‹ Sénégambie et Guinée par m. Amédée TardieuChapitre 4 sur 18 · GUINÉE. SOI · texte numérisé non relu

GUINÉE. SOI

fntre les deux rivières de Rouquah et A'.lka, et non loin de l'embouchure de la rivière d'Or, est la ville la plus riche et la plus populeuse du bas pays ; elle entretient de fréquentes relations avec le royaume des Acnantis, et importe dans l’interieur à de grandes distances les produits européens. Suivant une tradition accréditée, elle est fort ancienne et doit son origine à une émigration des habitants de Vankara , ville du royaume des Achantis j cela paraît assez vraisemblable puisque les habitants de Potou, seuls dans ce pays , parlent la langue fanta. — La rivière d’Aka, suivant les naturels, est le bras principal; c’est elle qui se jette dans la mer au Grand-Bassain, et en effet l'eau y est beaucoup plus profonde, et les rives forment une berge de dix à quinze mètres d’élévation. De petits escaliers taillés dans cette berge facilitent le débarquement, et mènent à des jardins ou à divers villages peu étendus, mais du séjour le plus riant. La direction de cette rivière laissa croire à M. Besson qu’elle pouvait communiquer avec la rivière d’Assinie, et sa profondeur facilitant beaucoup cette recherche, M. le gouverneur du Sénégal avait eu le projet d’y envoyer un ou deux petits bateaux à vapeur (1). — Entre la ville A'Eivi, située près de la rivière d’Aka, et le littoral , s'étend le grand lac de Peracro, qu’on peut traverseren deux heures; cette facilité de communication a fait d’ HnlJ- Passa m, situé à sept milles environ dans l’ouest du comptoir, un point de traite presque aussi important que le Grand-Bassam. D’aprèsces observations et ces renseignements divers, M. Besson jugeait indispensable l’établissement à Ebrié et à Potou de deux factoreries commerciales , destinées à centraliser les importations del'est a l’ouest et a couper au besoin toute communication avec la mer. — L’or, ajoute M. Besson, généralement répandu depuisleGrand-Lahou jusqu’à Assinie, provient du pays des Mandingues (2), du royaume de Làltou et

(i) Voy. dans le tome IV des AnnnUs meri/.de 1K44 (part, non officielle) , p. atl , un croquis du cours de la rivière du Grand- Bassam, par M. Louis besson.

(a) Le commandant du fort Nemours, étonne d'avoir trouvé au GrandBaxsam des marchands

du royaume des Achantis; une assez grandi* quantité est exploitée dans la rivière u’Or et dans les montagnes bleues mie traverse cette rivière. Il se vend à iacquét, poids d’un demi-gros, dont la valeur varie de 5 fr. à 5 fr.

75 c. , suivant sa qualité; celui du Grand-Bassam et d’Assinie est réputé le plus pur de la côte d’Afrique. C’est dans les terrains d’alluvion provenant d<: la désagrégation des roches où était son gisement primitif que les naturels trouvent la plus grande partie de l’or qu'ils possèdent. Il est en grains ou eu paillettes disséminées dans une argile rougeâtre plus ou moins sablonneuse ; en lavant cette terre, on opère la séparation de l’or. <* En général , ils font subir à la « terre aurifère un premier lavage sur « place à l’aide d’un ruisseau qu’ils font « tomber en cascade à sa surface ; puis,

« lorsqu’ils ont obtenu un résidu suffl- » somment riche, ils le lavent à la main « dans des gamelles au fond desquelles « les paillettes se déposent. » — L’huile de palme, qu'on trouve en si grande abondance depuis le Grand-Lahou jusqu'à Picaniny-Bassam, devient tout à coup d’une extrême rareté, et ne se retrouve u’à Ébrié et dans la rivière des Palmes, 'où elle est expédiée sur Jack-Jack et Picaniny-Bassam par le marigot du Grand-Lahou. L’ivoire est en petite quantité, et son exportation n’acquiert un peu d’importance que vers le haut de la rivière d'Aka, et entre Lahou et Jaek- Jack(l).

bambaras , üt part de ee fait singulier au gouverneur du Sénégal : il soupçonnait que les exigences de la compagnie de Gniam avaient pu les détourner de Bakel vers la cote d’Or. M. le gouverneur s'assura qu’il n’en était rien ; et dans une inspection du fort Nemours, ayant fait veuir dans le blockhaus ces marchands bambaras, il apprit d’eux que leur pays était à vingt jours Je marche du fort Nemours rt à quarante de Bakel ; que leurs communications avec le fort Nemours étaient trés-ahrégées par le parcours du bras nord-ouest de la rivière deGrand-Bessam. Leur idiome ùuit d’ailleurs tout à fait le même que celui des Bambaras de Galam. Peut-être, ainsi qu’on l’a dit, le plateau qu'occupe ce peuple est-il beaucoup plus étendu vers le sud-ouest qu'on ne I avait supposé jusqu’alori.

(i) Annales maritimes de z 844, tome III,

L’UNIVERS

Quelques renseignements extraits d'un rapport de M. Conjard, directeurdu comptoir du fort Nemours, en date du 1er juillet 1845, achèveront de montrer quels furent les progrès rapidesetquelest l'avenir du commerce français sur cette riche côte. Aka etGrand-Bassam préfèrent au lavage de l’or, travail leul et peu lucratif, les bénéfices énormes de l'importation et de la traite des marchandises européennes dans les villages de l'intérieur riverains des trois belles rivières que nous possédons aujourd’hui. Le comptoir français devait donc faire concurrence aux traitants deGrand-Bassamet d’Aka, et envoyer ses facteurs aux mêmes marchés qu’eux; il le lit, en ayant soin de vendre strictement au même prix qu’au blockhaus. Le 23 novembre 1844, M. Conjard s’engagea avec trois embarcations armées dans la magniliquerivière de Potou, la remonta jusqu’à cinquante millesenviron, visita dix-huit villages, et réalisa de beaux bénéüces. Les traitants de Grand-Bassam, vivement inquiétés, vinrent plus souvent au blockhaus, et y ürent des achats plus considérables , espérant sans doute que je facteur n’aurait plus de motif désormais de remonter la rivière. Une seconde expédition fut dirigée contre le commerce d'Aka : une autre flottille s’engagea dans la rivière d’Aka; le roi d’Aka lui offrit des guides, dans la pensée, vraisemblablement, qu’ellene dépasserait pas les villages qu’il possède dans la rivière; mais quand il fut détrompé il chercha à l’arrêter par une peinture effrayante des dangers de la navigation ; et, voyant qu’il ne réussissait pas, il acheta le chargement entier du facteur.

L’expédition continua cependant à remonter la rivière et atteignit Akba, petit village contenant à peine cent (inquante cases, situé sur un plateau élevé, en face du premier barrage de rochers; les caravanes de l’intérieur ne s’avancent pas au delà de ce village, et les traitants du pays s’y rendent tous à différentes époques de l’année; il s’y faisait donc beaucoup de commerce. L'or est toujours le principal produit d’échange ; l’ivoire est dirigé sur Axial a travers le royaume des Achan-

(partie non officielle), page 3»6, et tome IV (ibitl.), page |5.

tis. On pense qu’une succursale de factorerie établie a Akba, sous la protection achetée de Mouney, roi du pays, ferait d'importantes affaires. Coumiusie, capitale de l’Achanti , se trouverait ainsi plus rapprochée de nous que du comptoir hollandais d’Axim. Dans ce voyage d’essai, cent soixante-dix-huit onces d’or furent traitées; et dans un espace de douze jours que dura ce voyage la vente dépassa celle de trois mois au blockhaus. — Dans le même temps , une députation d'habitants de la rivière d’Ebrie vint au fort Nemours demander qu’une flottille semblable les visitât (I).

On a reconnu enlin, en France, que les dangers des barres si redoutées de la côte d’Afrique avaient été bien exagérés. La barre de mer du Grand-Bassam et celle de toute la côte jusqu'au Grand-Lahou n'est presque jamais impraticable aux pirogues; elle se compose d’une lame seule brisant à trente mètres du rivage. Quant à la barre du fleuve, elle a plus de profondeur que celle d’Assinie : de grands cours d’eau de cette nature doivent naturellement se frayer une issue profonde en se jetant à la mer. Le chenal est aussi plus direct et permet de sortir comme d’entrer vents de travers avec les brises d’ouest, qui régnent fréuemment dans ces parages. Quant aux atigers du climat, ils ne soutgucre plus réels. Les températures moyennes observées au thermomètre sont, il est vrai, de 35 à 40" centigrades à l’ombre et de 60* au soleil, et cette haute température est une cause d’insalubrité; mais elle est combattue par une fraîche brise du large, variant de l’ouest au sud-ouest, qui vient chaque jour, presque a la même heure, assainir le fort, situé d’ailleurs assez haut au-dessus du niveau de la mer : toutefois il y a des fièvres dangereuses en décembre, janvier et février, dans les mois les plus chauds. Mais on a découvert que le haut de la rivière d’Aka est un lieu très-sain, où les malades de la côte pourraient se rétablir lus vite et plus sûrement qu’en se remarquant.

Assinie (5° 4’ latitude nord ; 5° 42’ lon-

(i) Armâtes mari/., février «846, /terne coloniale, p. n3.

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fitude ouest). — En prolongeant les six ieues de côtes comprises entre le Grand- Rassam et l'embouchure de la rivière Assinie , on aperçoit à terre plusieurs villages qui relevent de nos deux comptoirs.

C’est à tort que les cartes font communiquer les deux rivières entre elles par une lagune semblable au marigot du Grand-Laliou. La barre de la rivière Assinie a été sondée par les pilotes du Sénégal, et il s’y est trouvé trois mètres à la marée basse : elle est donc, comme celle de Grand-Bassani, accessible n des navires de moyenne grandeur, quoique les terres de ia rive droite se coudent assez brusquement à l’est , auprès de la barre, et rendent ainsi la navigation des passes plus diflicile; cependant, comme les vents du large et les vents de terre régnent alternativement, les uns le matin, les autres le soir, pendant une partie de l'année, cette opération est praticable. Après avoir prolongé la côte pendant quelques milles encore , on ne tarde pas à apercevoir l’établissement français d’Assinie , et à atteindre le mouillage extérieur. Pour aller jeter l'ancre au mouillage intérieur, il faut franchir la barre de la rivière et en remonter le cours, assez large d’ailleurs pour qu’on y puisse louvoyer, à une distance de six ou sept milles. L’établis- Bernent, jeté sur la gorge d'une presqu'île, commande le fleuve, la mer, la presqu'île même, et par elle la barre de la rivière ; à ce point de son cours, la rivière fait un coude au nord , et s’éloigne delà mer pour se répandre dans l’intérieur. Ce fort ou comptoir, qui a reçu le nom de fort Joinville, se composé d’un carré palissadé et bastionné, avec blockhaus et narracons au centre de l’enceinte, le tout provisoirement eu bois, comme au fort Nemours. Un premier établissement français sur le territoire d’Assinie date du commencement du dix-huitième siècle; longtemps abandonné, ce point important fut occupé de nouveau en 1843.

Au mois de décembre 1087 , le pere Gonsalvez, dominicain, avec d’autres religieux du même ordre , débarqua à Issini pour y fonder une mission, et reçut du roi Zena le meilleur accueil ; six esclaves. une maison, des terres, lui furent concédés; et en retourdeux jeunes nègres, Louis Aniaba, qui passait pour le lils de

Zena, et Rianga furent oonduits en France pour y être élevés. Le père Gonsalvez installa le père Cerizier, et partit pour l’Inde ; mais bientôt le missionnaire français laissé à Issini mourut, et ne fut pas remplacé. En 1700 seulement, le père Loyer, jacobin, du couvent de l’Annonciation a Rennes en Bretagne, après avoir passe plusieurs années aux Antilles, fut nommé par la congrégation de Propaganda fide préfet apostolique des missions de la côte de Guinée. 11 trouva en France une occasion favorable de se rendre au lieu de sa mission : on préparait, par ordre du roi , le retour dans son pays du jeune prince Louis Aniaba, dont l'éducation était achevée depuis quelques années, qui même avait servi comme capitaine de cavalerie, mais que rappelait la mort récente de son père Zéna. Loyer fut présenté au prince, et agréé de lui comme compagnon, ainsi que le père Jacques Villard, jacobin de la provincede Paris. Le chevalier Uamon, capitaine du vaisseau de guerre te Poly, fut chargé de reconduire Aniaba (1). Il obtint sans peine du nouveau roi d'issini, appelé A/ta fini , la permission de fonder un établissement dans son pays : il choisit comme emplacement cette longue péninsule où s’élève aujourd'hui le fort Joinville , construisit tin petit fort, composé d’une courtine et de deux demibastions , avec une palissade de dix ou douze pieds de hauteur et un fossé extérieur, sur cliaque bastion plaça quatre pièces de trois livres de balle et quelques pierriers , y laissa une petite garnison, et repartit (1701). Mais la compagnie française d’Afrique laissa l’établissement d’issini sans secours pendant quatre ans, et en 1705 un vaisseau de guerrp fut envoyé pour recueillir les Français qui y étaient restés en vie. On

(i)Il fui constaté par la suite que ce prince Aniaba n'était qu’un imposteur, et le second même qui bit venu en France avec le litre de. prince d'issini. Le Mercure de l'Europe de l’anuée 1701 nous apprend qu’Aniaba fut baptisé par Bossuet, que Louis XIV fut son parrain, que le cardinal de NoaiUes l'instruisit et le fit communier, et qu'ensuite il init solennellement ses États sous la protection de la sainte Vierge, en s'engageant à y introduire la foi chrétienne. ( Walcfcuaer, Hotoire générale des voyages, t. VIII, p. • 84. )

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ne s’explique pas l'abandon si prompt de cct établissement; il était alors dans les conditions de prospérité les plus favorables, et attaqué, en 1702, par les Hollandais, il avait trouvé dans les naturels les auxiliaires les plus dévoués et les plus courageux (1).

Le 2 juillet 1843, une expédition, commandée par M. le lieutenant de vaisseau Rataiilot, et composée de la gabare r Indienne, du cutter l'Éperlan sous les ordres de M. Darricau, lieutenant de vaisseau, et de trois navires de commerce, était réunie devant Assinie; elle avait trouvé au mouillage la canonnière-brick la Malouine, commandée par M. Fleuriot de Langle, lieutenant de vaisseau , qui , parti de Corée le 23 mai, s'était déjà assuré des dispositionsfâvorables des naturels. Dès le4juillet,M.FIeuriotde Langle se rendit à la côte, hors des brisants, avec M. Parent, lieutenant du génie et directeur de ce service au Sénégal. Leroi les envoya prendre dans deux pirogues, et M. Darricau se joignit à eux. Les quatre chefs du village d'Assinie , Aigiri dit Peter Coffee, Peter, Guachi et Assino Koao les vinrent recevoir. Assino Koao , qui parlait assez bien l'anglais, expliqua aux autres chefs quelle était la mission de M. Fleuriot de Langle , et écouta la lecture d’un projet de traité , y apposa sa croix, et annonça que le roi Attacla , dont il n’était que le délégué, viendrait bientôt de sa résidence, située à quelques lieues dans la rivière, pour ratifier luimême cette convention. Il consentit cependant, à titre de chef de la plage , à laisser les officiers français choisir remplacement du futur établissement. Ce chef leur dit que les gens d'Apollonie les gênaient beaucoup ; que , quelques mois auparavant, ils étaient venus couper des cocotiers sur la langue de sable qui borde la rivière du côte de la mer; qu’un petit combat.s’étant engagé, les

(ij La relation du père Godefroy Loyer fut publiée pour la première foi» à Paris, en 1714, «ous le litre de Relation du voyage du royaume d'issyny , in-ia. Deux chapitre., de celle relation , tout historiques, présentent uu intérêt particulier; ils sont intitulés, le premier : Des Veterez et des Compas (p. 1 5-) , et le second : Issyny , royaume de la côte et Or; pourquoi a-t-il changé de lieu, et comment ? (p. 178).

gens d’Assinie avaient éprouvé quelques pertes; aussi paraissait-il heureux de trouver dans les Français des protecteurs contre Kakoaka , chef d’Apollonie; et pendant qu'on s’occupait de choisir un terrain , ses conseils marquèrent qu’il comptait abriter son village derrière le fort. Le choix définitif fut fait un peu lus tard par une commission composée es capitaines des trois bâtiments et de l’officier du génie. Le procès-verbal de cette opération porte qu’après avoir visité les environs du village d’Assinie, les 4 et 5 juillet, la commission distingua deux points. Le premier était sur la rive droite de la rivière d’Assinie , en face du marigot qui conduit à Apollonie : de ce lieu on eût enfilé le marigot, et protégé aisément la rivière et la langue de terre des Trois- Cocotier s ; mais la défense de la mer eût été reculée de, 'quatre cents mètres. Le deuxième , que la commission préféra à l’unanimité, se trouve, comme je l’ai dit plus haut, sur la langue de terre des Trois-Cocotiers, entre la mer et la rivière d’Assinie, à six centquarantemètresdes Trots-Cocotiers, dans la direction du coude que fait la rivière, en remontant dans l'intérieur du pays. Cette position enfiledonc la rivière, défend la sortie du marigot d'Apollonie, bat la langue de terre et la nrer; elle est plus saine que la première et plus à proximité de tous les débarquements.

Il est bien probable que c’est le même terrain qu'avait choisi le chevalier Danton , en 1 700 ; car la commission y a trouvé des débris d’habitations européennes, entre autres un morceau de brique de France enfoncé, deietnq centimètres dans le sol; et les habitants d'Assinie ont déclaré que ce lieu- là était le même qu’occupaient anciennement les Français. M. de Mont-Louis, enseigne de vaisseau, chef désigné du poste d'Assinie , qui n’arriva que plus tard avec un des transports, partagea entièrement l’avis de la commission. On procéda ensuite au débarquement. M. le gouverneur du Sénégal en a retracé les dangers et les glorieuses circonstances dans un chaleureux rapport au ministre de la marine : « M. de Langle, y disait-il, clta-

* vire une fois, chavire une seconde fois

• dans les brisants, et n’en continue pas « moins ses explorations. M. Darricau

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■ s'établit sur la plage après y être « arrivé à la nage à travers les bri-

■ sants, pour y procéder, sans abri, sans « vivres, les premiers jours, au débar- « qucment d'un matériel considérable « de munitions, de grosse artillerie, etc., « débarquement qui paraît un songe

• aux Sénégalais, familiarisés eepen- « dant avec les barres dans la mauvaise « saison. M. de Mont-Louis chavire «aussi, noie tous ses efféts, et songe

■ moins à lui qu’à un mousse qu’il ra- « mène vivant sur la plage en perdant « connaissance. M. Boyer, enseigne de « vaisseau, s’obstine, malgré les natu- « rels, à aller sonder la barre de la rivière « pour confirmer les renseignements de » M. de Langle. Le quartier-maître Ra- « bininu , patron d'une baleinière , est « renversé par son aviron de queue , et « se noie en excitant du geste ses com- « pagnons à franchir les brisants. Mais « ces dangers , ces fatigues , tout cela

• n'est rien -, c'est le succès que veulent

• à tout prix ces braves marins, officiers « ou matelots, et ils l'ont eu, ils l’ont « eu glorieusement dans une saison où « la navigation de la côte effraie tous les « navires troqueurs. «

Suivant la promesse qui avait été faite à M. de Langle par Aigiri , Amadifou, neveu et gendre d'Altacla , arriva, le 7 juillet , du haut de la rivière, avec

fileins pouvoirs pour ratifier le traité; et, e 8 , M. de Langle eut une première entrevue avec lui. Amadifou est un homme de bonne mine. Il était entouré de plusieurs noirs âgés qui paraissaient être les chefs de son peuple ; trois cents hommes armés de fusils long-dane, la cartouchière autour des reins, le couteausabre au côté , étaient rangés en haie sur deux lignes ; en face d’Amadifou étaient les chefs delà ville d'Assinie, et en avant d'eux on avait placé des sièges pour les officiers français. Le 8, au soir, eut lieu une nouvelle entrevue, qui ne fut qu’un échange de présents. Le 9 seulement, on discuta les articles du traité; il fut ratifié avec empressement par Amadifou. Tous lestravauxd'installatiou furent achevés le 29, et la cérémonie de prise de possession fut célébrée avec la plus grande fraternité. Le traité qui cède à la France en toute propriété la presqu’île sur laquelle est situé le comp-

toir, range en outre tout le pays d'Assinie sous la protection du gouvernement français.

Les peuples qui habitent les rives de l'Assime, connus sous le nom A'Ecudo, parlent la langue casse, dont les différents dialectes sont en usage depuis le cap Lahou jusqu'à Apollonie. Le demifanta ne commence qu’à Dixcove (nous avons vu cependant une exception remarquable a Potou). L’etendue des États du roi Attacla peut être évaluée à sept ou huit cents lieues carrées ; ils sont peu peuplés , et la masse de lu population s'est portée sur les bords de la rivière. A deux milles du comptoir, en remontant , on se trouve devant un pracel d'ilots bas et nombreux que découpent plusieurs bras de la riviere Assinie , appelée Tendo par les naturels : c’est dans ces bras du fleuve que la navigation est difficile; la sonde n'y rapporte que trois mètres à peine, et le chenal est assez étroit ; mais ce passage de peu d'étendue une fois franchi, on débouché dans un grand lac où se jettent, à droite, le Tendo, et, dans le fond, plusieurs petites rivières. Ce lac, que les naturels appellent Ahi, n'a pas moins de cinq lieues du nord au sud et de six lieues de l'est à l’ouest. Les noms des villes et des villages de la rive droite sont : Assinie, Adaon, A tuba. Alabon, Asouba, Abouson; et sur la rive gauche : Aby, Adjonin, Aboué , Ilia, Aia, Sabio , Aimjabo , Abou/jon , Aixia et Alobus.

Attacla a pour résidence Aimjabo, distant de l'embouchure de douze lieues à peu près et peuplée de douze mille habitants. Au nord-est delà province d'Assinie est celle de Aoukourou, que gouverne Aby, frère d’ Attacla et allie des Français. Par cette province on peut arrêter tout le commerce de l’intérieur avec Apollonie, et le détourner vers notre comptoir. Sur la rive droite, à une distance de trente lieues dans le nord-ouest du fleuve, se trouve la ville de A ouaugarai , toute voisine de la rivière de Graud-Bassam, et en position par conséquent d'intercepter aussi à notre profit le commerce de l’ouest, au préjudice des traitants du Grand-Bassam : peu de temps après l’établissemeut du fort Joinville, un envoyé du roi de Kouaugaraï vint dé-

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mander qu’on plaçât un barraeon dans ses Etats. En remontant plus haut, on rencontre une infinité de villages assis sur les deux rives jusqu’à Jadasson, capitale du pays de üamieaturi, qui relève encore d’Attacla. Au delà est un pays indépendant, Asephi, gouverné par Abdouhéni, qu'on chercha tout d'abord à gagner par des présents.

Après qu’il eut tracé le plan du comptoir sur le terrain , mis en place les barracons et le blockhaus , construit le four, tracé les servitudes et mis en culture le jardin, M. Parent s'occupa activement d'explorer le pays aux environs du village d'Assinie. Une première matinée fut employée à visiter le marigot d’Apollonie, mais il ne dépassa pas cette fois Plie Gouin (ainsi appelée du nom du chirurgien de l’Eperlan). Il remarqua dans cette excursion beaucoup de beaux arbres, très-droits et très-élevés , propres aux constructions. Depuis l’embouchure de ce marigot, le retour se lit par terre jusqu’à la tner à travers une forêt dont le sol est tout marécageux. Une autre fois, M. Parent alla seul visiter le bord de la mer, vers l’est, jusqu’au lieu appelé par les naturels Boroguis, et vit une foule de beaux palmiers dont les côtes de quatre à six centimètres d’épaisseur et de dix à douze mètres de longueur servent à faire les cases et les lits des nègres, et quelques roniers magnifiques ayant au moins vingt mètres de hauteur. On consacra aussi une des premières journées à visiter la langue des Trois-Cocotiers jusqu’à la barre de la rivière : on n’y vit que des bouquets de bois, composés surtout de palmiers à huile etde figuiers sauvages (caoutchouc) et quelques débris de pierres de granit sans doute charriés par la rivière. Aucun marigot ne se trouve entre la barre et le comptoir. Tous les environs du poste abondent en boeufs sauvages et en antilopes; le poisson de la rivière (carpes, brochets , soles ) est aussi d’une grande ressource. Les Nègres de ce lieu prennent le poisson de deux manières, ou dans les brisants de la barre, au moyen d'un filet de quinze pieds de long, qu'ils portent sur leurs épaules entre le premier et le deuxième brisant du côté de terre et qu’ils laissent tomber aussitôt qu'une lame a déferlé, pour le relever au retour

de la lame , ou dans la rivière au moyen de troncs de palmier de ln20 de longueur et de 0“20 à 0“30 de diamètre, qu’ils creusent d'un bout à l’autre: ils les ferment d’un côté par un treillis en palmier et attachent à l’autre extrémité un petit panier en tresse de palmier et de la forme d'un pain de sucre, ui laisse entrer le poisson dans le tronc u palmier, mais l’empéched’en sortir. — Une autre excursion conduisit les officiers français par le marigot des Eléphants, qui sépare Vile dés Hippopotames de rite aux Éléphants, et par le marigot qui le continue sous le nom de marigot Parent, jusqu’à l’ite du Hepos.

I-a végétation des bords de ces marigots est magnifique; de Hle du Hepos la vue du lac Ahy, de ses lies , et de ses pointes boisées se déroule magnifiquement.

En passant entre cette île et la rive droite du marigot, au nord-ouest, ils atteignirent une excavation de 6"20 de diamètre sur 0m20 de profondeur, d’où les naturels tirent une espèce d'argile, qu’ils appellent antanantan, pour en faire des briques : cette terre jaunâtre étant tressablonneuse, les briques, cuites, sont trop friables ; séchées au soleil, elles ont plus de solidité. Dans ce même lieu croit un arbre gigantesque que les Nègres emploient à faire des pirogues de seize mètres de long et d’un mètre de diamètre. — Ils se dirigèrent de là sur des montanes qu’ils apercevaient, et s'engagèrent* ans l'anse de la Recherche; mais n’y ayant pas trouvé de passage, ils revinrent sûr leurs pas. A la sortie de cette anse, ils reconnurent , entouré d'une végétation riche et colorée, le village d’Jdireg,K presque aussi vaste que celui d’Assiuie. mais que les habitants avaient récemment abandonné; les arbres fruitiers y sont plus abondants qu’à Assinie ; et on y trouve les aubergines et piments , qui manquent dans ce village. Avant donné ensuite dans l’anse de F Aventure , ils n’y trouvèrent pas davantage d’issue, et demeurèrent assurés qu’au nord-ouest il n’y avait pas de marigot communiquant au Grand-Bassam. Le lendemain, L1 ils entrèrent dans le lac Ahy ; une bonneg brise vent arrière les lit arriver de bonne heure à Vile des Calaos , mais ils uc purent passer entre cette île et les monts Alamangis. Ces montagnes ou collines,^

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parsemées de roniersde couleur jaunâtre, font un bel effet ; le sommet le plus élevé dépasse le niveau du lac de cent vingt métrés. Voulant monter au haut de cette petite chaîne, ils doublèrent la Pointe de Mont-Louis (lie des Calaos) pour pénétrer jusqu'au fond du golfe ; mais ils ne purent accoster a cause du fond de vase molle. — Une autre fois, M. Parent, ayant cherché à passer par le marigot d'Apollonie pour arriver au lac se vit arrêter par trois pirogues, et, forcé de revenir en arrière, suivit le véritable cours de la rivière entre le marigot Parent et celui d’Albany ; puis, ayant débouché dans le lac, il gagna Aby en mettant le cap au nord-est. La maison de son hôte à Aby se composait de quatre grandes cases formant un parallélogramme à pans coupés; chaque case était divisée en deux pièces, deux chambres et deux cabinets, tous avec portes et fenêtres, fermant avec des cadenas européens ; chaue case était élevée de 6 à 7“ au-dessus u sol de la cour. Le toit en feuilles et en côtes de palmier couvrait non-seulement les deux chambres et les deux cabinets, mais deux galeries de deux mètres de largeur chacune : au-dessus de ces galeries étaient des greniers où l’on entrait par l’intcrieur des chambres. Les murs étaient formés d’une terre jaune argileuse de même nature que celle d'Antanantan et de côtes de palmiers. Alin de consolider ces constructions élevées, il y a en forme d’étagères des renforts en terre de 0“(i0 d’épaisseur et de 0“50 de hauteur. Ce premier renfort sert de siège; unautre, au-dessus decelui-ci, haut de 0“I0, et épais de 0"30, peut servir de rayon. Les cadres des portes et des fenêtres étaient peints en bleu et les galeries en rouge foncé. Lesnaturels font une pâte de l’espèce de terre qui leur fournit l’ocre rouge à peindre leurs galeries , l’étendent ensuite avec la main , et la frottent avec une étoupe de palmier. Les femmes, qui seules ont ce soin-là, doivent le répéter souvent , car toutes les maisons paraissaient récemment construites; au toit seulement on reconnaît qu'elles sont anciennes. Enfin, des gravures de modes françaises , avec les manches à gigots , et deux gravures de Napoléon, toutes encadrées , étaient placées à fleur et dans le crépi de la galerie, à la même hauteur et

avec une certaine symétrie. Les habitants, en les montrant du doigt, répétaient les mots de Kinrj- iïrajorê ( le roi des Blancs). D’après l'extrême différence qu’il remarquait entre les maisons d'Aby et celles d'Assinie, M. Parent préjugea que celles des villages de l’intérieur doivent présenter encore plus d’intérêt. Les ferrements des portes sont faits par un serrurier du pays, qu'il vit travailler au ferd’unede ces belles lancesqu’ils ornent ensuite d'un bois rouge sculpté et garni d'ivoire. Les cuisines à Aby ne se trouvent jamais dans la grande cour. Une pierre de granit avec une autre pierre ronde sert dans chaque ménage à écraser le maïs , dont on fait le pain, et les pistaches et les piments , dont on assaisonne tout ce qu’on mange. M. Parent vit encore faire à Aby des tissus d’une belle paille, qu’on teint ensuite avec de grands dessins très-grossièrement faits; ces tissus déteignent au lavage.

Les dessins qu'ils se tracent sur la ligure et sur le corps à l’aide d’une composition végétale et d’empreintes de bois sculpté, s’enlèvent aussi au premier lavage. Les femmes, et même les plus petites filles, portent sous leurs pagnes des espèces de tournures faites de paquets de vieilles étoffes. Le village d’Aby est fort riche : chaque chef a dans sa maison au moins une vingtaine de pièces d’étoffe, du tabac en quantité , des bijoux en cuivre sculpté représentant des hippopotames, des éléphants et des crocodiles, enfermés précieusement dans des cassettes. — En uittant Aby pour achever l’exploration e la partie orientale du lac, M. Parent suivit les pointes Boyer et Millet, découvrit sur la derniere un gisement de

Pierres ferrugineuses , et se dirigea vers Ue du Soir, pour rentrer par la rivière (TApollonie et le marigot des Hippopotames ; mais à cause du peu de profondeur de ce marigot, il revint sur scs pas pour prendre par la rivière d'Assinie , repassa près de l’Ile du Soir, et à un demi-mille de Vite de la Sonde, à cause d'un bas-fond qui la borde; puis l'ayant doublée , il crut reconnaître l’entrée de la rivière d’Assinie, et, s’y étant engagé, il atteignit sans accident le village d’Assinie : sans le savoir, il avait passé par le marigot tCApullonie que , les gens d’Assinie redoutent

LUNIVERS.

tant (I). — L’hydrographie du lac, peutêtre achevée aujourd'hui, n’a pas encore été publiée; et les détails que je rapporte ici, de l’aveu même des auteurs à qui je les emprunte , sont fort incomplets , comme le sont toutes les premières explorations. — Au delà du lac, et à une très-petite distance dans l’est, l’apparence des terres indique une vallée profonde et proba. blement une rivière dont le gisement est le nord du monde. C'est la direction que les gens du haut pays assignent à ki rivière d’Assinie ou Tendo. Le bras qui conduit à Kimjabo est fort étroit, les bords en sont accores, la profondeur est de 5™ environ. L’entrée en face de Bia-Hinou est barrée et n’a que trois pieds et demi de profondeur dans le chenal. Les constructions sur pilotis dans tous les villages riverains annoncent des crues d’eau considérables. Le courant est presque insensible. Les premières cataractes se trouvent à si bous sou ; à partir de là, on ignore le nom et la direction de ce cours d’eau. Aboussou est le principal entrepôt de commerce du roi a’Assinie. De ce point il dirige les produits européens sur Gengi et Jahou, centre de tout le commerce du haut pays ; et à Jahou aboutissent les routes d'Adingra, de Jadessou, d'Asephi, et plus au nord-estcelle de Coumassie : c’est à tout ce haut pays que le commerce français doit s'étendre. Au fort Joinville, on’ ne traite guère qu’avec lesgensdeKimjabo, qui descendent une foistous les quinze ou vingt jours, par caravanes de sept, huit ou dix pirogues , contenant chacune de vingt à trente hommes. La traite dure pendant deux ou trois jours sans interruption : les traitants n’ont pas même le temps de manger; puis dans les quinze ou vingt jours qui suivent on ne vend absolument rien. La traite avec les habitants du village d’Assinie, eu égard à leur petit nombre, est tout à fait insignifiante. — En rivière, il faut aller à Kimjabo pour traiter ou môme plus loin; et ce village est au moins à dix lieues en

(i) Ann. mûrit., i8j3, octobre et novembre (partie non officielle, p.5;a-6i3). Foy. le plan provisoire de T établissement français tf Assinie et du cours de cette rivière à travers le pays d Attacla, levé et dessiné par M. Parent. — Voy. encore la Revue col. dejuillet 1844, n° 1.

droite ligne. Les villages intermédiaires d'Aby et de Fitrey font peu de commerce comparativement. Du mois de janvier au mois d’avril 1845, un traitant européen, dans deux voyages à Kimjabo, avait traité plus de cent vingt onces d’or ; la seconde fois il avait ramené cinq grandes pirogues de traitants du haut pays et leur avait vendu en trois jours plus de six cents pièces de mouchoirs romales, avec du satin streap , du fer en barres, des mosaïques, quelques fusils, etc. Dans un rapport daté du rr avril 1 845, M. Boyer, commandant du comptoir, écrivaitquenotre commerce a peut-être plus de chances de progrès vers l’intérieur, du côté d’Assinie, que du côté du Graud-Bassam, parce que le royaume d’Amatifou, dans toute l’étendue duquel nous pouvons traiter sans obstacle, est limitrophe des Achantis et du pays de Djaina, tandis que du Grand-Bassain toutes les marchandises d’Kurope ont à traverser un assez grand nombre de petits Etats avant d’atteindre l’intérieur du grand pays d’Aquio qui les absorbe. Du reste, à cette époque, Amatifou ne faisait pas de commerce avec les Achantis, par suite d’un différend momentané. Le petit village d’Assinie, situé tout à côté au fort Joinville, ne traitait guère avec nous que pour ses besoins et pour le compte de certaines provinces d’Amatifou qui n’avaient pastencore eu de relations directes avec le facteur établi au comptoir; mais il traitait surtout en mer avec les Anglais , parce que, introduisant seul dans le pays les marchandises anglaises , il peut réaliser ainsi de grands bénéfices : c’est du reste aux marchandises introduites par la voie de ce village que doit se réduire la concurrence anglaise , et le peu d’importanco qu’il a empêchera toujours qu’il n’en soit introduit une grande quantité. — Quatre genres de produits européens constituent les principaux objets de commerce du pays, les étoffes, les fusils, la poudre, le rhum et l'eau-de-vie; certaines verroteries se vendent àun bénéfice énorme, mais ce produit n’étant qu’un objet de luxe, le débit en est nécessairement limité (1).

Il y a deux saisons pluvieuses dans ces parages : la petite saison des pluies com-

(1 ) Annales marit., février 1846, Bévue coloniale, p. 1 10.

GUINÉE

mence à la fin d’octobre par de forts grains de nord-est; elle continue en novembre et dans les premiers jours de décembre. L'humidite des vents est alors extrême. Les brises de nord-est et de terre régnent fréquemment et apportent sur le littoral tous les miasmes putrides quedégage l’évaporation des marécages : c’est la saison des fièvres. En décembre et janvier la température s’élève sensiblement. En février et mars les brises du large sont plus régulières ; la tem-

Eérature toujours forte accuse 30° à l’ornre, et monte jusqu’à 66° centigrades au soleil : la végétation se dessèche et l’humidité des nuits cesse. L’état sanitaire des malades est alors plus satisfaisant; mais généralement les fièvres ne disparaissent complètement qu’en juillet ou en août ; à la mi-mars le temps devient orageux : les grains de nord-est soufflent dans l’intérieur et annoncent la saison des grandes pluies, qui commencent sur le littoral à la fin de mars et durent jusqu’à la fui de juin. Pendant ces trois mois les tornades sont trèsviolentes et les pluies diluviennes , surtout en mai et au commencement de juin. En juillet les pluies deviennent lus fines, le ciel est plus couvert, et action du soleil s’affaiblit ; la température tombe à 20° et est supportable. Cette saison dure pendant les mois de juillet, d’août, de septembre, et une partie du mois d’octobre.

En continuant à prolonger la cûte à partir d'Assinie, on aperçoit beaucoup de villages échelonnés et six ou sept ouvertures de marigots, obstruées par des sables dans la saison sèche , mais qui probablement dans la saison des pluies font communiquer avec la mer la lagune parallèle au littoral. Aux approches d’Apollonie, la côte change d’aspect. Les montagnes de l’intérieur, visibles seulement au large aux environs d'Assinie, se rapprochent du littoral et s’y terminent par quatre ou cinq mamelons de quatre-vingts à cent mètres d’élévation ; les tprresdu littoral auxquelles viennent aboutir les monts <f Apollonie sont basses et plantées de palmiers. On passe devant plusieurs villages et devant les ruines de l’ancien fort d'Apollonie, avant d'atteindre la résidence du chef Kakoaka, de qui dépendent tous ces vil- 14e Lioraison. (Guinée.)

lapes (1). La barre de brisants qui en defend l'approche est le plus souvent impraticable; on y peut cependant jeter l’ancre pour traiter de l’or on quelques provisions de bouche. L’uniformité de cette plage droite , de ce rideau continu de palmiers, ne cesse qu’à la pointe rocailleuse qui sépare la rivière de Cobre de la petite baie d’Axim. La rivière Cobre remonte , dit-on , dans le ft^arsaw, à peu de journées de marche du pays des Achantis. Du milieu d’un fourre de verdure se détachent les blanches murailles du Jort d’Axim : c’est un triangle bastionné, bâti sur un monticule. Les deux groupes de cases qui l’entourent sontassez misérables, et le seul avantage d’une relâche à Axiin est la facilité des communications. C’est à ce point que la côte commence à se couder au sud pour aller former le cap des Trois-Pointes ; aussi y trouve-t-on une houle du sudouest assez prononcée. A partir d’Axim, en même temps les terres s’élèvent et deviennent plus rocailleuses. Elles sont coupées par des pointes qui forment des baies plus ou moins profondes : on aper-

(i) Dans la relation du Voyage du chevalier des Marchais en Gnincc ( 1725-1717 ) , rédigée par le père Labat, le royaume le plut voisin du cap Apollonie est nommé royaume de Goioméré, « C’était, en 1703, nue femme qui le gouvernail , qui savait en perfection fart de se faire obéir de ses sujets et craindre de tes voisins ; elle s’appelait Afamouciiou ; son frère, qui avait été roi avant elle, lui avait laisse le royaume en mourant. Elle avait te cœur et les inclinations d'un homme ; elle était grande et bieu faite, forte et robuste, infiniment plus que les femmes n'ont accoutumé de l’ètre. Elle avait de la conduite et de l'esprit; elle était brave, Gère, intrépide, entreprenante; personne ne commandait une armée aussi bien qu’elle. Elle était si heureuse, quelle n’avait jamais eu le moindre échec ni des Européens ni des peuples de sa couleur. Elle aimait les Français; elle avait fait un traité avec le chevalier Damon, par lequel elle était convenue de nous donner, privativement à tous las autres Européens, lecommerce de ses États, avec le pouvoir de bâtir des forteresses où nous le jugerions à propos. Elle vint au fort d’Issini, en 1704; et s'impatientant de ne point voir arriver les vaisseaux qu’on lui avait promis , elle, disait que si nous étions aussi fidèles a nos paroles que nous étions des gens de bien , toutes les côtes seraient à nous. »

L’UNIVERS

çoit difficilement les débris du fort hollandais de Brandem-Burgk au fond de la baie, dont la pointe sud-est forme l’avance la plus occidentale du cap des Trois Pointes.

