‹ Sénégambie et Guinée par m. Amédée TardieuChapitre 3 sur 18 · IIS · texte numérisé non relu

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on voit, presque au milieu de la rivière, surun Ilot portant le même nom, les ruineg. du fort Saint- James, qui fut longtemps le centre des établissements anglais en Gambie. Aujourd'hui le siège du gouvernement de la Gambie esta Bathurst même ; ce gouvernement, qui comprend, outre le lleuve, le .comptoir de Porteudick , est confie à un lieutenant gouverneur qui peut ne pas appartenir à l’armée, mais qui, dans ce cas, porte les épaulettes de colonel. Les forces qu'il commande sont détachées du bataillon colonial de Sierra-Leone, et forment une compagnie sous les ordres d’un capitaine, de deux officiers et d’un volontaire, grade qui correspond à celui de cadet dans l’armée prussienne. Les soldats et les sous-officiers sont tous des noirs engagés pour dix ans; soixante restent a Bathurst, et les autres sont repartis dans les postes du haut du lleuve.

Le personnel du gouvernement à Bathurst, au-dessous du lieutenant gouverneur, se compose d’un secrétaire colonial, d'un collecteur ou commissaire, d'un médecin colonial, d'un aumônier, d’un maître d'école, de trois commis, d’un geôlier, d'un maître de quai et de douane, d’un interprète et d’un pilote. M. Vcne évalue les dépenses de ce personnel, y compris la solde et l'entretien des troupes, à une somme totale de 13,000 livres st. réduite à 10,000 (200,000 francs ), si l'or, en déduit une somme de 3,000 livres st. perçue sur les droits d’entrée et de sortie."— Le juge qui réside à Sierra- I.eone étend aussi sa juridiction sur le gouvernement de Bathurst; il ne se transporte jamais à Bathurst que pour présider les assises. Les affaires civiles et commerciales sont jugées par un tribunal composé de négociants. Pour les affaires d'une certaine importance, il peut y avoir appel, et alors cet appel est porté devant le conseil de Sierra- Leone. Le gouverneur préside le conseil d'appel , et Ip juge y expose et développe les moyens de défense produits par ies deux parties. Les affaires criminelles sont jugées par le jury , mais là il y a deux espèces de jury : celui de première classe est forme de douze négociants européens; l’autre comprend,

ne

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avec les hommes île couleur libres, propriétaires ou industriels , les Européens moins influents. Ce jury de deuxième classe décide s’il v a lieu ou non à poursuivre l’inculpe. Dans le cas d’affirmative, celui-ci est traduit devant les assises, où le premier jury décide s’il est coupable ou non du crime ou délit dont il est accusé. S'il y a culpabilité, c’est le juge et non le gouverneur qui applique la peine que la loi prononce.

En 1843 le comité de la chambre des communes, chargé de faire une enquête sur la situation des possessions britanniques de la côte occidentale d'Afrique, proposa l’entière séparation du gouvernement de Bathurst de celui de Sierra- Leone. Les membres de ce comité avaient reconnudegraves inconvénients dans cette dépendance : la législation de l’établissement se trouvait confiée à des fonctionnaires n’ayant aucune connaissance des localités .'Les prisons attendaient pour se vider l’arrivée incertaine d'un magistrat résidant à 500 milles de là, c’est-à-dire à une distance de vingt jours au moins. En cas de décès du magistrat, deux années se passaient avant que les prévenus pussent être juges; et quand au bout de ce longdelai ils étaient traduits devant les juges, les témoins étaient retournés en Europe , et on ne pouvait plus poursuivre l’aflaire. Le comité proposait donc de placer dans chaque etablissement un magistrat spécial qui fût apte, en cas de besoin, à exercer ses fonctions dans l’établissement voisin (1).

La société épiscopalede Londres et la société méthodiste wesleyenne ont, dès 1821, établi chacune une mission à Sainte-Marie Bathurst. La mission wesleyenne y est très-prospère, eu égard à son personnel restreint. Sa chapelle est fréquentée par un auditoire nombreux : on y dit les jours de la semaine un service en langue jalofe; et, depuis 1844 , tous les dimanches après midi on enseigne la Bible aux adultes. Les indigènes profitent, en outre, de trois offices lus pendant !a semaine a la chapelle de Soldier-Town et dans une maison en ville. Les missionnaires étendent aussi

(x) Voy, les Annales maritimes , 184», septembre, purin* non oJficidU, n° 5y.

leurs soins aux habitants de Jollard- Town et de Benvick. Quant à l'école, dans le courant de l’année 1844 elle s'était accrue de cinquante-sept élèves ; les enfants, autrefois sales et presque nus, avaientalors une tenue convenable; l'ordreetl’instructions’étaientégalcmeiit améliorés : on comptait trente-cinq enfants dans la classe de la Bible et cinquante-neuf dans la classe de l’Évangile. Quoique plusieurs écoliers eussent été récemment placés dans les comptoirs ou magasins , l’école en comptait encore cinquante-neuf ayant une écriture correcte. Mais le peu de temps que le climat leur permet de passer à l’école (quatre heures par

iour) et l’absence de livres retardaient eurs progrès dans la connaissance de la grammaire et de la géographie (1).

Les peaux et la cire furent toujours les objets principaux du commerce de la Gambie. Le mil aussi, qui v est toujours à meilleur marché qu'à Gorée, est expédié, de même que le riz, en assez grande quantité, de Bathurst pour Gorée, d’où on l’envoie à Saint-Louis.

Pendantun temps, de nombreuses piècesde cail-cédra s'exportaient chaque année ; mais depuis une quinzaine d'années à peu près, le cail-cédra est rebuté de tous les marchés d’Europe ; en place 011 exporta, en petite quantité il est vrai , une espèce de bois de rose, servant à faire de petits meubles, et employé par les indigènes pour les courbes de leurs embarcations. Lecommercede la Gambie, comme celui du Sénégal, est un commerce d’échange. L'eau de vie et le tabac servent priucipalemenla l’échangé du mil et du riz-, le-, pièces de giiince, les fusils, la poudre, le corail, l'ambre, les verroteries, sont les autres objets d’échange qu’on porte aux diverses factoreries échelonnées sur les deux rives du fieuve. M. Vène signale, comme un fait remarquable, que les postes anglais de l’intérieur de la Gambie, au contraire de ceux du Sénégal, sont plus sains dans le haut que dans le bas du fleuve, et que les troupes anglaises reviennent de la Haute-Gambie sans pertes et pleines de sauté , au moins dans

(1) Annales maril., 1846, /terne coloniale, p. a 35.

un tout autre état que nos soldats au retour de Bakel.

A 180 milles anglais de Bathurst, la Gambie forme une Ile longue de sept milles et large d’un quart de mille, que les indigènes nomment Yanuambouré , et les Anglais Mac- Car! h y' s - t stand. Dans la partie haute les bords de cette Ile De sont garnis que de plantes aquatiques et ne quelques palmiers; mais dans la partie basse la végétation est plus belle. A peu près vers le milieu s'élève George- Town , chef-lieu de l’île et résidence du commandant militaire et des négociants anglais qui ont des comptoirs sur le fleuve : cette ville, en 1844, n’etait encore que commencée, et ne comptait que quinze maisons en pierre tout au plus, mais construites avec toute l'élegance anglaise. Mac- Carthy est le seul établissement militaire qui existe dans l'intérieur de la Gambie ; c’est aussi , suivant l'expression de M. Raffenel, une espèce de centre civilisateur et commercial. Il y a des missionnairesf 1 ), des libérés auxquels le gouvernement a fait des concessions de terres. Une quinzaine de pièces de canon sur affûts mobiles , disposées dans diverses parties de l'ile, mais simplement en batteriede campagne, et quatrevingts hommes degarnison, commandés par deux officiers, composent toute la défense de Mac-Carlhy. Ces soldats, tous noirs, appartiennent aux régiments de West-Indies, qui forment les garnisons

(i) A la fin de 1844 plusieurs membres de la congrégation avaient quitte ta station de l’ile Mac-Cai ihy pour se porter ailleurs, mais ils avaient été bientôt remplacés par do nouveaux eomertis. Les écoles de la semaine et du dimanche produisaient de bons résultats. L’école el l'associaiion religieuse de Foliota exerçaient une heureuse influence sur les Mandingues voisins. Les deux fils du roi de Cartabar ( Raut-Nyani ) venaient de quitter l'institut de celte station, après y avoir fait toute leur éducation, et la mission espérait beaucoupdc celle éducation dans le cas où l'un d'eux vivrait assez pour succéder à leur père. L'institut comptait encore parmi ses élevés le Gis du rot du Agnboutang ( Haut-Nyani) ; à celle époque il lisait et écrivait bien, et possédait les premiers éléments de l'arithmétique. ( Annales marit., 1846, Revue coton., p. aÎ7.)

des possessions britanniques de la côte occident.de d’Afrique, et envoient divers détachements sur quelques points de la côteorientaled’Atnérique au sud des Antilles. « Nous avons vu, dit M. Raffenel,

• ces soldats manœuvrer, nous avons vi- « sité leur caserne, et nous n’avons pu « éviter la comparaison entre eux et nos « soldats noirs. C’est vraiment à n’y pas « croire. Quand on a vu les affreux « guerriers qui montent la garde à nos « postes du fleuve, 11e portant de l’uni- « forme que le shako, manœuvrant in- « comparablement plus mal que la garde « nationale rurale la moins exercée, on

• se demande comment les Anglais ont

• pu tirer un parti si dilferent des « mêmes hommes. J'ai vu les soldats de « Mac-Cartliy (aire, entre autres exer- « cices miliLÎires, des manœuvres très-

• compliquées de tirailleurs, et j'ai été « étonné de l'exactitude et de l'intelli- « gence que ces hommes apportaient « dans l’exécution du commandement.

« Leur tenue est excellente; ils portent « même l’uniforme avec une certaine « coquetteries unesorted\>rgueil(n. »

La végétation des rives de la Gambie est beaucoup moins épaisse au-dessous qu’au-dessus de l'ile de Mac-Cartliy, et ne se compose guère que de palmiers et de mangliers ; plus haut, desarbres touffus, d’épais buissons, garnissent les rives. On passe eu remontant le fleuve devant ce creek de IValyha par lequel s’effectue dans la saison des hautes eaux une communication de la Gambie au Sénégal, ainsi que je l'ai expose ailleurs d’après M. Raffenel ; on dépassé ensuite le village de Foula h-Trnda , le comptoir anglais de Kaniéby , et à cette hauteur on aperçoit à peine sur les rives quelques sentiers escarpés par où l'on pourrait*- percer cette bordure qui s’épaissit de plus en plus. Les villages en Gambie sont en général assez éloignés du fleuve. Fattatenda, autre comptoir anglais, succède à Kanieby : les Saracolets le nomment Fattatéguinda.

Ce comptoir se compose de six cases en

Ïiaille ou les marchands saracolets, fouahs et mandingues viennent échanger leurs produits ; il va sur l'autre rive un caravansérail de même genre pour les

(1) Voyage dam rAfrii/ue occid-, p. 49;.

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marchands du Kantora et des pays du sud. Le comptoir proprement dit, dirigé par un traitant noir, est un vieux bâtiment mouillé au milieu du lleuve, à bord duquel sont déposés les objets d’échange, mis ainsi à I abri du pillage; car il n'y a pas dans le fleuve d’embarcations assez grandes pour aborder un brick à peu près iége. La Gambie est plus large a Fattatenda que le Séuégal ne l’est à Bakcl ; et M. Raffenel ne doute pas qu’il n’en soit ainsi dans toute l’étendue comparée des deux fleuves, l'influence de la marée se faisant sentir dans la Gambie à plus de 1 10 lieues de son embouchure, et dans le Sénégal à 60 lieues à peine. — Au-dessus de Fattatenda, les rives de la Gambie continuent à être charmantes.

M. Raffenel, qui l'a remontre au mois de février 1844, nous en decritleseaux calmes et transparentes, où ne se montre pas une roche, pas un bancdesable. La rive droite est formée par une coupée verticale très-élevée nui laisse à découvert une masse nue de terre rougeâtre : la rive gauche est agréablement bordée d’arbres verts. Les bords de la Gambie, dit-il, sont bien certainement audessus de toute comparaison avec ceux que nous awous trouvés les plus beaux au Sénégal. En Gambie il y a quelque chose de plus grandiose et ue plus imposant. Le fleuve est plus large, les terres plus hautes, et la végétation beaucoup plus vigoureuse. Ün arrive bientôt au comptoir de Kantalicounda disposé exactement de la même manière que celui de Fattatenda : on y traite

Ï dus de marchandées qu'à Fattatenda; e sel est l'objet d'échange le plus recherché par les indigènes, qui livrent en retour des peaux, de l’ivoire et de la cire (1). Le dernier des comptoirs anglais en Gambie, Yaboutenda, est placé a quelques milles plus haut. Dans la saison des pluies on peut remonter audessus de Uaracoun/la , à 20 milles environ de Kantalicounda ; mais dans la saison des basses eaux , toute navigation est arrêtée à quelque distance par le

" (i) n Ksntnlicounda est établi sur la rive « gauche du fleuve, occupée dans cette par- « lie par des ManJingurs républicains or- « garnies à |>cii près comme ceux du tîam- « bouh : ou uomme ce pays le Kantora. »

barrage de Konkonko. — Tous les comptoirs anglais sont ainsi abandonnés à eux -mêmes, sans aucun secours ni en hommes ni en cauons ; mais avec cette heureuse disposition de comptoirs mouillant au large et de quelques cases à terre servant de caravansérail , avec l'extrême facilité des communications sur un fleuve navigable en toute saison jusqu’au comptoir le plus élevé , on conçoit que le commerce anglais puisse se faire d’une manière si simple et si pacifique. Ou conçoit encore que les échanges en Gambie se fassent a très-peu de frais — Le commerce y est libre, et est entre les mains de maisons anglaises que représentent, aux comptoirs, des traitants noirs; mais il n’y a pas chez eux, comme parmi les traitants du Sénégal , cette affreuse plaie de concurrence individuelle qui les ruinerait tous. Chaque traitant choisit une place qui dès lors ne lui est jamais disputée , ce qui est au contraire si fréquent au Sénégal. Dans les villages de l’iutérieur les plus rapprochés du fleuve , les Anglais ont établi des entrepôts de marchandises , sous la direction des chefs de villages ou de quelque habitant de conliance; ils emploient, en outre, des courtiers indigènes qu'ils expédient au loin, quelquefois avec des objets d’échange. « Ce sont là, « dit M. Raffenel, deux excellents « moyens d’augmenter leur commerce ; « car en exposant aux regards des ha- « bitantsde l’Afrique des marchandises « qui les tentent , ils leur créent de nou- « veaux besoins, et développent en eux « le goût du travail si rare chez les Man- « dingues surtout. Ceci n’est point seule- « ment line conséquence conjecturale , « c’est une observation que j’ai été. a • même de faire dans plusieurs villages « à entrepôt. Les cultures étaient tros- « soignées , et l’intérieur des cases, la « tenue des habitants , tout respirait « un air d’aisance et de civilisation nui « ne se remarque pas toujours dans les « États mandingues (1). » Une autre cause encore de la simplicité et de la facilité du commerce dans la Gambie , et spécialement dans la Haute- Gambie, est la sécurité du pays, dont

(i) Annalti mari/., Revue colon., p, 535.

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l’état intérieur est moins précaire qu’au Sénégal (I). Les Mandingues du Wotilli (3) ne sont pas aussi remuants , aussi

(i) Cependant les établissements anglais de la Basse-Gambie ont été quelquefois trèsscrieusement inquiétés par les Mandingues. Ainsi en i83r, pendant une maladie du gouverneur de Sainte-Marie, sir G. Rendall , ils vinrent attaquer le r5 sept, le fort de Barre. Une canonnade très-vive de cinq heures et demie d’un bâtiment français la Bordelaise, qui se trouvait alors en Gambie, ne suflit pas pour dégager les établissements anglais. Kt pendant que M. Renault do Saint-Germain, gouverneur de Saint-Louis du Sénégal, averti à la hâte, se préparait à amener luiméme des renforts, Balhurst courut de grands dangers : les Mandingues de Barra, après avoir enlevé le for? aux Anglais et y avoir ■uis plus de 1,800 hommes armés de fusils, se disposaient à aller joindre sur leurs pirogues ceux du Konbo.il y avait eu, le i5 septembre, un second engagement dans lequel les Mandingues avaient essuyé des pertes énormes, sans cependant quitter la place. Mais l'entrée de la flottille française dans la Gambie, le 10 octobre, et bientôt l’arrivée des forces demandées à Sierra-Leone permirent au lieutenant gouverneur de les réduire. ( Bulletin de la Soc. de Géogr.} t. XVI, p. a8i , et t. XVII, p. S5. )

(a) Voulant donner une idée exacte de l’état physique et politique du pays de Wotilli , j’emprunterai encore à M. Raffenel une partie de son intéressant itinéraire. M. Raffenel et ses compagnons sortirent du Bondou par les trois villages de IVaudé, qu’occupent des Saracolets , des émigrés du Djallon et des Foulahs du Bondou. En quittant Naudé, ils se dirigèrent à l’ouest et bientôt à l’ouest-sud-ouest, par un trèsmauvais chemin pratiqué dans un terrain fcrrnginenx où abondent les scories de fer oxydé. Aprèa trois quarts d’heure de marche , la route redevient ouest, et conserve cette direction jusqu’en vue de Kokiara , premier village du Woulli : les habitants :e retirèrent à leur approche et fermèrent la porte de leur tata. — Au delà de Kokiara la route est ouest-sud-ouest ; au bout d’une heure et demie, elle passe au sud-ouest, le chemin devient de plus en plus mauvais : toujours des bois et des terrains ferrugineux ; sur la lisière, des bois croissent beaucoup de bambous. Pour arriver au village de Tambacounda , ils descendirent par un versant très-abrupte dans un large ravin Creusé par les eaux pluviales, au delà du-

indépendant* que les habitants du Foula, par exemple, ni aussi belliqueux que les

quel le sol se relève d'une manière à peine sensible; nuis ils traversèrent un bois de palmiers ; ta route, dans ce trajet, avait varié de l’ouest-quart-sud-oueit au sud-ouest-quart-sud.' Les habitants do Tambacounda ne se montrèrent pas plus hospitaliers que ceux de Kokiara; ils consentirent à peine à vendre de l’eau aux voyageurs, et se refusèrent absolument à les laisser entrer dans leur village : Tambacounda est entouré complètement d’un immense tataquadrangulaire ayant à chacun de ses angles une tour cylindrique recouverte d’une toiture de paille et garnie de meurtrières et d’embrasures; il existe aussi entre les quatre principales tours de petites tourelles carrées ayant une toiture de paille. — Après Tambacounda , ils traversèrent longtemps des bois rarement épais mais peuplés de très-grands arbres; la route, qui varie de l'ouest au sud, est trés-accidentcc. Divers signes les avertissaient des approches de la Gambie ; la végétation reprenait quelque fraîcheur, les arbres n’étaient plus dépouillés, comme dans ces déserts qui précédent, et la plaine par laquelle ils arrivèrent à Faudècoumta offrait même l'aspect le plu* agréable. Ce village est habité par des Saracolets que le commerce a enrichis ; il possède trois tatas et un très-grand nombre de cases disposées avec recherche et propreté.

Lin habitant dn village a la surveillance et la direction d'un entrepôt important du marchandises anglaises. De l-’andécounda, où ils reçurent b réception b plus amicale, les voyageurs Grentroute au travers d’une plaine vaste et boisée : presque à l’entrée de celte plaine ils trouvèrent une marc d’eau croupissante formée par le débordement d’un marigot actuellement desséché ( février ). Cette mare nasse, dans le pays, pour nourrir des crapauds microscopiques qui grossissent dans les intestins des animaux et causent leur mort. Cette fable, qui jouit d'un grand crédit, n’est pas exclusivement réservée aux eaux de cette marc; elle s’applique à toutes les eaux stagnantes du Woulli; aucun des voyageur» africains n'y laisserait boire ses bestiaux. Cependant b route avait varié du sud-ouest à l'ouest-sud-ouest; ils atteignirent une ligne de collines dont la direction est nord-nord-est et sud-sud-est, ■et après les avoir longées, parmi de grandes difficultés démarché, ils commencèrent à les gravir par une pente assex douce d’abord, mais bientôt plus pénible. L'aspect de ce» montagnes, plus hautes que celles du Eerlou.

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Bamharas du Haut-Sénégal. Le chef du Woulli, qui exerce sur son peuple une

(Bondou méridional), a quelque chose d’abrupt et d'imposant : leurs flancs sont couverts d’énoriues blocs de fer oxydé superposés d’une manière symétrique; le sol est pierreux et fortement coloré en rouge. Au terme de cette ascension ils se trouvèrent sur un terrain plat et nivelé qui se prolonge a perte de vue, disposition tout à fait analogue à celle du plaieau de Ferlou. — La route varie alors jiwpi'à l’ouest-nord-ouest. Ils traversèrent, pendant un certain temps, un bois lre*-épais, en apercevant de distance en distance et bien alignés des tas de bois coupés. Au delà le sol s’incline légèrement, présentant encore de ces énormes masses de fer oxydé en scories, mais en bien plu» grande quantité que les collines du Bondou, ou cependant elles sout répandues avec profusion. La route se fixu alors à l’ouesl-Mid-ouest; elle s’accidentait capricieusement, mais ces fréquentes ondulations la rendaient extrêmement difficile. Inlin, ils entrèrent dans un terrain plus régulier, et se trouvèrent au milieu de belles cultures de cotonniers et d'indigo, de beaucoup supérieures à celles du Bondou, des bords du Sénégal et de la Falcmé. Le village de Soutouko est habité par des marabouts mandingues autrement hospitaliers que les farouches habitants des villages de l'intérieur. Soutouko , situé dans une plaine charmante, aux bords d’un bois verdoyant, présente une apparence de civilisation : ses cases sont mieux construites , les toits eu sont plus élevés; on y trouve en outre un tata fort élégant et de véritables jardins avec des délurés de bambous, dans lesquels sc développent de riches cultures. C’est aussi un entrepôt de marchandises anglaises. Il n'est distant de la Gambie que d’une demi-journée de marche. Les voyageurs se dirigèrent de là au sud-ouest, traversèrent encore des bois verts et touffus, passèrent tout auprès du petit village de Sareboye , occupé par des Foulahs du Djallon qui élèvent des troupeaux dans les plaines des bords de la Gambie ; puis la route vint à l’ouesl-sud-ouest: ce village une fois doublé, ils passèrent, à 2 kil. environ , au sud-est, par le travers du village de Boiacounda , plus grand que lo précèdent et habité par des Mandingues. La route devint sud-sud-ouest aptes Boiacounda, et ils entrèrent dans une vaste plaine couverte de plantations de mils et de cotonniers ; le chemin s’élevait alors, et bientôt après se présentèrent à gravir de nouvelles collines presque a"i«i hautes que celles qui précc-

autorité réelle, protège efficacement les établissements anglais, et les fortes coutumes qu’on lui paye ne sont pas, comme cela arrive si souvent au Sénégal, des dons gratuits faits en pure perte. La seule chose qu'on ait a craindre en Gambie est l'invasion réglée et comme périodique des Foulahs au Fouta-Djalion , invasion bien moins redoutable encore que celles des Maures de la rive droite du Sénégal, car les chefs de ces Foulahs respectent toujours les établissements anglais (1).

dent, et constituées également par des terrains rougeâtres et des masses de fer oxydé en scories. Du sommet de ces collines, qui ne furtne pas un plateau étendu mais une espèce de crête ou d’aréte, ils aperçurent la Gambie, et ne tardèrent pas à atteindre scs rives en descendant une pente trés-roide qui les conduisit à Faltatenda.

Les Mandingues du Woulli, que les Sa* racolelset les Foulahs nonuneut Saussayes, se divisent, comme les autres peuples , en deux classes principales, les guerriers et les marabouts. Le» premiers, appelés Sonia kest sont beaucoup plus nombreux que les seconds, qu’ils méprisent et maltraitent sans aucun ménagement. Ils mettent une espèce d’orgueil et de forfanterie à repousser les croyances mahométanes et à se moquer des pratiques de ce culte. « Ils gouvernent et commandent , no travaillent point, et vivent aux dépens des marabouts, dont ils exploitent avec brutalité les goûts paisibles et les tendances laborieuses; ils exploitent aussi, mais avec plus de brutalité encore, les Foulahs pasteurs et cultivateurs qui viennent s’établir sur les bords de la Gambie. Les Soniultés sont adonnés d’une manière désordonnée à l'usage des liqueurs fortes ; une bouteille de brandy les attache à la cause de celui qui la leur donne. Néanmoins ce peuple est soumis à l’autorité du chef du pays : le gouvernement est une monarchie héréditaire, semblable à toutes celles dont nous avons eu occasion de parler. » (Voyage dans t Afrique occident. , p. 47a , jusqu’à la fin.)

(1) Le a3 avril 1841 un traité fut conclu entre le gouverneur des établissements anglais sur la Gambie et Naaina Cornu ba, roi du pays de Cartabar ( Nvani , à l'ouest du Woulli, sur la rive droite du fleuve ). Ce traité est Tune des premières conventions que le gouvernement anglaisait passées avec les chefs africains pour obtenir leur concours dans l'abolition de la traite des noirs. L'article a de ce traité porte qu'aucun if ?-

SENÉGAMBIF..

« Quoi qu’il en soit, ajoute M. Raffe- « nel. et malgré les soins dont il est l’ob- « jet,lecommerceanglaisétant restreint « à ces faibles ressources et aux produits « apportés par les caravanes, manque de » vitalité et d’avenir. Les négociants de « la Gambie ne peuvent songer àaueune «grande exploitation; et si leur beau « fleuve se remonte en tout tem ps j usqu'à « 60 myriamètres de son embouchure,

« il ne roule pas, comme les affluents du « Sénégal , des sables d'or enlevés aux « contrées voisines, à des contrées que « nous pouvons aisément parcourir et

dividu, quels que soient sa couleur et le lieu de sa naissance, ne pourra être conduit hors du pays de L'artabar à titre d'esclave; que personne dans ce pas s ne pourra prendre part à la saisie , à la garde , au transport ou à renvoi d’individus destinés à être conduits hors du pays de Cartabar à titre d esclaves; le roi de Cartabar punira sévèrement ceux qui violeront cette clattse. D’autre part, l’article 10 stipule que la reine d Angleterre nommera un agent pour visiter le pays de Cartabar ou pour y résider ; que cet agent sera chargé de veiller à l’exécution de ce traité; qu’il sera toujours protégé et reçu avec honneur dans le pays de Cartabar ; que le roi prêtera la plus grande attention à ses paroles ; que sa personne et ses biens seront sacres.

Enfin les articles additionnels disent : Arti- : idérant qu’il ■même les inlesquels ne se avagenl chaque année le pays, emmenant les habitants en esclavage , enlevant les troupeaux et Us produits de la terre , place, à partir de ee moment et pour toujours, U pays de Cartabar sous la seule protection de la reine d'An gle terre. Il supplie S. M. Victoria , reine d’Angleterre, de devenir, ainsi que ses héritiers et successeurs, les protecteurs du pays de Cartabar, et il cède librement à ta reine d’Angleterre , à ses héritiers et successeurs, un mille carré de terrain dans telle partie du pays qui sera choisie par le lieutenant gouverneur des établissements anglais de la Gambie, ou par tout autre officier autorisé à cet effet. Voy. dans les Annales marit. de iS+i , Revue coloniale, p. 583, le texte entier de ce traité tiré du recueil des instructions transmises par le gouvernement anglais aux officiers de la marine britannique employés à la répression de la traite des noirs.,

cle i ,r. Le roi de Cartabar, cons est incapable de réprimer par lui cursions des chefs du voisinage, plaisent que dans la guerre et r

« dans lesquelles nous pouvons facile- « ment aus-i fonder des établissements « importants. Ce sont là de bien grands « avantages, et soyons sûrs qu’ils nous « sontenviés; soyons sûrs qu’ils nousse- « ront même bientôt enlevés, si nous ne

• nous hôtonsd’en profiter. Il ne faut pas « s’y méprendre: les tentatives des com- « merçants anglais auprès de l’almamy « du Bondou cachent des projets plus « profonds que la sournoise intention

• de détourner les caravanes de nos «comptoirs; c'est dans les mines du « Bamlioult qu’ils veulent pénétrer; et,

« s’ils v parviennent, cequi arrivera sans « doute si nous ne les prévenons, nous «nous repentirons, mais trop tard,

« d’avoir traité avec indifférence les seu- « les chances d’avenir qui s’olfraient « pour le commerce sénégalais. »

Après avoir décrit, d’après les relations les plus récentes, le cours de la Gambie jusqu'au terme delà navigation, et exposé l'état présent des établissements européens et du commerce de celte partie de l’Afrique, je crois utile de remonter aux temps passés et de montrer, pour le pays qu’on appelle la Gambie, dans quel ordre les notionsgéographiques ont été acquises, quels sont les noms qui sont restés attachés à ces découvertes, et en même temps, quelle est l’histoire de ces établissements, quelle est la suite des événements qui ont préparé l'état de choses actuel, en y rattachant autant que possible l’histoire des États indigènes.

C'est encore dans les navigations de messer Atouys de Cademosle qu’on trouve les premiers renseignements sur le fleuve de la Gambie et les pays environnants. Il s'y engagea une première fois en l’année 1455. mais sans grand profit, comme il nous le dit lui-même.

« Selon ce que j’ai pu voir, ajoute-t-il, de ce pays de Gambie, en ce mien premier voyage, on ne saurait dire que bien peu ou rien de la qualité d’icelui; car les habitants de la marine sont rudes et de sauvage nature : au moyen de quoi ils ne nous voulurent jamais donner loisir de prendre terre pour parlementer avec eux seulement , ni traiter d’aucune chose.

Joint aussi que nous ne pûmes passer plus outre, à cause que nos mariniers ne s’y voulurent accorder; tellement

L'UNIVERS

que nous fûmes contraints de faire retour en Espagne. Mais l'année d’après, Antoniottiri Usedemer, gentilhomme génois, et moi fîmes armer deux caravelles, et mettre en équipage, pour naviguer et discourir ce grand fleuve, duquel nous avons ci-dessus fait mention... Nous parvînmes une autre fois au fleuve de Cambra , dans lequel nous engolfàines incontinent sans aucun contredit des Noirs ni de leurs almadies (qui à notre mode s’appelleraient chu - /ans), naviguant toujours en sondant celui fleuve sur lequel aucunes almadies de ces Noirs rasaient les rivages, sans oser venir aux approches. Or, en ces entrefaites , vînmes a découvrir une île dans ledit fleuve, par l’espace de deux milles près de laquelle étant demeurés à l’ancre par un dimanche, 1 un de nos mariniers trépassa, qui avait j i par longtemps été vexé par un grand accès de fièvre. Et combien que sa mort nous apportât une marrisson extrême , néanmoins, considérant le vouloir de Dieu être tel, supportâmes l’inconvénient patiemment , lui donnant sépulture en cette Ile , laquelle (pour autant que son nom était André) nous nommâmes \'\\e Saint- André, ainsi appelée jusquesà maintenant. Or delà ayant fait départ et naviguant en sus, scion le fleuve, ces almadies nous suivaient de loin; dont faisant signe a ceux qui les guidaient et étant appelés par nos truchements , leur montrions quelques taffetas noirs et autres choses, les assurant qu’ils nous pouvaient aborder sûrement... Ce qui les enhardit, et peu à peu se venaient accostant, tant qu’a la (in ils vinrent en ma caravelle, dont l’un d’teeux qui entendait mon truchement, entra dans la nef et s’émerveilla grandement de notre mode de naviguer et des v oiles... Nous reçûmes ce noir bien amiablement et avec grandes caresses, nous euquérant de plusieurs choses de petite importance , et petit à petit lui sûmes si bien ouvrir son estomac et sonder sa pensée , qu’il nous acertaina ce pays être celui de Cambre , et que leur principal seigneur était forosangole , lequel faisait sa résidence loin du fleuve, devers Midi et Siroch (selon ce qu’il nous montrait), l'espace de dix journées, et était vassal de l’empereur de

Mtlll , qui est le grand empereur des Noirs; mais que neanmoins il y avait plusieurs autres seigneurs de moindre autorité et puissance , qui faisaient leur résidence auprès du fleuve tant d’un côté que d’autre, et si nous le trouvions bon , qu’il nous adresserait vers l’un d'iceux, qui s'appelait Battimansa.

Nous trouvâmes bon ce gracieux offre d'un tel homme, et le fîmes naviguer avec nous tant que, montant toujours selon le fleuve , nous parvînmes au lieu de la résidence de ltattimansa , qui , selon notre jugement, pouvait être éloigné de la bouche d’icelui fleuve l'espace de 60 milles et plus. Il faut noter que, naviguant sur ce fleuve , qui en reçoit plusieurs autres, nous allions encontre Levant , et le lieu auquel nous demeurâmes à l'anere était beaucoup plus étroit que la bouche , là où, selon notre jugement, n’y avait plus outre d'un mille de largeur... Selon que nous avons vu et pour le récit qu’on nous fit pendant que nous séjournâmes là , ces peuples idolâtrent en plusieurs sortes, ajoutant foi aux charmes et enchantements et à plusieurs autres œuvres diaboliques qu'ils imitent et mettent en effet. Mais ils reconnaissent tous un Dieu ; toutefois qu’il y en a encore plusieurs de la secte mahométane. — Ce sont gens qui pratiquent en divers pays sans demeurer jamais à la maison, parce que les paysans ne savent rien faire.

Quant à leur manière de vivre , ils se gouvernant à l'imitation des Noirs du royaume de Sénéga et usent de même viande , fors qu’ils ont plus de sortes de riz, qui ne naissent au royaume de ces premiers Noirs; et avec ce mangent chair de chien , ce que je n’ouïs jamais dire avoir été fait par d’autres. Leur habit est de chemisoie de coton : chose qui n’est observée par les Ncirs de Sénéga, qui vont quasi tous nus; mais ia plus marie partie deceûx-ci vont vêtus, parée qu’ils sont abondants en coton.

— La région est fort chaude, et tant plus on s’avance envers Austre, et plus semblent lés pays être chaleureux; et mêini inent sur cette rivière, sentions une chaleur plus vehémente que vers la marine , pour être couverte par la grande quantité d'arbres dont elle est peuplée, qui croissent par tout le pays. »

J’omets diverses circonstances merveilleuses ou puériles de ce récit, pour arriver à la description si exacte et si méthodique du capitaine André Alvarez d'Alinada , qui , dans un but d’exploration , avait remonté la Gambie jusqu’à 150 lieues de son embouchure. « La Gambie, dit-il, est un beau fleuve, et contient plusieurs lies qui ont jusqu’à deux lieues de large sur une de long ; elles sont couvertes de forêts et très-abondantes en gibier; cette rivière n’est potable qu’à 30 lieues de la mer , et en hiver, qui est la saison des pluies, à 6 ou 7 lieues. Les deux rives sont plates et couvertes de mangliers tellement élevés, que si leur bois était moins pesant on en pourrait faire d’excellents mâts de vaisseaux ; on y voit aussi une espèce d'arbre appelée Carnao. Cette forêt s’étend jusqu'à l'endroit où l’eau cesse d’être salée, et c’est là que commencent les champs cultivés que l'on appelle Lalas. Les plus beaux sont dtieôté du nord, et il serait fjcile d'y établir de superbes plantations decannes à sucre , que l’on arroserait avec les eaux du fleuve. A partir d'un endroit nommé Halangar, ces champs sont bornés par une chaîne de collines qui s'étend à une distanced’un quart de lieue. Au midi on aperçoit quelques monticules ronds qui se prolongent dans la même direction.

Celte riviere est navigable jusqu'à 170 lieues deson embouchure, où les canots sont arrêtés par une cataracte ; mais les Negres assurent que si l’on construisait d'autres barques plus loin on pourrait la remonter encore pendant longtemps. Les marées se font, dit-on, sentir jusqu’au pied de cette cataracte. Elles sont si fortes, que 1rs vaisseaux ne peuvent pas venir laire le commerce de l'or depuis le mois de juin jusqu’au mois de septembre; la Gambie déborde tellement à l'époque des pluies, surtout du côté de la rive méridionale, que les vaisseaux naviguent au milieu des arbres et les touchent de leurs vergues. — Le royaume de Gambie commence a l’embouchure du fleuve, à 5 lieues de la barre des Barbacins , dont le passage est très-facile. Les deux rives de la Gambie sont habitées par des Mandingues, et de 20 lieues en 20 lieues on trouve un autre roi; mais ils sont tous

vassaux d’un souverain appelé Paroens. Cependant , le roi de Uarcolo (état qui commence au midi de la rivière des Barbacins) étend très-loin son autorité sur la rive septentrionale de la Gambie. Le pays est très-fertile ; les Nègres habitent de beaux villages presque tous construits le long du fleuve, pour faciliter le commerce avec les Européens. Les maisons sont quelquefois en torchis et quelquefois en paille; elles sont entourées de palissades formées par de gros pieux et soutenues par des terrassements. Ces forteresses sont situées sur le bord du fleuve, et souvent les naturels en sortent pour piller ceux qui sont obligés de passer devant. Il y a aussi le long du fleuve beaucoup de villages de Foulahs qui viennent dans ce pays pour y faire paître leurs troupeaux, de sorte que le bétail y est très-nombreux. — Le costume et les armes des indigènes sont les mêmes que ceux des Iolofes et des Barbacins ; les esclaves qu'ils vendent ont été pris à ’a guerre, condamnés enjustice et quelquelois volés ; mais il est défendu d'acheter ces derniers; souvent, quand les Portugais les refusent à cause de cela, ceux qui les ont amenés les tuent pour ne pas être découverts. Ne vaudrait il pas mieux les acheter pour les convertir et les baptiser? On ne trouve nulle part en Guinée autant de bixirinu, c’està-dire de gens convertis à l'islamisme , que sur les rives de la Gambie. Il y a de vastes maisons où il en réside un grand nombre, tandis que d’autres vont de royaume en royaume. La principale de ces maisons est située à l’embouchure du fleuve; il y en a une autre à 70 lieues plus loin, auprès de Malor, et une troisième à 50 lieues de là , dans un village de l’inlérieur appelé Sutuco. Le chef de ces espèces de religieux se nomme -lie- Marne et porte au doigt une bague comme celle d’un évêque ; ces trois maisons sont sur la rive septentrionale du fleuve. Ils ont des livres reliés dans les-

Sjuels ils écrivent mille mensongesqu'ils ont croire aux autres à l’aide du démon. Ces Cacizes ( c’est ainsi qu’on les nomme) sout faibles et maigres, à cause de leurs jeûnes , et ne mangeraient pus d’un animal qui n’auruit pas été tué bar un d’entre eux; ils portent des vête-

L’UNIVERS

ments traînants et de grands chapeaux noirs ou blancs qu’ils achètent des Portugais; ils font un salani vers l’Orient, et récitent en choeur, comme des religieux, des prières dont le refrain est Alan-Arabi. Ceux qui sont dans ces maisons, comme ceux qui parcourent le pays, ont leurs femmes avec eux. — Les marchandises qui se vendent le mieux en Gambie sont le vin , que les Nègres aiment avec passion, les chevaux, les étoffes de l'Inde, les verroteries de Venise ou de l’Inde, la nacre de perle, le fil et le drap rouges, la cochenille, les coquillages, les clous, les bracelets de cuivre, les bassins de barbier, des chaudières en cuivre d’une ou deux livres, et surtout une gomme qui vient de Sierra-Leone, que les Nègres achètent à tout prix et qu’on va porter dans l'intérieur jusqu’aux États du grand Foulo.

On préparé à l'embouchure de la rivière line grande quantité de sel qui se vend très-bien dans l’intérieur : on le transporte d'abord en canots jusqu’à un port situé, à 1 lieue de Cassao , à CO lieues de 1 embouchure , où existent des magasins, et delà on va le débiter particulièrement dans les États du grand Foulo.

A 1 20 lieues de la barre du fleuve , il y a un port nommé Jagrançura, près du village de Sulaco. C’est là qu'on fait le commerce de l’or avec des marchands mandingues qui sont également Cadses. L’or qu'ils apportent est en morceaux ou en poudre, et tres-fin. Ces marchands sont très-intelligents et connaissent parfaitement les poids ; ils ont des balances très-justes, qui sont ornées d’une marqueterie d'argent et dont leu (ils sont en soie; ils seserventde petits écritoircs de cuir brut, sans couvercle, et qui ont une case en forme de dé pour serrer leurs poids ; le marc est connue un pommeau d’épée. Ils portent leur or cache dans de grosses plumes d’oiseaux ou dans des os de chats, parce qu’ils sont obligés de traverser beaucoup de royaumes; cependant ils forment de nombreuses caravanes et sont quelquefois escortés par plusdemillearchers. »

Almada fut envoyé enl 579 à J agrançura, parce que quelques personnes pensaient que c était par ordre des Turcs que ces marchands achetaient du cuivre, afin d’en fondre des canons ; et il s’assura ,

en causant avec les marchands, qu’ils n’employaient que comme ornements les bracelets de cuivre si recherchés par eux, et qu’ils préfèrent à l’or qui abonde dans leur pays. Ces bracelets vont sans aucun doute à Tombocoutvm, dans les montagnes de Sofala ;car Almada ayant demandé à Andahalen, chef de la' caravane, ce qu’il en faisait, celui-ci lui répondit qmil allait le vendre aux Caffres , en les désignant par ce nom. Ces marchands emploient, disent-ils, six mois à faire le voyage; mais étaut nègres et flegmatiques, je ne m’étonnerais pas qu’ils en missent bien davantage.

Ils suivent une route qui entoure tous les États de la Guinée et font ce voyage par ordre d’un souveraiu auquel ils rendent toils hommage. On le nomme Mandi-Mança ; mais aucun Portugais n’est encore arrivé jusqu’à lui. Dans l’occasion présente, on laissa à la caravane cent trente-deux livres d’or, parce qu’on n’avait pas de marchandises pour les payer. Ce commerce est aujourd’hui perdu; car il y a huitausqu’aucun vaisseau ne s’est rendu sur ce point. Il est donc probable que les marchands se contentent de trafiquer avec ceux de Tombocoutum. — Almada rapporte encore que vers l’an 1500 une armée considérable de Foulos inonda le pays, et qu’après avoir soumis les Mandingues, elle construisit en travers la rivière une chaussée en pierre qui lui permit de la traverser à pied see avec tous les animaux qui portaient les bagages (1); les Foulos poussèrent leurs conquêtes jusqu'à 150 lieues au midi du fleuve, et subjuguèrent successivement les Mandingues , les Casangas, les Banhuns et les Buramos; mais ils furent complètement défaits par les Beafares du Rio-Grande (2).

Almada nous apprend enfin qu’à l'époque où il écrit, le commerce de la Gambie, le plus important de toute la

(i) Almada signale sur la Gambie trois passages difficiles : celui de Malor, celui des Foulos et celui de Jangue-Mangue.

(a) Je reproduis textuellement l’extrait que M. Ternaux-Compans a publié de la partie de l’ouvrage d’Almada relative à la Gambie ( Nouvelles Annales des Voyages f t. XCIV, p. ioo-r io ).

Guinée, était déjà perdu pour les Portugais, et que les Français et les Anglais s'én étaient emparés à‘ l'aide des déserteurs.

Les Anglais connaissaient la Gambie depuis le milieu du seizième siècle à peu près, mais seulement par quelques voyages particuliers. Enl618 plusieurs négociants de Londres se réunirent en compagnie et obtinrent une charte ou privilège : cette année-là même, ils chargèrent George Thompson d’explorer la Gambie et de la remonter jusqu’à ce qu'il eût atteint la terre où se faisait le commerce de l'or : Thompson réussit, puisqu’il pénétra jusqu'à Tendu , c'esta-dire 25 ou 30 lieues au-dessus de Barraconda ; il s'occupait même déjà de former des établissements dans le haut de la rivière et d’éloigner les autres nations (J), quand il fut tué dans une querelle particulière, ne laissant aucun renseignement écrit sur ses découvertes.

La compagnie lui avait envoyé des secours à deux reprises : la seconde expédition se composait d’un vaisseau , nommé leSion, de 200 tonneaux, et de la pi nasse le Saint- Jean, sous le comma ndement de Richard Jobson, qui apprit la mort de Thompson en entrant dans la Gambie. Il laissa son vaisseau à Tendobaougo{ le Tendebar Aehcarte de d’ Anville), à 4 lieues au-dessus 4e Tankrowal, après avoir payé les droits au chef de ce village, et remonta la rivière dans la pinasse. Le 1" décembre 1620, il arriva dans l’ile Pudding , à 16 lieues du port de Tendehar, et mouilla le lendemain vis-à-vis d’une petitecriquequi conduit a la ville de Mansegar , lieux qu’on ne retrouve pas sur les auciennes cartes. Leroi.du pays vint à son bord, et Jobson, après avoir acquitté les droits, obtint de luiune maison danscetteville pour y laisser trois facteurs. Le 7 décembre, après avoir dépassé la grande villcde fFootleyfFoolley ( dans laquelle M. Walckenacr «connaît le port de Yanimareu de la carte de d’Anville), il jeta l’ancre hCasson ou Cassao, ville très-peuplée et tributaire du Bur-Salum (2). Il y apprit

(i) Le» Portugais lui avaient suscité de grauds embarras en persuadant au roi de Alani d’ensoyer une année conire lui.

(*) La description qu'eu fait Jobson sa

qu’après qu'il était entré dans la Gambie, les Portugais avaient loué des nègres pour le surprendre, mais qu’ils n’avaient pu trouver de pilote. Le 14, il arriva dans un port nommé Pompetane, ausud de laGambie, et n’y trouva pasde Portugais ; le lendemain ayant mouillé à Jeracontla , il y rencontra deux Anglais venant du comptoir que Thompson avait établi à Oranto, à 1 6 milles de Pompetane ( Oranto n’est sur aucune carte ) , sous la protection du chef Summa Tomba, tributaire du roi de Cantor. — D’Oranto, Jobson partit, au commencement de janvier 1 62 1 , avec neuf Anglais, pour se rendre à Tenda : il passa successivement devant Balto, Barek, Mossomakoadam , Benanko, et atteignit le port de Barraconda;contiuuantà remonter le fleuve, il découvrit l’embouchure d'une petite rivière nommée Woollcy, et celle de la rivière de Cantor, sur laquelle régnait alors un chef puissant. Ferrai i Kabo. Depuis Barraconda, l’eau était si basse , que les nègres étaient obligés de descendre dans l’eau pour diriger la barque, et le courant devenait si rapide, qu’avec six rames on ne pouvait faire plus d’un mille par heure. Enfin on mit 12jourspour remonter jusqu’à l’embouchure de la rivière de Tenda, c'est-à-dire pour faire 360 milles ou 120 lieues. Du moins, à une demi-lieuede la rivière de Tenda, Jobson rencontra une basse qui lui ferma le passage : elle n’avait pas plus de 20 toises de longueur, et le canal au-dessus paraissait assez profond pour qu’on püt reprendre la navigation. Dans 1 intervalle qui sépare Barraconda de Tenda, Jobson n’aperçut aucune habitation sur les bordsde la Gambie; il rencontra seulement deux ou trois radeaux de feuilles de palmier sur lesquelles les indigènes la traversent. Cette partie de la rivière était remplie de chevaux marins et de crocodiles, qui infectaient l’eau et le poisson de leur odeur de musc. Jobsou appela ce lieu Saint-John's t/art ou Marché de Saint-Jean ; il fut visité là par Rouckor-Sano, riche négociant de Tenda , avec qui Thompson avait déjà cherché à ouvrir quelques relations.

rapport» exactement à celle que non* ayons vue, dans Almada,dcs forteresses ou caôsans de la Cambie. •

L’UNIVERS

Bouckor-Sano obtint du capitaine anglais le titre d'alkade oudefaeteurdes blancs, et en retour procura aux Anglais la cession solennelle que leur fit le roi du pays de Tenda. Il apprit, entre autres choses, à Jobson qu'il avait fait trois ou quatre voyages vers le sud, dans un pays où les maisons étaient couvertes d’or, et qu’il était resté quatre mois en route ; il lui aria aussi d’un peuple nommé les -Iraecks , qui venaient assez près de Tenda en grosses caravanes, et d’une ville de Mombar, à six journées de Tenda, où se faisait un grand commerce d’or. Dans le même temps arrivèrent quelques nègres de Tombokonda , ville située à quatre journées de distance, que Jobson crut devoir être Tombouctou, mais qui est le Tambaconda des voyageurs modernes, dans le royaume de Neola , et à l’est de Tenda. Un vieux marabout , qui avait connu Thompson, offrit au capitaine anglais de le conduire au delà de Tenda jusqu’à Jaye , et de là à Mombar; mais Jobson, voyant que l’eau avait déjà baissé de six pouces, se hâta de redescendre la rivière. Dans ce voyage de retour, :l visita Selliko , à trois ou quatre milles de la Gambie ; cette ville lui parut la plus grande qu’il eût encore vue : elle était de forme circulaire; les maisons étaient petites, mais les rues suffisamment grandes; et il jugea que la ville pouvait avoir un mille de longueur. On y faisait un commerce considérable d’esclaves, de sel et d’ânes. Les Anglais y bâtirent plusieurs maisons qu’ils environnèrent de claies de paille, à l'imitation de celles du pays : ils choisirent pour l'emplacement d’un comptoir une petite éminence sur le bord de la rivière, ui reçut des indigènes le nom de Tabaoconda, ou Ville des blancs, qu'on croit être aujourd’hui Fatatenda. — A son retour en Angleterre, Jobson publia la relation de son voyage, pour dévoiler la méchanceté et la jalousie des marchands qui avaient cherche de toute manière à nuire à son entreprise et pour inviter le peuple anglais à profiter de ses découvertes. « Son ouvrage, dit M. Walckenaer(l) « est divisé en neuf parties. Il nous ap- « prend dans l’introduction les causes

( i ) Bist. générale des Voyages, t. III, p. 3a7.

