse, nous (lirons même cette sorte degéniequi, alors qu’il pouvait se dégager des entraves des sujets religieux et de l'austeritédes types consacrés, prenait un certain essor ets’élevait parfois jusqu’au pittoresque et à la poésie par la naiveté, le mou veinent et le grandiose de quelques compositions.
Les scribes étaient particulièrement chargés d’appliquer leurs oeuvres aux monuments publics, ou même particuliers, et d’ajouter un sens moral et utile, une haute signification au prestige déjà si puissant que l’ensemble de constructions majestueuses exerçait nécessairement sur les imaginations. Déjà , dans le cours de ce précis , on a eu occasion de juger par quelques citations, du but et du degré d intérêt général qui se rattachaient à ces sortes de représentations multipliées sur les édifices; elles étaient une partie essentielle du système de décoration tant intérieure qu’extérieure des monuments, et surtout le complément indispensable de la pensée qui avait présidé a leur destination. C'est ainsi que les temples, les palais, les habitations particulières ou la demeure même des morts, présentaient, dans une série de tableaux sculptés et peints, accompagnés de textes, autant de pages toujours déroulées à tous les yeux, etdont l’éloquence imposante retrempait incessamment les esprits dans les inspirations religieuses ou morales, leur communiquait des enseignements que le vulgaire même im devait pas ignorer. Les préceptes de
cette sorte d'éducation publique se reproduisaient sur les parois de tous les édifices, presque sans exception. La Divinité y figurait généralement au premier rang, présentée au respect et aux hommages des populations sous les formes multipliées de ses attributs divers. La personne royale était souvent associée à ces honneurs divins, et par une flatterie habile du corps qui avait intérêt direct à rehausser une dignité émanée de son sein, ou dont il partageait la puissance, elle apparaissait dans des relations habituelles d’égalité avec la plupart des personnages mythologiques, et se trouvait ainsi honorée avec eux par les actes mêmes de piété et de vénération que la foule adressait à ces images sacrées. Cette haute suprématie était attribuée à la royauté en toute occasion; elle se manifestait aussi souvent dans la réalité des scènes purement terrestres, que par la fiction dans une sphère plus elevée, alors même qu'il s’agissait de retracer le plus fidèlement les faits positifs de l’histoire nationale et la participation du souverain aux actes religieux , civils ou militaires. Dans la représentation des grandes solennités , le roi , dominant la foule par la supériorité de sa taille poétiquement gigantesque, était constamment entoure du prestige de la magnificence et en rapport seulement avec les membres de l'ordre sacerdotal, classe d’hommes à part, qui, par leur caractère en quelque sorte divin , avaient seuls droit de former le cortège royal dans les cérémonies publiques. Il en était de même du râle que le monarque était appelé à remplir dans la plupart des actions militaires. Au milieu des scènes de carnage et du tumulte de la guerre , dans des tableaux reproduisant avec fidélité le mouvement des masses belligérantes selon les règles d’une certaine stratégie, le royal chef de l’armée était encore au premier rang , non moins remarquable entre tous les combattants par les insignes de sa haute dignité que par les attributs de la force et du courage physiques, manifestés par ses exploits contre l’armée ennemie qu’il
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mettait en désordre et dont il châtiait les chefs de sa propre main.
( i II y avait sans nul doute plus que l’enregistrement d'un fait dans ces représentations où l’art des hierogrammates avait pour but ici, de mettre en évidence le personnage important, ailleurs de rapporter toute la gloire du succès à son génie et à sa valeur personnels. Les légendes entremêlées a ces tableaux exaltaient, dans le style pompeux de l'épopee, les actes du souverain évidemment placé sons l’influence protectrice de la Divinité qui présidait et participait, pour ainsi dire, à sa généalogie comme à tous les actes de son règne; elles contenaient aussi l’énumération des trophées et des tributs, prix de la victoire; le nombre des ennemis tués dans l'action y était supputé par celui des membres qui leur avaient été retranchés; enfin, le nom des peuples vaincus s’y trouvait inscrit a coté de la figure de leurs chefs agenouillés, et dans l'attitude humiliée des suppliants, en présence du monarque vainqueur. La date du jour et de tannée où ces faits mémorables avaient eu lieu y était aussi soigneusement notée, et pour la plus grande gloire du rêne qui les avait vus s’accomplir, et afin e rendre chaque page de ces annales ainsi décrites, positivement instructive pour tous les degrés d’intelligence. En même temps que cette consécration des faits d'armes et des nobles souvenirs de la guerre entretenait l’orgueil national et le patriotisme des populations , elle avait surtout pour but de rehausser l’éclat du trône par cette prééminence accordée sur les champs de bataille comme en toute occasion, au souverain en qui se personnifiaient à la fois les idées de supériorité physique et d’ascendant moral.