La première lettre du Voyage de Gui née de Guillaume Bosman (1) traite du

(i) « Ce célèbre Hollandais, dit M. Wal- « ckenaer {llisl. gêner, des Voy.t t. XT, p. 4), « avail puisé dans la lecture des voyages une « ardente curiosité de voir 1rs pays étrangers. « Il trouva l’occasion de In satisfaire dans un « emploi qu’il obtint au service de la com- « pagnie de Hollande. Après avoir exercé « pendant plusieurs années l'office de facteur « én Guinée , il fut élevé à celui de facteur « en chef, ou directeur particulier du conip- « toir d’Axim. Il passa de cette administra-

* lion à celle de Mina. 11 n’y eut point de « .places considérables sur la côte qu'il ne vi- « sitât pendant un séjour de quatorze ans en « Guinée. Il avait d’ubord divisé ses flemar. <* nuesv n cinq livres. Le premier traitait de i l'étendue, de la division et de la fertilité de « la Côte d’Or; le second , des manières, des « usages, de la religion et du gouvernement; n le troisième, du commerce des Nègres et « des Européens ; le quatrième des animaux « sauvages et privés , quadrupèdes , reptiles, « insectes , oiseaux, poissons et des plantes, « légumes, fruits et autres végétaux ; le cin- « quicme, des royaumes de I^andinghur , de n Koto , des deux Popos et de la charmante « contrée de Juida. il y avait joint une des- « cription des côtes dans un voyage qu’il lit « en 1698. Mais, dans la suite, ayant eu l’occa- « sion d’envoyer toutes les (tardes de son 011- « vrage, en vingt-deux lettres, à un médecin « de scs amis, il prit la résolution de le pu- « blier dans cette forme avec une addition de •t deux lettres qu’il avait reçues en divers n temps de deux officiers de la compagnie : « l’une de David van Nyendaaîl, concernant « Bénin; l’autre qui contient une description « des côtes d’ivoire et de Malaguette, par « Jean Snoock. Cet ouvrage, après avoir « paru d’abord en hollandais en 1704, fut « traduit en français, en anglais, en allemand. « en italien. L’Angleterre compte trois édi- « tions de la traduction anglaise. La traduc- « tion française est intitulée ; Voyage de « Guinée, etc.; Utrecht, cbei Antoine Schou- « ten, 1705, in-ia. Outre les motifs communs « qui peuvent exciter un voyageur à publier « ses observations, Bosman considérait que la n côte de Guinée était alors un pays presque « inconnu à toute l’Europe, et qu’à la réserve

* de quelques peintures hasardées qui n’of-

pays d’Axim en particulier. « Le fort que « les Hollandais y ont, dit-il, s’appelle le « fort de Saint-Antoine, et a re<çu ce nom « des Portugais, qui en ont été ci-devant « les maîtres, mais sur qui nous le prf- « mes avec d’autres places Pan 1642, les « ayant même chassés de quelques au- « très côtes dont ils étaient en posses- « sion. Et, certes, c’est comme si les Por- « tu gais, dans le vieux temps, ne ser- « voient que de braeques aux autres na- « tionspour chercher le gibier; et, quand « ilsl’a voient trouvé, lesautresvenoient

Ï tour les en décharger ets’en rendoient es maîtres. Ce fort n’est pas grand ,

« mais joli et régulièrement bâti ; il est « bien situé et de bonne défense , avant « trois batteries , des parapets , des ou- « vrages de dehors, et du coté de la terre « ferme de hautes murailles , et suffi- « samment pourvu de canons. Le direc- « teur, tant de la part de la compagnie « que de celle du général, a une auto- « rité absolue dans tout ce pays ; les « habitants qui sont sous son comman- « dénient étant obligés de lui communi- « quer tout ce qui arrive dans leur pays « et n’osant entreprendre ni exécuter la « moindre chose sans lui en faire part « et sans qu’il y donneson approbation.

« Le pays d’Axim ci-devant a été assés « grand et assés puissant, selon la cons- « titution du pays; mais lorsque les Bran- « debourgeois Vinrent sur cette côte, « les habitants se séparèrent : une par- « tie se mit sous la protection de ces

a fraient qu’une misérable esquisse, il n’en « avait point encore paru de véritable des- « cription. Il paraît avoir ignoré l'ouvrage « d’Àrthus de Dantzick, dont nous parlerons « plus loin ; cependant il s’accorde si parfaite- • ment avec lui dans ses remarques , qu’on « est quelquefois tenté de le soupçonner de « plagiat, comme Rarbot. Il prit connaissance n de deux gros ouvrages du siècle précédent, « qui , sans être méprisables dans ce qu’ils « contiennent sur la Hollande et d’autres « pays de l’Europe, ne lui parurent dignes « d'aucune attention dans tout ce qui con- « cerne les autres pays du monde. Il s’est dis- « pensé de nommer les auteurs qu’il censure ; « niais on croit reconnaître à divers traits 01- « fert Dappert et Guillaume Godschalck van « Fockenbrog ou Folquenbrogh , comme « d’autres l’écrivent. Sa critique les épargne « peu dans le cours de ses relations. »

GUINÉE

■ nouveaux venus dans l'espérance d'y « trouver un gouvernement plus doux « et plusde liberté. Les autres, qui sans « contredit étaient des plus honnêtes et

3ui aimoient moins le changement , emeurèrentavec nous. Mais sans avoir « égard à cela, je parlerai du pays ■ d'Axim, comme il a été ci-de ont. Il « a environ six lieues de longueur, à « compter depuis rio Cobre jusques au * village de Boeswa, une lieue a l’occi- « dent de notre fort, qui est tout auprès « du village de Boutry. HioCobre s’ap- « pelle aussi Ancober, et les Portugais « lui ont donné le nom Aerivière deSer- « peut, à cause qu’elle s’étend dans le « pays en serpentant plusdevingtlieues.

« I.és nègres habitants de ce pays sont ■ géuéralementrichcs. Aimant beaucoup « le plaisir rt la bonne chère, ils font un * grand trafic avec les marchands qui « viennent du fond du pays, et ils por- « tent presque tout l’or qu’ils reçoivent « d'eux aux vaisseaux non privilégiez « anglois et zélandois, qui au grand « préjudice de la compagnie viennent • sur cette côte, contre les défenses et « malgré les peinesauxquellesils s’expo- « sent par ce traGc qui ne leur est pas « permis. Outre le négoce, ils s’appli- « quent à cultiver la terre et à la pêcne ,

« mais principalement à cultiver fa terre « et surtout à semer ou planter du riz ,

« qui croit ici en plus grande abondance « qu’ailleurs, et quel’on transporte d’ici « dans toute la co te; et les habitants rap- « portent à la place du milhio, des jarn- * mes, des pattattes, de l’huile de palme « et autres marchandises qui sont ici « . fort rares , à cause que.le pays d'Axim « étant fort humide est bien propre « pour la culture du riz, mais non pour « les fruits que nous venonsde nommer.

« Les Brandebourgeois ont leur prin- « cipale forteresse nommée Freariks- « bourg, à trois petites lieues de notre « fort Saint-Antoine du côté de l’orient,

« tout près du village Pocquesoe, sur la « montagnede Mamsro.Ce fort est con*

« sidérable,ayantquatre batteries assés « fortes, sur lesquelles il y a quarante- « six pièces de canon, mais à la vérité la « plupart fort légers et du plus petitca- « libre. La porte de cette forteresse « est aussi belle qu'il yen ait sur toute « la côte ; mais elle est beaucoup trop

« grande à proportion du fort; de sorte « qu’on pourrait leur donner le conseil

3u’on donnait ci-devant aux bourgeois c Minde, détenir leur porte fermée,

« de peur que le fort n’en sorte et ne s’en- « fuye. Le commandant de ce fort, qui ■ est aussi le chef de tout ce que les * Brandebourgeois possèdent sur cette « côte et qui consiste en deux forts et « en une loge, a le titre de directeur gé- ■ néral, de la part de son altesse électo- « raie de Brandebourg et de la compa- « gnie d’Afrique. Depuis quelque temps,

« la plupart de leurs chefs ont été ori- « ginaires des Pays-Bas, qui à notre a imitation ont tâché d’avoir une auto- « rité aussi absolue, sur les Nègres qui « dépendent d’eux, que notre marchand • l’a à Axim; mais cela ne leur a jamais « réussi, en partie parleur propre faute,

« à cause qu’ils ne se sont pas bien « comportez , ont été divisez entre eux ,

« et en partie à cause du méchant natu- « rel de ces Nègres, qui pour la plupart « nous ont abandonné pour quelque fri- « ponnerie, et sont venus s’établir ici.

« Deux lieues et demie plus loin du côté « de l’orient , au-dessous de Cabo-tres- « Punies, les Brandebourgeois ont un

fietit fort nommé Dorothée, joignant e village A'Acoda , lequel nous eûmes < ordre de leur céder, il y a environ onze « ans , et qu'ils ont amélioré et fortifié « depuis ce temps-là. Les Brandebour- « geois ont bâti, l’anlG74, encore une « maison entre Mamsro et Acoda, joi- « gnant le village de Tacrama , qui est « au milieu de Cabo-tres-Puntes ; le « dessein de leur général était d’y bâtir « une forteresse, qui aurait peut-être « servi pour défendre l’endroit où l’on « va chercher de l’eau, qui n'est pas fort « éloigné d’ici, et de s’en rendre mat- « tre par ce moyen. Mais je crois qu’ils « ont déjà tant de peine pour l’entre- « tien des deux forts et de cette loge « qu’ils ne se chargeront pas encore ac « quelque tempsde nouveaux bâtiments.

« — La rivière Serpentine ou des Ser- « pents , et que nous appelons la riviè- « re d Ancoher du nom du pays qu’elle « arrose, est trop belle pour n’en rien « dire. Elle est , comme je l’ai remar- ■ qué, une lieue au-dessus de notre fort « Saint-Antoine, fort large à l'embou- « chure . mais si peu profonde , que je

L'UNIVERS

« ne crois pas qu’on y pût entrer avec « un esquif; en montant un peu plus » haut, elle est plus profonde, et aussi « plus étroite , et on peut encore mon- « ter quelques lieues sans remarquer » presque aucun changement. Je ne sçai « point combien elle s’avance dans le « pays ; je l’ai suivie pendant trois peti- " tes journées et je l’ai trouvée partout « fort agréable, et ie ne crois pas avoir « rien vu sur toute la côte de Guinée ( à « moins que cenesoit à Fida ) qui m'ait « autant plu. Elleest bornécdesaeux cô- « tés de beaux et grands arbres, qui « donnent le plus charmant ombrage du « monde. On voit sur ces arbres une « grande quantité de toutes sortes d’oi- » seaux de différentes couleurs, et descen- « laines dcgrands et de petits singes, qui « sautent d’un arbre sur l’autre pour se « divertir, ce quidonne unspectacle fort « agréable. Ce qui augmente encore la « beautéde cette rivière, c’estquequand « on a monté environ une lieue, on voit « sur le bord, du côtéd’occident, de beaux « et grands villages de quart d’heure en « quart d'heure dont les maisons sont « très-bien rangées sur le bord de l’eau ; « les villages qui y sont en grand nom- « bre composent trois pays différens : le « premier qui est le plus près de la mer

* s’appelle Ancobre; le second de ces « pays, qui joint le premier, s’appelle « Aboeroe, et le troisième, Lquira. J’ai « considéré, pendant que j’étais là, le pre- « mier comine un royaume, et les deux « autres comme des républiques. Nous « avons eu ci-devant, pendant une Ion- « gue suite d’années, un fort dans lepays

* d'Éguira.où il se faisait en ce temps-là « un grand négoce ; car outre qu’on y « apportait d’ailleurs une très-grande « quantité d’or, il y a dans le pays même

* quelques mines, et du temps que je « commandois à Axim on y en décou- « vrit une très-riche. Nous avons perdu « ce fort par une triste aventure, avant « eu querelle avec les Nègres. Le direc- « teur étant assiégé par eux et ne pou- « vant résister plus longtemps (car on « dit qu’il avait tiré avec de l’or au lieu « de fer) fit semblant de vouloir com- « poser avec les assiégeants et entra en « traité avec eux : mais le traité étant « à moitié fait , il se fit sauter en l’air « avec tous ses ennemis, et finit ainsi sa

« vie avec autant de couragequede mal- « heur, et, à l’exemple de Samson, se * venge* de ses ennemis en mourant. »

Le père Labnt,qui rédigea, comme je l’ai déjà dit, les voyages du chevalier des Marchais, ajoute a ces détails que les sujets du roi de Prusseou Brandebourgeois qui s’étaient établis au cap des Trois-Pomtes, abandonnèrent leur fort, en 1720, et le remirent au roi nègre, maîtredu pays, Jean Commain; que ce prince le fit savoir aux Français par la première occasion qu’il trouva, les pressant de s’y venir établir et leur promettant tout lé commerce de son pays exclusivement aux autres nations européennes. « On voit par « cette démarche, dit le père T.abat, coin- « bien ces nègres ont le cœur français; ils « l’ont soutenu avec fermeté pendant un « temps très-considérable; et quelques né- « gociationsque le général hollandais ré- « sidant au château de la Mine ait pu « faire, iln’a jamais pu s’en rendremaître « qu’en l’assiégeant et l’emportant de vive « force la seconde fois qu’il l'attaqua. » Le vaisseau français la Princesse de Rochefort, commandé par le capitaine Pierre Morel , fut témoin de la première attaque des Hollandais contre le fort des Trois- Pointes et de leur mauvais succès. Pierre Morel se rendit alors à terre et reçut le meilleur accueil de Jean Commain, qui lui offrit le fort: ils convinrent qu’on y mettrait provisoirement six hommes avec le pavillon français. « Mais, « lorsque Morel fut revenu à bord et « qu’il fallut débarquer les six Fran- « cals et les marchandises dont on était « convenu, il saigna du nez; et la crainte « d'être insulté par les Hollandais quand « ils sauraient qu’il avait pris possession « dufort, l’empêcha de tenirsa parole. » Il parti t sans laisser autre chose, à ce prince, que l’espérance de faire ratifier et exécuter le traité qu’ils avaient fait, dès qu’il serait arrivé en France. La compagnie française le ratifia en effet, et y envoya un de ses capitaines. « Le projet était beau « et la réussite infaillible : on pouvait « dès le lendemain traiter avec les Nè- « grès et faire un commerce avantageux « dont le profit était clair et prompt, « la chose au monde la plus au goût des « compagnies. Ce capitaine, par négli- « gence, malice, ignorance ou autre- « ment, n’exécuta point les ordres de

GUhNEE. 213

« ses maîtres; il dépassa le cap des Trois- « Pointes, et dit à son retour que quand ■ il s’était aperçu de son erreur , il n’é- « tait plus temps d’y remédier , parce « qu'il n’avait pu gagner le vent, ni for- « cer les courants qui l’avaient porté à « Juda. Quoiqu'il n'y eût rien de si pi- « toyable que ces raisons , il fallut que « la compagnie s’en contentât, et elle

• perdit peut-être pour toujours un éta- « blissement considérable , tout fait, a et dans lequel elle n’avait que du proie fit à faire sans courir le moindre ris-

• que (1). » C’est alors qu’eut lieu la seconde attaque du résident hollandais delà Mine; il était occupé de frire le siège de ce fort, vigoureusement défendu par Jean Cotnmain, quand le chevalier des Marchais passa à la Mine, en janvier 1725.

Cote d'Or ou côte comprise entre le cap des Trois- Pointes et le cap Saint Paul (2). — En dedans des nombreuses pointes qui découpent le massif du cap des Trois-Pointes se dessinent de petites baies assez bien arquées , et dans l'une d’elles est situé l’établissement A'Acquidah ■ : ce sont les trois plus méridionales entre toutes ces pointes qui ont donné le nom au cap. A partir de là, la côte remonte au nord. Après avoir doublé la pointe A'Achowa, on ne tarde pas à apercevoir le fort anglais de Dixcove , hexagone irrégulier, flanqué de bastions , bâti sur un monticule et tout entouré de terres boisées et de groupes de cases : l'anse de Dixcove est protégée contre les lames du large par une ligne de récifs qui rend le débarcadère généralement accessible à des embarcations de toute espèce. L’aiguade du fort de Boutry, situé à deux lieues au delà, est plus abondante et plus commode que la sienne. Le fort de Dixcove est bien tenu : la garnison se compose d’une trentaine de soldats noirs. Un Ilot sombre entouré de récifs, qu'on aperçoit du mouillage, sépare Dixcove de la pointe en dedans de laquelle s’élève le fort hollandais de Boutry, longtemps abandonné, et qui n’est pas encore compléte-

il) Nouv.voy. de Guinée, 1. 1", p. a 56-64. a) Voy. la carie particulière de la partie principale de la Guinée, située entre Issini et Jrdra , par le sieur d’Anvilie , géographe ordinaire du roi; avril 1729.

ment rétabli : le montieuie sur lequel il est situé est plus élevé que celui de Dixcove ; et les cases s’étendent au-dessous jusqu’à la mer. En quittant Boutry, on aperçoit devant soi la pointe de Tacorady, dont les brisants se prolongent à un mille et demi au large. A celte pointe la côte se coude un peu plus à l’est pour remonter ensuite au nord : c'est dans ce coude que sont les ruines du fort de Tacorady. — Depuis le cap des Trois-Pointes le littoral 11e présente qu’une chaîne continue de monticules boisés , reliés entre eux par une pente plus ou moins adoucie, et la profondeur des eaux diminue dans une proportion régulière. A la pointe de Tacorady succède la pointe sur laquelle est bâti le fort de Secondé, tout auprès de falaises rougeâtres qui reparaissent encore, à trois ou quatre milles dans l'est de ce fort (t). Au delà de Secondéet de la pointe

(i)Au paysd'Axiin confinait le pays d'Anlc ou Hante : ce pays est spécialement décrit dan» la deuxième lettre du Voyage en Guinée de Rosman. Il commençait au sillage de Borstva, deux lieues à l'orient ou au-dessus d' Acoda , ou même à Acoda. On l'avait divisé longtemps en haut et bas Ante: le premier était le pays d'Axitn. I.e peuple d’Ante, d'abord très-puissant, s’épuisa dans des guerres continuelles avec ses voisins d'Adam. A une lieue à l'occident de Boeswa, auprès du village de Dikieschoofl ( proprement In fuma ), les Anglais avaient bâti, en 1691, un petit fort , malgré l’opposition momentanée des Rrandebourgeois. Du reste, ils se repentirent souvent de l'avoir bâti; « car outre que le lieu n’est pas propre pour le commerce, les Nègres qui demeurent aux environs suul si effrénés, si trompeurs, si fripons et si hardis, qu'ils ne veulent pas céder la moindre chose aux Anglais. » Rosman signale cet endroit comme la fausse monnaie de la Guinée. A une lieue et demie au-dessous, on voyait, de son temps, auprès du village de Boutry ou Boutroe , un fort très -petit et très-irrégulier, bâti sur une très-haute montagne, nommé Batrnstein (lien où l’on fait du profil), et qui eût mérité le nom de Schadenstcin ( lieu où l'on fait des pertes ) ; car dans les derniers temps il avait causé aux Hollaudais plus de dommage que de profit. Boutry est au pied de celte montagne; c'était, à cette époque déjà, un grand et populeux village. Lé paysd'Ante avait à peu prés huit à neuf lieue# de long depuis Acoda jusqu'à une lieue et demie au-

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L’UNIVERS

du village d 'Abboada, des falaises blanclies annoncent l’approche du fort hollandais de Chaîna, près duquel coule la rivière de Bossum-Pra, interrompue dans son cours par des cataractes a une quinzaine de lieues de son embouchure (1).

dessous de Sacondè , où il finissait; les Allemands le comparaient au charmant pays de Clèves; eu 1690 cl 1691 Boëinan résidait à Boutry en qualité assistant, immédiatement avant la guerre contre les geusd'Adom : « c’é- •< tait, dit-il, un plaisir de s’y promener; on « voyait partout quantité de villages, los fruit* « admirablement beaux, le bétail en graude « quantité, et tout à si bon marché, qn'un •« soldat, qui en d’autres endroits, vivait misén rablenicnt de sa solde, subsistait ici très- •t honnêtement. » Mais ce qui faisaitsurtout la beauté du pays d’Ante, c’est la charmante rivicrequi s’avance dans l'intérieur, au-dessous de Boutry , en passant auprès du fort hollandais. « Elle est bordée ue* deux côtés de « grands arbres, lesquels, à cause qu’elle n’est * pas fort large, la couvrent toute de leur om- « Dre : j’ai été fort souveut presque jusques « ail l>out de celte rivière, c’est-à-dire aussi « loin qu’on la peut remonter avec uu canot, « savoir environ à trois lieues de la mer ; elle « s'étend encore beaucoup plus loin , mais il « est impossible de monter plus haut, à « cause du grand nombre de cascades qui « tombent avec violeuce par-dessus les rote chers qui sont dans la rivière ; elle est fort « poissonneuse, quoiqu’il y ait uu nombre « incroyable de caymausqui, scion la pensée k commune , dévorent et détruisent beaucoup « de poisson. » — Il y eut longtemps auprès du village de Sacondé, dans le pays d’Ante , deux forts appartenant, l’un à la compagnie anglaise, l’autre à la compagnie hollandaise dite compagnie générale des Indes occidentales. Les deux forts se nuisaient beaucoup mutuellement : les Negres d’Ante brillèrent et pillèrent celui des Auglais, et le directeur y périt avec tous ses gens. Bosman en décrit les ruines. Les Anglais, à différentes reprises, essayèrent de le rétablir, sans réussir. Il y avait eu aussi au village Tocorary un fort possédé successivement par les Anglais, les Hollandais, les Bruudebourgeois, les Suédois et le* Danois. Les Hollandais l’avaient occupé les derniers. Dans le temps du séjour de Bosman, alors qu’on n’eu voyait plus aucune trace, les Hollandais avaient essayé de continuer eu ce même endroit leur négoce dans U maison d’un nègre pendant trois ou quatre ans ; mais le village avait été brillé dans la guerre contre Adooi.

(1) Avant le village de Chaîna, Bosman

M. le comte E. Bouët signale comme une bonne reconnaissance pour ces parages le

signale Aboarg , où les Hollandais eurent une loge pendant plusieurs années. Mais comme elle portait plus de proüt à celui qui y était qu’a la compagnie , ils ta supprimèrent comme une dépense inutile. Le fort de Chama, qui fut enlevé par eux aux Portugais, s’appela d’abord Saint- Sébastien. Malgré l’état de ruine où ce fort était à l'époque de la guerre entre la Hollande et l'Angleterre, il soutint énergiquement un siège des Anglais et des gens du pays de Jabi. Ce pays commençait derrière le fort Saint-Sébastien et s’étendait À quelques lieues dans l’intérieur. « II est présentement, dit Bosman, d’une petite étendue et n'a presque point de forces , quoique ce soit un royaume , et même le premier qu'on rencontre en descendant; mais le roi est un si petit seigneur, que j’aurais de la peine à lui donner à crédit pour cent florins de marchandises, dans la crainte de n'en être pas payé, vu la pauvreté où il est. » Ce pays était tout dans la dépen dance de celui d'Acloro.

« La rivière de Chama ou Rio de San - Joan, que les Nègres appellent Bossum-Pra, à cause qu'ils la tiennent pour un Dieu ( car c'est ce que signifie le mot de Bossum dans leur langue), a sou coursa côte de notre fort, coule le lotit; du pays de Jabi et d ’Adom, et s’étend au delà cle Jujfer. Si l'on en croit les Nègres, elle s’étend même à plus de cent lieues du côté de la terre ferme ; mais l'on n’en a aucune certitude. Cette rivière est passablement large et assez belle ; elle ne cede guère ni en grandeur ni en beauté à celle d’ Ancober; elle a même cet avantage sur celle-ci , qu’on y peut entrer avec des chaloupes ou des esquifs chargés , en sortant de la mer, pourvu qu’on ait la prudence d’éviter un rocher qui est à l’embouchure, et que ceux qui entendent la navigation appellent Suiger , c’est-à-dire proprement Suceur. Cette rivière est d’un très-giaud usage; car, outre que les vaisseaux s’y peuvent pourvoir d'eau douce , ce qu’ils ont toujours fait ci-devant , elle leur fournil, et à nous aussi dans notre fort, de très-bon boia à briller, non-seulement pour U cuisine, mais aussi pour chauffer les fours où l’on fait cuire la chaux , outre quantité d’autres sortes de bois propres pour les petits vaisseaux, comme des bâtons ae pavillon , des mâts de misaine et autres pièces ; de sorte que cette rivière nous est plus avantageuse ou au moins plus commode que le fort même ; * et sans cela je ne crois pas que nous y pussions tenir longtemps garnison; car, outre qu’il n’y a pas ici de négoce fort considérable, nous sommes incommodes par des fripons

’Qgle

GUINEE.

mont d'or, qui s’élève dans l’intérieur. D’autres falaises rougeâtres coupent le sol entre Chaîna et Commendo, et de hautes terres commencent à paraître en second plan : il y a deux forts du nom de Commendo, l'un anglais, l’autre hollandais, en mauvais état tous deux et à portée de canon l’un de l'autre. — La double et haute enceinte du fort Saint- Georoes , sur le bord de la mer, et les fortifications du fort Saint-Jact/ues , placé sur une éminence derrière le fort

de Nègres , entre lesquels ceux d ’Adom ne sont pas les moindres. — J’ai déjà dit que leur pays s’étend quelques lieues le long de la rivière: outre cela, ils possèdent des îles dans la rivière, où il y a de très-beaux villages, et ce qui m’a le plus surpris est l’étendue du pays d'Adom ; car il s’étend le long de la rivière de. Chanta , et il a plus de seize lieues de là le long de la rivière d’Ancober sur la cote, et cependant ce pays n’est pas fort grand : ce qui me fait croire que sa situation est à peu près semblable à une équerre, c’est-à-dire qu’il s’étend d’abord le long de la rivière de Chôma , et ensuite par une longue langue de terre jusqu'à Rio-t'obre. — Ce pays n'est pas gouverné par un roi , mais parcinq ou six des principaux habitants. Cette espèce de république , à qui on peut donner le nom d’assemblée de fou rites et de voleurs, pourrait mettre sur pied de grandes forces , s’ils s'entendaient bien entre eux. L’an i6go, ils entreprirent d’un commun accord la guerre contre ceux tX Ante, qui dura quatre ou cinq ans, jusqu'à ce qu'ils eussent presque tout ruiné le pays et les habitants ; et cependant ceux d’Ante n’ont jamais voulu se soumettre à eux. Il n'y a que peu d’années qu’ils ont aussi fait la guerre aux trois pays qui sont situés le long de la rivière d ’Ancober; et ils les ont si fort affaiblis qu’ils les ont contraints d’acheter la paix d'eux pour une somme considérable d’or. — Les Nègres de ce pays sont fort à leur aise et puissants ; comme ils sont sur le passage par où tous les marchands qui viennent du fond du pays doivent passer, ils ont la plus belle occasion du monde de trafiquer avec eux ; outre cela ils ont euxmèmes des mines d'or dans leur pays, et il y a environ trois ans qu’ils eu découvrirent encore une fort riche. Le paysen lui-méme est fort bon et fertile en grains et en autres fruits. Us ont aussi toutes sortes d’animaux, tant sauvages que domestiques, et la rivière leur donne suffisamment du poisson; aussi rien ne leur manque pour vivre sans le secours de personne. » ( Fin de la deuxième lettre, )

Saint-Georges, font reconnaître El- Mina (1) , chef-lieu des établissements hollandais de la côte d’Or : on y pénétré par une petite riviere fort peu profonde , et dont 1 entree, resserrée entre deux petits murs noirs qui servent de quai a scs deux rives, ne s'aperçoit pas du mouillage. La ville se divise en deux parties : l’une est un groupe de cases a nègres fort sales , coupe en divers sens de ruelles tout aussi sales , qui s'étend sous la volée du fort et sur la presqu’île formée par la mer et cette petite rivière. L’autre partie de la ville, qui s’élève sur la rive gauche de la rivière, est assez agréable : c'est un mélangé de maisons à l’européenne et de cases plus espacées que celles de la presqu’île, avec promenades et jardin public. La garnison d'El-Mina se compose d'une centaine de soldats et de trois ou quatre officiers (2). — Du mouillage, on voit par un beau temps l’établissement anglais du cap Coast, Cape- Cocist-i asile, éloigné desix millesetdeini : c'est le chef-lieu des établissements

(;) - Je ne saurais dire la raison pour- « quoi les Portugais, qui ont bâti ce château, « out donné le nom d'Elmüta à cet endroit ; « car on ne trouve point de mines d’or à « quelques lieues aux environs : mais si on - peut donner quelque lieu aux conjectures, « je crois que ce nom lui est venu de ce que, « du temps des Portugais, on y apportait et « on en transportait beaucoup d’or, comme « si on n’eût eu qu’à l'aller chercher à la mine « même, et que dans la suite il a conservé ce « nom ; je ne saurais dire non plus avec cer- « titude quand les Portugais ont commencé à ■ bâtir ce château ; mai», ce qu’il y a de écrit tain, c’est que les Hollandais le leur prirent • l’an i638. » bosman, Voyage en Guinée , p. 47-

(a) Le royaume de Commany confinait à ceux d'Adam et de Jabi. « Sa longueur qui se prend le long de la côte est d’environ cinq lieues , et il est à peu près également large , à compter sa longueur depuis la rivière de Chôma jusqu'au village de Mina, - hosman , dans sa troisième lettre, décrit ce pays et lus forts que les Hollandais ut les Anglais y avaient de sou temps. fEn i6y5 il commandait le fort Vredenbourg, liâti au bord de la mer, auprès du village (le Klein-Commany ou Ekke-Tckki, quand les gens de Commany le vinrent attaquer ). Il y donne surtout un récit circonstancié de la guerre que soutint la compagnie hollandaise contre le roi de Commany.

L’UNIVERS

anglais de la côte d’Or. La grosse tour William et la tour Victoria eu défendent les approches au nord-ouest. — Au delà du cap Coast et des ruines du fort hollandais de Mourée (1), situées à trois ou qua-

(i) Description du pays de Fétu et du pays de Saboë ( quatrième lettre du voyage en Guinée de G. Bosinan). • Il y a, au-dessous et joignant le château de Saint- George d'El mina , une petite rivière qui court le long du village de Mina dans les terres, et qui a environ une demi-lieue de long. Elle sépare le pays de Commany d'avec celui de Fétu. Nous avons dans ce dernier un fort nommé Coenradsbourg , situé sur une montagne assez liante , qu’on appelle San-Jago . Le mont San-Jago nous a extrêmement servi à nous rendre maîtres du château de Saint-George , avant qu’il y eût encore de fort ; car celte montagne commande au château, étant beaucoup plus élevée. Ainsi la conservation de cette montagne et du fort qui est bâti dessus nous est de la dernière importance : car si nous en étions privés, nous ne pourrions pas défendre longtemps Elmina ; et nous avons pour le moins autant de soin de sa conservation que de celle du château même, et nous v avons toujours un enseigne qui y commande avec une assez bonne garnison. — Ayant ainsi placé le mont San-Jago dans le pays de Fétu, nous continuerons à dire que ce pays a environ quatre petites lieues uétendue, tant eu longueur qu’eu largeur, et qu'il commence, comme nous veuous de dire, au mont San-Jago ou à la petite rivière Salée , et finit un peu au-dessous du mont Danois , au delà de Cabocors. Ce pays a été ci-devaut si peuplé et si puissant , qu’il était la terreur de tous ses voisins, et particulièrement de ceux de Commany, qui dépendaient en quelque manière de lui ; mais les guerres continuelles ont tellement changé les affaires, qu’ils sont présentement aussi faibles qu’ils étaieut puissants, et sont obliges de reconnaître ceux de Commany pour leurs maîtres. — Il est si fertile et si agréable, ce pays-là, qu’on le peut bien comparer au pays a Ante; je l’ai souvent traversé avant la dernière guerre , et j’ai trouvé qu’il y avait un grand nombre de beaux villages bien peuplés cl bien bâtis, et de plus qu’il aliondail en fruits, en bétail, en huile et eu vin de palme, ce qui récréait fort la vue. Mais ce qu’il y avait de plus agréable étaient les promenades couvertes et unies entre Elmina et Simbé , village qui est une lieue et demie avant dans le pays de Fétu; j’y eu ai vu qui avaient une demi-lieue de long et si bien couvertes que

tre milles plus loin , et autour desquelles s'est formé un village considérable , on

j’étais à l’abri de la pluie et du soleil. Les grands et beaux arbres que l’on voit sur les montagnes servent aussi d’un grand ornement au pays aussi bien que la petite rivière d’eau fraîche dont il est arrosé , et que ceux qui sont au service de notre compagnie vont souvent voir pour se divertir. En un mot, ce pays mérite d’étre aussi près qu’il est de notre capitale. Les habitants s’occupent sans distinction à l’agriculture, à semer des grains ou d’autres fruits, et à faire de Phuile et du vin de palme, dont ils sont fort bien partagés. A trois lieues de là, eu allant à

{>ied, quoiqu’il n’y ait que deux grandes ieues par mer, proche du village d'Oegwa ou Cabocors ( car c’est un cap ou promontoire ), on trouve la principale forteresse des Anglais qui, après celle de Saint-George, est la plus grande et la plus belle de toute la côte. Mais ce qu'il y a de pitoyable, c’est que la plupart du temps ils y tiennent une fort méchante garnison dont une partie, et surtout les soldats , sont dans un si déplorable état , qu’on en a pitié en les voyant , et ils sont si mal en ordre, qu’ils ressemblent à une vieille compagnie d’Kspagnols. Cela vient en partie de ce qu’ils reçoivent volontiers à leur solde ceux des nôtres qui désertent sans vouloir jamais nous les rendre, et cela par une fausse compassion, pour les exempter par là de la punition qu’ils ont méritée. Il y a sous le fort des Anglais le village dont j’ai déjà fait mention , qui était ci-devaut raisonnablement grand et peuplé, mais il a beaucoup souffert, aii’&i bien que tous les autres, dans la guerre de Commany ; outre que le graud nombre de vaisseaux non privilégiés anglais ont fait diminuer Je nombre des habitants; car lorsqu’ils vieuueut ici, ils en emmènent toujours quelques-uns pour leur servir de rameurs dans le négoce d’esclaves qu’ils vont faire à' Fida, et ces gens se trouvant bien là , s’y établissent et ne reviennent plus*; de sorte que ce village est à demi désert et fort délabré, surtout à côté d 'Elmina. — Les Anglais ont derrière le village de Cabocors un bàtimeut rond, fait en forme de tour, sur lequel ils ont six pièces de canon , et comme je crois , autant d’hommes pour le garder. Sous le fort des Anglais, il y a une maison surmontée d’un pavillon, et qu’on dirait être un petit fort ; elle est habitée par un mulat ou tapoeyer anglais, nommé Eduard Farter. Il est fort puissant et a plus de crédit lui seul que les trois agents ensemble ( car il faut savoir que le gouvernement de

GUINÉE

découvre le fort d'Annamabou, et à deux ou trois milles de lu les ruines du

ce qui appartient aux Anglais sur cette cote est confié à trois personnes ) ; par le peu de séjour qu'ils font ici, ils ne peuvent pas avoir une grande connaissance des affaires, et ils sont obligés de se laisser conduire à ee mu la t, qui en sait fort bien profiler. En 1699, il vint un ordre exprès de mettre en état de défense le mont Danois, ainsi nomme parce que les Danois l’ont possédé ci-devant. Messieurs les agents m’ont fait l'honneur de me communiquer le dessin du nouveau fort , par où et par ce qu’il y a déjà de fail je vois qu’il «era petit à la vérité, mais si fort qu’il surpassera tous ceux de cette côte : mais cet ouvrage va si lentement que Dieu sait quand il sera fini. Il faut leur en laisser le soin et commencer présentement à décrire le pays de Saboe , qui commence un peu au-dessous de ce fort, et finit à une demi-lieue au-dessous de Mourée; de sorte qu’il ne s'étend pas plus de deux lieues le long de la mer, étant environ une autre fois aussi large. Il y a une petite demi-lieue depuis le mont Danois jusqu’au village de Cong , lequel village est partagé en denx , dont chacun est biti sur un coteau. Nous y avons eu ci-devant une fort belle maison de pierre sur laquelle était notre pavillon , et on en peut voir encore aujourd'hui les restes. Ainsi, nous supposons que la place nous appartient ; mais nous n’aurions aucun avantage à y rebâtir, sinon d'enqiécher les Européens étrangers d’y venir ; car si cela arrivait, iLs nous incommoderaient fort dans le négoce que nous faisons à Mourée. Le pays de Saboe est pour le moins aussi puissant que celui de Commany , et les habitants en sont aussi scélérats. Il est aussi très-fertile en grains, jammes ,' patates et autres fruits; on voit tous les jours des centaines de canots qui chargent ae ces denrées et de l'huile de palme, et qui vont du village de Mourée à Axim et à Acra pour les y débiter. Notre fort Nassau, que nous avons bâti nous-mêmes , est auprès ae ce village de Mourée, à une demi-lieue au-dessous de Cong; ç’a été notre capitale, tbrsqu'.£/mina appartenait encore aux Portugais ; et certes il est si bien bâti que, si nous n’avions pas Elmina, nous pourrions avec honneur le nommer encore notre capitale. Le village de Mourée , qui en dépend , n'est pas ai grand qu 'Elmina , mais plus peuplé ; ce sont presque tous des pécheurs qui y demeurent , et qui dés le matin avant le jour sortent avec trois ou quatre cents canots pour aller pêcher; el lorsqu’ils reviennent, ils sont obligés de donner cinq poissons l'an pour péage

fort hollandais de Cormantine, puis d’autres villages qui ont conservé ce nom et quelques bâtiments en ruines