« de son entreprise. Ensuite il passe à « la description de la rivière de la Gam- « bie et des secours qu’on en peut es- « pérer pour un établissement. Il tombe « de la sur les habitants, qu'il distingue « en trois sortes : les Mandingues, ou « les nègres ; les Foulbiés, qui sont d’un ■ brun foncé, elles Portugais, répandus « dans divers cantons. Il s’étend sur « leurs usages, leurs bâtiments, leurs « forts et leur gouvernement civil ; « après quoi il parie des marabouts, qui « sont tout à la fois prêtres et mar- « chands. Il traite de leur religion, de « leur commerce, de leurs amusements, « de leur agriculture, des grains et des « plantes dont ils ont l’usage, de la va- « riété des saisons et des qualités du « climat. Dans les dernières parties , « il rend compte des animaux du pays, « et surtout des oiseaux. Ses remarques « sur quantité d'articles sont les plus « exactes et les plus complètes qu'on « ait sur cette partie de l’Afrique. La « narration parait fidèle. S’il rapporte « quelque chose sur le lémoignaged'au- « trui, il cite ses autorités; mais son « style est obscur, ennuveux, affecté; « et’, auoiqu'il ait divise son ouvrage « en plusieurs parties, il est sujet à « tomber dans la confusion, par le mé- « lange de ses matières (1). »

Jusqu’eu 1681 les Anglais ne furent pas inquiétés dans leur commerce de la Gambie; et cependant il ne paraît pas qu’ils lui aient donné de grands développements dans le dix-septième siècle : les

(i) Cette relation se compose de deux

Îiièces publiée» séparément : la première Ir ut en i6a3 à Londres, par R. jobson luiméme, sous le titre suivant : The golden tende, or a discovery of die river (lambin , and t lie golden tradeofthe Ethiopians ; alto the commerce arith a great black merchant cal led Bnckor Sano , and his report of the hautes covcred with gold and other étrange observations for the good of our Counlry set down as tiw y tverc collected in travelling , by R. Jobson, in-40. La seconde pièce contient le récit des diverses entreprises que fit Jobson pendant son séjour en Gambie et toute la partie deseriptis’e de sou voyage, qu’il avait négligée daus sa première publics» tios. Deux ou trois ans, après Purchas l'inséra dans le deuxième vulume de sa collection intitulée : Backluyttu posthumus, etc.

nombreux comptoirs qu’ils y établirent datent à peu près tous du siècle suivant. Il est vrai que tous les efforts, comme tous les dangers de deux compagnies royales qui sesuccédèrentdans ('exploitation du commerce de la côte occidentale d'Afrique, se concentrèrent sur leurs possessions de la Guinée, si énergiquement pressées par les Hollandais.

En 1681 commencèrent les tentatives des Français pour s’établir en Gambie.

L'unique ‘établissement fortifié qu’eût alors la compagnie royale et Afrique , non-seulement en Gambie , mais dans toute l'étendue des limites de son privilège, était Jamesfort, dans une petite île, à 14 lieues de l’embouchure de la Gambie. Ce fort eut beaucoup à souffrir des attaques répétées des Français; et en 1695 il lut pris et rasé par le comte de Gennes (1). Aussitôt, par ordre de la compagnie française d’Afrique , Bourguignon , directeur général du Sénégal , vint prendre possession solennelle des ruines du fort anglais (septembre 1696), mais sans rien faire de plus. Son successeur Bruë chercha sérieusement les moyens d’étendre et de régulariser le commerce en Gambie, et fit les trai tés nécessaires avec le roi de Barra et les autressouverainsdupays.Le 13 avril IG98, il fonda le comptoir d’ Albreda, sur la rive droite de la Gambie, presque en face de Jamesfort, que le traité de R v swyk venait de restituer à la compagnie royale d’Afrique (20 septembre 1697). Il nfit aussi un facteur à Jereja, sur la riviere de l'intain ou de Saint-Grigou , qui se jette dans la Gambie , sur la rive méridionale, à 8 ou 10 milles au-dessus de Jamesfort. ( Jereja est 7 lieues au-dessus de la ville de Vintain ou Bintarn. ) — Cependant le parlement anglais s'occupait de rétablir Jamesfort ; mais pour

(i) Le liom de J ornes fut donné à cette Ile en 1C64 par le chevalier tut. Holmes eu l lioiineur du duc d'York, plus tard Jacques II. 1 o) . , sur l'expédition de M. de Gennes, U relation écrite par Frogcr d'un Voyage fait en 1695, 1696 et 1697 aux côtes d'Afrique , détroit de Magellan et îles Antilles ; par une escadre de vaisseaux commandée par M. de Gennes. Paris, iu-ia, 1699,011 l'extrait que M. Walckenaeren a insère daus le tome III de l 'Hist. générale des Voyages , p. 3ia-3i7.

éviterde grosses dépenses à l’État, il rendit le commerce libre dans la Gambie à la seule charge d’un droit de dix pour cent payable au directeur de la compagnie a l'entrée de tout vaisseau dans la Gambie, ou de vingt pour cent a son retour en Angleterre et applicable aux fraisde réédification. La concurrencedes négociants anglais fut ruineuse pour les deux compagnies, pour celle de France comme pour celle d’Angleterre. Le prix d’un esclave, au comptoir de JilJ'ray ou Gillejrée, était monté jusqu’à40 barres, et les marchands mandingues , qui n’en retiraient que 15 ou 17 aux comptoirs français et anglais de Guiachor ou Joar et de” Barraconda , s'étaient portés à l’cmbouchuredu fieuve. Du mois de janvier 1699 au moisdejuin. les négociants particuliers transportèrent au moins 3,600 esclaves et inondèrent le pays de marchandises. Le directeur de la compagnie anglaise, Corker , avait essayé de vendre les marchandises de la compagnie à un prix aussi bas que les vaisseaux d’interlope; mais, reconnaissant qu’il s’égarait, il adressa au conseil de la compagnie le conseil de renoncer à ce prétendu secours de dix pour cent qu’elle avait accepté du parlement ; et en même temps ii proposa à Bruë de se concerter avec lui pour arrêter le commerce d’interlope, et pour soumettre a leurs compagnies respectives un tarif commun des marchandises. Dans un voyage que Bruë lit à cette occasion en Gambie, ils firent l’un et l’autre des démarches auprès des capitaines de navires marchands qui étaient alorsà l’ancre dans la rivière, pour les disposer à laisser le commerce se rétablir sur l’ancien pied; mais les capitaines repoussèrent le tarif proposé, et s’opposèrent ù ce qu’on accordât aux Français le droit de remonter dans la rivière au-dessus d’ Albreda et de l’embouchure de la rivière de Vintain. Bientôt Corker fut rappelé, et le sieur Pinder nommé à sa place.

Bruë voulut reprendre avec celui-ci les négocialionscommencées; ils dressèrent même ensemble un plan de paix et de commerce, et tentèrent de le faire approuver à Paris et a Londres; mais les intérêts prives des négociants triomphèrent des efforts de ia compagnie, et le gouvernement anglais euvoya même en

L’UNIVERS

Gambie un vaisseau de guerre pour assurer la liberté du commerce. La fermeté de Hruë maintint glorieusement les droits de la France; et lorsque la guerre eut éclaté de nouveau dans toute l'Europe, au commencement de 1703, James fort, qui n’était pasencore en état de défense, fut enlevé par le sieur delà Roque avec un seul vaisseau , et pillé encore l’année suivante par le brigantin le Fanfaron, appartenant à H. Raton, armateur de la Martinique. C’est alors que la compagnie anglaise proposa à la compagnie française un traité de neutralité dont les articles furent signés à Londres le 8 juin 1705. Cependant eu 1709 on trouve une nouvelle entreprise de quatre frégates françaises qui, sous le commandement de M. Parent, prirent Jamesfort et tout un chargement d’esclaves. Enün, cet établissement eut encore à souffrir, par intervalles surtout, desattaques hardies de quelques pirates; niais dès 1720 il était en pleine securité, et en commandant l’entree de la rivière il put servir de point d’appui aux comptoirs que la compagnie prit soin de fonder sur les deux rives de la Gambie de 1725 à 1735. Ces comptoirs étaient : 1° Kabala ou un lieu très-peu distant de ce village, le plus important du royaume de Cumbo, au sud de la Gambie, et sur la rivière même de fiabala. L’unique objet de ce comptoir était d’approvisionner Jamesfort. 2° Jilfray ou Gillefrée, en face de l’île James, sur la rive droite de la Gambie et un peu à l'est du comptoir français d’Albreda: c’était là qu'on acquittait les droits du roi de Barra.

3" L>- comptoir de Fintain ou de Biniam, à 6 lieues de Jamesfort , sur une riv ière appelée du même nom. dans le royaume de Fonia, au sud de la Gambie : on y traitait surtout, et à bon compte, de la cire.dc l’ivoire et des cuirs. 4° Plus haut, sur la rivière de Vintam, b 14 lieues de Jamesfort, Jereja, où les Français, comme aussi à Vintam , eurent longtemps un comptoir. 5° Celui de A olar, établi en 1731 au village de ce nom dans le Barra, c’est-à-dire sur la rive septentrionale de la Gambie, mais abandonné en |733. G” Dans le royaume de À'aé/i , sur la rive méridionale de la Gambie, Tankrowal, établi en 1731, et ou l’on traitait spécialement de la cire.

7” Kower ou A' iawer, port de Joar, chef- , lieu du royaume de Barsali , et grand marchédes Mandingues, qui avaient une espèce d’escale à la pointe de Rumbo :

c’était aussi là qu’était le comptoir le plus florissant des Anglais. 8° Yanimareu ou Yanimarou, dans le Bas-Yani , sur la rive septentrionale, où les Anglais entretenaient un facteur nègre chargé particulièrement de fournir de graius Jamesfort. 9” Le comptoir de Bruko , sur la rive méridionale, dans le royaume de Jemarrou, établi en 1732, brûlé par accident, et rebâti cette même année; abandonné en 1735. 10°Celui de A'uttejar, à un mille de la rive septentrionale, dans le Haut-Yani, renversé par une inondation en 1725, et transporté à 8 milles dans l’intérieur à Sami ou Samey, sur une riviere du même nom, et plus haut encore sur cette même rivière, a l'allia ou Valley. 11° Dans le royaume de Tomani, au sud de la Gambie, le comptoir de Yamyma-Conda ou Camiama- Conda , détruit en 1738 par les inondations, mais rebâti presque aussitôt, à cause des avantages que la traite de l’ivoire et des esclaves y présentait. 12' Enfin celui de Fatatenda dans le Woulli , abandonné un moment en 4734 (1).

(j) L’histoire de ces différents comptoirs, de leurs transactions commerciales et de leurs difficultés avec les souverains et les peuples indigène», pendant la première partie du dix-huitième siècle jusqu’en 1715, se trouve rapportée avec toute exactitude dans le journal intitulé : Trarels inlo the inlimd parts of Africa, etc.; by Francis Moore, factor seferai je tir s to the Royal African company of England. London, 1738, in-8°.

Moore s’était engagé en 1730 au service de la compagnie, en qualité d' écrirai»; il fut, dans les années suivantes , envoyé comme facteur successivement à Joar, à Bruko, à Yamyama-Counda; et les instructions qu il reçut du gouverneur de Jamesfort, avec la direction du comptoir de Bruko, font bien connaître quelle était alors I administration anglaise en Gambie: après quelques instructions de détail concernant particulièrement le comptoir de Bruko, on lui ordonnait : * de ménager avec soin les chefs d'argent (on entend par tildes barres de fer, des colliers de cristal, des dollars à l’aile déployée , des bassins de cuivre et des aran-

SfcNÉGAMBIE.

Ce qui était arrivé au Sénégal arriva aussi dans la Gambie. La compa-

déployée, des bassins de cuivre et des arangos ), et de n’en faire usage que pour le commerce; — de se borner à son comptoir, sans se méier jamais de payer les gages, les salaires ou les dettes des autres domestiques et ouvriers de la compagnie, parce que tous les emplois d’argent qu’il ferait ainsi pour d’autres usages que ceux de son comptoir seraient mis à son compte; de ne faire aucune société de commerce avec les marchands , soit mandingues, soit portugais, sous prétexte de procurer quelque avantage à la compagnie; parce qu’il est certain, au contraire, qu’ils cherchent toujours à gagner quelque chose sur les esclaves et sur l'or, et qu’on trouve bien mieux son compte à traiter directement avec les nègres ; de mettre tant d’ordre dans les livres de compte, qu'on pût être sans cesse en état de comparer les transactions passées avec les présentes , et que les facteurs , ses successeurs , y trouvassent une règle de conduite. Par la suite même on voulait envoyer aux facteurs le tarif des marchandises et des denrées qu’ils recevraient sur le pied qu’on les aurait achetées en Europe, afin qu'ils les couchassent de même sur leurs livres , et qu’à mesure qu’elles seraient consommées ou \endues ils évaluassent ce qu'ils auraient retiré en barres, en schellings et en sous, qui paraîtraient à côté du premier compte ; et à chaque renvoi le facteur devait non -seulement marquer ce qu’il aurait tiré de ses marchandises, mais spécifier la nature et la quantité de ce qu’il aurait donné en particulier pour tel nombre d’esclaves et pour telle quantité d’ivoire, d’or ou de dre. — On lui disait encore que les agents de la compagnie, ayant quelquefois néglige leur devoir pour s’occuper de leurs intérêts particuliers, elle avait jugé à propos de faire monter leurs droits de commission à 5 schellings pour chaque esclave; à a schellings et demi pour le quintal d’ivoire pesant ioo livres; à 5 sch. pour chaque once d’or; à a sch. i|a pour le quintal de cire rendu au fort ; et qtia la faveur de celte indulgence elle espérait que les facteurs répondraient à l’opiniou qu’elle avait de leur xèle et de leur probité; que les facteurs anglais ne devaient point acheter des Portugais ni des autres l’or à plus de la barres l’once; les dents d’éléphant, grandes et petites, à plus de i6et de H barres le quintal pesant roo livres; et la cire à plus de la barres le quintal, parce que leur en donner davantage, c’éinil uniquement les assortir mieux des marchandises et des denrées dont ils avaient besoin pour rendre leur commerce sur la

9* livraison. (Sknkgambie.)

gnie avait promptement reconnu que le commerce d’Afrique, borné à la traite de l’ivoire, de la cire, des esclaves, ne suffirait jamais même à couvrir ses énormes dépenses, et qu’il fallait chercher à l’étendre dans l’intérieur et à découvrir surtout les fameuses mines d’or.

On recommença donc les explorations de Thompson* et de Richara Jobson; le capitaine Stibbs fut envoyé en 1723 par le duc de Chandos, alors directeur de la compagnie royale d’Afrique , avec la mission spéciale de rechercher, au nom de la compagnie, jusqu’où la Gambie est navigable, et s’il existe réellement des mines d’or sur ses rives. Mais Stibbs partit trop tard d’un mois, et fut arrête par tes mêmes obstacles que ceux qui l’avaient précédé (1). Quel-

rivière plus florissant, au plus grand désavantage de la compagnie. Quant à ces restrictions apportées au commerce avec les Portugais, Moore faisait remarquer qu’elles n’étaient vraiment pas dans les intérêts de la compagnie, et qu’il y avait beaucoup plus à gagner qu’on ne croyait dans le commerce des Portugais et dans celui des Mandingues ; que lorsqu’ils descendaient la rivière dans leurs canots, i^s ne consentaient pas à livrer leur or, leur cire et leur ivoire au vil prix que fixait la compagnie , mais qu'ils allaient plus bas les vendre avec plus de profit à des vaisseaux d’interlope. II se plaignait aussi qu’on lui défendit de se procurer des provisions eu échange du fer ou de l’argent , affirmant au gouverneur qu’il n’y avait pas d’autres moyeus d’en obtenir. ( Walckenaer : Hist. générale des Voyages , t. III, p . 4 5"j -6 z . — Voy. aussi le chapitre Ier du livre VI de ce savant ouvrage intitulé : Observations sur le commerce des Européens dans la Gambie.)

(i) Le journal de Stibbs, que Moore a inséré dans son recueil, est encore aujourd’hui uu document de la plus haute importance pour la description géographique du cours de la Gambie; et à ce titre j’en donnerai ici, d’après M. Walckcnaer, le résumé exact ; Stibbs avait reçu de In compagnie divers journaux et cartes de capitaines qui avaient avant lui tenté la même exploration; mais le journal qu’il {tarait avoir suivi de préférence à tous les autres est celui de Vermuyden , qui datait de 1661. — La petite flottille se composait du vaisseau la Dépêche , qui devait s avancer jusqu’à Kuttejar ou plus haut , pour y demeurer sous la conduite du pilote; d’une chaloupe nommée Vlte-Jamcs, qui devait

L’UNIVERS

ques années plus tard on s’occupa aussi activement d'établir le commerce

remonter jusqu'à Rarraconda , et y attendre en commerçant le retour de Stibbs; et enfin de cinq canots deux grands et trois petits, avec lesquels on devait pousser l’exploration le plus loin possible au delà des chutes d eau. Il était convenu entre les officier* de la flottille que Stibbs rédigerait le journal, que Dniminond se chargerait de la comptabilité, et que Huit des«endrait sur les rives pour observer de près toute apparence de mines.

— Le a6 décembre. 1 7 3 Stibbs alla attendre les l anotsune lieue nu dessus du fort de Jante?, et ne mil à la \01le que le aft.àsix heures du malin, passa la pointe de Seaca ( Chique de d Anxille) avec lin vent de uord-esf, et mouilla, vers minuit, à une licite de Tankrowat.

— Le 3 1 In flotte alla jeter l’ancre, à deux heures après midi, en face de Dnim-Hill , et, à trois heures apres minuit, prés de Tcndcbar . Le a janvier 1724 ils mouillèrent le soir co «Ire Vite de /’ Eléphant. Leur navigation n’étant réglée qm* par les marees, ils eurent beaucoup de peine à gagner la pointe de cette Ile , qui a s x milles de longueur, pour y passer la nuit. — Arrivé le 3 à l'embouchure de la rivicre Dama se nsa , Stibbs la remonta k une distance de 5 milles, jusqu’à la silk du même nom : elle était tiês-laige dans son cours inférieur, mais se réticfissail bientôt; elle était remplie de crocodiles, que les Nègres appellent bambos, et très-ombragée. — De retour dans la (tanihie, à trois heures après midi, il atteignit à huit heures Vile du Cheval Marin, longue d’un mille 1 /1 environ, basse et couverte il' arbres. Le canal de l’ouest, large d’un nulle, était seul navigable : il avait passé devant I eml>ourliiire de la SanjaUi à gauche, et devant celle de Y India à droite. Le pays était bas des deux côtés et les rives bordées de grands arbres. — Le 4 janvier, à huit heures du matin, on jeta l’ancre à Juar, où le sieur lliill commença à découvrir dans rintérieiir de hautes motragnes, loulc.s dégarnies d’arbres, dont le sol était rougeâtre. — On ne quitta Joar que le 9, et a midi on mouilla un mille au-dessous de la rivière Yariue , plus connue sous le nom d 'Eropina, et on alla passer la nuit sous les ilt* de ZVrr, où le canal méridional n’avait pas cent toises de largeur; celui du nord, p!u^ large, n’était pas na\ igdble pour les grands vaisseaux. Depuis Joar jusqu’à ces îles on n’apercev ai t sur les deux rives que de grands marais découverts, peuplés d’eléphants et d’hippopotames. La chaîne de montagnes, qu il avait vue commencer près de Joar, s'étendait

de la gomme en Gambie : Moore raconte dans son journal que le 27 juillet

verjl’oit à deux ou trois lieuo» de U rmère, et sc couvrait de bois à mesure qu’elle avariait dans celle direction. Le 6 on jeta l’ancre avant Yanimarreu ; et vers minuit on s’approcha d’une Ile fort basse, où l’on paxva le reste de la nuit : celte Ile, longue au plus d’un quart de mille, u’élail pas marquée sur la carte que la compagnie lui avait remise. File était située une lieue au-dessous de Vile Bird ( île mu Oiseaux de d’Anville ). — Le 7 au matin on longea, du côté du sud , Hle Rird , qui pouvait avoirdeux milles d’ctendue. Elle était très-rapprochée de la rive septentrionale et couverte de grands arbres. Un peu au delà on découvrait un mont rougeâtre, nommé Jerunk, qui, au dire des Nègres, avait été rempli d’or jusqu'au moment où le diable avait tout enlevé , en une nuit. U11 des journaux de Stibbs marquait cjn’il avait déjà été visité par les Anglais, sans dire le résultat de cette recherche. — Le vent et la marée étant favorables, 011 passa devant Cassa/ 1 sans s’y arrêter. Jusqu’alors le vent n’avait |>as cessé d’être à l’est ; et lorsqu’il s’écartait Ju mémo point, on était sûr du calme. — Le pays des deux côtés était marécageux sur une largeur d’un demi-mille, couvert d’herbes très hautes, au milieu desquelles ou apercevait les traces des hippopotames. Au delà de ces marais le terrain s’élevait considérablement. — Le 8 au soir on s’engagea dans le canal méridional, le long de» des Sappouest et on jeta l’ancre à la pointe de ces îles. Il existait à leurs deux extrémités une barre qui obstruait ptesque complètement la rivicre, et Délaissait des deux côtés u un passage large au plus de deux toises et ^emie. Il fallut se faire tirer à force de bras l’espace d’un mille, et on mouilla dans un endroit où la moitié de la largeur de la rivière était remplie de roes.On passa de même la barre de Foie y , et on jeta l’ancre un mille au-dessus de flruko . — Le 17 on atteignit en quatre heures Dubo-Conda , et on alla mouiller deux lieues plus loin, à PreeJ \ ville alors abandonnée. — Le x 3 le veut d’est empêcha qu’on n avançât beaucoup, et oti s’arrêta quelque temps au pied du Mont du Diable ou yirse - Hifi, où ta rivière était foi t étroite et ses rives très escarpées. — Le 14 on jeta l'ancre à Kuttejar , où la rivière n’avait pas moins de trois ou quatre brasses de profondeur dans toutes ses parties. — Le 17, à quatre heures du matin , on jeta l’ancre un mille au-dessus d ' Arst- Hill, qui dans le journal de Vermuyden était appelé M aidas s Breast f deux lieues au -dessus de Kuttejar. Stibbs étant monté au sommet

1733 il lui vint de Jamesfort à Joar la plus grande quantité possible de den-

Tordre de ramasier dans son comptoir rées sèches, et principalement de gom-

de celte montagne avec Hull, trouva qu’elle malenda. — Le » février, en quatre heures,

était constituée d'une roche noire comme on gaguale port de Couuar, quatre milles plus

la plupart de* haute* terres qu'il avait ob- haut qu’une basse qui, partaut de la rive mé-

aervées, mais qu'elle ne paraissait coutenir ni ridionalr, occupait presque toute ta ris ière, et

or ni argent. Le nom A'AneUUl a trait à n'avait pas plus de quatre à cinq pieds d'eau,

une superstition des Nègres, qui ne passent — Une lieue au-dessus de Coussar on passa

jamais devant la montagne sans lui tourner devant un autre port, nommé Yaioulenda. La

le derrière en dansant, chantant et battant rive méridionale entre ces deux points n'était

des mains, pour ne pas mourir aussitôt. — proprementqu’unechainedecollinescontinue

On passa la rivière de Samey, où s’arrêtait et escarpée; vers le nord on découvrait une

alors le commerce des Portugais. Cette ri- belle plaine et un grand lac au milieu. Après

vtére considérable se jette dans la Gambie, sur asoir fait huit milles, Stibbs jeta l'ancre, à la rive septentrionale, et vient de Médina. — huit heures du soir, sur onae pieds d'eau, au-

Leva, à cinq heures du matin, on jeta l’ancre dessus dune basse qui occupait les trois quarts

une lieue au-dessous de Crow ou Kron, prés du canal, et n’avait que cinq ou six pieds

d'une colline de terre rougeâtre. Le pays d'eau. Le reste du canal, du côté du sud,

continuait d'étre assez uni. — Le «3, à huit était rempli de rocs, entre lesquels on trouheures du matin, on était à Yamyama- vait jusqu'à dix pieds d'eau, niais Irois ou

eonda ,^>ort au sud de la rivière; un peu quatre seulement au-dessus. — Le 3 on ar-

ao-dessous du port, un banc de rocher» par- riva, vers huit heures du matin, une lieue

tant de ^ rive méridionale, et couvert de au-dessus du port de Rtrraconda , sur deux

quatre pieds d'eau seulement, occupait un tiers brasses et demie d'eau, et dans l'après-midi,

du canal de la Gambie. — Le s 4 an soir on en une heure, on atteignit l'emplacement

atteignit Canubi . port de la rive méridio- même de la ville, alors détruite. Stibbs

nale ; le lendemain , à onze heures da matin , mesura la rivière, et lui trouva cent trente

sur la même rive, celui de Bauy, et le soir toises de largeur, sur deux ou trois brasses

Pfacèawajr, sur la rive opposée, i deux milles de profondeur; 1a hauteur des rives était de

d'unevllle de l'intérieur portant le même nom vingt-cinq pieds environ. — Aprèsavoir trions-

et peuplée de Mandingues. A un demi-mille plie de la résistance de ses Ncgres à gages ou

du |iort, sur la rive septentrionale, une mon- Grometles, il partit de Barraconda avec

tagne de trente toises de hauteur projetait sea cinq canots. £n trois heures il fit deux

une espèce de cap dans la rivière. — Le a6 au lieues sans trouver d'obslacles dans le canal,

soir ou était à six lieues au-dessus de Nac- Le 7 au malin il avançait avec conGance,

kaway, devant une ville nommée Cassan- quand il heurta rudement contre un banc de

couda, et le s 8, à midi, on jeta l’ancre à Fa- sable au milieu de la rivière; mais il put se

tatenda, port sans maisous comme tous dégager auasitôt en prenant au sud, où il

ceux qui précédeut, et qui, dépendant de trouva sept pieds d'eau. Une lieue plus loin il

villes voisines de l’intérieur, n’élsient propre- arrive en vue de la cataracte, qui occu|iait

ment que des lieux de débarquement : Fa- toute 1a largeur de la rivière : on employa le

tatenda dépendait de Settiko, distant de trois reste du jour â monter les canots au haut

lieues dans l'intérieur. — Le 39 Stibbs alla de la cataracte. Stibbs décrit avec exactitude

lui-même faire sa provision de riz au par! da cette première chute de la Gambie ; de la

Prye, situé i trois lieues de Fatalenda, sur la rive septentrionale parlait un banc de roches

rive méridionale de la rivière de Cantor, dont d’une surface égale et polie, occupant le tiers

il Gt examiner le sable. — Le 3i on alla de la largeur du lit de la rivicre. Ces roches

jeter l'ancre huit milles au-dessus de Prye, surpassaient alors de dix piedtà peu près le ni-

et le lendemain on atteignit en cinq heures veau de l'eau. Leur extrémité, étant perpen-

Samatenda ou Santa. La Gambie en ce lieu dicolaire, formait la rive elle-même du coté du

était encore assez large , mais embarrassée par nord. De l’autre rive parlait aussi un banc de

le grand nombre d'arbres qui y tombaient de roches noies, recouvert de dix pouces d'eau,

ses deux rives. La terre , Tort liasse du côté du et s'avançant également jusqu'au tiers du ra-

sud , s'élevait, au contraire, sur la rive op- nal; et entre ces deux masses, le lit de la

posée, et i deux ou trois milles au delà du port rivière était obstrué par une quantité de blocs

unechainedecollinrsbordsit la rivière sur une séparés, recouverts d’un pied d'eau seulement,

étendue de deux lieue». — A huit heures du et jetés çà et là avec tant de confusion que,

sou on mouilla huit lieues au-dessus de Sa- malgré la profondeur de dix, ouxe et douze

L’UNIVERS

mes; et les directeurs annonçaient l’intention formelle de tout faire pour ou-

pied* d« intervalles qui les séparaient, le passage était tout à fait impraticable. Lescourants étant d'ailleurs fort rapides, il fallut attendre la marée , qui rompt leur force ou l'équilibre , et qui permit de faire passer les canots sur les rocs. Stibbs croit qu'en tout autre moment l’entreprise surpasserait les forces humaines. Le passage contre le banc de rocs qui partait de la rive septentrionale était si étroit,* que le plus large des cinq canots touchait des deux côtés. La rivière, en cet endroit , n’avait pas moins de cent soixante toises de largeur entre ses bords naturels. Au-dessous de la cataracte la profondeur de l’eau était de trois ou quatre brasses. Au-dessus il ne trouva plus, à sa grande surprise, qu’une brasse et demie. A une demi-lieue au delà il rencontra un grand rocher couvert d’huîtres, et à huit heures du soir il arriva auprès d'une basse ou banc de sable qui n'avait pas plus de quatre pieds d’eau. A neuf heures on jeta l’ancre sur neuf pieds d’eau pour y passer la nuit; mais I es cânots toute la nuit fureut en danger d’ètre renversés par les hippopotames. Le lendemain on rencontra encore deux bancs , à une distance d’une Iteue l’un de l’autre : le premier n’avait que trois pieds et demi d’eau dans sa plus grande profondeur, et le second, qui s’étendait sur un espace d’undeuii-mille, à six lieues de Barraconda, occupait toute la largeur de la rivière et restait découvert en partie. 1 a largeur de la rivière, du reste, augmentait m mesure que sa profondeur diminuait, et en cet endroit elle n’avait pas moins de cent soixante-dix toises. Stibbs, qui était alors malade, fit poursuivre l'exploration par Hull et Drontmond sur le plus petit des canots, nommé la Découverte , qui ne tirait que douze uces d’eau. Ils parvinrent a passer ce uc, et à la montagne de Matlok-Tar, qui était marquée sur leur journal , ils commencèrent à retrouver six pieds d’eau; ils tombèrent ensuite sur dix-huit , et la rivière se resserrant jusqu’à soixante toises, ils espéraient beaucoup des progrès ultérieurs de leur navigation. Ils passèrent Matlok-Tar; une lieue plus loin se présentèrent une autre basse et une seconde cataracte; mais, avec un merveilleux bonheur, ils passèrent encore sans loucher aux rocs ni au sable, et se retrouvèrent au milieu du canal sur quatre ou cinq pieds d’eau. Stibbs, qui s’était rétabli, suivit la Découverte avec le canot nommé In Gambie, et parvint à franchir cette seconde chute : il y vit un radeau d’écorce qui servait aux habitants pour se rendre de la rive sep-

vrir cette nouvelle branche de commerce. Alors, le premier facteur de la

tentrionale dans une ville du royaume de Cantor, nommée Curbambey,t\ située à trois milles de la rivière, derrière Matlok-Tar. Ayant passé la chute d’eau à quatre heures apres midi , il fit dix milles jusqu'à neuf heures du soir, qu’il jeta l’ancre au milieu du canal sur cinq pieds d'eau, mais après avoir rencontré plusieurs basses qui n’avaient que deux ou trois pieds d’eau. Le 18, à six heures du matin , ils passèrent devant une montagne fort escarpée de la rive méridionale. L’aspect du pays était charmant. Un mille au-dessus de la montagne, et du même côté, ils v irent un port avec un radeau d’écorce pour passer à Tendiconda, ville distaute de deux ou trois milles de la rivière. Ensuite le canal se rétrécissait jusqu'à u 'avoir plus que quarante-deux toi ses de largeur; mais il avait partout sept pieds d’eau, et la distance eutre les bords naturels était de cent trente-trois toises environ ; cet espace était couvert de sable en grande partie. A cinq heures après midi rfn avança une lieue plus loin, jusqu'au pied d’une montagne escarpée, sur la rive méridionale. Ici la riviere tournait brusquement à l’est. — Le 19, à six heures du malin on côtoya de nombreuses basses en vue d'une haute montagne de la rive septentrionale. Stibbs observa en ce lieu beaucoup de saules servant de retraite à des troupes de gros canards. Le canal n’avait que cinquante-huit toises de largeur et six pieds de profondeur. C’est à rel endroit qu’on donna le nom de Troisième Cataracte, quoique le passage fût libre au milieu. Mais le côté septentrional était occupé nar un grand rocher, alors élevé de neuf pieds au-dessus de l'eau ; et le côté méridional ne présentait que dessables arides. — Le lendemain on eut à franchir avec beaucoup de |»eine de nouvelles basses, qui avaient, dans les endroits les plus profonds, seulement treize ou quatorze pouces d’eau. A quatre heures apres midi, après avoir fait une lieue , on fut arrêté par d'autres basses encore jusqu'au lendemam. Le ai Stibbs fut occupé à chercher un canal au milieu de toutes ces basses. Il fit déltarquer John Hodges, son serrurier, avec un Nègre, et le chargea de s’avancer par terre jusqu'à l’embouchure de la rivière d'York , que le journal de Vermuyden marquait à dix-sept lieues de Barraconda et qu’ils (l’avaient pas encore atteinte, quoique Stibbs calculât depuis Barraconda une roule de vingt-quatre lieues au moins. Hodges, apres avoir longé la riviere et exploré les gués pendant quatre ou

StiSEGAMBiE. 133

compagnie. Huit, le même qui accompagnait Stiübs dans son exploration de

cinq lieues, revint le soir sans avoir trouvé aucune rivière qui ne fût à sec. Les basses où Slibbs était arrêté étaient voisines (l’un détour très-brusque de la Gambie, vers le sud ; le sable eu était si mobile, qu'on ne pouvait y poser le pied pour aider au mouvement des canots. Au delà on voyait les basses sc multiplier : Slibbs prit alors le parti de revenir sur ses pas avec d'autant plus de regret, que les naturels l’assuraient qu'il n’était qu’à une petite journée de Tenda par terre. En cet endroit, la rivière avait repris une grande largeur : Slibbs mesura cent soixante toises environ. ( Walckenaer, Hist. générale Jet Voyages , t. III, p. 368-4U. ) Voy. aussi les Cartes de la rivière de Gambra ou Gambie , depuis son embouchure jusqu'à Eropiua , et depuis Eropiua jusqu à Barraconda, par le capitaine Jean Leacb, en 173a. — Après Slibbs, les voyageurs qui ont ajouté quelques notions aux connaissances acquises sur le cours supérieur de la Gambie sont Mongo-Eark, Mollien, beau fort. J'ai déjà dit, à propos des sources du Sénégal, combien les découvertes de M. Mollien étaient peu accréditées dans la science. M. Walckenaer a fait de celles de scs assertions qui sc rapportent spécialement à la Gambie une critique très-vive et très-nette, quoique fort concise, dans deux petites notes jetées au lias des pages 179 et 183 du VI' volume de V Histoire generale des Voyages. Quant aux observations de Mungo-Park, Rittcr les a groupées et réunies ainsi pour donner un aperçu du cours supérieur de la Gambie : la source de la Gambie est située, suivant les informations prises par Mungo-Park, vingt milles géographiques à l’ouest de celle du Sénégal. Nous ne savions jusqu’alors rien de son cours supérieur, sinon qu’il traverse la terrasse des Foulai», et que Mungo-Park [tassa , à l’est de ce fleuve , six rivières différentes, dont le Nérico est la plus septentrionale. Toutes se dirigeaient vers la rive droite de la Gambie, et la grossissaient au-dessus des Grandes-Catararles. La chaîne de montagnes limitrophe qui sépare la rive orientale de la Gambie du domaine de la Falémé commeuce à i3° 33’ 33” de lat. nord, et près de 10° 5(/de long, ouest de Greenwich, non loinde Souti-Tabba. Mungo-Park appela ta première élévation de cette chaîne Prospect-llill; il aperçut de là la vallée de la Gambie, venant au loin du sud-sud-est et sc courbant soudain au sudouest , comme repoussée par le Prospect-Hill.

* A cet endroit , où le fleuve avait cent yards

la Gambie , fut chargé de faire des recherches surtout sur la rivière de Vintain : il remonta cette rivière, à partir de Jéréja, et en quatre marées il atteignit un pays très-fertile, occupé par une population hospitalière et nombreuse, dans lequel il trouva en grande abondance le coton, l’indigo et les cuirs. Il y découvrit aussi des gommiers qui lui parurent être de même nature que ceux

anglais de largeur, il observa encore, à sa grande surprise, l’effet de la marée, bien qu’elle ne s'élevât que de quatre pouces ; les eaux du fleuve étaient remplies de crocodiles. Si Mungo-Park fût retourné en Europe, la carte du cours de la Gambie aurait sans doute subi quelques changements. Ce voyageur écrivit à J. Banks dans une lettrr de Kayee, du a6 avril i8o5 : « Le cours de la Gambie n’est certainement pas si long que le dessinent les cartes;» et dans une autre de Badoo, près de Tambaeounda , du 28 mai :

« J’ai fixé presque tout le cours de la Gambie; dans mon ancienne carte, son cours est trop au sud. » Celte simple indication semble avoir suffi au géographe chargé par l’éditeur de dresser la carte qui devait accompagner le journal du second voyage de Mungo-Park , pour transporter tout le cours de la Gambie de prés d’un degré plus au nord ( 44 minutes ) : « et ce bouleversement qui rappro- » cbe les deux fleuves, et qui étrangle leur » intervalle, fut adopté et copié dans toutes » les cartes publiées depuis cette époque,

« saus discussion et sans autre autorité qu'une » carte qui ne reposait elle-même sur aucune « observation. » M. J omar d, de qui sont ces paroles, éclairé à ce sujet par diverses observations de MM. Adrien Partarrieu et de Beaufort, et fixé enfin par une communication obligeante des observations que le capitaine Owen avait récemment faites sur la Gambie, en la remontant jusqu’à Pisania ( i3° 33’ nord; 160 54’ de longitude à l’occident de Paris ), put donner un nouveau tracé du fleuve, où celte erreur disparut, et où le cours du fleuve fut reporté au sud, c’est-à-dire vers une position qui diffère peu de celle que d’Anville avait assignée au cours de la Gambie dans sa carte d’Afrique de 1749. Voy. ta carte du cours de la Gambie au-dessous de Coussayet et du cours du Sénégal au-dessous de Moussdla, etc.; par M. E. J. M. D. L„ Paris, 1818; et lesBrman/nrsque M. Jomard a insérées à l’appui de celte publication dans le Bulletin de la Société de géographie , n” 63, juillet 1828, p. 29-35,

L’UNIVERS

du Sénégal et d’une qualité bien supérieure à celle des gommiers qu'on avait trouvés jusqu’alors en Gambie.

D’un autre cdté, I alkade de Yanimarreu.sur l’invitation de Hull, envoya dans les pays de l'intérieur au nord de la Gambie deux Maures pour y recueillir des essais de gomme : Hull les examina, et jugea que cette gomme était propre aux mêmes usages que la gomme arabique. Pendant plusieurs aimées il poursuivit ainsi ses recherches et ses expériences. Le 16 mars 1736, devenu gouverneur, il se renditauport de Joar, avec l'inteniion de gagner de là par terre la forêt de gommes (1); auparavant il avait fait, avec le roi de Yani et plusieurs chefs de village, un règlement sur ce commerce, et obtenu d’eux une cession complète de leurs droits sur la partie de cette forêt qui leur appartenait ; il avait négocié également avec, quelques chefs jolofs , et expédié un messager au roi du Fouta; mais les troubles du pays empêchèrent le voyage de Bull, et scs efforls ne purent aboutir. Quant à l'exploitation d'une autre sorte de gumme nommée adragant ou sang de dragon , et provenant d'un arbre que les Portugais ont appelé pâo de tangue, et qui croit surtout aux environs de Fatatenda, au milieu des rochers, sur le haut des montagnes, Hull l'encouragea aussi; mais la qualité de cette gomme ne répondit pas à ce qu’on aitendait.

Cependant les rapports desétablisse- ' ments anglais et des établissements français étaient toujours réglés par les articles de la convention de 1705; et on peut voir par un seul trait que cette convention était maintenue rigoureusement : ou lit dans le journal de Moore qu'à la fin de l’année 1723 le gouvernement anglais deJamesfort ayant appris que Harnot , chef du comptoir fran-

(i) Ilavail appris que 1rs furèlsde gommiers ne soin qu'àcinq jonnièesde Yaniniarreu, elà sept ou IiiiiI de la rivière du Sénégal; quelles ont mise journées de longueur et seize de tireur; qu’elles sont parlagèes entre les Nègres ‘Yani, cens du Foula et les Grands-Jolofs; que dans les lieux voisins il ne se trouve aucun habitant; qu'entre Yaniniarreu et ces furets on lie rencontre ni rivière, ni aucun autre obstacle. ( Walckenaer , Histoire générale des Voyages , t. III, p. 4"6. )

cais d’Albréda, s’était rendu à Taakrowal. et avait dépassé ainsi les limites marquées au commerce français, envoya deux de ses facteurs pour s'emparer du canot et de la personne d’Harriot, ainsi que des Portugaisqui auraient commercé avec lui : Harriot avait déclaré hautementqu’il se regardait comme libre de remonter sans permission dans tous les ports de la Gambie. Il parvint à gagner par terre Vintain; mais son canot fut saisi, jugé de bonne prise et employé dans l'expédition de Stibbs. Ainsi le comptoir d’Albreda ne put jamais étendre ses opérations commerciales dans la Haute-Gambie; toute l’industrie des agents français se Itorna à entretenir les relations faciles et fructueuses du comptoir de Vintain, et à ouvrir par la une communication importante avec le principal établissement des Portugais, Carnaux, sur la rivière de Santo-Domingo. Quelques événements millteureux empêchèrent encore I accroissement du comptoir d’Albréda : le 17 novembre 1730 un incendie considérable le ruina presque complètement, malgré les prompts secours envoyés par le gouverneur anglais. M. Leveuz, directeur général des établissements français du Sénégal, fit un voyage en Gambie à cette époque, et sans doute à cette occasion; mais notre comptoir ne put être rebâti qu’en 1734 : Moore marque dans son journal que le 12 août de celte année une chaloupe française de Goree vint demander au gouverneur de Jamesfort la permission de couper du bois sur les bords de la Gambie, a l’effet de le reconstruire. En 1750, à la suite peutêtre d’un même desastre, il fallut encore rétablir ce comptoir; et Delabrue et de Samt-Jean, directeurs, l'un de la concession du Sénégal et l’autre de l’ile de Gorée, firent pour cela le voyage de Gambie avec trois bâtiments (i J. Le traite de Paris du 1 0 février

(i) Le naturaliste Adanson était de ce voyage ; mais les embarras qui accompagnent tout etablissement le génèrent dans ses observations scientifiques, et il retourna à Corée apres un séjour de trois semaines (Voy. {'Histoire generale des Voyages de M. Walc- „ ketiaer, t. VII, c. 8 ).

1763, qui enleva à la France les établissements du Sénégal, lui laissa, avec l'Ile de Gorée et les faibles comptoirs de la côte comprise entre le cap Vert et la Gambie, le comptoir d’AIbréda, mais non plus celui de Vintain, qui pouvait seul lui donner une importance commerciale. Plus tard, certaines dispositions du traité du 3 septembre 1783, et nommément celle de l'art. 10, firent naître des difficultés entre les deux gouvernements. Cet article portait que » le roi Tris-Chrétien garantit, de « ton côté , au roi de la Grande- tir e-

■ tagne ta possession du fort James « et la rivière de Gambie; » et les commandants des établissements anglais, d’après une interprétation censée rigoureuse du sens de cet article, voulurent s'opposer au rétablissement du comptoir d'Albréda , dont, à la vérité, il n’etait pas fait mention expresse dans le traité, et qui, suivant eux, devait être compris, à titre de dépendance, dans cette possession reconnue de la rivière de Gambie. » Mais, dit l’auteur de la Notice

• statistique sur te Sénégal et ses a dépendances , la question se trouve « décidée en faveur de la France par a les termes mêmes des autres articles a du traité. En effet, la restitution du a comptoir d’Albréda est explicitea ment consacrée par l'art. 19, qui a porte : Tous les pays et territoires a qui pourraienlavoirété conquis, etc., a dans quelque partie du monde que a ce soit par les armes de Sa Majesté a Tris-Chrétienne et qui ne sont pas a compris dans le traité, ni a litre de a cessions , ni a titre de restitutions, a seront rendus sans difficultés; etc.

a Or l’art. 10 se borne seulement à a garantir b l’Angleterre la possession a du fort James et de la rivière de a Gambie, sans parler de cession ni a de restitution. D’un autre côté, on a ne saurait prétendre avec le moindre

• fondement que la France ail cédé a la rivière de Gambie à l’Angleterre

■ de la même manière que cette der-

■ nière a cédé è la France la riviere « du Sénégal, puisque, d’après l’art. 9, « le roi de la Grande-Bretagne cède « en toute propriété et garantit à Sa

• Majesté Très-Chrétienne la rivièredu

a Sénégal, etc. » (1). Au reste, ces difficultés se terminèrent heureusement. La France rentra en pleine possession du comptoir d’Albréda; il y eut même un entier rétablissement de ce comptoir dans les années 1785 et 86 , à (a suite d’événements assez graves, que le voyageur Golbery raconte avec grand detail dans ses Fragments d'un voyage en Afrique.

En 1784, Ali-Sonko administrait le royaume de Barra comme régent et tuteur de l’imbécile bai-Sonko, son neveu. L’alquier du village d'Albréda, qui portait le titre de grand alquier, vieillard avide, dur et intrigant, voulant renverser Ali-Souko ou se soustraire à son autorité, et voyant qu’il aimait et protégeait les Français, exigea d’eux de nouveaux droits, les menaça et maltraita même des gens de l’équipage de la corvette la blonde, alors en relâche dans la Gambie; enfin, il s’empara, au nom de Bai-Sonko, des effets d’un capitaine marchand qui venait de mourir à Albréda, prétendant que sa succession revenait de droit au roi. Ali-Sonko, ne pouvant s'opposer à ces violences, en fit part au gouverneur du 'Sénégal, M. de Repentigny, qui envoya Golbery et M. de Braeh en Gambie", avec la mission d'assurer pour l’avenir la tranquillité de l'établissement et du commerce français. Il y eut à ce sujet deux palabres royaux; dans le second, Ali- Sonko parvint è triompher des intrigues du grand alquier; et iljut accordé aux Français de construire un nouveau fort sur un terrain isolé, et éloigné de deux cents toises à peu près du village, vers l'ouest. Sa situation sur

(i) J’ai cité lexluellement ce passage de Il A ’olice statistique sur le Sénégal el ses dépendances ( p. i5J et 1 54 ). parce rpie, extrait d'une piibliraiion laite par ordre de M. l'amiral baron Du perré, minutie secrétaire d'Élat de la marine et des colonies en 1839, il a un caractère officiel , une amendé politique, et que dans ces difficultés, soulevées a iiex liéquenimenl par les exigences des commandants anglais, fl par la position désavantageuse, il faut le reconnaître, de noire comploir, il pourra toujours étie invoqué et produit d’une manière triompliaule et décisive, à mon sens.