D’autres sentiments moraux , non moins essentiels, étaient ainsi propagés et entretenus parmi les masses. A l’aide de ces mêmes procédés graphiques, les hiérogrammates leur inoculaient le respect de toute autorité, à quelque degré de la hiérarchie que ce fut , l’obéissance à la loi, l’amour des institutions et la foi dans les dog-
mes religieux ou psychologiques. Ce système universel de décoration s’appliquait à tous les édifices , et s’appropriait constamment à leur destination spéciale par la diversité infinie des sujets qu’il embrassait. Il se reproduisait jusque dans l’ombre mystérieuse des vastes catacombes ouvertes dans les profondeurs de la terre, qui recevaient la dépouille mortelle des rois, des prêtres, des grands personnages, ou même des simples particuliers. Sur les parois de ces hypogées funéraires se déroulaientdans un ordre consacré, l’exposé solennel de ce qu’il y avait de plus élevé dans la métaphysique , de plus mystérieux dans la philosophie du dogme, l’ensemble des doctrines religieuses et psychologiques relatives au passage des êtres du monde terrestre dans i'hémisphere inférieur, la réunion des divinités qui y présidaient, le texte des prières et de la confession des défunts , rituel funéraire qui accompagnait généralement les momies, même les plus vulgaires , la scène du jugement et de la transmigration des âmes, cause finale de leur passage sur la terre sous les formes diverses de la matière. Et quel plus grave enseignement que cette épreuve rigoureuse et universelle à laquelle nul ne pouvait échapper, pas même la royauté qui la subissait en quelque sorte doublement, en comparaissant d’abord au tribunal du peuple, puisàcelui des quarante-deux juges divins appelés à confirmer la sentence terrestre qui décernait ou refusait les honneurs de la sépulture au monarque défunt ! La répartition des peines et des récompenses, la série des épreuves que l’âme avait à subir dans son immortalité, complétaient, avec une multitude de thèmes astronomiques ou astrologiques, les décorations funéraires particulièrement attribuées aux tombeaux des rois ou des grands. Les hypogées qui étaient destinés à la sépulture a'un particulier, d'une famille, ou même d'une classe tout entière d’individus, reproduisaient, outre le rituel funéraire et les actes de piété consacrés, les scènes les plus variées, prises dans les mœurs, les habitudes, les usages
de la vie civile, l’ordre des travaux divers de l'agriculture , le tableau complet des occupations domestiques ou industrielles, des différents métiers; des exercices du corps , la gymnastique, la lutte, la chasse, la pèche; des arts, la peinture, la sculpture, la musique, la danse; enfin de tout ce qui remplit l’existence vulgaire et terrestre de l’homme. Ce même principe de décoration graphique s’étendait encore à une multitude de meubles, ustensiles, instruments, amulettes, talismans, et à toutes sortes d’autres objets consacrés à former le mobilier funéraire de chaque momie; sans parler d'une grande quantité de rituels ornés de figures peintes sur papyrus, et d’autres textes qui traitaient de sujets relatifs aux actes de la vie des défunts, et dont le souvenir se trouvait ainsi déposé auprès de leurs restes.
Telle, était l'œuvre que les hiérogrammates étaient appelés à accomplir, oeuvre importante et qui avait une portée éminemment utile, en maintenant les esprits dans une disposition religieuse et morale. La science sociale s’v résumait tout entière, et, par leur ministère efficace, le code, à la fois religieux et civil de la nation , recevait de l’ensemble de ces représentations la publicité la plus éclatante.
Dans l’ordre des idées psychologiques, la vie terrestre, présentée comme une période de transition et d’épreuves, après laquelle l’âme dégagée de la matière subissait la destinée méritée par les •actes qui avaient rempli cette période, exerçait une influence directe sur la moralité des populations. Les honneurs rendus aux défunts étaient une consécration perpétuelle du culte des ancêtres et des liens de famille. Sous un autre point de vue, les préceptes inculqués par la tradition et profondément enracinés, rattachaient au devoir et aux professions utiles et ne contribuaient pas peu à entretenir les dernières classes dans des habitudes d’ordre et de travail; c’est ainsi que, par la satisfaction des intérêts privés et par l’exaltation des sentiments moraux, chacun, retenu et satisfait dans sa con-
dition individuelle, apportait sa part de labeurs à l’œuvre commune, et concourait à assurer la puissance et la stabilité sociales.
Les monuments du système graphique multipliés à profusion et pour ainsi dire en toute circonstance, renfermaient donc des enseignements de tous les jours et de tous les instants, mis à la portée du vulgaire le plus ignorant comme le plus éclairé. Il est évident que la nature mixte de ce svstème dans lequel la représentation matérielle du sujet, l’image même de l’idée principale, était combinée avec des textes explicatifs, se prêtait merveilleusement à une interprétation facile pour tous les degrés d'intelligence. Quant aux hommes d’une certaine classe de la population, doués de quelque degré d instruction, qu’une étude particulière avait familiarisés avec la lecture des textes mêmes , ceuxlà avaient l’avantage de pénétrer le sens le plus intimede la pensee peinte et de la parole écrite, ainsi réciproquement expliquées l’une par l’autre. Nous n’avons pas besoin de dépasser le cercle qui nous est tracé, et d’entrer dans Fana lyse de la constitution du système hiéroglyphique (*), pour démontrer que des procédés graphiques dont l’emploi fut prodigué a ce point sur les monuments publics et particuliers, ne purent être une écriture secrète, adaptée à l’usage d’une langue mystérieuse et de théories occultes dont la connaissance fût exclusivement réservée à un certain nombre d’adeptes. La raison se refuse à admettre que chez un peuple dont les ouvrages et les institutions attestent la profonde sagesse, l'invention la plus précieuse du génie humain n’ait eu d’autre but que de servir de vaine décoration, sans profit
(*) Pour »e former line idée précise de la conslitution du système hiéroglyphique, de ses applications à la langue antique de l'Égypte , et de la nature même des éléments de cette langue, nos lecteurs pourront recourir aux aperçus généraux donnés à cet égard par M. Lhanipolliun-Figeac, page ai i et suiv. de l’Histoire de l’Égypte, qui for m u une juirtie de cette publication.