?|ui restent encore de l’ancien fort ranrais d 'Amokou. Les terres dans ces parages sont généralement nues et couvertes de brousses : des mornes de diverses formes s’y montrent de distance en distance en arrière plan. Les six lieues de côte qui séparent Cormantine de Tamtamauerru sont droites et à

Çeu près sur le mime parallèle. A 'amtamguerry, où la côte se coude au nord assez brusquement, est un fort anglais abandonné, bâti sur un monticule qui se termine à la mer par des roches détachées, assez apparentes du large (I). Les ruines de Monfort se

au marchand qui y commande. Nous recevons le même péage encore en trois autres endroits, savoir à Axim, à Chama et à Elmina , parce que nous avons conquis ces places par les armes , quoique je ne sois pas assuré si nous avons aussi conquis Mourée. Nous sommes les seuls des Européens qui jouissent de ce privilège , et il D*y en a point qui ayeut un pouvoir aussi absolu sur ceux qui dépendent d'eux que nous, mais c'est leur propre faute pour la plupart, et même ils sont la cause ue nous avons perdu beaucoup de notre créit. — Avant que de laisser le psys de Saboe, il faut vous dire que, de tous les peuples de cette cote, c'est celui que notre compagnie a connu le mieux et le plus longtemps, puisque messieurs les directeurs ont vu ci-aevant doux de leurs ambassadeurs à Amsterdam ; mais il y a si longtemps , que je n’ai pas la moindre connaissance de leurs négociations; le roi d'à présent n’en sait rien non plus, ni pour quelle raison on les avait envoyés en Hollande. »

(<) Description du pars de Fantin ( Bosman, fin de la quatrième lettre ). « Le pays de Fantin conGne à Saboe du coté de l’occident, et en est séparé par le Mont-de-Fer, à une demi-lieue au-dessous de Mourée. dette montagne a environ un quart d’heure de long ; et parmi plusieurs beaux et grands arbres dont le sommet est couvert , il y * une trésagréable promenade, et les arbres en sont si bien entrelacés , qu'il y fait presque obscur en plein midi. Depuis le pied de celle montagne le pays de Fantin s’étend encore neuf ou dix lieues le long de la mer et à quelques lieues de large. Les Anglais ont un fort et trois loges dans ce pays, et nous y avons aussi un fort; le premier que l’on trouve en des-

voient trois ou quatre milles plus loin, sur une pointe assez avancée ; les rui-

eendant, et qui a le pavillon anglais, est auprès d’un petit village nommé Ingenisian ; toute la garnison de ce fort consiste dans un seul Anglais qui y est pour conserver, s’il peut ’, l'honneur du pavillon. À une demi-lieue plus bas, les Anglais ont un petit fort très-proprement bâti proche du village d’ A nnamabo , où il y a toujours grand nombre de vaisseaux anglais ; sans quoi ou ferait uu négoce fort considérable en or et en esclaves tant ici qu’à Cormantin ; mais ces messieurs emportent

ftresque tout, et s’ils laissent quelque chose , es vaisseaux non privilégiés zelaudai* viennent le chercher. — Les Nègres de Fantin tourmentent horriblement les Anglais et les renferment quelquefois dans leur propre fort sans qu’ils aient la liberté d’en sortir; et s’il arrive que le directeur ne leur plaise pas, ils le renvoient d’une manière outrageante à Cabocors dam un canot; les Anglais n’osent ni ne peuvent s’opposer à cela par la force , mais sont au contraire obligés de les apaiser encore par des présents. Le village d*Annamabo peut passer pour le plus puissant de toute la côte, ayant autant de gens de guerre que le royaume de Sabot et de Commany, et encore ne fait-il que la cinquième |>artie de Fantin. Outre que c'est un pays extrêmement peuplé, ils sont aussi fort riches en or, en esclaves et en tout ce qui est nécessaire pour la vie , particulièrement en grains , et ils vendent tout cela aux vaisseaux anglais. — Ce pays n’est pas gouverné par un roi, mais par un chef qu’ils appellent brajfo , et qu’on pourrait expliquer, selon le style européen, par gouverneur ou stadJiouder ; quoique le mot en lui-mème signifie conducteur. Il est le premier et a le plus d’autorité de tout le pays. Cependant, son autorité est fort limitée par des vieillards qui sont comme les conseillers du pays. Ils règlent les affaires comme il leur plaît , sans se mettre en peine du braffo. En outre chaque partie du pays de Fantin a aussi un chef qui a beaucoup de crédit et qui quelquefois ne le cède guère au braffo. — Ceux qui demeurent plus avant dans le pays s’occupent, outre le négoce qu'ils font, à l’agriculture et à faire du vin de palme, dont il y en a une certaine sorte qu’on appelle quaker; cl ce mot est fort expressif en notre langue hollandaise; car cct le boisson a la vertu de faire avoir des pensées fort extravagantes telles qu’en ont les quakers ( sorte d’auabaptistes ou de fanatiques ) lorsqu’on en boit un peu trop. Ce vin est deux fois plus*cher que l’autre; et cependant le nombre de ceux qui

nés du fort hollandais d ’Aparn leur succèdent, puis fVinebah , groupe con-

l’achètent est si grand, qu’il ne s’en trouve jamais assez. — Les Nègres de Fantin qui demeurent sur le rivage de la mer fout un grand négoce avec toute sorte de vaisseaux non privilégiés, et cela ouvertement et à la vue des deux nations anglaise et hollandaise, sans que l une ni l’autre osent s’y opposer; car il leur en’prendrait mal, si elles voulaient se mettre en état de l’empêcher, parce que nous n’avons pas la moindre autorité sur ceux de Fantin. Le pays est si rempli de pécheurs, que je crois qu’on y en trouverait bien quatre mille. — A une petite demi-lieue delà, on trouve le village d 'Adja , où nous avons eu ci-devant une forteresse aussi bien qu'à Annamabo : mais nous l’avons perdue par trahison , et nous avons été contraints de la laisser aux Anglais ; car y ayant conjointement avec nous une garnison , ils en usèrent d’une manière fort cruelle envers uos gens. Ils y ont présentement planté leur pavillon, quoique ce 11e soit que sur la maison d’un Nègre ; ils y ont pourtant mis un marchand, afin d’acheter de ceux de Fantin du railhio pour les vaisseaux dans lesquels Us transportent les esclaves de leur compagnie; mais ce marchand, trouvant mieux sou compte à vendre le milhio aux vaisseaux non privilégiés , fait si bien qu’il n’en reste guère pour leurs propres vaisseaux. — Il y a un peu plus bas le village du Petit- Cormantin, qui est très-bieu ainsi nommé; nous y avons une forteresse qui porte le nom $ Amsterdam. Elle a été ci-devant la capitale des Anglais ; mais l’amiral de Fuiterlt* en chassa en i665. Nous avons ici pour commandant en chef un marchand, aussi bieu qu’à Mo urée , avec une garnison raisonnable. On pourrait rendre ce fort considérable avec peu de dépense; mais il vaut mieux le laisser comme il est, le négoce n’étant pas assez grand pour compenser ces frais. Le village est si petit et si pauvre, qu’il ne mérite pas qu’on en fasse mention. Mais le village nommé le Grand- Cormantin, ui n’est qu'à une portée de canon au-dessous e notre fort et bâti sur une haute montagne, est fort grand et fort peuplé. Le pays de Fantin s’étend encore d’ici environ sept ou huit lieues le long du rivage , et est rempli partout de petits villages qui donnent uue vue fort agréable , quand on le côtoyé en canot. — Les Anglais ont planté leur pavillon il y a deux ans à l’extrémité du paye de Fantin et ont commencé à y bâtir uu fort ; mais, soit qu’ils n’y trouvent pas ce qu’ik avaient espéré, soit qu’ils ne puissent pas s’accorder avec les Nègres , ils voudraient en être partis.

GUINÉE

sidérable de cases bâties ea partie à l’europeenne , et le fort hollandais de Barracoe , actuellement abandonné, en avant d'une très-haute montagne. A neuf milles rde là , près de la montagne arrondie et élevée dite Cook's Lof, la côte change d’aspect pendant quelques milles, toujours dénudée, mais peu haute jusqu’à ee point; elle présente des là une chaîne de grandes montagnes qui se lient en ondulant non loin du bord de la mer, et ne s’en écartent qu’aux environs d'Ahra (1), dix railles plus

Notre crédit et celui dei Anglais est égal dans ce pays, c'est-à-dire que nous n’y en avons point du tout ; et lorsqu’il prend fantaisie à ces scélérats , ils ferment tous les passages, de sorte qu’il ne peut venir aucun marchand du côté de la terre pour négocier avec nous, et, ne se contentant pas de cela , ils nous coupent toute sorte de vivres; ce qui continue jusqu’à ce que nous les ayons contentés. w

(i) Cinquième lettre du voyage en Guinée de G. Bosman : « Le royaume d 'Acron confine au pays de Fantin. Au milieu de ce royaume, auprès du village d’Apam, il v a un petit fort ou plutôt une maison fortifiée de deux batteries, que nous commeuçàmes à bâtir en l’an 1697. Nous lui avons donné le nom de Fort de la Patience , parce que nous avons exercé notre patience à le bâtir, à cause des oppositions continuelles des Nègres. Le village qui est au-dessous de notre fort est petit et n'a jusqu’ici d’autres habitants que des pécheurs; mais comme cet endroit est fort propre pour le négoce , si ceux d’Àcron voulaient être raisonnables, il pourrait bien arriver que ce village se peuplerait en peu d’années. Les habitants d 'Acron ne font jamais la guerre , ou du moins fort rarement ; car comme ils ont choisi ceux de Pantin pour leurs protecteurs, il n’y a personne qui ose leur faire la moindre insulte; ce qui leur donne moyen de cultiver leur pays dans une profonde paix. Ils ne négligent pas non plus une si belie occasion ; car tous les ans ils font une riche récolle en envoyant leurs denrées dans les endroits les plus proches. On trouve ici abondance de non gibier, comme des cerfs , des lièvres, des perdrix , des faisans et des bêtes fauves. — Acron est divisé en deux , sans quoi il serait assez puissant; celui dont nous avons parlé s'appelle le Petit- Acron , et le Grand-Acron est plus avancé dans les terres ; il n'est pas gouverné par un roi , mais par plusieurs des principaux du pays. Ces deux pays, quoique séparés l’un de l’autre et

loin. Sur une étendue de deux railles, on rencontre les trois forts d’Akra : le prépayant rieu de commun ensemble , vivent pourtant en bonne intelligence et dans une droite amitié. — Un peu au-dessous de notre fort il y a une petite rivière salée, qui a son cours du côté de la terre , et a à i»eu prêt uue lieue d’étendue; elle est fort abondante en poisson, et on y trouve aussi quantité d’oiseaux; elle est de plus assez agréable pour qu’on l'aille voir par divertissement. — A une lieue plus avant, du côté de l’orient, 00 trouve dans le pays d 'Agonna une montagne fort haute qu’on appelle la Montagne du diable. Il y a appareuce que les gens de marine lui ont douné ce nom parce que , quand on a le vent contraire en montant le long de la côte, on la voit plusieurs jours de suite , tant elle est haute. On dit qu’elle est fort abondante en or, et que quand ta pluie a cessé , les nègres d'Agonna y vont tous les ans et y ramassent une grande quantité d’or, parce que l’iinpéluosité de la pluie fait descendre de la nioutague en bas l'or avec U terre. Le pays à' Agonna commence environ à cette montagne. Environ au milieu du pays on rencontre un petit fort que les Anglais y ont bâti en 1694. Le village qui est au-dessous de ce fort, nommé par quelquesuns Wimba et par d'autres Simpa, est d'une grandeur ordinaire et habité par des pécheurs pour la plupart; il ml dans tiuc situation fort agréable , étant environné d’arhres ; le négoce n’est présentement fort peu de chose aussi bien qu’a Apam. — Le pays à' Agonna surpasse de beaucoup celui à' Acron en forces , en richesses, et en grandeur; mais pour ce qui est de la fertilité et de l’agrément, ils sont à lien prés égaux ; excepté que celui-ci a une belle et grande rivière d’eau douce , laquelle, selon le rapport des Anglais et des Nègres, est aussi abondante eu poisson, en huîtres , en oiseaux et en toute sorte de singes, qu'il y en ait uue sur toute la cote; mais comme je ne l’ai jamais vue, je n’en puis parler que par ouï-dire. — Enfin, nous sommes parvenus jusqu’au dernier pays de la côte de Guinée , je veux dire le pays A' A- . quamboe ; car, quoique la plus grande partie de ce pays soit du côté de la terre ferme , nous le mettrons pourtant au nombre des royaumes de la cote, non-seulement parce que nous avons souvent à faire à lui , mais aussi parce que le roi A'Aquamboe élend sa domination sur les Nègres qui demeurent sur la côte au moins à vingt lieues d’étendue. Et, quoiqu’il y ait parmi eux des royaumes , je les joindrai pourtant tons à celui d’A quamboe , à cause que ce roi a plus d'autorité sur

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mier anglais, nommé Saint-James ; le deuxième hollandais, dit Crèoecœur,

eux que sur ses propret sujets, encore qu'il ait dans son royaume une puissance sans bornes. Les habitants d 'Aquamboc sont fort orgueilleux , fiers et insolents , et aiment à faire la guerre ; aussi leur puissance est-elle formidable à tous les pays d'alentour, excepté à ceux d'Akim. — Quoique les Anglais, les Danois et nous y ayons chacun un fort, notre autoritéy est très-petite. Chaque fort a son village particulier, et chaque village a son nom ; usais le nom général qu’on leur donne est Acra , ui est le nom d’un royaume qu’il y a eu cieranl dans ce pays, mais qui a été entièrement détruit par ceux d’Ai/uamboe, et le reste des habitants ont été chassés dans un lieu nommé \ePrtit-Popo, où sont encore les restes de ce grand royaume. — Il semblerait qu’y ayant ici trois compagnies différentes qui négocient . elles devraient se ruiner l’une l’autre; mais, quoiqu’il y en ait qui tâchent de le faire, et qu’elles se lassent mutuellement tout autant de tort qu'elles peuvent, il y vient néanmoins tant d’or et d’esclaves ( lorsque les chemins sont libres pour les marchands ), que chaque compagnie en particulier y trouve son compte, l'une ayant toujours ce qui manque à l'autre, ce qui fait que toutes les marchandises te débitent. — On reçoit ici queluefois plus d'or qu’en aucun autre endroit e la cote, et il y en viendrait encore davantage si ceux d’ Aquamboe et d ’ A/sim s’accordaient bien ensemble ; mais le plus souvent ils sont en dispute, parce que ceux d'Akim voudraient bien être maîtres du pays d ’Aquamboe, en donnant à ceux-ci une certaine somme par an , a quoi ceux d'Aquamboe ne veulent pas enleudre, ce qui pourrait bien leur coûter la ruine de leur pays si ceux d’Akim étaient bien unis entre eux. Mais le roi d'Aauamboe sait si bien jeter la division parmi les grands, par ses discours et par ses présents continuels , qu’il demeure trauquille possesseur de son pays et négocie comme il lui plaît. Le roi et les grands du royaume sont extrêmement riches , tant en or qu’en esclaves; je crois même que ce pays seul a plus de trésors que tous ceux ensemble dont nous avons parlé jusqu’ici. Les habitants s’occupent ou au commerce et à l’agriculture , ou à la guerre, à quoi ils ont une forte inclination. Quoique le pays soit en lui-même fertile, ils manquent toujours de vivres avaut la fin de l’annee, et on leur en apporte d’autres endroits. — Ceux d 'At/uamboe ne s’occupent ni à la pêche ni à préparer le sel , qu'on trouve pourtant ici daus une plus grande abondauce et avec plus

aujourd’hui abandonné , et le troisième danois , appelé Christiansborg, et cbef-

dc commodité que dans aucun autre endroit; mais ils le laissent faire aux Nègres de la côte, qui sont ncs dans le pays ou qui s’y sont venus établir d’autres endroits. — Jusqu'ici, j'ai parcouru toute la cote ; dans la première lettre , je parlerai des pays qui soot du côté de la terre ferme d’où l’on apporte l’or sur la cèle, et y joindrai en même temps la manière dont on trouve et tire l'or, quelle est sa forme et son poids , comment on fait l’or faux , et comment on le connaît. »

Sixième lettre : « Le premier pays d’où Ton apporte l’or sur la côte s'appelle Dinkira; il est si avant dans la terre ferme que ceux qui sont au service de la compagnie ont besoin de cinq jours pour y aller d'Elmina , et plus de dix lorsqu'ils partenl d'Axim pour y aller. Ce n'est pas que Dinkira soit si cloigué de la côte , mais cela vient de ce que les chemins sont extrêmement tortus , et c’est à quoi les Nègres ne veulent ou ne peuvent pas apporter de remède. Ce pays est devenu si puissant et si riche depuis quinze ou seize ans par U bravoure de ses habitants , que, n'étant d’abord qu’une poignée de gens, et ne ]>ossédant

S|u’un fort petit espace de pays, ils se sont ait respecter et craindre des pays circonvoisins, dont ils étaient la terreur, excepté Allante et Akirn , qui les surpassaient encore en force. — Les habitants de Dinkira possédaient de grands trésors d’or, non-seulement de celui qu'ils avaient dans leur propre pays, mais aussi du butin qu'ils apportaient d'autres endroits et du profit qu'ils faisaient dans le négoce; car il nVa aucuns des Nègres qui leur puissent être comparés en fait de trafic. Outre cela, ils étaient maîtres de trois pays où l’on trouvait de l’or, quoique peu, savoir; Waaa, Encarte et Juffer, qui confinent l’un à l’autre, et dont le dernier confine au pays de Commany. Ils fournissaient pour un, deux ou trois ans tout le haut de la côte , depuis Axim jusqu’à Sacondé, de l'or qu'ils tiraieut de leur propre pays, ou qu'ils allaient chercher en d'autres, et cela pendant que la guerre de Commany a duré; mais lorsque nous sommes en paix avec ceux de Commany , et que les chemins sont libres pour les marchands, ils ne portent point leur or vers le haut de la côte, parce quelle est trop éloignée, et ne vont pas plus loin que Chama, Commany, Elmi/ia et Cabocors ; et alors on reçoit peu d'or vers le haut de U côte : rar quoiqu’il y ait entre deux des pays où l'on trouve de* mines d'or, comme Eguira et Adom, de même qu'Abocroe et Ancober , où il s'en trouve un

GUINÉE

lieu désétablissements que possède en- Giristiansborg est une forte citadelle, core le Danemark sur la côte d’Afrique : mais assez délabrée aujourd'hui, au pied

peu, cela ne luffit pas pour en pourvoir les forts qui sont de ce côte-là. J'allai voir les Brandebourgeois eu 1694, qui se plaignaient qti’en de certains temps ils ne recevaient pas deux marcs d'or dans un mois; c’était la même chose dans nos forts, et le négoce n'était presque rien dans tous ces endroits. — L'or que ceux de Dinkira nous apportent est bon et pur, escepté qu’ils y mêlent trop de /clichés, qui sont une espèce d'or composé de toute sorte d'or mis en oeuvre et dont quelques-unes ont uue plaisante figure. Ils mettent ces fétiches, après qu'elles sont fondues, dans des moules de terre noire et extrêmement pesante, et leur donnent la figure qu'il leur plaît, il y a quelquefois dans cette espèce d’or le quart et même la moitié d’argent ou de cuivre, ce qui fait qu'il ne vaut pas tant; cependant ils nous importunent si fort sur toute la côte, que si nous refusons de le prendre, il y a des Nègres assez déraisonnables pour reprendre le bon or qu’ils voulaient vendre , sans vouloir nous rien laisser ; ce qui nous oblige souvent à vouloir passer par-dessus. On trouve aussi des fétiches d’or pur, mais ils les troqm.nl rarement, à cause qu’ils les gardent pour s’en parer ; et s'ils en apportent quelques-unes, c'est ou par nécessité ou parce qu'elles sont pleines de cette terre noire, avec quoi ils trompent ceux qui ne savent pas leurs ruses : car au lieu d'or pur, il y a souvent la moitié de terre. — Mais il est arrive depuis quelques mois de si grands malheurs à ceux de Dinkira, qu'ils sont présentement dans ladcrnicre désolation. Le roi A'Asianté, dont le pays n’est pas éloigné du leur, ayant été offensé parleur chef, entreprit d’en prendre vengeance d’une manière sensible. En deux combals qu'il leur livra, ceux de Dinkira perdirent plus de cent mille hommes, selon le rapport des Nègres. Ceux A'Akim, qui étaient veuusà leur secours en perdirent pour leur part environ trente mille. On dit que aeuxà’ Asianté furent occupés quuue jours a ramasser le butin u’ils avaient fait dans ce combat. Voilà ce qu’est evenue la grandeur de ceux de Dinkira; les fuyards d’enire eux sont présentement faits esclaves et vendus par ceux qu'ils tenaient ci-devant pour leurs esrlaves. — Après le pays de Dinkira suit celui A’ Acanny, qui autrefois, et longtemps avant celui de Dinkira, était en grande réputation pour le commerce. Les habitants venaient vendre ici de l'or A'Asianté et A’Akim , de même que de celui qu'ils avaient dans leur propre pays. Cet or était si bon et si pur, que les Nègres nomment encore aujour-

d’hui le meilleur or Acanny sica ou or d" Acanny. Ils avaient accoutumé de venir négocier avec les habitants de Cabesterra (qui est un pays situé entre Acanny et Sabot) jusqu’à Klmina, à Cabocors, a Mourée, à Annamabo , à Cormantin , et plus bas jusqu'au village de Simpa , qui appartient aux Anglais. Leur or n’était pas mêlé de fétiches , comme celui de Dinkira; mais il était fort difficile de s’accommoder avec eux', et il s'en fallait beaucoup qu’ils ne fussent aussi raisonnables que ceux de Dinkira, voulant presque toujours faire tout à leur gré. Il y a trois ans qu’ils n’ont presque pas eu de négoce; parce que, s’étant brouillés avec ceux de Dinkira , ils en ont été bien battus , en sorte que tous les grands de leur pays et un très-grand nombre de ceux du commun ont élé tués ou faits prisonniers; et ils ont été obligés , pour se racheter de l'esclavage, de donner tout ce qu’ils avaient; ce qui les a réduits dans la dernière misère. Mais Dinkira ayant aussi été ruiné , et ceux-ci s’étant déclarés pour ceux A'Asianté , ils pourraient bien encore se remettre. — Nous joindrons le pays A'Akiin à Acanny ; il n’y a point de pays que nous connaissions d’où il sorte tant d'or que de celui-ci, et c'est le meilleur or que l’on transporte de celle côte; on le peut facilement connaître à sa couleur obscure ; Acra eu tire présentement la plus grande partie, et c'est là aussi où l'on trouve le meilleur or sans mélange de fétiches. J'avais souvent oui dire qu' Akim était d'une très-grande étendue; c’est pourquoi je priai un jour quelques-uns des habitants de me dire combien il faudrait de journées pour aller d'un bout de leur pays à l’autre; à quoi ils me répondirent qu'il était d’une si vaste étendue, que la plupart des Akimois mêmes 11c savaient pas jusqu'où il s'étendait du côté de la côte de Barbarie. — Nous avons toujours cru que ces trois derniers pays dont nous venons de parler étaient tes plus abondants en or; mais il est certain qu'il y en a encore daulres, et c’est de quoi Asianté naat fournit une preuve convaincante; car il n’y a que peu d'années qu’il a élé découvert , et cependant noua trouvons qu'il y a plus d'or que dans Dinkira. Je dis la même chose d'un autre pays nommé Ananlé, situé entre Asianté et Dinkira ; et il n’y a point de doute qu’il n’y en ait encore beaucoup d’autres dont nous n’avons aucune connaissance. — Il ne faut pas oublier le pays A’ Aminé, que je crois être le premier de la côte et fort au-dessus A'Axim. Nous recevions

L’UNIVERS

de laquelle s’étend un v illage très-populeux, très-abondant en provisions de toute

ci-devant beaucoup d’or de* habitants de ce pays qui était aussi fort pur, et c’étaient les meilleurs gens du monde pour trafiquer avec eux. Mais ceux de Dinkira, qui veulent être les maîtres partout, les ont subjugués, et depuis ce temps-là nous n’avons presque point vu de leur or. La plupart des gens croyent, en Europe, que nous sommes maîtres des mines d’or et que nous en faisons nous-mêmes tirer l’or, comme les Espagnols font dans l’Amérique; mais c’est une erreur, et nous n’avona pas même d’accès à ces mines ; je ne crois pas, qui plus est, qu’aucun de nous les ait vues ; caries Nègres, les tenant pour quelque chose de sacré, feront toujours tout ce qu'ils pourront pour empêcher que personne n’en approche qu’eux. On trouve l’or en irois sortes d’endroits : premièrement et principalement dans les montagnes et entre les montagnes où les Nègres creusent des trous profonds lorsqu’ils ont découvert qu’il y a de l’or; la terre qu'ils en tirent sert a les faire vivre, comme je dirai tout à l’heure. Le second endroit où l’on trouve l’or est auprès de quelques rivières et de* chutes d’eau et des cascades , où l’eau, par la force de son cours, entraîne de dessus les montagnes et de quelques lieux fort élevés la terre et en même temps l’or. Le troisième endroit où l’on trouve l’or est auprès de la mer, où il y a, comme à Elmina et à Aximy de petites sources vives où l’or descend tout de même qu’auprès des rivières qui viennent des lieux élevés. Lorsqu’il a beaucoup plu la nuit, on voit dès le malin un grand nombre de femmes nègres, qui ont chacune un grand et un petit vaisseau ; elles remplissent le premier de terre et de sable et remuent cela à tous moments dans de l’eau fraîche jusqu’à ce que la terre en soit sortie; et s’il y a de l’or parmi, il demeure au fond du vaisseau; ensuite de quoi, elles vident le grand vaisseau dans le petit et recommencent à remuer comme auparavant, continuant dans cet exercice jusqu’à midi, et souvent elles n'ont trouvé que pour cinq ou six sols en or, un peu plus ou un peu moins. Iltirrive bien quelquefois qu’elles trouvent des morceaux d’or de la valeur de trois ou quatre florins , mais cela est fort rare ; et souvent elles prennent de la peine inutilement. C’est ainsi qu’ils font sortir la terre qu’ils ont fouie, aussi bien que celle des rivières ; et ils ne savent point d’autre moyen pour la séparer de l’or, qu’en la lavant de cet te manière. — L’orque l’on a ainsi foui ou trouvé a deux formes différentes : le premier s’appelle ici or en poudre f et est presque aussi fin que de la farine; il est

sorte , et qui communique avec Saint- James par un chemin bien tracé et bien

le meilleur et le plus estimé en Europe. L’antre consiste en morceaux de différentes grandeurs; car il y en a quelques-uns qui à peine ont la pesanteur d'un liaixl, et d’autres qui pèsent la valeur de deux ou trois cents florins, on appelle celui-ci or de mine , et, lorsqu’il est fondu, il a plus de consistance que l’or en pondre, et la touche en est meilleure; mais le grand nombre de petites pierres qui s’y trouvvent toujours attachées font qu’on y perd beaucoup en le fondant, et c’est pour cela que l’on aime plus l’or en poudre. Voilà pour ce qui est du bon or et de la manière de le purifier. — Il faut présentement parler de l’or mêlé et de l’or faux. Il y a dans le premier des fétiches d’argent et de cuivre, dont j’ai déjà parlé. Les Nègres coupent ces fétiches eu petits morceaux, dont les uns valent un denier, les autres un liard ; on dit communément en proverbe (qui est fort commun parmi les Hollandais), qu'on n achète pas beaucoup d’or pour un liard ; mais ici ou peut aller au marché avec ces petits morceaux, et en acheter du pain, du fruit, et ses autres nécessités. Les femmes nègres savent la valeur de ces pièces en les voyant , et ne s’y trompent jamais ; on les compte sans les peser, comme nous faisons ici de l’argent monnayé. On appelle ces petits morceaux kakeraas , ce qui, dans la langue du pays, signifie quelque chose de peu de valeur; et en effet celte sorte d’or ne vaut pas grand’ebose en lui-même, et à peine l’once vaudrait-elle vingt florins en Hollande, quoique cependant on s’en serve sur toute la côte. Nous en payons notre garnison, et les Nègres ne font pas difficulté de les prendre pour toute sorte de denrées. — Les Nègres s’entendent parfaitement bien à faire l’or faux; ils fondent quelques morceaux, en sorte qu’il y a autour environ l’épaisseur d’un couteau de bon or , mais par dedans ce n’est que du cuivre et souvent que du fer; il n’y a pas longtemps qu’ils out inventé cela; mais l'or faux ordinaire est composé d'argent, de cuivre et d’un peu d’or mêlés ensemble; la couleur en est fort foucée, ce qui trompe facilement ceux qui ne s’y entendent pas beaucoup. Il y a encore une autre espèce d’or faux , qui ressemble fort à l’or massif, et qui n’est autre chose qu’une certaine matière composée de corail fondu. Us en font aussi de l’or en poudre , quoiqu’ils se servent presque toujours de cuivre limé pour cela , à quoi ils donnent la couleur de l’or ; mais cette sorte d’or faux perd son lustre dans un mois ou deux, et se connaît par là ; ce qui n’arrive pas aux

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entretenu. Au delà de Christiansborg , on passe devant les ruines des forts

petits morceaux couverts d'or : ils conservent toujours leur beauté, et il est plus facile de s’y tromper. — Voilà ce que j’avais adiré de l’or. Pour ce qui est du poids, il fout remarquer qu'il y a la livre, le marc, l'once et l’eslerlin. Il y a en Europe vingt ester! i us dans l'once , mais ici il n’y en a que sein; on compte aussi par pesos, qui font quatre esteriins, et par landos, qui sont deux onces; quatre banîlos font un marc , et deux marcs font une livre d’or, et la livre d’or vaut environ six cent soixante florins. Outre tous ces poids, il y en a ici encore d’une autre sorte dont on se sert pour payer de petites choses; ces poids sont une espèce de petites fèves dont les plus petites sont rouges marquetées de noir, qu’on appelle dambas . dont les vingt-quatre font un esterlin d’or, et par conséquent chacune environ deux sols; les autres sont une fois plus pesantes et blanches marquetées de noir, et quelquefois même toutes noires ; on les appelle tacors; et font un peu plus de quatre sols, ce qui se doit entendre des dambas et des taeoes ordinaires, car on en trouve d’autres, dont un tacoe vaut quelquefois dix et quelquefois vingt sols ; mais on ne peut pas les compter parmi les poids ordinaires , chacun s’en servant comme il lui plait dans la vue de tromper. Il y a quelques personnes qui ont cru que les Nègres n’ont que des poids faits de bois; mais c’est une erreur : ils ont tous des poids de cuivre ou d’étain , qu’ils ont fondus eux-mêmes; et quoiqu’ils ne les divisent pas comme nous, cela revient pourtant à la même chose et les comptes se trouvent toujours justes. — Il sera nécessaire de dire présentement combien d'or ces différents pays donnent tous les ans, et en quels endroits différents on le transporte- J’ose dire , sans craindre de me tromper, que non-seulement ils peuvent fournir, mais qu ils donnent effectivement tous les ans , en temps de. paix , sept mille marcs d’or. Aillant que j’en ai de connaissance, on pourrait faire ce partagede la manière suivante , savoir : pour la compagnie des Indes Occidentales, 1S00 marcs ; pour la compagnie Anglaise, rnoo m. Les vaisseaux non privilégiés télandais en emportent tous les ans autant que ceux de notre compagnie, c'est-à-dire i5oo; les vaisseaux non priviiéiés anglais, tooo. Mais ces derniers en ont ien emporté deux fois autant dans ces deux ou trois dernières années. Les Brandebourgeois et les Danois ensemble, en temps de paix, reçoivent environ 1000 marcs; les Portugais et les Français ensemble, pour le moins 800; le tout

danois de Temma et de Poney, de Prampram, fort anglais, et de Ningo, autre fort danois. La côte, qui sTest abaissée entre Poney et Prampram, se relève un peu jusqu’à Ningo : une petite rivière coule près de cet établissement ; l’extrémité de la rive droite s’avance au large en s'arrondissant : des mornes paraissent en arrière-plan ; et si le temps est clair on peut apercevoir de là la haute montagne de Ningo- Grande , située à une dixaioe de lieues dans l’intérieur, plus éloignée de la mer, mais aussi plus élevée que les montagnes de Crobo, qui s’étendent au sud-ouest du Ningo-Grande. A partir de Ningo, la côte devient de plus en plus basse jusqu’à la rivière y oit a (1), et encore" au

fait 7,000. Je dis que ces derniers en emportent pour le moins 800 marcs, et cela est véritable; car les Portugais venaut sur cette côte sous prétexte de vendre leurs marchandises de l’Amérique, qui consistent en tabac de Brésil et en eau-de-vie faite de sucre, ils ont encore, pour le moins, autant que les vaisseaux non privilégiés, des marchandises qui sont ici fort recherchées : et cela n’est pas surprenant, puisqu’ils les vout acheter en Hollande , où ils prennent le monde dont ils ont besoin, et y équipent leurs vaisseaux qui même quelquefois sont équipés par des marchands hollandais. Les juifs de Hollande surtout y ont beaucoup de part; ils obtiennent facilement un passe-port du roi de Portugal , de sorte qu’ils passent ici pour de véritables Portugais, Je laisse à penser quel chagrin cela donne à un officier qui a les intérêts de la compagnies coeur, lorsqu’il apprend que quelques marchands nègres sont arrivés sur la côte avec une bonne quantité d’or dans le dessein de le trafiquer avec nous, et que cependant il arrive un vaisseau portugais , ou un vaisseau non privilégié, qui, par le bon marché qu'il fait de ses marchandises, emporte tout cet or ou du moins une grande partie, pendant que nous demeurons chargés de uos marchandises , comme si elles étaient pestiférées. Cela m’est arrivé plus d’une fois, et ainsi j'en parle par ma propre expév ience. — Ainsi , selon ma pensée, l'or que l'on apporte sur la côte et qui est transporté ensuite en divers lienx, se monte à a.doo.ooo livres , à compter les J marcs pour 1,000 fr. Mais il faut entendre cela d'un lion temps, lorsque les chemins sont ouverts et que les marchands peuvent venir ici librement. »

(1) Bosman, Foy. en Guinée (r8' lettre):

<1 L’espace de terre qui est entre Ponni et

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delà : c’est une plage de sable que couronne une ligne de broussailles assez

Rio Voilai environ treize lieue* de longueur, et e*t habité par des Nègres à’Acra, de Lampi et d'Aifuamiou. Ceux de Lampi ont leur roi particulier, qu’on appelle roi de Ladingcour ; mais lui et ses sujets (si du moins on peut leur donner ce nom) sont dans une entière dépendance d 'Atjuambou , et sont obligés de se conformer dans leur manière de vivre à ceux-ci. Le pays estasse! peuplé et assez fertile; il est surtout abondant en toute sorte de bétail , que 1rs Nègres de cette côte achètent en quantité et à assez bon marché, et qu'ils transportent vers le haut delà côte. Outre cela , ces peuples trafiquent en esclaves , que ces Nègres achètent aussi d’eux; mais la plupart des esclaves sont transportés par les vaisseaux anglais , français et portugais. Le trafic des esclaves est quelquefois fort avantageux ici, et surtout aux environs du village de Lny. Il arrive bien aussi que , lorsque les guerres cessent plus avant dans le pays, on ne trouve plus ici d’esclaves ; de sorte que le négoce y est fort incertain, et ce n’est qu’en passant qu'on s'y arrête; mais il n'y faut pas fane beaucoup de fonds. Outre le négoce, les habitants s’occupent à cultiver un peu la terre et À la pèche , quoiqu’ils (lèchent peu dans la mer , parce que les côtes sont ici fort hautes et difficiles à aborder, en sorte que quelquefois on a de la peine à se servir de petits canots ; mais le poisson de rivière supplée abondamment à ce défaut de poisson de mer. — La rivière de Rio Folia , à qui apparemment les Portugais ont donné ce nom à cause de sa rapidité et de la vitesse avec laquelle elle se décharge dans la mer, sert de borne à ce pays. C’est une rivière fort belle et fort large, dont les eaux se déchargent dans la mer en si grande abondance et aver tant de force, que quelquefois on s’en aperçoit à trois ou quatre lieues du rivage. Je ne sais point combien loin elle s’étend dams le pays ; elle entraine par la rapidité de son cours une grande quantité de gros arbres, qui, s’arrêtant à son embouchure, font que l'eau s'élève à une hauteur épouvantable, ce qui cause une agitation continuelle; de sorte qu'on n'y peut passer dans un canot que deux fois l’année, et cela ordinairement depuis le mois d’avril jusqu’au mois de novembre, car alors le temps est tranquille sur la côte; et comme c’est immédiatement avant la saison de la pluie , la rivière ne se décharge fias avec tant de force. Mais «près le temps de la pluie, il n'y a point de Negre qui ail la hardiesse d’y passer, car ils sont accoutumés de se tenir toujours auprès des côtes ; ce qu’ils

régulière; quelques milles avant Occo, l’aspect en devient encore plus monotone

ne peuvent faire ici à cause de cette élévation prodigieuse de l'eau , dont je viens de parler. J'ai passé quatre fois devant celte rivière dans un vaisseau, et chaque fois on faisait monter quelqu'un au haut du mât pour savoir si nous avions passé l’embouchure, et celui qui était monté ne manquait jamais de dire que nous en approchions ou que nous en étions un peu à l’orient ou à l'occident ; ce que les capitaines qui avaient peu d'expérience croyaient fortement, et je le croyais aussi avec eux. Mais comme je venais de Kida dans un canot, eu 1699, je fis approcher le canot de U terre autant qu'il fut possible, et que la grande agitation de l’eau qui sort de la rivière le put permettre ; et quoique nous regardassions de fort près, nous ne pûmes découvrir ni embouchure ni la moindre ouverture , et nous vimes que le rapport d'un de mes domestiques , qui avait fait le voyage par terre, était véritable: c'est que celte rivière est extrêmement large auprès de la mer et même beaucoup plus haut; mais que du côté de l'ouest il y a une langue de terre qui s'avance au travers de la rivière et n’y laisse qu'une petite ouverture ; ainsi il est faciles comprendre qu'étant d’une largeur extraordinaire et ayant un cours très-rapide, le flux de l’eau qui sort par cette petite embouchure doit être extrêmement fort et violent, ce qui ne serait pas si l'embouchure de la rivière était proportionnée à sa largeur. — Lepaysde Colo, que la plupart appellent le pays de Lampi , prend son commencement à l'orient de cette rivière. Il y a environ quatorze lieues depuis la rivière jusqu’au village de Colo ou Frrhou. Ce village a été autrefois le lieu où résidait le roi de Colo, et c’est là que je l’ai vu et que je lui ai parlé en 1698. Ce royaume a très-peu de forces, et elles diminuent meme tous les jours par les guerres qu’il a aver ceux de Popo et qui ont duré déjà quelques années; et comme ils sont à peu près égaux en forces, à moins qu’ils ne fassent la paix, il esté craindreque leurs différends ne 6e terminent pas de longtemps, ou il faudrait que l’un des deux pût mettre quelque autre pays dans ton parti. Mais ceux d ' Àquamlioii , qui les veulent conserver tous deui, empêchent bien cela, envoyant continuellement du secours à celui des deux qui a du dessous. Lorsque Afjuambou était gouverné par deux rois, le vieux roi soutenait ceux de Popo , et le jeune ceux de Colo ; de sorte qu'ils avaient toujours des troupes auxiliaires A' Apiambou. Le temps apprendra comment il* se tireront d’affaire. Après la mort du vieux roi, l'an

GÜTNÉE. M5

et la nature plus aride : le littoral n’est plus qu'une bande sablonneuse, semée çà et là de quelques touffes noirâtres, qui marquent les bords du grand lac salé voisinde l’embouchure du rio Volta dans l'ouest, et communiquant même avec cette rivière. Ce village d’Occo est bâti sur la langue de sable qui sépare la mer du lac salé. La rivière Volta charrie une énorme quantité d'eaux pluviales, surtout pendant la saison des pluies; des navires prétendent même avoir, à cette époque, mouillé devant l'embouchure et recueilli le long du bord de l’eau fort potable. La pointe de la rive droite se termine par un tertre sablonneux, et celle de la rive gauche par un tertre boisé. Il y a moins d’un mille entre les deux pointes. L'entrée de cette rivière est défendue par un plateau de brisants qui s’étendent à plus d’un mille au large et forment une barre redoutable. A quatre lieues plus haut que l’embouchure, sur la rive droite , et au milieu d’un

1700, ceux de Popo prirent si bien leur temps, qu'ils surprirent ceux de Coto, et 1rs obligèrent de sortir de leur pays; mais je ne doute point que le roi il’ Aquambou lie les y rétablisse et ne tienne en bride ceux de Popo. — Le pays de Coto est tout à fait oppose à la côte d'où l'on lire l’or; car la côte est pleine de montagnes, et ici il n’y en a pas une ; le terroir y est fort uni, sablonneux, sec et infertile ; il n'y a pas même d’arbres , si ce n’est des palmistes ou eataoyers sauvages, dont le pays est assez bien pourvu. Il y a aussi du bétail , mais pas autant que les habitants en ont besoin. Us ne manquent pas de poisson de rivière; mais pour du poisson de mer , ils n’en ont point à cause de l’agitation extraordinaire de la mer snr les côtes jusqu’à Artlra. — Leur gouvernement et leur religion est à peu près la même chose que parmi les nègres de celle côte. Ils ont aussi presque les mêmes façons de vivre : ce qu'il y a de plus ici , c’est qu'on voit une quantité prodigieuse d’idoles. Pour ur langage, il est le même quccelui d’Acra, à quelques petites différences près. El comme ils ne négocient presque pas, ils sont aussi fort pauvres, et il s’en trouve très-peu qui soient riches. Leur plus grand profit consiste à aller par le pays et à enlever des hommes, qu’ils vendent aux Européens qui Tiennent ici avec leurs vaisseaux. Voilà ce qui les fait subsister , et c'est tout ce que j’en peux dire. — Il y a environ dix lieues de Coto jusqu'au petit Popo. » ,

15e Livraison. (Guinée.)

village très-considérable, est le fort danois d’Adda. En continuant à prolonger la côte à partir du rio Volta , on passe devant Atakoo , factorerie espagnole à esclaves, dont le territoire releve des possessions danoises, et l’on peut contourner à petite distance la côte basseet arrondie qui prend le nom de cap Saint-Paul et sépare la côte d’Or du golfe de Bénin (I).