L’UNIVERS

les bords du fleuve permettait d’y établir un débarcadère, et facilitait la retraite en cas d'attaque ou d’insulte. Il fut stipulé, en outre, que 1e commerce français serait libre dans tout le royaume de Barra, et qu'aucun chef mandingue ne pourrait réclamer à l’avenir les dépouilles des Européens qui viendraient a y décéder; que les Français pourraient tenir une garnison et construire des batteries et des retranchements dans leur comptoir (1). Ce traité date du 31 mars 178.5. On sait qu’à partir de cette époque jusqu’en 1817 nos possessions d’Afrique furent dans un état sans cesse flottant et incertain. En 1737 le comptoir d’Albréda fut abandonné; mais il parait qu’en 1792, ou même antérieurement, il y avait eu reprise de possession, puisqu’en 1817, conformément aux conventions diplomatiques de 1811 et de 1815, il fut rétabli sur le pied où il était en 1792. Enfin, le traité passé le 13 mai 1817 et renouvelé le 15 novembre 1827, mais toujours sur la même base que celui de 1785, régla définitivement l'état de notre comptoir d’Albréda. Je termine en citant quelques paroles de l’administrateur Durand, qui apprécient aussi exactement que possible l’importance passée et future de cet établissement : - C’est une position qui ne sera jamais « d’une grande utilité ; elle est pré- « caire et presque nulle : on ne peut « s’y procurer que ce qui échappe à « l’activité des Anglais, ou ce qu’on « enlève à leur vigilance. Cependant, « je pense’qu’il convient de le main- « tenir, moins à la vérité pour les « avantages qu’il présente sous le rap- « port du commerce que pour con- « server le droit de propriété et nos « relations avec les rois du pays, les- « quels ont un goût décidé pour les « É'rançais et préfèrent leurs marchan- « dises (2). <■

Cazamance ^ En quittant la Gambie pour continuer à descendre la côte, dit M. le comte Bouët, on prolongera, apres avoir franchi les passes, le cap Sainte-Marie et le cap Pelé. Les terres au sud du cap Pelé présentent un aspect

( i ) Walckenaer, Hisl. générale des f'oyages, t. V, p. 348-358.

(■)) f'ornge au Sénégal , p. 83.

nouveau : elles vont en s’abaissant, sont très-boisées et interrompues de distance en distance par des bouquets d’arbres qui de loin ressemblent à autant d’iles, et entrelesquels se découpent des entrées de petites rivieresou marigots. Une baie, assez arquée , mais peu profonde, indique la position de Cougniour et de la rivière Caton. Le village de Cougniour est à deux milles dans l’intérieur, eomtne aussi celui de Caton, qui est plus au sud. La rivière Saint-Pierre succède à la rivière Caton : elle est plus profonde.

La rivière Sainte- Anne, à peu près aussi profonde, succède à la rivière Saint-Pierre. Plus bas le Marigot aux Huîtres et celui de Dyogué coupent les terres de l’f/c Dyogué , dont la pointe sud forme l’exircmité de la rive droite de la Cazamance. Ces marigots se jettent dans cette rivière à l’epoque de la saison des pluies. L’embouchure de la Cazamance forme une grande baie, qui se développe entre les terres basses de Dyogué, courant au nord sur la rive droite , et les terres plus élevées de Guimbering , courant à peu près au sud-ouest sur la rive gauche. Deux grands bancs obstruent cette espèce d’entonnoir, et s’étendent à environ six milles au largede l’entrée de la rivière proprement dite. La barre une fois franchie, on ne tarde pas à découvrir le mût de pavillon de prise de possession , planté à trois milles au-dessus de la pointe nord de Guimbering, dans l’intérieur de la rivière. On laisse à la droite un marigot qui sépare Carabane de Guimbering et forme entre ces îles une espèce d’anse convenable pour entreprendre des réparations de navires. Carabane, située sur la rive gauche au-dessus de Guimbering, est, comme Dyogué, une île appartenant à la France. Les deux rives de la Cazamance nous ont été successivement acquises jusques et au delà de l’établissement de Sed/tiou, situé à trente lieues environ au-dessus de l’embouchure de la rivière, considéré comme une dépendance du Sénégal et muni d’un fortin flanqué de bastions et défendu par des canons et une garnison de cinquante soldats (1).

(i) L’ilc de Dyogué a été acquise dot

SÉNÊGAMB1E.

La rivière de Cazamance est très- poissonneuse et accessible à de grands navires jusqu'au barrage de Piedras, à peu près intermédiaire eutre le fort de Sedhiou et le village de Siquinclior, établissement portugais, situé lui-méme à une dizaine de lieues au-dessus de l'embouchure (I).

Comme l’indique M. le comte Bouët, les rives de la Cazamance sont coupées de criques ou marigots et bordées de palétuviersjusqu'a dix lieues de l’embouchure. Le marigot des lluilres, qui s’ouvre sur la rive droite, à trois lieues à

fieu près de l’embouchure , est partieuièrement remarquable. Il est bordé , comme la Cazamance, de palétuviers extrêmement touffus, et sur ses côtes s’ouvrent aussi des criques plus ou moins profondes, ombragées ellesmêmes de mangliers. Nulle part les racines de ces arbres ne sont plus chargées d’hultres qu’en ce lieu. Le marigot et l’une de ces criques forment une espèce d'ile, qui n’est, a proprement parler, qu'un banc de coquilles, recouvert à peine d’un pouce de terre végétale, mais produisant cependant une grande quantité d’arbres rares , comme I ’erioglossum caulijlorum , le Iricltillia prieuriana , Yochna dubia, l 'oncoba spinosa , le randia longistyla , le combrctum comosum, Vuvaria æthiopica , I ’uoaria paru! /tara. C’est dans cette île que M. Perrottet vit, en 1829, les fours à chaux de M. Pierre Bodin, de Corée, trous plus ou moins vastes, de trois pieds et demi de profondeur, au centre desquels on jetait un tas de bois destiné à cuire et à réduire en chaux les coquilles d’huîtres et toutes celles qu’on extrayait du sol. M. Perrottet eut la facilité d’explorer ces singuliers terrains de la Cazamance, partout sillonnés de criques , de mares salées et couverts

chefs du pays en 18*7 ; l’ile de Carabnne le 11 janvier i836; le territoire de Sedhiou, le i4 mars i837, et celui de Guuoberiug le 1" avril de la même année.

(1) Description nautique des côtes de r Afrique occidentale, p. 36-4o. — Voy. aussi les Renseignements donnes sur In navigation intérieure île la Cazamance (jusqu’à l'établissement de Siquinclior ), par le lieutenant de vaisseau F.. Leps, ibid., p. 4°-45.

de palétuviers, sur le bateau d’un caboteur français; il put visiter ainsi les villages de Béring ou N'Bring , sur la rive gauche, à huit lieues de l'embouchure ; deSamatite, sur la mêmerive et a trois lieues à peu près de la mer ; de Cagnul à une lieue plus loin. Des environs élevés de Cagnut on aperçoit, sur le terrain dépendant du cap Roxo, les trois villages de Montsor, de Cagnac- Cay et de Maloumb : ce dernier est le plus proche de la mer.Tousces villages sont grands et habités par des Nègres Féloups-Yola ou Guiolas, de mœurs douces et hospitalières. Les cases y sont bâties en terre glaise, comme dans les villages des Sosès, mais plus vastes et plus élevées , et cependant encore plus obscures; pour tout mobilier, on y voit des espèces de lits faits de baguettes de bois liées ensemble, soutenues par des piquets à une hauteur de deux pieds à peu près et recouvertes d’une simple natte; pour tout ornement, des os, des dents , des cornes d’animaux sauvages et domestiques, des boucliers de peau d'hippopotame , des arcs et des flèches. Ces Nègres habitent pêlemêle avec leurs bestiaux. Les femmes, en général fort laides et très-sales , se rasent la tête et se ceignent les bras jusqu’aux coudes de larges bracelets de cuivre; des plaques de cuivre, échangées en forme de cœur, leur pendent au cou. Presque toutes ont les dents limées en pointe. 11 parait que les Nègres de ce canton ne reconnaissent pas de chef, et les affaires publiques s’y traitent toutes dans ces assemblées générales connues sous le nom de palabres.

C’est à une assemblée de ce genre qu’en 1829 M. Blanchard , caboteur français, soumit sa demande de bâtir une case provisoirement, pour le dépôt de ses marchandises, sur lemarigotdeCagnut, vis-à-vis de l’extrémité orientale de 17/e des Eléphants , à trois quarts de lieue à peu près du village, et que les Portugais de Siquinclior vinrent former opposition à ce projet. — Au sortir du village de Cagnut, et à droite du chemin qui conduit au marigot de ce nom, s’étend une immense oasis, couverte de la plus belle végétation. Le village de Samalite, comme le précédent, est situé sur un terrain élevéet environné de grands a rbres,

L’UNIVERS

de bentaniers, qui couvrent les chaqips voisins et le village de leur soie jaunâtre; de carappa touloucouna , dont les rameaux retombent jusqu’à terre sous le poids de leurs feuilles coriaces (1); de spondiasmicrocarpa, caractérisés aussi par la longueur de leurs branches et l’éaisseur de leur feuillage. Le nombre es criques qui sillonnent les rives basses du marigot de Cagnut est infini , et l'épaisseur des palétuviers qui les ombragent rend tout à fait impossible l’accès du terrain solide. Il n’y a que Vile aux Éléphants, située près de la rive gauche de la Cazamance , qui, dans la partie inférieure de la rivière, ne soit s couverte de mangliers : elle est rnéeà l'ouest parle marigot de Ghimbering ; et à l’est le marigot de Cagnut la sépare des terrains du cap Rouge et de ceux des villages de Cagnut et de Samaiite. Dans une autre direction, M. Perrottet explora furieusement le village de IVagran , situé à une lieue environ au sud de l’ile aux fours à chaux et à une lieue et demie à peu près A' Itou, village situé sur la rive droite de la Cazamance, à quatre lieues à peu près de l'embouchure, et presque en face du village de Samaiite. La crique qui conduit du marigot de* Huttres a Wagran est très-sinueuse, peu profonde, bordée comme toutes les autres de palétuviers, et environnée de rizières d'une étendue considérable et très-bien entretenues.

Ce vidage de Wagrau estplacésurun plateau sablonneux , beaucoup plus élevé que les terrains d’alluvion qui l'entourent, et tout couvert de figuiers, de ta-

(r) « 1*» feuilles du carappa touloucouna, « pennées avec paire , sont portées sur un

■ pétiole commun, quia environ trois pied*

* de longueur; les folioles sont grandes, épait- « ses, coriaces, et d'un beau vert luisant. Les «fleurs, d’un rose pâle , sont géuéialement

■ peliteset portées sur de longues grappe* de « deux pied* et demi à trois pieds. Les fruits

* tontgios, presque sphériques, sembla blrsen « quelque sorte à un boulet de canon, à cinq « côte* plu* ou moins saillantes, contenant un « grand nombre d'amandes presque angu- « leuses ou un peu aplaties du côte de l’axe « du fruit et convexes en dehors. C'est de « ces amandes que l'on extrait l'Imile connue « dans ce pays sous le iiotn d'huile de tou-

* loucouna. »

mariniers , de bentaniers, de mertensias gigantesques, et de touffes épaisses a'uvaria parviflora. Les portes des cases du village sont faites avec le bois du bentanier, grossièrement travaillé.

Lourdes, épaisses, elles tournent sur des liens ou espèces de gonds fabriqués avec les tiges flexibles d'ün rotang et fermées en dedans au moyen d'une traverse de bois qui glisse sur des crans entaillés dans la porte et entre dans le trou carré d'une mortaise creusée sur le mur(l).

On ne connaît pas la source ni la longueur du cours ae la rivièréde Cazamance; on a longtemps cru qu'elle n’était qu’un bras de la Gambie : cette opinion est encore consignée, comme très-vraisemblable , dans la Notice statut iquesur le Sénégal et ses dépendances (S) : « La rivière de Cazamance, y est- « il dit, paraltétre un brasde la Gambie, ■ qui se sépare de ce fleuve vis-à-vis de « l’île aux Éléphants (une seconde s’en- « tend), à quarante lieues environ de son « embouchure, se dirige au sud-est, puis «à l’ouest, et se jette dans l’Océan, « après un cours de soixante à quatre- « vingts lieues. > Si la Cazamance n'est pas un bras de la Gambie , au moins la cominuniuatioii de ces deux rivières, par un ou plusieurs cours d'eau appelés marigots au Sénégal, et décrits sous le nom d 'effluents par M. Ralfenel , n'est plus douteuse. Mais cette communication , pas plus que celle du Sénégal et de la Gambie, n'est praticable de manière à faciliter et à accélérer les relations commerciales. On peut croire aussi qu’une communication pareille existe entre la Cazamance rt le Santo- Domingo, rivière plus méridionale (3).

Il esl déjà fait mention de la Caza-

(t)Voy. Relation du •voyage de M. Perrottet à la rivière de Cazamance, dans le pays des Feluupj-Yotn ( 183g), dans le toute LX des Nouvelles Annales des Poyages, p. 37-54.

fs) P. 3o3.

(3) Le P. Labat, en racontant un voyage de Unie, gouverneur du Sénégal, d’AlhréJa à Carheo, par terre, marque expressément que la rivière de Casamanca ou ( ’asamance est un bras de la llamhie ; Riiillauine Delisle, dans sa carie posthume de l ‘Afrique française ( 17*6), montre ce» deux rivières communiquant ensemble par deux marigots qui sortent d'un même lac et cou-

SEJSÉGAMBIE.

mance dans les Navigations cT/flotty* de Cademoste\ il raconte comment,

lent vers l’ouest , l’un dans la Gambie, sous le nom de rivière de Gueregue, et l’autre dans la Cazamance. D’Anville iuulli|>lie ces communications dans une carte de la partie oc cidenlale de C Afrique comprise entre Arguai et Sierra-Leon e , qui parut en janvier 1737 : d’abord il indique en note que l’origine de la rivière de Cazamance n’est pas connue, mais qu’on en fait communément un bras de la Gambie, et qu'il y a des cartes qui l'en font sortir près de Jagre ou Geagra et de Cisle des Eléphans ; indépendamment de cette première communication, qu’il a figurée avec réserve par une double ligue de points, il en marque une autre s’effectuant par un marigot voisin de Tondcba ( Tendrrbar ), qu’il nomme rivière Dierni et qu’il fait aboutir à un grand lac , une troisième par le marigot de Bintam, qui, au-dessus de Jerèges, se divise en deux bras, appelés, l un rivière de Sangedegou, l'autre rivière de Sanguedagudenba (cest-à-dire Sangedegou d’en haut), et aboutissant tous deux à ce même lac , en même temps que le second bras, sur la rive méridionale duquel est placée la ville de Pasqua, envoie directement à la Cazamance trois rameaux presque parallèles; une quatrième, par un marigot qui s’ouvre sur la éambie, vis-à-visdu Fondes Anglais , en formant une espèce de delta, dont les bras principaux sont appelés rivière Beretet et rivière Farba, et qui débouche dans la C&zamance un peu au-dessous de Zinguincltor ; tu lin une cinquième, parlar/Wére tomba, quis’ouxre, d’un cété, tout près de l’entrée de la Gambie, et rejoint, de l’autre, la rivière dus Ostras ou des Ùuttres. Il faut dire que sur la carie particulière de la côte occidentale de l'Afrique, depuis le cap Blanc jusqu au cap de Perga, dressée pour la Compagnie des Indes (juillet 1751), d’Anville n'a reproduit qu’une seule de ces communications, celle qui s’effectue par le marigot de Viutarn; et c’est celle-là qui se retrouve sur les cartes de Belin ( tq55 et 17*55), de ftuache ( 1706), et deJefferys ( 1768 ). Mais, comme on voit, les géogiaphes du dix huitième siecle ne doutaient pas que cette jonction n'exisiàt réellement. En 1828 le gouvernement anglais , dont l'aitenliou était attirée alors par nos tentatives d’établissement en Cazamance, confia au capitaine Bottier la mission de vérifier si la Cazamance était effectivement un bras de la Gambie : M. Roteler se contenta de relever le cours de la Cazamance jusqu’à Zinghiuchor, et dans la Gambie une partie du marigot de

après être sortis de la Gambie , ils naviguèrent toujours à vue de la côte et de jour à demi-voile, avec grand égard, puis de nuit mettant une caravelle a la suite de l'autre, selon que le sort en ordonnait, et demeurèrent en aile extrémité par l'espace de trois jours, à la fin desquels ils vinrent à découvrir la bouche d'un fleuve d’assez bonne éten-

BinUm; les dangers de U navigation, et surtout, on peut croire , la considération que les droits incontestables des Portugais sur la rive méridionale de la Cazamance seraient un obstacle invincible aux vues secrétes du gouvernement anglais et ôtaieutdèslàlout intérêt à ses recherches, l'empêchèrent de poursuivre sa reconnaissance; s’appuyant alors de l’incertitude et du peu de consistance des renseignements des naturels sur l'existence de cette prétendue communication, et singulièrement des tentatives inutiles de M. Jomer, homme de couleur et l’un des principaux traitants de Bat hurst, pour la découvrir, U en vint a nier absolument qu’il y en eût une. Mais cette opiuiou fut accueillie généralement avec défiance, et le lieutenant gouverneur des possessions anglaises en Gambie, M. Rendait, reprit en i83i celle importante exploration. Au delà de Rintam , il s’engagea dans le marigot de Jataban , qu’il supposait être le bras principal; remonta jusqu’à Gif ara ng, à une distance de quarante milles à peu près, puis vingt milles plus haut, jusqu'à Radjacoonda ; mais il s'arrêta cinq milles plus loi» : la navigation devenait, a la vérité, de plus enplusdilhcile, à cause surtout des mangliers qui bordent les deux rite» ; cependant l’eau était suffisamment profonde, et ce ne fut une l'approche des tornadu* et des pluies qui décida M. Rendait à abandonner l'entreprise : du reste, il revint plus convaincu que jamais que la jonction de* deux rivières existait. ( Voy. dans le III* vol. du Journal of tht royal geographical Society of London , part. 1, p. 7a, une note communiquée par M. W. Hay et publiée sous le titre de Sunposed jonction of the river Cambia and Casamanzn , on die western const of A'rica. ) Les documents contenus dans cette note donnèrent ocra>ion à M. d’Avezac d'examiner de nouveau celle question, et, complétant les unes par les autres les diverses notions acquises, il a vraiment, on peut le dire avec lui, établi la communication de toutes pièces, i Voy. dans le totne Itr de la deuxième série du lUdletin de la Société de géographie , p. 4 *>*54 » uu® note sur la communication mutuelle de la Gambie et de la Cazamanse. )

L’UNIVERS

duc , et pouvant avoir de large f espace d'un demi-mille, laquelle outrepassant devers le soir, ils virent uu petit golfe qu'on eût quasi pris pour la bouche d un fleuve; unis le matin ensuivant , mettant voile au vent , ils engolf ère nt quelque peu, tellement que la bouche d'un autre grand fleuve se présenta à leur vue, laquelle ne semblait guère de moindre grandeur que le fleuve de Gambra,dont les rivages, tant d un côté que d’autre , se voyaient tout couverts d'une infinité d’arbres hauts, drus et verdoyants , qui leur donna envie de s'en accoster, si qu'ils y vinrent surgir ; comment ils furent acertainés par les truchements que le fleuve se nommait Casamansa , comme si l’on voulait dire le fleuve du seigneur noir nommé Casamansa, lequel faisait sa résidence dans icetui , trente milles avant. Ils firent départ le jour ensuivant, après avoirobservé que depuis le fleuve de Cambra jusqu'à celui-ci de Casamansa y a environ cent milles, ui sont vingt et cinq lieues. Les étalissements des Portugais en Cazamance remontent à une date très-ancienne quoique incertaine. M. de Santarem a remarqué que dans la carte d'Afrique dressée par Hondius pour l’édition de Mercator, et publiée en 1609, il y a un château sur Casamansa, et que toute la nomenclature de la côte de Guinée est portugaise; que dans la carte de Bertius de 1640 on trouve sur Casamensa le mot Ouido, mot employé par les Portugais, surtoutau quinzième siècle, comme un emblème d’empire et de possession , et retenu vraisemblablement par Bertius d’une ancienne carte dans laquelle le pavillon portugais était déployé sur Casamansa(l). D’un autre côte. Alvarez d’Almada nous montre les Portugais vivant en pleine sécurité à la cour du roi de Casamansa, mais forcés de communiqueraveclelieu de sa résidence, Brucama, situé, si l’on ajoute foi aux renseignements deCademoste, à trente milles en remontant dans la rivière , plutôt par le rio Domingo que par la Cazamance même. A l’époque où écrivait Almada, il y avait plus de vingt-cinq ans qu’aucun

(j) Bulletin de la Soc, de géographie, V série, t. XVI, p. »4*-

vaisseau n’était entré dans cette rivière, parce que les Nègres révoltés contre le roi de Casamansa , les Banhuns Jabundos et les Banhuns Izigichos , barraient le passage à tous ceux qui voulaient se rendre dans ses États (1). D’après cela , et d’après la réputation de férocité que les populations riveraines de a Cazamance inférieure ont conservée trèslongtemps (2), je suis porté à croire que les Portugais n’ont jamais eu d'établissements dans la rivière au-dessous de Zighinchor.

Le voyage de Bruè, d’Albréda à Cacheo, en 1700, nous fait connaître l’état et le nombre de leurs comptoirs ou forts entre la Gambie et le rio Domingo : de Jamesfort il gagna, par la rivière de Vintam ou de Saint-Grigou , la ville de Vintam, où il trouva établis un grand nombre de Portugais, qui s’y étaient même bâti une belle église. De Vintam il se rendit à Gérèges , où l’alquier nègre, les Portugais et les facteurs des comptoirs anglais et français le reçurent avec de grands honneurs ; il ne manqua pas d’aller visiter l’empereur de Foiny ou de Fonia , qui résidait à une demilieue de Gérèges : les Portugais formaient une partie considérable des populations soumises à ce souverain ; ils lui payaient un tribut annuel, et s’étaient mêlés entièrement aux Bagnons et aux Feloupes; et Bruè fit la remarque que les Feloupes de Vintam et de Gérèges étaient presquecivilisés, en comparaison des tribus indépendantes qu’il rencontra en avançant vers la Cazamance. L’alquier de 'Gérèges, par ordre de l’empereur, lui fournit des chevaux . et avec une escorte de seize personnes Bruè continua son voyage. Le premier jour il fit dix lieues,' et atteignit Pasqua, grand village de nègres Bagnons, entouré des plus belles cultures, et où l’empereur entretenait une garnison de cent fusiliers nègres pour contenir les Feloupes sauvages : Bruè logea dans la maison d’un Espagnol, à une lieue

(i)A ’auv. dnn. des Voy., t. XCIV, p. i io. • (a) Voy. à re sujet les remarques Irès-cnrieuses d’un voyageur anonyme, publiées à la fin des Voyages du sieur ternaire aux des Canaries, Cap-Vert , Sénégal et Gambie , en i G8>. Paris, in-n, 1695.

SKNKGAMB1E.

de Pasqua, sur la rivière; puis il s'engagea dans le pays des Feloupes indépendants; il eut à. passer deux petites rivières qui tombent dans celle ae Pasqua, mais ne fut pas inquiété, et arriva le troisième jour à James ou Jam, à quatorze lieues de Pasqua. Jam est l’endroit de tout le pays qui produit le plus de cire; il s’y tenait un marché deux fois la semaine. Les Portugais établis dans les environs venaient y acheter la cire brute, la publiaient, et la dirigeaient de là sur Cacheo. Bruë quitta là ses chevaux , et prit des canots pour se rendre à Cacheo. Une lieue au-dessous de Jam il entra dans la Cazamance, deux lieues plus haut qu'un fort portugais situé sur la rive gauche de cette rivière : ce fort consistait en deux demi-bastions faisant face à la rivière et deux bastions du côté de la terre montes de quelques pièces d’artillerie. Une lieue plus loin il rencontra le village de Bayto , où les Portugais avaient encore une redoute avecquinze petits canons etquinze hommes de garnison ; ce canton lui parut malsain et humide. Bruë, en s’avançant vers un village de Nègres Baguons situé sur un ruisseau qui, sortant de la Cazamance, passe par Ghinghin et tombe dans le Santo-Domingo, trois lieues audessus de Cacheo, se trouva égaré au milieu de' marais profonds, il put cependant gagner Ghinghin , qui n'est qu’à trois lieues de Bayto. Ce village était peuplé, moitié de Baguons, moitié de Portugais, qui employaient à la préparation et au transport de la cire, et à la culture de leurs terres, un grand nombre de Gi omettes. Enlin de Ghinghin il gagna, Cacheo sur un bâtiment anglais : Cacheo ou Cacheu , qui est encore aujourd’hui l’un des principaux établissements des Portugais sur la côte occidentale d’Afrique, était en pleine prospérité à l’époque du voyage de Bruë.

Il est situé sur la rive méridionale de larivière, à six lieues de son embouchure. Les Port ugais paraissaient avoir éprouvé une grande résistance de la part des indigènes, en voulant s’établir dans ce lieu; et ils n’avaient rien négligé pour s’y fortifier (t). Ils y avaient éleve un rempart

(i) Voy . Teilrait de la Relation des rivières de Guinée , d' Alvarez d' Aimada, publié

bien palissadé , et y entretenaient une forte artillerie : la garnison se composait de trente hommes, commandés par un capitaine-major, qui prenait le titre de gouverneur, un lieutenant, un al/érés ou enseigne, et un aide-major. La ville était défendue , à l’ouest , par un fort triangulaire qu’on nommait Casa forte.

Les officiers civils de l'établissement étaient un intendant, qu’on nommait sindycante, un receveur des droits et quelques commis. Les maisons étaient construites en terre glaise, blanchies au dedans et au dehors; elles étaient spacieuses, mais élevées d’un étage seulement, recouvertes dans la saison des pluies de feuilles de lataniers, et dans les temps secs d'une simple toile suffisant’ à les garantir de la rosée et du soleil. Il y avait dans la ville une église paroissiale, desservie par un curé et deux prêtres, et un couvent de capucins entretenu aux frais du roi de Portugal et dépendant de l’évéque de Santiago. Il s’y faisait annuellement un commerce de deux outroiscents esclaves à trente barres par tête, de cent quintaux de cire à seize barres le quintal, et autant de quintaux d'ivoire à dix-huit barres le quiutal. La relation du voyage de Bruë ajoute à ces détails un tablrau du genre de vie et des mœurs de la population portugaise de Cacheo. A proprement parler, il n’y avait pas de familles portugaises dans cette ville; mais les habitants, même les plus considérables, appartenaient à une race mêlée, difficile souvent à distinguer des Nègres. Outre l’établissement de Cacheo, les Portugais ont encore , dans le haut de la rivière, le comptoir de Tarinha. Aujourd'hui que la traite ne se fait plus dans la riviere de Santo-Domingo, le lieu peut-être de l’Afrique occidentale où elle se faisait le plus activement autrefois , les économistes portugais insistent sur l’importance a’y fa-

dans les Nouvelles Annales des Voyages, t. XCIV, p. 361-70. J’indiquerai ici une carie, curieuse intitulée : Carte particulière des castes de t Afrique, qui comprend le royaume de Cacheo, te province (ne.) de Gelo/o, etc., levée par ordre exprès des roys de Portugal sous qui on en a fait la découverte. A Amsterdam, chez Pierre Mortier, libraire.

L’UNIVERS

voriserle commerce de la gomme et la culture du riz, et d'y essayer même la culture des épices (1).

Côte des Bissagos , comprise entre te cap Roxo et les i les de Loss (2).

La côte qui s'étend depuis le cap Roxo jusqu'aux lies de Loss, et que M. le comte E. Bouët a classée sous le nom de côte des Bissagos , a été la fraction de côfe le plus taidivement explorée du littoral occidental de l'Afrique; maintenant encore elle offre à la curiosité des géographes, entre le rio Grande et le rio Compouny, toute une plage complètement inconnue et d’un abord fort difficile, sinon impossible; l'archipel des Bissagos lui-meme, dont les lies plates, vertes et entourées d'un rempart de vase, sont jetées au large du continent, n’est pas encore complètement hydri grapliié; dans les canaux peu profonds qui séparent ces Iles les unes des autres circule un courant violent, assujetti aux variations régulières des marées , et qui fait de ces iles autant de dépôts d'alluvion auxquels la mer a mêlé ses sables; couvertes de bois et de palmiers, elles annoncent presque toutes une grande richesse de végétation; mais, au large, c’est une ceinture de récifs qui défend les approches de l’archipel ; en dedans de cette lisière, ce sont des hauts fonds ou des bancs de vase infecte, accumulés sur les contours des îles , lesquels restant découverts à mer basse en rendent ainsi la fréquentation difticile et le séjour malsain.

Des navires de grande dimension, bien pilotés, des corvettes môme, peuvent tres-bien passer entre l'archipel des Bissagos et le continent par le canal dit Canal oriental des Bissagos. Après avoir doublé les terres peu élevées, mais très-boisées, du cap Roxo, on gouverne pour contourner les bancs de Cacheo; on laisse ainsi à sa gauche, sur le conti-

(i) Voy. Mcmoria sobre ai colonial de Portugal situadas na coïta occidental et Africa , mondada ao gnverno pela antigo go -

Antonio <ic Saldana da Coma, i83g,in-8<>.

(a) Deicription nautique det côtes de l'Afrique occidentale de A1. le comte E. Bouet.

nent, le cap Barella et la petite crique de ce nom , qui , suivant les caboteurs sénégalais, communique avec le bas de la Cazamance. Les abords de la rivière de Cacheo ou Santo- Domingo, qui succède à Barella, sont défendus par des bancs et des brisants au milieu desquels les caboteurs passent journellement pour se rapprocher de terre ou pour pénétrer jusqu à Tarinha, comptoir portuga is établi au hautde la rivière. — Après avoir contourné les bancs de Cacheo, les pratiques de Corée font d’habitude reconnaître les ilôts rocailleux de Cayo , auxquels succèdent les îles vertes et boisées de Jatte e t de Bassi, habitées par les Papels; on est alors en plein canal , la terre s’aperçoit des deux côtés; les lies qu’on a en viie sont basses, marécageuses ; quelques-unes paraissent un peu plus élevées , mais elles sont entourées de terres très-basses, sur lesquelles les arbres surgissent de l’eau à demi novés. Pendant la belle saison la brise de i’ouest est fraîche dans le canal, ot permet d’en suivre facilement les contours, poussé par un courant de trois milles de vitesse par heure : après avoir laissé à sa droite l’tle Casegut, qui se lie à la grande île de Formose, on est à l’ouverture du rio Geba; et après avoir doublé Vite Bourbon par le nord ou par le sud , on va jeter l’ancre entre ['île Sorcière et l’établissement portugais de Bissao, Saint-Joseph , bâti sur la rive droite de la rivière (l). Le rio Geba n’est pas à proprement parler une rivière, non plus que le rio Grande , le rio Bolole, etc. : ce sont des estuaires ou bras de mer qui s'avancent assez profondément dans les terres pour remplir les espaces creux, laissés par les alluvions, et les dessèchements de toute cette fraction du littoral ; c’est à peine, en effet, si un mince filet d’eau douce vient se jeter dans le haut de quelques-uns de ces bras de mer. -Le fort de Bissao n’est que te point d’appui militaire du com-

(t) Voy. 1m Renseignements sur la route à faire pour se rendre à Bissao, et la description des terres voisines du canal ÿ ni y conduit , recueilli.' par M. F. Lahalle, lieutenant de vaUseau , et insérés dam la Description nautique des côtes de t Afrique occidentale , p. 53-57.

SÉNÉGAMBIEa

merce portugais dans le rio Geba : c’est Geba même, situé au haut delà rivière, qui en est le centre principal ; mais l'eau est peu profonde pour y arriver ; et d’ailleurs la fréquentation du rio Geba audes-us de Bissao a été interdite au commerce étranger par le Portugal, dont cet t e ri v ière est u n e possessio n . « Ce co m- « merce prendrait cependant un grand « développement si les habitudes de « traite de noirs, invétérées chez les Por- < tugais européens et indigènes de ces éta- € blisseinenu, n’absorbaient pas toutes ■ leurs idées et la plus grande partie de « leurs spéculations. » Le fort Je Bissao estd ailleurs bien placé: il estarméd'une quarantaine de bouches à feu; mais excepté huit de ces pièces, du calibre de douze, qui sont montées sur des affûts en fer, les autres canons sont hors d’etat de servir; la maçonnerie du fort est négligée et envahie par de longues heibes; la garnison se compose de quelques soldats noirs à demi vêtus, commandes par tui mulâtre (1)- — La quittant Ëissao

(i) L’ile de Bissao, dans laquelle est situé i ‘établissement portugais de Saint-Joseph, est lia lui et comme (utiles les îles qui la précèdent, l’ile de Jatte, l’ile Rassi, par les Papels n par une population el range, composte d'individus de toute race el de toute nation, qu'on rcunil sous 1a dénomination commune de Gourmettes. Les Papels ou indigène» sont les vrais utailres du pays; c'est une race sauvage, mais nullement méchante, et tout occupée de la culture du mil, du maïs el du riz, et de l’élève des bestiaux; ils habitent dans l’intérieur de rite , par petits hameaux de quatre ou cinq maisons , groupés autour du grand village de Dandy, qu'occupe le roi, chrfde l'ile entière. Les Gourmettes, vivant en apparence sous la protection du fort portugais , sont de fait souverains de la rivière, qu’ils remontent sur de nombreuses pirogues , pour aller chercher dans celte riche contrée la cire, l'ivoire, les peaux, l'huile de palme et tous les produits qui y abondent ; ce sont eux encore qui guident comme pilotes les caboteurs européens qui vont traiter dans l'intérieur même de rarchi|iel des Bissagos : voleurs , irascibles, cruels, ils faisaient subir même aux Portugais d'intolérables vexations. Au nombre de sept ou huiteents, ils occupaient un immense village bâti entre le fort el la ville de Saint- Joseph, sur le bord même des fossés du fort, de manière à en paralyser toute l'artillerie :

pour continuer à parcourir le canal oriental des Bissagos , la sonde à la main, on laissera à sa droite, poursuit M. le comte Bouët, F archipel des Bissagos proprement dit, pour pénétrer au milieu des îles Boulant, Gallinas, Cagnabac ,Jombire, qui sont très-rapprocltées du continent et avoisinent les canaux les plus facilement navigables; l’ile de Boulam et l'ile de Gallinas sont les premières entre lesquelles on passe : toutes les deux sont boisées ; et à Boulam surtout la végétation se présente avec une merveilleuse richesse. Les terres de cette Ile sont assez élevées et ferrugineuses danscertaiues parties ; uneceioture de roches également ferrugineuses entoure l’ile, et l'on y trouve une source d'eaux minérales près de l'établissement portugais. A marée basse il est impossible a des embarcations de parvenir pi-qu’à ces ceintures de roches, dont les abords

chaque maison de ce village, entourée de

Eos mura, était une espèce de forteresse d’où > Gourmettes avaient souveut tué à roups de pistolet les sentinelles portugaises sur les reni|>arts. Leur seul chef était un juge de paix choisi parmi eux et institué par le gouvernement portugais pour juger leurs dilférends. En 1S44, profilant de difficultés survenues entre 1rs Papels et les Portugais , les Gourmettes vinrent attaquer les négociants dans leurs maisons, et en pillèrent quelquesunes. Le gouverneur de Hissao le vil alors forcé de demander des secours au Sénégal pour dégager les négociants el la garnison portugaise, line vigoureuse intervention de M. le capitaine de corvette Baudin, commandant de la station française des cotes occidentales d’Afrique, reu-Jit à la colonie les moyens de se défendre routre de nouvelles attaques des indigènes : il exécuta ce que depuis cinquante ans le gouvernement portugais désirait sans oser le tenter, la destruction du village des Gourmettes, et replaça la ville de Saint-Joseph sous la protection immédiate de son fort. Le brick anglais/1 Alert vinl continuer pendant quelque temps ce qu'avait commencé le commun Janl Baudin, mais sans pouvoir arrêter définitivement ces hostilités, si préjudiciables au commerce important que le Sénégal et la Gambie entretiennent avec le rio Geba. ( Pqy. un extrait du Rapport de M. le commandant Baudin, adressé , le t*1 nov. 1844. au ministre de Us marine, dan» les Annales maritimes. Revue coloniale , s 845, 0° 9. )

L’UMVERS.

sont obstrués par de vastes plateaux de vase infecte, sur lesquels il faut passer, après avoir attendu la montée de la mer. Après avoir franchi le canal que resserrent les lies Galliuas et Boulam, on est droit à l’ouvert d’un autre bras de mer, auquel on a donné le nom de rio Grande. Le rio Grande s’enfonce à une douzaine de lieues dans l’intérieur des terres alluvionnaires de ces parages, et ces deux rives sont, pour ainsi dire, dentelées d'une multitude de pointes et de criques assez profondément prononcées. Comme plusieurs autres golfes allongés de cette fraction de côte, le rio Grande n’est alimenté que par les eaux de la mer; son cours, large et profond, permet à des navires de moyenne grandeur de remonter facilement à une douzaine de lieues de son embouchure , près du point où des Sénégalais de Goréeont élevé une factorerie pour la traite du mil, que cette localité produit en abondance. Le rio Grande se divise en deux branches, à cinq lieues de son embouchure : l’une court au nord et conserve le nom primitif; l’autre, sous le nom de rio Bolole, court à l’estsud-est : c'est dans cet embranchement et sur la rive gauche que s'élève la factorerie française. Les Biafares habitent la rive droite , et les Nu loua la rive gauche. Dans le rio Grande, la sonde accuse un brassinge moyen de seize mètres depuis l’embouchure jusqu’à la factorerie française. » 11 est faciled’aperce- « voir combien la fréquentation du rio « Graudeseraitavantageu.se pour lecoro- « merce si les caravanes de l’intérieur « venaient apporter au fond de ce golfe, « déjà si enfoncédans les terres, les pro- « duits divers des contrées voisines; mais « il n'en est rien : aussi , le mouvement « commercial de rio Grande n’est-il pas «comparable à celui de rioNnnez, ni « même à celui de Hissao, malgré les fa- « ciblés qu'il offre pour la navigation. « Ces deux rivières ne sont cependant • elles-mêmes que des bras de mer a peu « près semblables, maisqui aboutissent à « des centres commerciaux fréquentésde- « puis longtemps par descaravanes. «Une fois hors de rio Grande, on continue à descendre le canal avec rapidité, laissant à sa gauche le littoral jusqu’ici impraticable qui sépare rio Grande de rio

Compounu ; et à sa droite , après avoir parcouru dix à douze milles environ, Vile de Cagnabac . qui, par sa position sur le canal et la richesse de sa végétation, serait d’une importance presque égale à celle de fioulam. Cette île, qui passe pour inhabitée , est très-bien cultivée, et l’on y récolte beaucoup de riz; les noirs du littoral sont doux et bienveillants; mais les pilotes de Gorée, familiarisés avec ces localités, assurent qu’il y a dans l’intérieur des peuplades sauvages qui évitent tout contact avec les Européens : sans nul doute, marque M. le comte Bouët, sur cette île comme sur beaucoup d’autres de l’archipel des Bissagos, des négriers euro péens auront fait des enlèvements de noirs par ruse ou par force , et rendu ainsi la fréquentation de notre race en horreur à ces peuplades; mais c'est un préjugé qu’il n’est pas impossible de détruire dans l’intérieur de l'archipel ou des îles du canal, comme les caboteurs du commerce de l’ile de Gorée l’ont déjà détruit parmi les peuplades du bord de la mer. Le fond du sol de Cagnabac est ferrugineux , mais recouvert ae terres fécondes et boisées; on y trouve de l’eau qui conserve une teinte ferrugineuse. En quittant Cagnabac , on peut débouquer des Bissagos par le grand canal qui est entre l’île Harang et l’ïle Cavalo, ou, si l’on veut continuer a prolonger le littoraldu continent, passer entre l’ile Cavalo et l’Ile Jomhère, où il a franc passage; ces deux lies sont inabitées, basses et couvertes de bois.

En continuant à descendre le canal, on dépasse le reste de la fraction du littoral, encore inconnue géographiquement, dont j’ai parlé précédemment : on est alors tout a fait hors du canal oriental des Bissagos, canal assez profond, qui sépare, comme on le voit, le continent ou les îles qui l'avoisinent de l’archipel des Bissagos proprement dit : c’est avec cet archipel, ignoré encore des caboteurs, qu’il serait curieux et important tout à la fois d’ouvrir et de multiplier les relations de commerce et de civilisation. Après avoir débouqué du canal des Bissagos, on aura les roches des Alcatras et les bancs de In rivirre Compouny à contourner, pour se mettre en position d'entrer dans le rio Nunez. On peut, en

SÉNEGAMBIK. 145

quittant Alcatras, continuer à faire du sud jusqu’à se mettre par le parallèle du cap t-'erga, pointe de sable assez basse dont le contour est indéterminé.

Une chaîne de montagnes, dont les sommets, bien distincts et assez élevés , se présentent de loin sous l’aspect d’îles , part du cap et décrit une courbe vers le nord-ouest jusqu’à l’entrée du rio Nunez. La côte forme, à partir du cap Verga, une baie qui remonte par une courbe sensible au nord-ouest pendant l'espace de seize à dix-huit milles. Cette baie est terminée au nord par la rive gauche du rio Cappatches , aont l’embouchure se remarque aisément au milieu des palétuviers de la côte. La rive d roite du Cappatches est terminée par Vile Gonzalez , qui termine en même temps la rive gauche du rio Nunèz, et est la pointe la plus avancée de la presqu’île formée par felit des deux fleuves. Après avoir reconnu le cap Verga, on louvoie pour remonter au nord, en passant successivement par le travers de l’île Gonzalez et de la pointe Bencer, et l’entrée du rio Nunez se présente alors comme une vaste baie. La pointe de Kembu/lo termine au nord-ouest la rive droite du rio Nunez ; elle estsituéeàsixmilles au nordnord-ouest de la pointe occidentale de l'tle Gonzalez, et sépare le rio Nunez du rio Compouny. Le bassin extérieur du rio Nunez, compris entre la ligne qui joindrait les pointes de Gonzalez et de Kembutto, et celle qui joindrait les ointes du Zèbre et de la Malouine , a uit milles de longueur ; entre ces quatre pointes sa direction générale est le nord-est; la largeur du bassin diminue graduellement, et se réduit à un mille etderni entre les pointes du Zèbre et de la Malouine. Le fleuve forme un coude entre ces deux pointes , et remonte au nord l’espace de deux milles. L’entrée n’a pas de barre; à deux milles et demi au nord-est de l’entrée, une île basse, nommée l’i/e de Sable, partage le fleuve en deux bras; les pilotes fréquentent surtout celui du sud. Après l’etranglcment qui comprime le fleuve entre la pointe de la Malouine et du Zèbre, les rives du rio Nunez divergcntde nouveau, et forment un second bassin, qui court au nord-nord-est l’espace de six milles

10e Livraison. (Sénégambif..)

jusqu’à Victoria ; à quatre milles de la pointe du Zèbre on trouve une seconde île, couverte de mangliers et nommée ile Longue , qui sépare de nouveau le fleuve en deux bras. Ce second bassin reçoit un grand nombre de criques; l’une d’elles, située à un mille en aval de l'ile Longue , est profonde, et communique avec les rivières qui sont situées au nord-ouest , et permet dépasser jusqu’à Bissao. L’aspect général des deux bassins est à peu

fu ès le même : dans le bassin extérieur, es terres de la rive droite sont presque nues , et présentent des berges ae quelque élévation entre la pointe de Kembutto et celle de la Malouine; les terres de la rive gauche ne reçoivent de relief que par les arbres qui lés couvrent : les plages en sont basses et couvertes de mangliers , dont le rideau intercepte la vue. F.n quelques rares endroits on aperçoit de petites plages de terre glaise, bans le bassin intérieur, la rive droite, comme la gauche, présente une longue haiedepalétuviers. — A Victoria, comptoir appartenant à M. Skelton , homme de couleur des Etats-Unis d’Amérique, le fleuve se bifurque : le bras principal continue à s'étendre vers le nord-est, tandis que le second bras court vers le nord-ouest et va, dit-on, rejoindre la rivière du nord, et peut aussi servir à communiquer avec le rio Grande et Bissao.

Si l’on continue à remonter le bras du nord-est, au delà de Victoria, on voit les palétuviers reparaître, les berges s’élever et le litse rétrécir jusqu’à n’avoir plus qu’une largeur de quelques encablures.

Le fleuve fait ensuite plusieurs coudes presque à angle droit. Les berges atteignent leur plus grande hauteur près d’un village appelé Casa-Cabouly, résidence ordinaire du chef des Natous ; elles ont en ces endroits quatorze mètres au-dessus des basses mers. La rivière y fait un double coude, et y est rétrécie par un double banc qui rend la défense de ce point très-facile. Au delà de ce village les berges s’abaissent et le rideau de palétuviers recommence jusqu'à Happace. Les hauteurs situées sur la rive droite viennent en ce point mourir en pente douce au bord de la rivière. On aperçoit de Bappace les hautes. montagnes qui séparent rio Pungo de rio Nu-

L’UNIVERS

nfz, chaîne qui va rejoindre la haute terre du cap Vcrga , et qui est proprement le premier échelon du Foula Djallon. De Rappace jusqu’à la fin de son cours le rio Nunez offre toujours à peu près le même aspect; il se resserre de plus en plus jusqu’à iVackaria, situé àquinze ou seize milles en amont de Kappaee. Les navires peuvent remonter à la faveur de la maree à plusieurs milles de YVackaria , mais en passant surdes plateaux qui assèchent à basse mer. — On compte dans le rio Nuuez quatre ou cinq facto rcries françaises , anglaises ou amencai ne<, qui sa partaient un commerce de quatre millionsde francs à peu près, dont les articles principaux sont , en exportations, le café, l'or, les cuirs veris, le riz, l’ivoire, et, en importations, les cotonnades, la poudre, les armes et une prodigieuse quantité de sel (i).