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pour le progrès et les lumières de la nation. Et ne répugne-t-il pas au !>on sens le plus ordinaire de supposer qu’une caste dont les vues positives et utiles se manifestaient en toutes choses , eût négligé un moyen d'action aussi puissant, pour se complaire a étaler a tous les yeux des énigmes indéchiffrables, et à porter même, il faut le dire, une sorte de déli perpétuel à l’intelligence des masses ?
Ainsi que nous l’avons suffisamment démontre, il importe à la vérité des faits, et surtout a la dignité d’une caste qui avait si bien compris les intérêts sociaux , de revendiquer pour son génie l'honneur d'une invention qui facilitait ses rapports avec les hommes qu’elle prétendait gouverner, non moins par la conviction, que par son ascendant moral et la supériorité de ses lumières. A l’aide de cet instrument, intermédiaire précieux, les doctes collèges, comme nous l’avons exposé, faisaient germer jusque dans les dernières classes de la imputation une foule de notions élémentaires, de principes utiles; ils dispensaient par là les bienfaits d'une certaine instruction et d’une sorte d'éducation commune. Mais en même temps, pour ne pas détruire l’équilibre d’une société aussi régulièrement Constituée, ces enseignements, tout en relevant la dignité de l’homme à scs propres yeux , devaient se répartir a des degrés divers parmi les différentes classes de la population , vouées chacune invariablement à une part de l’œuvre toute hiérarchique tracée, à cette société. La diffusion des lumières se renfermait donc nécessairement, à l'égard du plus grand nombre, dans un cercle d’idees assez restreint, dans un ordre de matières strictement convenu, d’après des règles que l’esprit traditionnel et la discipline des castes peuvent seuls maintenir et faire observer rigoureusement.
Dans cet ordre de choses immobile résida la véritable cause de l’état stationnaire et pour ainsi dire immuable, où l’art nous apparaît dans la région du Nil, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l’époque de sa
décadence, alors que l'influence étrangère en altéra le type primitif et original, en même temps que les principes fondamentaux. On doit attribuer à cette immobilité qui prenait sa source dans la nature même des institutions, le caractère constant d’unité que respirent à un si haut degré les œuvres de la science et des arts de cette civilisation. L’art n’eut pas pour but, comme plus tard chez les Grecs, la recherche du beau , l’idéal de la perfection et l’essor poétique dans scs conceptions. Austere dans son principe, grave dans sa forme, il ne lut qu’un reflet de l’organisation sociale, assise elle-même sur les bases les plus inflexibles. On conçoit dans quelles limites étroites il fut renfermé , alors surtout qu'il s'agissait de revêtir le dogme ou le mythe d’une forme sensible, et d’en éclaircir le sens mystique à l’aide d'une formule invariable et nécessairement sacramentelle. Les hiérogrammates se renfermaient, à quelques exceptions près, dans l’étude de types religieusement consacrés, positivement graphiques avant tout, et d'une interprétation facile, même pour le vulgaire qui devait se familiariser de lionne heure avec les idées dont ces types étaient l'expression. Ils avaient en même temps pour but d'ajouter à la pompe des édilices une décoration éloquente et significative , dont la nature était toutefois déterminée par la destination de ces cdiliees, et subordonnée aux règles d’une certaine ordonnance.
Obéissant à cetfe loi immuable, les architectes formes à la même école, coordonnaient le plan général et les détails des monuments en un tout harmonieux , et en donnant surtout à leurs ouvrages un caractère grandiose et imposant, ils se renfermaient rigoureusement dans les données sévères conçues sous cette inspiration éternellement grave et religieuse, émanée de la pensée primordiale et de toutes parts dominante, le symbolisme.
De l’ensemble de ces faits, il parait ressortir avec évidence que, sur l'ordre sacerdotal pesait, avec la responsabilité la plus imposante, tous les poids
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des travaux de l’intelligence : l'étude et la pratique constantes des branches diverses de la science, des arts et de l’industrie, et enfin des procédés multipliés de l’agriculture; ce qui ne formait pas la part la moins importante des charges publiques. Aucun effort, aucun labeur n’avait coûté à son génie et à sa sollicitude, pour arriver à constituer la puissance sociale sur des bases durables. Par là, il avait conquis des titres éclatants aux respects et à la reconnaissance éternels des populations.