La dernière partie de la relation du sieur Villault de Rellefond a pour titre : « Remarques sur les castes d Afrique, et notamment sur la coste d’Or, pour justifier que les François y ont esté longtemps auparavant les antres nations. »

» La plus commune opinion , dit-il , a donné jusques à présent cet avantage aux Portugais d’avoir paru les premiers qui ayent découvert et habité ces costes ; mais c’est une vieille erreur, qui a pris sa naissance et son accroissement dans la longue possession qu'ils en ont eue et le grand pouvoir qu’ils s’estoient donné parmy ces peuples ; cette gloire est deuë aux François , et surtout aux Dieppois, qui y ont navigé plus de soixante ans avant que les Portugais en eussent eu la connotssance. Comme la France commençoit à respirer sous Charles V des guerres et malheurs qu’elle avait soufferts sous le roy Jean son père, les Dieppois, de tout temps addonnez au commerce, attirez par le profit qu’ils y trouvaient et la commodité de leur havre, se résolurent anx voyages de long cours, de passer les Canaries et de costoyer l’Afrique. Pour cet effet , ils équipèrent, au mois de novembre de l'année mil trois cent soixante et quatre, deux vaisseaux du port d’environ cent tonneaux chacun , qui firent voile vers les Canaries et arrivèrent vers Noël au cap V erd, et mouillèrent devant rio Fresca, dans la baye qui conserve encore ce nom de baye de France. Les noirs de ces costez , ausquels jusques là les blancs avoient esté inconnus accouroient de tous les costés pour les voir, mais ne vouloient point entrer dans les vaisseaux jusques à ce qu’ils eussent remarqué que ces gens, bien éloignez de leur faire du mal , les •

(1) Descr. nautique , de s côtes de f Afrique Occid. entne te Sénégal et C Équateur , ch. su

L’UNIVERS

caressoient, et leur avouait apporté quantité de bagatelles, dont la voue les surprit. Pour lors commençant de s apprivoiser , ils apportèrent du morphi ou de l’ivoire, des cuirs et de l'ambre gris, qu’ils eschangèrent pour ces bagatelles.

Les Dieppois voulant pousser plus avant en faisant voile firent comprendre a ces noirs que les années suivantes ils retourneroient et qu’ils fissent provision de ces marchandises, ce que les autres leur promirent. — Au sortir du tapf'erd (qu'ils nommèrent ainsi pour la verdure éternelle qui l’ombrage), ils coururent le sud-est et arrivèrent;! Boidombel ou Sierra- Leone , ainsi que depuis l’ont nommé les Portugais. De la ils passèrent devant le cap de Moule, d ou les habitants de ces deux placesetde toute la coste furent fort étonnez, croyant que tous les hommes estaient noirs, et enfin ils s'arrêtèrent à l’emboucheure d'une petite rivière près de Rio-Sextos, où est un village qu’ils nommèrent le Petit-Dieppe , à cause de la ressemblance du havre et du village, situez entre deux costeaux. Là ils achevèrent de prendre leurs charges de morphi et de ce poivre appelle maiaguette ; et I année suivante mil trois cent soixantecinq , a la lin de may, furent de retour a Dieppe, ayant fait des profits qui ne se peuvent exprimer, n’ayant demeuré que six mois dans leur voyage. La quantité d'y voire qu'ils apportèrent de ces costes donna cœur aux Dieppois d y travailler, oui depuis ce temps y ont si bien réussi, qu’aniourd'huy ils se peuvent vanter d’estre les meilleurs tourneurs du monde en fait d’yvoire. — Au mois de septembre ensuivant , les marchands de Rouen s’associèrent avec ceux de Dieppe, et au lieu de deux vaisseaux en lirent partir quatre, desquels deux devaient traiter depuis le Cap-Vcrd, jusques au Petit- Dieppe , et les deux autres aller plus avant découvrir tes costes. La chose ne fut pas exécutée ainsi que Ion 1 avait projetée; car un de ces vaisseaux qui dévoient passer plus outre s arresta au grand Sestre, sur la coste dite Mala- Buctte, y trouvant une si grande quantité de ce poivre, qu'il crut devoir en charger et qu'il ne pouvoft faire plus grand profit ailleurs. Il en prit sa charge, et l’autre poussa plus outre. 'Le grand

accueil et la douceur avec laquelle les habitants de ce lieu les receurent, joints à la riviere et à la richesse de ce poivre, firent qu’ils appelèrent ce lieu Paris.

Les deux autres cependant faisoient leurs charges sur ces costes, où ils avoient déjà esté, et à trois semaines l’un de l'autre retournèrent au bout de sept mois, richement ciiargez de cuirs, d'vvoire et de ce poivre qu’ils portèrent ensemble chez ies autres nations,—

Le quatrième vaisseau passa la coste des Dents et poussa jusques à celle de l’Or, d'où il en rapporta quelque peu , niais quantité d’yvoire. Comme ces peuples ne leur avoient pas fait si grand accueil que les autres , surtout ceux de la coste des Dents, qui sont très-méchants , les marchands, sur le rapport de leurs commis, se bornèrent au Petit-Dieppe et au Grand-Sestre ou Paris, où ils continuèrent d’y envoyer les années suivantes, et mesme une colonie ; d’où vient qu encore aujourd’huy le peu de langage que l’on entend de ces peuples est françois. Le grand profit qui se trouva dans le débit de ce poivre donna envie aux estrangers de faire ces voyages et d’aller eux-mesmes choisir ce qu'ils acheptoientdes Dieppois ; c’est pourquoy environ l’an 1375 , dix ans après que noos y estions , ils commencèrent d'y traitter; niais voyant que les François y avoient partout des loges, comme au Cap- Perd, Sierra-Leone et Cap de Monte, le Petit Dieppe et grand Sestre, et que les Mores les aimoient, de sorte qu ils ne pouvoient souffrir ies autres; ils quittèrent le commerce, qu’ils reprirent peu après, et depuis ont toujours continué. — Comme le profit commença à diminuer par la grande quantité de marchandises que les François et les étrangers apportent de ces costes, ceux de Dieppe et de Roüen résolurent de renvoyer au mesme endroit, plus bas, où seize ans auparavant le premier navire avoit trouvé de l’or. — Pour cela au commencement du règne de Charles VI , en l’an 1 380, ils équipèrentà Rouen un vaisseau du port d’environ cent cinquante tonneaux , appelé la Nostre-Darne de bon voyage, qui partit en septembre, quoy qu’il fust prest longtemps auparavant : mais, parce qu'ils avoient déjà remarqué que les pluyes qui toin-

GUINÉE

bent sur ces eostes aux mois de juin, juillet et aoust, estoient très-dangereuses et causoient plusieurs maladies dont il estoit mort beaucoup de monde dans leurs habitations. Ce vaisseau arriva vers la fin de décembre à la rade des lieux où seize ans auparavant ils avoient esté. Les habitants qui avoieut reconnu que, dans les terres plus avancées, ils recherchoient les marchandises qu'ils avoient acheptées de nous, et que nous les traitions doucement, apportèrent quantité d’or, et le vaisseau , neuf mois après, retourna à Dieppe richement chargé. Ce fut ce qui commença de faire fleurir le commerce à Roüen. — L’année suivante, ils y envoyèrent jus-

3ues à trois vaisseaux, qui partirent e Dieppe, le 28 septembre, nommez la t 'ierye, te Saint-Nicolas et l’Espérance. La f ’ierge s’arresta au premier lieu que l'on avoit découvert (qu’ils appelèrent la Mine) pour la quantité d'or qui s’y apportoit des environs. Le Saint-Nicolas traita à Cap- Corse et Mouré, au-dessous de la Mine, et t Espérance alla jusques en Akara, ayant traité à Fantin , Sabou et 6’orriientin. Dix mois après ils retournèrent , et sceurent si bion persuader les marchands, leur vantant le pays , la douceur des habitants et la quantité d’or que l’on en pourrait tirer, qu’entin ils résolurent de s’y établir et abandonner pldtost tout le reste. — En 1383, ilsy envoyèrent trois vaisseaux , deux grands et un petit, ui dévoient passer au delà d’Akara pour écouvrir le reste des eostes : les deux grands estant lestez de matériaux prores à bâtir, estant à la Mine, ils y rent une petite loge, où ils laissèrent dix à douze hommes , et s’en revinrent encore richement chargez dix mois après leur départ. Mais le petit vaisseau qui vouloit passer Cormentin et Akara, ayant esté emporté par les marées , fut Contraint de retourner, et arriva trois mois auparavant les autres avec la moitié de sa carguaison. On le lit partir dans l’instant que les autres furent venus, pour porter des rafraîchissements à ceux qui estoient demeurez dans la nouvelle habitation de la Mine, qui en quatre ans s’augmenta si fort par la grande colonie qui s’y alla établir, qu’ils y bâtirent une église que l’on y voit

encore aujourd’huy. — Ces commencements estoient trop heureux et les profits trop grands pour avoir de longues suites. Les guerres civiles ayant commencé en 1410, le commerce dépérit avec la mort de quantité de marchands, et au lieu de trois et quatre vaisseaux qui partoient tous les ans du port de Dieppe, c’estoit beaucoup quand, pendant deux ans, ils pouvoient en mettre un à la mer pour la costed’Or et un autre pour le Grand- Sestre. Enfin, les guerres augmentant.ee commerce se perdit tout à fait. — Cependant les Portugais commencèrent de vouloir aller plus loin que les isles du Cap-Verd qu’ils tenoient, et de tâcher à s’établir aussi bien que les François à la coste d’Or. Pour cet effet, du règne de Jean Ier , roy de Portugal , ils équipèrent un grand vaisseau à Lisbonne pour courir les eostes d’Afrique, où ils se trouvèrent au temps des pluyes , ce qui leur donna tant de maladies, qu’ils furent contraints de les abandonner, et, voulant regagner le vent pour retourner en Portugal, furent portez le vingt-troisième jour de décembre 1405, feste de Saint- Thomas, dans une isle sous la ligne, u’ils nommèrent â cause de ce l’isle e San-Thome ou Thomas. Là ils commencèrent à bâtir et y faire des cases , voyant que toutes les choses nécessaires à la vie s’y trouvaient en si grande abondance, et envoyèrent en rendre compte au roy de Portugal, qui y renvoya en 1407. — Peu de temps après ils vinrent à l’isle du Poivre, et de là dans la terre ferme, vinrent au Bénin, passèrent en Akara, où ils trouvèrent de l’or, ce qui leur donna tant de joye qu’ils résolurent de retourner à San- Thome pour chercher les choses nécessaires pour faire des habitations sur ces eostes, ce qu’ils firent et rendirent compte de tout au gouverneur de cette isle, qui ne perdit point de temps. — En 1433, il envoya des caravelles , qui s’avancèrent jusques à la Mine (que nous avions abandonnée vingt ans auparavant, n’en ayant joüy que trente ans, à cause des* guerres). Ils y arrivèrent le vingt-troisième avril , feste de Saint-Georges, sous le règne de Charles VII, roy de France, des malheurs duquel ils profitèrent, et qui ne nous avoient pas fait seulement abandonner

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cette place, mais aussi toutes celles que nous avions sur les autres costes. — I.es Mores, qui s’estoient bien trouvez de nous, les reçeurent à bras ouverts, les mirent en possession de nostre habitation, leur firent mille caresses, et achetèrent leurs marchandises au prix qu’ils voulurent. Les Portugais, voyant ces profits immenses , le font sçavoir au roy de Portugal, Jean II, qui y envoyé trois vaisseaux avec exprès commandement d'y bastir un chasteau; ce qui.fut fait en 1482, sur la fin du règne de Louys XI, roy de France , et donnèrent à ce" chasteau le nom de Saint-Georges de la Mine, en mémoire de ce qu’ils y estoient arrivez le jour de Saint-Georges, quarante-neuf ans auparavant, a’où ensuite ils se sont répandus dans les terres et par toutes les costcs d’Afrique. — Le chasteau basti , le roy de Portugal forma une compagnie pour faire ce commerce à l’exclusion de tous autres, laquelle rendit de grands revenus au roy. Comme elle se sentit assez puissante quelaue temps après, elle bastitle chasteau d’Axime au delà du cap de Tres-Puntas, un fortin en Akara, et une rase en Achema, à cause de la bonté du lieu, d’où ils tiraient la pluspart des choses nécessaires à la vie. — Les Mores, qui ne croyoient point que ce fust pour les maistriser qu'ils bastissoient ainsi, les laissoient faire, amusez de leurs belles promesses , qui n’aboutirent qu’à les assujettir, ce qui arriva peu de temps après; car cette compagnie, petit à petit, s estant rendue maistresse, commença de tyranniser les Mores, leur faire payer des impôts, les maltraiter, les contraindre au payement d'un certain droit pour le poisson, etgagnaient toujours le paîs, dont s’estant rendus maislres, ils commencèrent tout de bon d’user de violence envers les Mores, leur renchérir les marchandises, et les leur faire achepter au prix qu’ils vouloient, ce qui les aigrit si fort, qu’en l’an 1570, après avoir seuls et absolus possédé ces terres l’espace de plus de cent ans , ceux d’Akara se révoltèrent, et, ayant attiré des marchands des terres plus reculées, sous ombre de négoce, s’en allèrent au fort, où ils tuèrent tous les Portugais. — Cecy rapporté au général de la Mine, il y envoya des canots avec des soldats et des

marchandises ; mais les Mores ne voulurent jamais les souffrir descendre à terre : c’est pourquoy ils furent contraints de mettre leurs marchandises sur le sable que les Mores venoient prendre, y laissant autant d’or qu’ils avoient accoûtumé d’en payer; et pour leur faire perdre tout a fait l’esperance d’y pouvoir rentrer, c’est qu’ils rasèrent le chasteau de fond en comble. — Cependant les François, qui commençoient un peu de respirer après tant de guerres civiles et étrangères, au commencement du règne de Henry III , reprirent ces voyages et vinrent premièrement sur les costes de Malaguette, et passèrent de là sur celle d’Or ; mais appréhendant les Portugais, qui y avoient toujours de bons vaisseaux, ils ne trafiquoient que dans les lieux éloignez de la Mine, comme Akara, où ils arrivèrent pendant ces désordres. — C’est pourquoy ces peuples , voyant qu'ils ne manqueraient plus d’étrangers pour leur apporter, ce qui leur faisoit besoin , et que les François ne vendoient pas si cher leurs marchandises , et les traitoient plus doucement que les Portugais, se résolurent au massacre cy-dessus , et y établirent les François , qui de là allèrent à Cormentin. — Les Portugais , voyant que de tous costez ils ne pouvoient empescher les Mores de négocier avec les François, qui, outre les deux habitations qu’ils' avoient déjà à Akara et à Cormentin, avoient encore basti un fortin à Takorai, au commencement de la coste, se résolurent d'en venir à la violence avec les Mores, brûlant de nuit tous leurs canots, leur faisant des deffenses sur peine de la vie, et les iaisant esclaves , ce qui ne servit de rien ; c’est pourquoy ils s’en prirent aux François qui venoient à Mouré et a Cap- Corsé. Ayant fait venir deux navires de guerre de Lisbonne en l’année 1586, dix ans après que les François y furent retournez, ils nous coulèrent a fond en Akara un grand vaisseau de Dieppe nommé l’Espérance , tuèrent une partie des gens , et firent le reste prisonnier. Cinq ans après , ils nous firent encore la mesme chose en 1591, ayant brûlé un grand vaisseau qui estoit à la rade du Cap-Corse , et en diverses autres rencontres brûloient nos chaloupes, tuoient nos gens et

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fhisoient des prisonniers, qui n’osoient pas après se sauver, à moins que de vouloir perdre la vie. C’est pourquoy tout cecv , joint aux pierres civiles <fü temps dé Henry III et Henry IV, d’heureuse mémoire, qui tenoient occupez les François chez eux , fut cause que nous abanaonnasmes tout , aimant mieux manquer de gagner que d'estre perpétuellement au hazard de perdre la vie; ce que nous ftsmes et quittasmes nonseulement la coste d’Or, mais aussi toutes les autres. — Or, par ce que dessus, je conclus que les François ont les premiers habité ces terres, qu'ils les ont connues avant les Portugais, et que les Dieppois doivent avoir cet avanlage.qui leur est justement deu , d' avoir esté les premiers navigateurs d'Europe. »

Telle est la tradition que les savants portugais, et surtout M.le vicomte de Santarem , repoussent et combattent comme une lausse prétention dénuéede toute autorité et de tout fondement , comme une thèse inventée à plaisir par Villault de Bellefond , ou tout au moins comme un récit purement tiré de son imagination.

Dans son livre intitulé .Memoria sobre a prioridade dos descobrimenios porlugtiezes na costa d Africa occidental para servin de illustraçdo d Chronica daconquistadeGuinépor Azurara (I),

(i) Le manuscrit de la chronique de la découverte et de la conquête de la Guinée par Gonier Eannez de Azurara fut découvert, en ■ 837, à la Bibliothèque Royale de Paris, par M. Ferdinand Denis, qui en publia aussitôt une notice dans ses Chroniques chevaleresques de l’Espagne et du Portugal. M. le vicomte de Garnira , envoyé extraordinaire de Portugal en France, obtint aisément du gouvernement l’autorisation de le publier. Ce texte précieux, que M. de Carreira avait pris la peine de transcrire lui-même, parut, en 1841, à Paris, à la librairie portugaise de M. Aillaud, sous le litre de : Chronica do Descobrimento e eonquista de l initie , cscrita por mandado de tlrei D. Affonso y , sol a direccao identifiai e secundo as inslrucçncs do illustre infante D. Uenrique , pelo chronista Gomes Cannes de Azurara; fielmente trastadada do manuscrito original contemporaneo , que se conserva na bibliothcca Real de Paris , e dada pela primeira rez d lus , per diligencia do visconde da Carreira, etc., precedida de a ma introdueçao , e illustrada com algumus

M. le vicomte de Santarem pose en fait que, si la priorité des voyages et des

notas pelo visconde de Santarem, etc., e seguida dum glossario das palavras e phrases antiquadas e obsoletas , 1 vol. in-8°. » L’ou-

• vraged’ Azurara, dit M. de Santarem dans « cette préface, est un des monumenis histo- « riques les plus précieux , non-seulement - pour l’histoire du Portugal , mais aussi « parce que c’est le premier ouvrage écrit « par un Européen sîtr les pays situés au a midi du cap Bojador. Il est le premier qui « ait réuni et coordonné les relations de ces

• hardis aventuriers qui osèrent pénétrer les a premiers dans la mer ténébreuse des Arabes a et franchir la barrière qui avait jusqualurs a arrêté tous les navigateurs européens. Dans a tout le cours de son ouvrage , Azurara nous a montre une érudition aussi vaste que varice, a et nous donne la mesure des connaissances a que possédaient les savants portugais du a quatorzième et du quinzième siècle. Il cite a souvent, non-seulement la Bible et les saints a Pères, et les classiques grecs et latins , mais « encore les auteursarabes, ainsi que les voyaa gcurs et les romanciers de l'Rqiagne, de ITa talie, delà France et même de l'Allemagne, a La fidélité d' Azurara comme historien est in a contestable. U est tellement scrupuleux, que a souvent il aime mieux laisser sa relation tna complète que de s’appuyer sur des renseia gnements douteux. L intimité dont l’honoa rait l'infant don Henri, qui était lé me de a toutes ces entreprises, lui procura les moyens a non-seulement de consulter les documents a authentiques, mais aussi de recueillir les a faits de la bouche même des chefs de ces a expéditions, qui étaieul presque tous des a gentilshommes de la maison de l'infant, a L'ouvrage d’ Azurara était regardé depuis a longtemps comme perdu. Jean de Barros a est le seul auteur qui paraisse en avoir a connu quelques fragments, et du temps de a DamiendeGocs.il était déjà complètement a oublié. Il ne serait pas étonnant que le roi a dou Alphonse V eut fait présent du manus- > crit original à son oncle Alphonse, roi a de Naples, grand ami de la littérature et « des livres , auquel il envoya, vers le coma mencement du quinzième siècle, Marlino a Gonzalez Bcrredo eu qualité d’ambassadeur, a II parait que ce manuscrit fut transporté a à Valence, probablement par le duc de a Calabre, dernier descendant du roi Al* a plionse , et qu’il y fut examiné par Fr. a Luiz de Souza, qui en donne une description a assez exacte; mais depuis cette époque a on en perd entièrement la trace , et 1 on « ignore quand et comment il est entré dans

>ale

L’UNIVERS

découvertes en Afrique, faussement attribuée aux navigateurs normands par Villault de Bellefond , comme aussi par des auteurs espagnols et italiens à des navigateurs de leur nation , eût été le moins du monde accréditée aux époques reculées qu’ils ne craignent pas de fixer rigoureusement, les cosmograplics contemporains de ces découvertes, par amour intelligent de la science, ou par pntriotisrae.n’eussent pas manque de consigner dans leurs cartes ces premiers progrès de la science géographique; et il montre au eoutraire que toutes les cartes historiques, toutes leseartes marines, anterieures aux découvertes des Portugais sur la côted'Afrique, s’arrêtent au parallèle des Canaries, et que la côte qui se prolonge au delà du cap Bojador n’est ni tracée ni nommée, « preuve plus qu’é- « videntede l’ignorance où se trouvaient « les premières nations de l’Europe au ■< sujet du trace et du gisement de cette ■■ côte et des nays situés sur le littoral. » L’examen de la mappemonde offerte, en 1321 par le Vénitien Marin Sanuto au pape Jean XXII, delà mappemonde des frères Pizzigani, datée de 1367, et conservée dans la bibliothèque de Parme, de la fameuse carte Catalane de 1375, de la curieuse mappemonde qui se trouve dans le manuscrit des Chroniques de Saint-Denis (Bibliothèque de Sainte-Geneviève), dessinée de 1364 à 1380, et revêtue du seing de Charles le Sage, roi de France, démontre, en effet, que les Canaries ou le cap Bojador étaient considérés par les cosmographes du quatorzième siècle comme la limite des connaissances et de la navigation à la côte occidentale d’Afrique. A propos du dernier document que j'ai nommé et qui nous intéresse particulièrement, M. de Santarcm fait la remarque que cette mappemonde représente sûrement l’etat des connaissances géographiques à l’époque de Charles V , et qu’il serait absurde de supposer que Charles V, qui y apposa sa signature; ce roi savant et éclairé, qui fit à l’histoire de Philippe de Valois des corrections ou additions si importantes ,

- la Bibliothèque Royale de Paris. » A défaut de l’édilion princeps, on peut consulter avec fruit l’analyse critique qu'en a donnée M . Ternaux-Compans dans les Nouv.^innala des f'uyages, t. XCI, p. 3i8-33y.

qui annota le manuscrit des grandes Chroniques de Saint-Denis, qui fit traduire par Nicolas Oresme les livres d’Aristote du Ciel et du Monde, n'eût pas tenu à voir représenter sur cette mappemonde des découvertes qui illustraient son règne, quand d'ailleurs il semble constant que le cosmographe y a dessiné le paradis d’après la description alors toute récente du fameux Jean de Mandeville. « Si donc, ajoute M de Santa- « rem, les prétendues expéditions des « Dieppois en Guinée avaient eu lieu « sous le règne de Charles V, entre « 136-1 et 1380, et si ces mêmes Diep- « pois avaient formé des établissements « dans le pays, cet immense progrès « géographique aurait été de toute né- « eessité consigné dans ce monument • contemporain; mais bien loin qu'il en « soit ainsi, lesseulsnomsqu’ony trouve « pour l’Afrique, de l'orient jusqu’à 1W « eident , sont ceux d 'Égypte, de Jlat/y- « loue, de Thé b aide , d’Alexandrie,

« A' Ethiopie , de Nilus, etc., et pas le « moindre indice qu’on eût connaissance « de la côte occideutale de l'Afrique, a même au delà du cap Nun. » M. de Santarem reproduit cette même remarque, avec une même conclusion, en parlant de l’ouvrage cosmographique, imago mundi , du cardinal Pierre d’Ailly, V aigle des docteurs de France , mort en 1420 ou 1425. — Puis, poussant plus loin, il établit que les caries, géographiques et historiques tout ensemble, postérieures au passage du cap Bojador par les Portugais, c'est-à-dire a l'année 1434, démontrent encore qu’après cette époque seulement les cosmographes des autres nations commeucèrent à ajouter à leurs cartes le tracé de la côte occidentale d’Afrique, adoptant en général la nomenclature hydro-géographique des Portugais dans leurs cartes marines ; « preuve évidente et sans répli- « que de leur incontestable priorité. » Il suit aussi et fait ressortir avec un grand intérêt un perfectionnement progressif et constant dans les travaux cartographiques des étrangers à mesure que les Portugais avançaient dans leurs explorations. Or, sur aucune des nombreuses cartes italiennes , espagnoles et hollandaises que M. de Santarem a examinées, ne parait le nom de Petit- Dieppe,

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que, suivant Villault, les Dieppois auraient donné, dans le quatorzième siècle, à un point voisin du rioCestos. — Mais la partie de cette savante dissertation qui semble avoir le plus de force contre l'authenticité de la tradition racontée par Villault est celle où M. de Santarem prouveque les Français eux-mêmes, et en particulier les Normands, n’employèrent d’autre nomenclature hydrogeographique que celle des cartes portugaises, et que le nom de Petit-Dieppe parut , pour la première fois , dans une carte de Guërard faite à Dieppe en 1631, c’est-à-dire postérieure de cinq ans à la première date authentique retrouvée par le père Labat et rétablie dans l'histoire des relations commerciales de la compagnie de Dieppe et de Rouen avec la itôte occidentale d’Afrique : ainsi, sans parler d’une carte inédite d’Afrique, datée de 1533 et insérée dans les premières Œuvres de Jacques de y aulx , pilote pour le roi en la marine, la relation des voyages d’un capitaine de Dieppe, du temps de François I", insérée dans la collection de Ramusio (t. III, 1556), au paragraphe intitulé Del viaggio che si fa •ne lia Costa délia Guinea , contient toute la nomenclature portugaise, sans y mêler les noms de Petit- Dieppe et de Sestro-Paris, et garde le silence sur la prétendue priorité des découvertes des Normands dans ces mêmes parages, tandis qu’on y trouve mentionnes exactement les navigateurs de toutes nations qui ont fait la decouverte des diverses parties de l’Amérique. L’auteur de cette relation, qui parait d’ailleurs fort instruit, se plaint de ce que les Portugais ein-

I léchaient alors les Français d’aller faire e commerce en Guinée , au Brésil et à la Taprohane. * Il faut, dit-il, que les « Portugais aient bu de la poussière du « cœur du roi Alexandre, pour montrer « une ambition si démesurée. S’il eût « été en leur pouvoir de fermer le pas- « sage des mers depuis le cap Finistère « jusqu’à l’Irlande , ils l’eussent déjà fait « dès longtemps; aussitôt qu’ils ont na- « vigué le long d’urfe côte, ils s’en cm- « parent et la considèrent comme leur « conquête. » Enûn, tout dans cette relation porte à croire qu’à cette époque les armateurs normands, bien loin de disputer aux Portugais la priorité de ces

découvertes, n’avaient pas conservé le

filus fa i ble sou venir des établissements de eurs compatriotes dans le quatorzième siècle à la côte de Guinée. Par exemple , en parlant du château (ta Mina , ce capitaine dieppois , sans faire ni réserve ni remarque, dit simplement : « Depuis le « cap Vert jusqu’à la riviere de Mani- • Congo, on ne voit qu’un seul fort, qu'on « appelle le château da Mina (1), dans

(i) L’une des choses que M. de Santai'em s’est le plus efforcé de mettre hors de doute,c est que le château de la Miue fut bâti par les Portugais; il en trouve la preuve irrécusable dans une charte du roi Jean II, datée dut- mars >485, tirée des archives royales (Torre deTombo), et i ii -crée dans un Mémoire de M. da Silveira, relatif à la découverte des terres du Prêt re- Jean et de la Guinée par les Portugais. Par cette charte , le rotvoctroie au capitaine Diogo d’Azambujs, en récompense de ses grands services, et notamment de la construction de la forteresse ou château de Saint-Georges da Mina en Guinée , la permission d’ajouter uu château k ses armoiries. M. da Silveira prête une force nouvelle à ce document en le rapprochant d'un passage de l’ouvrage inédit de Duarte Puclieco , dédié au roi Emmanuel le Grand, et intitulé De situ Orbis ; « Quoique « nous ayons déjà rapporté dans le second li- « vre ruminent l'excellent roi don Alphonse V ■ de Portugal avait fait découvrir la Mine (en « janvier 1471, par Jean deSantarein et Pe- « ilro d"Escovar, chevaliers du roi ), et que « nous ayons cité les capitaines et les pilotes «qu'il avait envoyés à celte expédition, il ■ convient de dire maintenant comment le « scrénissime prince, le roi don Jean II de « Portugal, son fils, a fait exécuter , apres la « mort de son père, la première fondation du « château de Saint-George de la Miue, lequel, « d'après l'ordre de ce prince magnanime , fut « construit par Diogo d'Azamlnija, chevalier — de sa maison et commandeur d- Aller Pedroso, « le ier du mois de janvier de 148a , y étant « allé avec neuf caravelles montées par des « hommes très-honorables et dont il était le • commandant eu chef. Il commandait eu « outre deux ourques de quatre cents lou- « neaux chacune, qui avaient â leur bord une « grande quantité de chaux, de pierres de « taillé ciselées et d'autres objets à l'usage « de semblables constructions. Malgré les • grandes contestations qui s'élevèrent entre « nos gens et les nègres de cette terre, qui « voulaient s'opposer à cette construction, « on est venu enfin à bout de la bâtir malgré « eux , et de lu terminer avec beaucoup d’u*

LUMVERS.

« lequel leroi de Portugal a une trentaine « de personnes pour commercer avec les • nègres qui descendent des hautes ter- « res avec de l’or et de la malaguette , « qu’ils vont échanger encore au Rio- « dos-Cestos , où se fait le plus grand « commercede la côte. » M. de Santarem cite encore une carte d’Afrique de 1542, faisant partie d'un atlas inédit , de Jean Rots ou Roty de Dieppe, destiné d'abord au roideFranee, puis dédié à Henri VIII; une autre carte appartenant à un atlas dessiné pareillement à Diepuc, en 1547, par Nicolas Falard de la meme ville; la dix-huitième feuille de l’atlas inédit de Guillaume le Testu, pilote français, dédié à l’amiral Coligny en 1555,etcônservéau dépôt de la guerre; les cartes d’Afrique gravées, qui accompagnent la traduction de Léon l'Africain , publiée à Lyon en 1556, par Jean Temporal, et la Cosmographie de Belle-Forest (Paris, 1575); l’ouvrage de I'hevet, cosmographe du roi , publié cette même année ; une carte inédite en parchemin , datée du 7 juillet 1601 , et faite à Dieppe par Guillaume Levasseur, sur laquelle le nom de Rio-dos-Cestos est écrit à l’encre rouge; une autre carte manuscrite en parchemin faite, en 1625, par Dupont de Dieppe : sur toutes ces cartes manquent les noms de Petit-Dieppe et de Sestro-Paris , dans toutes la nomenclature est exclusivement portugaise , presque toutes enDn portent les signes de possession des rois de Portugal. Enfin, une carte d’Afrique en parchemin , dessinée à Dieppe par Jean Guérard, en 1631, présente, pour la première fois, avec le nom de Rufisque, forme peut-être cor-

« tilitéet d'activité, qui alors était de grande « nécessité pour nous défrndre et nous ga- « rantir tous; ensuite le même roi Jean H « a jugé qu’il convenait d'y faire beaucoup • de constructions , et noos savons que dans « toute l'Éthiopie de Guinée , depuis la créa- « lion du monde , ce château a été le pre- « rnier édifice qui fût construit dans cette ré- « gion , édifice dans lequel noire seigneur a « fait immensément prospérer leconmfferce, » — M. de Santarem produit encore à l'appui de ces documents authentiques une huile du )iape Sixte V, do i r septembre 1481, en faveur des Portugais qui viendraient à mourir durant la construction du château de la Mine. ( Bulletin de la Soc. de geogr., IU'scr.,t. V,janv. 1846.)

rompue du nom de Rto-Fresco, celui de Petit-Dieppe, parmi une nomenclature toute portugaise d’ailleurs , ou traduite du portugais en français. « Si donc, dit « M. de Santarem en résumant ces « nombreuses preuves , dans toutes les « cartes d’Afrique de toutes les nations < de l’Europe , sans excepter même ° celles faites par les cosmograpbes a français dans le courant du seizième « siècle , les éléments de la nomencla- ■ turegéographique quel’on a employés, » sont ceux des cartes portugaises du « quinzième siècle, et si même dans a celles des cosmographes de Dieppe, a on 11e trouve point l’indication de « Petit-Dieppe ; si ce nom parait pour a la première fois dans la carte de a Guérard de 1631 , il est évident que « cette dénomination ne fut donnée a au point contigu au Rio-dos-Cestos a qu’après l'établissement de la compaa gnie des marins de Dieppe et de « Rouen, fondée en 1626, c'est-à-dire « un an après la rédaction de la carte de « Dupont, d’autant plus que cette com- « pagnic déploya une grande activité, et « obtint de grands bénéfices depuis cette « année jusqu’en 1G64, administrantses « factoreries d’Afrique par des direc- « leurs deson choix, et pourvoyant à ses « moyens de défense sans l’intervention » du gouvernement. » — D’autre part, M. de Santarem reconnaît dans i’ecole géographique fondée par Sanson le père , sous la protection de Richelieu , et continuée par ses enfants et son neveu Duval, une tendance toute franaise , si je peux dire. Dans les cartes de anson le pere, datées de 1650, la nomenclature portugaise disparaît; quarantesept noms portugais inscrits sur toutes les cartes antérieures, entre lecapBojador et le cap Vert, sont supprimés, et cette suppression affectée n’est nullement réparée dans la carte d’Afrique publiée narson filsen 1669 : en outre, sur cette même carte, composée d'après les relations les plus récentes (etsans doute la relation de Villault de Bellefond est comprise danscetteindication générale), le nom de Petit- Dieppe est marqué vers le 5' degré et demi de latitude nord (1).

(1) Didlelin de ta Soc. de geogr., IIe série, t. X.VJ, p. 2oi-a65.

GUINÉE

Les conclusions du Mémoire critique de AI. le vicomte deSantarem, dont nous nous sommes efforcé de recueillir exactement et de mettre en relief les principaux traits, ont été fortement combattues par M. d’Aveznc, et, suivant nous, avec toute probabilité. Dans l'histoire des découvertes géographiques, comme dans toute histoire en général, il faut reconnaître et admettre une première époque, obscure, dénuée de documents authentiques et faiblement éclairée par quelues rares traditions. Des expéditions 'aventuriers hardis, des entreprises d'heureux marchands, ont dd précéder les grandes explorations conçues et poursuivies par les gouvernements dans un esprit de conquête , ou dans l’intérét du commerce et de la science ; mais naturellement ces découvreurs officiels ont fait oublier les éclaireurs isolés et sans nom ; et « presque toujours le droit de « découverte, et même de première oc- ■ cupation, fruit d’entreprises privées, « a été considéré comme non avenu « et complètement effacé par la prise i de possession des gouvernements. »

Est-ce donc une coupable injustice ou une prétention vaine et excessive que de vouloir rendre à chacun sa gloire et de rechercher les traces de ces premiers voyages qui ont ouvert le chemin? de croire, par exemple, avec une naïve et sincère admiration au récit des navigations dieppoises, en reconnaissant hautement que les premières notions positives acquises à la science géographique dans l'océan Occidental , sur les côtes d’Afrique, sont dues aux explorations portugaises du quinzième siècle? Nous trouvons cette double vérité historique solidement établie, avec autant de bonne critique que de bonne foi, dans la dissertation de M. d’Avezac, intitulée : Notice des découvertes faites au moyen âye dans l'océan atlantique, antérieurement aux grandes explorations portugaises du quinziéme siècle (I). — Négligeant d’abord la question des navigations dieppoises en Guinée, au quatorzième siècle, M. d’Avezac prend soin ‘de fixer, d’après les

(i) Nouvelles Annales des Voyages, V' série, rahiers d'octobre 1845, do mars cl de mai 1846.

historiens spéciaux des navigations portugaises, Eannes de Azurara et Jean de Barros, les dates certaines de leurs explorations successives le long des côtes d'Afrique , jusqu'au point remarquable de Rio do Ouro; puis, d’après la chronique contemporaine de la conquête des Canaries par le baron normand Jean de Bétheucourt, en l’année 1402, il montre que les Français avaient doublé le cap Noun et le ca*p Bojador, et qu’ils connaissaient le fleuve de l’Or bien avant que le prince Henri poussât sur cette même route les navigateurs portugais , encore tout novices à cette époque.