— On arrive au rio Pungo par deux passes, SanU/larr et Mud-Uarr: la dernière est sûre; loisqu'on s’y est engagé on navigue quelques lieues dan- des marigots, et l’on vient tomber à Chartes - Tuwn-Harr, vis-à-vis Sand-Jlarr; c'est un banc de sable que l’on passe à marée haute; un navire ealant dix pieds ne court aucun danger; dans les grandes marées un navire d'un tonnage beaucoup plus fort peut franchir ce banc. Un voyazeursénégalaisqm.en IS2dou 1830, parcourut la côte occidentale d’Afrique, depuis le Sénégal jusqu’à Sierra- Leone, pour chercher de nouveaux débouchés au commerce frauçais et marquer les lieux les plus propres a recevoir de nouveaux établissements, entre autre- fragments de son voyage, a publié sur le rio Puugo les observations les plus intéressantes (2). Ce pays lui avait paru méri-

(i) J’extrais textuellement ces détails des Renseigne ment* nautiques de MM. Pliil.

de Kt-rballel et Fleuriot de (.angle, lieutenants de vai-seau, pour venir reconnaître l'en * liée tlu rio îî triez et en remonter ou en re~ descendre le cours, insérés dans la Description nautiifue des colts de î jljnaue occidcnlnlc, p. 57-64. — Il convient de les suivre sur le plan de l'entrée du rio y une Z et sur le plan du rio S une z, levés par ces officiers en 1 S ; -J , et ptihüés an Dépôt général de la marine en

(a) F'oy , Ip.s Annales maritimes , année i83o, IIe part,, !. II, p. 98-10.

fer une attention toute particulière par le commerce qui s’y fait, par le caractère facile des indigènes et par la fertilité du sol : les Nègres Sousjous , qui I occupent , sont abondamment pourvus de riz, de mil, de pistaches, de manioc, d’ignames, de bananes, de plantains Les citronniers, les u rangers, les eorossoliers, les manguiers, les goyaviers, y viennent très-bien et sans culture; lés ananas et les pommes d'aeajou se trouvent dans les bois, et surtout le caroubier, dont le fruit sert de nourriture aux marchands qui voyagent en caravanes. Les sources d’eau douce v sont tres-aboudanies; a chaque quart de feue 011 rencontre un ruisseau d>au limpide, où l’on peut se désaltérer et se baigner. Les branches principales et les nombreux marigots du rio Pungo sont bordés de mangliers couverts d’huîtres. Un comptoirétabli au rio Puugo attirerait, à ce qu’il semble, aisément tout le commerce du Pouta Djallon ; c’est le point ou les marchands d’or peuvent venir le plus vite et le plus sûrement , n’avant a traverser que le pays des Djallonkais, mahométans comme eux . et pouvant atteindre en trois jours de marche le pays des Soussous, tributaire du Fouta Djallon. Il pourrait rappeler eneore les marehandsdii Soulunana, qui y venaient autrefois, mais qui s'en sont éloignés par suite des perlidics de quelques Européens et mulâtres établis en ces lieux; enfin, ce comptoir servirait d'entrepôt aux marchandises française-, destinées pour Sierra-Leone. Ce voyageur désignait même comme un emplacement tres-avantageux un lieu nommé Dominger, situé au bord de la rivière, mais dans une position assez élevee, auprès d’une source, et au-dessous de la bifurcation de la riviere. de telle sorte qu’aucun navire ne pourrait entrer dans le rio Pungo sans passer devant le comptoir, les marigots au-dessous n’etant navigables que pour des pirogues. Le pays contient une quantité prodigieuse d’abeilles; la cire est le principal objet du commerce des indigènes. Les caravanes apportent de l’or, de l'ivoire , de l'écaille de tortue, de la cire, du riz, des cuirs, des bestiaux; les caboteurs du pays pourraient se procurer dans les environs de la gomme copal et des bois

de teinture, et dans les marigots on traite avec les Bayas du sel et de l’huile de palme. Or, pour s’établir dans ce pays il faudrait nécessairement faire un traité d'alliance avec le Foula Djallon : l'almamy de ce pays donne au rio Pungo un chef ou gouverneur, qui y vient de temps en temps rendre la justice et de qui dépendent tous les petits chefs soussous (1).

— Le groupe des îles de Loss se compose de- six Iles, tant grandes que petites : ce sont les îles Tamara , Loss ou Fac/ory , Craw/ort , du Corail, Blanche, et à Cabris. Ces trois dernières ne sont que des flots de roches inhabités.

La relation d’ Alvarez d'Almada , résumé méthodique des connaissances géographiques acquises par les Portugais jusqu'au commencement du dix-septieme siècle, contient une description intéressante de cette portion du littoral africain que, d’après M. le comte E. Bouët, j’ai appelée cote des Bissagos. Les îles des Bissagos, dit Almada, sont en partie habitées, en partie désertes; elles sont couvertes de forêts, et contiennent des sources abondantes; on y trouve les mêmes animaux et les mêmes oiseaux que sur la terre ferme. Ces îles s’étendent jusqu'au pays des Beafares, et sont habitées par des Bljagos, excepté celles des Callinhas , en face de Boulama, qu’habitent les Beafares. Ses habitants ont un roi particulier, et sont alliés des Bijagos; cependant, ils se combattent quand ils se rencontrent sur mer.

Il est probable que ces îles tenaient autrefois au continent, dont elles auront été séparées par une invasion de la mer ; il est probable aussi qu’autrefois leurs habitants ne formaient qu’un

(>) Sur la petite portion de côte qui s'étend ail sud du cap Verga jusqu'aux îles de Loss , et qui n'est pas décrite dans l’ouvrage de M. le comte E. Bouët, ou trouve quelques rcnselguemenls dans le Journal de la Société de géographie de Londres, 1 8 Si : F.nmcts from observation s on various points of tlie evest coast of Africa , survered br bis majeitf's ship Ætna, in it)3o-3* , by captaiu Belcher R. N.

seul peuple, mais que, par la suite des temps, leurs langues seront devenues differentes. Les villages des Bijagos sont sur le bord de la mer, et c’est de là qu’ils partent , avec de très-grandes embarcations, pour aller piller de tous les cotés, quelquefois à une distance de plus de dix lieues en mer; car ils sont excellents marins. Ils pénétraient autrefois jusque dans le rio Grande et le rio Santo- Domingo. Ils ne Je font plus aujourd’hui, par crainte des Portugais qui y sont établis ; mais ils ravagent continuellement les côtes des Beafares et des Bouramos , qui sont en face de leurs îles. Tous les travaux retombent sur les femmes. Les hommes n’ont que trois occupations : faire la guerre, construire les embarcations, et préparer le vin de palmier. Ils se servent de leur bouclier avec beaucoup d’adresse, et sont armés de zagaies appelées canicos , dont le fer a deux palmes de long. Ils ont aussi des flèches , mais non empoisonnées , et dont la pointe est faite de l’arête d’un poisson appelé bagre. Avant de partir pour une expédition ils demandent au démon un heureux succès, et se barbouillent ensuite le corps d’ocre et de plâtre, et se coiffent avec des plumes et des queues de cheval, de sorte qu’ils ont eux-mêmes l’air de vrais diables. Ils attaquent tout le monde en mer, mais traitent avec hospitalité ceux qui débarquent chez eux. Quand un vaisseau portugais y arrive, le chef vient à bord dans son canot, tue une chèvre ou un chapon , et frotte de son sang les pieds du capitaine. Après celte cérémonie on peut compter sur une parfaite sûreté. Les Portugais ont tenté ^plusieurs fois, mais sans succès, de s emparer de ces belles îles : d’abord, sous le commandement de Gomez Balieiro, et une seconde fois sous celui de Gomez Pachéco. Pour pénétrer dans le rio Grande il faut passer à travers les îles qu’ils habitent, navigation fort difficile , à cause du grand nombre de bas-fonds ; on arrive ensuite au pays de Quinata, qui est habité par les Beafares et gouverné par trois chefs indépendants; on les nomme Mompara , Bixiloli et Batola. Il y en a encore d’autres dans l'intérieiir, mais moins puis-

L’UNIVERS

sants. Dans ce pays de Quinala il y a un usage fort singulier : c’est que le trône est occupé alternativement par un noble et par un homme du peuple; l’élection a toujours lieu sans troubles, parce qu’on a toujours soin de donner la couronne à un homme très-vieux ; encore , si son règne dure trop longtemps , est-il permis de le tuer, mais seulement dans l'intérieur de son palais , appelé Bruco; aussi, quand le roi découvre que sa vie est menacée , il simule une visiteaux Portugais, et va chercher asile dans la maison de l’alcalde. Un grand nombre de Beafares s’habillent comme les Portugais et parlent leur langue; ils les accompagnent souvent jusqu'à Santiago. Le pays de ces Nègres, et particulièrement celui de Quinala, est trèssain , parce qu’on a abattu les forêts depuis Casanga jusqu’à Sierra-Leone.

Il y a partout une espèce de trompette nommée bambala , faite d’un gros morceau de bois creux et que l’on entend à deux ou trois lieues de distance; on s’en sert pour donner l'alarme ou pour faire arrêter promptement les esclaves fugitifs. Tous les rois beafares sont vassaux d’un empereur qu’ils appellent Farimcabo. auquel sont également soumis les Mandingues qui habitent au sud de la Gambie. Les Rixirims de cette dernière nation parcourent le pays, et font accroire mille mensonges aux ignorants Beafares. Quelques Beafares se sont convertis au christianisme, particulièrement ceux qui habitent aux environs de la forteresse de Porlo-da- Cruz, que les Portugais ont construite pour repousser les Français. Quelques religieux carmes y vinrent vers 1584, et opérèrent beaucoup de conversions. A une grande journée de Quinala commence le • pays de Biguba , également habité par les Beat.ires; cependant le trône ne s’y transmet pas de même , et ne peut être occupé que par les parents du roi , appelés jagras. Dès que les Portugais apprennent que le roi est malade ils se réfugient sur leurs vaisseaux avec leurs marchandises ; car aussitôt qu’il a rendu le dernier soupir les jagras, suivis de bandes nombreuses, se jettent surleurs maisons pour les piller, et l'ordre ne se rétablit que quaud ou a fait choix d’un nou-

veau roi, c’est-à-dire souvent apres plus d'un an. Dans toute la Guinée , il existe une autre coutume, bien fatale aux Portugais : c’est que le roi se prétend l’héritier de tous ceux qui meurent à terre; de sorte que dès qu’ils tombent malades il faut les transporter à bord, au risque d'aggraver leur état. Depuis qu’ils ont construit un fort à Santa-Cruz on a supprime cette coutume, au moins dans le Quinala. Ce pays de Biguba est très-bon; on y achète beaucoup d’esclaves, ainsi que sur l'autre rive du fleuve nommée Bissëgue, et habitée également par les Beafares , qui dans l’intérieur confluent aux Naluus Tout ce pays est couvert d’épaisses forêts; il y pleut beaucoup, et les orages y sont fréquents. Les habitants sont fort superstitieux : souvent le roi défend de cultiver le riz ou d'autres céréales pendant un certain nombre d’années, pour éviter une grande mortalité. Au-dessus du port de Biguba est celui de Balola, qui appartient a la même nation, quoiqu'il soit gouverné par un roi particulier.

Cette contrée est tranquille; on y fait un grand commerce d’esclaves , ét les vivres y abondent. Enfin tout le pays vers le sud, jusqu'à la pointe située en face de l’tle de Matao-Boli , est encore habité par la nation des Beafares.

Cette pointe, presque entièrement entourée d’eau, est peuplée d’esclaves fugitifs qui s’y sont retranchés : c’est là que commence le pays des Xaluns, qui n'est arrosé que par une petite rivière, dans laquelle les vaisseaux ne peuvent pénétrer. I.cur territoire est entièrement enveloppé par celui des Beafares; mais, quoique voisins, ils diffèrent d'eux considérablement par la langue et par les moeurs; car ils sont très-sauvages et vont presque nus. Les Portugais ne commercent pas directement avec ce pays, et les esclaves qu'ils en tirent leur sont vendus par les Beafares. Le commerce avec ce pays est entièrement perdu depuis qu'un vaisseau, il y a déjà fort longtemps, après y avoir acheté à très-nas prix une grande quantité d’ivoire, partit en emmenant comme esclaves une douzaine de Nègres qui étaient venus à bord. Plus loin est le rio de Xuno,

SÉiNEÙAiUlllE

dont les rives sont habitées par les Bagas et les Coquolins; les Portugais viennent trafiquer sur cette côte. Ces deux nations parlent In même langue, et sont compris des Naluns. Leur principal article de commerce est l'indigo.

On le porte surtout à Casamansa, où on l'échange contre des esclaves. On tire aussi de cet endroit beaucoup d’ivoire : les habitants tuent les éléphants de la même manière que les Naluns, c'est-à-dire en se glissant entre leurs jambes et en leur fendant le ventre avec une zagaie. Les Bagas sont très-perfides, et ne manquent pas une occasion de tuer les Portugais quand ils s’aventurent dans l’intérieur des terres. On peut pourtant commercer avec eux, parce qu’ils respectent leurs hôtes : les marchandises qu’on leur vend le plus sont du sel , du cuivre, de l'étain , du fer, des viandes salées et du drap rouge. On trouve de l’argent dans ce pays; et il y en a peut-être dans beaucoup d’autres endroits de la Guinée; car les Nègres ne savent pas exploiter les mines. Jusqu’à présent les Portugais n’ont pas cherché à les explorer. Un certain Araujo avait découvert près de cette rivière une mine d’argent assez abondante; mais ayant craint d’être massacré par les Nègres, il se retira dans le pays des Beafares , où il est mort sans avoir découvert à personne le gisement de cette mine.

— Le territoire des Bagas s’étend jusqu’au cap de Verga, où commence celui des Sapes (1), qui parlent la même langue. Loin de vendre des esclaves, les habitants de ce pays en achètent des Portugais. Plus loin est le rio (la Fuma , dont les rives, habitées également par les Bagas, produisent aussi de l'indigo, mais inférieur à celui

(i) Almada distingue les Sapes proprenienl dits de la grande nalion des Sapes , donl le pays, commençant au cap de Verga, se terminait aux bas-fonds de Sainte-Anne, c’està-dire s'étendait sur une côte de soixante lieues. La nation des Sapes comprenait les bagas, les Tagundws , les Sapes, les botoes anthropophages, les Temtncs, I tsLimbas, les haies et les Jalungas , tous habitant sur la côte; et dans l’intérieur, les Suutos et les Futaies , derrière lesquels commençaient les Foulas, dont l’immense pays enveloppait tout le territoire des Sapes.

du rio de Nunez : les Souzos en apportent de l'intérieur qui est de meilleure qualité. Au delà de ces derniers sont les Putazes , qui viennent en caravanes deplusde deux mille individus pour acheter du sel eu échange d’étoffes de coton blanches , d’un peu d'or, et de flèches. Le rio da Fuma produit aussi du riz en abondance ; les vaisseaux portugais vont en acheter pour le fournir aux endroits qui en manquent. — Au delà du cap Verga est l'embouchure d’une autre rivière appelée rio das l'edras, qui se divise en plusieurs bras et forme des lies connues sous le nom de Cagaçaes. Cette rivière sépare le territoire des Bagas de celui des Sapes et de celui d’une autre nation appelée Tagunchos. Dans les lies Cagaçaes il y a beaucoup d'ambre , ainsi que de la" cire, de l’ivoire et des esclaves. C’est dans cet endroit que Bento Correa da Silva vint d’abord s’établir seul avec son frère; il appela ensuite à lui ses parents et ses amis, et est aujourd’hui seigneur d’un village qui compte trois nulle Nègres. Son frère, qui est mort actuellement, a laissé un grand nombre de filles , lesquelles ont des enfants et des petits-enfants, si bien que le nombre de ses descendants s’élève aujourd’hui à plus de cinq cents. — A vingt cinq lieues au sud du cap Versa sont trois petites îles que l’on appelle iles des Idoles ; une seule est habitée ; elle est gouvernée par un roi , et les habitants vont cultiver les deux autres. Ce nom leur vint de ce que les Portugais en y abordant découvrirent des idoles de bois que les Nègres adoraient et appelaient Chinas. En face de la rivière de Case il y a une petite île nommée Tamara et deux autres appelées /haras à la pointe du cap Ledo (I).

Durand , dans son Foyaye au Sénégal, affirme, sans doute d’après le P. Labat , que les îles qui composent l’archipel des Bissagos furent decouvertes par les Français, mais bientôt abandonnées à cause îles guerres d'Europe, qui les

(i) Extrait de la Relation des rivières de Guinée, traduit par M. Teniaux-Compans , et inséré dam les Nouvelles / tonales des Forages, t. XCIV, p. J 7 0-7 y, et I. X C Y, p. iM-tu.

ISO

L’UNIVERS

occupèrent exclusivement, et que les Portugais des llesdu Cap-Vert n’y furent que leurs successeurs. Sanspouvoirfortifier d'aucune preuve cette assertion, je ferai seulement remarquer que Bruë, en 1701, opposa fièrement, et avec plein succès, a l’exclusion que les Portugais de Bissao voulaient prononcer contre les Français dans ces (tarages, ce fait de priorité, sinon de découverte, au moins de relations commerciales (1).

(r) Je dois ajouter que Rnié, se trouvant un jour à la messe, dans l’église de Bissao, avec le gouverneur portugais , qui l’y avait invité, fil la remarque qu'une des peintures de l’autel portait les armes de la compagnie française, c’est-à-dire, argent semé de fleurs de lis d’or, avec deux Nègres pour support, et qu'il y reconnut un vestige de l'ancien séjuur des Français à Passau, une preuve même que leur établissement y avait précédé celui des Portugais, Le gouverneur portugais déclara ne pas pouvoir décider celle difficulté; il affirma seulement qu'un roi de Bissao avait envoyé son fils au roi de Portugal (tour le reconnaître en qualité de souverain, et s'était engage par un traité à recevoir les Portugais daos son ile à l'exclusion de toute autre naiion, mais cela sam pouvoir fixer l'époque dont il parlait, ni lenum du souverain de Portugal, ni celui du roi de Bissao, entre lesquels s'était faite celte transaction, non plus que la date de l'érection du fort. A propos de ce débat, raconté par le P. Lahat, M. Walcketiaer ( Histoire générale des Voyages , t. III , p. n3) rappelle que dans la Gazette de Paris dû mois de novembre 1694 un article de Lisbonne, en date du afl octobre, porte qu'il est arrivé sur un vaisseau de Cacheo un prince nègre nommé Datostto , fils de Bacom/iolaco, empereur de l'ile de Bissao, envoyé par son père à la cour de Portugal pour y être baptisé, pour en ramener des missionnaires, demander la protection du roi et promettre toute facilité d'élever un fort dans son ile. La Gazette de Paris du «8 de décembre, dans un autre article de Lisbonne du 9 novembre, marque en effet que ce jeune prince nègre fut baptisé dans la rhapelle du château par le nonce Coutarini; que le roi fut son parrain, le nomma Emmanuel, et lui fil présent d'un joyau de 800 pistoles. Ainsi le fait invoqué par le gouverneur portugais est incontestable ; mais il établit en mémo temps qu'avaul l'aunée i6g5 les Portugais n'avaient sur Bissao aucun droit de possession supérieur à celui

Mais, rigoureusement, l’histoire des établissements ou du commerce français sur la côte des Bissagos ne commence qu’aux voyages des directeurs particuliers l/xfona et Bourguignon dans l’îJe de Bissao , de 1685 à 1688 : ces voyages avaient été fructueux; mais, comme je l'ai dit, la guerre avait empêché qu’ils ne fussent suivis de relations plus régulières et plus fréquentes entre le Sénégal et cette première côte de la Guinée.

Aussi en I6it7, lors de l’arrivée de Bruë au Sénégal , à peine le souvenir s’en était-il conservé : pas un seul des agents de la compagnie n’avait fait le voyage de Bissao. Brut, à qui appartiennent tous les projets utiles, tous les efforts sérieux faits pour étendre l'influence et le commerce français sur la côte occidenlale d’Afrique, s’occupa activement des préparatifs d’un établissement dans l’ile de Bissao; il avait obtenu des renseignements certains sur les ressources qu’elle pouvait offrir au commerce : c’était, année commune, 400 nègres, 500 quintaux de cire et 300 à 400 quintaux d’ivoire; il avait aussi, d’après un premier projet de la compagnie française, distingué la position de la petite île Bourbon , à l’entrée du rio Geba ; et , la trouvant trop petite, il avait choisi celle de Boulant , et le 10 janvier 1699 il y avait envoyé, sous le commandement du sieur Cartaing, un vaisseau et deux corvettes, avec plusieurs facteurs, un chapelain, un ingénieur, un chirurgien et quelques soldats: mais ayant appris, par le rapport de Cartaing, que celle-ci, au contraire, était trop grande, etquece petit nombre d'hommes nesufllrait pasà la garder, il lui ordonna de s’établir dans l’ile même de Bissao , et d’y prendre possession du fort des Portugais si , comme on le disait, ils songeaient à l’abandonner. Cartaing fut bien accueilli par le rot de Bissao, et ouvrit le commerce avec les habitants; mais après quelques mois il revenait à Corée , avec son inonde, bien réduit de nombre, et dégoûté par les exigences du gouverneur portugais, qui

ue les anciennes relations des directeurs c la compagnie du Sénégal donnaient aux Français.

ioogle

voulait lever un droit de dix pour cent sur les marchandises françaises. Bruë ne renonça pus cependant a son projet; et le 21 février 1701 il partit à la tête d’une flottille composée de deux vaisseaux, de deux corvettes, d’une galiote à bombes, d'un brigantin et d’une barque de provisions, et vint jeter l’ancre, avec quelques prises , sous le fort portugais. Après quelques démonstrations hostiles, le gouverneur don Alphonse cousentit à recevoir Cartaing, et prétendit encore, mais avec plus de modération , que les Français ne pouvaient s’établir dans l’tle, qn’elle était comprise dans les limites de la compagnie portugaise en Afrique, et qu’il y avait à ce sujet une défense expresse du roi son maître. C’est alors que Bruë lui fit répondre qu’il était étonné qu’après un long séjour dans ce pays il eût oublié les relations commerciales entretenues par les Français avec Bissao antérieurement à la construction du fort portugais; qu’il devait apprendre à distinguer les vaisseaux de la compagnie française des vaisseaux d'interlope; et que la compagnie avait un droit exclusif établi par lettres patentes d’exercer le commerce le long des cdtes entre le cap Blanc et Sierra-Leone; les prises qu’il venait de faire de vaisseaux danois et hollandais appuyaient hautement ces prétentions, et Bruë passa outre en demandant une audience au roi de l’Ile. F.n dépit des Intrigues et des suggestions hostiles du gouverneur portugais, ce prince accorda aux Français la liberté d’établir un comptoir et des magasins dans les lieux qu’ils auraient choisis, et fit avec eux une alliance perpétuelle. Bruë pressa les travaux de construction avec tant d’activité, qu’en moins d'un mois le comptoir était en état de recevoir les marchandises et les facteurs , et même de se défendre. Dans l’intervalle, il voulut aller examiner l’île de Botilam, et l’exactitude qu’il apporta a cette exploration laisse voir qu'il n’avait pas renoncé à tout projet d’établissement dans cette Ile; il employa quatre jours à en faire letourpar terre ; il trouva un pays fort agréable : un terrain s’élevant insensiblementdu rivage, et une rangée de collines servant de base à de hautes

montagnes , couvertes de grands arbres; des côtes d’une culture facile et déjà presque complètement défrichées par les Bissagos. Bruë y observa des palmiers de toute espèce, des chênes verts ; sur le rivage, une pierre grise d’un beau grain; dans les nombreux ruisseaux qui arrosent le sol, un sable net et fin ; a la pointe méridionale de nie , une prairie naturelle où paissaient des troupeaux de vaches, d’une grosseur extraordinaire, et des chevaux sauvages de petite taille. Eiilln tout lui montrait dans Boulam un lieu fort propre à l’etabli-seiuent d’une colonie agricole et commerçante , de même nature que celle de l’île à Vaches, sur la cote de Saint-Domingue. Il entreprit encore de faire le tour de l’île par mer pour en reconnaître les baies , les rocs, les ports et les profondeurs, et se transporta ensuite à la résidence du roi de (jiiinala ou des Beafares (tour lui en demander la cession ; il l’obtint aisément : il était très-avantageux à ce prince de voir ses ennemis les Bissagos expulsés pour jamais de Boulam; il proposa même, si l'ile ne suffisait pas aux établissements français, de leur abandonner d’autres terres du côte de 7'rois- Fontoines, dans la péninsule des lien lares . De Bissao, Bruë fit encore diverses excursions dans l’archipel des Bissagos, et visita surtout avec soin la grande lie de Cazegut, dont il connaissait les précieuses ressources. Eufin, le comptoir de Bissao étant achevé, Bruë se disposait à partir, lorsqu’il reçut du gouverneur portugais, avec qui il avait entretenu, -malgré l’opposition des intérêts qu’ils représentaient l’un et l’autre, les rapports les plus amicaux , une protestation formelle au nom du roi de Portugal contre rétablissement des Français. Bruë répondit par une contre-protestation, datée à boriidef.-/n»e, dans la rade de bissao, le 16 avril 1701; puis, apres avoir présenté au roi des Paprls le sieur Cartaing comme chef du comptoir, et lui avoir demandé sa protection pour six autres facteurs quril laissait aussi dans l’ile; après avoir donné scs instructions a Cartaing ,el lui avoir recommandé particulièrement de reconnaître avec soin les côtes voisines , de se mettre en possession du fort portugais

L’UNIVERS

si, comme le bruit s’en fortifiait, il devait être abandonne, et de ne pas laisser le temps aux Nègres de le détruire, il partit, laissant à Lartaing un chirurgien, deux interprètes, quelques laptots, une barque, un brigantin, une excellente chaloupe, avec pilotes, matelots, armes, munitions et marchandises de toute espèce. Bientôt, en effet, le commerce des Portugais a Bissao tomba si bas, que le magasinier fut rappelé, et que le gouverneur de Cacheo adressa au roi de Portugal le conseil d'abandonner et de raser le fort. Bruë s’empressa d’en informer sa compagnie, qui écrivit aussitôt à ce sujet au président (touillée, ambassadeur de France à la cour de Portugal. En 1703, Bruë alla même à Lisbonne, et unit ses efforts à ceux de l’ambassadeur pour obtenir du gouvernement portugais que le fort fût vendu a la compagnie française; mais la cour de Lisbonne s’y refusa , et le fit démolir au mois d’octobre de la même année. Soixante-trois ans plus tard , vers le commencement de 1765, les Portugais le rétablirent. Quant au comptoir français, on sait que la compagnie y entretenait encore six agents en 1735; depuis cette époque il n’en est plus question ; et il a dû être abandonné peu de temps après cette date.

En 1784 le gouvernement français ordonna une nouvelle reconnaissance de la côte d’Afrique, que j’ai déjà mentionnée plus haut; l'officier à qui eettc mission fut confiée, M.deLajaille, avait reçu, entre autres instructions, celle d'étudier et de marquer les lieux où il serait utile de rétablir des comptoirs, et d'explorer à cet effet l’archipel des Bissagos et toute l’étendue des côtes comprises entre la rivière de Sierra-Leone et celle de Volta. Lajaille conseilla le rétablissement du comptoir de Bissao, signala comme un des meilleurs points pour la traite des noirs lile de Kasnabac, l’ile de I.oss, où les Anglais avaient déjà une loge qui entretenait toujours en rade quatre ou cinq grands navires, une demi-douzaine de goélettes et plusieurs chaloupes, et l’ile /William ou Tombeau l’ointe ; mais il ne put s’approcherde UleBoulam, qui lui était naturellement recommandée par la description de Bruë. Le charme de celte description

fixa , à différentes époques , sur Pile de Boulam le choix de plusieurs personnes qui méditaient de nouveaux établissements sur la côte occidentale d’Afrique, et que Durand nomme dans son Voyage au Sénégal : l’abbé Desmance (peut-être Demanet), vers le milieu du siècle dernier; un Anglais, Barber, domicilié au Havre; en 1787, le citoyen Charles Montlinot; et enfin Philippe Beaver, officier de la marine britannique, en 1792. Ce dernier, se trouvant à vingt-cinq ans sans emploi, à un moment où la paix semblait assurée pour de longues années, conçut le projet de fonder en Afrique une colonie non commerçante, mais agricole et civilisatrice.

Frappé , je le répète , des détails de l’exploration de Bruë, il arrêta son choix sur l’ÎIe de Boulam; s’ouvrit de son projet à quelques officiers de marine , comme lui réformés; dressa avec eux un acte d’association ; trouva des souscripteurs, et fit rédiger au sein du comité directeur une espèce île constitution qui devait régir la colonie. La publication decetacteconstitutionnel contraire aux lois anglaises, qui attribuent au parlement seul le pouvoir de faire des règlements coloniaux, faillit empêcher le départ des colons. Enfin ils partirent le 13 avril 1792, au nombre de deux cent soixante-quinze, surtrois bâtiments acquis par la société. Beaver commandait l'un d’eux, le Hankey. Arrivé a Bissao, il s’occupa, par l’entremise d'un capitaine anglais, nomméMoore, d'acquérir la propriété de Plie Boulam des deux rois des Bidjougas , de Canabac , qui prétendaient a la souveraineté de cette île. La cession en toute propriété de l'ile Boulam au prix de 473 barres, c’est-à-dire de 791. sterl. environ, fut eoncluele 29 juin : le traité fut signé par Beaver et R. Dobbin, membre, comme lui , du comité directeur; les deux rois Jalorem et Belchore y apposèrent chacun une marque; et Moore et Païba, l'un des souscripteurs, contre-signèrentcomme témoins.

Au moment de prendre les dispositions de premierétablissement, la plus grande partie des colons abandonna (entreprise, quatre-vingt-dix personnes seulement restèrent, et nommèrent à l’unanimité Beaver pour être leur président. Dès les premiers temps de l'occupation, il fallut

que Beaver se transportât à Ghinala, dans le pays des Beafares, pour faire un nouveau traité avec les deux rois de Ghinala, Matchore et Niobana, qui lui avaient fait savoir que les Bidjougas n’avaient pu, sans usurpation, vendre la terre de Boulam tout entière aux Anglais, Après avoir assuré de ce côté les droits de la colonie, il revint hâter la construction de la loge ou maison commune; mais une mortalité affreuse le força à en réduire considérablement les dimensions. Le 6 octobre les colons n’étaient plus que cinquante-huit, et trente-quatre étaient malades. Beaver lui-méme avait eu plusieurs accès de fièvre; le 23 novembre vingt-huit personnes s’embarquent, et quittent la colonie, et Beaver reste avec vingt-sept colons, dont vingt-trois malades, mais toujours persévérant et confiant dans le succès de son entreprise. Il avait planté plusieurs fruits et légumes d’Europe, qui déjà prospéraient; il avait presque achevé toutes les constructions, et s’était procuré pour l’aider six Groumettes; mais bientôt il ne pouvait plus compter que sur le travail des esclaves nègres ; à la (in de décembre il n’avait plus que treize colons avec lui , et huit étaient ■naïades. Sans se décourager, il augmentait le nombre -de ses Groumettes, et accueillait avec joie des hôtes beafares , qui le venaient visiter et aider pour un temps. Knlin, pendant treize mois, malgré le danger continuel d’être exterminé, lui et ses compagnons, par les Bidjougas, ou assassinés par leurs Groumettes, malgré les instances pressantes que lui adressaient sans cesse les autres colons de quitter Plie, Beaver voulut rester, prétendant toujours avec une singulière ténacité que son expérience avait réussi, que le continent africain pouvait être cultivé par des blancs européens libres aussi bien que par des Africains esclaves; et quand il lui fallut céder au désespoir des six derniers malheureux colons et partir, il soutenait encore que l’emplacement de la colonie avait été choisi le mieux du monde, que le climat de Boulam était particulièrement favorable à un établissement de ce genre, que le manque de prévoyance des autres membres du comité et la fièvre avaient

seuls contrarié ses mesures ; et en priant le gouverneur portugais de Bissao de transmettre aux rois de Canabac et à ceux de Ghinala des présents d’une valeur de 80 barres , il lui annonçait l'intention formelle de revenir l’année suivante, après la saison des pluies. Le 25 juin 1794 il y eut à Londres une assemblée générale des actionnaires de l’association de Boulam ; et malgré les pertes considérables qu’elle avait éprouvées , elle décerna a l’unanimité une médaille d’or à Beaver, en reconnaissance de son courage et de son dési n téressement (1). Beaver ne retourna pas à Boulam. — En 1829 une expédition anglaise se rendit dans le Rio-Grande pour y fonder un comptoir ; mais apres six mois un seul individu avait survécu.

Quanta Boulam, ce n’est plus aujourd'hui que le centre d’un commerce suspect, entretenu par un Portugais de

(») Beaver, dit M. Walckenaer ( Uist.

generale tics Voy ages, t.VIt.p. vos ), en lisant , à son retour, l'ouvrage de Golbery sur l'Afrique, vit le développement de projets tellement avantageux à la France, qu'il lui parut urgent de prémunir le gouvernement anglais contre leur exécution; pour cela il entreprit de traduire l’ouvrage de Golbery , dont il appréciait tout le mérite; mais un ami l'en détourna , et l'engagea à publier plutôt la relation de son expédition à l'ile de Boulam, lui représentant que cela lui dounerait occasion de parler du l'ouvrage de Golbery, et avec plus d'autorité. Beaver sut- * vit ce conseil, et ht paraître en janvier i8o5 le journal exact de ses actions, des événements dont il avait été témoin, de toutes scs observations, tel qu'il l'avait écrit dans l'ile de Boulam , sous le titre suivaut : African mcmoranda relative la an attempt to estalilish a British seulement on the istand of Bulamaon the western coast of Africa , in the rrar 1792; w'tth n brief notice of the neighbouring tribes , soit , productions , etc and somc observations on the fa ri ht y of colonizing that part of Africa , with a vietv to cultivations and the introduction of letters and religion to ils inhabitants , but more particulary at the means of gradually aboitshing African slavery, by capt. Philip Beaver, o) hit majesly’s royal nnvy; London, in-4°. M. Walckenaer a inséré dans son Hist.

gêner, des Voyages un résumé de ces observations et un extrait substantiel du journal même, t. VII, p. aoi-a53.

L’UNIVERS

Bissao,ct destiné, suivant la pensee de M. lecon>te E. Bouët, à racher des opérations de traite de noirs plutôt qu’à tirer parti des produits du sol. D’après les divers essais d'établissement que j’ai rappelés, les Pommais, les Français et les Anglais prétendent à la propriété de cette île, revendiquée aussi par le roi nègre de l'ile de Gallinas (1).

Cote de Sierra- Leone (2), ou côte comprise entre les lies de l.oss et le cap de Monte{$). — La pointecontinentale la

(i) En <84> le comité de U Chambre des communes chargé de faire une enquête sur ta situation des possession.*, britanniques de U cote occidentale d’Afrique appela particulièrement l'aUcnlion de la Chambre sur l’opportunité de reprendre l’ancien établissement anglais de Boutant. * Son climat est «malsain, sans doute, disait le rapport; « mais le comité ne sache pas qu’il le soit « pins que celui de Sierra- 1. cône ou de tous « les autres points de la < ôte. Il pourrait être « occupé en grande partie, sinon exclusive- « ment, par des sujets anglais de race notre, « et sa position pour la répression de la « traite qui se fait «faits le voisinage, et comme « entrepôt do commerce licite qui (tourrait « se faire dans les belles rivières de la côte, « est inappréciable. »

(a) Quelques-uns des anciens voyageurs faisaient commencer ta province de Sierra- Leone au cap Vergé; mais, les terres étant fort basses vers le nord, Barbot pensait que le pays seul qui s’étend au sud de la rivière de Mitomba devait porter le nom de Sierra- Leone; ce même auteur nous apprend qu’011 n’était j >a s non plus d’accord sur l’origine de celle dénomination; que suivant les uns elle exprimait le bruit de la mer se brisant contre les rochers du rivage, et ressemblant aux rugissements des lions : que suivait! les autres elle devait s’entendre au propre du grand nombre de lions qui peuplent ces montagnes. Les Portugais désignaient encore celle chaîne sons le nom de Montes Cloras, et Barltot l’eutendail du retentissement étrange des coups de tonnerre ou de canon dans l'intérieur de ces montagnes , toutes remplies de détours et de cavernes creuses.

(4) Dr script, riant, des côtes occidentales d'jéfritjue entre le Sénégal et C erptaleur , cltap. III. On peut suivre cette description de la côte de Strrra-Leone sur la carte de la côte occid. d* dfritjue ( partie comprise entre les des de Lots et le cap Lopez ), dressée d’après les travaux de MM. de Mayne , H'. Oiven, le Prédour, T. BotcUr, etc.; par

plus voisine des Iles de Losa est la

{tointc de Tirnbo, gèparée d’une petite le qui porte ce nom par un canal semé de roches, où des canots seulement peuvent passer à mer haute. A partir de cette pointe la côte fait brusquement un coude à l’est-nord-est pendant six à sept milles, pour revenir ensuite au sudsud-est, et former ainsi une baie a-sez prononcée, au fond de laquelle coule la petite rivière de Tannanet/ , accessible seulement à des embarcations : tout le fond de cette baie est obstrué par des vases qui en rendent la fréquentation difficile. La rivière Mahneuh , qui succède a celle de Tannaney , est accessible aux caboteurs a marée liante.

L’entrée de la rivière Morebiah , que l’on rencontre ensuite, est plus étroite, mais aussi plus profonde, et de même obstruer de bancs de sable au large des deux pointes de l’embouchure. Puis ou arrive devant la jolie petite Ile de Matucong, entourée de tous côtés de récifs et de bancs de sable , et séparée du continent par un canal large ti'un mille environ, à fond vaseux, mais qtti assèche à marée basse. L’ile de Matacong est très-boisée; une partie des terres cultivables a été défrichée par des colons de Sierra-Leone ; son sol porte des traces de convulsions volcaniques ; ute ruisseau coule sur les bords de l’ile, et lui donne un aspeet encore plus riant. — A partir de Matacong les terres du littoral restent toujours basses et marécageuses; mais les montagnes de l’intérieur cessent de s’apercevoir distinctement. I j côte, apres avoir couru uu PfU à l’est, fait tout à coup un coude au nord pour former la rive droite de la rivière Forecarreah ; l'entrée de cette rivière n’a pas moins de deux milles de largeur ; la barre placée à deux milles audessus de l’embouchure nuit à son importance. — Suit la rivière Mellacouri.

On doit à.M. I.affun-Ladéliat, lieutenant de vaisseau, commandant la Mésange, avec l’hydrographie decette riviere (1),

M. Daussy, ingénieur hydrographe en chef de la ruai me ( Depot général de la marine, i831).

(1) Poy. dans l’ouvrage de M. le comte E. Bouct, p. 70 et 71. la Relation de M. I.affou-Ladcbat sur la rivière Mellacouri et Us

SÉMÉGAMB1E.

une description géographique du pays de Mellacouri; l'intérêt tout nouveau que répand sur ce pays, d'ailleurs à peine connu auparavant, une convention passée le 18 avril 1845 par cet oflicier avec Mooré-Laaye , chef du pays, en présence de tous les chefs mandingues, pour assurer le développement du commerce français dans ces parages, m'invite à reproduire ici textuellement un extrait du rapport , en date du g mai 1845, adressé au commandant de la station navale des côtes occidentales d’Afrique par M. Laffon- Ladébat (I) :

■ Entre la chaîne du mont Souzos et « celle de Sierra-Leone se trouve un

• delta formé par les embouchures de

• neuf rivières. Les terrains d'alluvion « qui forment les rives de ces noma breux cours d'eau sont susceptibles « de donne rjles produits abondants et « varies ; malheureusement des bancs ■ nombreux et difliciles obstruent l'en- « trée de ces divers canaux et ne livrent « passage qu'aux bateaux de la plus « faible dimension. La rivière Mtlla- « couri seule offre l’avantage detre « navigable dans un parcours de huit « lieues marines pour des nav ires tirant « quatre mètres d'eau, limite que dé- « passent rarement les bâtiments de « commerce. Mais ses abords et le

• chenal étroit compris entre ses deux

• rives présentent de grandes diflicul- « lés , et aucun capitaine ne doit s’y

• aventurer sans pilote.

« La rivière Tannach , qui se jette

• dans celle de Meilacouri, est un des

• bras du Ferricanah ( Fureacarrea/i « sur la carte du Depot de la marine « de 1833); elle n'est pas navigable « dans une grande étendue. Les né- « godants de Sierra-Leone y ont des

• traitants qui expédient presque cba-

• que jour des pirogues chargées de « bœufs; on y trouve d’ailleurs les « mêmes produits qu’à Me.Uacouri.

« Apres la rivière Tannach, le princi-

cours d'eau qui l'avoisinent, et le Croquis Je la rivière SJel/acouri , levé par cel officier en avril i8.;5, et publié au Dépôt général de la marine la même année.

(i) Cel exlrail du rapport de M. Laffon- Ladebat a été inséré dans les Annales maritimes , Revue coloniale, 1845, p. 637-41.

* pal aflluentde cello de Mellacoari est « ia rivière Mauricauia. On y trouve « de grands villages , entre autres, celui « de Tannemeh, où réside le ,’winn ou « roi des Boulanm; elle n'est accessible « qu’aux bateaux. Les traitants anglais « y font aussi quelques affaires ; mais « le principal commerce se fait à Mala-

• yuia, dans la rivière Mellacouri; « c’est là qu’arrivent les caravanes qui « viennent du rio Pongo, du rio Nunez « et même du Fouta-Foulali. A Mala- 1 guia la rivicre cesse d'être uaviga- « ble.

« La contrée présente cet aspect uni- « forme qu’on rencontre presque par- « tout à ia côte d'Afrique. Les rives s des différents cours d'eau sont bor- « dées par d'épais rideaux de mangliers « dérriere lesquels se déroule un sol « fécond, recouvert de tout le luxe de « la végétation tropicale. Des roches << basaltiques viennent partout atfleu- « rer le terrain d'alluvion, sur lequel se

* font à peine sentir quelques ondula- « tions. Ces roches et le terrain d'allu- « vion semblent constituer la masse prin- « cipale du pays. Par exception , on y « rencontre quelques bancs très-minces

* et très-peu étendus d’un calcaire flu- « viatile récent.

« Le règne animal y est peu varié ; « les oiseaux sont moins nombreux et « moins beaux qu’en Gambie et en Ca- « zauiance; quelques caïmans se mon-

• trent sur les bords du fleuve, où l'on ne « rencontre ni éléphant ni hippopo- « tame. Les bois'servent d'asile a quel- « ques panthères elà des tribus desinges « assez nombreux ; les bestiaux sont « moins abondants que dans la Sené- « gambie. — O11 trouve en abondance < des bois de construction de la plus a belle espèce, des arachides et du riz a par milliers de tonneaux , la sésame

• oléagineuse d'un grand rapport, du a cate tout à fait semblable à celui de a rio fiunez et des épices (piments et a gingembre) qui forment une petite a branche d’exportation. Les naturels a font de l’huile de palme pour leur a consommation ; on en exporte aussi a une certaine quantité. Les Sosas , a peuplade de souche mandingue, sont a actuellement les maîtres du pays; a ils forment une espèce de confédera-

L’CJNIVERS.

« tion, dont Mooré-Laaye , roi de Ma* « laguia , est le chef. Les Huulams « composent la race indigène; leur « chef porte le titre de Samo, nom « qu’on donne aussi quelquefois à « son peuple. Les Boulams sont main- « tenant relégués sur la rive gauche, « principalement dans le Marigot de « Mauricania. Le Samo venant de « mourir, il était fortement question de « nommer Mooré-Laaye roi de tout le « pays.

« Les Mandingues de la rivière Mella- » couri sont arrivés à un point remar- » qualité de civilisation pour des nè- » grès. Ce sont de zélés musulmans; x presque tous savent lire et écrire; « ils se servent des caractères arabes, x comme tous les lettrés africains; x tous parlent passablement l'anglais; x et en employant cette langue on peut x traiter avec eux toute espèce d’affaire,

• avec la certitude d’être compris, x chose rare à la côte d'Afrique. Les x conquêtes pacifiques de la race manx dingue I sont dignes de remarque, x Partout ils commencent en trafiquant, »’ et peu à peu on les voit devenir maîx très des affaires et de la population, x II faut en chercher la cause dans la x religion qu'ils professent, et qui est x supérieure au grossier fétichisme des x peuplades au milieu desquelles ils

• viennent s’établir.

« Les gens de Mellacouri sont bien x disposés en notre faveur. Les affaires x qu'ils ont faites, il y a quelques an-

• nées, avec des navires de commerce « français, et l’établissement qu’a fondé x à Malaguia M. de Saint-Just, négox éiant de Gorée, leur ont appris à x nous connaître. Ces Nègres sont x moins mendiants et moins importuns » que les autres; mais, comme toute x leur race, ils ont la manie de prendre x des avances en marchandises , sans « trop s’inquiéter de savoir comment x ils payeront. Cest là une des plaies x du commerce de la côte d’Afrique, « et ce n’est qu’à force de prudence et x de persévérance qu'on y peut reméx dier. On doit dire à leur louange que x leur pays est parfaitement tranquille , x et n est jamais désolé par ces collix sions et ces guerres qui ruinent le « commercc.au rio NuuezetaurioPongo.

x Les traitants peuvent y trafiquer en x toute sécurité; et ils sont sûrs d’être « respectés tant qu'ils s’y conduiront « d’une manière convenable.

x La rivière Mellacouri, exploitée « presque exclusivement par les étran- « gers, peut offrir des débouchés assez x avantageux à notre industrie. Depuis x que le commerce des arachides a pris x une extension considérable, nos max rins vont chercher cette graine en x Gambie et à Sierra-Leone, ou ils sont x soumis à des droits très-élevés. A « Sierra-Leone nos produits manufacx turés sont frappés d’une prohibition « complète ; en Gambie, nos capitaines x de commerce sont exposés à des difx ficultés fréquentes, li sera facile de " nous soustraire désormais aux prohi- « bitions de Sierra-Leone, puisque c'est x des rivières Fontconah, Mellacouri et x Scarcies que viennent presque tous x les produits que nous allons chercher « dans la colonie anglaise. Un navire qui x voudra charger dans la rivière Mella- « couri devra y avoir préalablement sa « cargaison de retour assurée, autrex ment il s’exposerait à rester des mois x entiers sans rien faire , et des fièvres « mortelles ne tarderaient pas à sévi r sur x l’équipage. Nos produits sont bien acx cueillis, grflee au bon esprit de M. de x Saint-Just, qui n’a envoyé quedes marx chandisesde premier choix. Si on s’éx carte de cette voie, si on veut réaliser x des bénéfices exorbitants, on est sûr x de ne pas réussir. Les articles le plus « enfaveur sont les tissus, lesguinées de x l'Inde et les cotonnades françaises. Ils x doiventformer au moins les deux tiers » de la valeur des importations. Viennent x ensuite la poudre et les armes, surtout * les fusils. Les spiritueux et les verrotex ries ne trouvent aucun débit. Les objets x de cuisine en cuivre ou en fer battu, « poêlons, chaudières, etc., se vendent x assez bien. Le plus grand commerce x des naturels était autrefois celui des x esclaves; ils en envoient encore quel- « ques-uns au rio Pongo; mais ils en x achètent maintenant beaucoup plus x qu’ils n’en vendent : les cultures qu'ils x ont entreprises nécessitent un grand x nombre de bras. A ce trafic que nous « avons tant de peine à détruire a suc- « cédé la vente au bois de construction.

SENEGAMB1E.

« Enfin, depuis 1843 presque tous les « bras sont employés h la culture des « arachides. Le bois de construction se « vend sur les lieux 50 fr. le tonneau « de 42 pieds cubes : ce bois est ce qu’on « appelle le chêne de Sierra-Leone ; il « fournit des pièces courbes d’une rare

• beauté. La marine anglaise en fait

• grand usage. Les arachides se vendent « 16 fr. les 100 kilogr. Le tonneau d’en- « combrement pèse 600 kil. Ce com- ■ merce ne rapporte pas de très-grands

• bénéfices, mais il procure à nos ma- « nufactures un écoulement considéra- « ble de marchandises, et mérite par là « d’étre encouragé : tous ces prix se » payent en marchandises sur lesquelles « le traitant gagne environ 30 pour 100. » Le riz en paille colite de 60 à 65 fr. « le tonneau de 1,000 kilogrammes.il est « comparable au plus beau riz de la Ca- « roline. Quant aux autres articles, « café, épices, cire, etc., le pays -n'en « produit qu'une petite quantité, parce « qu’on lui en demande peu. La cire « est d'une qualité très-supérieure à « celle qu'on rencontre ordinairement « à la cote d’Afrique. Les caravanes ap- <• portent à Malaguia un peu d’or et

• d’ivoire; mais c’est pour la contrée un « commerce peu considérable. La traite « des arachides commence en janvier « et finit en mai. L’epoque la plus favo- « rable pour l’arrivee des navires est « donc vers le milieu d'avril ; c'est aussi

• le moment où le pays est le moins «malsain, quoique les tornades com-

• mencent déjà a se faire sentir. I,e « riz se traite à peu près à la même « époque que les arachides. Le bois

• se coupe en tout temps ; mais il sera « toujours prudent d'eviter la saison « des pluies , où les chargements sont « plus lents et les maladies plus fré- « quentes. »

En continuant à descendre la côte à six milles de terre environ, on passe devant la petite lie basse et marécageuse d’ Yellaboi, couverte d'arbres élevés, surtout dans la partie occidentale. Une petite rivière se décharge à la mer vis-àvis cette Ile, et un comptoir s'élève sur la pointe occidentale de la rivière; on le nomme Sanqahtook. Une autre rivière, du nom de Pa/i-Jlo>jcali, coule un mille et demi plus bas que Saugahtook.

A quatre milles au-dessous de ce point se trouve l’extrémité nord del’lle, beaucoup plus grande, de Cortumo, située à l’ouvert de la baie , vaste mais peu profonde, que forment les embouchures des deux rivières Scarcies. Le chenal d’entrée de la grande Scarcies est entre l’île Yellaboi et Pile Cortumo, puis entre Pile Cortumo et le littoral; ce chenal est large, profond, et accessible par conséquentàde grands navires bien pilotés.

Le chenal de la petite Scarcies n’est accessible qu’à de petits bâtiments. Les forts navires qui viennent dans la grande Scarcies charger du bois de construction, que ces parages fournissent en abondance, peuvent mouiller près de Pile Yellaboi dans le chenal même, pénétrer plus avant, et jeter l’ancre, quoiue avec difficulté, devant Plie Kakongah. Plus bas sur la côte se présentent les terres de plus en plus basses qui forment la rive droite de Sierra- txone • cette rive offre un singulier contraste avec la chaîne de hautes montagnes qui s'élèvent en massif sur les terres les plus occidentales de la rive gauche : le massif de ces hautes terres vient aboutir au cap Sierra-Leone , moins élevé, lui-même, et planté de quelques palmiers à son extrémité. Le vent étant généralement de l’ouest dans les parages de Sierra-Leone , on n’aura plus , une fois le cap de Sierra-Leone double, qu'à prolonger à petite distance les trois petites baies formées par les pointes qui lui succèdent . et Pon ira jeter l'ancre devant la ville même de Sierra-Leone.

Je ne crois pas qu’il ait paru de. description de la ville de Sierra-Leone plus récente que celle que M. le comte E. Bouët a insérée dans sa Description nautique des côtes occidentales iV. Afrique -, et quoique les détails manquent et que ce ne soit pas un tableau pittoresque et animé , voulant surtout donner une idée de l'état actuel de cette colonie, j’ai dû la prélérer à toute autre.

Sans avoir aucun rapport avec Saint- Louis du Sénégal, dit H. le comte Bouët, Sierra-Leone est, après cette ville, l'établissement européen le plus considérable de ces côtes. Cet établissement prend lo nom de Freetown , Villq

L'UNIVERS

libre: c’est en effet la première colonie anglaise où des noirs déportés aient été appelés à jouir de la liberté , après avoir été constitués en société de cultivateurs libres. La ville est bien percée; les rues sont larges, bien alignées et bien tenues; les maisons ont généralement un étage, rarement deux ; elles sont bâties en pierres ferrugineuses , avec une galerie dont la charpente en bois montejusqu’au premier étage et l’entoure de tous côtés en s’appuyant sur des piliers en mâçonneritvou même en fer. L’bôtel du gouverneur de Sierra-Leone et les casernes ou baraques, bâties sur des hauteurs qui dominent la ville, sont de grands batiments à deux étages, entourés également de galeries en bois dans leur pourtour. Les toitures des maisons de.

Sierra-Leone sont en bardeaux de bois et inclinées de 35° pour donner un écoulement facile aux pluies diluviennes qui tombent à Sierra-Leone pendant l’iiivernage. Les cases des noirs sont carrées ou rectangulaires, et bâties en pierres ferrugineuses : elles sont recouvertes en feuilles de palmiers, et s’élèvent généralement au milieu d'un petit jardin entouré d’une tapade, soit dans les faubourgs de la ville, soit dans les villages voisins, ce qui donne à la population noire de Sierra-Leone un vernis d’aisance et de propreté assez rare sur le littoral africain, i.es villages voisins de Sierra-Leone sont peuples de noirs libres importés dans la colonie; le nom de l’illustre Wilberforce a été donné à l’un de ces villages, bâtis sur les hauteurs fertiles et boisées qui s’élèvent en amphithéâtre autour dr l'établissement anglais. Chacun de ces viHrges est administré par un agent anglais et renferme plusieurs missionnaires méthodistes. Dans la ville de Freetown on compte deux ou trois mille personnes; ■nais la population de l'établissement anglais monte quarante mille, assuret-on , si l’on y comprend celle de tous les villages groupésautourde Freetown dans un rayon d'une quinzaine de milles. La garnison se compose de cent cinquante à deux cents soldats noirs. Un millier de Kroanianes provenant de la côte des Graines s’est établi temporairement à Sierra-Leone, et habite un des faubourgs de la ville; là comme partout

ces noirs matelots sont d’une grande utilité pour les travaux de force a bord des navires, sur les quais ou dans les embarcations. Les fortifications de Sierra-Leone n’olïrent rien de remarquable :

elles se composent d'un fort armé de cinq pièces de canon et assez facile à escalader. Il est enfilé par les tertres environnants ; et cependant son feu a beaucoup trop d’obliquité pour pouvoir nuire à des batiments sur rade; la nouvelle batterie de l'est serait plus redoutable pour ces bâtiments, et aussi même peut être une batterie rasante sans parapets qu’on a jetée a l'ouest de la ville sur une pointe de la baie. La rivière de Sierra-Leone produit surtout en abondance de beaux bois de eonstruction :

line scierie établie à une quinzaine de lieues au haut de la rivière en facilite la coupe et le transport. Cette rivière n’a d’adleurs qu’un cours assez restreint : aussi la domination britannique ne sort-elle guère du rayon de Sierra- Leone, et son influence y est-elle plutôt commerciale et religieuse que militaire. Il y a des ressources de toute sorte à Sierra-Leone : les bœufs, les moulons, les fruits, s’y trouvent en abondance et n’y coûtent pas très-cher.

L’aiguade rstdans l’ouest delà ville au pied du faubourg des Kroumaues : c’est une fontaine dont les huit jets d’eau peuvent suffire facilement aux besoins de la rade; l’eau en est excellente et provient des hauteurs voisines, qui alimentent l’établissement de Freetown de plusieurs autres sources aussi pures.

Les environs de la ville offrent d’ailleurs des voies de communication telles qu’il n’en existe nulle part de semblables sur le littoral occidental de l’Afrique : de belles routes de deux lieues de longueur sur une largeur de dix mètres y ont été tracées à grands frais ; des pentes ont été aplanies, des ponts construits, des canaux établis pour l’écoulement des eaux ; on a élevé un quai sur le débarcadère et une petite jetée ou brise-lame près de ce dernier ; tous ces travaux si dispendieux, entrepris s«us ce climat dévorant, témoignent assez de l'importance commerciale et civilisatrice que l’Angleterre attachait à cette possession africaine; mais les efforts tentés dans cet établissement n’ont pas eu les

grands résultats qu'elle s'en était promis (t).

Après être sorti de la baie de Sierra- Leone, pour continuer à prolonger la côte vers le sud, on double le cap Faite , ainsi nommé parce qu’en tempsde brume il est aisé de le confondre avec le cap Sierra-Leone lui-méme. On passe ensuite devant les hautes montagnes qui s'étendent entre Sierra-Leone et le cap Shilling , et parmi lesquelleson remarque lesdeux pics encore plus élevésde Tagrin et de Lynx. Celte chaîne de montagnes se termine au capShilling, et les terres basses de la vaste baie de Yawry leur succèdent. « Ces montagnes semblent, « comme celles de Sierra- Leone, les Iles

• de Loss et les deux petites Iles Ba-

• noues, des produits ferrugineux qu'une

• convulsion volconique aura jetés jadis « sur les terres b isses de ces parages :

• les petites Iles Bananes sont as.se/. éle-

• véos , et semblent être le prolongement « l’une de l’autre : elles sont tres-boi* « sées toutes deux. La plus grande, qui « est la plus élevée, a dû être elle-même « le prolongement du cap Shilling avant « qu'un bouleversement du sol ne vint « ouvrir entre lesdeux un passage pram ticable pour des navires, mais rétréci « par des Ilots de roches. » Si , continue M. le comte E. Uouët, si l’on lire une ligne droite du cap Shilling à la pointe Tassa, qui en est éloignée de dixhuit milles, cette ligne sera la corde de l’arc très-prononcé qui forme la baie de Yawry. La pointe Tassa est jointe à la

lus grande des Iles Plantains par une ande de récifs hors de l'eau et sous l’eau : cette Ile est basse et boisée. De gros rochers, des chaînes de récifs entourent le groupe tout entier à plus de deux milles au large dans l’ouest et dans le sud-est. Un bâtiment de grandeur moyenne peut, après 3voir doublé les lies’ Plantains, ou s’enfoncerdanslebras de mer qui s'éti-nd à l’ouest de Vile Sherboro , ou doubler les I les aux Tortues, et laisser à sa droite les récifs les plus à l’est du banc de Sainte-Anne; les Iles aux Tortues sont des Iles basses et sablonneuses , détachées sans doute par la mer de la pointe Sainte- Anne ,

(i) Drseript. naul. des eûtes oce. d'Afr., P- 74-;C.

qui a donné son nom au vaste banc jeté entre les îles Bananes et l'tle Sherboro, à une dizaine de lieues de la côte.

« Ce banc est un assemblage de hauts

• fonds et de plateaux plus ou moins « recouverts dfeau, séparés les uns des « autres par des canaux navigables,

• mais formant un véritable labyrinthe, a d’où l’emploi continuel de la sonde « peut seul faire sortir le navire qui

• s’y est engagé : vers le milieu du banc ' « cependant, le canal est large, profond

• et facilement navigable. » Aprèsavoir dépassé les Iles aux Tortues on prolonge la côte basse et boisée de Vile Sherboro. Les bancs qui s’avancent à l’ouest de la pointe Manna, ou pointe extrême de la rive gauche de Shebar, resserrent beaucoup l’entrée de cette rivière, et ne lui laissent guère qu’un demi-mille d’étendue. Le mouillage devant cette riviere n’offre d’ailleurs aucune ressource, pas même celle d’une aiguade en dedans de la barre. A partir de Shebar la côte continue à se montrer basse, droite et uniformément boisée; quelques villages sont épars çà et là, et on distingue celui de Cassi. « La rivière « de Gauinas est renommée comme ■ foyer actif de traite de noirs; c’est « sur ses rives, et non loin de son em- « bouchure, que le négrier espagnol « Pedro-Blanco cache ses cargaisons

• humaines dans des barracons ou han- « gars, pour les entasser ensuite sur des « naviresfins voiliers, qui les embarquent « et disparaissent en moins d'une nuit.

« Excepté à l’époque déliassé marée, la « barren’estpasdiflicilea franchir, mais

• elle n’est accessible qu’a des cabo- « teurs ou à des embarcations ; la ri v ière,

« après plusieurs sinuosités, remonte « dans l’intérieur, à traversées bois où « le négrier Pedro-Blanco cache scs cs- « claves, quand il craint qu’une des- « rente des équipages des bâtiments de

• guerre n'ait lieu dans les barraques « du littoral pour briser les fers de ses « victimes. > En quittant Gallinas pour continuer à prolonger la côte , a un mille et demi de terre environ, ou apercevra devant. soi 1 ecapde Monte, qui paraît détaché au large comme une lie; et après avoir reconnu le village et la rivière de Manna et dépassé plusieurs factoreries établies dans les maisons de Sugary, oa

L’UNIVERS

ISO

est en position d'aller jeter l’ancre dans la baie du cap de Monte.

Les peuples qui habitaient la province de Sierra-Leone, nous dit Alvarez d’Almada, étaientautrefois les plus heureux de la Guinée, à cause de sa fertilité ; mais il parait que Dieu a voulu châtier cette province en lui imposant dans les Sumbas ou les Mânes un fléau aussi terrible que les Caraïbes du Brésil. On ignore l’origine de cette nation ; tout ce que l’on sait, c'est qu’il y a quarante ans leur avant-garde envahit la province de ■Sierra-Leone, et leur immigration n’est point encore finie. ( Ou se souvient qu’Almada écrivait dans les derniers temps du seizième siècle. ) Les vieillards sapes prétendent que leurs invasions se renouvellent chaque siècle. C’est vers 1550 qu’ils ont lait l’irruption la plus cruelledonton ait jamais oui parler ; car ils dévoraient la chair de leurs ennemis. Quand ils furent maîtres du pays, ils firent dire à ceux qui les suivaient de ne pas avancer plus loin , et payèrent à leur chef l’impôt désigné sous le nom de mare/e. Maintenant ils ont renoncé à manger de la chair humaine, et sont presque entièrement confondus avec les Sapes ; mais, ayant cesséavec le temps de payer le marefe à leur roi, celui-ci envahit leur pays à la tête de nouvelles bandes qui dévoraient les vivants et arrachaient môme les morts de leurs tombeaux.

On croit généralement que ces Mânes viennent des États du Mandimanca (I), par y qu’ils parlent la môme langue que ses sujets et leur ressemblent beaucoup tant par leurs ma-urs que par les armes , dont ils font usage, lesquelles sont principalement des arcs et des flèches de trèspetite dimension. Ilsontavecccs armes, disent-ils, l'avantage de pouvoir utiliser les fléchés que leurs ennemis leur lancent, et ceux-ci ne peuvent en faire au-

(■) Plus haut, en parlant du roi de Casamanra , Almada a dit que , bien que trèspuissant , ce prince était soumis à son farim , qui est comme l’empereur chez les Nègres; que celui-ci dépendait d’un autre, et ainsi de suite en remontant jusqu'au farim de Man dimanca , qui est le souverain de tous les Nègres, et de qui les Mandingues et les habitants de Casainanca , ainsi que la plupart des rois de la rivière de Gambie et les Sunibas ou Mânes, ont pris leur nom.

tant parce que leurs arcs sont trop grands. Leurs boucliers sont faits de baguettes tressées, et sont assez larges pour les couvrir tout entiers ; ils se servent aussi de courtes épées et de zagaies dont le fer est très-long. Quand ils vont à la guerre, ils portent surle dos deux carquois remplis de flèches empoisonnées, non pas avec le jus de diverses plantes que l’onfaitcuireensemble, comme dans les autres provinces, mais avec le suc laiteux d’un certainarbre, venin très-subtil. Leurs vêtements sont une chemise, un large pantalon de toile de coton et un bonnet orné de plumes. Les Mânes sont venus dans la province de Sierra-Leone en traversant les pays situés au delà du royaume de Congo ; ils eurent plusieurs combats à livrer en passant derrière la province delà Mina et la côte de la Ma laguette. Parmi eux se trouvaient un blanc, nommé Francisco Vas, et un nègre portugais appelé Paulo-Palha, qui, ayant fait naufrage sur cette côte, avaient adopté les mœurs des Sumbas et fait la guerre avec eux, jusqu’à ce qu'ils eussent trouvé l’occasion de rejoindre leurs compatriotes. Us racontèrent que dans tous les pays que les Sumbas avaient traversés ils entraînaient avec eux un grand nombre de guerriers, et que c’était surtout ceux-là qui mangeaient de la chair humaine. Ils ajoutèrent que leur principal chef était une femme, que l’on désignait sous le titre de mettre, et que c'était à elle que l’on payait le droit de marefe. Les Sapes, si nombreux, ne firent aucune résistance; presque tous leurs villages furent dépeuplés et détruits ; un petit nombre seulement de ces malheureux trouva un refuge à bord des vaisseaux portugais, qui envoyaient leurs chaloupes le long de la côte et recueillaient les fugitifs, pour les vendre ensuite comme esclaves. Après avoir tout dévasté, les Mânes se préparèrent à tourner leurs armes contre les Souzas, qui, comme on l’a dit, habitent dans l'intérieur. Les Mânes réunirent pour les attaquer l’armée la plus considérable que l’on eflt encore vue dans ce pays. Ils avaient avec eux un Portugais nommé Salvador llomenda Casta, trèshabile arquebusier. Les Souzas, de leur côté, marchèrent contre eux avec tous leurs guerriers et des auxiliaires foulos

SENEGAMRIE. ICI

Poordétruire plus sûrement leurs ennemis, ils tuaient un grand nombre de bestiaux dont ils faisaient cuire la chair, et à l’approche des Mânes iis battaient en retraite et abandonnaient dans leur cq/np des vases remplis de viandes empoisonnées sur lesquelles les Mânes ne manquaient pas de se jeter ; ils en firent périr beaucoup de la sorte. Le reste fut attaqué au passage d'une rivière par les Souzns et les Foulos confédérés, et mis eif pleine déroute. Les Souzas se retirèrent ensuite au rio de >‘uno, où ils s'établirent. Cependant, ajoute Almada, le commerce a commencé à reprendre dans le pays , parce que les Mânes ont contracté les mœurs des autres indigènes. Leur prince ou roi réside à JUitambo, et prend le titre de Forma; mais les Mânes qui se sont établis sur le territoire des Sapes obéissent à différents chefs , lesquels se font même la guerre entre eux. Quand les vassaux :vont rendre hommage à leur chef, ils se prosternent devant lui en disant :

lAtuaco ( me ootci). S’il veut se débarrasser d'eux pour quelque grief, il doit le faire dans ce moment-ià même, car aussitôt qu'il leur a répondu Anamati , c’est-à-dire sois le bienvenu , ils sont considérés comme étant sous sa sauvegarde. Les Sapes qui habitaient autrefois la province de Sierra-Leone étaient faibles et poltrons; mais depuis qu'ils ont été disciplinés par les Mânes , ils sont devenus excellents guerriers. Ils se servent d’artillerie, et commencent à comprendre l’art des sièges, ainsi que la défense des forts. Ils ont toujours été les ennemis des Français et des Anglais, etont livré des combats auxcapitaines anglais Jean AcIeetBarthélemi Bavào. Ce dernier voulut pénétrer dans l’intérieur, pour faire la guerre au roi Sauna ;mais celui-ci le repoussa, lui tua beaucoup de monde, et lui enleva même quelques embarcations. Ce roi Sauna récompensa richement les soldais portugais qui lui vinrent en aide daus cette Occasion'!).

Dans le dernier chapitre de sa relation Almada a cherché surtout à faire ressortir aux yeux de scs compatriotes

(I) A'olev. Annales des voyages , lrad. de M. Teruaux-Compans, i, XCV, p. 112119.

1 1e Livraison. (Sénégambie.)

les avantages qu’on retirerait de la colonisation de la province de Sierra-Leone.

Les Portugais paraissent les avoir bien sentis et reconnus, si l’on en juge par la longue résistance qu'ils opposèrent à l’établissement des Anglais et des Français dans cette province. J,e récit d'Almada nous atteste que cette lutte avait commencé dès longtemps, et on la voit se prolonger dans tout le cours du dixseptième siècle. Les relationsde William Finch (1), de Villault de Bellefond (2), de Barbot (3) et surtout d'Atkin (4) nous en ont conservé les circonstances les plus intéressantes.

Villault de Bellefond, en 1666, constatait que l’affection des habitants du royaume de Bulom s’était partagée entre les Anglais et les Portugais , et que ce royaume, qui comprend surtout la artie septentrionale de la province de ierra-Leone , était à peine connu et fréquenté des Français et des Hollandais ;

(1) William Finch, marchand anglais, en allant aux Indes Orientales, en 1607, toucha au

orl de Sierra-Leone. Son journal fut inséré ans le i*r vol. du fameux recueil du temps , Hackluytus posthumus or Purc/tas his pilgrim; Londres, 5 vol. in fol., i6a5. M. Walckenaer a résumé daus VUisloire générale des Voyages, t. IV, p. 2,-36, les observations d’histoire naturelle faites par Finch à Sierra- Leone, et qui forment le principal mérite de sa relation. Dans la baie de Sierra-Leone, sur les rocs voisins de l’aiguade, Finch lut plusieurs noms anglais, entre autres ceux du chevalier Fr, Drake, qui avait touché dans ce mémo lieu vingt-sept ans auparavant , de Thomas Candish , et du capitaine Lister.

(2) Relation des costes et AJrique, ap/eellees Guinée , avec la description du pays , mœurs et façons de vivre des habitants , des productions de la terre et îles marchandises qu'on en apporte , avec les remarques historiques sur ces costes. — Le tout remarqué, par le sieur Villault, escuyer, sieur de Bellefond , élans le voyage qu'il y a fait en 1OG6 et 1667. Paris, in-12, tCCg.

(3) Hat but se trouvant à Sierra-Leone eu 1678 joignit st» remarques sur cette province à la Description of the const of eXorth and South Geiinea. insérée dans le Ve vol. du recueil de Churchill, Collection of Voyages and Travets.

(4) Atkin's a Voyage ta Guinen , Brnzil andthe IVest ladies, 2* édit., 1737, in-8°. — • C’est eu 172 1 qu'Alkin tcLichaàSierra- Leone,

L'UNIVERS

il constatait anssi que sur toute la côte il n’y avait pas de heu où le commerce fût plus avantageux, rapportant rarement moins de cent pourcent, et que les Portugais, en allant y acheter, dans l’intérieur, l’ivoire pour le revendre à la côte, réalisaient des bénéfices encore

Îiltis considérables. Les Anglais eurent eur premier comptoir dans l’ile Tasso , l'une des nombreuses îles qui se trouvent à l’embouchure de la rivière de Sierra-Leone ou MUornba. Mais, en 1004, Ruyter, en revenant de son expédition a la côte d’Or, pénétra dans la rivière, et détruisit le fort anglais. La compagnie d’Angleterre en fit promptemént clever un autre dans l’ile de Cagu, la plus fertile et la plus belle de ces îles; et c’est sans doute celui que Yillault de iiellefond visita en I6G6, et qu’il a décrit; les indigènes le ruinèrent, et les Anglais passèrent alors dans file de Jiense , où Barbot les trouva fixés en 1G78. Ils jetaient l’ancre habituellement devant Tombey , village situé à quatre lieues seulcmentde la baie de France (t),

(r) Suivant Yillault de Bellefond, én s’avançant du cap Lcdo ou Tagrin dans la rivière on trouvait plusieurs baies, et la quatrième était celle qui avait reçu le nom de taie de France, soit que les Français eussent autrefois possédé ce point de la cote, soit qu’ils y eussent commis quelques dégâts , liriilé une ville, par exemple. Labat va plus loin, et rapporte une tradition des indigènes concernant un ancien comptoir des Normands : il affirme meme qu’ils en montraient encore l'emplacement , et qu’ils ont conservé un grand fonds d’affection pour les Français et l'habitude de parler leur langue. Barbot a décrit ce lieu comme l’un des plus pittoresques de toute la Guinée : on le distingue aisément, dit-il , au sable brillant et net de la plage. A quelques pas de la mer est la fontaine de France , baignade la plus commode et la plus abondante de la cote. On y remplissait aisément cent tonneaux en un jour. Cette eau vient du milieu même des montagnes de Timna , qui forment une chaîne de quinze lieues environ, mais inabordable à cause du grand nombre de bêtes féroces qu’elle renferme. Les eaux fraîches tomlient du sommet des montagnes avec grand bruit et par plusieurs cascades, pour se réunir dans une espèce d'étang, ou de premier bassin , insuffisant à, les contenir ; elles debordeut sur le rivage sablonneux, et au

plus rapproché qu’aucun autre de leur comptoir et dépendant dans ce tempslà d’un chef ou dongah nommé Jean Thomas. Barbot, qui a recueilli sur la population indigène de cette contrée les memes détails a peu près que j’ai rapportés d’après Alinada , nous dépeint la iiaineencore ardente des fietix-Capezel des Combas-Manez; ces deux peuples cependant semblaient reconnaître egalement la domination du roi de < Juoja , qui résidait près du cap Monte, et donnait aux différents cantons de la province de Sierra-Leone des gouverneurs ou vice-rois, appelés donyahs dans le pays, comme était ce Jean Thomas. Au nord de l’embouchure de la rivière de Mitomba s’étendait le petit royaume de llulm (J), et au sud celui de JÏourri. Le roi de Bolm se nommait alors Antonio-Boumbo. Les missionnaires portugais l’avaient converti au christianisme avec une partie de ses sujets; toutefois, et maigre le grand nomlire de Portugais répandus dans ses Etats, il semblait favoriser davantage les Anglais, et la jalousie des Portugais en souffrait vivement : de Donderm uch ou Dondomuch, leur principal établissement, ils entretenaient aussi peu de relations que possible avec les Anglais de l’ile Bense. En 1G78 le fort élevé dans cette île n’avait encore d’importance que par l’avantage d’une situation très-forte , sur un roc élevé et inaccessible; en 1704, quand Barbot lerevit, il présentait quatre bastions réguliers, de très-beaux magasins, de spacieux logements sur les remparts, quaraiite-

pied des montagnes un second bassin les reçoit, mais les laisse encore se répandre sur le sable et se perdre enfin dans la mer. Ce second bassin était entouré des plus charmants ombrages, et protégé rn oulre contre la chaleur par une enceinte de rochers : Barbot se plaisait à y venir prendre ses repas. On payait alors au dongah Jean Thomas, pour prendre de l'eau à cette fonlaine et du bois dans les environs, un droit de 3 ou 4 écus de France seulement, cnnetitcsmcrerrici. (Walckeuaer. Hui. gin. des Vvy . , t. IY, p. 5a.)

(i) Dans la langue du pays , suivant Barbol, llalem signifie basse terre ; on pr. mourait Dotem ou Fillon, et en y ajoutant Ferre [bon), on formait le nom de Ito/emberre , de même que Yillault de Bellefond écrit Bidomùel,

quatre pièces de canon , et sur la plateforme qui surmontait la porte d’entrée quatre canons du plus gros calibre. Cependant le 17 juillet de cette même année, deux vaisseaux de guerre français, sous le commandementdusieurGuérin, enlevèrent cette place sans éprouver de résistance , rasèrent le fort , et emportèrent sept mille dents d'éléphants avec beaucoup d’autres marchandises. Mais la compagnie anglaise fit relever preinptement son fort , et Atkin parle de la concurrence commerciale qu’il avait à soutenir, en 1721 , contre un établissement situé sur la rivière, anglais aussi , mais appartenant à des négociants privés, au nombre de trente ou quarante, gens peu scrupuleux et exerçant presque le métier de pirates. — Jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, il ne parait pas que le comptoir anglais ait été inquiété de nouveau.

Sous le ministère du maréchal de Castries, le gouvernement français confia à M. de I-ajaille, lieutenant de vaisseau, la mission d'établir un poste militaire dans la rivière de Sierra-Leone.

On avait choisi comme emplacement de ce poste Vile de Cambia, situéeà l’entrée de la rivière de Bunck, qui se réunit. à la rivière de Sierra-Leone a cinq lieues de la Haie de France. On destinait à ce nouveau poste, avec une batterie de six pièces de canon, une garnison de quinze hommes détachés du Sénégal ; et il ne devait être considéré que comme une dépendance de ce gouvernement. M.deLajaiile, comme j’ai déjà eu occasion de le dire, partit de Brest le 1er novembre 1784; il toucha au Sénégal le 3 décembre, à Corée le 15 du même mois, en partit le 25 pour l’archipel des Bissagos. et le 18 janvier 1785 il mouillait à l’embouchure de la Bunck. Dès le 19 on commença les travaux d’établissement, qui furent achevés le 26 février : « La batterie fut « placée sur deux encadrements auxquels « on conserva la longueur qui convient à « l'artillerie de douze : on n’y laissa ce- « pendant que six canons de gaillard de

• six livres de balles. Le magasin et le « logement des officiers furent placés à « la droite de la batterie, les casernes à la « gauche, et les cases à Nègres à la proxi-

• mité des bâtiments. Dans la suite on

• devaitfaire un large fossé autour de ces

« bâtiments : il futtracéà quelques cen- « taines de pas en arrière (1). > M. de Lajaille avait eu à suivre quelques négociations assez lentes et assez difficiles avec le roi de Gambia. Elles se terminèrent heureusement par un traite dont je donne la teneur eu note (2) ; et le roi de

(i) Durand, Voyage au Sénégal, p. i48.

(i) « Aujourd'hui 1 4 janvier 1785, en- « Ire Panabourv , roi propriétaire deGam- « bia, rivière de Serre-Lionne, cote d’Afrique, «■ les nommés Pacomba , Pabosscm et signor « don Rodrigo Domingo, habitants du pays, « cri présence des sieurs Jean Jung et Uca bert, capitaines des navires du commerce «* la Commode et la Bonne-Union, et Je.-, sieurs » Ansel et Hannihal, déjà établis sur ladite

> île, procédant par autorité du roi de France, * confiée au sieur marquis de Lajaille, eom- « mandant la frégate t Émeraude, aux con- « ditions relatives à l’établissement d’un « comptoir français dans cette partie de l’A- « frique, est convenu ce qui suit, savoir : que « le roi de file de Gambia et ses sujets pro- « mettent et consentent que le roi de France « élève tel fort que bon lui semblera sur « cette île, pour protéger son pavillon et « donner toute assistance aux vaisseaux de « son commerce contre toute nation étran-

> gère qui y porterait obstacle eu manière < quelconque. — Promettent égalemeut les « susdénommés, pour eux et pour les sujets a de leur dépendance, qu’il ne sera fait au- « cun trouble ni aucun obstacle à la vie, « aux biens ni à la liberté des sujets du roi de « France, qui s’engage de son côté à tenir « la main à ce que la même condition ait a lieu de la part de ses sujets envers ceux du ” roi propriétaire de Gambia. — Promet , le « roi de France, toute protection au roi de « Gambia et à ses sujets dans l’intérieur dos « forts ou flatteries qui seront construits sur « cette île. sans pour cela qu’on puisse exiger « que les Français se portent à l'extérieur de « l’ile. — Est en outre convenu que les bàli- « méats du roi seront toujours exempts de « payer les coutumes que payeront les bàti- « ments du commerce sur le pied qu’elles « sont déjà établies, à raison de quinze har- « res pour chaque bâtiment; laquelle coq- « (unie acquittée , lesdits bâtiments seropt « libres de couper du bois, de faire de l'eau et « de se procurer les autres besoins. — Et a pour entretenir la bonne union que le roi « de France établit entre ses sujets, le roi et « les habitants de Gambia , sa majesté trèsci chrétienne promet un présent de 100 barres, « qui seront données au roi de Gambia le

LUWVEIIS.

Cambia dont la méfiance avait tout à fait disparu , confia à M. de Lajailleson (ils, nommé Pedro, pour être conduit en France. Ce jeune prince, parti d’Afrique en 1785, resta dans une pension à Brest, moyennant 1,200 livres par an jusqu’en 1787, et fut renvoyé à son père; niais , sur un désir du roi de Cambia, on le ramena en France sur l’aviso t Eveillé , pour achever son éducation sous la direction des mêmes personnes; il revint définitivement en 1790. En 1796, une expédition dont Golbery faisait partie fut chargée d'aller reconnaître la situation de l’etablissement français; Golbery était autorisé à décider de l'abandon de ce poste; il reconnut à la vérité tous les inconvénients de la situation de l’ile de Gambie, jetée à l’écart, dans la rivière de Bunck , au fond d'une anse vaseuse et marécageuse, écrasée par une montagne qui n’en est séparée que par un canal très-étroit, bordée de mangliers, ainsi privée d’eau, n’étant même pas rafraîchie par la brise du large, qu’interceptent plusieurs saillies de la rive méridionale du canal de Sierra-Leone, trop resserrée pour convenir à aucun essai de culture, réduite, commercialement parlant, au service d’entrepôt, et, militairement, très-facile à enlever par l’existence de quatre ou cinq cales qui facilitaient un débarquement nors de la vue du fort, et rendaient par conséquent les batteries inutiles ; cependant il crut , comme avait fait le marquis de Lajaille, que le fait seul d’être établi dans la ri vière de Sierra- Leone avait unegrande importance pour la France, et décida que le fort serait conservé. Mais cet établissement ne pouvait durer. Le gouvernement du Sénégal , trop éloigné et privé de moyens de communication, ne s’en occupa pas, et abandonna les malheureux colons à leur sort : ds périrent presque tous au mois d’aoôt 1798 ; deux ou trois seulementeurent la force de venir mourir en France.

■ jour de Noël de chaque année. — Fait par- « devant les snsdcnouunés, à Gambia, les - mêmes jour cl an que dessus. Le roi Pana- > bouré, Paeomba et P adosse ni , ne sachant « pas signer, ont fait chacun une croix sur « Pacte; ensuite signé : Domingo Rodrigo; « pour le roi de France, te marquis de La m jaille , A met j J. Jung, J, L. Hanntbal, u ( Durand , Voyage au Sénégal, p. 149. )

Cependant deux établissements anglais, celui de File de Bence et celui du village de Sierra-Leone , présentaient par leur prospérité et leu r développement rapide un contraste affligeant pour nous avec l’état misérable de notre comptoir de l’ile Gambia. La fondation de cette nouvelle colonie anglaise à Sierra-Leone avait été un événement considérable :

c'était le premier essai d'application de généreuses idées d'affranchissement et de civilisation qui , dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, s’étaient manifestées avec éclat, surtout en Angleterre, en faveur de la race noire. Il peut paraître injuste de faire honneur a telle ou telle nation, à tel ou tel individu, de ces élans de charité, de ces nobles inspirations, si naturelles à l’homme; mais, s’il est difficile d’en attribuer sûrement l’initiative à personne, il faut reconnaître que sans la persévérance et les longues méditations de quelques grands esprits la sympathie générale qu’excitaient les misères de la race noire aurait pu longtemps encore demeurer stéri le. De cette manière on peut, jecrois, apprécier avec vérité quelle fut la portée de certains écrits , de certains efforts, de certains actes individuels ou

f;énéraux , par exemple , du plan de coonisation africaine que le docteur Smeathman, en 1783, faisait connaître dans ses lettres au docteur Boxvles ; de Fessai publié par le révérend James Ramsay sur le traitement des esclaves dans les colonies à sucre appartenant à l’Angleterre (1); de la manifestation de l’université de Cambridge, proposant comme question de concours, en 1785, la question de l’esclavage et de la traite des noirs (2) ; de la prompte formation à Londres d'une société pour l’abolition de la traite; du zele passionné deWilberforce, n’acceptant pas de lenteurs dans une œuvre de religion , n’arrêtant plus ses vœux à la suppression de la traite, mais demandant, dès 1792, Fabo-

(1) James Ramsay' s Essaye on treatment of African slaves, 1784.

(a) Le mémoire de T. Clarkson , écrit en latin, obtint le premier prix, et fut bienlôt traduit en anglais cl suivi de deux écrits du même auteur sur les iuconvéuiciits politiques de la traite des noirs et sur l'iiisufüsauce des règlements qui s'y rapportaient.

SENÉGAMB1E.

lition de l’esclavage, et entraînant non pas ceux qui l’entendaient, mais la convention nationale, qui,parsondécretda IG pluviôse au II (4 février 1794 ), abolissait l’esclavage dans les colonies françaises.

A la fin de la guerre d’Amérique, en 1783, beaucoup de nègres qu’on avait soulevés contre leurs maîtres, etqu’on avait enrégimentés , furent transportés à Londres ; le dénûment de ces malheureux et la crainte qu’ils ne se pervertissent intéressèrent les philanthropes anglais : un comité se réunit à cette occasion sous la présidence de Jonas Hanway, assisté de M. Granville-Sharp et du "docteur Smeathman; le plan que ce dernier avait publié d'un nouvel établissement à fonder près de Sicrra-Leone fut accepté. Chargé de recueillir des colons parmi ces nègres ou hommes de couleur, il réunit plus de quatre cents noirs et une soixantaine de blancs, et les conduisit lui-même sur des vaisseaux de l’État à Sierra-Leone; malheureusement peu de temps après leur arrivée, le 9 mai 1787, il vint à mourir. Le capitaine Thompson lui succéda dans la direction de la nouvelle colonie. Il commença par acquérir du roideNaimbanna un terrain de vingt milles carrés environ , choisit l'emplacement d'une ville sur une hauteur faisant face à la mer, lit construire tin magasin général, et répartit les terres entre les colons ; mais il n’était pas secondé : l’oisiveté et l'intempérance les décimèrent cruellement; beaucoup désertèrent; et quand le capitaine Thompson les quitta la colonie ne comptait plus que deux cent soixante et seize individus. Pour éviter le sort de leurs compagnons , ils se mirent au travail , mais ne furent pas heureux : au mois de novembre 1789 un chef africain, à titre de représailles, les dispersa. Granville-Sharp ne se découragea pas : il parvint à former une nouvelle association de vingt-quatre personnes, qui prit d'abord le nom de Compagnie de la baie de Saint-Georges. Le 17 février 1790, un actê du parlement la reconnut sous le nom de Compagnie de Sierra-Leone, en lui accordant un privilège de trente et un ans, à partir du 1er juillet 1791. Le sixième article de cet acte portait qu’elle ne pourrait faire la traite des

noirs ni posséder d’esclaves dans la colonie. Cette compagnie, le Ie' juin 1792, lorsque la liste des souscripteurs fut close, comptait mille huiteentquarantetrois porteurs d’actions; le prix de chaque action était de 50 liv. sterl. Le nombre des actions était de cinq mille vingttrois, représentant ainsi un capital de 251, 1 50 liv. sterl . Le comitédedirection, pris dans le sein de la compagnie, se composait de treize personnes, et se renouvelait chaque année. Par la suite, les directeurs ouvrirent une nouvelle liste de souscription pour subvenir à l'augmentation de dépenses que nécessitait le développement de la colonie.

Au commencement de 1791 , M. Falconbridge, venu pour réunir les colons dispersés, éprouva des difficultés de la part des chefs indigènes : ceux-ci ne reconnaissaient plus la première vente, et ne consentirent enfin à leur céder de nouveau le même terrain qu'à condition qu’ils abandonneraient remplacement choisi pour leur ville par le capitaine Thompson. La colonie s'établit alors à Cranvi/te-Town, villageque les indigènes avaient déserté, et situé à une petite distance à l’est de l’ancien chef-lieu , Freetown , sur la rive méridionale de l’embouchure de la Sierra-Leone; la compagnie la pourvut en abondance de denrées, d’outils, de marchandises, en même temps qu’elle envoyait à Sierra- Leone des soldats, des "artisans, des cultivateurs et des administrateurs choisis avec soin. En mars 1792 la colonie reçut un accroissement considérable de population, par l’arrivée de douze cents noirs libres , anciens loyalistes, mécontents delà condition qu'ils avaient trouvée aux îles de Bahama et à la Nouvelle- Écosse, où on lesavait transportés après la guerre d’Amérique. Dans le même temps deux voyageurs suédois, Auguste Nordenskiold", chef des mines de Finlande et minéralogiste distingué, et Adam Afzélius, professeur de botanique à l’université d’Upsal, consentaient à mettre leur science et leurs observations au service de la colonie anglaise. Entre les mains du lieutenant T. Clarkson surtout elle entra véritablement en pleine voie de prospérité ; par une correspondance régulière avec le comité de direction , il put prévenir beaucoup de dé-

l’univehs.

penses inutiles, beaucoup de désordres qui avaient failli un moment compromettre son existence ; il accélérait tout ensemble les travaux de construction (on s'était décidé à élever, contre toute opposition, la nouvelle ville sur l’emplacement de l’ancienne Freetown ) ; il composait un conseil colonial et publiait de sages règlements de police. Un événement imprévu arrêta ces heureux développements. Le 27 septembre 1794 une escadre française parut devant la ville de Freetown : les habitants demandaient à capituler; mais le capitaine Arnaud, commandant de l’escadre, déclara qu’il brûlerait toutes les maisons appartenant aux Anglais. En effet les maisons et les magasins furent pillés et brûlés, les registres de la compagnie, la belle collection du docteur Afzélius dispersés; enfin les pertes s elevèrent à plus de 40,000 liv. sterl. Le gouvernement français désavoua et punitlecommandant Arnaud. « Sonchâ- <> timenteût étéexemplaire, dit Durand <> dans son Woyagr au Sénégal, s’il « n eût pas paru clairement qu’il igno- " rait le mal qu’il avait commis. Il fut « reconnu par son journal qu’il avait été “ induit en erreur par deux négriers « américains, et qu’il crovait avoir fait « une œuvre méritoire en’détruisant ce « qu’il appelait un établissement de « Pitt pour fabriquer des esclaves. »

En 1706 une partie des colons, ceuxlà même qui étaient venus de la Nouvelle-Ecosse, voulut se séparer de la colonie; et le gouvernement, à cette occasion, accorda aux directeurs un secours de soldats qu’on tira de la garnison de Gorée , et une somme de 7,000 liv. sterl. pour la construction d’un fort. Mais au mois de septembre 1800, à la suite cl actesde faiblesse ou d’imprudence du gouverneur et duconseil colonial, les mécontents, ayant à leur tête les chefs des districts ou centeniers, défendirent par un arrêté à tous les habitants, sous peinede 20 li v. sterl. d’amende, de reconnaitre à l’avenir ces autorités; ils firent même une nouvelle constitution, qui remettait tout le pouvoir entre les mains des centeniers, et fixèrent un maximum pour toutes les denrées de première nécessité. L'arrivée opportune d’un vais- . seau de la Nouvelle-Écosse donna au

gouverneur les moyens de venir à bout des révoltés; llordonna quelques exécutions, assigna le séjour de Granville- Town à tous les Nègres marrons de la Nouvelle-Ecosse, et île cette manière assura pour l’avenir la tranquillité de la colonie , que tous ces événements avaient profondément troublée. Jusqu’en 1820 rétablissement de Sierra-Leunc ne cessa de s’accroître : on construisit successivement de nouveaux villages autour de Freetown, dans un rayon de seize milles : en 1809 le village de Leicesler, situé dans les montagnes, à deux milles et demi de Freetown; celui du Régent en t812, Gloucester en 1816; /Cissey et Léopold l’annee suivante; Charlotte, ZWitberforce et Bathurst, en 1 81 8 ; Kent, 1 ork, /Wellington , ilastings et /Waterloo, en 1819. Ces deux derniers, par leur situation et la fertilité de leur sol, étaient destinés à prendre le plus d’importance.

Kent et York avaient l’avantage d’étre situés sur la côte; mais la trop grande proximité des montagnes devait nuire à leur développement; l'établissement des îles de Loss, formé en (819 àla suite de la cession du chef nègre Dalla-Mahommadou, et celui des ites des Bananiers en 1820, peuvent être considérés aussi comme des accroissements de la colonie deSierra-Leone. Mais en 1820 il semble que les progrès s’arrêtent, quela population diminue, que la stérilité du sol, les dangers du climat, l’énormité des dépenses aient découragé les colons et le gouvernement; onécrivaiten 1826, de Sierra-Leone (1), que le gouvernement venait de confier au lieutenant-colonel Denharn, bien connu par ses voyages dans l'intérieur de l’Afrique, la mission urgente de choisir sur la côte occidentale d’Afrique un lieu plus propre que Sierra-Leone à recevoir un grand établissement, à devenir un centre commercial ; on présumait déjà que l’entbouchuredu Nigerseraitlelieu désigné, qu’au moyen de ce lleuve, navigable , à plus de cinq cents lieues de son embo uchure (avantage immense, qu’on regrettait surtout à Sierra-Leone et que le Niger d’ailleurs n’eût pas procuré) , un établissement fondé par exemple dans l’iie de Fcrnaudo-Po ne pouvait manquer de s’é-

( t) Journal des Voyages, t. XXXII, p. 363,

SÉNEGAMBIE. ' 1G7

lever au plus haut degré de prospérité. C’est sous l’influence des memes sentiments de crainte et de découragement que la Chambre des communes ordonna, à la même époque, une enquétesur l’état de la colonie de Sierra-Leone.

On voit par le rapport des commissaires, MM. James Rowan et Henry Wellington (1), que depuis l'abolition de la compagnie d’Afrique, en 1821 , tous les établissements ou comptoirs anglais de la côte occidentale d’Afrique, compris entre Sainte-Marie en Gambie au nord et Accra au sud , avaient été réunis au gouvernement et à l’administration do Sierra-Leone; qu'ils étaient tous régis par les lois anglaises, mais que ces lois avaient été considérablement modifiées par les lois ou règlements coloniaux portés par le gouverneur et son conseil ; que ces règlements locaux étaient peu connus, et qu’on n’avait songéque tout récemment a les réunir, à les mettre en ordre et à les livrer à l’impression , et qu'ainsi longtemps il n’avait existé dans la colonie qu’une seule copie de ce recueil, quoiqu’on comptât jusqu’à huit cours de justice. Le gouverneur et son conseil , composé du grand juge , de l’avocat du roi, du secrétaire delà colonieet de l’inspecteur des domaines, formaient une cour suprême jugeant en dernier ressort, à moins que la somme en litige n'excédât 400 liv. sterl.; dans ce cas, il y avait appel au roi d’Angleterre. — La cour de la commission royale jugeait tous les délits relatifs au commerce des esclaves.— La cour d'amirauté connaissait des actions civiles, et participait de la cour des plaids communs et de la cour d’équité en Angleterre. Toutesces cours étaient présidées soit par le grand juge (chie/ justice), soit par un membre uu conseil. L’institution du jury avait déjà produit à Sierra-Leone d’excellents résultats : on choisissait les jurés parmi les hommes de couleur, la plupart propriétaires et issus des nègres de la Nouvelle-Ecosse, et parmi les nègres marrons, qui furent, comme on sait, les premiers colons. Maisles rapporteurs si-

(i) Report of the commisiionners of in- <fuiry ittto the State of the colony of Sierra- Leone, ordered hr the House oj commons ta t/e printed 7 may 1837, in-fol., m pages.

gnalaient comme une loi contraire à lai prospérité de l’établissement l'alienh Ut , qui permettait au gouverneur d’expulser arbitrairement les étrangers fixés dans la colonie, astreints à toutes les charges , mais ne jouissant pas des privilèges des colons , ne pouvant pas, par exemple, posséder légalement ni tester. La centralisation du gouvernement et de l'administration était aussi marquée comme un grand vice; c’est cette enquête enfin qui révéla une diminution considérable dans la population :

le nombre des individus importés étant de vingt et un mille neuf cent quarantequatre, et celui des individus de mêmes classes ( nègres de la Nouvelle-Écosse, nègres marrons, américains, soldats licenciés, nègres affranchis) qui existaient dans b colonie au moisd’av ni 1826, étant de treize mille vingt, la population avait diminué en quarante ans de huit mille neuf cent vingt-quatre individus. — Quant a l'état du commerce de Sierra- Leone en 1827, on voit que si le commerce de l’or, branche ouverte récemmeut (1), s’était accru d'année en année jusqu'à s'élever, eu 1825, à une valeur de 30,000 liv. sterl., si l’exportation des bois de construction avait aussi beaucoup augmenté dans les dernières années, ayant monté entre les années 1820 et 1825 de six mille soixante-dix-huit à vingt et un mille six cent cinquante blocs, les exportations en ivoire avaient beaucoup baissé : en 1820 on avait exporté six mille trois cent soixantequinze dents d’éléphants; en 1823, 1824 et 1825, seulement sept cent quatrevingt-sept. Quant aux revenus du gouvernement , provenant d’un droit de 2 pour 1 OOsur tous les objets de manufacture anglaise importés, et de 6 pour 100. sur toutes les marchandises étrangères , en impôts sur les liqueurs fortes , sur les ventes par adjudication , etc.,

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(1) Avant le voyage du major Cordon Laing (i8aa) la traite de l’or n’elait pas même connue à Sierra-Leone. Les marchands qui rapportent viennent surtout de Bouri et de Kang-Kang; et comme on a observé que pendant qu’il augmentait à Sierra- Leone, ce commerce diminuait en Gambie, il est clair que l’or de traite provient des mêmes contrées , et est apporté par les mêmes marchands.

L'UNIVERS

en droits d'atterrage et d'ancrage, ils n’avaient rien de fixe : en 1823, où ils avaient atteint le chrffre le plus liant, 8,890 liv.sterl., les dépenses militaires seules s’étaient élevées à 46,734 liv.

sterl.