Mais les Français eux-mêmes y avaient été précédés par des marins catalans, espagnols, arabes, génois : ainsi M. d'Avezac rappelle la mention que fait la carte catalane, de 1375, d’un voyage au fleuve de l’Or entrepris, dès l'année 1346, par le Mayorquin Jacques Ferrer, et sans doute précédé déjà de plusieurs autres; « car on ne fait point un arme- « ment à destination fixe quand on ne « connaît pas, approximativement du « moins, le but que l’on doit atteindre. •

En effet, le souvenir de quelques-unes de ces expéditions plus anciennes s’est conservé : la Chronique des chapelains de Béthencourt parle longuement d’un frère mendiant espagnol qui, deux fois, visita ces parages, et la seconde , • trouva « Mores qui armoienl une galère pour « aller au fleuve de l'Or, et se loua

■ avec eux, et entrèrent en mer, et tin- « drent le chemin au cap de Noun et « au cap de Snubrun (Djoubij, et « puis au cap de Bugeder, et toute la

■ costière devers midyjusques au fleuve « de l’Or. » Le géographe arabe Ebn Sa’yil a raconté aussi le voyage accidentel d'un Arabe de Mauritanie, Ebn Fathyinah , beaucoup plus loin vers le sud , jusque dans le golfe d'Arguin , que les Maures appelaient le golfe Vert. Enfin l’expédition génoise des frères Vivaldi, qui remonte au moins à l’année 1285, d'après les témoignages de Pierre d’Abano, docteur, mort en 1315 ou 1316, et d’Usodimare, historien du quinzième siècle, parait avoir atteint certainement les parages de la Gambie.

J'ajouterai brièvement, d’après M. d’A- , vezac, que les Portugais n'ont atteint que postérieurement a l’année 1431 les

L’UNIVERS

îles Açores , parfaitement connues des Italiens et des Catalans au quatorzième siècle, et tracées en détail sur leurs cartes dès 1331; qu'il est avoué, par les historiens portugais eux-mêmes , que l’existence des Açores fut révélée à l’infant don ilenri par une carte italienne que lui rapporta, en 1428, son frère l’infant don Pédro; que les Portugais n’ont abordé à Madère qu’en 1420 , et qu'on a relevé encore un aveu formel de leurs historiens que des Anglais y étaient arrivés dans le siècle precedent, et que le récit de leurs aventures , recueilli parue pilote espagnol avait déterminé la découverte portugaise de Madère; que ce nom même de Madeira doit être considéré comme une traduction portugaise de la dénomination isola deUo Legname, donnée à cette île par les Italiens, marquée sur leurs cartes du quatorzième siècle, et adoptée même sur les cartes catalanes; qu’en 1420 les mariniers portugais, suivant le témoignage irrécusable de Jean de Barros, n'étaient pas encore accoutumés à voguer en pleine mer, toute leur science nautique se bornant à un cabotage toujours en vue de terre ; qu’enfin les rois Denis le Libéral et Ferdinand ne firent l’éducation nautique des Portugais et ne préparèrent le merveilleux développement de leur marine au quinzième siècle qu’en engageant à leur service d'habiles marins étrangers :en 1317, par exemple, le roi Denis passa un traité avec le Génois Emmanuel Pezagno, et lui conféra le titre d’amiral héréditaire, à la charge expresse de fournir et de tenir toujours au complet un état-major de vingt officiers ginois pour le commandement de ses galères. Dans la relation d’une expédition faite, en 1341, aux Canaries par deux capitaines italiens au service du Portugal, on ne voit figurer que des Florentins, des Génois, des Castillans et d’autres Espagnols, mais pas un Portugais; et lorsque l’infant don Henri fonda, en vue des grandes explorations qu’il avait projetées, l’école nautique portugaise, c’est-à-dire en 1438 seulement, il lui fallut encore avoir recours à l’habileté et à l’experienee des étrangers, et ce fut un Mayorquin qu'il fit veniragrauds frais pour y enseigner 1 art de la navigation aux officiers portugais.

• Il ne s’agit donc plus, dit M. d’A- « vezac , d’engager en faveur des trait ditions dieppoises une lutte contre

• toutes les idées reçues, mais seule- « ment de montrer qu’elles offrent un « exemple de plus ae ces navigations « européennes qui avaient précalé iso- « lément à diverses dates le grand « mouvement maritime qui a valu au

• Portugal une si magnifique page « dans l’histoire du monde. Ce n’est « point à dire que nous ayons la pré- « tention de faire accepter comme in- « contestables dans tous leurs détails « les récits tardivement rédigés de ces « anciennes expéditions des marins nor- « mauds; mais ces récits nous paraissent « du moins admissibles en ce qui con- « cerne les dates de départ et d'arrivée, « les noms et le tonnage des navires « envoyés , les chargements de retour, « les particularités, eu un mot, qui de- « valent être consignées sur les regis- « très officiels du port d’armement; « et ils nous paraissent, daus tous les « cas, faire une foi entière quant à l’an- « tériorité de nos navigations en Gui- « née, à l’égard de celles des Portugais. « Cette antériorité était attestée parles « Africains eux-mêmes aux Hollandais, « successeurs des Portugais; et cer- « tains indices matériels confirmaient » à cet égard les déclarations des natu- « rels. Voici ce que le docteur Olivier « Dapper a consigné à ce sujet dans « la Description de [ Afrique , publiée « en 16G8, en hrdlandais, à Amster- « dam ; Le château de la Miné est « un très- vieil édifice, comme le dé- « montrent différentes dates en divers « endroits. A une batterie en ruiues, « restaurée par les nôtres il y a quel- « ques années, et nommée la batterie

• Française, parce qu’elle était de cons- « tructiou française, et que les Fran- “ çais, suivant ce que disent les indi- » gènes, étaient établis en ce lieu avant « les Portugais , nos gens trouvèrent le

• millésime de l’an 1300; mais les « deux caractères suivants ne purent « être déchiffrés. Sur la petite place

• intérieure existe aussi une inscription « gravée sur pierre, entre deux vieux « pilastres, mais presque entièrement « effacée par l’érosion des pluies, et < conséquemment illisible. Tandis qu’au

GUINÉE. 234

magasin, ou bâtiment des vivres, on voit tout d'abord qu’il a été bâti en l'année 1484 , sous Jean II , roi de Portugal, comme le manifeste le millésime placé au-dessus de la porte, lequel est encore aussi net et aussi entier que s’il remontait seulement à quelques années; d’où il faut conclure que les autres dates mentionnées cidessus doivent être très-anciennes.

— Ces récits i ndigènes, simplement i ndiqués par Dapper , nous les trouvons recueillis avec plus de détail cinquante ans auparavant par le chirurgien allemand Samuel Braun , de Basle , pendant le séjour de trois années qu’il lit à la côte d'Or, de 1617 à 1620, au fort Nassau; il les a consignés dans sa relation, dont le texte original allemand , aussi bien qu’une version latine, ont été publiés à Francfort, en 1625, par les soins de Jean Théodore de Bry, en appendice à la première partie de sa rameuse collection des Petits voyages. Cette relation prouve que Villault n’est point, comme on a voulu le faire entendre, l’inventeur de la thèse qu’il a soutenue. Nous ne pouvons mieux faire que d'en donner ici une traduction littérale : — En ce fort, aussi bien qu’à Accara, j’ai vu des gens qui étaient âgés de cent trente ans, lesquels m’ont dit que déjà bien des années auparavant le comptoir de la Mine avait été fonde par les Français, qui venaient trafiquer en cet endroit. Comme chaque année, trois mois durant, il régnait une pluie mêlée de bourrasques que nous appelons travada, telle que beaucoup de marchandises en étaient endommagées, ils demandèrent aux habitants la permission de bâtir un magasin ou entrepôt, ce que les nègres, qui étaient avec eux en très-bonne intelligence, leur accordèrent volontiers. Ils construisirent donc un assez grand magasin, etlransporlèrent leurs marchandises à terre. Ils établirent ainsi un commerce d'autant plus avantageux qu’alorsles habitants decepays échangeaient l’or contre des marchandises , sans le mesurer autrement qu’à l’œil. Quand les Portugais eurent appris que les Français faisaient avec les nègres uu si bon commerce,

ils vinrent les surprendre a l’improviste, et s'emparèrent du magasin, donuèrent les marchandises aux habitants, et assurèreulqu'ils traiteraient avec eux à de meilleures conditions que les Français. Ces pauvres gens le crurent bonnement, et aidèrent au massacre de ceux qui viurent ensuite.

Finalement, le magasin fut transformé en une église , qui maintenant est très-bien fortifiée et ne sert qu'à leur grand dommage. — La tradition des indigènes, ainsi rapportée en 1 6 1 7 à Braun par des vieillards âgés de cent trente ans, c’est-à-dire par des hommes nés dans les premières années de l’établissement des Portugais, et dout les pères avaient vu les faits consignés dans ce récit; une tel le tradition est uu fait considérable , que ne sauraient anéantir de simples dénégations. Elle est d’ailleurs confirmée par des indices matériels qui ne sont point sans valeur; ces vieilles inscriptions rongées par le temps, surtout celle qui fut trouvée par les Hollandais d ms les ruines ue l'ancienne batterie française, attestaient que les premières constructions du fort de la Mine dataient du quatorzième siècle. Il v a plus : ce magasin français, transformé en église par les Portugais, gardait encore, en 1667, la trace de ses anciens maîtres. Villault de Bellefond, qui visita alors ces parages , l’atteste de la manière la plus précise. Les Hollandais, dit-il, se servent aujourd'hui pour leurs presches delà mesme église que nous y bastlmes, dans laquelle on remarque encore les armes de France. Ainsi, au milieu du dix-septième siècle subsistaient encore au château de la Mine, indépendamment des traditions locales les moins équivoques, des preuves matérielles, contemporaines de l'ancienne possession des Français. — Il v a lieu de penser que les éléments du récit publié par Villault de Bellefond, le premier des expéditions dieppoises en Guinée au quatorzième siècle, avaient été puisés dans les registres de l’amirauté de Dieppe, que le bombardement de 1 694 a ensuite détruits. Quelque prévention que l’on puisse manifester contre l'authenticité des in-

L’UNIVERS

« formations de Viilault, contre la sû-

• reté de son jugement ou l'étendue de « son instruction, même contre sa bonne « foi, on ne peut méconnaître néan- « moins que les détails qu’il donne, fus- « sent-ils douteux, erronés, contTouvés, « le fait fondamental de l’établissement » des Français à la Mine, au quator- « zième siècle, n’en demeurerait pas » moins constaté par des témoignages

• antérieurs, qu’on a pu ignorer ou « perdre de vue, mais qui subsistent, et

• dont on essaierait vainement de con- ■ tester l’autorité. Ceux-là donc nous « paraissent avoir été plus sages et « plus justes, qui, parmi les savants " portugais , n’ont point trouvé impro- « bables les anciennes navigations diep- " poises à la côte de Guinee (l). ils ont « cru, avec raison, que la gloire histo- « rique du Portugal était fondée sur « assez de mérites réels pour n’avoir « pas besoin de disputer la part légitime « d'autres peuples. Disons-le encore « une fois : cette grande route maritime « des Indes, où les frères Vivaldi s’a- « venturaient dès le treizième siècle, « certes les Portugais ne s’y engagè- « rent point les premiers, mais ils y « persévérèrent , et les premiers ils at- « teignirent le but; voilà leur part : elle « est assez belle pour qu’ils n’aient « point à en ambitionner d’autre. »

Les Hollandais succédèrent aux Portugais dans la domination de la côte d Or : en 1637, leur compagnie privilégiée, dite des Indes Occidentales, s'était emparée de la forteresse d’Elmina; deux années lui suffirent dès là pour déposséder entièrement les Portugais, et cette dépossession fut consacrée à tout jamais par le traité de 164 1 (2). La lutte s’en-

(<) Antonio Ribeiro dos Ranlos : Memoria sobre dois antigos ma p pas géographie os.

(a) Le dernier chapitre de la relation de ' idault de Bellefond a pour titre Raisons pourquoi les Portugais furent chasses. « Los Portugais, dit-il, croyant avoir tout gagné d’avoir fait abandonner ces costesaux François, tombèrent de mal en pis : car les Hollandois, qui avoient commencé d'y naviguer dès Lan 1595, y bastirenl le fort de Nassau, et depuis eu ont chassé tout à fait les Portugais. Il n'est pas hors de propos de dire les raisons qui obiigèrent les Mores à aider les Hollandois de tou-

gagea alors entre les Hollandais et les Anglais; mais avant d'en marquer les priucipaux événements , j’emprunterai

tes leurs forees contre les Porlugais , qui se peuvent réduire à cinq principales : la première fut l'arrogance des Portugais, qui n’avoieut uul égard à personne, se faisant servir par les princes et les rois , qu’ils traitoient comme des esclaves, maxime toute contraire pour gagner ces gêna, qui surtout aiment la civilité et l'honneur. — La seconde fut la tyrannie qu'ils exercèrent lorsqu’ils se sentirent maitres du pays. Pour lors ils leur vendirent les marchandises au prix qu’ils voulurent, non en détail, mais en gros, n'ouvrant jamais leurs magasins que les marchands n’eussent au moins 5o marcs d’or, et n’otoient approcher du château sans cela; imposèrent divers droits, jusqu'au poisson ; les obligèrent à des corvées perpétuelles ; et depuis que les François et les Hollandois commencèrent à y traiter, ils meltoient aux fers ceux qui trafiquoient avec eux, jetaient en merles marchandises qu’ils avoient acheptées d’eux, et voyant que ny défenses ny peines ny menaces ne les ponvoient empescher d’aller à bord , ils leur apprirent à falsifier l’or pour tromper les estraugers, jivec cette réserve que quiconque en apporterait au fort serait mis à mort sans distinction de personne, ainsi qu’il arriva au cousin du roy de Comendo , qui, pour avoir apporté de faux or mêlé parmi le bon , fut attaché à la bouche d’un canou auquel on mil le feu , qui estait le supplice dont ordinairement ils se scrvoienL Les trois autres raisons ne furent pas moins puissantes, concernant i’intérest sur lequel ils sont plus délicats qu’aucune autre nation. Ces raisons sont : la première, que les Hollandois leur apportèrent des choses nouvelles, les uoirs aimant lorl le changement ; la seconde , qu'elles estaient meilleures et mieux faites que celles qu’ils acbeptoient des Portugais, et la troisième, qu’ils donnèrent à meilleur compte, les Portugais acheptant à Lisbonne les marchandises qu’ils leur revendoient à la coste, au inesmc prix que les Hollandois les leur donnoient. Ce fut la cause que les Mores prirent une telle aversion pour les Portugais, que oncques depuis ne les parent souffrir, et sur la fin n'osoient plus sortir de leur forteresse. De quoy les Hollandois sceurent si bien profiter, qu’ils les en chassèrent, non sans perte des leurs; car aussi bien que les François, ils ont souvent éprouvé les fourberies et les cruautés des Portugais, mais c’est qu’ils ont esté plus constants que nous autres., » {Voy. dans \'Ristoire générale des voyages de M. Walcktitaer le ch. vi du liv. X.)

GUINÉE. 337

à Guillaume Bosman un intéressant tableau de l'organisation administrative et militaire de la Compagnie hollandaise à la côte d'Or. Le château de Saint-George dF.lminaéUit la place principale de toute la côte et le lieu de résidence du général, du premier marchand, du Gscal et des autres officiers supérieurs. (Tétait là aussi que tous les vaisseaux hollandais venant d'Europe jetaient l'ancre pourdébarquer leurs marchandises et les entreposer dans de grands et beaux magasins à la garde du premier marchand.

Les Hollandais ne tenaient pas proprement un marché pour y vendre leurs marchandises, et ne les envoyaient pas non plus débiter au loin ; mais « les Nègres, ait Bosman, viennent tous les jours nous trouver dans notre fort, et nous apportent de l'or que l’on pèse et puriGe avant que de leur donner des marchandises à la place; et nous n’eu laissons point sortir de nos magasins qui n'aient été achetées et payées, à moins que le marchand ne les voulût donner à crédit ; ce qui serait pour son compte en particulier et non pour celui de la compagnie, à laquelle on ne peut faire aucun tort ni même porter en compte les présents que l’on pourrait faire aux marchands nègres. C’est pour cela que messieurs de la compagnie ont accordé un certain profit au marchand, qui a la direction au négoce sur tout ce qu’il vend ; et ce proGt est assez considérable, non-seulement pour pouvoir faire quelque présent aux Nègres, mais aussi pour en mettre une bonne partie en réserve; ce qui les engage à servir la compagnie avec plus d’affection et de fidélité. — La charge d 'assistant, ajoute-t-il, est la moins considérable de toutes , tant entre ceux qui tiennent les livres, qu'entre ceux qu'on emploie au négoce. On choisissait cidevant les plus capables d'entre les soldats pour servir la compagnie en qualité d’assistants; mais cela n’a plus été permis depuis dix ou douze ans ; car messieurs les directeurs, voyant qu’on employait souvent non-seulement ceux qui en étaient capables, mais aussi ceux qui n*y étaient nullement propres, et même des ivrognes , ont absolument défendu de prendre des assistants parmi les soldats. Un assistant a seize livres par mois etbuit écus ( en flamand rijksdaelder, qui

vaut cinquante sols ) pour sa nourriture. La première charge à laquelle ils peuvent être avancés, est celle de sous-commis ou de sous-marchand, qui ont vingt-quatre francs d’appointements; ce sont eux qui reçoivent presque tout l’or pour la compagnie, et qui en doivent rendre compte au marchand, ou bien au premier marchand, qui est ici le chef du négoce; celui-ci en rend compte à la compagnie, mais c’est à Elmina qu’on en tient les livres généraux. Il y a outre cela h Elmina un maître de magasin, qui a en garde les marchandises liquides, comme le vin, la bière, l’eau-de-vie, de même que les provisions de bouche, comme le lard, la chair salée, les pois, les fèves, le gruau, etc., et c'est lui qui les débite. On choisit parmi ces souscommis les plus anciens ou les plus capables pour les faire premiers commis ou marchands dans nos autres forts, où ils commandentet ont la direction du négoce. Leursappointementssontde trentesix livres par mois, sans compter quatre écus pour tenir un ou deux domestiques, et huit écus pour leur nourriture; ils ont de plus un certain avantage de tout ce qu’ils négocient, comme nous l’avons déjà dit. — Lorsque la place de premier commis à Mourée ou à Cormantin vient à vaquer, on choisit les plus capables de ces marchands pour la remplir, et on augmente leurs appointements jusqu’à quatre-vingts livres par mois, supposé que messieurs les directeurs approuvent le choix que le conseil en a fait ; car messieurs de la compagnie se sont réservé, avec beaucoup de raison, de disposer de ces charges aussi bien que de celle de premier marchand à Elmina, ou, ce qui est la même chose, de la seconde personne decette côte, dont les appointements sontde cent fr. par mois, et qui a la table du général, et quatre écus pour un domestique. Lorsque le premier marchand a servi en cette qualité deux ou trois ans, et que la fortune lui est favorable, il lui peut facilementarriver d’être elevé à cette dignité de directeur général de toute la côte, avec des appointements de trois cents fr. par mois, outre un produit assuré de tout ce qui se négocié sur toute la côte pour la compagnie; ce qui monte à une somme assez considérable, quand le négoce va bien. — I]

L’UNIVERS

n’y a que deux ans que les premiers commis de Motirée et de Cormantin avaient encore le proOt du négoce d’esclaves de Fida ou d ' Ardra; ce qui leur apportait quelque revenu , même nlus que le négoce de l’or sur la côte, et dont il était impossible qu'ils pussent subsister. Mais comme il y a eu des gens malintentionnés qui ont fait croire à messieurs les directeurs que ces commis s’enrichissaient par ce négoce d’esclaves, ils ont trouvé bon de le leur ôter et de le confier aux capitaines de leurs vaisseaux. Le temps nous apprendra si ce changement sera profitable à la compagnie.

Pour moi, s'il m'est permis de dire mon gentiment, je n’en attends rien de bon : la raison de cela est que la plupart de ces capitaines entendent bien la marine et à conduire leurs gens ; mais ils ne savent guère comment il faut se comporter avec les Nègres pour négocier avec eux; et que de plus quelques-uns d’entre eux (quo qu’il y en ait de tort capables) ne soutiendront guère l'honneur de la compagnie auprès des habitants de ce pays, à causcdeleur naturel rustique, et particulièrement lorsqu’on lescoinparera a ceux des autres nations qui viennent trafiquer ici, et qui sont plus civilisés, comme les Anglais, les Français, etc. : mais il vaut mieux laisser aller les choses comme elles pourront, et espérer que tout ira bien. Outre ceux qui sont employés dans fe négoce, ou qui reçoivent des Negres l’or qu'on négocie, il y a encore d’autres officiers dont je vais parler. Il y a en

firemier lieu le fiscal, qui a cinquante ivres d'appointements par mois, la table du général, et quatre écus pour son valet. Les gages d’un fiscal sont fort médiocres , comme on voit, mais ses profits sont considérables, lorsqu’il est vigilant; car, quand il saisit de l’or ou des marchandises que les Nègres ou les Blancs négocient au préjudice de la compagnie, et qu’on les déclare être confisques, il eu a le tiers pour lui, et outre cela le tiers de l’amende à laquelle les Blancs sont condamnés pour avoir fait un négoce défendu; il a aussi le fiers de ce que ceux qui sont au service de la compagnie sont obligés de payer lorsqu’ils ont commis quelque crime; car, nonseulement ils sont condamnés à une punition corporelle par le directeur géné-

ral et par les conseillers ; mais aussi on retient et confisque les gages qui leur sont dus. — Après le fiscal vient le teneur de livres général, qui tient les livres de tout le négoce que fait ici la compagnie; ses appointements sont de soixante-dix livres par mois, quatre écus pour ses domestiques et la table du général, ou douze écus pour sa nourriture. Il a ordinairement un sous-teneur de livres, quia trente fr. par mois et deux assistants pour lui aider. — F.nsuite vient le teneur de livres des garnisons, dont le nom inontreassez quel est son emploi; en qualité de sous-commis il a vingt-quatre livres, eten qualité de commis trentesix livres par mois ; outre qu’il vend à l’enchère les biens de ceux qui meurent, dont ii a cinq pour cent de profit pour lui ; il a aussi ordinairement un assistant qui lui aide. On a quelquefois un secrétaire, dont les gages sont de cinquante livres par mois et a qui on donne trois ou quatre assistants; mais de mon temps nous n’avons eu qu’un sous-secrétaire avec quelques assistants. — La dernière, et en même temps la plus méprisable charge, est celle de sous-fiscal, qu’on appelle ordinairement auditeur, mais à qui on peut bien donner le nom de délateur. Il a vingt livres par mois et In dixième partie de tout ce qui est confisqué; dest suspecta tout le monde, quoique pour lui faire plus d'honneur on lui ait donné le pas devant les souscoimms; et le fiscal, que sa charge ne fait guère aimer, a le pas devant tous les commis et même devant la seconde personne, quoiqu’en effet il soit moins considérable; car si le général meurt, la seconde personne lui succède , mais jamais le bscal ; et même les commis de Mourée et de Cormantin lui sont préférés dans cette occasion. — Pour ce qui est des ecclésiastiques, il n’y a qu’un ministre et un lecteur le premier a 100 fr. et le second 20 fr. par mois; outre cela, le ministre a quatre écus pour un valet et la table du général quand il veut. Il y a un ordre qui nous oblige d’aller tous lesjoursà l’église, sur peine d’un demiécu d'amende; et quand nous manquons d'y aller les dimanches et les jeudis, l’amende est double. — Ce sont la tous les emplois que nous avons sur cette côte, excepté les soldats et les ouvriers. Voici

GUINEE. 239

dans qnel ordre il faut les ranger ; un directeur général , un ministre qui a le pas après le général, un fiscal, un premier marchand, deux ou trois premiers commis (en Hollande on met de la différence entre ces personnes, mais il n’y en a point à proprement parler), sept ou huit commis, neuf ou dix sous-commis, dix-huit ou vingt assistants (ce nombre n’est pas toujours le même; il y en a quelquefois plus et quelquefois moins), un maître de magasin, un teneur de livres général, un sous- teneur de livres, un teneur de livresdes garnisons, un secrétaire ou sous-secrétaire, un lecteur, un auditeur, qui est le sous-fiscal. — Le gouvernement de cette côte, continue Bosnien , est principalement entre les mains du directeur général, duquel les forts reçoivent les ordres qu’ils sont obligés de suivre, ne leur étant pas permis d’entreprendre quelque affaire importante sans qu'il en ait connaissance et sans son approbation. Les affaires de la dernière importance sout portées au conseil, qui est composé des personnes suivantes • du directeur général, du fiscal (lorsque ce ne sont pas des affaires criminelles ) , des premiers marchands , de l’enseigne , et quelquefois aussi du teneur de livres général (ceuxci sont les conseillers ordinaires), et des commis des forts, qui sont les conseillers extraordinaires. Il est permis à chacun de dire son sentiment sur tout ce qui est proposé dans l’assemblée, pourvu qu’il ait bien pensé auparavant jusqu’où il dépend du directeur, et qu’il prenne bien garde à n’étre pas disgracié, en s'opposant augénéral eten rejetant ses propositions. J’ai souventri du nom qu’on nous donne en Europede conseilde lacôte septentrionaleet méridionale de C Afrique ; car assurément c’estun titre bien vain; et je ne peux encore m'empêcher de rire a l’heurequ'il est de l’opinion dequelques personnes, et sur cette côte et en Europe, qui s'imaginent que nous avons ici un conseil bien réglé, et que rien ne se fait sans un consentement unanime. Mais on se trompe extrêmement, et si l'on veut savoir ce que c'est que ce conseil, qu’on se représente un directeur général, qui domine avec une grande autorité sur tous ceux qui sont sur la côte, depuis le plus grand jusqu’au plus petit , et qui,

uand il lui plaît, peut faire beaucoup

e mal à ceux qui sont au-dessous de lui, quoique ce soit contre toute justice, et même leur ôter leurs charges et les renvoyer, sans leur en donner aucune raison à ce qu’ils disent. En un mol, le conseil ne sert que pour couvrir les fautes du directeur, et pour empêcher qu’on ne le rende responsable des mauvais succès ; aussi les affaires de la compagnie ne peuvent jamais aller bien sous le gouvernement d’un tel général, et j’espère, pour le bien de la compagnie, que messieurs les directeurs retrancheront à l’avenirun peu deson crédit, et lui ordonneront expressément d’avoir plus d’égard pour son conseil, et de suivre un peu plus qu’il ne faitses avis. Et je ne doute point, en cas que messieurs de la compagnie veuillent autoriser le conseil par des lettres patentes ou autrement, qu’il n’y ait bientôt un bon gouvernement sur cette côte, et que les affaires ne s’y fassent avec plus de prudence et dé justice (1). »

A la suite du traité de 1641 , conclu avec le Portugal , la compagnie Hollandaise avait réclamé un droit exclusif de possession sur toute la côte comprise entre le cap Palmas et le cap Lopez ; nette prétention agressive, dirigée surtout contre la compagnie Anglaise, fut appuyée par les opérations d’une formidable croisière, qui, sous le commandement de Ruyter, captura en quelques années dix-sept vaisseauxangla is, et s'empara dufortdeCormantin, où résidait le directeur général de la compagnie rivale.

Alorséclatala guerre de 1604 et 1665; l'événement le plus éclatant de cetteguerre, racontée avec détails par fiarbot , est la deuxième expédition de Ruyter contre ce même fort deConnantin, que le brave amiral anglais Holmes avait su reprendre aux Hollandais. L’expédition de Ruyter réussit et eutde grands résultats ; mais, avec toute son énergie, il ne put arriver à expulser tout à fait les Anglais de la côte d'ür ; le traité de Breda ( 1 067) les laissa maîtres de l’importante position de Cap-Corse, et ce seul point d appui leur suffit pourconquérir par la suite plus qu’ils n'avaient perdu. lia nouvelle compagnie Anglaise, instituée par lettres

(i) Voyage en Guinée, 7 e lettre .

L’UNIVERS

patentes du 27 septembre 1672, eut cependant à lutter contre les plus forts obstacles : l’active jalousie des Hollandais sur cette côte, ailleurs les vexations de la compagnie française du Sénégal, la froideur méfiante dès marchands et des capitalistes anglais au moment où elle ouvrit ses registresde souscription; plus tard, de 1698 à 1712, une suspension de son privilège, dont elle fut à peine indemnisée, et enfin la liberté du commerce proclamée, dès 17 12, par le parlement anglais, qui laissait encore à sa charge l'entretien et la garde des forts et établissements de toute cette côte. Cette compagnie, malgré ces énormes dépenses, subsista jusqu’en 1752. Une autre association de marchands se forma alors et obtint du parlement la continuation du secours annuel de 10,000 à 15,000 livres sterl. qui, en 1730, avait été accordé à la compagnie royale, mais pavé avec trop peu d’exactitude; ce secours était affecté à l’entretien des forts. Plus tard, à l’occasion de l’abolition de la traite des Noirs et du développement immenseducommercedel'Inde, il fut encore voté en sa faveur unesomme annuelle de 23,000 livres sterl., qui s’éleva même à 28,000, puisa 30,000. Cette association était représentée à Londres par un conseil, portant le nom de comité Africain, et en Afrique par un gouverneur général, agissant d’après les instructions du comité. La force et la persistance des réclamations et des accusations de tout genre que des hommes éclairés élevèrent en Angleterre contre l'administration du comité, au sujet du mauvais emploi des allocations du gouvernement, de l’ignorance des administrateurs, de la misère où on laissait les employés subalternes de la compagnie , des guerres désastreuses soutenues contre les Achantis, entrainaenfin sa dissolution (1821) et l’abandon volontaire de vieux forts à demi ruinés , et d’une défense coûteuse et difficile, comme Apollonia, Succondé, Cotnmendo et Tantumquerri (1).

— Le rapport du comité de la cham-

(i) Walckenaer, Hat. générale des voyages, I. XI, p. 166-18 5. — Fojr. une brochure de Malachy Poitlethnaytc, intitulée : The national and private advantages of thc African trade,tie., s*;cd. London, I77»,in-S". —

bre des communes chargé de faire une enquête sur la situation des possessions britanniques de la côte occidentale d’Afrique (5 août 1842) contient d’importants renseignements sur l'administration qui succédaau comité Africain. Dans le cours de l’année 1839, le marquis de Normanby, alors secrétaire d'Etat des colonies , fut informé qu’un négrier espagnol , dos Arnigos , peu de temps avant d'être capturé , avait été autorisé à commercer librement avec l’établissement anglais de Cape-Coast, sur la côte d’Or, et y avait été pourvu par un Anglais , à la fois négociant et magistrat , de marchandises nécessaires à la traite des Nègres. Cette circonstance donna lieu à une enquête qui constata, avec beaucoup de faits semblables, l’étrange conduite du capitaine Mac-Lean, nommé gouverneur clés établissements anglais à la côte d’Or par le comité des négociants de Londres, à qui le parlement avait remis, en 1822, l’administration de ces établissements. M. Mac- Lean avait cru ne devoir intervenir en rien dans les transactions d’un navire d’une nation alliée, quelle que fût sa destination ultérieure, lorsqu'il venait acheter des marchandises en elles-mêmes licites dans les eaux d’un établissement anglais. Lord John Russell, d’accord avec son prédécesseur, donna des instructions formelles à la suite de cette information, pour que de semblables opérations fussent désormais interdites et punies comme contraires aux lois ; il déclara de plus qu’il lui paraissait désirable que le gouvernement de ces établissements fût repris par la couronne, et donna au docteur Madden, employé auparavant comme magistrat spécial aux Antilles et comme membre d’unecommission mixte à la Havane, la mission de parcourir, en qualité de commissaire , la côte d’Or et les autres établissements anglais de la côte occidentale d’Afrique. Les rap-

Henry MrredithWccoun/ of thc Cold-Coast, with a brief history i\f t/te African company , 1811, in*8°. — Dupui & s Journal of a résidence in Ashantee : Introduction. — Robertson’* The letters of 'vidi ; Liverpool, 1816. — Hutton’s Voyage to Africa; London, 1821, in-8°. — Edw. iiowdich's The African commit ter- ; London, 1819, iu-8°.

GUINÉE. 341

ports de oe commissaire servirent de base aux propositions suivantes, soumisas à la Chambre des communes par son comité d'enquête, au sujet de la côte d’Or. Il demandait d’abord que la couronne reprit le gouvernement des forts britanniques sur cette côte, pour en accroître futilité et prêter à l'administration un caractère plus fort de justice et de désintéressement. Il proposait la réoccupation des anciens forts d’Apollonia, de Winnebah et de Whidah, et la construction de quelques autres sur des points avantageusement choisis. L’exercice de l'autorité judiciaire lui paraissait devoir être modifié. Elle était alors entre les mains du gouverneur et deson conseil constitué en tribunal; leurs instructions portaient qu’ils devaient se borner à l’application de la loi anglaise, et limitaient leur pouvoir sur les indigènes à la circonscription des forts mêmes ; mais dans la pratique ces instructions avaient éténaturellementdépassées; et parsuile de la soumission volontaire des indigènes à la loi anglaise il s'était établi une sorte de juridiction irrégulière, qui peu à peu s'était étendue fort loin, et dont les effets salutaires, à la vérité, avaient été attestés souvent par les missionnaires wesleyens, et reconnus par le docteur Madden lui-même; néanmoins le comité déclarait que cette juridiction devait être mieux réglée et mieux définie, et u'un officier ae justice devait être mis la disposition du gouverneur pour l’assister ou le suppléer danssesfonctions judiciaires, lui et les membres du conseil et les différents commandants des forts, mais sans être astreint à suivre toutes les formalités de la loi anglaise. « Jl ne faut pas perdre de vue, marquait le rapport, que l’exercice de notre autorité est strictement borné, à la fois par nos titres de possession et par les instructions du colonial-office, aux forts britanniques, où résident le gouverneur, sa suite et la garnison, et qu’il est positivement interdit aux magistrats d’exercer ailleurs aucune juridiction , même sur les indigènes qui se trouvent placés sous la protection immédiate des forts.

Toute juridiction sur les indigènes en dedans de l’enceinte des forts doit donc être considérée comme facultative, et faire l'objet de conventions spéciales

16* livraison. (Guihbb.)

quant à sa nature et à son étendue avec les chefs de tribus; elle doit être appropriée à la situation de chaque tribu , et servir à compléter le contrôle que par voisinage ou autrement nous exerçons sur elles. Les rapports decestribus avec la couronne anglaise ne doivent pas être ceux de sujets a souverain ; nous n’avons aucun droit d'y prétendre, et ce pourrait être pour nous un grave sujet d'embarras d'en prendre la responsabilité :

mais ces rapports doivent être fondés sur la déférence d'un pouvoir plus faible pour un voisin plus fort et plus éclairé, dont il recherche le conseil et la protection, et envers lequel il s’est engagé à certaines obligations réciproquement consenties. Ces obligations pourraient être modifiées et étendues de temps h autre, mais devraient toujours comprendre (comme le font déjà la plupart des traités aujourd’hui en vigueur sur la côte ) l’abolition du trafic des esclaves de l’intérieur, l’interdiction des sacrifices humains et des autres coutumes contraires à l’humanité, telles que l’enlèvement des enfants en bas âge ( Kidnapping ). Nous y trouverions lasolotion de la difficulté que nous présente aujourd'hui la question de l’esclavage domestique et un moyen de modifier l’autre espèce d’esclavage qui, sous le nom d’engagement ( pawn ), a subsisté jusqu’à présent dans ces établissements, non dans l’intérieur des forts, mais à portée de leur influence et même parmi des sujets anglais. Ceux-ci à la vérité ont déjà reçu des défenses positives ; mais quoique’ ce système d’engagement, qui n’est en réalité qu’une obligation volontaire de service du débiteur à l’égard dp son créancier, afin de se libérer de sa dette, ne semble pas être en lui-même injuste . ni déraisonnable, cependant, comme il peut donner lieu à de nombreux abus, et qu’il ressemble beaucoup a l’esclavage, notre politique doit tendre à l’abolir , même parmi les indigènes; et nous croyons que, dans les localités immédiatement placées sous l’influence de l’autorité britannique, il ne sera pas difficile d'en limiter d'abord l’étendue et la durép, et probablement à une époque assez rapprochée , de le faire entièrement disparaître. Toutefois il pourra être nécessaire d’user à cet égard dequel-

243 L’UNIVERS

ques précautions, à cause de l'enclavement des établissements danois et hollandais parmi les nôtres. » — Le rapport appelaitencorel’attention de la Chambre sur le projet présenté de placer un juge suprême dans Pile de l'Ascension, à Fernaudo-Po, ou dans quelque autre des Iles situées le long de la côte, avec la mission de visiter à époques fixes, à l'aide d'un bateau à vapeur, lesdiversétablissements de la côte u 'Or, aussi bien que les comptoirs des baies de Bénin et de Biafra, et de régler les contestations des traitants anglais avec les indigènes. — Il reconnaissait hautement les émineuts services rendus à la religion et è la civilisation sur cette côte par les missionnaires wesleyens, qui étaient parvenus à établir, même avec la cour barbare d'Achanti, des relations amicales; mais tout ensemble il demandait qu'il fût pourvu par de nouvelles dispositions aux intérêts de la religion ; qu’on y envoyât un chapelain colonial , et qu'on agrandît les écoles, trop négligées jusqu'alors, pour y attirer les tils des chefs du voisinage. — On jugeait aussi nécessaire qu'un officier spécial fût chargé de la curatelle des successions vacantes, de la vérification du caractère des bâtiments entrant dans le port, et de toute l’administration financière de ces établissements; qu’on obtint le concert des Danois et des Hollandais, pour interdire le cabotage de la côte à tous les canots non autorisés, ces canots paraissant faciliter beaucoup la traite des esclaves qui se fait le long de la côte sous le vent. — Le comité espérait, enfin, que ces établissements, soumis à un régime meilleur, exerceraient une influence nouvelle et plus marquée sur les populatious des grands royaumes d’Achanti et de Dahomey , et obtiendraient, avec les progrès de la civilisation parmi ces peuples, une répression plus efficace de la traite des noirs sur cet ancien théâtre de ses plus actives et de ses plus criminelles opérations.