Les dangers de cette crise, on ne saurait le nier, avaient été réels, et les alarmes du gouvernement anglais bien fondées; l'enquête ordonnée par la Chambre des communes devait décider de la conservation ou de l'abandon de la colonie de Sierra-Leone; rien ne fut changé, et Sierra-Leone resta le centre et le chef-lieu des établissements anglais de la côte occidentale d’Afrique. Maintenant , si on se transporte à dix ans de là, à la fin de l'année t83G, on voit que la population , presque toute composée de nègres libères, est de cinquante mille individus, et que les exportations se sont élevées aune valeur de 7 1,927 liv. sterl.; que sur cette somme totale les exportations provenant du crû ne comptaient que pour 3,526 liv. sterl.; qu’ainsi l’établissement n’a aucune importance agricole , et que tous les capitaux et toute l’industrie des nègres libres et des blancs de Sierra-Leone sont consacrés à acquérir les produits bruts de l’intérieur, les bois de charpente et de teinture, l’huile de palme et le café ; que de toute manière, par rapport à sa population, l'industrie de Sierra-Leone se réduit à bien peu de chose. L'insalubrité du climat en est la cause : c’est elle qui éloigne de Sierra-Leone comme de tous les autres points de la côte d’Afrique l'industrie et les capitaux des Européens. Tandis qu’un géreur ou un planteur de café allant s’établir sur un point quelconque des Indes Occidentales trouve aisément à assurer sa vie à moins de 5 pour 100, il ne pourra, s’il se dirige sur Sierra-Leone, la faire assurer à moins de 30 pour 100. Sierra-Leone n’a donc proprement d’importance que comme entrepôt du commerce anglais avec les tribus de l’intérieur. — C’est ici le lieu d'aborder la question de rémigration, et de dire quelle fut l’utilité de l’établissement de Sierra-Leone pour la suppression de la traite des noirs, cause première de sa fondation ; quelle est la nature de la population qui s’y trouve réunie, et de quelles es-

pérances diverses elle est l’objet, considérée par les missionnaires comme un foyer de régénération pour toute l’Afrique, et par les planteurs de l’Amérique comme une pépinière inépuisable de travailleurs libres.

C’est en 1807, comme on sait, que l’Angleterre . publia cette loi célèbre qui supprimait la traite des noirs dans toutes scs possessions; cette même année l’acte d’abolition de la traite, publié en 1789 par le congrès des États-Unis , fut mis en vigueur; dès 1802 les gouvernements ue Danemark et de Suède avaient interdit la traite à leurs sujets; enfin trois déclarations furent faites solennellement et en commun contre ce honteux traGc par les plénipotentiaires de l’Angleterre, de l’Autriche, de la France, du Portugal, de la Prusse, de la Russie, de l’Espagne et de laSuèdc, en 1815, 1818 et 1822, aux congrès de Vienne, d’Aix-la-Chapelle et de Vérone; en présence de ces faits, on pouvait espérer que bientôt un terme serait mis à ce fléau qui désole [ Afrique , avilit l'Europe et afflige r/iumanilé. Je ne saurais, sans dépasser de beaucoup les limites de cette publication, donner ici l’exposé, même le plus bref, des négociations et des conventions intervenues entre les différentes puissances pour poursuivre l’extinction totale de In traite (I); mais toutes les mesures adoptées par l’Angleterre de concert avec les autres gouvernements, traités particuliers, croisières organisées, formation de commissions mixtes, demeurèrent inutiles , et, suivant les expressions passionnées des aôo/i’liont.sfex, elles n'auraient fait même que multiplier les atrocités de la traite. On lit dans un rapport sur l’état de la traite des noirs en 1 843 , fait dans la séance d’ouverture de la convention générale desabolit ionistes , au mois dé juin de cette même année, une reproduction des calculs effrayants de sir Fowell Buxton,

(i) For. dans les Annales maritimes, 1844, Jîe vue colon., n° 7, un prévis historique au droit international depuis t8i5 jusqu'en «84 J, composé surtout d’après l’ouvrage presque officiel publié à Londres, en 1841, par M. James Bandiuel, sous le titre de Some accounl of lise trade in Slaves , as connccted with Europe and Jmtrica.

auteur de l'ouvrage intitulé. The Slave Irade and isl remedij, suivant lequel la traite, avant 1840, jetait encore dans les horreurs de l’esclavage plus de cent vingt mille victimes parmi les peuples chrétiens, et parmi les maltométans plus de cinquante mille, nombre qu'il faut élever à quatre cent ciuquante mille en tenant compte des pertes annuelles éprouvées par les négriers. « Il est reconnu , ajoutait le

• rapporteur, M. Scoble, que sur mille « Noirs embarqués par les négriers il en « périt la moitié pendant le voyage et

• le séjour sur les côtes ; un quart des « noirs embarqués meurt durant la tra- « versée; et sur ceux qui parviennent

• à leur point de destination, il en « meurt un cinquième dans la première « année de travail; les trois cents qui « restent se voient, avec leur descen- « dance, condamnés sans espoir à un « perpétuel esclavage et à une mort pré- « maturée. Tel était l’état des choses « lorsque les philanthropes d’Europe et « d’Amérique se réunirent à la conven- « tion de 1840. » Les traités passés avec les puissances étrangères stipulaient que les esclaves trouvés à bord des négriers seraient conduits sur le sol de la nation du bâtiment capteur.

Des le principe, les croiseurs britanniques observèrent cette clause en venant émanciper les esclaves tombés en leur pouvoir à Sierra-Leone, colonie que les circonstances et le but de son etablissement recommandaient naturellement à un choix pareil , mais que les traités n’avaient pas désignée plus spécialement que toute autre possession anglaise à recevoir le dépôt des Nègres libérés. Ainsi s’entretint et s’accrut la population de Sierra-Leone ; et d’après le témoignagedu colonel Alexandre Findlav, qui fut gouverneur de cette coloniede is29à 1833,oncomptaitalors, sur le nombre total de trente-cinq mille âmes, trente quatre mille Africains libérés ( 1 ) . Dans ces dernières années il s’était

(i) La population de Sierra-Leone est loin d’étre aussi considérable que pourrait le faire croire le nombre des négriers qui y furent conduits pendant trente-cinq ans. De 1807 à 18J6, cinquante-six mille cinq cent soixante-trois esclaves y furent débar-

élevé jusqu'à cinquante mille. Le négrier conduit a Sierra-Leone est jugé ordinairement au bout de huit jours. Pendant cet intervalle de temps, comme il n’y a pas de local convenable à terre pour recevoir les noirs, ils restent sur le négrier. Après le jugement, les autorités locales en dirigent souvent une partie en Gambie ; quant à ceux qui rrstent , on les incorpore dans l’Eglise anglicane, on les marie, 011 enrégimente les uns, on emploie les autres d'abord aux travaux publics, puis on les envoie dans les divers villages qui entourent Sierra-Leone, et là on les pourvoit d'une certaine portion de terrain qu’on leur fait défricher et où ils sont contraints de se construire une case; les jeunes garçons et les jeunes filles sont placés en apprentissage, les enfants envoyés aux écoles, où ils reçoivent une éducation chrétienne et apprennent à lire et à écrire pour se placer plus tard comme domestiques. ou pour prendre un état quelconque. Cependant les Nègres libérés ne sont pas tous suivis avec cette sollicitude; une foisdebnrqués, ils sont parfaitement libres d’aller où bon leur semble : on les prévient seulement que s’ils s’aventurent trop ils risquent fort d’étre repris par les peuplades de l’intérieur et revendus aux trafiquants d’esclaves , ce qui ne manque jamais.

O11 comprend , eu voyant de quelle manière se recrute toujours la population de Sierra-Leone, que cette colonie soit devenue pour l'Afrique occidentale ce qu’est le Cap de Bonne-Espérance pour l’Afrique méridionale , le centre des diverses sociétés de missions. Dès 1795 cette colonie était visitée par les missionnaires de la société Baptiste ; en 179G par ceux de la société d’Ecosse et de la société de Londres. En 1801 la société épiscopale y envoya des miuis-

ques , et cependant à la fin de 18.Î6 la population totale n’était que de trente-trois mille six cent vingt-huit Smcs. On attribue cette diminution; 1“ à la disproportion des deux sexes, le nombre des hommes dépassant d’un tiers environ relui des femmes ; a“ à la mortalité effravante qui sévit toujours contre les nouveaux débarqués; 3" et aussi au déversement d’un certain nombre de libérés fait dans rétablissement de Gambie,

L’UNIVERS

fresque ne put lui procurer l’Angleterre, mais qu’elle obtint d'un institut de Berlin. En 1823 l'institut de Bâle y envoya ses élèves. Une société s’était formée en 1807 , à l’époque de la cession de la compagnie de Sierra-Leone au gouvernement , sous le nom d 'Institut e If ri cain , pour diriger et étendre cette œuvre de civilisation. A la mission de l'église s’était associée, non sans un esprit quelquefois dangereux de rivalité, la mission méthodiste vvesleyenne(l). Les missionnaires anglicans comme les mis-

(I) Dans la Revue coloniale des Anna 1rs manttmes de 1846,0° 11, on trouve des renseignements statistiques pleins d’intérêt sur les principaux résultats obtenus à la fin de 1844 par la seule société vresleyenne. Leurs missions peuvent sc diviser en trois districts, comprenant, le premierSierra-Leone et ses dépendance*; le deuxième la Gambie, et le troisième la Cote-d’Or. Le premier est desservi par un surintendant général de la mission , deux missionnaires et trois aides missionnaires indigènes. Lesstations centrales ou principales sont Freetown, Hastings et Wellington, Y ork et l’ile Plantain. Circonscription de Freetown : une chapelle située daus liathurst-Strcet était fréquentée le dimanche, et deux fois la semaine, par une nombreuse congrégation; la société religieuse de Porluguese-Town n’avait cessé d’être très-suivie dés l'établissement même de la mission. A New- Town-}V est , où la mission comptait plus de cinq cents membres affiliés, la chapelle était toujours pleine, et une grande foule suivait encore l'office du dehors ; on en pouvait dire autant de la chapelle à Soldicr-Town , de la maison de prédication à Gibraltar-Town. On avai t récemment construit à Kroo-Town une grande chapelle contiguë à l’institut que la mission a créé pour l’éducation des professeurs indigènes. La population de New-Town , encore toute païenne il y a quelques années , celle de Régent, et celle de Mttrrar-Town toute composée d ' Ackotts et de Kakandas , avaient préscnléd’ellcs-mèmes aux missionnaires qui les instruisaient leurs fétiches pour être détruits, et comptaient alors parmi les membres les plus zélés de la société «esleyenne. La station de York avait pris aussi un développement considérabl*. Dans le courant de l’année 1843 il y avait eu un accroissement de cent soixante membres de l’église ; une grande chapelle, l’année suivante, avait été terminée, et les frais de sa construction avaient été immédiatement couverts sur les lieux par des cotisations, et on se disposait

sionnnires wesleyens peuventseféliciter hautement de leur succès; ils ont proclamé souvent que leur espoir était de faire de cette colonie un foyer destiné à rayonner sur toute l’Afrique occidentale la lumière de l’Évangile et des idées européennes; et depuis quelques années déjà ils croyaient avoir préparé la population de Sierra- Leone à devenir l’instrument futur de la régénération de l’Afrique : c’est un des élèves de ces écoles, le nommé King , qui fut mis à la tête de la fermemodèle fondée au confluent du Niger et duGhadda; un autre, nommé Simon Jouas, servit d’interprète au capitaine Trotter dans l’expédition du Niger, et s'acquitta de cet emploi avec une remarquable intelligence, profitant même souvent et avec bonheur de l’ac-

à élever de même une chapelle aussi spacieuse dans le quarlier de York nommé Kcsso-Town. La mission avait étendu ses soins à Godeneh , Susses et Uamilton, où une chapelle se construisait aux frais de la commuuauté, pendant que quelques membres de l’église subvenaieut aux frais d'érection d’une auUc chapelle a King's-Road. — Les écoles les plus considérables sont celles de Freetown, où les enfants créoles et les enfants noirs libérés sont confondus sans distinction. L'école de la slatiou d'Hastings, dirigée par le mari et la femme, prospérait d’une manière merveilleuse : on y comptait cent vingt-deux enfants, sur lesquelsquarante-sept lisaient l’Evangile , seize apprenaient la grammaire anglaise, soixante-sept écrivaient sur l'ardoise , huit sur des cahiers , trente-neuf apprenaient l’arithmétique, et vingt-sept jeunes filles travaillaient à l’aiguille. Dans la station de Wellington, on distingue l'école du chef-lieu, celle d 'Allen- Town, celle de Ca/laia-Town ; dans la station de York, celle du chef-lieu, celle de Godeneh, et celles d’Hamilton et de Sussex. En 1843 on opéra d’utiles réforme* dans l'administration et dans l’enseignement de l'Institut supérieur de King- Town s-Point , destiné, comme je l’ai dit, à former des maîtres d’école instituteurs et prédicateurs tout ensemble. Il s’y trouvait a la fin de 1844 huit élève* , dont deux étaient quelquefois charges d’aller prêcher l'Évangile dans les villages environnants. La Bible-, le catéchisme, la grammaire anglaise, la composition, l'histoire, la géographie et J'usage des globes, l’arithmétique, formaient le programme des études.

cès que sa position lui donnait auprès des chefs indigènes pour leur insinuer quelques idées salutaires et leur faire sentir la barbarie de leurs plus odieuses coutumes. On cite encore d’autres exemples significatifs de ces progrès:

des Africains libérés retournant dans leur patrie, à Badagry, et conservant des relations avec Siêrra-Leone; des hommes du pays d’Aku se cotisant pour subvenir aux frais de l'envoi d’un missionnaire à Badagry; plusieurs maîtres d’école indigènes offrant d’aller dans l’intérieur instruire leurs tribus. Aussi est-ce avec un profond découragement que les missionnaires anglicans et wesleyens virent favoriser par le gouvernement anglais l’émigration aux Indes occidentales de la partie la plus éclairée, la plus industrieuse, de la population deSierra-Leone.

Dans la séance de la Chambre des communes du 15 mai 1823, M. Buxton, amide Wilberforce, réclama, au nom du christianisme et de la constitution britannique, l’abolition graduelle, mais effective, de l’esclavage dans les possessions anglaises. Cette motion, amendée à la demande de M. Canning, fut promptement suivie de la célèbre circulaire de lord Bathurst , secrétaire d’Etat des colonies, où était exposé le plan de réforme et de moralisation progressive ui devait préparer l’abolition definitive e l’esclavage. Ce n’est pas le lieu de rappeler toutes les difficultés qui entravèrent ces premières réformes, les protestations continuelles des colons, les révoltes des esclaves impatients. Le 12mars l831,legouvernement, donnant l’exemple du sacrifice, prescrivit l’affranchissement immédiat de tous les esclaves de la couronne; puis l’ordre en conseil , du 5 novembre de la même année, fut la première mesure qui atteignit directement les colons : il constituait l’intervention de magistrats protecteurs entre le maître et l’esclave; la résistancedes colonies fut si violente, que le gouvernement fut poussé encore en avant, et forcé dans ses projets d’émancipation lente et mesurée. Le 14 mai 1833 lord Stanley, au nom du cabinet, saisit leparlemeritdes résolutions qui furent formulées dans l’acte d’abolition de l’esclavage, sanctionné le 28

août suivant par la couronne. Cet acte, on le sait, prononça l'émancipation générale des esclaves à partir du 1“ août 1831, à la double condition d’une indemnité de vingt millions de liv. sterl. (500,000,000 de fr.), et d’un temps d’apprentissage, qui, cessant au 1*' août 1 838 pour les noirs des cités, se prolongerait jusqu’au 1er août 1840 pour ceux des campagnes. L’opinion publique s’étant prononcéeavecla plus grande force contre cette prolongation de l’apprentissage pour les noirs des campagnes , le gouvernement accueillit avec sympathie cette noble répugnance; mais pour éviter un conflit entre lé parlement et les législatures coloniales , et pour ménager à celles-ci la rcconhaissance et la confiance de la population noire, il leur laissa l’initiative de la libération simultanée de tous les apprentis. Ainsi, à partirde l’automne de l 'année 1838, le sucre devint dans les colonies anglaises le produit du travail libre. L’émancipation était un acte juste et nécessaire; elle procura aux nouveaux affranchis le bien-être, rendit parmi eux la mariage plus fréquent et le vol plus rare, les disposa à recevoir et même à chercher l'instruction; mais dès 1834 on avait prédit, comme conséquences infaillibles de l’acte d’émancipation, la diminution du nombre des travailleurs aux colonies et de la production coloniale, la ruine ou l’appauvrissement de tous les planteurs ; enfin, comme conséquence dernière, mais bien grave, en ce qu’elle faisait un cercle vicieux de cette généreuse question de l’émancipation , il fallut reconnaître l'activité nouvelle que reprit tout à coup la traite des noirs, ranimée et encouragée par la situation de plus en plus florissante des marchés de la Havane et du Brésil. Les progrès de cette crise ruineuse appelèrent encore l'attention, peut-être trop tardive, du parlement ; et les rapports des deux comités parlementaires déclarèrent qu’un vaste système d’immigration, organisé en Europe, en Afrique et dans l’Inde, pouvait seul, en mettant au service de d'industrie coloniale un nombre de travailleurs proportionné à ses besoins, lui rendre sa prospérité passée. Le comité chargé de l’enquête sur la situation présente des pos-

L’UNIVERS

sessions britanniques à la côte occidentale d’Afrique , et sur leurs relations avec les tribus indigènes environnantes, fit porter ses investigations exclusivement sur ces trois points : 1* L’Afrique possède-t-elle réellement les éléments d’une émigration libre et considérable pour les Indes occidentales ? 2" Cette émigration est-elle à désirer dans l’intérêt des populations africaines ?3° Peutelle être effectuée sans qu’on puisse légitimement craindre ou même supposer qu’elle ne suscite et n'encourage une nouvelle traite des Noirs ? Quant au premier point, le rapport disait en peu de mots que sur' la côte (COr il ne paraissait exister que peu d’éléments pour une émigration parfaitement libre, ou même pour une émigration quelconque , les ravages de la traite étant encore trop récents pour que la population y fût surabondante et portée aux expéditions aventureuses; la tous les individus, à l’exception des chefs et d’un petit nombre des habitants de la côte, protégés dans leur existence et dans leur commerce par les comptoirs anglais, hollandais et danois, sont esclaves. Mais si l'on remonte la côte, on rencontre, entre le cap Palmas et le cap Monte, une raced'ltommes étrangers divisée en un grand nombre de petites tribus appelées du nom de Kroumaneset répandues suruneétendue considérable de pays. Ils sont en général , mais non exclusivement , adonnés à la navigation , et forment une partie des équipages de tous les bâtiments anglais soit de guerre, soit de commerce, naviguant dans ces parages ; on les reconnaît à une marque extérieure ; ils ne se laissent jamais réduire en esclavage, toujours prêts à échapper à cette odieuse condition par la mort, et eux-mfimes ue font jamais d’esclaves. Leur nombre n’est pas connu, mais paraît considérable (1). Ils ont pleine confiance dans le

I (i) Voy. les curieux renseignement s sur la nation des Kroumancs répandus dans les divers témoignages qu’on recueillit en Angleterre sur les ressource» offertes par la côte d’Afrique pour l'émigration des travailleurs libres aux Indes occidentales, et qui sont exactement reproduits dans la cinquième publication du ministère de la marine sur Y abolition de t esclavage dans les colonies anglaises, p. 358-459,

caractère anglais. Cependant il était douteux qu’on pût, sans quelques présents ou coutumes, obtenir de leurs chefs l’autorisation d’en emmener uu grand nombre, et, d'autre part, l’amour qu’ils ont pour leur pays et leur habitude invincible de ne" s’éloigner que pour un temps , et sans jamais emmener leurs femmes, ne laissaient pas espérer qu’ils consentissent à se fixer dans une contrée étrangère pour plus de deux ou trois ans. Dans l'établissement anglais de la Gambie , l’enquête trouva à peu près mille cinq cents Africains libérés que le gouvernement avait tirés de Sicrra-Leone, pour ne pas laisser encombrer cette colonie, mais qui n’offriraient à l’émigration qu'une médiocre ressource. Les migrations périodiques des deux tribus des Seratvoulis ou SerracoleU et des Tillibunkas, qui, à des époques fixes, viennent en grand nombre du haut de la rivière faire tous les rudes travaux de Sainte-Marie et s’en retournent ensuite avec le produit de leurs économies, paraissant entièrement libres d’aller ou de venjr où bon leur semble, sans avoir besoin de permission, promettaient en apparence les éléments d'une émigration plus nombreuse, d’abord temporaire, mais susceptible , eu cas d’heureux résultats, de se prolonger et de se changer en établissement permanent. Enfin Sierra-Leone , peuplée de quarante à cinquante mille Africains libérés ou descendants d'Africains libérés, d'un corps de A'roomcnde mille au moins et au plus de cinq mille individus faisant dans la colonie les travaux les plus pénibles, comme les Serawoulis et les Tillibunkas en Gambie, et encore de mille à deux mille individus de rare mélangée venus à Sierra-Leone, comme les Kroomen, de leur plein gré, se présentait comme le foyer principal de l’émigration. — Le comité d’enqufite s'occupa ensuite de la question de savoir si pour ces diverses populations il y avait vraiment avantage à vivre aux Indesoccidentales plutôt qu’en Afrique.

D’après les renseignements les plus authentiques sur la situation des choses et des personnes de la population agricole, jadis esclave, à la Jamaïque, dans la Guyane anglaise et à la Trittidad , le comité ne put douter que pour le Nègre

sans asile, qui vient d'être délivré de la traite, ou pour l’Africain ignorant et barbare qui vient amasser péniblement dans les établissements anglais quelques minces prolits dont il va jouir ensuite dans sa tribu ; que même pour l’Africain libéré de Sierra-Leone, placé depuis plusieurs années sous la tutelle paternelle du gouvernement britannique, mais privé de tout moyen de se former aux travaux agricoles, réduit toujours à un salaire de quatre à cinq deniers par jour ou au produit presque insuffisant d'une petite culture, l’émigration aux Indes occidentales ne filt un grand bienfait. En même temps les Africains libérés de Sierra-Leone, si embarrassés d’eux-mémes et tout ensemble si onéreux pour le gouvernement, en trouvant aux Indes une condition meilleure, contribueraient à la richesse et à la prospérité de la nation qui les accueillerait dans son sein, et surtout les progrès da la civilisation africaine seraient assurés par le retoursur la terre d’Afrique d'un grand nombre de ses enfants formés par la religion et les arts de l’Europe, propres eux-mêmes et disposés à les répandre. Ce reflux de l’Ouest sur l’Est, maintenu dans des limites convenables et dirigé avec prudence, pouvait être, suivant les paroles de sir John Jérémie, l’avenir de la civilisation de l’Afrique. Mais en poursuivant ce but, l’Angleterre s'exposait peut-être au soupçon de recommencer la traite des Noirs sous un autre nom ; le comité d’enquête s’occupa spécialement de proposerrfes règlements administratifs d’une nature si simple et si peu équivoque, qu’il n’y eût plus de place pour ce soupçon; il entendait que toutes les opérations de l'émigration tussent conduites par le gouvernement seul.

Le rapport du comité d'enquête se terminait par l'examen de l'accusation fort grave dirigée contre le commerce anglais de fournir des facilités au trafic des esclaves. Le sens rigoureux de cette accusation, comme le comité d'enquête le reconnut, était qu'en revendant aux trafiquants d'esclaves les bâtiments condamnés comme négriers , ce qui est le cas le plus rare , ou , ce qui est plus fréquent , en leur vendant des marchandises licites troquées ensuite contre des esclaves , ie négociant et le manufacturier anglais ,

aussi bien que ceux des autres nations, fournissaient effectivement à la traite des facilités considérables. Etmêmedepuis que, par une exécution de plus en plus sévère des dispositions contenues dans les traités de 1831 , de 1833 et de 18-11, les bâtiments vraiment affectés à la traite ne pouvaient plus séjourner en sûreté sur la côte. les marchandises nécessaires à ce trafic n’étaient plus expédiées comme autrefois d’abord à Cuba et au Brésil et apportées de là par les négriers eux-mêmes, elles étaient actuellement apportées en bien plus grande quantité et avec beaucoup plus de facilité d’Angleterre directement à la côte d’Afrique, sur des bâtiments en apparence les plus innocents et les plus moftensifs, mais dans le fait auxiliaires dangereux et impunis des traitants. Toutefois, en présence des résultats immenses que tes mesures adoptées pour la répression de la traite avaient déjà produits, le comité d’enquête n'osa pas conseiller à la législature d’imposer au commerce licite, si digne d'encouragement comme le moyen de civilisation le plus puissant peut-être qu’on pût jamais appliquer à l’Afrique, mille entraves ruineuses, pour diminuer dans une proportion infiniment petite les facilités plus ou moins grandes qu’il pouvait fournir à la traite (1). — Dos que les rapports des comités d’enquête de 1842 furent connus, une députation de négociants et d’autres personnes intéressées dans le commerce des Indra occidentales présenta à lord Stanley, sous forme d’adresse, tout un plan d’einigration(2). La plupart des dispositions de ce plan furent adoptées, avec quelques modifications, par le secrétaire d’Etat des colonies, et le C février 1813 lord Stanley adressa au gouverneur de Sierra-Leone une dépêche contenant le sommaire suivant du plan que le gouvernement de

(i) Voy. le Rapport in comité d'enquête, ou dans la partie n an officielle des Annales maritimes , i S ; a , n- 5p ; ou dans la einnuième publication du ministère de b marine. for C abolition de l'esclavage dans les colonies anglaises ( II* section); Paris, Iinpr. Roy., iH; I.

(n) Annales marit. ( partie non of/ic , ) , juillet 1S4Î, p. il -4 ».

L'UNIVERS

sa majesté britannique se proposait de suivre : « Tous les bâtiments transportant des émigrants de la côte occidentale d’Afrique aux Indes occidentales aux frais de nos différentes colonies seront désormais placés sous la conduite d’officiers du gouvernement et frétés ad hoc par l'Etat, ou au moins munis d’une autorisation expresse du ministre. — Les seules colonies où l'émigration

ftourra s'effectuer des aujourd'hui , sont a Jamaïque, la Trinidad et la Guyane anglaise, dont les législatures respectives ont déjà alloue un fonds spécial pour en couvrir la dépense. Aussitôt que les autres colonies auront également pourvu à une semblable allocation, elles seront admises aux bénéfices de la mesure....Les seuls points où les émigrants puissent è re engagés aujourd'hui sont Sierra -Leone, Bonavista et Loando.

Dans les deux derniers endroits, des cours de commissions mixtes ont été établies en vertu du dernier traité avec le Portugal. — Comme gouverneur de Sicrra-Leone, vous aurez à faire savoir publiquement à vos administrés que désormais des bâtiments destinés ou transport des émigrants seront expédiés de la colonie à des époques fixes sous la direction immédiate du gouvernement.— On continuera, pour le mode de recrutement et d’embarquement des émigrants, à suivre le système établi par mon prédécesseur (1), c’est-à-dire

( i) Dans une dépêche postérieure à celle du 6 février 184 3, où il entrait dans quelques détails particuliers sur l’exécution du plan entier des ministres de sa majesté, lord Stanley modifia certaines dispositions du système établi précédemment par lord John Russell. Ainsi, conformément à l’opinion que les Africains libérés conduits à Sierra-Lcone trouveraient un grand avautage à pouvoir profiler sur-lechamp des facilités d'émigration qui se présenteraient è eux , lord Stanley fit proposer par te gouverneur au conseil colonial la modification de la quatrième clause de l’acte du ad décembre 1841 , par laquelle les Africains libérés ne pouvaient obtenir l’autorisation d’émigrer qn'aprês un séjour de six semaines dans la colonie ; la réduction à trois jours du terme de dix jours à l'avance que la troisième clause exigeait de l’Africain libéré pour la notification, entre les iqains de l'administrateur de son district, de son intculion

qu’un ou plusieurs agents seront employés par les colonies des Indes occidentales à recruter les sujets disposés à émigrer et remplissant les conditions exigées ; ces agents seront soumis au contrôle des gouverneurs de leurs colonies respectives, quoique susceptibles d’élre renvoyés pour cause de malversation par le gouverneur de Sierra- Leone. 11 leur sera interdit de faire avec les émigrants aucune convention expresse relative aux taux des salaires; ils devront se borner à leur en faire connaître la moyenne officielle. Leur titre distinctif sera celui d'agents coloniaux (i).

d'émigrer; la suppression ou ati moins la diminution des droits à percevoir sur les passe-ports.

(1) Cette même dépêche contenait un supplément d’instructions spécialement adressées aux agents coloniaux et se rapportant aux précautions à observer dans le choix des émigrants : « Ils doivent s'enquérir, avant tout, du caractère cl des habitudes antérieures de celui qui se présente pour émigrer, et leur devoir est d’écarter tous ceux qui sont adonnés à l'ivrognerie ou sujets à tout autre vice. — Refuser tons ceux qui sont atteints de quelque infirmité corporelle. — Choisir de préférence les jeunes gens mariés de trente ans ou environ; au-dessus de quarante-cinq ans les Noirs ne sont plus admissibles. — Ne pas permettre qu’un émigrant laisse derrière lui une femme, un jeune enfant ou des parents infirmes qui, après son départ , seraient privés de tous moyens d’existence. — Nul ne pourra être admis s’il 11'a résidé dans la colonie peudant six semaines au moins. Sout exceptés de cette disposition les Kroonn-n, les individus arrivés dans la colonie sur les bàlimcnis de sa majesté, ou ceux qui seront porteurs d’un certificat signé par les fonctionnaires à ce préposés, certificat qui constatera leur désir d'émigrer. — L’avis sera donné par l 'agent colonial à V administrateur du district ou à tout aulre fonctionnaire délégué à cet effet par le gouverneur portant que tel individu est dans l'intention d'émigrer. Le délai pour donner et recevoir cet avis sera ultérieurement fixé par le gouverneur. — Tout individu qu'on s’efforcera de déterminer à l'émigration devra recevoir copie d’un imprime revêtu de la signature du gouverneur; cet imprimé contiendra tous les renseignements propres à l'éclairer sur la colonie où il est sollicité de se rendre. — Les enfants eu bas âge n'auroul pas la faculté

L’embar<fnement des émigrants continuern à être dirigé, comme il l’est aujourd’hui, par un agent spécial nommé par vous. Cet agent n’aura plus désormais à s'occuper de l’inspection des bâtiments, le gouvernement de sa majesté s'étant exclusivement réservécette surveillance. Il lui restera néanmoins, sous votre direction, à régler l’ordre de départ des bâtiments employés par le gouvernement d’après le nouveau système, età s assurer, comme auparavant, que tous les émigrants s’embarquent de leur plein consentement, qu’ils ont séjourné dans la colonie le temps exigé, qu’ils ont été visites par l’onlcier de santé, que la proportion des sexes est observée; en un mot, que toutes les règles prescrites sont ponctuellement suivies. Son titre distinctif sera celui d 'agent du gouvernement (t). Pour don-

d’émigrer, à moins qu'ils ne soient accompagnés de leurs parents ou de leurs gardiens. Cependant l’administrateur du district ou tout autre fonctionnaire nommé par le gouverneur pourra autoriser l’émigration de ces enfants en certifiant que cette émigration n'offre aucune espèce d’inconvénients, et qu’elle est autorisée par les parents. — Tout émigrant accepté par un agent colonial recevra de cet agent lin certificat de son admission. — Si l’émigrant à sou arrivée dans le port ne trouve pas le bâtiment prêt à mettre à la voile , l’agent colonial sera autorisé à pourvoir à son entretien. La dépense de cet entretien sera fixée à un taux modéré, et mise à la charge de la colonie où l’émigrant de\ra se rendre. Cependant aucun émigrant ne pourra être ainsi défrayé pendant plus de quinze jours, et, dans tous les cas, tout ce qui aura été fait dans ce sens sera soumis à l’approbation du gouverneur.

(i) L'agent d'émigration f est- il dit dans le même supplément d’instructions , exercera une autorité générale sur les agents des colonies ; il veillera autant qu’il sera en son pouvoir à ce qu’ils s’acquittent convenablement de leur mission. Il signalera au gouverneur de Sierra-Leone tous ceux de ces agents qui négligeraient leurs devoirs, et le gouverneur les suspendra de leurs fonctions s’d y a lieu. L’agent du gouvernement sera charge de distribuer aux agents des colonies les imprimés à remettre aux émigrants. Os imprimés comprendront le prix moyen des salaires offerts dans les colonies, les autres avantages assurés aux travailleurs et le genre de tra-

ner à ce plan un commencement d’exécution on a frété en Angleterre un bd-

vail qui est plus particulièrement demandé. — L’agent du gouvernement tiendra un registre séparé pour chaque colonie : il y inscrira les noms des émigrants d’après la liste qui aura été formée par les agents particuliers. — Il ire pourra porter un émigrant d'un registre sur un autre sans l’assentiment de l’agent qui aura le premier engagé cet émigrant ; à motus que ce dernier ne paye un droit de deux sb. six deniers. — - Il réglera le tour des bâLiments destinés à l’émigratiou et le temps de leur séjour suivant les instructions du gouverneur. — Le devoir de l’agent du gouvernement sera d'examiner chaque émigrant en particulier, pour s’assurer s’il part de sou plein et libre consentement , s’il a des notions exactes sur le sort qui l’attend, et si, dans sou choix , on s’est conforme strictement au règlement. — Il préparera autant que possible un lieu de réception ou dépôt pour y admettre les émigrants qui arriveraient avant de pouvoir être embarqués. Il prescrira les règlements à observer aans cet établissement, et dans tous les cas, que ce dépôt soit ou non formé, il surveillera les arrangements que les agents coloniaux auront pu prendre pour l’entretien des émigrants jusqu’à l’heure de l’embarquement. — Il inspectera les vêtements de ces derniers, et s’ils sont insuffisants il s’adressera au gouverneur pour suppléer à leur insuffisance; c’est aussi par l'intermédiaire du gouverneur qu’il fera délivrer le nombre de couvertures voulu pour l’usage des émigrants à bord. — Il aura soin qu'il se trouve parmi les émigrants embarqués sur chaque navire un individu au moins capable de servir d’interprete aux autres. — Il s’assurera que le nombre des femmes embarquées est au moins du tiers des émigrants adultes. Les Kroumen et les Africains lihé~ rés depuis trois mois ne sont pas compris dans celte disposition. — Au départ il remettra dans les mains du lieutenant ou du chirurgien ta liste de tous les passagers. U signera cette liste, et y fera joindre un certificat du ebirurgieu du bord constatant que tous les émigrants ont été examinés et ont été trouvés en bonne santé et exempts d’infirmités. — Si le nombre des émigrants paraît devoir dépasser celui des bâtiments affectés à leur transport, l’agent du gouvernement en informera aussitôt le gouverneur. — Il transmettra également au gouverneur un relevé trimestriel de l’émigration, et chaque année il fera sou rapport sur la marche du système adopte et sur la probabilité de voir

L’UNIVERS

timrnt destiné au service de chacune des colonies susmentionnées, et qui demeurera exclusivement à la charge de ladite colonie. Ces bâtiments retourneront à Sierra-Lcone aussitôt qu'ils auront débarqué leurs émigrants ; et ils devront faire autant de voyages dans l'année que le permettront les règles prescrites... Si l'émigration prenait une extension considérable, on augmenterait dans la proportion requise les moyens de transport... — A leur arrivée dans les Indes occidentales, les émigrants seront reçus par l’agent d'immigration du gouvernement établi dans la colonie.

Cet agent vérifiera si les nouveaux arrivés correspondent avec la liste dressée par les agents du port d'embarquement, et il prendra les mesures nécessaires pour les faire débarquer ou assurer leur subsistance à bord jusqu’à ce qu’on leur ait fait connaître la nature des avantages qui peuvent leur être offerts. Après leur débarquement ils seront entièrement libres de choisir l'occupation qui leur paraîtra la plus avantageuse. Tout engagementcontracté par eux hors de la colonie sera nul de plein droit, et aucun engagement contracté par eux dans la colonie ne pourra les obliger pendant plus d’une année. — Une communication régulière étant ainsi établie entre l’Afrique et les Indes occidentales au moyeu des bâtiments affrétés par le gouvernement, des passages gratuits

affiner à Sicrra-I.eone une population désireuse de se rendre aux Indes occidentales. Il fera aussi un relevé du nombre des délégués qui auront été envoyés des colonies; il prendra soin d'expliquer de quelle manière ces délégués oui procédé et quel effet leur venue a produit sur leurs rompatriutes. — Enfin il donnera à tontes les personnes intéressées à l'émigration tous les renseignements qu'elles pourront désirer. 11 s’efforcera, par ses conseils et par la peinture des avantages résultant de l'émigration , d'exciter parmi les Noirs le désir d’améliorer leur condition. Mais avant tout il se souviendra que sa mission spéciale est de veiller aux intérêts des émigrants, de les garantir de toute fraude et de toute viuleuce, et il n’oubliera pas que de l'accomplissement rigoureux de ses devoirs dépend en grande partie le sucrés de l’émigration. {Annales rnarit., i SU, partie non ojficielle, p. 365-3ya.)

d’aller et de retour seront accordés aux émigrants chargés comme délégués de rapporter à Sierra-Leone des renseignements sur les Indes occidentales, et au témoignage desquels il est probable que les indigènes ajouteront loi. Pour tous les autres émigrants tirés de la côte d'Afrique, auxquels il sera toujours nécessairement loisible de quitter la colonie à leurs propres frais, quand ils le jugeront à propos, on a le projet, aussitôt qu’on aura pu prendre les mesures législatives nécessaires, de leur faire accorder des passages de retour à un taux proportionné à la durée de leur séjour aux Indes occidentales, durant les cinq rentières années de leur résidence; au out de ce temps , tous ceux qui n’auraient pas quitté la colonie dans l’intcrvalleauraientdroità un passage gratuit, pourvu qu'ils en fissent la demande dans un délai qui serait fixé après l'expiration des cinq années » ( 1 ). Tel était l’a-

(r) Abolition de reselarcge dans les colonies anglaises (V' publication , IIe sect., p. 46 i- 4t3). La question de l'émigration souleva en Angleterre tineardenle polémique. - Si tout le

* monde en Angleterre, disent les rédacleur*

* des Annales maritimes , était d'accord sur « le principe de l'émancipation, on est loin de « s'entendre sur les résultats de cette mesure.

« I,cs uns applaudissent à ces résultats; les « autres les trouvent désastreux. Ceux-ci 0 croient qu'on a fait assez pour les intérêts « des Noirs dans les colonies anglaises, et « qu'il est temps de s’occuper de leurs anciens

* maîtres; les autres, au coutraire, pensent « que l'œuvre de réparation envers la race « africaine est h peine commencée. I.es pre- « miers annoncent la ruine prochaine des « colonies émancipées, les seconds régalaient « ces prédictions comme des clameurs injns- « tes dictées par des intérêts insatiables. La « Gazette coloniale et 1 ' Anti-Slavery rets porter sont, on le sait , dans des camps op- - posés, et la polémique entre ees deux « feuilles est continuelle. » Au commencement de l’année 184 3 elles étaient divisées sur Ia question de l’émigration , sur le fond même de la mesure, l'une soutenant l'émigration au nom de U civilisation de l'Afrique, l’autre la combattant comme ranimant sous tm autre nom la traite et retardant effectivement l'abolition de l'esclavage , comme contraire aussi à l'intérêt des noirs créoles ; mais toutes deux s’accordaient a attaquer le plan du gouvernement, la farine cl les détails de

SÉNÊGAMBIF,.

perça du pian du gouvernement. A la date' du 31 mars 1843 le G Un Hunlley , bâtiment frété par le gouvernement, était dans le port de Sierra Leone, sous les ordres d’un lieutenant de la marine royale, prêt à opérer pour la Jamaïque le chargement des émigrants que la proclamation du gouverneur de la colonie, M. Macdonald, publiée à Freetown le 17 mars, aurait entraînés ; des bâtiments de la Trinité et de Demerara étaient aussi attendus chaque jour. Le Glen Hunlley , après trois semaines de séjour dans le port, n’avait pas encore pu compléter son chargement : on attribuait ce mauvais succès à l’opposition des missionnaires et à la mauvaise volonté des agents du gouvernement. La presse faisait aussi au gouvernement le reproche d’avoir limité l’émigration à Sierra* Leone, à la Gambie, à Cape-Coast- Cas- Ile, c’est-à-dire à une étendue de pays qui ne compte pas plus de quatre-vingt mille ou dequatre-vingt-dix mille âmes ; de risquer ainsi de dépeupler les établissements anglais en Afrique, saus satisfaire encore les demandes de la Jamaïque seule, et de faire ainsi de grandes dépenses sans bénéGce proportionné^). L ’Arablan et 1 eSenator, vaisseaux

la mesure. Les mêmes arguments pour et contre furent reproduits, à la même époque, dans la séance que la convention générale abolilionisle consacra à l’examen de la question d’immigration. Les Résolutions favorables de sir Mac-Grégor Laid furent repoussées, et le principe en vertu duquel la société abolitionisle de Londres avait déjà par avance prcsenié au parlement une pétition coutre l’éutigratioii se trouva consacré. ( Annales marit., i843, Revue colon., o°i.) — Fi oj\ aussi,

' sur le recrutement des Nuirs libres à la côte occidentale d’Afrique, le Rapport adressé au ministre de ta marine et des colonies, par il. Bouet, capitaine de corvette , gouverneur du Sénégal, et daté de Saint- Louis le a4 mai 1844; et un extrait du rappoit de il. de ilonlévn, capitaine de corvette, commandant le biick i.e Zàaaa, daté de Corée le i5 avril 1844. inséré dans les Annales marit., 1844, Revue colon., n° 3.

(1) Quelques habitants de la Guyane anglaise s’élaient proposé de faire avec le capitaine d’uu nav ire de Londres l’arrangement qu’il irait directement à la côte tt Or racheter des Noirs de l’esclavage, qu’il les émanciperait immédiatement après le rachat et

12e Livraison. ( Sénküambie. )

frétés et équipés aux Irais de la colonie de la Guyane anglaise et de celle de la Triuité, ne furent pas plus heureux que le Glen Huntley : en deux voyages , nui durèrent six mois , l’ Arabian, qui devait transporter chaque fois six cents émigrants, n’en amena que quatre-vingtquatre ; et endeux traversées I eSenator, installé pour recevoir chaque fois deux cent six passagers , ne fournit a la Trinidad que cent vingt-quatre émigrants, tous d’une grande jeunesse et tirés surtout de l’éoole des jeunes Africains cap turés. A la date du 20 mars I8IÔ l’émigration de Sierra-Leone n’avait encore fourni que quinze cent dix-neuf individus aux colonies des Indes occidentales, savoir : cinq cent soixaute-dix à la Jamaïque, quatre cent cinquanteun à la Guyane anglaise et quatre cent quatre-vingt-dix-huit à la Trinité. Alarmées de l'insuffisance de ces recrutements si .coûteux , les colonies anglaises d’Amérique réclamèrent et obtinrent du gouvernement métropolitain la levée de plusieurs restrictions qu’on supposait pouvoir entraver l’émigration :

ainsi les agents d'émigration a Sierra- Leone furent successivement autorisés à payer les petites dettes contractées par les émigrants et à faire aux enga-

les conduirait à Demerara, comme ouvriers libres. Lord Stanley soumit ce plan, que le gouverneur de 1a colonie lui avait communi • que, aux conseils judiciaires de la couronne, et donna son adhésion à l'opinion de ces magistrats , que : i achat d esclaves à la côte d Or, même dans le but de les émanciper immédiatement et de les transporter dr leur plein consentement à la Guyane anglaise, serait illégal; que les parties engagées dans celle transaction seraient coupables d'avoir enfreint le cinquième statut de George IF, ch. CXllI, et passibles des peines qui y sont portées ; — Que les acheteurs d'esclaves sont déclarés félons par C art. 10 de ce statut, et condamnés à quatorze années de déportation ; — Que les termes du statut comprennent clairement le cas d’achat d'esclaves même dans le but de leur émancipation ; et qu’il est évident que si l'achat d'esclaves est un mal, en ce sens qu'il engage ceux qui les -vendent à s’eu procurer

rur qu’on les leur achète , le préjudice est même soit que les esclaves rachetés reçoivent ou non la liberté. ( Annales marit. , 1843, Revue coton., p. 55. )

L'UNTVEKS.

géï quelques avances d’argent, enfin à se montrer tolérants sur l’exécution des lois et ordonnances concernant le nombre proportionnel de femmes que les coloniesdevaieut engager. Mais ces concessions, non plus que quelques mesures rigoureuses propres à dégoûter les «Africains libérés du séjour de Sierra- Leone, ne produisirent d'effet sensible.

l,a Trinité et la Guyane envoyèrent alors chacune un agent , M. Butt et 5t. Guppy, à Sierra-Leone, pour rechercher les causes de cette répugnance de la population noire à émigrer; et d’après les conclusions décourageantes de leurs rapports, les voyages de l 'Arabian furent suspendus, et le Senator fut dirigé, mais sans plus de succès, sur la Ganîbie pour y recruter des émigrants volontaires. Enfin, le 23 novembre 1845, les planteurs et gérants d'habitations des comtés de la Guyane anglaise tentèrent tin dernier effort pour donner une impulsion décisive et durable à l'immigration des travailleurs africains, et firent parvenir au gouvernement métropolitain un ensemble de résolutions ' otées dans l'assemblée de George-Town. La dernière marquait elle tout ensemble la cause véritable et le remède de l’insuffisance et de la langueur de l’émigratiou? Je n'oserais l’affirmer: » Le nombre des émigrants africains qui pourront être int induits dans la colonie ne sera jamais suffisant pour le besoin des habitants, jusqu’à ce qu’il ait ete permis d étendre l'émigration a tous les points de la côte d’Afrique où la traite des noirs n’a jamais eie pratiquée, et notamment à la côte où se trouvent les Kroumen. » Le gouvernement anglais n'a encore rien arreté à ce sujet.

Cote des draines comprise entre le cap de Monte el te cap des l’aimes (I). — Le cap de Monte est un promontoire d une élévation remarquante, que font ressortir encore le» terres basses de Sherboro et de Galiinas. Le principal

(t) Voy . la carte de la Côte occidentale de (Afrique ( partie comprise entre tes des de Loss et le cap Lopez ), dressée <f après tes travaux exécutés par MM. 8. J. de Mayne, H\ F H'. Oa’cn, le Prédour, T. Haleter, elc.. par M. Daussy, ingénieur hydrographe eu chef du Dépôt de la marine. — i833.

sommet de ce cap a une hauteur de 800 métrés, et peut se voirdedix lieues à peu près par un temps clair. La rivière du cap de Monte, qui se déchargé dans le fond de la baie, est tres-praticable dans la belle saison. Cette relâche offre des ressources en eau excellente et en bois; on trouve aussi aisément à se pr curer des volailles , des moutons , du riz . des légumes dans les villages et les factoreries européennes hâtiesau pied du cap, sur le bord de la rivière. Du cap de Monte au cap Mesttrade les terres, également basses, mais plus veries et plus boisées, courent dans la direction du sud-est pendant une quaranta ne de milles environ; la côte est bordée de salile blanc, qui se dptaclie du fourre de verdure. En la longeant à la distance de deux ou trois milles on passera drvant la rivière du Milieu, dont la trouée est à ppu prés le seul point de reconnaissance ; elle est équidistante des caps de Monte et de Mesttrade, ou a peu près , et c’est probablement ce qui lui a fait donner ce nom. La rivière Saint- Paul lui succède; puis quatre ou cinq mi les plus loin, dans le fond de la baie d- Mesu rade, la rivière de ce nom, et enfin le cap Mesurade lui-même, moins élevéque le cap de Monte, mais qu'on peut apercevoir cependant de sept a huit lieues par un beau temps (1). Au pied du cap et dans le nord-est a ete fonde l'établissement américain de Monrovia, par des hommes de couleur, exiles volontaires des Etats-Unis. Liberia est le nom q<-e les colons donnent à tout le territoire de leur colonie; Monrovia en est le cheflieu. Cet établissement se »oit en partie du mouillage : on y trouve quelques ressources pour y fauedes vivres frais.

(x) On lit dans la Relation des castes d' Afriqne appelées Guinée, du sieur Viltantt, eseilyrr, sieur de Brllefond ( p. 1 16 de l’ed. de 1669 ), » que le cap Miseiadu est ainsi a dit des Portugais, on parce qu'il est ensri- « ronné de roches qui sont sous l'eau , et fe- « raient périr un vaisseau qui en appro< be- « lait plus près que de denii-lieue , ou par- « ce que les Français qui y furent aulrefoit « massacrés criaient miséricorde : outre que « dans ce lieu les habitants sont cruels, « d’où la rivière ( au pied du cap ) a tiré « son nom de Ouro ( comme estant dure et r fatale aux Blancs ) ».

loogl

On communique avec Monrovia, soit en débarquant au pied du cap, soit en pénétrant au sein de l'établissement par la rivière de IMesurade, qui se déchargé à la mer en dedans de la baie, et offre, comme relie du cap Monte, une profondeurde deux mètres dans le chenal à mer basse, et île quatre mètres a mer haute. On peut taire de l’eau aisément sous les aiguadrs situées au pied du cap a cent métrés environ de la plage; on trouve aussi des puits creusés dans l’intérieur de la rivière, mais soumis sans doute à certains droits; en remontant plus haut on peut creuser soi-même des puits, mais cela allonge beaucoup le voyage :

aussi 1'aiguade du rap est-elle préférable. Le buis se fait facilement dans la rivière a l'aille des Kroumanes, dont on paye la main-d’œuvre bon marché dans la baie de Mesurade comme dans celle du capde Monte(t). — Après avoir doublé le cqp Mesurade on pa-se devant une autre tene , presque aussi éleveeque le cap lui-même et qui forme la pointe sud de la presqu’île de Mesurade : c’est Je cap Faine ou faux cap île Mesurade. La côte coinrrise entre Mesurade et la rivière Junck est parfaitement saine; elle peut se ranger a moins d’un mille; elle est verte, boisée et par endroits d’une élévation moyenne. Dans le voisinage de Ped Junck, rivière intermédiaire entre Mesurade rt la riciére Junrk , il y a ries terres assez élevées et boisees , comme aux environs de Mesurade. La riciére Junck est habitée par une petite colonie américaine dépendante de Liberia, et constituée comme Monrovia. Sur la rivedroite, qu’habitent les Américains, on peut se procurer quelques provisions. A un mille plus bas que la rivière .lunck coule la rivière du Petit- Rassa ,■ elles sont toutes deux au nord et en dedans de la pointe dite pointe Passa. Entre la riviore du Petit-Bassa et l'etablissement même du Petit- Passa s'étendent des falaises blanches et rouges

(i)yoy. les plans des baies du cap Monte et du rap Mesurade levé» en 184? par M. E. Bouet, capitaine de corvette, commandant lc Niais ci la station navale des côte» occidentales d’Afrique , cl M. A. Fleuriot de I.angle. lieutenant Je vaisseau, commandant ta Uatouine (Dépôt général de la marine, 1845).

inclinées commedes éboulementsdusol; pins loin que ces falaises sont situés deux villages qui précèdent l'établissement américain du Petit-Passa. Après l'avoir dépassé , après avoir prolongé la chaîne de récifs qui s'étend a un grand mille au large dans le sud-sud-est , on passedfivantdcux ou trois villages, auxquels succède l'etablissement américain du Grand- Passa. La riviere .Saint-Jean partage en deux la colonie américaine : Passa proprement dit, où est bâti le Gourcrnement , est sur la rive gauche, tdina sur ia rivedroite La rivière Saint- Jean a trois bras principaux : l’un court dans l’est, après avoir contourné Bassa, qui présente alors l'aspect d'une presqu’île : ou l’appelle rivière Penson; un autre, la rivière Mackland, prolonge dans le nord-nord-ouest la langue de terre où s’élève Edina ; un troisième remonte dans le nord : c’est la rivière Saint-Jean elle-méine, praticable pour de grandes embarcations. .L'établissement du Grand-Bassn est dans le genre de celui de Mesurade ; on y trouve à peu près les mêmes ressources en provisions. — Après l’avoir dépasse, on peut jeter l’ancre à un mille plus bas, devant le Passa des Pécheurs ou l’anct'e/t Petit-Dieppe , qui est à IVxtréniité de la grande baie, peu arquée, où se jette la rivière Saint-Jean. L’arc est mieux prononcé auprès de la pointe rocailleuse dite pointe des Pêcheurs :

les recifsde cette dernière, eus’avançant à une ou deux encâblures au large , forment une petite anse abritée qui est le village des Pécheurs. « Tous ces Pas- « sas grands et petits , dit M. le comte • E. Bouët, à qui appartient en entier « cette description de la côte des Grai- » nés, ont été autrefois des établisse- « nients normands, comme l’indiquent « d’ailleurs les appellations données par » ces hardis naviga teurset qui subsistent « encore sur toute cette côte; les mots « grand et petit Passa , grand et pe- « fit Dieppe , ont résisté au patois ini- « anglais , mi-espagnol, qui a envahi la « côte ouest d’Afrique. Aussi les vieux « souvenirs de la France m’ont rendu « facile l'acquisition des terres de la ri- » vière et de l'anse des Pêcheurs, acqui- « sitionque j’ai faite, en 1842 , au nom « de la France , à cause de la facilité

L’UNIVERS

« des communications et en vue d’un « dépôt quelconque de combustible ou « de ravitaillement sur ce point (I). » A partir du Grand Bassa la côte s'élève, détient plus rocailleuse, et présente une chaîne de récifs souvent interrompue.

Apres avoirdoublé les récifs de la pointe de Cove on aperçoit la roche Tobocannée , située à peu prés devant le village de ce nom , plate , peu élevée comparativement à sa largeur, et toute blanchie à sa partie supérieure par la fiente des oiseaux de mer. M. le comte E. Bouët croit que cette roche tire son nom du mont Tobacco , situé à neuf milles dans l'intérieur, sur le parallèle de New-Settre. et dont lesommet , composé de deux ou trois mamelons, domine toute cette fraction de côte. Il y a plusieurs villages à ce point de New-Sestre ou Young- Mettre, et tous sont renommés comme foyers actifs de traite de Noirs. — En continuant à longer la chaîne de récifs dont la roche Tobocannee est en quelque sorte la tête , on passe devant Trade-Town,de vaut le Petit et le Grand- Currow et Tlmbo. La ligne de récifs extérieurs , interrompue devant ces villages, reparaît au sud de Manna, dont les gros rochers noirs, aplatis et coupés prisque carrément, sont entourés de récifs quis’eloignentà deux grands milles de la côte. On débarqué facilement sur le littoral en dedans de ces récifs , pendant la belle saison. La rivière de

(i) Plus haut, en faisant l'histoire des établissements français du Sénégal, j’ai dil rappeler la tradition glorieuse qui attribue aux navigateurs dieppois les plus anciens établissements que les Européens aient faits à la r Ale occidentale d'Afrique, et indiquer dés là comment celle tradition s'était conservée, comment et par qui elle élaitatlaquée et défendue; mais n'ayant pas encore décrit les lieux mi la tradition place les établissements dieppois, j'ai dû réserver aussi jnsque-là quelques détails nécessaires : quoique Petit- Dieppe soit le premier de ces établissements, je les réserve encore jusqu’à ce que j’aie achevé la description géographique de la Guinée proprement dite, ou tout au moinsde la cote d’Or. Je me contente de reproduire quelques passages de la Relation de Villauit de Bellefond qui peuvent se détacher de l'ensemble de celle iutére.'Saute discussion.

Grand-Cestos (I), à l’entrée de laquelle les marins normands fondèrent anciennement les établissements de Grand- Dieppe, se jette dans unebaie peu arquée. Le village actuel de Grand- Dieppe est caché dans les bois de la rive gauche : après avoir donné dans la rivière et laissé à sa droite une petite crique de la rive gauche , on peut en suivre le cours en remontant d'abord au nord-est; elle est large et profonde de six , huit , et dix mètres , la barre de trois mètres.

On trouve dans la rivière de Cestos du bois à brûler et quelques ressources en

(i) • Rio-Sextos , dit Villauit de Bellefoud » ( p. ■ in ), fut ainsi nommée par les Portu- « gais , à cause d’une espèce de poivre qui y « rroist , qu'ils appellent sextos , et que nous « appelons communément malaguelte. —

• La rivière, continue-t-il, se jette en mer au « sud , monte bien avant dans les terres

• nord-nord-ouest , et peut avoir un quart de « lieue de large , bordée des deux costex de

• grands arbres , où les Anglois ont eu une s case à trois lieues haut dans la rivière, de

• laquelle il ne reste plus que les quatre mu- « railles (1667) ; elle peut porter un jacht on « grande barque avec une pouppe jusque; à k douze lieues au-dessus. Quelques officiers « furent à bord avec la grande chaloupe et e des marchandises pour traiter ; ils monlè- « rent la rivière jusqurs à trois lieues ; et le

• roy , qui demeure encore plus avant dans le « pays, vint voir nos gens, qui luy firent les « présents accoutumez. Le soir à leur retour,

« qui fut' fort tard , l'écrivain me dit que « c'evtoit un grand homme, qui avoit la rniuc a affreuse et témoignoit beaucoup d’amour

• pour les Anglois, et avoit fait apporter « quantité de morplii. Du reste, nus gens me > dirent qu'ils paroissoienl encore plus mé a chants qu'à cap Miurado, que fou y feroit a quelque chose y passant les premiers, que la a rivière estoil tres-belle. Elle porte de petia les pierres comme les cailloux de Medocq, a sinon que lorsqu'elles sont taillées elles jet- « lent plus de feu et sont plus dures. Cette terre a produit force volailles et grains, comme a du riz et du mil , dont ils fout du pain.

• Qui demeureroit sur les lieux l’on y feroit a commerce fort avantageux de riz, de ce « poivre et du morphi, qui est très-bon. Ils a ont aimé de tout temps les François plus a que les autres, soit Portugais ou Hollaiiuois, a qu’ils n'ont jamais voulu souffrir s habituer a chez eux. » Remarques sur celle cotte servantes à P histoire.

SÉiNÉGAMBlK.

provisions , si l’on va faire des échanges dans le village même. — La chaîne de récifs qui commence à Tobocannée continue à prolonger la côte ; elle s’interrompt de temps en temps pour laisser de grands passages aux navires qui veulent aller mouiller entre les gros rochers et la terre : parmi ces gros rochers extérieurs on distingue la Roche- /Hanche, Rock-Cestos et la Roche du Diable.

La rivière Sangwin (1), qui succède à

(i) « Le vingt-troisième janvier (1667) , dit « Villault (p. i45), en commençant un elia- « pitre intitulé Coste des Graives (sic) appelée « Malaguette et su description , mesmc jour « que nous fismes voile de Rio-Sexlos , le soir « nous mouillasmes l’ancre devant Rio-Snn- « guin , où commence la coste de Malaguelte « ou lUanigette, qui dans son étendue de a soixante lieues jusques au cap de Palmes, « qui gist à trois degrei quarante minutes de « latitude nord et onze degrez de longitude « est , comprend les places de Rio-Sanguin , « Cestre-Crou, Brooa, Bassou, Zino, Crois, « Crousestre , Wapo, Balou , Grand-Ses- « ire, Petit-Sestre et Goiane , que nous « escalasmes en dix-neuf jours , qui furent « employez au négoce. Rio-Sanguin se jette « en mer au sud-sud-est, et peut souffrir une « palache jusques à douze lieuës. Un village « est basti au bord de la rivière, qui « peut contenir cent cases ; elle est toute

* bordée de grands arbres, et n’a pas de lar- « geur plus de cinq cents pas à son embou- « chttre. On nous dit qu’il y avoit quelque a temps que les Anglois avoirnt une case à « Rio-Sanguin. mais que depuis quatre ans ils

* n'y en avoient plus. — Celte coste est ap- « pellée Malaguette » cause de ce («ivre « dontj’ay parlé cy-dessus à Rio-Sextos, que « les François appellent Malaguette ou Mali niguette, dont le commerce surpasse toute « croyance pour le prolit , surtout si le poi- « vre est cher, et que la flotte des Indes ne a vienne pas à bien ; mais qui n’est pas si « grand si le contraire arrive, et cest la « seule marchandise qui s’apporte de ces « costes : il est plus acre et bruslant que le « poivre ordinaire et mesme que le blanc. - Les places qui sont le long de ces costes « sont situéesau bord despetiles rivières dont « elles tirent leur nom. Les principales sont « le Rio-Sanguin , le Grand-Sestre, qui s'é- « tend bien avant dans les terres au nord : « les Dieppois l'appelèrent autrefois Paris , « comparant l'abondance de ce poivre à celle a de Paris. Celte terre produit, outre le poi-

* vre que les Hollandois nomment grain, du

cette dernière roche, offre quelques ressources en provisions et en bots à briller. La baie de Ha/fou, plus loin, est assez bien abritée par le prolongement de la pointe de Raf/ou et des récifs qui l'avoisinent. LesNoirs de cette partie de la côte ont une mauvaise réputation, mais on peut encore obtenir d eux quelques ressources en bois, provisions, etc. — Sha-Rock ou t Enfant perdu est, après une interruption dans la ligne des récifs, la tête d'une nouvelle rliaiue de roches, s’étendant avec continuité depuis Tassou jusqu'au Grand- Butteau, et cessant à ce point pour reparaître devant Sinou a Hloo-llàrra. La rivière de Tahou se décharge à la mer presque en face du Tahou-Rock ou Pierre-Percée : la barre en est difficile à franchir. Le village, situé sur la rive droite, est très-petit et n’offre guère d’autres ressources que du bois à brûler. Trois milles plus bas que Tabou est un autre village insignifiant, Petit-Butteau; et à la même distance de Petit-Butteau

« riz et du mil, dont ils nous ont apporté a du pain, des pois si excellents, si tendres à « cuire, des fèves et des citrouilles , des ci- « trous, oranges, bacchos, bananes et une « espère de noix qui est excellente : le bois « en est plus épais que de celles d'F.urope; « elles n'ont point de zeste au milieu , mais « sont tomes rondes, comme les amandes on « avelines d'Espagne. Ils ont encore quantité a de bceufs, varhes. cabris, cochons, poulets a et autres volailles, ce que l'on juge par le a grand marché qu'ils en font. Le vin de « palme y est bon, aussi bien que les prîmes » des palmiers, qu’ils aiment avec passion. « Les Dieppois ont trafiqué longtemps sur a cette coste, et mesloieut ce poivre avec celui a des Indes. Avant qu'il fust si commun , a auparavant mesme que les Portugais eusa sent découvert Piste de Sainl-Tlwme , d’où a par après ils se sont répandus par toute a la Guinée, nous y traficquions. Tout cona tribue à nous le persuader; car outre a mesme que le Grand-Seslre conserve ce a nom de Paris, c'est que le peu de langage a que Ton peut entendre est françois. ils a n'appellent pas le poivre sextos à la pot- « lugaise, ni grain à la hollandoise, mais ma- « laguette ; et lorsqu'un vaisseau aborde, s’ils a en ont , après le salut ils crient malaguette a tout plein , tout plein tant à terre , de mau laguette, qui est le peu de langage qu’ils a ont retenu de nous. »

L’UNIVERS

Tiennent les hameaux presque aussi peu importants de Grand Butteau. Ces noms sont encore des vestiges des anciennes possessions des marins normands sur ces points de la côte des Graines. Kn cet rndroit la côte se coude un peu, et va former au pied d'uue inonlaque assez ele'ée (sans doute la Grande-Hutte de s Moi inand.i) une petite anse bien abritée par une pointe avancée que prolonge encore une petite chaîne de récifs : c’est fause des Pécheurs ou du Grand- Butteau ; de nombreuses cases de péclteurss'elèveiiteu effet sur celte pointe. On peut y communiquer très-facilement avec des canots. ■> C’est, ajoute M. le « comte E. Bouët, ce qui m’a décidé, en « 1843, à faire encore, au nom de la « France, l'acquisition de cette anse et « des lerres qui l'avoisinent jusqu’à la « rivière Tabou , pour le cas où l’on ju- « gérait necessaire d'établir ultérieure- « ment un dépôt de combustible dans «ces parages; nos anciens souvenirs « m’avaient d’ailleurs rendu cette idehe « facile (t). •— Kn continuant à longer la côte on aperçoit plusieurs groupes de cases, dont quelques unes sont Inities à l'européenne : c’est Sinou, petite colonie américaine, une des dépendances de Liberia. La rieféreôïnou débouche à la mer près de ce point et devant le village de Bloo- Barra: un îles bras de cette i ivière remonte au nord le long du liitoral , et va se jeter dans la baie de Gruud-Butteau; à l'aide d un Kroumane pratique les canots peuvent franchir facilement la rivière de Sinou ou de Bloo- Barra pour y aller faire du bois et de l’eau ; la présence d’une roche à l’entrée de la rivière en neutralise (presque la barre, et la rend très-praticable, phénomène qui se reproduit encore sur d’autres pomls de la côte. — Dans le nord-est d’un rocher noir, long et aplati, nommé A rourock, le plus gros et le plus au large de l’amas de roches qui l’entourent, se voit a terre le village de Little-Arou, et dans l’est -quart-sud-est le village de Seltrafirou , au milieu du |uel s’élèvent de grandes cases eu paille servant de fac-

(t) y or. le Plan des thillenur ( célr de .Hnfngtirtlr J , levé, en janvier i8ia, jtar MM. F.. Huiict et Aljili. Fleuriol de Langlc (Dépôt général de la marine, i845).

toreries européennes. Les "villages de Arou Bat k et de Aanna-Arou succèdent à celui de Settra-Arou : tous ces villages sont habités par les Kroumanes, et marquent la cote de Arou proprement dite. — La jiointe de A ing-tt'i/.

tiam'sTuwn forme encore en se coudant une île ces petites anses ass'-z fréquentes sur la côte des Graines, où les embarcations peuvent à l’abri des récifs communiquer avec la terre et y faire des provisions : de grandes cases’ en paille indiquent la présence de factoreries européennes sur ce point. La terre dans ces parages est de hauteur plus inégale , et présente de temps en temps des mamelons assez élevés qui paraissent dans 1 intérieur. Dans lesud-suil est de Ring. William’s-Town, les Su'a/oiv-Bock s’étendent à deux lions milles au large.

Les deux villages de Petit et Grandyp'uppie lui succèdent. A partir de là on découvre souvent de belles plaines , plantées de palmiers, que séparent des pointesde roches dont l’aspect noirâtre conlrasie avec la bande sablonneuse des plages. Le Totuxrah , Ilot plat, plus haut et plus grand que les gros rochers qui précèdent, forme la tète du plateau de récifs, fort dangereux, qui s’étend à deux milles dans l'ouestsud-ouest de la petite rivière Mi/ fou située emre Petil-MIJ/ou et MiJ/oudu- Milieu. Les plaines de ces vili„ges ont un aspect de riche végétation. Le Grand-Ni/fou est un village considérable. On passe ensu te devant le village de Drou, bôti au fond d'une anse où vient déboucher une pelite riv ière, et devant celui de Baddou, et huit ou neuf milles plus bas on aperçoit la rivière et le village du Petit -Setters ou Petit -Seslre possédé jadis et nommé Petit-Paris par les navigateurs dieppois. La belle plaine ou est liôli ce village s’étend eutie deux caps, dont le plus septentrional, terminé par des rochers jaunâtres, forme la pointe de la rive gauche de la riviere ; le plus méridional est la pointe setters proprement dite, [.es terres de cette cote, dune grande richesse de végétation près du littoral , commencent a se montrer de hauteur plus inégalés en arriéréplan; des mamelons situés à quelques milles dans l’interieur se succédé tt de

tempsen temps, «s'aperçoivent du large

ogle

jusqu'au cap des Palmes. Le Grand-Sesters ou Grand-Sestre , qui est le Grand- Paris des Dieppois, succédé au Petit- Sestre. La pointe Sestve, qui sépare les plaines de ces deux villages, est plantée de plusieurs arbres à tête en forme de parasol. A un mille au large de cette pointe, un gros rocher noir , appelé la roche Charpentier, forme la tète d’un plateau de récifs qui s’étendent ensuite vers cette pointe. Le village de Grand- Sestre est situé sur la rive gauche de la rivière de ce nom qui se décharge à la mer entre le Charpentier et un autre Ilot noir, beaucoup moins au large de terre. M. le comte E. Bouct fait remarquer que les cases des villages ne sont plus les huttes enfumées des côtes de la Sénécambie propre, mais des maisons en paille tres-spacieuses, à toitures pointues et élevées , de forme qundrangtilaire. — Plus bas la petite rivière de Garroway est d’un accès facile; pour y entrer on gouverne de manière à ranger la roche dite roche Fétiche, qui neutralise tout à fait près dVIle les brisants de la barre;deuxou troisencâblures après avoir franchi la barre, on entre dans une petite crique où l'on peut échouer les canots sur le sable. C’est dans cette anse que vient aboutir le sentier del aiguade principale; l’eau en est boueuse, mais potable cependant après avoir séjourné en caisses. Excepté dans la saison des pluies, oui change en ruisseaux assez profonds les moindres filets d’eau du littoral, on ne peut généralement faire de l’eau sur la côte des Graines que dans des mares plus ou inoinseloignées de la plage; l’opération est donc lente et d'autant plus d fficile que les sentiers qui y conduisent sont parfois tres-étroits et environnés de nroussailles. il y a plusieurs villages à Garroway ; ils sont tous assez misérables et n’offrent pas de grandes ressources; cependant les chefs de cette localité peuvent fournir quelques bœufs de petite taille. Entre la roche Fétiche et rextrémitérocailleuse de larivegauehc, laquelle a reçu le nom de pointe des Jhetons , est une petite anse de sable dans laquelle les canots peuvent aborder en toute sécurité à l’abri des roches dites les Taureaux. « Le point de Garroway, « dit M. le comte E. Bouët, a donc cela

« de remarquable qu’il est d'un abord fa- « cile pour les canots , soit en dehors ■ soit en dedans de la rivière ; aussi est- « ce en vue de cet avantage , assez rare « sur le littoral africain, que j’en ai fait « l'acquisition au nom delà France pour « y creer au besoin un dépôt de eoro- « bustible ou de ravitaillement (I). »

Pour doubler le cap des Palmes ou pour y mouiller, la route la plus courte a faire, en quittant Garroway, est de passer entre la pointe de Fishtown et les récifs les plus nord du banc de Culty, ce passage a environ un mille et demi de large; tout ce qui est dangereux dans celte passe du nord brise et se voit; on dépasse avec la plus grande rapidité les pointes de Fishtown et de lUuktown, qui découpent le littoral en trois petits enfoncements ou baies, et que recouvrent des villages entourés de palmiers, d’aspect varie et pittoresque ; après cela, on a de l'eau tout autour de soi, et on se trouve en bonne position pour doubler le cap des Palmes ou pour mouiller devant l’etablissement américain bâti a son extrémité (2).

Établissements américains. En 1821 une société se forma, aux Etuls-Ums de l’Amérique septentrionale, sous le nom de Société américaine de colonisation pour r établissement des gens de couleur libres des Etats-Unis (3). La côte

(i) y oj. le Plan du mouillage de Garroway, levr, eo février 184a, |ur M. E. Iluuct, capitaine de corvette, commandant te Aitus et la slalion des côtes d’Afrique, cl M. Al. Fleuriot de Langle, lie . tenant de vaisseau, commandant la Malouine. ( Dépôt general de la marine, 184S. )

(s) Description nautique des cdtes de tri frique occidentale comprises entre le Sénégal et i équateur, par M. le comte E. Bouël-Wiltaiimrz, capitaine de vaisseau, ch. IV. — For. dans le tome IX de Y Histoire générale des voyages, un résume scrupuleusement exact des obset valions des premiers voyageurs, V(|lault. Thomas Phillips , foyer, John Ailuns, du chevalier des Marchais, de William Smith, sur la rôle d'Afrique comprise entre Sierra- Leone et le cap des Patines.

(3) Vniri quelle était la constitution de celle sheiété : quatre officiers, un président, un secrétaire, un trésorier, un grelin r, formaient avec douze membres élus nous cllement le bureau uu conseil. Tout citoyen des

L’UNIVERS

occidentale d'Afrique fut choisie pour être le lieu de leur établissement. Au mois de décembre de cette même année les premiers travaux de colonisation furent entrepris sur les bords de la rivière Montserado ou Mesurado, à deux milles à peu près du cap du même nom, sur un terrain couvert alors de bois presque impénétrables, que les agents de la société avaient acheté des indigènes. Les émigrés américains, qui avaient attendu a Sierra-Leone la fin de cette négociation, furenttransportés à bord de deux petites goélettes appartenant à la colonie dans une petite île nommée la Persévérance , situee à l'embouchure du fleuve et acquise également par les agents du fils d’un négociant anglais , né en A frique et nommé Jean S. Mitt. Comme cela est arrivé souvent, les indigènes revinrentsur leur cession et se liguèrent pour chasser les étrangers ; les tribus qui occupent cette partie de la côte d’Afrique sont les Deys, entre l’embouchure de la rivière Jun k et une pointede terre situéeà vingtcinq milles au nord de Mesurado ; les Queahs à l'est du cap , peu nombreux et d'un caractère pacifique; et les Gurrahs, au nord du bassin supérieur de la rivière Saint-Paul, plus belliqueux et plus puissants; enfin, plus avantdans l'intérieur, les Condoes, les maîtres du pays, et quelques agglomérations de Kroumanes répandus dans les villages de la côte. Sans l’alliance et l’appui d’un roi indigène, nommé George, qui résidait au cap même, et qui dominait sur toute la partieseptentrionale de la presqu’île de Mesurado , sans l’intervention décisive de Boatswain, chef des Condoes, les colons n’auraient pu réussir à se fixer sur la péninsule : ils ne

États-Unis pouvait en devenir membre en payant un dollar par an , ou trente pour sa vie. I.a société était assurée de la coopération active du gouvernement général et des gouvernements de, États, qui presque tous adoptèrent des règlements à cet effet. Toute société formée dans les États-Unis pour ■coopérer pécuniairement avec celle association devait être considérée comme auxiliaire, avec le droit pour ses officiers d'assister et de voler dans toutes les séances de ladite société et dans celles de son conseil. En 18x9 on comptait déjà cent dix sociétés américaines dans les différents États.

quittèrent l'ile de la Persévérance qu’en juillet 1822, épuisés par ia lutte qu'ils avaient déjà soutenue et par les maladies que cause leretour delà saison pluvieuse. Ils ne comptaient alors parmi eux que vingt et un hommes en état de se servir de leurs armes : par le départ des deux agents de la société, ilsse trouvaient sous le commandement provisoire A’Elija - Johnson de New-Y ork. Le 8 août, comine les vivres commençaient à manquer, un nouveau directeur, M. G- Ashmun, débarqua au cap aveccinquante et uuémi-

frés, et s’occupa aussitôt de s’assurer alliance des chefs voisins : il n’y réussit pas, et dut faire les préparatifs les plus actifs de défense : on plaça quelques canons sur les hauteurs du cap, et on commença à construire la tour Martello.

La petite ville de Monrovia, aiasi nommée en l’honneur du président des Etats- Unis J. Monroe, fut entourée d’arbres, excepté du côté de la rivière. Le roi George était devenu l’ennemi le plus ardent de la colonie ; il avait abandonné sa ville du cap , et s’était transporté à six lieuesde là environ, aux sources de la rivière Junk. Enfin tous les chefs indigènes, a l’exception du roi de Junk, de Tom, roi de Petit-Bassa, et de Ba-Caia, dont l'tle est toute voisine de l’établissement, c’est-à-dire Bromley, Todo, Gouverneur, Konko, Jemmy, Grau, Long- Peter, George, Jf^Uly, s’assemblèrent en armes dans l’ile de Bushrod, à quatre milles de distance , et passèrent dans la

{téninsule au nombre de six à neuf cents tommes dans la nuit du 10 novembre pour commencer l’attaque le lendemain même. Ily eut jusqu'à la fin du mois plusieurs actions très-vives ; et quoique les colons eussent toujours l’avantage, ils ne pouvaient tenir longtemps, manquant de vivres et de munitions : la médiation du capitaine d’un navire de guerre anglais le Prince-Régent et du capitaine Laing del’infanterie légère royale d’Afrique les dégagea heureusement; les indigènes soumirent leurs différends à l’arbitrage du gouverneur de Sierra-Leone : ils prétendaient que les Américains, ayant acheté la partie basse de l’ile de Bushrod, s'étaient emparés du cap sans droit. Cette médiation fut le salut de la colonie-, l’émigration des Etats-Unis s’accrut, les transports se régularisèrent,

Googl

SÉNÉGAMB1E.

et quelques inspections bien dirigées d’après les instructions du secrétariat de la marine achevèrent de consolider la colonie, qui avait reçu le nom de Libéria, en mémoire de son origine.

Sous la direction de M. Àshmun la colonie ne cessa d’acquérir de nouveaux terrains : 1" Toute ta rive gauche de la crique de SI oc A ton, depuis le Mesurado jusqu'à la rivière Saint-Paul fut achetée le 1 1 mai 1825 ; — 2° Toute lapartie septentrionale de iile de Bushrod, renfermant vingt mille acres de terres basses et fertiles, et destinée dans la pensée de - M. Ashmun à devenir le verger du district de Mesurado, fut cédée à l'agent de la société , le 15 décembre 1827, par Mary- Mac - Kenzie, propriétaire de cette partie de l’île; — 3“ Les rois Pierre, Long-Pierre, Gouverneur, Zoda et Jinvmy en personne et par leurs représentants, pour eux-mêmes et leur peuple d’une part, et J. Ashmun et C. M. Waring , agent et vice-agent de la Société américaine, de l’autre, s’étant assemblés le 11 mai 1825 à Goerah, dans Iile de Bushrod, signèrent une paix perpétuelle.

D’après ce traité la colonie devait prendre possession des terres non occupées, bornées a T ouest parla crique de Stockton , au nord par te Saint-Paul, et jouir de la libre navigation de la rivière (1); et

(i) Les colons formèrent de bonne heure une compagnie pour améliorer la navigation du Montserado. Les secrétaires souscrivirent mille dollars, et s’obligèrent à en fournir quarante mille en cas de besoin. L’agent colonial fut autorisé par la compagnie à souscrire pour une valeur égalé. L’acte de cette association, intitulé Act of incorporation of the Montterado channe/ting company, fut approuvé en conseil et signé à Monrovia le a octobre t8a6. Il avait pour objet d’ouvrir aux bateaux line navigation directe et facile entre la rade et la ville par un canal qui raccourcirait la distance de quatre à cinq milles, et de creuser le lit du Montserado, afin que les navires pussent y entrer et amarrer ensuite au port de Monrovia. — Quant à U rivière Saint-Panl, dans l’espoir d’ouvrir par là une communication avec les peuplades de l’intérieur, le docteur Randall, gouverneur de Libéria, entreprit une reconnaissance de son cours. La rivière de Saint-Paul , depuis son embouchure jusqu'à Millsburg ( premier poste frontière de Liberia ), sur une étendue de vingt milles en-

lorsque la société jugerait convenable de réclamer les terres incultes entre les rivières de Saint-Paul et de Montserado elle n’aurait qu’à inviter lesdits rois à s’assembler pour en arrêter les conditions ; — 4” Par un traité fait avec les chefs du cap Monte, le l2août 1820, la colonieacquil un nouveau terrain situé près du lieu de débarquement au cap Monte, s’engageant à y établir une factorerie et à ne jamais vendre ce pays , à ne jamais en accorder le droit d’occupation à aucun Européen ou étranger : d'autre part, la colonie conférait au gouverneur du cap Monte le droit d’établir une maison de commerce au cap Mesurado et provisoirement dans Plie de la Persévérance, et d’employer un agent commercial choisi parmi les colons. Les peuples des deux caps devaient se considérer comme amis

viron, est fort belle; ses bords sont élevés et escarpés, couverts d’une forte végétation. A deux milles au-dessus de Millsburg ses eaux sont si claires et si transparentes, qu'on distingue le fond à une profondeur de vingt pieds. Le docteur Randall, accompagné de guides et de nalurels du pays, laissa la rivière pour suivre le cours d’un ruisseau assez considérable qui la joignait en cet endroit, et le long duquel il découvrit beaucoup de traces d’éléphants et d'animaux sauvages. Après deux heures de marche , il cessa de côtoyer ce ruisseau, et poursuivit sa route au nord à travers une prairie qui paraissait avoir été très-peuplée et était alors couverte d'arbustes n'ayant pas plus de six pieds de haut ; à cette plaine succédait une hauteur de deux cents pieds environ , du sommet de laquelle on découvrait tout le cours de la rivière : on redescendit ver» ses bords. IA on reconnut qu’elle était plus large et plus profonde que le Potomak ; elle présentait un aspect des plus agréables et des plus variés , par la végétation de ses iles et de son rivage. Le docteur Randall suivit encore pendant l’espace de deux heures la rive, très -dangereuse en cet endroit, et atteignit un poiut d'où l’on apercevait et d'où l’on entendait les chutes bruyantes du Saint- Paul : l'expédition passa la nuit au milieu d'uue belle vallée et prés d'un torrent qui en tombant du haut des rochers s'était creusé une sorte de bassin naturel, pour regagner le lendemain Millsburg. ( Ces détails , insérés dans te Bulletin de la Société de géographie,

1. XIV, p. 5-7 , sont extraits d'une lettre du docteur Randall, publiée dam le National /ntelligencerde Washington du 8 août 1819.)

L’UNIVERS

et membres de la même famille; — 5” par un autre contrat, du 27 octobre I82o, le terrain situé des deux eûtes de la rivière Young-Sesler, depuis son embouchure jusqu'à sa source , à la distance d'une demi-lieue de chaque bord, lut cédé à la société américaine par le roi Freeman ; — G» D'apres une convention. du 1 1 octobre 1826, entre les chefs de Junk . les rois Prince Will , Tout et Pierre Harris, et G. Ashmun , les premiers vendirent à la colonie tout le territoire situé vers les embouchures des rivières Red- Junk et Junk, borné au nord ouest et au nord par F Océan et F embouchure de Red- Junk , au nord-est par ladite rioière, a Fest par une ligne qui traverse ta partie la plus étroite de la péninsule, depuis le Red-Junk jusqu’à ta rioiere Junk; au sud-est par cette dernière rivière, el au sud et sud-ouest par la même rivière et l’ Océan. Lesdits rois s'enngeaient à y établir une factorerie de uit brasses de longueur et de deux et demie de largeur, divisée en trois appartements, pour servir de résidence a un agent et ae lieu d'assemblée à tous les trafiquants de. la colonie, quand il y aurait lieu de régler le prix des marchandises;— 7° Le 17 novembre 1826 Vile de la Factorerie, située sur ta rivière Saint-Jean, dans te pays du Grand-ttassa, fut cédée à la colonie de Liberia par Joe Ha'ris. avec le consentement du roi et des chefs du pays.

Cette île, située dans l'affluent septentrional de cette rivière, a une étendue de quatre milles en longueur sur un demi-mille environ de largeur et contient mille acres; — 8° Le. 20 novembre 1826 une assez grande étendue de pays situéesurle bord méridional de Grand- Bassi î fut acquise de Bob Gray, de Jack Gray et de Centipede. chefs de ce pays, pour trois cents barres demarçhandises; — 9* Le 14 mai 1828 la eolçmie acheta un vaste territoire entrecoupé de ri'ières qui forment une sorte de barrière entre les peuplades de la côte et celles de l’intérieur. On y forma un établissement agricole et une fui tore ie à la distance de vingt milles de Monrovia , et au point où commence la navigation du Saint-Paul.

Boatswain, le chef des Condoes , s'en-

gagea a ouvrir un chemin de commerce entre sa ville et cet établissement , sur une longueur de cent milles. — Enfin . en 1829 la juridiction de la société américaine s'étendait sur huit stations, sans compter Monrovia, répandues sur uuecôtede cent quarantemilles, entre le cap Monte et Trade-Toum, savoir: cap Monte, Saint- Paul, Hustirodhland, Junk, Saint - John’s - Faclory , Rob- Gray's - Fuctory , Factory -/stand , et i oung-Sesters ( I ). Au bout de deux ou trois ans les émigrants s’étaient parfaitement acclimates, et dans leur adresse aux gens de couleur des États-Unis, du 27 août 1827, ils s’exprimaieui ainsi :

» Ne croyez pas les bruits que des gens « ignorantset malintentionnés fouir ou- « rir sur la pauvreté du sol de ce pays.

« Nous croyons qu’il n'en est pas de « plus fertile sur la terre; les naturels « même, sans instruments d’agricul- « ture et avec peu de. travail, font pro- « duire plus de grains et de légumes « qu’i s n’en consomment, et récoltent « plus qu’ils ne peuvent en vendre. Les « bestiaux, les porcs, les brebis, les « chèvres, les canards et les poules se « multiplient sans autre soin que celui « de les empêcher de s'égarer. Le co- » tonnier, le caféier, l’uidigotier et « la canne à sucre y croissent spontané- « ment. Le riz , le miilet et le maïs y « réussissent bien , ainsi qu’un grand » nombre de légumes et d'arbres frui- « tiers. » Plusieurs colons avaient acquis en trois ou quatre ans des propriétés d’une valeur de plusieurs milliers de dollars; on évaluaitalors le commerce du cap Monte à cinquante mille dollars

fiar an, et à quatre nulle sept cents dollars le profit annuel d’uue petite goélette employée au transport des productionsdu pays à plusieurs factoreries dépendantesilela colonie et placées sous te vent de Monrovia; et cette somme était regardée comme suffisante pour couvrir les frais de l’agence des États-Unis et du gouvernement colonial.

(i) Foy. danv te tome IV de la II* série du bulletin de la Société do géographie la carte de ta côte occidentale J Afrique depuis Sirrra- Lcone jusqu'au cap Pnlmas , oit se trouve indiquée la colonie de Liberia ; dressée tF apris les voyages et observations de J. Ashmun.

Le plan du gouvernement civil de la colonie de Libéria fut adopte le 22 octobre 1828 par les directeurs de la société. L'agent de cette société qui réside dans la colonie est investi du pouvoir supérieur, mais soumis à la constitution, aux droits accordes par la Charte et aux décisions du conseil (art. t ). — Tout homme de couleur qui a prété serment de maintenir la constitution et oui est propriétaire de terre dans la colonie a le droit de voter dans les élections des officiers civils et de se présenter comme candidat (art. 2 ). — Les ofücicrs civils seront nommés annuellement. Le shérif est chargé de l'election , et nomme pour cet objet un président, deux juges et deux clercs dans chaqueétabiissement(art. 3).

— Les ofGciers de la colonie sont : un vice-agent, deux conseillers, un shérif, un trésorier et un greffier, deux commissaires pour l'agriculture, deux ofüciers de santé et deux censeurs. L’agent a le droit d'intervenir dans le choix des officiers pour des motifs qu'il doit faire connaître à temps, afin de renouveler le choix dans la même élection (art. 4).

— Le vice-agent doit agir en conseil avec l'agent, dans toutes les affaires importantes, l'aider dans l'exécution des lois, et le remplacer en cas d'absence ou de maladie (art. 5). — Le vice-agent et deux conseillers formerait un conseil pour délibérersur les intérêts de la colonir (art. 6). — Le vice-agent doit s'entendre avec les autres membres du conseil, relativement aux sujets qui ont des rapports avec les intérêts de la colonie (art. 7 ). — Le shérif, lui-méme ou par des députés, doit opérer pour organiser les élections, agir comme maréchal pour le gouvernement de la colonie, et faire le service de cet officier, comme en An-

Ïleterre et aux États-Unis (art. 8). — ,e secrétaire de la colonie doit garder tous les papiers et archives, enregistrer les actes de l'agent eu son ronseil, et publier les ordonnances (art. 9). — Le greffier doit enregistrer toutes les pièces relatives à la propriété publique ou particulière, aux concessions de terres, aux patentes, aux licences, aux contrais et commissions (art. 10). — Le t'ésorier est chargé de recevoir et garder tout l’argent et les contrats publics qu’exigent les lois , et de n'en remettre ni

payer, si ce n’est sur un ordre signé par l'agent nu le vice-agent delà colonie, auquel il fournira un état des finances à l'epoque de l’élection annuelle de la colonie (art. 1 1 ). — Les commissaires de l'agriculture doivent faire et présenter un i apport au gouvernement sur tout ce qui concerne eetle science ( art. 1 2).

— Lesdeux censeurs, munis de pouvoirs semblables à ceux des grands jurés des États-Unis, doivent agir comme conservateurs des mœurs publiques et promoteurs de l’industrie nationale (art. 13).

— La cour judiciaire de la culonie est composée d’un agent et d'un nombre suffisant île juges de paix nommés par lui. Les instituteurs des écoles publiques sont nommés par le comité (art. 14) —

Les lois de Libéria avaient été approuvées par la société américaine le 19 août 1824. Lasédiiion, la mutinerie, l'insubordination ou la désobéissance aux autorités constituées sont considérées comme crimes et justiciables de la cour ordinaire de justice, de celle des sessions ou même de l'agent (art. 1). — Les rixes, les émeutes, l’ivresse, la violation du sabbat, l'impjétéet leliberlinagesont considérés comme des infractions a la paix publique , et soumis à la dérision des juges ou à la cour des sessions, qui inflige une amende, l'emprisonnement. le carcan ou le fouet (art. 2). — Le vol simple, si les objets volés n’excèden^pas la valeur de cinq shellings, est

{iu»i , d’après la sentence du juge ou par a cour des sessions, par une amende de quatre fois la valeur des objels ,*et le coupable est obligé de fournir caution pour vingt fois leur valeur (art. 4).

— Le grand larcin et la félonie sont punis, d’apres une sentence judiciaire, par le fouet, l’emprisonnement, les travaux forcés et la chaîne (art. S). — Tout individu mille et robuste qui reçoit des rations doit travailler, sous la direction des commissaires des travaux publics, deux jours par semaine (art. C). — Les biens de ceux qui s'opposeront aux décisionN du ronseil des directeurs seront confisqués, et ils seront chasses de lacolonie(nrt 9). — Aucun individu ne peut s'élablir sur le terrain de la colonie sans la permission de la société F ou d'un agent (art. Il ). — O» peut chasser de la culonie ceux doul les ot-

Diqi

JbvG

L’UNIVERS

fenses en troublent la paix et le bon gouvernement. Leurs propriétés passeront ii leurs plus proches parents résidantdans la colonie; et s'ils n'en ont pas, elles retourneront à l'État (art. 12).

— Le jugement par jury aura toujours lieu, et toutes les procédures judiciaires seront réglées par la loi commune et par les sentences des cours de la Grande- Bretagne et des États-Unis (art. 14).

— Tout individu sera libre de léguer ses biens par testament (art. 15 ). — Le tiers de toutes les terres accordées aux propriétaires sera réservé pour les nécessitéspubliques(art. 16). — Personne ne deviendra propriétaire de terres sans y demeurer; et il doit- en cultiver au moins deux acres ou exercer quelque métier, avec le consentement de l’agent. Il doit aussi faire construireune maison solide sur son propre terrain. Elle sera bâtie en pierres, en briques ou en charpente, couverte de tuiles et assez grande pour loger commodément toute sa famille ( art. 17 et 18). — Les terrains publics de la ville doivent être entourés d’une palissade (art. 20). — Tout homme marié aura , outre son lot de ville , cinq acres de terres de plantation , deux pour sa femme et un pour chaque enfant chez lui ; mais une famille ne peut posséder plus de dix -acres (article 22). — Nul colon ne peut acheter de terres des naturels (art. 23). — La milice de Libéria consiste en corps de volontaires organisés par le gouvernement de la colonie. Les officiers sont commandés par l'agent ; ils sont jugés par une cour martiale et générale. — Tout colon qui a besoin des secours de la médecine, les veuves et les femmes indigentes, les orphelins et les orphelines, sans être malades , peuvent être admis , sur un billet d’un des directeurs, dans l'infirmerie des invalides , établissement dirigé par l’agent de la colonie, un conseil et un médecin. L’objet principal de cet établissement est de fournir des matériaux, desoutils, etd’assurerun travail suivi à toutes les personnes qui y sont admises, conformement à leurs occupations antérieures, à leur sexe, leur âge et leur état de santé. Les frais de leur logement, de leur nourriture et de leur habillement sont prélevés sur le prix de leur travail, qui consiste, outre

les soins domestiques, à coudre, à faire des seines, à moudre le cam-wood, à pulvériser l’ocre qui abonde dans le pays, à préparer les étoupes, à éplucher carder, filer et tisser le coton, etc. (1).

Sous l’empire de cette constitution, la colonie de Libéria s’est développée et accrue sans cesse; quelques faits de nature et d’ordre différents rapprochés et groupés suffiront à marquer les progrès et les principaux résultats de ce bel établissement jusqu’à ces derniers temps. En 1832 la population s'élevait à 2,500 individus ; les efforts des colons se concentraient sur la culture du café , et un habitant de la colonie préparait une plantation de 20,000 plants de caféier. La terre se vendait à 25 centimes ou un quart de dollar l’acre. Les exportations s’étaient élevées à 125,549 dollars, et le montant des produits et marchandises en magasins, au l*r janvier 1832, était évalué à 47,400 dolfars. Les importations furent à peu près de 80,000 dollars. Monrovia commençait à devenir le marché des naturels du pays de Condo et des pays limitrophes du Fouta-Djallon. — Dans le mois de janvier de cette même année legouverneurfltuneexcursion depuis l’embouchure de la rivière Junk jusqu’à Grand Bassa, et s’avança à cinquante milles de distance de la côte : pendant cette excursion il eut plusieurs entrevues avec différents chefs , acquit d’eux la propriété pleine et entière d’une

fiortion considérable de territoire sur a rive gauche de la rivière Saint-Jean , renfermant quatre grandes îles; et Bob- Gray , l'un de ces chefs, s’engagea à faire pour l’usage des nouveaux colons de grandes plantations de cassave et de patates , et à construire pour eux trois cabanes spacieuses. Il reconnut aussi avec soin le cours et l’importance des principaux affluents des rivières

(i) J’emprunteces détails à une Notice sur la colonie américaine de Libéria de M. W. ( Warden ), insérée dans le Bulletin de la Société de géographie, L XII, p. i-35, et extraite des rapports annuels de U Société de colonisation et de {'Histoire de la colonie de Libéria , définit le mois de décembre 1 8a t jusqu'en i8aî, par J. Ashmun, rédigée d’iprés les archives de U colonie; Washington, ilit,

Junk et Saint-Jean. — Au mois d'avril , les esclaves de Brumley, l'un des rois deys, s'échappèrent, comme on les conduisait pour être vendus aux Espagnols de Gallinas, et se réfugièrent au sein de la colonie. Kaïpa, fils du roi, vint tes réclamer auprès du gouverneur sans succès; et comme son père mourut peu de temps après , il commença les hostilités , aidé de quelques autres rois deys et de ceux de Gurran. Le gouverneur, à la tète de la milice, de 150 volontaires et de 120 Africains rachetés , soutenus par une pièce de campagne , s’empara sans difficulté de la ville au roi Brumley et de celle du roi Willie. Les rois deys demandèrent la paix, et l’obtinrent à condition qu’ils livreraient un libre passage aux nations de l’intérieur qui voudraient venir trafiuer avecla colonie. — En même temps, ans l'intérieur de la colonie , la tribu Congo, établie dans un beau village, à trois milles de Caldwell et près de la rive auche du StocktonCreek , fondait une cote du dimanche, suivie régulièrement par les enfants et même par les adultes; et un journal rédigé par des indigènes, sous le titre de Liberia lierata, commençait à paraître a Monrovia. Il y avait une école publique de garçons et une de filles aans chacun des 'districts de la colonie, deux a Monrovia, deux à Caldwell, deux à Millsburg, comptant ensemble deux cent un élèves des deux sexes, à qui l’on enseignait la lecture, l’écriture, le calcul, la grammaire et la géographie. — D’autre

S art, la société de colonisation de l’Etat e Maryland, auxiliaire de la société de colonisation américaine, formée en janvier 1831, avait fait partir la même année, au mois d’octobre, le navire C Orion pour Monrovia avec trente et un émigrants sous la direction du directeur James Hall. Au mois de décembre la législature du Maryland accordait encore une somme de 200,000 dollars pour le transport et la colonisation d’émigrants en Afrique; et le cap Palmas était choisi comme lieu d’un nouvel établissement que ledirecteur Hall avait mission de fonder : en 1835 on y comptait déjà trente fermes d’une étendue considérable. — Le 6 novembre de l’année 1835 un traité de paix perpétuelle,

conclu entre Joe Harrisset Peter Harris Kjng Soldier de Grand-Bassa, d’une part, et la colonie de Libéria et les États de Pennsylvanie et deNew-YorkJe l’autre , stipula que toutes les terres qui appartenaient à Joe Harriss au sud de la riviere de Bensou seraient possédées atout jamais parles sociétés de Pennsylvanie et de New-York , et les premiers contractants s'engageaient à ne plus faire la traite, — A la fin de l’année 1837 l’établissement de Libéria s’étendait le long de la côte sur un espace de trois cents milles, et s'avancait de dix a quarante dans l’intérieur : elle comprenait quatre colonies : 1° Monrovia , établie par la Société américaine de colonisation, renfermant les villes de Monrovia , de Nouvelle-Géorgie, de Caldwell, de Millsburget de Marshall; 2® Bassa-Cove, établie par les Sociétés réunies de colonisation de New-York et de Pennsylvanie , et comprenant Bassa-Cove et Edina, village qu’avait fondé la Société américaine et qui avait été cédé depuis eu aux Sociétés réunies; 3 “GreenviUe, tablie à Sinou par les Sociétés de colonisation de Mississipi et de la Louisiane; 4° Maryland, formée au cap Palmas par la Société de colonisation de Maryland. Ces neuf villages renfermaient une population de 5,000 personnes de couleur. Les importations et les exportations montaient à une valeur de 80,000 à 125,000 dollars. On comptait dix -huit églises à Libéria : quatre à Monrovia, deux à la Nouvelle-Géorgie , deux à Caldwell, deux à Millsburg, deux à Edina, trois à Bassa-Cove, une à Marshall, deux au cap Palmas; parmi ces églises huit étaient baptistes, six méthodistes , trois presbytériennes et une épiscopale. La cinquième partie de la population professait le christianisme. A Bassa-Cove et au cap Palmas, d’après les instructions de la Société coloniale des amis ( quaker ) de Pennsylvanie , la vente des liqueurs fortes était prohibée. De même a Sinou , dès 1 834, une société de tempérance s'était formée, et en quelques semaines avait réuni cinq cents membres. A Bassa- Cove on avait ouvert des sociétés littéraires libres, sur le plan des lycées des États-Unis ; et la bibliothèque publique comptait déjà doute à quinze cents vo-

L'UNIVERS

lûmes. — A quelques années de là, en 1842, M. Roberts, gouverneur de Lil>éria, acheta du roi et des chefs du territoire du Grand-Sets 6,400 acres de terres fertiles, dans les districts de Beklev et d'Édina (comté du Grand- Bassa), commençant a l'embouchure de la rivière l‘ow, et s'étendant de là deux milles au sud-est, ensuite vingtcinq milles vers l est, puis nix au nordouest, de là dans une direction ouest jusqu’à l'embouchure de ladite riwere de Pnw. Le prix de ce terrain fut livé à 1 .000 barresou 500dollars,qui devaient être payés par la Société de la colonisation américaine. A la date de cette cession, deux comptoirs, l’un américain , l'autre anglais, existaient dans les limites de cps districts avec le droit de commercer librement pendant trois ans.