Achanti. — J’ai rapporté plus haut , en note, les détails que Bosman nous a donnés , dans son Voyage en Ouinée, sur le royaume d ’Asslanti, sur les guerres qu’il eut à soutenir contre les peuples voisins, et qui furent le commencement de sa graudeur; ces

détails sont d'autant plus intéressants, qu'ils sont les premiers que les Voyages nous présentent, et que jusqu’en 1807 ils n’y ajoutent presque rien :

Pruneau de Poinmegorge seul a parlé, mais très-rapidement, des Acbantis, u’il appelle Argentalns, à propos 'une ambassade que les Hollandais envoyèrent auprès a'eux, en 1748, pour ouvrir des communications, bientôt interrompues par les conquêtes d’un indigène nommé Inguif. En 1807, pour la première fois , une armée achantie s’avança vers la cote, sur le territoire de Fanti, a la poursuite de deux chefs rebelles du paysd’Assin, nommés Tchébou et Quacoe Apoutay. Le général du roi achanti Appey ou Aby-Oounah dêtil, dans plusieurs rencontres , les Fantis, ui avaient voulu lui refuser l’entrée e leur pays, et finit par enfermer Tchébou et Apoutay dans la ville d'Annamaboe, qu’il assiégea régulièrement.

Pendant le siège, un détachement de son armée détruisit le village de Cormantin, s’établit dans le fort hollandais, et s’assura de la position importante d 'Agah, village situé sur une pointe de terre à un mille environ à l’est d’Annamaboe. Après avoir fait un grand carnage des populations fanties de la côte, les Achantis tournèrent leur fureur contre le fort anglais, où commandait alors M. White, assisté de MM. Mcreditli, Swanzy, Smith et Baincs. Après une triple attaque, ils se retirèrent avec de grandes pertes ; mais le fort demeura étroitement bloqué. M. White avait reçu deux blessures graves , les autres olüciers étaient épuisés de fatigue; les provisions étaient insuffisantes à nourrir longtemps le grand nombre d’indigènes qui s’étalent réfugiés dans le fort. Heureusement le colonel Torrane, gouverneur en chef de Cap-Corse, put envoyer à temps des renforts d'hommes et de vivres. Il se rendit lui-même sur les lieux, et engagea des négociations avec le roi achanti. Il obtint la liberté de tous les nègres enfermés dans le fort; m3Îs sa médiation en faveur des Fantis ne fut pas acceptée; et pour apaiser tout à fait la colère du roi, il eut a lui livrer l’un de ses ennemis, Tchébou, qui avait de son côté continué la guerre. Deux autres invasious sur le territoire des Fantis,

GUINÉE

en 1811 et en 181 6, achevèrent de ruiner cette nation ; ceux que la guerre et les massacres épargnaient étaient emmenés dans l’intérieur ou décimés par la faim. L’établissement de Cap-Corse souffrit aussi cruellement de ces invasions, et dut acheter chaque fois la retraite des Achantis. Pour prévenir le retour de semblables calamités, le comité africain autorisa alors le gouverneur général sir John Hope Smith à envoyer une ambassade à Coumassie, capitale du royaume d’Achanti , pour conclure un traité sérieux et durable d’amitié et d'alliance, et pour ouvrir peut-être au commerce anglais le passage tant cherché des riches contrées de l’intérieur. M. Frederick James eut le commandement de cette mission; on lui adjoignit M. Bowdich comme naturaliste, M. Hutchisoncomme secrétaire, et M. Tedlie comme chirurgien. La magnificence des présents ne rendit pas le roi des Achantis, Zny- Toutou-Quamina , plus facile en affaires; le chef de la mission, M. James, faillit même compromettre sa sûreté et celle de ses compagnons par ses réponses évasives; mais la présence d’esprit de Bowdich adoucit le roi ; et quand M. James eut été rappelé par le gouverneur de Cap-Corse, il resta à Couinassieavec plein pouvoir de traiter au nom de la compagnie et du gouvernement anglais. Les négociations durèrent cinq mois, et aboutirent au traité de paix du 7 septembre 1817. A la suite dece traité, M. Hutchison prit à Coumassie le titre de résident anglais; mais après trois mois on le rappela, sur la nouvelle que le roi était parti en expédition contre les Boutoukous , nation guerrière qui habite au nord defAchanti. La paix fut courte; le roi envoya, le 7 janvier 1820, un ambassadeur à Cap-Corse pour se plaindre de prétendues violations du traite, et exiger en réparation une somme de 1.600 onces d'or des habitants indigènes de la ville de Cap-Corse et une paredle somme des Anglais. Dupuis, oflicier anglais, se rendit aussitôt à Coumassie, où il devait remplacer M. Hutchison comme consul ; déplus, il avait la mission spéciale de répondre aux dernières demandes du roi.

il n’avait à opposer qu'un refus simple et net, sans entrer dans aucune discussion sur la demande des 1,600 onces d’or

adressée au gouvernement anglais ; quant à la demande semblable faite aux indigènes de Cap Corse, il était chargé de proposer, comme médiateur, un accommodement. Les emportements de Toutou-Quamina firent traîner cette affaire ; enfin, le 23 mars 1820, un nouveau traité fut signé : le roi n’y mettait plus en avant celte exorbitante réclamation de 1,600 onces d’or faite aux Anglais, et promettait aide et protection à tous leurs établissements situés sur son territoire, mais eu retour d'une reconnaissance formelle que faisaient les Anglais de la réunion définitive du Fanti a l'empire d’Achanti. Les nègres qui vivaient sous la protection des forts continueraient à jouir du bénéfice des lois anglaises ; enfin, par un dernier article, tous les traités passés antérieurement entre le roi des Achantis etlegouvernement anglais, et en particulier celui de 1817, étaient annulés. Par quelques articles annexés plus tard, l’affaire des nègres de Cap-Corse, laissée indécise, fut décidée à l'avantage du roi; ils furent mis hors des clauses du traité, et le roi se réserva le droit de les

fiunir directement comme rebelles. Mais e gouverneur et son conseil, appuyés par sir G. Collier, commandant d'une croisière anglaise dans ces parages , refusèrent de ratifier ce qu'avait fait Dupuis , et les hostilités recommencèrent.

Une armée d’Achantis vint assiéger Cap- Corse, 4e 10 février 1821. Le blocus le plus rigoureux durait encore lorsque sir Ch. Mac-Carthy, nommé gouverneur énéral de tous les établissemeutsauglais e la côte occidentale d'Afrique, depuis la Gambie jusqu’à la Volta, arriva à son poste, au commencement de l'année 1822. Il s'occupa aussitôtde discipliner et d'aguerrir les nègres qui étaient restés fidèles aux Anglais , et de soulever contre leurs ennemis communs toutes les petites tribus , autrefois indépendantes, qui entourent le vaste empire d'Achanti; cependant avec toute son activité, il ne fut prétà rompre le blocus et à entrer en campagne qu’en 1823. Cette guerre décisive fut glorieusement inaugurée par une victoire du capitaine Laing à Attir couma (août 1823); mais dans un autre engagement, sur les bords de la Praa, dans le district de Warsaw , le 21 janvier 1824 , la division que conunan-

L'UNIVERS

dait sir Ch. Mac-Carthy fut presque exterminée, lui-même fut tué, et les autres corps d’armée furent tous rejetés dans Cap-Corse. Pendant quelque temps on ignora le sort du gouverneur ; on espérait qu’il étaiten sûreté chez les Dinkiras, nation alliée, et lecapitaineLaings’aventura cou rageusement à sa recherche.On apprit enfin d’une manière certaine qu’il avait été blessé mortellement dans le combat, et que sa tête avait été exposée sur les murs du palais de Coumassie. En 1826 seulement les Anglais purent tirer vengeance de la mort cruelle de sir Cb.

Mac-Carthy : une furieuse bataille fut livrée par eux aux Achantis dans une plaine située à trente-quatre milles au nord-est du poste anglais d’Accra, et à quatre milles au sud d’un village appelé Dadowah , qui donna son nt>m à cette action. Des troupes danoises et hollandaises y prirent part, et parmi les indigènes auxiliaires se distinguèrent les rois d ’Akimbou et de Dinkira , et la reine d’Akim. Le général en chef était le lieutenant-colonel Purdon,etsous ses ordres servaient les capitaines Higston et Rogers et le lieutenant Calder du Royal- Africain, M. H. Richter, marchand à l’Accra danois, M. J. W. Harrison, négociant à l'Accra anglais, M. J. Jackson , marchand au Cap-Corse, M. Hutchinson, marchand à Annamaboe. On s'empara du camp des Achantis , et parmi les dépouilles on crut avoir retrouvé la tête de sir Ch. Mac-Carthy, enveloppée d’un papier couvert de caractères arabes et d’un mouchoir de soie , et par-dessus tout d’une peau de tigre, insigne royal : le roi la portait avec lui comme un charme , et on raconte que le matin du combat il lui avait fait des libations de rhum, en invoquant son aide contre les blancs. La journée de Dadowah coûta cher aux Anglais ; mais il semble qu’elle ait assuré pour l'avenir la tranquillité de leurs établissements et la régularité de leurs relations commerciales avec l’intérieur. Le roi d’Achanti paya plusieurs centaines d’onces d’or pour les frais de la guerre, et consentit à livrer des otages : les gazettes anglaises, en 1 840, signalaient les apprêts de départ des princes Guillaume (fuantainassah et Jean .Insale, neveux du puissant roi d’Achanti, alors âgés de dix-huit à dix-

neuf ans, qui avaient reçu une éducation complète en Angleterre’ (1).

Nous devons à la mission de Bowdich et à celle de Dupuis (2) de précieux

(i) Voy. X Histoire de la guerre d" Achanti, avec un aperçu de l'état actuel de la colonie de Sierra- Leone , p»r le major Rickctts. i vol. in-8° ; Londres, i83i (en anglais).

(a) Bowdich, pour prix du service qu'il avait rendu à son pays en menant à bien la négociation, compromise un moment par l'imrudencede M. James, et à la science par la pulicat ion de son Voyage( Mission from Cape Coast Castlcto Ashantee , by Ediv. Bowdich , 1819, in-4», trad. la même aunée en franc;.), avait demaudé la place de consul auprès du roi achauli et quelques secours qui l'aidassent à poursuivre ses decouvertes dans l’intérieui de l'Afrique ; mais il s’était fait beaucoup d’ennemis : le refus de cette place et les critiques de la presse le lui montrèrent. Il publia alors un violent pamphlet intitulé : The African commiltec, et vint attendre à Paris qu’on lui eût rendu justice dans son pays. Il reçut l’accueil le plus bienveillant des savants français, qui lui facilitèrent les études nécessaires aune nouvelle exploration de l'intérieur de l’Afrique. M. Walckenaer a raconté en ami, dans son Histoire générale des Parages (ch. xiv du l.XIII) toute ta vie de Bowdich, si active, si courageuse, si romanesque. Plus que personne , il l’avait aidé dans ses travaux , et c'est sous ses yeux que fut dressée l’excellente carte de la partie occidentale de l’Afrique septentrionale ( Map of JVorth. Western Africa , accompagnée d’un Essay on the geography of Norili. Western Africa; Paris, 181 1 ). « Sans doute, dit-il, il y a dans cet ou- « vrage, comme dans tous ceux qu’il a mis au • jour , trop de désordre , trop d’indices d’une « composition hâtive et d’une érudition inco- « hérente et empruntée; mais si ces opuscu- « les ne prouvaient pas encore dans leur au- « leur la profondeur des éludes, ils attestaient o leur variété et leur abondance ; ils déroou- » traient une sagacité particulière, uneténacité « rare dans des recherches pénibles, dirigées « vers un seul objet , qui était d'une grande im- « portance pour les progrès de la géographie. - Ces divers opuscules rappelés par M. Walckenaer sont : 1° une traduction en anglais des Voyages de Mollien ; a" The British Prench expédition to Teembo ; Paris, i8ai, in-8D; 3° An Essay on the superstitions common to the ancien t Egyptiens , Abyssiniens and Ashantees ; Paris, iu-40; 4° cinq ou six écrits élémentaires et sans importance de zoologie et d’ornithologie. C’est encore pendant son

GUINEE. 245

renseignements sur ce peuple achanti si peu connu des voyageurs avant la guerre de 1807 : malheureusement ils u’ont pas vu de même, et leurs relations sont souvent contradictoires. Ainsi a suivant Bowdich, les Achantis seraient originaires de la côte même, etse seraient avancés de proche en proche , dans l’intérieur, vers le nord , en soumettant les Intas occidentaux et d’autres tribus. Dupuis, au contraire, les fait descendre

séjour à Paris qu'il conçut le singulier projet d’une association européenne, ne relevant que d’elle-mème et libre de toute direction des gouvernements, avant ses trésoriers et ses administrateurs. et Misant exécuter à ses frais on voyage dans l’intérieur de l’Afrique à Tombouctou. Bowdich s’offrait à faire ce voyage, et ne doutait pas que la vente des objets d’histoire naturelle qu’il rapporterait et celle de sa relation ne remboursassent les actionnaires de leur mise de fonds, et ne produisissent même un important dividende. Il avaitdéjà rédigé et fait imprimer en épreuve an prospectus in-4” de trois pages, quand il apprit que le comité africain n’existait plus, et qu’on lui destinait une place eu Afrique dans la nouvelle administration. En se rendant à son poste , il recueillit à Lisbonne, dans des manuscrits portugais qu’on lui communiqua, d’importants renseignements sur les découvertes des Portugais dans l’intérieur de l’Afrique, entre Angola et Mozambique. (I fil don de son manuscrit à l’ association africaine, qui le vendit à un libraire: il fut publié à Londres, en 1814 , sous le titre : an Account of the diicoeerirs of the interior of Angola and Mozambique from the original manuscripts. A peine amvé en Gambie, Bowdich mourut, le to janvier 1834 ; sa courageuse veuve, qui l'avait suivi, revint avec de tout jeunes enfants en Europe , et acheva, pour le publier, le récit d’un Copage à Madère qu’il avait commencé. — Quant k Dupuis , - il avait , dit ailleurs M. Walcke- « user, l’avantage sur Batcdich de connaître « parfaitement l'arabe vulgaire ; il avait fait

• un plus long séjour en Afrique. On devait « donc croire qu’il donnerait des notions plus « étendues, plus complètes, plus certaines.

• sur le pays des Aschanti$,quc Bovrdich avait « fait connaître le premier. Mais Dupuis était « loin d’avoir la sagacité et l’ardeur pour « l'étude de son jeune rival. Aussi, son pro- « üxe ouvrage renferme t-il beaucoup moins ■ de notions neuves et utiles, de renseigne-

• ments curieux , que celui de Bowdich. > ( Journal of a résidence in Ashantct hj J. Dupuis , est]. London , 1834 , iu-4°.)

du nord au sud vers la côte, poussés et refoulés dès les premiers temps de l'islamisme par lesmahométans : la dernière opinion est la plus vraisemblable. De semblables dissentiments se retrouvent dans la chronologie des Achantis , que l’un et l'autre ont tenté de rétablir d’après les traditiona indigènes. Sans m’y arrêter, je vais donner, d’après M. Walckenaer , un résumé exact des observations de touteespèce qu’ils ont recueillies sur la géographie du pays , et le

§ouvernement, la religion et les moeurs e ses habitants.

Le royaume des Achantis comprend environ quatre degrés de longitude de l’ouest àl’est, depuis le Carnau jusqu’à la Volta, et quatre degrés également du sud au nord, depuis Cape-Coast-Castle jusqu’au royaume tributaire de Ghofan.

Ces nombreux pays , autrefois indépendants les uns des autres, que j’ai décrits plus haut d'après Bostnatt , le Dinkira , les montagnes de Tofal ou de Tuful, le /Cassa ou /Carsaw , VAmanaha , l’Aowln , le Shawe , le Ttrusequa, à l’ouest ; le Suko, 1e Takima, le Coratua, le Massy, i’Assin, le Fanti ou Fantin, et l 'A hanta, au centre ; les districts de Ghofan, de liaboso, de Donna, d'i'obati, d'Ajorah, de Bourotny, d’Akeyah, d'Aquahou, d'Akim, d ’Aquapim et d ' A quamboe à l’est, sur les bords de la Volta , tous ces pays , dis-je, ont été, à la suite, des guerres de 1807 et de 181 1 , enveloppés dans l’empire acbanti, dont Coumassie est la capitale, et les établissements européens de la côte d’Or sont aujourd'hui en contact immédiat et perpétuel avec cette redoutable puissance.

— Huit ou neuf grands chemins coupent en divers sens le royaume achanti : 1° celui d'Aowin conduit sur la côte occidentale a Apollonie, à Assini, au Bassam et à Lahou; 2“ celui de /Cassa traverse tout le Dinkira; à Wassa même, il se partage en deux branches : l’une orientale, qui se dirige vers le Bossum- Pra, et passe à la Mina, à Commendo, à Chama , etc.; et l’autre occidentale , qui, après avoir traversé i’Ahanta, aboutit au cap des Trois-Pointes; 3“ une autre route passe dans l’Assim et le Fanti, et bifurque au village de Dounnua , pour mener d’une part à Anamanoe et d’autre part au fort hollandais

de Mouré (I); 4° une autre, se dirigeant au sud-est, aboutit, après avoir tra-

(f) Rouit cT Anamabou à Coumassie ; itinéraire de Bowdicft et de Dupuis. — Le premier village que traversa Bowriicb, apres avoir quitte Anatnabou, se nommait Quama , à trois milles et demi environ d'Auamahou. Il en traversa trois autres aussi misérables, avant d ‘atteindre Bouka , village d'un aspect pittoresque, au milieu de beaux arbres, sur une haute colline. Abra en est à trois milles à l'est. Il était entièrement abandonné depuis la dernière invasion. Au delà des ruiuesde Ta chratli on gravit une colline, sur laquelle, à gauche, s'élevait le petit village d'Acrou froum% au milieu d'un petit parc naturel. Le chemin devint alors plus escarpé ; il montait et descendait fréquemment par d étruites avenues. Après avoir traversé Dunnasi et le petit village d'Assoqua! i, situé dan* une longue plaine, à trois milles et demi environ d’Acroufrotim , on atteignit bientôt le village de Payntrie. Sur les plus hautes tnautagnos le sol était sablonneux et parsemé de grosses pierres; d'autres, moins élevées, présentaient beaucoup de silex blanc; dans les plaines, le sol était noir, fertile, et la végétaliou vigoureuse, l’herbe y montant de quatre à dix pieds. Le pays était peu peuplé; on y voyait beaucoup de plantations de rassaves, mais toutes ces cultures étaient négligées. Jusqu’à Payutrie on avait marché d'abord nord 1/4. puis nord 1/8 ouest, nord i/8 nord-ouest, nord 1/8 nord-est. La latitude de Payntrie, prise par deux hauteurs du soleil, est de à° au' 3o" nord, et la longitude i° 47' ouest de Greenwich ( Bowdirh ). Ce village, agréablement siluedans une plaine entourée de beaux arbres, consistait en une rue fort large, bordée de petites cabanes construites en hatnhou et bien couvertes en chaume. Au bout du village, du côté du nord, un ruisseau coulait vers le nord -nord-est, et un marécage s’étendait à plus d’un mille. Au delà de Payntrie, et à six milles unquart environ, il arriva à Cottacoumacasa , tout entouré de bouquets decotonniers touffus. Le chemin tortueux était de plus en plus resserré par les bois. On passadeux petites rivières qui coulaieut vers l’est-nord-est, puis trois ruisseaux coulant vcrsl’est,et onarriva à Ma moue , autrefois le grand marché d’esclaves des Faillis dans l'intérieur, mais alors réduit à quelques hangars épars çà et là. — Au delà de Y Assounira, petite rivière coulant vers l’est, U s’en présenta une autre nommée Oki9 qui coule au sud-sud-est sur un lit de roches granitiques et de sable blanc. Cette rivière, qui traverse là une épaisse forêt, était la plus considérable qu’on eût encore rencontrée,

versé le Djot/abin ou Dwabin , l’yomoho, l’Akim et une partie de i'A-

quoiqu’elle fût large au plus de vingt-quatre pieds. L’Oki va se jeter dans la mer près de Tantum, et y est connu sous le nom de rivière Amusa. On passa ensuite le ruisseau d’Jbani et la rivière Agoya ou Gaya , tous deux tributaires de l’Oki, pour arrivera Abondoux groupe de quelques cases, encore debout au milieu des ruines d’une grande ville dece nom. DeMansoue à ce lieu Dupuis compte dix-huit milles et demi au nord-est en ligne directe, et vingt-trois en suivant le tracé de la route. A mesure qu’on avançait vers le nord, ou voyait eu plus grande quantité les plantes parasites grimpantes, les mimosa, les groupes de palmiers nains et d’aloès sauvages, Fébénier, plusieurs especes d’acajou, de bois de fer et de tamarins. A trois milles d’Abandou , on traversa le petit ruisseau de Katoa , coulant au sud-est sur un lit de roches et de sable jusqu’à l’Amissa, où il se perd, grossi lui- meme des eaux de YAbonou. A une demi -heure de là on se retrouvait sur les bords de l’Oki, qui reçoit en cet endroit YAdanso. Au delà de l’ A tons ou, qui coule au sud ouest, et qui est tributaire de la Fraa, à un mille en avant, on atteignit le village de Fouso , groupe de quelques cases entourées de bananiers, de plantains el de cannes à sucre. Ce lieu avait été considérable. Mais l’invasion des Acbautis, en 1 807 , l’avait ruiné ; les inarchauds acbautis déposaient dans l’une du ces cases des ignames et des bananes pour les reprendre au retour, tant la disette était graude alors dans le Fanli. La latitude de Fouso par observation est 5° 43' ao"et la longitude par calcul i° 5a' (Kowdich). Ou marchait toujours au milieu des bois ; mais au nord de Fouso , la campagne était entièrement découverte. A quelque distance le chemin se trouva coupé par une mare fangeuse ; et apres uue heure de marche, il fallut passer encore un petit ruisseau avant d’entrer à Yancomady ; quelques cases habitées par des bûcherons composaient ce village. Ou eut ensuite a traverser le PoUuin , Y Ambaraa , le Soubin et YAniya, tous ruisseaux qui se jettent dans la Fraa, et ou arriva à Acomfody , situé à vingt-trois milles d Abandou (dix-sept milles eu ligue droite au nordnord-est). Le terrain entre ces deux pointsesleu général uni : il y a seulement entre Yaticomad) elle Potessin uu précipice profond. Une terre noire et féconde couvre les bords des ruisseaux, une partie des marécages, etsc présente souvent mélangée découches d’une marne onctueuse et grasse. Le table domine cependant dans cette région, où l’on chercherait eu vain une pierre.

GUINÉE

auapim, au point si important d’Accra.

Quant aux chemins de l’intérieur, un

et où Ton ne rencontre que quelques pci ils fragments anguleux de mica et de granit. Au delà d’Acomfody, ou travers* successivement les ruisseaux de Schambanr et de liaraco , qui se perdent dans la Praa, pour atteindre, trou milles plus loin, un groupe de six cases inhabitées, reste du village de Dansa/uou;e\ à moins d’un mille et demi de Dausansou, Mckascn , autre village ruiné également par les dévastations des Achanlis. Après une marche (le cinq milles un quart, ou aperçut sur la droite de belles prairies terminées par le cours de la rivière Douscmpra , sur les Lords de laquelle on descendit par un sentier étroit et rapide tracé dans le bois. Bowdich a décrit avec cnchantemeut le beau paysage qui s'offrit alors à sa vue : la rive méridionale était Ircs-escarpée et l'autre s'abaissait en pente douce; on y voyait à l'ombre d'un cassie une petite case consacrée au fétiche de la rivière, où les voyageurs veuant du nord déposent leurs offraudes avant de passer la rivière. Au delà de cette rive on découvrait la végétation la plus riche et la plus variée. La rivière avait en cet endroit à peu près ceut trente pieds de largeur, la profondeur de ses eaux était de vingt et un pieds ; le courant, avec la plus grande rapidité , se portail vers le nordouest i/a ouest. Une petite rivière venait s’y jeter à peu de distance sur la droite. On traversa le Bousempra dans un tronc d’arbre creusé, long de trente pieds et fermé aux deux bouts par des branches enduites de terre glaise. — Bowdich apprit que la ligne frontière entre le royaume de Fanti et celui d'Assim passait entre les villages de Mansoue et de Fousou ; et qu’Acomfody, Dansansou et Mekasen étaient autrefois de grands villages assinienx, ruinés comme tout le Fanti, des la première invasion des Achantis en 1807; autrement, cette désolation du Fanti, qui se prolongeait sur toute la partie de l'Assim située au sud de la Bousempra, eût pu faire croire aux voyageurs que le Fauti s'étendait jusqu’au cours de cette rivière. Au delà de la Bousempra, un tout autre spectacle s’offrit à eux; le chemin était meilleur; à trois quarts de mille seulement de la rivière , ils entrèrent dans la ville de Prasiou ou de Praa- Assou , par une belle avenue large et régulière, longue de deux cents toises et bordée de maisons toutes habitée* et bien entretenues. Quelques-unes étaient revêtues extérieurement d’un enduit de terre bleuâtre, qui pâlit et change au soleil ; mais la plupart n'etaient formées que de claies grossièrement mastiquées de terre corn-

premier, partant de Coumassie , va au nord-ouest jusqu’au port d'Ensouta

mune. Ils évaluèrent la population de Prassou à neuf mille âmes environ. Autour de la ville on voyait de vastes champs de plantains et de maïs. A un demi-mille dePrassouest Kili*>/ta • rr, autre grand village, où Bowdich et Dupuis s arrélcreut. Dupuis fut reçu avec bonté par le cabaschir et les principaux habitants, qui lui envoyèrent en présent un mouton, du pain et quelques fruits de plantain. 11 dépeiui Kikiwhary, dont le nom, dit-il, signifie prends courage t comme beaucoup plus grand et pim peuple que Pravsou. On lui raconta que la ville actuelle avait été bâtie sur les ruines d'une autre bien plus considérable, détruite plusieurs siècle* auparavant par une invasion des peuplades du Dagomba. D’Acomfody à Kikiwhary, en ligne directe , il marque une distance de neuf milles et demi. Kikiwhary, suivant Bowdich, est situé par 5° 56' 4»’ 'de latitude nord, et 1° 57' de longitude ouest. A quelques milles plus loin, apiés avoir liasse deux ruisseaux, dont le second s’appelle \'Ano , on arrive à Miassa , ancienne capitale du royaume d'Assim, réduite en i8ao , au moment du (tassage de Dupuis, à de rares cases de bambous, dispersées sur un immense terrain. Miassa avait été rasée par les Arhantis, et des milliers de captifs avaient été conduits devant la petitecase de la rivière de Praa pour y être immolés. Dupuis entendit encore les Achantis répéter dans leurs chants de guerre « qu*un ruisseau de sang parjure a coulé depuis Miassa jusqu'à la Praa pour apaiser la colère du dieu de la rivière. » Leurs dévastations s’étaient étendues à une graude distance autour de Miassa, et Dupuis traversa les ruines de grands villages que Bowdich avait vus encore debout et florissants Saporgah , Tibiassa , près du petit ruisseau de Prensa , Uaquama arrosé par un bras de la Praa, appelé Praponp, et Eshamah , dont l’ancien emplacement était alors dominé par un village de construction récente. Miassa était le chef-lieu du gouvernement de Tchebou, ce chef assinieu qui osa défier la colère du roi arhanli , et c'est près d’Eshamah (y A s char aman de Bowdich ) que, réuni à son allié Apouiay, il avait livré un premier combat aux Achantis, en 1807. — Après une heure de marche dans la forêt, Dupuis fit une entrée solennelle dans Ansah, , nouvelle capitale du pays d'Assim : Coinin Akim, cabaschir d’Ansah, était venu au-devant de lui à la tète des autres chefs, et avec une nombreuse troupe de musiciens. L’autorité du cabaschir d’Ansah s’étend sur toutes les forêts du Fanti, et le cabaschir de lkikiwhary

L’UNIVERS

sur la rivière de Tendo , et, se partageant là en deux branches, continue à travers

est comme son lieutenant ou son délégué. La distance de Kikiwhary à Ansah est de dix milles au nord-ouest en ligne directe. A une heure de marche en avant dans cette môme forêt, on eut à traverser le joli ruisseau de Froum , puis celui de Parakom, qui tous deux se jettent dans la Praa , pour arriver bientôt à Acrofroum , ville moins grande qu'Ansah, peuplée de dix-huit mille âmes à peu près, et distante d Ansah de huit milles un quart au nord-nord- ouest. Elle parut aux voyageurs plus élégamment construite et plus ornée que les autres; ils y distinguèrent beaucoup de sculptures grossières d’argile rouge et grisâtre. Les vastes plautatious qui l’eutouraient devaient produire beaucoup au delà des besoins de scs habitants. A un jour et demi de marche à l'est d’ Acrofroum sont les ruines de la grande cité de Boyabo , ancienne résidence d’Apoutay, le redoutable ennemi des Àrhautis. Ap^és avoir passé encore deux petits ruisseaux sans nom , on arriva au village de Alouy, peuplé seulement d'art i sans, et renommé pour son excellent vin de palmier et ses belles plautalions de coton. A quelques centaines de pas nu delà de Moisy , le petit ruisseau de Bonmcn baigne le pied des montagnes qui séparent l'Achanti proprement dit du pays d’Assim , puis serpente agréablement dans la vallée de Moisy et va se perdre dans le Prakoum, l'un des nombreux bras de la Praa. Au delà de cette petite rivière qu’ombrage un dôme de feuillage, ou gravit d’abord la montagne par une pente douce; mais par un brusque changement lecbemiu devient difficile, escarpé et semé de précipices , embarrassé d’énormes fragments de rochers. Ce ne fut qu’avec des peines infinies que Dupuis et ses compagnons purent ai river à un mille de son sommet. On commençait à apercevoir à celte hauteur, par une ouverture située à l'occident, le sommet d’une autre montagne appartenant à la môme «haine. A plusieurs centaines de verges au-dessus du mont Moisy s’élève une espece de table flanquée de roches saillantes. Le bruit d’une cascade à gauche indique que le chemin passe sur un précipice et conduit dans une profonde vallée; mais les bois étaient si sombres en cet endroit qu’ou ne pouvait distinguer que les troncs des arbres auprès desquels on marchait. — Cette chaîne commence, suivant les naturels, au nord-ouest de Bcqua, et se dirige à l’est vers Datiasio et Dotmxpassy , où elle se sépare eu deux branchcs, allant l'uucau nord-est jusqu’au lac d'jET/c/tonjr , et l’autre au sud-est , à travers les pays

le Bontoko et Vllouraboh au nord, et à travers Schouy , Schoumah et le Sarem

d’Assim et d’Akim , jusqu’à Aquamboe et aux environs d’Accra. En cet endroit elle se joint à la chaîne qu’on aperçoit du fort anglais d’Accra , à vingt milles de distance. La montagne de Moisy a environ six cents pieds anglais de hauteur perpendiculaire. Elle est plus accessible au nord; un petit ruisseau sans nom se creuse un passage daus ses flancs , et coule avec bruit à l’ouest. — . Au pied de la montagne un djungle épais (espèce de fourré de bois , de hautes herl>es et de roseaux ) indiqua aux voyageurs l'approche du premier village achanti. C’était un misérable groupe d’une trentaine de cases, nommé Chotuah dont les habitants vivent de la vente de leur vin et de leurs noix de palmier. Ils (tassèrent là près d’un grand trou qu’on a\ ait creusé pour commencer l’exploitation d’une riche mine d’or bientôt abandonnée. Sur les montagnes le chemin change sans cesse de direction ; mais au delà de Chousah , il incline sensiblement au nord. — A trois quarts de mille de Chousah, on trouve Fomanah , peuplé de cent cinquante habitants environ, et cjui ne fut jamais qu’un village frontière occupe par des bûcherons. On fit encore un demi-mille en quittant ce village sur une roule battue et unie, au milieu des champs de chaume en flammes. Dupuis fut reçu avec pompe à Doum-passy. Il compte d’Acrofroum à ce village onze mille* et demi en ligne droite, et à peu près quinze en suivant les détours de la route. Dans cette marche il remarqua en abondance le grand et le petit palmier , les palmiers douma , les acajou* d’Afrique et les cotonniers soyeux. Les ananas bordaient le chemin, mêlés à quelques cocotiers mâles et femelles. U distingua aussi une espece de palmier naiu, que les Maures appellent Ascha , et dont les fibres, tissées avec le poil de chèvre, composent l’étoffe de leurs teulcs. On lui dit qu’un grand quadrupède, dans la description duquel il crut reconnaître la girafe, visitait quelquefois celte partie de la forêt, mais qu'on en trouvait beaucoup dans le Sarem et le Gliundja , où , du reste, les chasseurs les respectent comme des animaux sacrés. Pendant son séjour à Dotttn-passy, Bowdich observa une éclipse du premier satellite de Jupiter, qui lui donna la longitude de 2° 6’ ouest. C’était en 1817 une des villes de tout l’Achanti où le commerce et l’industrie avaient le plus d’activité; partout on y voyait des fabriques d’étoffes et de poteries, des forges de serruriers. Dupuis, en i8ao , y comptait encore environ quinze mille habitants, et tout alentour s’étendaient

GUINÉE

à lfouest; un second conduit par Takima à l’ouest, ou par le Coransa et le JJanna

de grande plantations d’arbres et de vastes champs de céréales. — À un mille et demi au delà de Doum-p&ssy , ou trouve le petit ruisseau de Bahrcin , coulant à l’ouest, et à un uart de mille plus loin Carbouso , village u plus misérable aspect. Un chemin assez agréable conduit de là à Sanquanta , pauvre village de quarante à cinquante familles, près du ruisseau d ' Jndjouma , qui va se perdre, au sud-sud-ouest, dans le Prakoum . Après avoir traversé Baramktm , on arrive à Datchasou, lieu de quelque importance. De Doumpassy à ce village il n’y a que six milles au nord- nord-ouest en droite ligne, ou huit milIcA en suivant les détours du chemin. Dupuis marque dans sa relation que Datchasou se composait de quatre à cinq cents maisons et cases, éparses çà et là et presque toutes entièrement ruinées, et il évalue la population à deux mille habitants, occupés presque tous à teindre , à filer et à tisser le coton, à fabriquer des poteries et à travailler dans la forêt. — A un ueuii-mille de Datchasou, on atteignit Ankoasy , village de soixante et dix cases environ, et un mille plus loin un autre village de meilleure apparence, nommé Adadouasr . A cinquante toises à l’est est la grande ville de Madjoury, peuplée de dix mille, habitants. Adadouasy n’en contient que quatre mille. Le sol des eu virons est assez accidenté, mais les pentes sont très-douces : Aquamasy n’est qu'a trois quarts de mille d’Adadouasy ; sa population, de moitié moins nombreuse, u’était composée aussi que de bûcherons, de tisserands et de potiers. On arriva ensuite au hameau de Sa/ou, presque enseveli au milieu d'un djungle épais, et situé entre les deux petits ruisseaux de Djonka ran et de Yanasi. A un mille et demi de ce dernier on trouve la petite ville de Coraman, prés de la rivière de Dansabou , aux bords escarpés, et qui se dirige à l’ouest. Après trois quarts d’heure de marche on entra à Amoafo , cité de première classe, commandée par un chef de naul rang. C’est un dépôt militaire, et quand Dupuis y passa elle servait de prison à un grand nombre de guerriers du Gaman. A mi demi-mille d’ Amoafo, on traversa le chemin de Bequa, grande ville située à trois milles plus à l'ouest ; puis on atteignit le village de Gabin , près d'un petit ruisseau qui va se jeter à l’ouest daus le Soubirry. En cet endroit le sol est marécageux et couvert de broussailles et d’herbes élevées. Au delà des marais est le petit village de Benichas , qui renferme sept à huit cents habitants. 11 est situé sur le bord même du Soubirry, ruisseau

à l’est, jusqu’à la rivière d 'Jsouada, d \idiray, ou de Voila, et jusqu’aux

considérable, large de vingt à trente pieds, et qui va, dit-on, se perdre au sud-ouest dans le Poum. La ville importante d’Assiminia n’en est qua un mille de distance; elle compte sept à huit mille Ames; les maisons, et surtout celles de la grande rue, sont bâties avec régularité et peuvent rivaliser avec les plus belles de Kikiwhary , d'Ansah et de Dotimpassy ; elle est tout enveloppée de belles cultures. Au delà on rencontre d’abord Boposso , situé sur le sommet d'une petite éminence, et séparé d 'Agimum par uu faible ruisseau. Puis vient Yoko , et à moins d’un mille plus loin, Abointcm , à quelques centaines de pas du petit ruisseau de Bequa, lequel donne son nom à une grande ville que j’ai eu occasion de nommer plus haut, et vase|>erdredansle Soubirry. A deux milles plus au nord , on atteignit Potaiga , village de douze cents habitants , et à un mille et demi plus loin Pouiasso, autre village moins peuplé. Dupuis compte dix milles et demi, du sud au nord, entre Amoafo et Sarasou. Le sol dans cette partie de la route est une argile durcie et colorée, mélaugée cà et là de minerai de fer et de sable blanc. Aux environs d’Yoko on trouve un assez grand nombre de gros blocs de granit rouge et blanc. A mesure qu'on s’approche de la capitale on voit prendre aux palmiers plus de force et d’élévation; le figuier sauvage devient plus commun, plusieurs espèces de cassies sortent du milieu des buissons, des plantes aromatiques et quelques pieds de poivriers de Guinée se montrent parmi les clairières. Sur les bords du Soubirry et auprès de Potaiga Dupuis remarqua de grands arbres qui produisent une gomme résineuse en morceaux de plusieurs livres, inflammable comme le camphre, trèslégère, fragile et répandant une odeur trèsforte, analogue à celle de la gomme du benjoin. Il reconnut aussi l’espèce de geuévrier qui donne la sandaraque, et un autre arbrisseau ressemblant au gommier d’Arabie, et distillant une belle gomme blanche et soluble. Celte partie de la forêt est peuplée d’un grand nombre de civettes, d’autiiopes, de pbatagins , de porcs-épics, de cochons sauvages , de paresseux , d’écureuils et de diverses espèces de singes d’une tres-petile taille, au poil rayé de noir et de blanc. Sarasou est une grande ville, divisée en deux quartiers par une avenue qui la traverse du nord au sud ; des plautatious considérables l’entourent, et une assez vaste étendue de terrain est consacrée à la culture du mais, des ignames et des

250 LTJiNIVERS.

montagnes de Saraga, dont le vaste circuit s’étend à l’est jusqu'à Ghobago

cassate'. Suivant Dupuis, la population de cette villes’clevail à huit mille habitants, rangés alors sous la puissance d'Ainou Koilra , comme soldats, vassaux ou esclaves, mêlés aussi d'un certain nombre d'artisans. Dupuis s’y arrêta tuui unjour pour préparer son entrée dans la capitale. Il profita de ce séjour pour faire une excursion sur les bords de la rivière de Dali, qui coule à l’ouest-sud-uuest, à deux ou trois ceuls pas au nord de Sarasou , et va se perdre assez loin de là dans le Soubirry ou Souberin, et nou dans la Koutn, comme le prétend Bowdich. La rivière de Dab a uarante-deus pieds environ de largeur, sur eux à trois pieds de profondeur dans l'endroit où on la traversent elle prend sa source dans l'Akeyah. Après l'avoir passée, ou arriva, deux milles plus loin, dans un [relit village de bûcherons nommé Agyokoh ; puis, à peu de distance de là, à Agogo. On rencontrait fréquemment des caravanes de marchands se rendant à Coumassie de tous les points de la côte, excepte du Cap-Corse. Un messager du roi vint au - devant de Dupuis jusqu'à Agogo, et le conduisit dans le [relit village de Ciry , à cinq quarts de mille au sud-est de la capitale. Au bout d'un quart-d'beure de marche on atteignit le vaste marais qui enveloppe U ville au sud et à l'est. A une si petite distance de la capitale la forêt conserve encore toute son épaisseur; rien n’indique l'approche d'une grande et populeuse cite. Bientôt on aperçut les premières cases de Coumassie entourées de plantationset drquelques murailles éparses, sorte de faubourg ui mène par une large avenue et presque en roite ligne au nord jusqu’à la porte même du palais du roi. — De Sarasou à Coumassie Dupuis compte six milles un quart en ligue directe au nord. La distance du Cap-Corse à Coumassie est d'un peu moins décent trentetrois milles en ligne droite, ou de cent quatrevingts milles en tenant compte des sinuosités de la route. — Pendant lesdrux premiers mois du séjour de Bnwdich en Acbanti, c'est-à-dire en mai et en juin, il plut environ le tiers du temps, et prés de ta moitié du temps eu juillet et en août ; souvent un vent violent du sud-ouest amenait de gros orages immédiatement après le coucher du soleil. Les plus fortes pluies tombèrent de la fmde septembre au commencement de novembre. L'Aclunti étant un peu élevé, la température est généralement moins chaude à Coumassie qu’à Cap-Corse. De quatre à six heures du matio on y ressentait un froid que l'on n'éprouve pas sur 1a côte. ( Walcke-

et à l’ouest jusqu’à Enkati, Kong et le Manding ; un troisième est ouvert, par le Massy, le Coransa et le Banna , à l’est de la rivière d’Asounda, au-dessous du désert de Ghofnn , où il se partage , pour gagner au nord le Ghobago, et à l’est le Tonoma et le royaume de Dagomba ; enlin un quatrième conduit dansl 'Akega ou Akleyah, pour s'y diviser et aller d’une part à l’est dans le Bouromi (I) et vers lerio Volta, et d'autre part, en inclinant plus au nord du lac Bouro (2), traverser l 'Adjarah, une partie du ïolidti et du Baboso, et atteindre aussi la Volta, au delà de laquelle est située la ville de Salgha. On appelle

nacr, Histoire générale des foyages, L XII, p. 3Î-79, e* )

(i) La route qui conduit dans le.Bouromy et le long de la Volta, dans les villes de Gojan et d'Odanty,est fréquentée par des marchands qui portent leurs deurées dans les tilles frontières du Dahomey. Ce voyage est de douze jours de marclie; il se failassrz facilement jusqu'aux montagnes d'Akeyah, à soixante milles environ de Coumassie , quoique la forêt s'étende jusqu'au pied de ces montagnes. De l'autre côté des monts , le pays se déploie en immenses plaines où s'élèvent a peine quelques rares bouquets d'arbres du milieu des beibes épaisses qui les recouvrent. — Entre le Bouromi et l'Akeyah coule un petit ruisseau, qui prend sa Source dans les montagnes de celte dernière province et se perd à l'est dans l'Asouada, après avoir formé une suite de marais.

(a) Le lac de Bouro est situé au nord d'Yobati, et n'est éloigné, dans la saison des pluies, que de trois [wtites heures de marche de la Volta . Il est beaucoup plus grand que celui d'Échouy, mais a moins de célébrité ue le Doussem Echouy (lac Sacré). Ces eux lacs diflcrent aussi par la nalure de leurs eaux: durant 1rs grandes chaleurs, celles de l'Échouy deviennent aussi saumâtres que l’eau de la mer, tandis que le Bouro en toute saison conserve les siennes pures et douces. Lorsque les pluies ont été Ires-a boudantes, le Bouro se déchargé dans b Volta. Une petite rivière qui prend sa source daus une montagne située entre le üauna et le désert de Gbofan , se jette dans la partie occidentale du lac. Les débordements annuels du Bouro prêtent aux campagnes une extrême fertilile. Il nourrit aussi beaucoup Je poissons de grande taille et trè>-savoureux , que l'on porte vivants à Salgba.

GUINÉE

quelquefois ces deux derniers les anciennes routes. — Apres qu'il eut conquis le Gainan, le roi Zay s'occupa de faire ouvrir par ses troupes, à travers la forêt et les plaines qui bordent le Tendo, un nouveau passade plus court de deux journées que l'ancien.

En outre, l’Achanti est coupé par une infinité déroutés secondaires : l’une traverse les provinces du nord-est jusqu'au port de Goya , au sud du lac de Bouro ; une autre de même largeur va jusqu’au Quahoe, où elle est croisée par le grand chemin d'Akim, d’Aquapim et d’Accra, et par la route qui mène dans l’est à Aquamboe et à la frontière du Dahomey. Un passage conduit aussi de Coumassie dans le Schoumah et le Shouy, et traverse le Tendo. Un autre commence dans l’Akeyah, entre le Banna et la rivière de Voltâ, et traverse l’extrémité orientale du désert, d’où l’on peut atteindre en deux journées de marche une grande ville du Ghunga . nommée /tanga. Enfin un grand nombre de semblables passages conduisent aux points principaux de la côte : il en est un qui part des montagnes d'Aquapim, passe à Ningo, à Pramprain, et s’étend jusqu’à l’embouchure de la Volta ; un autre qui mène d'Akim à Barracoe et à Winnenah ; un troisième de Tantum à Anamaboe. Les ouragans, les débordements des rivières et des marais, rendent souvent impraticables ces passages secondaires, et quelquefois même les grandes routes. Les rivières sont surtout nombreuses dans l’Akim et dans l’Aquapim, pays montagneux : la route d’Akim, entre Coumassie et la côte, traverse une première rivière, le Dah, qui arrose la grande ville de Djouabin, et se perd dans le Bossum-Pra, à deux journées à l’ouest du gué de Prassou une seconde, le Bossum-Pra lui-méme, ue l’on passe à la cinquième journée e marche entre Apoka et Argosi ; une troisième, le Birrum, qui prend sa source rès de Sonara dans le Quahou, et lome dans la Praa, à une très-petite distance de Dansausou ; enfin les ruisseaux de Corim, de Sagouae t de Souho, qui descendent des montagnes d’Aquapim et se jettent à l’est dans la Voila, à quarante milles de son embouchure, et la rivière de Saccoum, qui sort des mêmes monta-

gnes et coule entre Accra et Barracoe.

Coumassie , où ces routes viennent aboutir, est bâtie sur le flanc d’une montagne toute composée d'énormes roches ferrugineuses. Elle est enveloppée presque de tous côtés par un même marais , qui vers le nord commruce comme un faible ruisseau, pour se rapprocher de plus en plus de l'enceinte de la ville en augmentant à mesure de largeur; en plusieurs endroits , après de tories pluies, sa profondeur est de cinq pieds-, sa profondeur moyenne est de deux. Il contient plusieurs sources qui fournissent Coumassie d'une eau pure et abondante. Matin et soir, d'épais brouillards s’élèvent de ce marais et se répandent sur la ville ; c’est la principale cause de la dyssenterie qui y attaque presque tous les Européens et les Nègres de la côte. Bowdich prête à Coumassie quatre milles de circonférence,, non compris les faubourgs d ' A ssaf ou ni Bantama (la ville de derrière), qui sont à un demi-mille de distance. Quatre des rues principales ont un demi-mille de long et quinze à trente pieds de largp. Il en vit tracer une nouvelle au cordeau. Elles ont toutes des noms, et un capitaine supérieur est chargé de la garde de chacune; celle qu’habitaient Bowdich et ses compagnons s’appelait Aperremsou ou rue au Canon , parce qu'on y avait placé, au bout, sur une petite "éminence, les pièces d’artillerie prises dans le Dinkira ; une autre portait le nom i'OsamarandidouOm , que Bowdich traduit ainsi : avec mille mousquets vous ne pourriez battre ceux qui demeurent ici. Il distingue encore la rue d'Odoumata, ta rue de la Prison. Le palais du roi s’élevait au milieu de la rande rue qui traverse toute la ville; es murs élevés l’entouraient de face et sur les côtés; par derrière, le marais le protégeait. Celte enceinte renfermait les demeures du roi et de ses frères, et deux ou trois petites rues où le roi se promène quand certaines prescriptions religieuses lui interdisent de sortir de son palais. Derrière la grande place du marché s’étend le petit bois de Sammonpomé, séjour des esprits, lieu infect, peuplé de panthères et de vautours, où l’on jette les corps de toutes les victimes humaines. Des bouquets d’arbres

répandus de tous côtés donnent à la ville un aspect riant et varié. Bowdich remarqua aussi, dans plusieurs rues, de petits tertres circulaires où l'on lace le trône du roi quand il vient oire le viu de palmier. Les grands ne pouvant nourrir à la ville leur nombreuse suite, ni les pauvres toute leur famille, ils les tiennent dans de petits villages, au milieu des cultures, éloignés de deux à trois milles; les habitants de la classe moyenne envoient aussi leurs esclaves aux champs pour cueillir des fruits et des légumes, qu'ils rapportent ensuite aux marchés de la ville ; et quand le nombre de leurs enfants augmente trop, ils en confient une partie aux soins de ces esclaves. D'après cela, Bowdich n’estime la population ordinaire de Countassie qu'a douze ou

?|uinze mille âmes ; mais aux jours de été, toutes les populations des campagnes, affluant a la ville, composent une foule de cent mille hommes peutêtre.

Le marché se tient chaque jour depuis huit heures du matin jusqu'au coucher du soleil ; les vendeurs se placent sous de grands parasols carrés, sans compter beaucoup de petits marchands en détail répandus de tous cotés. On vend là du boeuf et du mouton coupés par petites tranches pour faire de la soupe, du sanglier, du daim, de la volaille et de la chair de singe, des ignames, des bananes, du grain, des cannes à sucre, du sizi, de l'ancrouma , légume assez semblable à l’asperge, du poivre, du beurre végétal, des oranges d’un goût exquis, des ananas, moins bons que ceux de la côte, et des figues bananes, du poisson sec et salé, de gros escargots fumés et collés avec soin sur de petits bâtons, du pitto, du vin de palmier, du rhum , des pipes, des verroteries, des miroirs, des sandales, des étoffes de soie et de coton, de la poudre, de petits coussins, du fil de coton bleu et blanc, des calebasses, etc. Les bestiaux que Bowdich vit à Countassie étaient aussi beaux que ceux d’Angleterre. Les moutons sont couverts de poil en Achauti , et de laine dans le Dagoumba, pays découvert. Les Achantis se servent peu de chevaux. Bowdich ne vit pas un iudigèriequi montât à cheval baraiment.

Il dépeint 1rs chevaux du Dagoumba comme très-petits et peu recherchés au marché, presque tous de couleur brune, ayant la tête fort grosse , et le sabot très-développé. On les nourrit d’herbe mêlée quelquefois de sel. Tous les fruits et légumes du marché proviennent des champs qui entourent la ville. Les Achantis n'emploient pas d'autre instrument que la houe; ils font deux récoltes de grains par an, plantent leurs ignames à Noël et les recueillent au commencement de septembre. Dans les terrains marécageux croit une espèce de luzerne dont Bowdich compta quatre variétés ; le pissenlit est très-commun au nord de Coumassie, ainsi qu’un petitfruit rouge, déjà mentionné dans le journal du chevalierdesMarchaiscommeayantla propriété, quand on le mâche sans l’avaler « d a- « doucir ce qu’on peut mettre après lui « dans la bouche de plus aigre et de plus « amer. » Les figuiers sauvages, les cotonniers, abondent sans que les habitants en fassent usage ; seulement avec le duvet du polon ou fromager ils bourrent de petits coussins ou oreillers. Le tabac croit dans l'Inta et le Dagoumba ; on l’appelle toah. Bowdich raconte que des naturels de ces pays, à Coumassie, en reconnurent la ligure dans un ouvrage de botanique. On fait d'abord sécher les feuilles au soleil, et après les avoir bien frottées entre les mains, on les trempe dans l’eau pour en former ensuite des masses ovales. Bowdich rapporta de Coumassie quelques gousses de boussie, graine astringente, que tes Nègres mâchent pour apaiser la faim.

Dans la boussie ( sterculia acuminata, Palisot Beauvois, Flore cfOware ) M. Walckcnaer reconnaît le gourou , représenté par M. Lucas (I) comme un des principaux objets d’échange du Fezzan, du Caschna et du Bornou avec les États si t ués au sud du N iger,et comme une grainetrès-propre a corriger la mauvaise qualité des eaux. On apporte aussi du Dagoumba au marché ue Coumassie beaucoup de sel ammoniac : les Achantis l’égrugent pour le mêler à leur poudre de toah et lui donner ainsi plus de piquant ;

(i) Proeeedingsof the association for promoling the diteeverr of the interior parts of AJrica; 1810,111-8°, l. I, p. 173-18X

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ils en font aussi fondre dans l’eau dont ils abreuvent leurs bestiaux, et en prennent eux-mêmes pour se guérir des coliques.

Le beurre végétal que Bowdich vit vendre à Coumassie est une espèce de graisse blanrbe , que les habitants de la côte appellent graisse dAchanti, et qu’ils achètent en grande quantité pour s’en frotter tous les jours et s’adoucir ainsi la peau. Ce n'est pas, comme ils croient, un produit de rAchanti même, mais des pays de l’intérieur, où on la tire d’un arbre appelé limkia, le même sans doute que le schl de Mungo-Park. Les Achantis préfèrent encore Tes étoffes de soie et de laine du Dagoumba à celles qu’apportent les Européens aux comptoirs de la côte : Bowdich l’attribue à ce qu’ils peuvent les acquérir des marchands du Dagoumba en échange du sel, qu’ils se procurent aisément et qui leur rapporte d’énormes bénéGces, ou d’une petite quantité de rhum et de fer, tandis u'ils ne pourraient obtenir ces objets e luxe et d’agrément des Européens qu’au prix de l’or et de l’ivoire, dont ils se montrent fort avares.

On peut se faire, d’après les récits circonstanciés que Bowdich et Dupuis nous ont conserves de leur réception à Coumassie, une idée fort exacte de la hiérarchie des divers ordres de ce grand État et du cérémonial compliqué de sa cour.

— Un messager du roi vint au-devant deDupuisàune certaine distance de Coumassie , et le guida jusqu’à l'entrée de la ville , où une escorte de soldats achantis , vêtus et armés à l’anglaise , et commandés par un albinos, qui n’avait du costume militaire que l'énorme bonnet , releva l'escorte de soldats fantis qui l’accompagnait. Ces soldats lui frayèrent aisément une route à travers la foule qui se pressait au-devant de lui , en traînant à terre quelques baguettes de bambou ou en touchant légèrement l’épaule des plus curieux. Une députation de cabaschirs vint prier Dupuis d'attendre sur la place du marché que la cour fût rassemblée. Au boutd’unquart d’heure un coup d'arquebuse annonça l’approche du roi et fit cesser le tumulte; toute la foule qui encombrait la plaoe s'assit à terre. On distinguait les chefs à leurs larges parasols de couleur et aux petits sièges qui les élevaient un peu au-dessus des

autres assistants. Chacun d’eux avait sa musique, composée de tambours de toutes formes et ornés de dépouilles guerrières , de trompes d’ivoire, de flûtes de roseaux , de calebasses couvertes de grelots, et de cymbales de fer, et sa troupe d’honneur de jeunes esclaves de quinze à seize ans , armés de courts cimeterres et de poignards. Les plus jeunes des cabaschirs portaient, pendus en sautoir, les crânes des ennemis qu’ils avaient tués et de longs chapelets de dents ; tous avaient le visage grave et sévère. Dans un coin de la pTace, trois cents Maures, chefs et esclaves, étaient assis autour de leur pacha, vêtus, les chefs , de belles robes de soie appelées cosatien, de turbans et de pantalons de coton, et d’un justaucorps richement brodé en fil desoie, et les Maures voyageurs, d’une longue chemise flottante brodée aux manches, ou du kussabi, simple tunique sans manches, tombant au-dessous du genou. Le pacha était drapé dans une robe de soie bleue damassée, toute couverte de broderies et d’ornements ; son turban de mousseline , garni en arrière d’amulettes, de coraux, de verroteries, était encore enveloppé d’une écharpe de damas qui lui tombait jusqu’aux pieds. Dupuis lut dans les yeux de ce vieillard le plus violent fanatisme; en s’approchant de lui pour lui prendre la main, il le vil hésiter et l’entendit réciter rapidement et à voix basse les versets du Coran appelés al fathiat. Derrière les Maures, les ministres, les interprètes et autres serviteursdu roi, les poignets et les jambes chargés de toutes sortes d'ornements en or, marque de la faveur royale, ombragés de leurs énormes parasols et entoures de leurs esclaves et de leurs musiciens , avaient formé en se rangeant une avenue très-étroite, où Dupuis dut s’engager pour arriver jusqu’au roi. Il s’avança au milieu des plushorribles fanfares e't sous les cimeterres menaçants des esclaves du palais. Toutes ces‘ démonstrations cessèrent quand le roi lui eut présenté la main en prononçant quelques paroles qu’un des officiers’ répéta : « Zay remercie les dieux de vous avoir vu , ainsi que l’autre homme blanc et toute votre suite. » Le siège royal était grossièrement taillé; sur les bras et sur les pieds se détachaient de petites figures en or. Quelques-uns des cabas-

Dig

254 L’UfflVERS.

cliirs qtii l’entouraient portaient sur la poitrine des plaques, des chaînes, des fragments d'or massif, pesant plus (Tune livre. Derrière lui, et au pied du trône, se tenaient les messagers royaux ou gardes du corps : les uns avaient à la main leur large sabre recourbé, à poignée doublée d'or poli , d'autres étaient armés de fusils anglais richement ornés, llsavaient pour coiffure un crâne taillé en forme de casque, orné d'une longue queue de tigre flottante , et surmonté d'un panache circulaire de plumes d'argus { l'oiseau à couronne Jet d'une paire de cornes de bélier, doubleesd'oret soutenues parune chaîne d’amulettes de maroquin ; une espèce de cotte de mailles, faite d’un tissu semé d'or, d’argent et de maroquin peint, leur serrait tout le corps en laissant les bras libres, et une pièce d'étoffe unie roulée autour des reins etdescendant à mi-cuisse complétait leur riche costume. Outre leurs fusils, ils portaient encore un arc et un carquois plein de flèches empoisonnées , pendu à un ceinturon , qui soutenait en même temps plusieurs poinards dans leurs étuis et un grand sac e poudre. Enfin ils avaient tous un singulier ornement, une grosse sonnette d’or, d'argent ou de fer attachée à une épaulette, le tout tombant par derrière et sans cesse en mouvement. Les officiers de ce corps avaient de petits turbans de taffetas ou de coton et de mousseline à figures, et une pièce de colon rayé pliée autour des reins et rejetée élégamment sur l'épaule gauche comme le hayk arabe. Le vêtement du roi se composait d’un large hayk de coton à figures, tombant des deux épaules et flottant sur le dos et jusque sur les cuisses. Une tresse desoie sonteuait un chapelet d’amulettes enveloppées d’or, d'argent « de soie: une large chaîne d'or lui servait de ceinture; il avait aux doigts et aux oreilles une quantité d'anneaux d'or d’un travail grossier, et au genou gauche une bande d'étoffe de soie tressé avec de l'herbe , mêlée de grains d’or et d'amulettes, et se terminant par un gland d'une jolie forme. Le chef des prêtres était à l’un des côtés du trône avec des disciples de tout âge, le visage, la poitrine et les jambes couverts de raies de craie blanche, et rangés tous autour d’un pot de terre et d’une petite boite.

Dupuis et sa suite, après avoir touché la mam du roi, eurent encore à parcourir la moitié du vaste demi-cercle formé sur la place du marché. A une petite distance du siège royal , ils saluèrent le roi de Banna, tributaire du roi d'Achanti , qui se trouvait alors par hasard a Coumassie; dans sa suite il y avait plusieurs Maures de rang médiocre, avec leurs esclaves. Le siège de ce prince n’ét3it recouvert que de pièces d’argent, dollars et demi-doflars, personne n’ovant le droit de s'asseoir sur un trône d'or que le roi des rois. Les guerriers du Banna portaient des peaux de bêtes, surtout de léopards et de panthères, ou seulement une bande de ce ton large de trois à quatre pouces, croisée entre les cuisses et sur les reins. Les autres chefs, gouverneurs de provinces ou princes tribu ta ires étaient rangés immédiatement après le roi de Banna. Dupuis mit deux heures à parcourir et à saluer toute rassemblée. Des ministres ou officiers du roi le conduisirent alors près d’un bouquet d'arbres, à l’ombre duquel il assista au défilé de tout le cortège roval. Le roi, précédé de torches allumées, d’un corps de musiciens qui tiraient de leurs instruments des sons affreux, <le guerriers exécutant diverses évolutions ou danses bruyantes, d’un nègre d'une taille gigantesque portant un billot ensanglante et hurlant léchant de mort, et de hérauts proclamant les dignités et les brillants exploits de leur maître, le roi , sous un dais, repassa devant Dupuis, lui prit la main, et continua son chemin {1).

Le gouvernement de l'Achanti est entre les mains du roi, d'un conseil supérieur qui dirige la politique extérieure, et de rassemblée des capitaines ou cabaschirs. Dans l'ordre de succession, toujours rigoureusement observé, ie frère du roi ale premier rang, le fils de sasœur le second, son propre fils le troisième, le premier serviteur ou ministre du trône le quatrième. Le roi est le premier héritier de chacun de ses sujets, et à ce titre la plus grosse part des frais de funérailles demeure à sa charge ; mais les dettes du défunt doivent être acquittées par la famille, que le roi indemnise toujours

i ) Walckenaer, H'ut. génér. du Foyagtt, t. XII, p. ajo-a^p.

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richement. Le roi est maître du sol ; cependant un de ses sujets peut défricher une portion quelconque de forêt pour s’y construire une maison ou y entreprendre une plantation , sans rien lui payer. Il doit seulement une petite somme d'argent au propriétaire le plus voisin. Le roi peut interdire aux marchands tout cominerceaveclesÉlalsqui l'ont offensé. Ses revenus se composent, indépendamment de la poudre d'or de tout sujet mort ou disgracié, d’une taxe en or sur tous les esclaves achetés pour la côte, de droits acquittés en or auprès d'Ansa, dans l’Assim, par tous les marchands revenant de la côte, d'une taxe sur les chasseurs d’éléphants, de l’exploitation des petites mines de Soko, qui, avec le lavage, rapportent tantôt 2,000 onces par mois et tantôt 700 seulement, du produit du lavagequotidienqui se faitdans le Dankara et sur la chaîne de rochers aurifères placés entre l’Akim et l’Assim, d'une taxe.sur tous les chefs qui augmentent la quantité de leurs ornements d’or, de l’or qu’on laisse tomber dans le. marche et qu'il est défendu de ramasser sous peine de mort; enfin des tributs variables des peuples conquis, acquittés en or, ou par l'inta et le Dagoumba en esclaves, en bestiaux et en étoffes de soie et de coton. Le roi a encore d'autres branches de revenus :

ainsi lorsqu'un criminel de haut rang a été exécuté , ses parents ou amis peuvent rachetersoncorpsau prix de huit ackies; lorsqu’un Achanti veut intéresser le roi a sa cause dans un procès, il achète du gardien des troupeaux royaux un beau mouton, moyennant vingt ackies, et l'offre au roi, qui l'agrée et le rend à son gardien. Les lois d’Achanti accordent au roi 3333 épouses , nombre mystérieux et toujours rigoureusement maintenu ; elles habitent, les unes la maison de campagne du roi à Barramang, la plupart un petit village situé derrière le palais, et le reste deux rues de Coumassie; six d’entre elles au plus demeurent avec lui dans le palais. Les Ocras sont ou des esclaves favoris ou des sujets pauvres ayant fait quelque action d'éclat, ui consentent à être immolés à la mort u roi, pour être assurés jusque-là d’une entière impunité et de la nourriture abondante du palais. L’hospitalité du roi est magnifique : chaque jour on prépare

au palais vingt pots de soupe blanche et autant de soupe noire faite avec des noix de palmier, pour les grands qui viennent le visiter, et pour les gens de leur suite; le vin de palmier est à discrétion. — I.es poids et mesures dont le roi fait usage sont d’un tiers plus forts que les poids ordinaires, et cette différence est tout à l’avantage de ses officiers. La loi accordeau créancier, en casde trop grande lenteur du débiteur, de se faire rembourser d’après les poids du roi. — Le roi confie souvent à de jeunes cabaschirs, pour deux ou trois ans, d’importantes sommes d’or, et, au bout de ce terme, en rendant la somme, ils doivent prouver qu’ils l’ont fait valoir assez heureusement pour soutenir désormais leur rang; autrement le roi, les jugeant dépourvus de talents, les abandonne. Un capitaine, lors de sa nomination, donne à la maison du roi huit onces d’or. Bowdicli viten deux occasions le roi acquitter cette somme pour deux de ses sujets pauvres, qu'il avait brusquement élevés a cette dignité, et leur faire promptement leur fortune en leur confiant des perceptions d’impôts avantageuses. Les principaux cabaschirs, ceux de Souta, de Marmpon, de Becqua et de Kokofou, quatre grandes villes bâties par les Achautis en même temps que Coumassie, jouissent de privilèges considérables :

ils ont un trésor indépendant, où toutefois, en cas d'urgence, le roi peut puiser, une juridiction , des fêtes particulières, des ornements communs avec le roi même. — Lorsque le roi nomme un général au commandement d’une armée, il lui remet de ses propres mains une épée à poignée d'or, lui en donne trois légers coups sur la tête; et le général jure de la lui rapporter teinte du sang des ennemis vaincus. — Il y a toujours à la suite de l’armée un interprète du roi chargé de conduire les négociations qui suivront 1rs combats et d'imposer les tributs , et un corps de prêtres pour faire diverses cérémonies tutélaires. — Pendant le combat le général se tient à l’arrière-garde, avec un corps d’élite et des armes de réserve rangés autour de son parasol ; les chefs subalternes conduisent les soldats en avant, tandis que les capitaines avec les vieux soldats lessui vent et leur coupent toute retraite. Le général s’occupe avec

L’UNIVERS

une indifférence affectée d’un jeu quelconque, qu’il interrompt à peine pour recevoir les têtes que ses lieutenants lui envoient de tous les chefs ennemis tués dans le combat. — En campagne, les soldats achantis prennent une fois par jour de la farine mêlée d’eau, et le reste du temps, pourtromperlafaim, ils mâchent de la boussie. Les nouvelles recrues se forment sur le champ de bataille , en achevantavec leurs couteaux les ennemis blessés ; elles doivent revenir de là bien munies d'armes , autrement on les laisse parmi les esclaves.

Bowdich a recueilli un certain nombre de lois et de coutumes, particulières au peuple achanti, ou propres à caractériser en général la civilisation africaine. — L’esclave fugitif d’un chef allié ou tributaire est rendu à son maître ; s'il est d’une nation étrangère, il est reçu comme homme libre. Le peuple tributaire qui a donné des preuves de fidélité contre un autre peuple rebelle est récompensé aux dépens de celui-ci. Tout sujet d’un État tributaire put en appeler des lois de son pays à celles d’Achanti. Bowdich assista à' la promulgation d une loi qui défendait, à l’avenir, aux messagers royaux, en quelque lieu que ce fût, toute extorsion ou exigence violente, sous

{ici 11e d’une amende de 110 péri gains : es interprètes, revêtus de leurs insines, l’annoncèrent d’abord à chacun es membres du conseil supérieur, puis à toute rassemblée des cabaschirs, et le premier héraut qui la proclama en présence du peuple reçut du roi et de la nation une double gratification. — Si un membre de la famille royale a mérité la mort, on ne peut verser son sang, mais on le remet entre les mains d’un cabaschir qui le noie dans la rivière de Dali. — La lâcheté flagrante est un crime capital. — Celui qui vole le roi ou qui a commerce avec une femme de la famille royale est puni de castration; mais le commerce avec la femme d’un homme ui a subi ce châtiment entraîne la peine e mort. — L’intérêt de l’argent est de 33 j pour 100 par quarante jours. Si le débiteur ne s’acquitte pas avant ce terme, il est tenu de donner en outre une certaine unntité de vin de palmier. — Le meurtre 'un esclave par son maître demeure impuni; le meurtre de l’esclave d’autrui

exige qu'on en paye la valeur. Le meurtre d'une épouse ou d’un enfant est puni de mort, lin grand qui tue son égal obtient comme faveur, en changeant de pine, de se donner lui-même la mort; s’il tue un inférieur, il paye à la famille une amende équivalente' au prix de sept esclaves. Le soin de punir un vol considérable est laissé à la famille du coupable, à condition qu’elle indemnisera les plaignants : souvent la famille, dans ces châtiments domestiques, déploie la plus rigoureuse sévérité. — Un cabaschir donne un périguin à la famille dans laquelle il choisit une épouse. Il peut vendre sa femme, mais il 11e le fait que si la famille n’est pas en état de la racheter ; seul il peut la tuer pour cause d’infidélité ; mais si la famille lui offre une grosse somme d’or pour h racheter, il est tenu de l’accepter. Une femme rachetée par sa famille ne peut plus se marier. Si une femme reste trois ans sans nouvelles de son mari, elle peut se remarier. Dans le cas où le premier reviendrait, les droits du second l’emportent ; seulement les enfants nés du second mariage sont regardés comme la propriété du premier mari, qui les put mettre en gage. — Quiconque est accusé d’être possédé du démon périt au milieu des tortures. — Les lois laissent aux esclaves la faculté de changer de maître. Un homme libre qu’ils somment, en invoquant sa mort , de les prendre à son service ne saurait s’y refuser.

Suivant une tradition , que Bowdich entendit de la bouche de plusieurs chefs achantis, au commencement du monde, Dieu créa trois hommes blancs et trois hommes noirs et autant de femmes, et leur laissa le choix du bien et du mal. Il mit sur la terre une calebasse et un papier scellé; puis les noirs choisirent les premiers : ils prirent la calebasse, croyant qu’elle contenait tous les biens; mais, layant ouverte, ils n’y trouvèrent qu'un morceau d’or, un morceau de fer et d'autres fragments de métaux dont ils igno, raient Pusage.Le papier scellé promettait, au contraire, aux blancs tous les biens. Dieu, reléguant alors les noirs au milieu des broussailles et des bois, conduisit les blancs vers la mer, et toutes les nuits il venait s’entretenir avec eux. Il leur apprit ainsi, entre autres choses, à construire

GUINEE. 257

un vaisseau, il les fit passer dans un autre pays. Après un long espace de temps, ils revinrent munis d’une immense quantité de marchandises pour trafiquer avec les noirs. Ainsi , plus heureux dans leur choix , les noirs seraient devenus le premier peuple de la terre. Mais voyant que Dieu les avait abandonnés, ils tournèrent leurs hommages vers lesesprits inférieurs et vers les fétiches qui président aux fleuves, aux bois et aux montagnes. — A l'époque où Bowdich se trouvait à Coumassie, les fétiches les plus vénérés des Achantis étaient celui de la rivière Tando et ceux du Cobi , rivière de Dankara, et A’Odenti, ville placée sur les bords de l’Adirri. Les prêtres du premier ordre vivent dans la case du fétiche, et transmettentau dehors les réponses de l’oracle ; ils jouissentdegrandes richesses et d'importants privilèges. La moitié des offrandes faites au fétiche est jetée dans la rivière, l’autre appartient aux

Srêtres. L’offrande ordinaire du roi est e dix onces d’or et de trois ou quatre esclaves ; celle des pauvres gens est de quatre ackies à peu près. On voue souvent au service du fétiche des enfants dès avant leur naissance. La case du fétiche est un asile ouvert aux esclaves, à moins qu’on ne rachète ce droit d’asile par une indemnité de deux onces d’or et de quatre moutons. Les prêtres du second ordre vivent mêlés au peuple, prenant part seulement aux fêtes et aux cérémonies ; on les consulte d’une manière moins solennelle que les premiers, à peu près comme on fait chez nous les diseurs de bonne aventure. Chaque famillea plusieurs fétiches domestiquesque les prêtres leur procurent ; ce sont, on le sait, des figures de toutes formes en bois ou en métal. Dans l’Achanti , il n’y a pas de jour spécialement consacré au fétiche, comme sur la côte. Ce jour peut varier au gré de chaque famille, et le jour de chaque semaine qui correspond a celui de la naissance d’un individu est pour lui un second jour de repos. Certaines familles encore s’abstiennent de certaines viandes. Les Achantis ont leurs jours fastes et néfastes : le mois de septembre, contenant moins de jours malheureux que tout autre, est le plus favorable aux voyages. Là, comme sur toute la Côte d’Or, ôn attache une foule de croyances 17e Livraison. (Guinée.)

superstitieuses aux fétiches qu'on achète des Maures, et aux aigris ou aggnj, sorte de petits grains de toutes couleurs, unis ou bigarrés, et de toutes formes, qui, suivant le rapport unanime des Neres, se trouventdansl’Akim,leWarsaw, Ahanta et le Fanti , mais surtout dans le Dankara. Ils ajoutent qu’une vapeur s’élevant de terre en spirale indique toujours l’endroit où il faut creuser poulies trouver. La découverte d’une mine ou d’une couche d’aigris est le plus heureux présage.

Les grandes fêtes nationales en Achan t i sont celles de V Igname et de Wldui : la fête de l’igname se célébré chaque année à l'époque de la maturité de cette plante, au commencement de septembre. Lescabaschirs, les chefs tributaires, sont tenus d'v assister; les rois d’Inta et de Dagoumba peuvent seuls s’y faire représenter. Tout est permis pendant cette tête. A son entrée dans Coumassie , chaque cabaschir immole un esclave, puis défile avec son cortège devant le roi dans la grande place des canons de Dankara. Le lendemain de cette pompeuse entree commencent les scènes d’ivresse : en différents endroits de la ville, le roi a fait placer d’énormes bassins remplis de rhum. Cette immense orgie cesse vers le soir, et le roi et ses officiers , au milieu de décharges continuelles de raousqueterie , vont en procession du palais à l’extrémité méridionale de la ville. Le jour suivant est consacré aux affaires d’État ; le roi préside une espèce de diète et congédie ses cabaschirs. Des sacrifices humains se font cependant dans tous les uartiers de la ville; à Rantama , lieu es sépultures royales , on immole un certain nombre d’esclaves au-dessus d’un grand bassin de cuivre plein de légumes et de viandes, qui nagent bientôt dans des Ilots de sang, pour préparer ainsi un charme ou fétiche invincible. On faitcouler aussi le sang humain dans le sillon où l’on prend l’igname. Dix jours après la fête, le roi vient sur la place du marché manger pour la première fois de l’igname nouveau, et le lendemain, avec tous les habitants de Coumassie, il se rend à Sarrasou avant le lever du soleil , pour faire les ablutions annuelles dans la rivière de Dah ; il se baigne enfin dans le maraisqui s’étend au sud-est de la ville;

L’UPüVERf».

et il verse l’eau de ses propres mains sur son trône, sur tous les objets qui lui servent. En ce moment on ne sacritiequ’une chèvre et une brebis; mais de retour au palais on immole une vingtaine de moutons qu’on a eu soin de plonger dans le m irats; on arrose de leur sang les sièges d’honneur, et trois agneaux blancs sont égorgés devant la chambre à coucher du roi. — L’Aduï, autre fête nationale. se célèbre à peu près tous les vingt et un jours ; il y a alternativement un grand et un petit Adaî : le tambour royal, placé à l'entrée du palais et tout orné de crânes et d’ossements humains, annonce le commencement de la fête :

les cabaschirs viennent d'abord saluer le roi dans la grande cour du palais ; suivent la distribution de ses grâces ou présents (Bowdich a calculé que le roi donne à chaque Adaî quarante périguins d’or ou 9,600 francs), et la promulgation des lois nouvelles. — A la mort du roi , et pendant qu’on célèbre les funérailles , chaque famille est tenue de répéter les ceremonies des funérailles de tous ceux qu’elle a perdus. I,es frères, les fils et les neveux du roi se précipitent en furieux hors du palais, le fusil à la main, et tirent sans distinction sur tous ceux qu'ils rencontrent. Pendant les deux ou trois premiers jours il n’y a que des esclaves dans les rue» de Coumassie, le reste de la population se tient soigneusement renfermé. Les ocras du roi , au nombre de plus de cent, et un grand nombre de femmes, sont immolés sur la tombe royale. On assura à Bowdich que la fête funèbre en l’honneur de Zay-Quamina fut renouvelée toutes les semaines pendant trois mois ; chaque fois on sacrifiait deux esclaves et l'on consommait vingt-cinq barils de poudre; mais ce n'etait rien au prix des funérailles magnifiques de la mère du roi , qui avait été régente du royaume pendant l’invasion du Eanti.

Le roi à lui seul fournit trois mille esclaves, dont plus de deux mille étaient des prisonniers fantis, et vingt-cinq barils de poudre. Douabin, Kokaufou, Uecqua, Fonta et Marmpon offrirent chacune dix victimes et vingt barils de poudre; et la plupart des villes de second ordre deux barils de poudre et dix victimes.

Les Achantis sont tres-bien faits, mais moins musculeux que les Fantis; ils ont

presque tous le ne» aquilin; les femmes sont plus jolies que celles du Fanti; dans les hautes classes il s’eu trouve de vraiment belles, et leurs habitudes d’extréme propreté, si rares parmi les peu-

Etes negres , font ressortir encore leur eauté: tous les matins, au lever, elles se lavent et lavent les hommes delà têteaux pieds avec de l'eau chaudeeidu savon de Portugal; elles emploient aussi comme cosmetiqueie beurre végétal. Les femmes du commun sont au contraire fort sales. Elles se tracent sur les joues et sur les tempes de petits dessin' en gris ou en blanc, et se noircissent le bord des paupières avec une fine poudre de plomb qu’elles conservent dansde jolies bottes. Presque toutes ont la partie supérieure du corps couverte, ce qui en Fanti n’est d’usage que dans les premières familles; leur vêtement est fait d’une étoffe de soie grossière qu’on fabrique dans le Dagoumba.

Peud’entreeiles portent I antijfou, cette espèce de tournure que portent toutes les femmes du Fanti et dont le volume indique leur rang ou le nombre de leurs enfants. Une mode singulière et disgracieuse, citez les jeunes femmes achaniies, est de se serrer étroitement le sein par de larges bandes d’étoffe pour lui donner une forme allongée. Elles se rasent aussi les cheveux en traçant des dessins de fantaisie.