Le gouverneur Roberts espérait foire l'acquisition de tout le pays situé entre les caps Monte et Palmos. Le 21 octobre 1842 il faisait des préparatifs pour l’exploration de la riviere Saiut-I'aul à l'effet d'ouvrir une communication avec les naturels du pays situé au delà de Bopora. — Cette même année, la ferme coloniale produisit 3.000 livres de sucre et plus de 200 gallons de mélasse. Le directeur du magasin public avait expédié pour New-York 19,000 gallons d huile de palmier, 25 tonneaux de cam-wood. I.es recettes de la Société de colonisation, en 1842, s’élevaient à 10,586 dollars, dont 8,533 provenaient du commerce avec la colonie.

Depuis le 15 mars 1843 la colonie de Liberia, si intéressante pour le peuple américain, a reçu, comme l’espérait M. IJpshur, alors ministre de la mnriue des États-Unis, une nouvelle impulsion dans cette voie de prospérité de la présence assidue des bâtiments de guerre américains. Je ne rappellerai pas les lon-

gues négociations diplomatiques poursuivies depuis 1819 par le gouvernement britannique auprès du gouvernement des États-Unis pour obtenir son adhésion au droit de visite. Quoique l’Angleterre cherchât à se montrer animée du seul désir de mettre lin au commerce des esclaves, et qu’à cet effet elle définît le droit de visite comme rigoureusement distinct du droit de recherche, droit qui découle de l’état de guerre, et qui ne peut jamais, dur.mt la paix, être exercé en haute mer, on sait quelle répugnance constante le gouvernement de l'Union conservait à participer à aucune convention relative à la traite. Enfin , à la suite de nouvelles communications de I rd Aherdeen, où les vues positives du gouvernement britannique étaient expliquées plus nettement qu’elles ne l’avaient encore été, les deux puissances s’ob itèrent, par l'art. 8 du traité du 9 août 1842. à maintenir séparément et respectivement en surveillance, à la côte d’Afrique, une force navale de quatre-vingts canons au moins , destinée à favoriser l'exécution des lois et des engagements des deux pays concernant l’abolition de la traite. Gette croisière américaine est chargée à la fois de protéger le commerce des États-Unis avec la côte occidentale d'Afrique, et de veiller a la suppression de la traite des Noirs en tant qu'elle serait faite par des citoyens d’Amérique ou sous pavillon américain.

D’autre part, la convention du 29 mai 1845 entre la France et l'Angleterre a rassemblé les plus énergiques et les plus noblesdispositionspouranranlir promptement l’odieux trafic qui depuis un si long temps dépeuple et ruine l’Afrique occidentale, et qui parait devoir être bientôt refoulé sans retour au sud de l'équateur.

L’üNIVEHS,

HISTOIRE ET DESCRIPTION

DE TOUS LES PEUPLES

DF. LEURS RELIGIONS, MOEURS, COUTUMES, btc.

GUINÉE

par m. amédée tarûieu,

GEOGRAPHE DU LiCEBClK

DM *«»!«•! iT«AK0àll«, »»CH. *UT«- «iUOOMWi , ÉS-LETTRIS, 1HEMBRK DE U SOCIÉTÉ DI OÉOOMPB» , «*•

La Guinée, selon les géographes et les voyageurs du dix-seplième et dudixbuitieine siècle (I), est une longue suite de côtes comprises entre la rivière du

(,) for., entre antres cartes anciennes :

[O Les cistes de Guinée avec les royaumes qui y ton! connus des Européens en dedans des terres, selon les relations les plus nouvelles , par P. Durai . géographe du roi ; jft--, . — a° La carte de la côte de Guinée et du pars autant qu'il est connu, depuis la rivière de Serre- Lione jusqu'à celle des Camarones, par d'Aurille; juillet 1729- — 3" Guinée entre Serre-Lioné et le passage de la ligne, par le même ; 1775. — 4° Tractas littorales Guinea a promonturio Verdc usque ad sinum Catenhelœ , aptid F. de A\it. — S° Carte hydrographique sphérique ou réduite du nouveau plan des côtes de Guinée , dressée, et dédiée à M. de Valincour, conseiller du roi en ses conseils, etc., par Henry, ingénieur du rov, hydrographe et professeur en mathémalique; deux feuilles. — Parmi les cartes modernes je me contenterai d'indiquer Map 0/ the coast of Africa comprising Guinea and the British possessions ni Sierra Leone, on the Gambia , and the Gold coast togetlur mth the countries evilhin the courses of the rivers9 Sénégal, Gambta and Kos/ara, compiled from official documents by John Arroa/smith , ««43.

Sénégal, et le cap Topez Gonzalvo (lat. sudO” 30', long, est 0“20'.) Quelques auteurs lui marquent même comme limite méridionale le cap Megro ( lat.

sud 16° I' 0", long, est 9° 33 45 ), mais en empiétant sur le Congo , qui doit être rigoureusement distingue de la Guinée. On divisait aussi généralement ce pays en deux parties : la Guinée septentrionale . entre le Sénégal et Sierra- Leone; et la Guinée méridionale, on Guinée proprement dite, se subdivisant en six côtes : 1“ la côte de Malaoiiette ou du Poivre; 2° la côle d lroire ; 3° la côte dür; 4° la côte des Esclaves ; 5” la côte de Bénin ; 6“ la côte des Majores ( I). Pour nous, acceptant

lesdivisions géographiques proposées par

M. d’Avezac, nous avons efface entièrement le nom de Guinée de la cote comprise entre le Sénégal et le cap des Palmes, pour y substituer le nom de henégambie; et en conservant la dénomination de Gmnée au pays qm s’étend le long

do golfe, depuis le cap desPalmesjusqu au

fond de la baie de Biafra , nous la restrei-

(1) Walckenaer , Histoire générale des Voyages, t. IX. , p. » •

L’UNIVERS

gnons encore, d’après la même autorité, au littoral propremeutdit, lui préférant, pour l’intérieur des terres, le nom indigène de OuanqArah , qui s’arrête précisément, vers le nord, aux limites du Takrour (I). Mais dans la science hydrographique le nom de Guinée a retenu son ancienne extension : M. le comte E. Bouët-Willaumez appelle encore golfe de Guinée ce grand enfoncement de l’Afrique occidentale qui commence à partir de la Sénégambie, là où les terres prennent d'abora la direction générale du sud-est jusqu’au cap des Palmes, pour courir a peu près à l’estsud-est jusqu’au Rio del Rey, se couder ensuite brusquement de six quarts au sud, et courir droit au sud jusqu'au Congo et même au delà. Dans l’étendue totale des côtes qui bordent le golfe, étendue de sept cent quatre-vingt-cinq lieues, non compris les archipels voisins , M. le comte E. Bouëi a distingué neuf fractions de côtes ; cinq me restent à décrire : la côte d Ivoire, depuis le cap des Palmes jusqu'au cap des Trois-Pointes (quatre-vingt-dix lieues); la côte d'Or, depuis le cap des Trois-Pointes jusqu’au cap Saint-Paul (même étendue) ; la côte de Renin, depuis le cap Saint- Paul jusqu’au cap Formose (cent quinze lieues) ; la côte de Calebar, depuis le cap Formose jusqu’à Cameroons (soixante-

2uinze lieues); la côte du Gabon, depuis ameroons jusqu'à l’équateur (quatrevingts lieues). — Avant de commencer cette description, j'emprunterai au même ouvrage quelques observations générales sur le golfe ae Guinée.

Les zones particulières aux vents du nord-est ou Vents alizés et aux vents du sud-est ou vents généraux sont soumises à une loi de translation du sud au nord quand le soleil atteint le tropique du Cancer , et du nord au sud quand il regagne le tropique du Capricorne ; de plus , elles sont séparées elles-mêmes, dans le golfe de Guinée , par une zone de vents frais et bien établis du sud-ouest dans le premier cas, et par une zone de calmes , d’orages et de brises variables dans le second; ce qui explique naturellement la lenteur des traversées pour re-

( i ) Fsi/iiiue générale de l'Afriijiie , éd. d» 1837 , |>. 1 JO.

monter le golfe du sud au nord avant le mois de juin, et leur rapidité pour effectuer la même route après cetlc époque. — Une loi tout aussi uniforme est la corrélation qui existe entre la marche du soleil et celle des hivernages : à l’époque où le soleil entre dans Te signe du Bélier, les tornades commencent à se faire sentir dans le golfe de Biafra,où il darde alors ses feux zénithaux avec une force torréfiante; à mesure qu’il s'avance dans l'écliptique et s’élève au nord, son influence suit la marche progressive de sa déclinaison dans les pays situés par des degrés de latitude analogues. — Quant au phénomène des brises alternatives de terre et du large dd à réchauffement et au refroidissement alternatifs de la terre qui déterminent à midi et à minuit un courant d'air, alternatif lui-même , il se manifeste assez régulièrement sur toutes les fractions de côtes du golfe, surtout depuis le mois de décembre jusqu'aux pluies d’hivernage. — Les harmattans ne régnent pas sur tout le littoral d'Afrique avec la même intensité ni avec la même élévation de température. Il est d’ailleurs très-facile de comprendre, ajoute M. le comte E. Bouët, que ce vent qui souffle de l’intérieur de l'Afrique doit être plus sec et plus brûlant encore quand il a passé sur les dunes de sable au Sahara que quand il a franchi les contrées plus fertiles et plus boisées situées au sud du désert. — Nulle part les tornades ne produisent de révolution atmosphérique comme dans le fond du golte de Guinée. — Le courant général de Guinée ne commence a agir dans une zone de quarante ou cinquante lieues au large qu'a partir de l’archipel des Bissagos ; la direction générale est le sud-est, mais elle se subdivise en plusieurs branches suivant les contours des fractions de côtes : ainsi cette direction est plutôt celle de l’est-sud-est par le travers de la côte des Graines; du cap des Palmes il se précipite à l’est jusqu'au cap Saint- Paul, ou une de ses branches va contourner le coude du golfe de Bénin, puis se réunit au lit principal du courant près du cap Formose, pour aller ensemble se perdre au fond du golfe de Biafra. « C’est un phénomène bien remar- « quable que celui de l’accumulation

ioogle

GUINEE.

« sens issue des eaux que vient verser « ce courant général dans le fond du < golfe de Biafra : ce dernier se trans- « forme-t-il alors en vaste réservoir pour « fournir perpétuellement aux marées

• des vingt-cinq rivièresquidécoupenten « tous sens le delta du Niger? Ou bien « existe-t-il , comme on le suppose pour « le détroit de Gibraltar, un courant « sous-marin à l’aide duquel s’opère

• l'évacuation des eaux accumulées dans « ce fond de golfe? — Un phénomène

• non moins singulier est le lit de cou- « rant contraire qui roule ses eaux « de l’est à l’ouest, c'est-à-dire avec « une direction parallèle et opposée à « celle du courant général de Guinée

• dans toute la zone qui commence à « peu près à l'équateur et se prolonge « au delà dans l’hémisphère austral. Y

• aurait-il donc, par suite d'une attrac-

• tion quelconque dans le domaine des « eaux inférieures, une combinaison qui « relierait ensemble l’action opposée de « ces deux lits de courants parallèles? » D’après ce qui précède on peut comprendre qu’il est facile en toute saison de descendre le golfe de Guinée : aidé par l’action du courant général de ce golfe, par des vents de nord-est jusqu’à la côte des Graines, par des brises alternatives de terre et de large, ou du sud-ouest, sur le reste des côtes , on a presque continuellement vent et courant pour soi de novembre en avril ; et l'on n’est guère contrarié durant cette saison et le long du littoral que par les harmattans, contre lesquels il faut louvoyer plus ou moins longtemps pour s’élever dans l’est. De ma en octobre la navigation du golfe n’est pas moins facile par suite des brises de sud-ouest, bien établies pendant cette saison, et qui deviennent des vents traversiers pour parcourir le fond du golfe. Mais s'il est facile de descendre rapidement le golfe en toute saison, il n'est pas aussi facile de le remonter. — Il résulte des observations barométriques suivies à bord du Aisus et de la canonnière-brick la Maiouine, que le baromètre s’abaisse lorsque le temps est beau dans le fond du golfe, et qu’il monte lorsque le temps devient menaçant et à l’approche des tornades. D’autre part, les fortes brises de nord-est sec font aussi monter la colonne de mercure; d’où

13' Livraison. (Guinée.)

l’on conclut que dans ces parages le baromètre ne peut être un indicateur aussi certain que dans les zones tempérées (1).

VillaultdeBcllefond,dans sa dédicace à Colbert, annonçait qu’en son récit « l’amour des peuplés de Guinée pour les François, par-dessus tous les autres Européens, paroistroit dépeinte avec tant de naïveté , qu’ils n’en pourroient plus douter, et seconderoient tous à l’envi 1rs

f glorieux desseins de Colbert de rétablir e commerce de la France dans ees terres qu'elle possédoit autrefois. » Ii attribuait l'abandon des côtes de Guinée par les commerçants français à la mauvaise opinion conçue par eux de la malignité de l’air. « J'avoue, ajoute-t-il , qu’ayant le cœur françois, lorsque je m’y trouvay, je ne pus remarquer qu’avec un extresme regret l’adresse des Anglois, Hollandois et Danois de nous avoir si fort imprimé cette tant pernicieuse pensée , u’elie nous ait réduits jusques au point 'abandonner mesme les places que nous y tenions et dont ils tirent leurs plus grands profits. En effet, n’est-il. pas bien sensible de voir par toutes ces eostes quantité de bayes que les Mores appellent bayes de France, des places mesme qui portent encore le nom de nos villes, comme le petit Dieppe , estre si fort abandonnées des François, qu’il n’en reste plus que le nom et le désir aux habitants de les y revoir? Il est bien vray que les guerres civiles dont Dieu affligea le royaume de France du temps de Henry le Grand, d’heureuse mémoire, achevèrent de nous ruiner sur ces eostes, et furent cause qu’en nous enleva les places qui nous y estoient restées depuis les précédentes guerres des temps de Louis XI et des rois ses successeurs. Tendant son règne, les Portugais s’emparèrent entièrement de l'habitation que nous avions à la caste

( i) Observations generales sur le golfe de Guinée, p. 200-310 delà Description nautique des cotes de l'Afrique occidentale entre le Sénégal et l'équateur. — Voy. aussi des renseignements sur la côte d’ Or par te capitaine Midgley, extraits d’une communication faite à l’association des capitaines de navires de commerce de Livorpool dans le Nautical magazine, janvier 1843, ou dans les Annales maril., i843, partie non officielle, u° l-j,

L’UNIVERS

d'Or, où ils bas tirent le chasteau Saint- Georges de la Mine, et preuve que cette habitation esloit considérable, c'est que les Uollandois se servent aujourd’nuy (1667), pour leurs presches, de la cnesme église que nous y bastismes en et! temps, dans laquelle on remarque encore les armes de France ; et que leur principale batterie du costé de la mer conserve jusques à présent le titre de batterie de France. Nous avons possédé sur ces costes Akara , Cormentin, cap Corse et Takorai, où les Suédois basèrent depuis sur les ruines de nostre fort, qu’ils ont laissé périr aussi bien que nous par les guerres qu’ils ont faites eu Allemagne; de nos jours nous avons laissé usurper par les Uollandois l’habitation que nous avions h Comendo, place éloignée de deux lieues du chasteau de la Mine, après la mort de deux François , qui depuis longtemps y demeuraient dans une belle maison, de laquelle il ne reste plus que les quatre murailles, et qui avaient si bien sçu captiver l'amitié aes Mores de ce lieu , qu’ils font gloire maintenant de se dire François, et battent le tambour à la françoise. — L’air de ces costes n’est dangereux que pendant trois mois de l’année, et c’est encore si peu de chose , qu’avec le moindre soin que l’on prend à s’y conserver, l'on s'y porte aussi bien qu’en France , et plusieurs maux y sont inconnus qui nous accablent en Europe.

Mais disons que ç’a esté la ruse des estrangers , pour nous en dégodter , qui, voyant que nous avions interrompu ce commerce, ont tasché jusques à présent de nous faire perdre tout à fait, non pas seulement le dessein, mais l’envie mesme de le reprendre, pour profiter seuls des richesses de ces pays,

3ui s’y rencontrent avec tant d’abonance, que j’ayme mieux ne toucher cette corde qu’en passant que d’en dire ce que j’ay v*u, puisqu’il semblerait incroyable. Je laisse seulement à juger si les Uollandois, qui sont gens tout à fait attachés à leur intérest, auraient entrepris la dernière guerre avec l’Angleterre,

Î|ui n'a point eu d’autre fondement que u prise que les Uollandois avoient faite sur eux de la forteresse de Cormentin à la coste d’Or , s’ils.n’en tiraient des profils considérables. Ils sçavent si

bien la conséquence de ce commerce, qu’ils n’y auraient jamais souffert les Anglois et les Danois, s'ils n’y avoient este forcez par les nègres. La suite de cette relation fera voir que l’humeur des Mores s’accorde mieux avec la françoise qu'avec toutes autres; et c’est le véritable sujet qui a porté les estrangers à nous eu éloigner ; puisque si nous y sommes une fois rétablis, leur commerce est perdu sans ressource, et que nous recueillerons seuls cette quantité d’y voire, et ces sommes immenses en poudre d’or, qu’ils tirent de ces pays, et qu’ils partagent entre eux, sans compter les nègres ou esclaves que nous ferons

f tasser aux isles de l’Amérique, et qui es rendront plus florissantes : outre ue i on fera connoistre à ces gens la foy e Jésus-Christ et que l’on les tirera de l’aveuglement dans lequel le démon les entretient. » Ces souvenirs historiques, ces considérations, ces espérances, placés par Villaultde Bellefond , avec une heureuse adresse, au début de sa petite relation, suffiraient encore aujourd'hui à rendre intéressante pour nous toute description des côtes de Guinée; mais l’établissement récent de plusieurs comptoirs français et leur développement rapide ont ut) naturellement ranimer notre intérêt.

Le 3 novembre 1838, la canonnièrebrick la Malouine, attachée à la station des côtes d’Afrique et commandée par M. le comte E. Bouët, alors lieutenant de vaisseau , partait de Gorée pour faire sur la portion de littoral comprise entre les lies de Loss et le cap Lopez une exploration commerciale réclamée par la Chambre de commerce de Bordeaux, et dirigée d’après les instructions combinées des ministres de la marine et du commerce. A l’expédition était adjoint M. Braquant, capitaine au long cours, avec la mission spéciale de recueillir des échantillons de toutes les marchandises manufacturées que les autres nations emploient comme objets d’échange dans la troque des produits africains. Six mois après , les chambres de commerce étaient saisies des nombreux et exacts documents reunis par le commandant de la Malouine, et publiaient divers mémoires, où étaient recherchées les meilleures modificalionsà ftfire subir aux

produits de nos fabriques et au tarif des douanes. On y examinait en même temps la proposition faite par le même officier de créer sur plusieurs points du golfe de Guinée des comptoirs fortifiés propres à assurer l’accroissement du commerce licite, qui doit heureusement se substituer un jour à la traite desnoirs. Dans leurs premières délibérations , les chambres de commerce , et surtout celle de Bordeaux , avaient rattaché à cette uestion principale une question seconaire , à savoir, la formation de compagnies ou d’associations privilégiées entre armateurs, plus capables, disait-on, que des armements isolés , de lier avec les comptoirs de vastes et utiles opérations. Le département de la marine , sans s’y arrêter , s’occupa d’agir promptement, et soumit par avance les nouveaux comptoirs qui seraient formés au régime de la libre concurrence. — Ce oui se passait dans le même temps en Angleterre attestait l'opportunité des études et des préparatifs du gouvernement; toutes les questions relatives au commerce de la côte occidentale d’Afrique étaient agitées et discutées dans un comité d'enquête, formé au sein du parlement, et, entre autres conclusions de cet immense travail, ressortait surtout la nécessité d'accroître le nombre des établissements anglais sur cette côte, d’organiser sur des bases plus larges et sous une autorité spéciale, indépendante du gouvernement de Sierra- Leone, les quatre comptoirs anglais de Dixcove, Capecoast, //nnainaboett flritlth-/iccra ; de relever les anciens forts d ' Apollonia, de fVinnebah et de Whidah, abandonnés depuis 1S22; de multiplier dans la croisière anglaise les bateaux à vapeur et les bâtiments légers ; enfin d'ouvrir indistinctement les factoreries actuelles de l'Angleterre, comme ses comptoirs futurs, a tous pavillons et à toutes marchandises. — Dans son Rapport au Roi , du 29 décembre 1842 , M. l'amiral Duperré s’exprima ainsi :

• Notre commerce à la cote occidentale d’Afrique a (iris depuis quelques armées . un grand développement. Ces premiers ■progrès sont pour notre marine marchande la source d’espérances plus grandes, et pour le gouvernement celle d’obligations nouvelles. Le commerce dans ces

parages a ses lois particulières d’existence; il doit aussi avoir son mode particulier de protection. Le long du littoral africain , depuis le Sénégal jusqu’au cap de Bonne-Espérance, on ne trouve aucun centre de population un peu important.

On rencontre quelques comptoirsà peine naissants abrités par le pavillon d’uDe des puissances maritimes : çà et là , et principalement à l’embouchure des rivières qui sont des bras du Niger ou qui pénètrent un peu avant dans les terres, on voit quelques habitations agglomérées, dont la population s’est peu à peu façonnée aux usages du commerce. Nos troqueurs ont observé ces circonstances, et y ont subordonné leurs opérations.

Ainsi nos bâtiments composent leurs cargaisons par assortiment et suivant le goût de chacune de ces petites bourgades. Ils font des escales fréquentes et à très-courte distance les unes des autres ; ils demeurent longtempsà chacune d’elles, pour écouler quelque partie de marchandises. Souvent les officiers et le subrécargue, dans l’impossibilité de faire aborder le navire, descendent à terre, improvisent des hangars pour s’abriter eux et leur cargaison, et y séjournent jusqu'à ce qu’ils aient opéré leur troque. Cette manière de trafiquer est pleine d’inconvénients et de dangers. Elle expose les hommes à l’intempérie d’un climat brûlant, et les marchandises à des avaries, souvent même au pillage. Il a fallu à notre commerce de l’énergie et de la persévérance pour lutter contre de tels obstacles. Il résulte de cet état de choses que nos bâtiments de guerre sont continuellement obligés d’intervenir dans les rapports des indigènes et des troqueurs, tantôt pour régler les coutumes que les rois et chefs se font payer, tantôt pour réprimer des actes d’hostilité et le plus souvent pour effectuer le recouvrement des créances contractées envers nos capitaines. Il ne serait ni juste ni politique de laisser notre commerce plus longtemps dans cette situation. A la protection que lui prête déjà notre station, il faut ajouter un appui plus direct, qui lui permette d’agrandirscs opérations et lui assure une position moins précaire. Sur cette côte quelques comptoirs ont été élevés. Ils sont l’œuvre de maisons de commerce intelligentes qui

L’UNIVERS

ont voulu assurer un abri à leurs subrécargues et à leurs marchandises, et diminuer pour leurs navires la difficulté de se ravitailler. Ces essais restreints aux > proportions des ressources individuelles indiquent au gouvernement le système de protection qu'il doit consacrer à notre commerce. Il faut qu’il lui donne pour points d’appui , et a certaine distance les unes des autres , des factoreries fortifiées, qui serviront de station à nos navires et d’abri à nos troqueurs.

Ces établissements, tout à la fois militaires et commerciaux,, atteindront un double but : ils tiendront en respect les populations Indigènes, en les habituant a la souveraineté de la France, et procureront à nos troqueurs une sécurité qui leur permettra d’étendre l’échange de nos produits pour l'huile, l’ivoire et l’or de l’Afrique. » En finissant, M. l’amiral Duperré rappelait que la France a en outre une mission de civilisatioaet d’humanité à remplir à la côte d’Afrique ; qu'elle doit concourir, autrement que par les moyens répressifs dont elle dispose, à l’extinction de la traite des noirs ; qu'elle peut tarir la source de cet horrible trafic en agissant directement sur les populalations ignorantes où ces monstrueuses coutumes régnent encore , et en tes initiant à des principes de morale et d'humanité par i’inûueoce de ses idées et l'exemple de ses moeurs. Dans la session de 1843, les chambres votèrent avec empressement le crédit affecté aux dépenses de première installation des trois comptoirs désignés, deGarroway, d’Assinie et du Gabon. A la fin d’avril de cette même année , le matériel de construction des blockhaus et des magasins, envoyé de Brest et de Toulon, était réuni à Gorée, et M. le comte E. Bouët, alors capitaine de corvette, successivement appelé, depuis la mission de la Matouine, au commandement de la station d’Afrique et au gouvernement du Sénégal , assurait le succès d'une triple expédition dont je raconterai soigneusement les principales circonstances et les heureux résultats.

Cote (T l voire (l ), ou côte comprise en -

(i) - ^marchandises qu’on tire de ces pays sont des dents d Viépliaus , dont qnelqucs-

tre le cap des Palmes et le cap de» Trait- Pointes. — Après avoir doublé le cap des Palmes et dépassé la pointe et le village de Gruwa, on aperçoit bientôt plusieurs groupes de villages appelés Cavally, puis l'entrée d’une petite rivière du même nom. La côte, peu élevée et assez uniforme depuis le cap des Palmes, change d'aspect à partir des villages de Tabou et de la pointe assez basse qui les sépare : les terres du littoral deviennent des collines de hauteur moyenne, derrière lesquelles apparaissent dans l’intérieur des mornes élevés et de forme arrondie. La pointe de Bassa succède à celle de Tabou, et le village de IVapoo au village de Bassa. Apres les pointes rocailleuses de , Tabou , se voient les deux rivières de San- Pedro (I) et de H ig friand. Les terres de l’intérieur paraissent plusbassesparcequecellesdit littoral s’élèvent. Les montagnes de 'Temple- Bill, les plus hautes de ces parages, in-

ânes pèseront jusqu'il deux eAsInNtf; et dans tel jour on en achepte jusquesà dix mil livres. Si l'on doit croire leurs voisins à 11 coste d'Or, ils disent que dans le pays il se trouve si grande quantité d’éléphans, que les habitans sont obligés pour s'en garantir de faire leurs maisons sous terre. Ils les tuent autant qu'ils peuvent ; mais ce qui fait qu'ils ont tant de dents, c’est qne les éléphant mettent bas leurs défenses tous les trois ans , comme les cerfs leurs bois . — Les HoUandois appcloicnt aussi cette côte la coste des Qua- <jua , parce que les naturels, en abordant, disent qua, qua , qua, qui est comme bonjour et bien venu. (Villault, èd. de 1669, p. 18» et 181. ) De plus, on la divisait ordinairement en deux parties, la côte de Maesgens, ou mauvaises gens, et la côte des Bonnes gens, séparées par la rivière de Botrou : <> De sçavoir qui • leur a donné ces noms, c’est ce qui n’est « pas facile, non plus que la raison pour- « quoi on les leur a donnés. 11 est certain « que les Nègres qui sont à l'est du cap de k Palmes sont méchants , traîtres , menteurs, « voleurs , d'un naturel féroce et sanguinaire. « En voilà assez pour justifier ceux qui leur « ont donné une épithète si odieuse. » ( Labat , Voyage du chevalier de Marchais en Guinée, t. 1", p. 174-) .•»> r.ftTTXl,

(1) Voy. le rapport de M. le «MMMnl vaisseau Fleuriot de Langlt sur la rivière San- Pedro, dans la Descr. na ut, des côtes de f dfr. occ,, p. 104.

GUINEE.

diquentle voisinage du Petit-Drouin, le premier des villages de ce nom échelonnés jusqu'à Saint-André sur une etendue de sept à huit lieues de côtes. La description que Villault de BellefOnd faitdu village de Saint-André et de cette portion de côte est exacte de tous points. Il le marque comme un emplacement très - favorable de comptoir fortifié.

« Pour Rio-Saint-André, dit-il, c’est de toute l’Afrique le lieu le plus propre à baslir : la rivière qui portece nom monte bien avant dans les terres, et un peu audessus de son embouchure se divise en deux branches, dont l’une monte au nordnord-ouest, et l’autre à l’est; elle peut souffrir bien avant un jacht, bordée de côté et d’autre de grands arbres et environnée de campagnes et de prairies.

La roche qui est au bord de la mer, à l’embouchure de la rivière, peut avoir trois cens pas de circuit au sommet , et se termine en plate-forme, qui commande au reste du pays, qui est bas, et n’est de rien commandée. Elle est escarpée du costé de la mer et de la rivière a l’est, et on ne peut l’aborder que par le dedans de la rivière à l'ouest, et forme une presqu’île, dont l’on peut faire une isle en coupant quinze pas de largeur : elle ne se peut approcher que de ce costé, estant environnée de tous les autres de roches sous l’eau, sur lesquelles mesnie une chaloupe se perdroit. L’eau douce de la fontaine qui sort du pied d’une grosse montagne qui couvre cette roche au nord, en peut estre defenduë à coups de fauconneau. Il se trouve par toutes ces costes quantité de bœufs, chèvres, chevreux et cochons, dont ils font grand marché , un bœuf ne valant pas plus d'une douzainede couteauxde vingt sols, et le chevreuil de niesme. — Les naturels de ces villages sont déûans et n’accostent un navire, surtout la première fois, qu’avec crainte. Ils ne veulent jamais entrer dans la chambre de poupe, nv descendre sous le tillac, ce que les autres Mores de toutes les costes l’ont librement. Quand ils abordent un vaisseau, il faut que le capitaine descende, et qu’ayant un pied sur le bord du canot (1) et l’autre sur la prccinle ( pou-

(i) * Les pirogues des naturels de cette cosie sont bien différentes de celles de la cosie des

tre qui entoure le vaisseau), se tenant d’une main à une corde, avec l'autre prenne de l'eau de la mer et s’en jette sur la teste, qui est la marque d’amitié et de jurement ou superstition, sans quoy ils n’entreroient jamais au vaisseau. • Ils passaient autrefois pour anthropophages; encore aujourd'hui on ne communique avec la terre qu’en s’armant bien.

A partir de Saint-Andrc, la côte est plus saine et peut être prolongée a une très-petite distance. I^s villages du Koutrou et de Fresco offrent, comme Saint- André, beaucoup de ressources. Sur tous ces points c’est le tabac qui est le principal objet d'échange. Au delà de Fresco la côte devient basse et uniforme, et une lagune la borde dans toute son étendue jusqu’au cap ,-tpol- Ionie , laissant entre elle et la mer une langue de terre, large d’un demi-mille, et couverte de nombreux villages plantés de palmiers. A douze ou treize milles plus à l’est que Fresco se trouve le village de Jacques ou Petit-Lahou, entouré d’une palissade en paille cl planté de palmiers. Les villages du Grand-Lahou sont plus rapprochés de la rivière et du cap Lahou, et couvrent une grande étendue de pays. Dans tous on traite généralement de l’huilu de palme et quelquefois de i’or. Jack Lahou est distant du Graud-Lahou de huit ou neuf lieues environ, et la côte, uniformément basse, est presque droite entre ces deux points et reste telle jusqu'au Petil-Bassam. Les villages du Jack-Lahousoiit très-puuplés et fort étendus. A six milles plus loin , commencent ceux de Jark-Jacques , au nombre de trois : grande t petit Jack-Jacques et Jack-Jacques du milieu, espacés entre eux d'uu ou de deux milles, et tous ombragés de palmiers , de cocotiers et d’autres - arbres élancés, à écorce blanchâtre, et très-remarquables du large. —

Graines, si légères, si rapides el montées par trois hommes au plus ; elles soûl beaucoup plus grandes, très-lourdes, et peuvent conlenir treille hommes au besoin ; à mesure qu’on descend la cosie, on voit les embarcations devenir de plus en plus grandes , sans doute à cause des magnifiques bois de construction que produit le littoral. »

Vr>

L’UNIVERS

En janvier 1787 M. de Flotte, officier de la marine française, charge d’une importante mission sur les côtes de Guinée, se trouvant à l’embouchure de la rivière Saint-André, fut frappé, comme l'avait été avant lui Villault de Bellefond, du bel emplacement de fort ou de comptoir (pie ce lieu présentait. Il chercha à se mettre en relation avec le roi du village; mais celui-ci, parméliance, manqua au rendez-vous. Il vint alors jeter l'ancre au cap Lahou, et là parvint à s’aboucher avec un naturel nommé Coffv, qui parlait un peu le français et semblait exercer beaucoup d'autorité sur les autres : M. de Flotte obtint de lui la cession d'un terrain d’une demi-lieue carrée, à son choit, moyennant deux cents onces de marchandises livrables à l'époque des premières constructions; mais il Dépensait paslui-mêine qu’on pût donner suite à cette convention , n’y ayant pas une seule pierre à bâtir dans un rayon de deux a trois lieues. Toutefois , l’année suivante, DenysBonnaventure, commandant la Flore, ratifia cette convention au nom du roi, annonçant, il est vrai, qu’on ne se proposait pas de commencer encore les travaux d’établissement (1).

F.n continuant à descendre la côte, on la voit se couder au nord devant le village d e Petit- Bassam, pour courir ensuite plus au sud jusqu’au cap des Trois- Pointes. Après ce village, qui n’offre rien de remarquable, non plus que deux ou trois autres groupes de cases palissa* dées, on découvre bientôt les maisons blanches du comptoir français élevé près de l'embouchure de la rivieredeGranrf- Hassam. Un traité passé, le 19 février 1812, avec le roi Piter et les chefs Guachi etWaka, réservait en faveur de la France un droit de souveraineté et d’occupation. M. le gouverneur du Sénégal en profita dès l'année suivante, avec l’autorisation du gouvernement.

Les comptoirs d’Assinie et du Gabon avaient été fondés, et il paraissait plus utile de placer au Grand-Bassam une es-

(i) Foj. le récit de» voyages de de Klotte et de Denys ISoimaventurc , dan» le Fayage

en Guinée, ou description des côtes d'Afrique depuis le cap Tngrirt jusqu'au cap topez Gonsalves , etc., par Pierre fa Itarthc.

pèee de succursale du comptoir d’Assinie que de créer le troisième établissement projeté de Garroway : celui-ci fut donc ajourné, et le 17 août 1843 une expédition, commandée par M. le lieutenant de vaisseau Philippe de Kerallet, arriva au Grand-Bassam : la barre qui existait à cette époque de l’annee sur le rivage rendait le debarquement dangereux; on manquait de pirogues propres, comme celles du Sénégal, à franchir les barres, et, le 22, M. Besson, enseigne de vaisseau, désigne par M. le gouverneur du Sénégal pour commander le futur comptoir, traversa les brisants à la nage, pour aller s'assurer par lui-même des bonnes dispositions des indigènes. On s’occupa aussitôt d'établir entre le rivage et la haute tuer, en deçà de ia ligne des brisants, un va-et-vient qui ne put être installé qu'avec les plus grandes diffkultés et au prix delà viedequelques marins; puis des radeaux transportèrent a terre ,

Suinze jours durant, tous les objets de ebarquement. Enfin la prise de possession eut lieu le 28 septembre; tous les chefs, précédés par le roi duGraud-Bnssam, s'etaient rendus au comptoir, où des présents leur furent distribués. — Le comptoir français est situé sur la rive droite de la rivière du Grand-Bassam , tout à l'embouchure, au haut d une petite éminence qui domine la rivière et une grande lagune. Cette lagune ou marigot, qui se joint à la riviere, ajoute beaucoup a la force du comptoir; elle l’isole d’abord du côté des villages de Grand-Bassam, situés aussi sur la rive droite, mais assez haut pour qu’on ne les aperçoive pas du rivage; d'autre part, elle s'uitinterieurement la côte, à l’ouest, et sur une grande etendue, puisqu'on tout temps elle offre aux pirogues , comme un canal naturel, une communication sûre avec les villages des Jacks-Jacks et toute la côte d'ivoire jusqu'au Grand-Lahou. Il y a, tout près et au nord-ouest du comptoir, un petit lac d'eau saumâtre d'une encablure et demie de largeur ; et au nord-est, deux petites criques formées par la riviere et ou les pirogues peuvent accoster. C’est le seul côté abordante vers la rivière. La distance du Grand-Bassam a Assinie est de vingt-huit milles ( neuf lieues environ ) ; on la parcourt aisément en deux heures par terre, et et»

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six , huit et douze heures par mer. Le de bijoux en or. Dans les grandes céréretourpar mer d'Assinie au Grand-Bas- montes, les chefs se mettent des bagues sam est un peu plus long. L’établisse- à chaque doigt, et quelques-uns s’habilment du Grand-Bassam a reçu lenoni de lent à l’européenne. tort Nemours : c’est un carré palis- Au commencement de l’année 1841 sadé et bastionné, dans lequel un block- M. le commandant Besson fit plusieurs baus et quatre barracons abritent le excursions dansl’intérieurdela rivièredu commandant, la garnison et tout le ma- Grand-Bassam et dans le marigot du cap tériel du comptoir : les quatre bastions Lahou. Il remonta la rivière depuis le élevés aux anglesde Penceintesont armés poste jusqu’au Grand-Bassam en sondant chacun d’unejpiece detrente. — Les rap- avec soin, etdéterminaun chenal de deux

S)rts de MM. Philippe de Kerhallet et cents mètres de largeur, sur une profonesson contiennent d’intéressants dé- deur moyenne de six à sept brasses, nataiissur l’état politiquedecepayset sur vigable en tout temps : un petit îlot, siles mœurs des indigènes. Piler est le roi tué à deux portées de canon du village du Grand-Bassam :la ville où il réside, et de Piter, est la limite du chenal dans qui compte cinq mille habitants en- l’ouest. Les bords de la rive droite sont viron , est placée au delà d'une de ces pe- entièrement accores, et composés d’une tites criques. Un peu à l'ouest est un vil- argile plastique qui en certains endroits lace dont le chef se nomme Jack. Le a pris une extrême dureté, et dans d’auchef Waka occupe le village le plus rap- très conserve sa ductilité , tout en étant proché du comptoir. La souveraineté de mêlée de fragments de scories volcani- Piter, quoique à peu près nominale, s’é- ques , dont la présence en ce seul lieu est tend jusqu'aux environs de Jack-Jack , assez difficile à expliquer. Les naturels dans l’ouest, etjusqu’àHalf-Bassamdans font de ces scories des espèces de lingots l’est. Tout le rivage de la mer lui ap- gu’ils introduisent dans leurs armes à partient. L’intérieur des terres est, pos- feu , et lea blessures de ces projectiles sont sédé par les Bushmans, avec lesquels Pi- affreuses et presque incurables. Le vilter est continuellement en guerre, sans lage du GranfhBassam couvre un on deux qu’on en vienne pourtant jamais aux milles, et est entouré d’une forêt de cocomains. Son héritier, New-Piter, peut tiers et d’arhres fruitiers de toute espèce, avoir aujourd’hui de vingt-trois à vingt- surtout de bananiers, de goyaviers et cinq ans. Son premier ministre , nommé d’orangers. Il se compose d’iine seule Adugo , a sur lui le plus grand îsceu- rue large de trente métrés ; chaque maidant; mais les autres chefs de la ville 6on est entourée d’un jardin. Les natun’ont pas d’autorité et ne paraissent que relssontgénéralement grands, bienfaits, dans les palabres. Quant à Waka, il s’est d’une figure agréable et d’un beau noir depuis longtemps rendu de fait indépen- luisant; quelques-uns sont cuivrés comdant; il est actif, remuant , énergique , me les peuples du Sénégal, et M. Besson et passionné pour la France. Ses freres soupçonne qu'à l’cpoque où la traite des Assimaet Petit Waka ont aussi lieaucoup noirs'était active sur ce point de la cête d'influence; un autre de ses frères, Gua- un certain mélange de races a pu s’efchi-Waka , l’un des chefs de Half-Jack- fectuer. Les femmes sont presque toutes Jack, était venu parla lagune pourassis- laides et attaquées d'effroyables nialateraux fêtes de la prise de possession. Le dies de peau. Le poisson, la banane, le roi du village de Jack-Jack se nomme maïs, l'igname et la cassave sont leur Deegres ; le principal chef au-dessous de nourriture habituelle ; ils mangent rare- •ui, Antony-Jack-Jack, est, comme lui, ment de la viande, quoiqu'ils possèdent tout dévoué à la France. Du reste, toute la de fort nombreux troupeaux de moutons PopulationduGrand-Bassamsedistingue et de bœufs; mnis ils s’en montrent par le caractère le plus doux et le plus fort avares, et ce n'est qu’à des prix pacifique ; elle, est belle, riche en gêné- exorbitants qu’ils consentent à les venrab comme l’entendent les noirs : près- dre. — Dans l’exploration quefitM. Bcsfiue tous les hommes portent sur eux son du pays situéau delà du Grand-Basquatreà cinq acquêts d'or; les femmes sam, il suivit d’abord le bras de rivicre ont le cou, les bras , les jambes couverts qui se dirige au nord et y constata une

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moyenne de brassiage de sept à huit mètres, sur une étendue de six lieues ; puis il s’engagea dans le marigot <t Êbrié, et atteignit en peu de temps un beau village du même nom, entouré de palissades et d’un large fossé dont le remblai forme extérieurement un parapet de I" à I” 50 d’élévation. Ce village, peuplé de sept à huit mille individus, est lecentrede dix autres villages réunis en petite république et depuis fort longtemps en guerre avee les courtiers riverains. « L'isolement « dans lequel vivent ces peuplades, disait » M. Besson dans son Rapport du I" « mars 1844, les difficultés qu’ils éprou- « vent à se procurer les objets de traite « de première nécessité, l’énorme quan-

• tite d'or qu’ils possèdent, soit a l’état

■ de fétiche , soit à l’état de poudre :

• tous ces faits observés m'ont donné « l’espoir que ce point pourrait être le « premier où nos traitants réaliseraient

■ le plus facilement de beaux bénéfices.

• La forme démocratique de leurs insti- « lotions, en leur enlevant toutes rela-

■ tions amicales avec les royautés qui « les entourent, ont développé chez « eux une émulation, une industrie bien s supérieure à celle que j’ai eu l’occa- « sion d'etudier. Ils fabriquent presque « exclusivement l’or fétiche répandu « dans le pays, dont les formes variées « accusent quelquefois une -conception « facile et une intelligence des propor- « tions que l'on rencontre rarement chez « un peuple sauvage. Us réparent les « armes à feu et fabriquent eux-inémes » les armes blanches portées par les na- « turels. Quoique en guerre presque <■ continuellement avec leurs voisins, « leurs richesses, leur nombre, et « l’union dans laquelle ils vivent , en « font un peuple puissant et redoutable « qu’il sera facile de nous attacher, et « dont le pays, considéré comme centre - d'importation , permettra à nos trai- « tauts d’agir sur une échelle plus con- « sidérahle et par conséquent plus pro- « ductive. Le fer en barres , les fusils « tower, la poudre en barils de cin- « qualité livres , sont pour eux des ob- « jets de première nécessité , qu’ils ne « peuvent se procurer que grevés de » frais énormes provenant de deux ou « trois courtages successifs. » — En continuant à remonter au nord-ouest

M. Besson vit la rivière s’élargir et augmenter de profondeur jusqu'au confluent de la rivière des Palmes. Les rives, jusque-là de l’aspect le plus uniforme, lui présentèrent alors une végétation plus variée, plus vigoureuse, et à travers des clairières de bananiers et d'ananas, il aperçut à l’horizon, dans le nord, une chaîne de montagnes d’un aspect bleuâtre, de forme conique et couvertes de grands bois. En quittant le comptoir, il ne doutait pas qu’il ne dût rencontrer à une assez faibledistance une chaîne de montagnes formant la continuation de la chaîne porphyrique découverte à Assinie par M. de Mont-Louis, etil supposait déjà avec raison que cette chaîne, après avoir couru à l’ouest-sud-ouest sur une lonueur moyenne de douze à quinze lieues u méridien du Grand-Bassam, remontait brusquement au nord, pour rejoindre la grande chaîne des monts de Kong, située a cent cinquante lieues du rivage et marquant la limite méridionale du pays des Mandingues. — Le soir du même jour, M. Besson arriva au village (f Àbijia, et là s’arrêtèrent ses excursions dans l'ouest. A l’aide de renseignements pris dans ce village, il put tracer le cours de la rivière des Palmes sur une étendue de dix à quinze lieues plus à l'ouest. A Abijia il trouva aussi des fragments de roches assez gros , détachés de cette chaîne de montagnes , qui court sur Assinie par l’est-nord-est en augmentant toujours de hauteur, et apportés dans ce village pour la mouture du maïs. Un de ces fragments était composé d’une pâte porphyrique noirâtre , parseméed’une petite quantité de feldspath : M. Besson crut reconnaître un porphyre euritique. Un seul avait l’apparence d'une pâte poreuse qu’il prit d’abord pour des scories volcaniques, mais, y ayant découvert quelques globules de calcaire et de calcédoine, il ne douta plus que ce fragment n’appartînt à une v ariété de porphyre (la spiiite ), et conséquemment qu'à douze ou quinze lieues du comptoir on ne rencontrât dans ces montagnes des mines d'or et d’argent de la plus riche et de la plus facile exploitation. — D’Abijia il se dirigea à l’est vers Potou, en passant parles villages tl'Jhra et de Ritoy. Ces lieux sontd’unemédiocre importance ; mais ia ville de Potou, située au centre de la presqu’île des Mangliers,

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