La nourriture des classes supérieures consiste principalement en- soupe au poisson, en volailles, en boeuf ou en mouton, suivant le fétiche adopté, et en pistaches de terre fricassées avec du sang. Les pauvres font leur soupe avec de la viande de daim séchée et de ta chair de singe ; ils mangent aussi habituellement des ignames, des bananes et une espère de couscous appelée en achanti foufou. Outre le vin de palmier, les Achantis ont le pitlo, boisson fermentée faite avec des grains secs et d'un goût agréable. Leurs fétiches leur défendent 1rs œufs, et on ne saurait les faire goûter au lait; les Maures seuls en boivent.

Quand on bâtit une maison , on fait une espèce de moule au moyen de deux rangées de pieux et des claies séparées par un intervalle égal à l’épaisseur que l’on veut donner au mur; on remplit cet intervalle d’une argile sablonneuse imbibée d'eau, et l'on en revêt aussi la sur-

GUINÉE

face extérieure du moule, de manière que le tout ne paraisse former qu’un mur de terre. Le toit de toutes les maisons est saillant; il se compose de trois poutres qui en forment, l’une le faite, et les deux autres les bases ou côtés inférieurs. Ces poutres soutiennent des encadrements en bambou peints en noir et polis qui sont couverts de feuilles de palmier entrelacées et attachées , par clés branches flexibles, d'abord aux poutres, ensuite aux encadrements en bambou. Les piliers qui soutiennent le toit forment une espècede corps de logis avancé aux maisons descabaschirs; eux seuls ont le droit d’en avoir de semblables. Ces piliers sont de gros pieux auxquels on donne une forme carrée en les recouvrant de terre glaise. Les escaliers et les planchers sont d'argile et de pierre, et revêtus d’une couche épaisse d une terre semblable à .l’ocre rouge et très-abondante dans le voisinage. On a soin de laver cet enduit tous les jours avec une eau dans laquelle on délaye de cette même terre. Avant que les murs soient secs , on y trace divers dessins en relief avec de jeunes tiges de canne à sucre qu’on y applique et qu’on recouvre ensuite d’un enduit. Bowdich a vu des piliers auxquels on avait appliqué de ces jeunes tiges et qui ressemblaient à des colonnes cannelées. Les murs sont barbouillés d’une peinture blanche qu’on renouvelle souvent, et qui se prépare aussi avec une argile des environs. Les portes, taillées avec beaucoup de travail dans un tronc de fromager, Sont fort épaisses; on y cloue des ornements en bois de différeutes formes et de différentes couleurs. Les serrures viennent du Haoussa et sont d’un genre tout à fait bizarre. Les fenêtres consistent en treillages à jour, en bois peint en rouge, et figurent divers dessins assez compliques; les encadrements en sont souvent revêtus d’une feuille d'or. Bowdich fut trés-étonné de trouver, presque dans chaque maison, des cabinets d'aisance; iis sont ordinairement placés dans le coin le plus retiré du bâtiment, etquelquefois au premier étage, dans une petite chambre isolée; dans ce cas, le grand pilier creux qui sert de conduit soutient en même temps l’étage supérieur. Les fosses sont creusées à une profondeur surprenante ; on y jette tuus les jours de

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l'eau bouillante pour prévenir la mauvaise odeur. Les ordures et les immondices de chaque maison sont brûléestous les matins dans la rue. — Les bâtiments qui composent une grande maison sont disposés autour ae plusieurs cours; et l’ctiquette est de faire attendre l’étranger de distinction quelques minutes à la porte de chaque cour et de le recevoir dans la dernière. La chambre à coucher d'Odoumata. parent du roi, n’avait guère que huit pieds carrés, mais elleétait magnifiquement décorée. Le lit, qui a partout cinq pieds de hauteur, était composé de grands coussins entassés les uns sur les autres. Le roi questionnait fréquemment les Anglais sur l’architecture anglaise; ils lui en donnèrent une justeidée par des dessins. Il aimait beaucoup à leur parlerd’un projet de construction attribué à Zay-Coudjo, et paraissait décidé à le faire exécuter dés qu’il aurait déterminé la guerre du Gaman : c’était une maison couverte, de lames de cuivre, posées sur des encadrements en ivoire, qu’on verrait du dedans , avec portes et fenêtres revêtues en or, et les jambages des portes et les piliers en Ivoire. Il songeait aussi à faire, à cette époque, de grands embellissementsdans sa capitale, et à donner à chacun de ses capitaines une somme tirée du trésor public pour orner et pour agrandir sa maison; il se proposait de faire rebâtir plusieurs rues qui tombaient en ruines entre celles d’^fssafuu et de Bantama ; de renverser cinq ou six petits villages qui séparaient Coumassie de sa maison de Baramang, et de les réunir par une longue et belle avenue.

Les tisserands achantis se servent de métiers construits d’après le mémo principe que les nôtres; on les fait mouvoir par des cordes attachées aux orteils. L’ouvrage n’a jamais plus de quatre pouces de largeur. Ils se servent, pour filer, d’un fuseau et d’une quenouille; ils le tiennent d'une main, et de l’autre tordent entre le doigt et le pouce le fil, dont le bout est attaché à un poids. Ils teignent pour le deuil, averun mélangé de sang et de décoction de bois rouge, les étoffes blanches fabriquées dans l’Inta et le Dagoumba. Leurs dessins sont variés et élégants; ils sont tracés si régulièrement avec une plume de poule qu'à

L’UNIVERS

une certaine distance on les prendrait pour une impression grossière. Ils ont deux sortesde bois de tei nture, l’un rouge, l'autre jaune. Ils préparent leur couleur verte en mêlant le bois jaune avec une teinture bleue, dans laquelle ils excellent et quMs tirent de I ’acassie , plante différente de l'indigo et qui croît en abondance le long de la côte et dans les bois. La couleur quelle donne est aussi solide que belle, sans avoir besoin d’aucun mordant. On recueille une certaine quantité de feuilles, on les broie dans un mortier de bois, et on les étend ensuite sur une natte pour qu'elles sèchent. On les conserve daus cet état, et quand on a besoin de s’en servir, on en nipt une certaine quantité infuser pendant six jours dans un vase plein d'eau; on y plonge le 01 ; on l'en retire pour le faire sécher au soleil une fois par jour, et au bout de ce ternie il a pris une couleur bleu foncé très-solide ; si l’on veut un bleu pôle, on ne l’y laisse que trois jours. Les Achantis excellent de même daus les ouvrages de poterie. Usy emploient une argile très-finequi, après avoirété cuite, est polie par le frottement; ils ont aussi une poterie noire, si bien polie qu’elle semble vernissée. Les habitants au Dagoumba sont plus habiles qu’eux dans les ouvrages d'orfèvrerie, sans que cependant ceux des Achantis soient tout à fait grossiers. Pour faire le modèle de l’objet qu’on veut exécuter, on met un morceau de cire sur un bloc de bois uni que l’on place près d’un feu ardent. On trempe dans un vase rempli d’eau bouillante une espèce de spatule en bois avec laquelle on amollit la cire; quand le modèle est terminé, on l’entoure d’une composition d'argile mouillée et de poudre de charbon qui, en séchant au soleil, prend la forme d’un moule. Cemouleestterminéà sa partie supérieure par un petit entonnoir fait des mêmes matières, qui reçoit l’or qu’on veut fondre , et qu’on ferme soigneusement. On pose ensuite le moule sur un feu de charbon, l’entonnoir placé en bas; au bout d'un certain temps, quand l'or est en fusion, on retourne le moule pour que l'or prenne la place de la cire fondue ; on laisse refroidir le moule, on le brise , et si l’ouvrage n’est pas réussi on recommence l’opération. — Leurs soufflets sont imités des nôtres; mais la peau

de mouton dont ils sont faits étant attachée au bois par des lanières de cuir, l’air s’échappe aisément; et pour fondre une quantité d’or un peu considérable, ils sont obligés de faire jouer en même temps deux ou trois soufflets. Pour enclumes ils ont en général une grosse pierre ou un morceau de fer placéà terre. Leurs forges sont en terre, élevées de trois à quatre pieds, et ouvertes dans le cinquième à peu près de leur circonférence. Dans la partie fermée, au niveau du sol , est un trou par où l’on introduit le bout du soufflet. — Leurs poids sont en cuivre et ont la figure d'animaux, de fruits, de végétaux du pays. — Les sabres des Achantis sont presque tous taillés en creux comme des truelles à poisson ; souvent deux lames parallèles sont adaptées à la même poignée. — Ils n’extraient pas eux-mêmes le fer des mines. — Leurs ouvrages de serrurerie sont bien inférieurs à ceux des naturels du Haoussa ou du Marrooua; mais ils savent mieux tanner et teindre les cuirs qu’on ne le fait dans'ccs pays. Ils travaillent aussi le bois avec une grande habileté : ils taillent les sièges de leurs chefs dans le tronc d’un arbre nommé zesso, dont le bois est blanc, tendre et facile à polir. Un pareil siège coûte à peu près trois sh.; on le vendrait vingt à Accra et chez les Fantis. Kowdich signale comme ouvrage d'une merveilleuse élégance les oiseaux et autres figures d’animaux qui surmontent les parasols et les sankos ( instruments de musique ). — Ils font avec les filaments de l'ananas différentes espèces de fils, depuis la finesse d’un cheveu jusu’à la grosseur d’une corde à fouet. Ce I est très-fort et devient très-blanc. 11 est excellent pour coudre tous les tissus forts, mais il coupe la mousseline (1).

« La langue des Achantis, et celle des « Fantis, qui n’est qu’un dialecte de la « première , sont peu abondantes , très- • imparfaites sous plus d'un rapport , et « ne peuvent guère servir qu’à exprimer « les idées les plus simples et les besoins « les plus communs de la vie. Le voca- « buluire que nous a conservé le voyait) J'ai reproduit presque en entier le résumé si complet de Imites les observations de Bowdicb que M.Walckenarrainsciédansson Mit. generale des Voyages, UXIl.p. 98-194.

GUINÉE

?;eur Robertson appartient au dialecte anti. Cet auteur ayant pour butprin- « cipal, en le put liant, d’être utile aux « Européens qui fréquentent la côte, a • dil préférer le fanti à l'achanti , qui • n’est guère parlé que dans l’intérieur « des terres. Un vocabulaire des deux « langues lui paraissait superflu, parce < qu'un acquiert très facilement sur les • lieux , suivant son témoignage, la con- « naissance de la seconde, quand on est • d'avance familiarisé avec la première.

• Robertson, parfaitement instruit lui- « même des langues de ces contrées,

• s'est fait aider dans son travail par un « Nègre achanti qui avait été pendant « neuf ans son domestique, et qui parlait « fort bien l'anglais. I.a langue fantie n’a • pas d’articles. Les substantifs , les « pronoms, sont indéclinables; dans les ■ substantifs, on désigne le pluriel en r ajoutant un nom de nombre au sin- « gulier. Dans les adjectifs, le mot dodo • est le signe du comparatif, et le mot « feerrara celui du superlatif. Les pro- « noms sont en petit nombre. Bowdich,

• dans le vocabulaire comparatif qu'il • a publié de l'achanti , du fanti et du r bouroum , avertit , par une note , que • toutes les fois qu'il laisse en blanc la « colonne des mots/an/fs, on doit y sup- « pléer par le mot achanti correspon- • dant , qui fait , dans ce cas, partie des • deux dialectes. Bowdich avait fait un • trop court séjour en Afrique pour en • connaître les langues de manière à • apercevoir les nuances quelquefois « très-délicates qui les distinguent. C'est • sans doute à son inexpérience et à sa • trop grande facilité à admettre des • mots achantis dans la langue fantie • qu'il faut attribuer les différences no- • tables qui se trouvent entre les mots • fantis qu’il a recueillis et ceux du vo- • cabulaire de Robertson. On sait d’ail- * leurs que le vocabulaire de Bowdich « n’est, comme il l’appelle lui-même, que « le squelette d'un travail plus partait • qu’il perdit pendant sa traversée pour « revenir en Europe (1). »

Je rappellerai en finissant l'hypothèse de Bowdich sur l’origine des Achantis : leur physionomie , type intermédiaire

(i ) Hist . gêner. Jet Pop., t. XI, p. /,8a-5u;

et t. XII, p- »t7-»a6.

entre les types extrêmes des races nègres, comme la physionomie des Mandingues, les traditions de leurs anciennes émigrations, leurs moeurs abyssiniennes mêlées à des coutumes égyptiennes, l'invitaientà voir dans les Achantis les descendants des Éthiopiens civilisés d'Hérodote et de Diodore, repoussés toujours vers le sud-ouest par les différents peuples colons ou conquérants de l’Égypte, et surtout par les Arabes (1).

Côte de Bénin , ou côte comprise entre le cap Saint- Paul et le cap Pormo.se.

Cette portion de côte forme un golfe assez considérable, connu sousle nom de golfe de Bénin. Après avoir doublé le cap Saint- Paul, on passe d'abord devant le village d'ytteey, puis devant le fort danois de Quitta , placé au milieu d'arbres, etaujourd'hui presque entièrement abandonné. En continuant à contourner la côte, dit M. le comte E. Bouët, on remarquequ’elle conserve le même aspect ; ce sont toujours des dunes de sable trèsbasses que couronnent des buissons et de temps en temps quelques palmiers isolés de distance en distance ; cette continuité de plage est interrompue par des fourrés d’arbres qui cachent presque toujours un ou plusieurs villages : le littoral continue à se montrer enveloppé par une ceinture de brisants d’un accès difficile. Les appellations portugaises ou espagnoles, vieux souvenirs de traite de noirs, se confondent sur ces points avec celles qu’ont données les naturels : ainsi les noms de Padiena, Mlna-Chiea, Cogmoa , Porto -Seguro , se mêlent h ceux de Oumfiou , Pawrey , Guigliou , et ne désignent d'ailleurs qu'une demi-douzaine de villages sans importance, espacés entre- Quitta et le village assez considérable de Petit-Popo. Avant d'arriver à ce village, la côte perd de son aridité, et devient verte et boisée au village de Presh- Town, qui le précède; mais au delà de celui-ci reparaît une plage sablonneuse et nue qui précède et entoure Petit-Popo.

Une lagune praticable pour des pirogues court parallèlement à toute lacôte de Bénin; elle est séparée de la mer par une lan-

(t) Celte hypothèse de Bowdich est exposée tout au long dans la Géographie générale comparée de Hitler , t. Ier de U trad. française, p. 454-458.

L’UNIVERS

eue de terre sablonneuse, et parfois de sable pur d'une largeur très-variable devant Petit-Popo; elle n’a pas plus de deux encablures. Le village des naturels y est bâti, mais les factoreries européennes sont au delà de la lagune. La barre de la plage est plus accessible à Petit-Popo qu’ailieurs, a l’aide des pirogues du pays. Le village à'Aguay est intermédiaire eutre le Petit et le Grand-Popo. Ce dernier village, dont les environs sont également nus et découverts, selevesur la rive droite d’une petite rivière qui communique avec la lagune et dont l’embouchure se voit au sortir du village (1). Ou peut mouiller

(i) Rosmau, Voyage de Guinée , dix-huitième lettre : « Il y a environ dix lieues de Cota jusqu'au Petit-Popo; ce dentier pays est, connue le précédent , sans montagnes, sans arbres, et extrêmement sablonneux, jusque-là qu’on trouve du sable dans toutes les viandes qu'on prépare. Cela fait aussi que le pays est très-infertile, et il faut que ceux de Pida nourrissent presque tous les habitants. Ces habitants sont uu reste du royaume d’Acra, derrière le fort que les Hollandais ont dans ce lieu , et qui en ont été ci-devant chassés par le roi d'Ayuemiou. Ceux

2ui ont échappé se sont établis ici, et sans oute qu'ils y demeureront toujours, n’y ayant aucune apparence qu'ils soient jamais rétablis dans leur pays. Nous avuns déjà parlé de leurs guerres avec ceux de Cola. IL n ont pas beaucoup de Iruupes, mais ils sont assez bons soldats. Il y a quelque temps qu’ils avaient pour roi un bon guerrier, nommé Aforri, qui était frère aine du roi qui règne aujourd’hui. 11 se faisait craindre de tout le monde par son courage. Il a surtout rendu son nom dlustre, lorsque le hidalgo d’Offra s’étant élevé contre le roi du grand Ardra , son souverain légitime, il secoua le joug et fit mourir le premier marchand de la compagnie hollandaise, nommé Holmrs. Le roi qui régne présentement n’a pas autant de courage, et est plus modéré que son frère; cependant il a bien su venger sa mort sur les habitants de Goto, les attaquaut toujours lorsqu'ils étaient les plus faibles, et il les a enfin rhassés du pays, comme je l’ai dit tout à l'heure. Ceux ae Popo vivent de la même mauiére que ceux de Cola, c'està-dire du butin qu’ils font et des esclaves cto ils vendent. Leur négoce est plus considérable; cependant il faudrait quelques mois pour charger ici on vaisseau d'esclaves. Ce peuple est extrêmement fourbe : lorsqu'un marchand vient ici pour négocier, ils lui fout croire qu’ils ont un grand nombre d’es-

partout sur cette portion de côte. Depuis Petit-Popo la lagune devient plus aisé.

claves à lui vendre, mais ce n’est que pour l’obliger de venir à terre; et s’ils peuvent l'y attraper ils ne l’en laissent point partir qti'après l'avoir retenu quelques mois et l’avoir bien pillé. Il n’y a point de nation qu’ils trom|>ent plus que les Portugais, et cependant ils y vont toujours, parce qu'ils ont de si méchantes marchandises, qu’ils ne peuvent acheter d'esclaves ailleurs. Le négoce était beaucoup meilleur sous le gouvernement du frere de ce roi; car, comme il s’y attachait, il n’aurait pas souffert qu'on fit la moindre insulteaux Européens. Itestarrivésousson régne qu’un vaisseau de notre compagnie chargea plus de cinq cents esclaves en onze jours, mais je ne crois pas que cela arrive jamais; car ceux de Popo sont présentement d'un tel nature), qu’il es! imjiossible qu'on n'en soit toujours trompé. — Il n’est pas nécessaire de parler des autres coutumes des habitants de ce pays-ci ; car comme ils sont venus d’Acra, on peut bien juger qu’ils n’eB diffèrent que très-peu pour la religion , pour le gouvernement, etc.— J’y trouvai une si grande quantité de rais pendant le séjour que j’y fis , que je crus être obligé eu vérité d'avertir les habitants d être sur leurs gardes et de tâcher à détruire ces animaux, de peur que se multipliant ils ne les chassassent du pays.

« On trouve à quatre lieues de là, du côté de l'orient, le royaume du Grand-Popo , dont le roi a été ci-devaut sous l'obéissance de ceux de Fiila. Mais le roi d'à présent, ayant été mis sur le trône de son fiere ( qu’on envoya en exil ) par le roi de Pida , a secoué le joug en récompense du bienfait qu'il avait reçu. Le roi de Fida, s’en trouvant grievemeut offensé , assembla une puissante armée, et les Français qui étaient alors à Pida avec quel-

3 lies vaisseaux l'ayant secouru d'hommes et 'armes , il envoya ses troupes à Popo pour l’attaquer, pendant que le» vaisseaux français y feraient voile et les attaqueraient par mer : tuais comme Popo est situé au milieu d'une rivière, ceux de Fida et les Français furent obligés de se servir de radeaux pour y aborder. Ceux de Popo s’étaient si bien mis en étal de défense, que non-seulement ils repoussèrent leurs ennemis, mais les obligèrent de prendre la fuite sans avoir perdu uu seul nomme; car ils liraient hors de leurs maisons -sur ceux de Fida, sans que ceux-ci les pussent voir, ce qui coûta la vie à un grand nombre de Français et d'habitants de Pida, et mit le reste dans un tel désordre , qu’ils s'en-

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ment praticable pour les pirogues, et rend les communications plus fréquentes entre les villages. Entre Grand-Popo et fVhydah, qui sont a peu près sur le même parallèle, le littoral conserve le même aspect : ce sont des dunes de sable surmontées de brousses et d’arbres; de temps en temps, en arrière-plan de la lagune, on aperçoit des groupes d'arbres plus élevés et plus épais. La barre est d'un accès difficile. Pour arriver de ja plage aux établissements de Whydah il faut d'abord traverser la lagune et un marais, tous deux peu profonds; un sentier assez bien tracé conduit ensuite au village.

La ville de Whydah est située par

fuirent après avoir jeté leurs armes. Depuis que cette entreprise a eu un si malheureux succès pour ceux de Fida , le roi u’a rien osé tenter avec ses propres gens, mais a tâché d'obliger par argent d'autres pays à entrer dans suu parti ; et quoique ceû lui ait déjà coûté beaucoup, il * n'en est guère plus avancé , parce qu’on le trompe de tous cèles ; de sorte qu'il est contraint de laisser le roi de Poj>o paisible possesseur de sou île. — Ceux de Popo n’ont presque point d'autre habitation que le tillage ou demeure le roi, et qui (comme je viens de dire) est dans mie ile. Ils ont fort peu de monde , et ceux de Fida les tiennent assiégés de si près, qu'ils ont de la peine à cultiver la terre ferme ; ce qui est cause qu’ils manquent de vivres la plupart du temps , et seraient contraints de mourir de faim , si d'autres pays ne leur envoyaient ce qni leur est nécessaire. Et quoique ceux de Fida •oient leurs ennemis jurés, ils ne laissent pas d’en recevoir le plus grand secours. Il est vrai qne le roi l'a défendu sous peine de la vie; mais le grand profit qu'ils font avec ceux de Popo leur fait bien violer les défenses du roi. Ils négocient aussi en esclaves , et lorsqu'il n’y a point de vaisseaux, ils les vendent aux habitants du Petii-Poj’o. Mais leur plus grand It alie consiste dans les poissons qu’ils pêchent dans leurs rivières et qu'ils font ventfie ailleurs. — La compagnie hollandaise y avait une maison ou loge il y a quelques années ; mais comme le négoce y a été tres-peu de chose depuis leur guerre avec ceux de Fida , elle l'a abandonnée après la mort du marchand qui y était, et n'y a plus trafiqué depuis. — Ou peut rompter Popo |>our le premier des pays d 'Ardra , et il y a très-peu de différence dans le langage. Le gouvernement y est sur un autre PMd. » J

8" 17' de lat. nord et 2" 29 de long, est, sur une éminence d'où l'on a de charmants points de vue. L’aspect de la lagune est |iarticulièrement pittoresque et animé : plusieurs petites Iles boisées s'élèvent au-dessus de ses eaux limpides, et sur les branches des palétuviers qui couvrent ses bord» on voit se jouer des milliers de singes. ta ville, toute remplie et tout entouree d'arbres magnifiques , couvre une immense e tendue de terrain. Le révérend W. Allen, qui y séjourna vers la (in de 1845 , en évalué la population, d’après les renseignements de quelques chefs, à vingt ou vingt-cinq mille âmes. Le même voyageur a observé à Whydah, entre autres choses, un procédé de culture particulier qui produisait les plus heureux effets : ou forme des couches de quatre pieds de largeur environ sur un pied de hauteur pour tout ce qu'on cultive, excepté pour les bananiers et les figuiers bananes, lesquels sont plantés dans une tranchée de quatre pieds de profondeur environ sur autant de largeur. Ces tranchées ont pour but d'enqiécher que la plante ne soit brdlee

ftar le soleil, ce qui arrive quelquefois orsqu'elles sont exposées en plein et sans abri à son action.

Avant que Grégoué ou Whydah ne fût fondée, les navires allaient mouiller plus bas à Porto-Novo, et se bornaient à traiter avec les pirogues qui venaient le long du bord. On raconte qu'un troismâts français ayant mouillé un jour dans l'est de Porto-Novo , le capitaine , sans attendre l’arrivée des indigènes, se jeta dans un canot et franchit la barre, et que les Nègres de cet endroit, voyant un blanc pour la première fois, s’attroupèrent sur la pi. te, et s'écrièrent avec anxiété, Zoagué, c'est-à-dire U vient , U a passé. Des lors ce mot serait devenu l'appellation générique des Français qui débarquèrent dans la province de Whydah. Le capitaine fut reçu avec de randes démonstrations de joie par les abitants du pays. Passi, cabocir d'un petit hameau des environs, lui donna l'hospitalité, et ouvrit pour la première fois un commerce direct avec les blancs. Depuis cette époque aussi , Passi fut considéré comme une divinité tutélaire, et sa maison existe encore aujourd’hui, entretenue comme un temple aux frais des rois du

L’UNIVERS

Dahomey , qui , plus tard , conquirent la province' Les Français établirent un fort a Chavier, petit hameau à quatre milles dans le nord de Whydah; puis on fonda la ville de Grégoué. Les rois du Dahomey , en poursuivant la conquête de la rovince, vinrent plus d’une fois trouler l’établissement de Chavier, et le commandant du fort songea à se rapprocher du littoral en transportant l'établissement à la nouvelle ville de Grégoué. Aujourd'hui l’on ne voit plus à Chavier que les fossés du premier fort . Quelques établissements portugais et anglais à Grégoué datent de la même époque.

Il parait que vers le milieu du dix-nuitième siècle, après plusieurs attaques faites par les troupes Ju roi de Dahomey, les commandants des forts, se voyant abandonnés des indigènes de la province de Whydah, s’entendirent entre eux , et que celui du fort français se pendit auprcsdu roi pour traiter, au nom de tous, de la capitulation. On ne peut préciser l’époque à laquelle le fort français de Wnydah fut abandonné : les seuls papiers qu’on y ait trouvés dataient de 1787. Les trois forts français, anglais et portugais étaient très-voisins les uns des autres ; ils sont aujourd’hui dans un plein état de ruine et de délabrement-, mais on peut jugerencore de la largeur et de la profondeur des fossés, de leur grandeur , de leur bonne distribution. Le fort anglais est au milieu des trois : c’est le moins vaste elle plus délabré. La seule maison oui en reste est occupée par des marchands anglais. Lefort portugais, situé plus à l’est, et un peu plus grand, fut réoccupé, il y a deux ou trois ans , au nom du Portugal, par un capitaine d’artillerie coloniale , qui mourut quelques )urs après son arrivée, et par un aumônier : les bâtiments, qui subsistent encore, sont une jolie petite église et un grand logement entouré d’un jardin, le tout fort mal entretenu. l.e fort français, le plus grand des trois, était situé le plus à l’ouest. « Comme po- « sition militaire, dit M. le capitaine - Monléon, rien n’est plus absurde que « ces forts à pavillons différents, si près « les uns des autres , à trois milles du » rivage et entre deux lagunes qu’il faut « passer et l'intérieur du pays, à la merci, « par conséquent, du roi de Dahomey, • et qu’il serait presque impossible de

• secourir, en cas de guerre avec ce a puissant roi. Il parait du reste que les « possesseurs de tous les temps avaient « bien senti cet inconvénient grave, puis- « que ces forts, qui étaient bâtis pritni- « tivement à six milles plus loin, à « Chavé, avaient été reconstruits ici, et « que s’ils ne sont pas aujourd'hui sur le « bord de la mer au point même de cor- « respondance de Whydah avec les bâ- « timents, c’est par l’imprudence que « commirent les commandants de dé- « clarer prématurément que là ils se- « raient hors de la dépendance du roi de « Dahomey. Le roi, averti de ce propos, « lit détruire les fortifications qu'on avait « commencé à élever et rapporter tout le » matériel aux anciennes, moins quel- « ques canons qui sont restés sur la plage « comme témoignage de l’événement. »

En 1841 , MM. Victor et Louis Régis frères, négociants de Marseille, obtinrent du département de la marine la permission de faire occuper par un de leurs agents les constructions françaises qui restaient encore debout, et de les convertir en une factorerie d’huile de palme. Le commerce licite ne date vraiment à Whydah que de l'établissement de leur factorerie, etsebornedu resteà l’exportation de cet oléagineux. Dans un rapport en date du 12 novembre 1844, M. Monléon, capitaine de corvette, commandant le brick le Zèbre, marquait que le comptoir de Whydah, alors ouvert depuis peu de temps, avait déjàexpédié plusieurs centaines de tonneaux, et qu'il était en mesure non-seulement de livrer les deux cent soixante tonneaux que prenait alors le trois-mâts français la florma , mais encore de faire faceà de plus grandes expéditions ; jusque-là les articles les moins favorisés avaient été vendus avec un bénéGce de 120 pour 100 sur les prix de facture, fait remarquable, qui prouve bien que lorsque les produits de notre industrie sont choisis et placés par des mains intelligentes et habiles, ifs n’ont pas à redouter sur cette côte, autant qu’on le croit généralement, la concurrence anglaise. Un autre fait tout aussi digne de remarque et produit par ce commerce licite, c'est que les habitants et marchands indigènes ont été amenés naturellement à conserver chez eux pour cet objet uu personnel de captifs as-

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s ez nombreux qu’ils vendaient auparavant aux traitants des colonies. Cependant la traite n’a pas encore cessé à Whydal). Un Portugais, M. de Souza, en est le chef ou le plus riche promoteur. M.de Monléon, en parlant de I ui dans le rapport que j'ai déjà cité, nous dépeint d'une manière originale et vive l’existence et le caractère dès grands trafiquants d esclaves.

« Ses dîners, dit-il, sont des festins de « Balthazar, recherchés, servis avec luxe, « même ceux que nous trouvions au « bout de nos courses; ils ne le font « toutefois jamais dévier de la sobriété

• scvère et défiante à l’extrême qu'il s’est

• imposée depuis plus de quarante ans « quai est à Whydah, et à laquelle il pré- « tend devoir ses longues années et de « n’avoir jamais été un instant sérieuse- « ment malade. Sa maison, où les hom- « mes ne pénètrent jamais que dans une

• seule salle, n’est servie que par des « femmes, dont six privilégiées sont ex- « clusivement attachées à sa personne , « et doivent goûter avant de les lui of- « frir tous les aliments qu’il prend. Il

• en est de même des provisions qu’il « emporte dans ses voyages, et qu'il fait « mettre d’ailleurs dans des caisses à « compartiments dont il garde les clefs « pendant toute la route. M. de Souza a « un harem de près de quatre cents

• femmes. En dehors de son commerce

• et de cessiugulières habitudes, ce vieil- < lard est grand , bon et généreux ; son « esprit juste, délié et d’une finesse re- « marquable fait regretter qu’il n’ait pas « appliqué ses heureuses facultés et son « influence au véritable bien-être de « ce pays qu’il a adopté. » M. de Monléon trouva l’occasion de le lui faire remarquer dans une de leurs courses.

Il avait fait arrêter ses porteurs sur une petite hauteur pour admirer la beauté de l’immense étendue de terrain uni et inculte qui se développait devant lui. M. de Souza s'en aperçut, et s’écria : « Commandant, que de trésors perdus dans cette grande plaine! » La réponse de M. de Monléon était préparée; il lui dit : « Eh bien, monsieur ! quelques milliers de noirs de moins en esclavage aux colonies ou libérés à Sierra- Leone, jetés ici par vous , qui seul pouvez opérer ce prodige dans ce pays , et vous aurez l'honneur d’avoir mis le premier

cette contrée dans une des meilleures voies pour t’amener à la civilisation ; vous fïriez, ajouta-t-il, par la culture de cette terre, la pénitence de vos péchés de négrier, péchés qui l’ont si longtemps privée de ses bras naturels. » M. de Souza répondit, en souriant, que déjà un commandant anglais lui avait conseillé d'abandonner la traite des noirs pour le commerce de l’huile de palme, mais qu'il dédaignait ce commerce , comme trop peu important pour soutenir la position qu'ils'était faite; que ce que lui proposait M. de Monléon valait mieux, d’autant plus que c'était la transition naturelle pour amener plus tard ce pays, avec quelque espoir de succès, au nouvel état que nos philanthropes lui destinaient; mais que les moyens proposés par eux pour atteindre ce but étaient mauvais ou incomplets , et que lui était trop vieux pour entreprendre une aussi raude tâche. M. de Souza est pour ainsi ire l’associé du roi de Dahomey : il fait les commandes et les envois de marchandises, et le roi se procure des esclaves dans l'intérieur par ses soldats et ses agents : c’est ainsi que la traite se perpétue (l).

Il) Du ro yaume de Juda (Voyage du chevalier des Marchais en Guinée , t. II ) : « Les Hollandais appellent Fida le roi que nous appelons Juda ou Juida. Il est difficile de décider qui a plus de raison d'eux ou de nous. — 11 est certain que cet État faisait partie du royaume d’Ardra, dont il relève encore aujourd'hui. le royaume de Juda commence à cinq ou six lieues du village de Popo; il n’a que quatorze a qui lue lieues d'étendue le long du bord de la mer. Sa largeur ou son étendue dans les terres n’est que de huit à ueuf lieues. Ses bornes au nord-ouest sont le royaume de Popo, et au sud-est celui d’Ardres, dont on appelle le prince le grand roi , parce qu’en effet ses États sont très-cousidérables, et l'étaient bien davantage lorsqu’ils s’étendaient jusqu’à la rivière de Volta, qui était sa borne du côté de l’ouest , avant que les provinces du côté de Popo et de Juda se fussent soustraites de son obéissance. — Il n’y a que deux rivières assez considérables dans tout cet Etat pour mériter ce nom. Les fontaines, qui y sont en assez grand nombre, ne sont que de très-petits ruisseaux qui se perdent dans ces deux rivières; elles vieuuenl toutes deux du royaume d’Ardres , soit quelles y aient leurs sources, soit quelle»

L’UNIVERS

H y a au delà de Whydah , mais assez enfoncés dans les terres, des v illages con-

n’y fassent que passer. L’une est la rivière de 3 ne qui u , ainsi nommée parce quelle passe par la ville de ee nom, qni est dans le royaume d'Ardrea, et le lieu de plus grand commerce de cet État. L’eau en est jaunltre; elle ne peut porter que des canots. On a donné le nom d' Euphrate à la deuxième , elle passe par la ville d'Ardrea, et elle est éloignée d'envirou une demi-lieue de la ville capitale du royaume de Juda, appelée Xavier ou Sa/iié. Cette rivière est plus considérable que la première, elle a beaucoup plus de profondeur, son eau est excellente; elle porterait d'as ses gros bâtiments si elle n’avait pas de hauts fonds, qui la rendent guéable en quelques endroits. Les rois de Juda ont établi depuis bien longtemps des péages à ces gués. — Cet État, tout petit qu’il est, est divisé en vingt-six provinces qui fout autant de gouvernements qui sont donnés aux grands du pays, et héréditaires dans leurs familles. Le roi est à la tête de ces gouvernements, et a le gouvernement de la province Xavier. Voici les noms des autres provinces dont le village principal donne le nom à la province et à celui qui en est gouverneur ; Xavier Gaga (le gouverneur a la qualité de prince et de vice-roi); Btti, sacrificateur; Aploga, prince; Grégoire Zonte, simple gouverneur; Abinga, Gourga, Doboe, Aoingalo, Carié, Agou, interprètes et gouverneurs ; Ajse u, prince; Ouxnga , gouverneur; Pagne, premier valet et gouverneur; Ovalonga, Danio, Zingua, Coulasouta, Zoga; Famar, capitaine et gouverneur; Cotutgouga, commandant des fusiliers du roi; Agricoquouéj tamhotir-inajor; Guaga, bourreau et gouverneur; Babo, oncle du rot. Chacun de ces villages en a plusieurs qui dépendent du principal; et quoique l’étendue du royaume ne suit pas bien considérable , le pays est tellement peuplé et rempli de tant de hameaux , que tout l’État ne parait que comme une tres-grande ville divisée en plusieurs quartiers, séparés les uns des autres par des terres cultivera avec soin, qui semblent n’ètre que des jardins , dont le sol est d’une si prodigieuse fécondité, qu’à peine une récolte est-elle faite que la même terre est semée ou plantée sur-le-champ d’autre chose, de maniéré qu’on y fait trois ou quatre récoltes par an. Les pois sucoèdent au lia, le millet suit les pois, le maïs prend la place du millet, les patates et les ignames suivent le mais; et le bord des haies, les revers des fossés , les pieds des murs de clôture, sont employés à planter les melons de différentes

sidéra blés, Jekim , Epi , Porto- Nove, Badagry. M. le comte Bouët, en vis!-

espèces. On ne connaît point en ce pays fertile la nécessité de laisser reposer la terre. Ils la cultivent très-proprement par sillons; ceux des terres du roi sont plus élevés que ceux des particuliers. Des petites montagnes, si on peut se servir de ce terme, et les vslions qui sont entre deux, augmentent la superficie du terrain presque de la moitié. Le terrain, de toute la longueur du royaume, depuis le bord de la mer ju-qn'à une lieue ou euvirou au delà de l'Euphrate, est tout uni et sans la muindre colline ou élévation; c’est une plaine de quinie lieues de longueur sur trois lieues ou environ de largeur. Quand on est au delà de cette borne, le ter rain s’élève insensiblement en pente douce, qui ne finit qu’à six ou sept lieues plus haut, où l'on se trouve au pieu des hautes montagnes qui fout une chaîne qui borde le royaume au nord-est. On voit très-peu d’arbres depuis le bord de la mer jusqu'au delà de l'Euphrate ; encore sont-ils stériles , et ils tombent dcux-mèmes sans qu’il paraisse aucune raison de leur chute imprévue; cependant tout inutiles qu'ils sont, ils ne laissent pas d'étre respectés comme des divinités. Abattre un arbre ou couper ses branches est un crime irrémissible. — Le village de Grégoué, qui donne le nom à une des vingt-six petites provinces du royaume de Juda, est environ à une lieue et demie de la mer, après qu’on a passé la rivière de Jaajuin. Il est assez considérable, et ses habitants riches, tant parce qu’ils sont lotis pécheurs et canotiers , que parce qu'ils suut voisins des forts français et anglais, qui en sont à une trèspetite distance. Les Français et les Anglais ont chacun un fort à l'ouest de ce village; celui des Français est le plus à l'ouest : il est composé de quatre bastions, avec des fossés larges et profonds, sans chemin couvert, ni glacis ni palissades, excepté à un ouvrage en forme de demi-lune qui couvre la porte , qui , outre les ventaux , se ferme avec un pont-levis. Il y a trente canous montés tant sur les I variions que sur les courtines, et principalement sur celle qui regarde le fort des Anglais. Les quatre corps de logis , qui forment une grande place d’armes carrée, servent de magasins, de logement pour les officiers et la garnison , et de capuverie. Il y a au milieu de celte place une chapelle. Ce fort est sous le commandement du lieutenant du directeur général qui réside à Xavier. La garnison n'cst que de dix soldats blancs, deux sergents, un tambour, deux ess-

GUINÉE. K

tant le fort de Whydali, en 1839, trouva chives qui lui fournirent la preuve dans une vieille armoire un reste d’ar- certaine que le point de Porto-Novo

non murs et trente esclaves bambaras qui appartiennent à la compagnie. — I* fort des Anglais est à l'est de celui des Français, à une grande portée de fusil ; il est carré; au lieu de Eastion.% ses angles sont couverts de boulevards avec des fossés secs , larges et profonds , sans palissades et sans chemin couvert. Il y a un pont-levis et vingt-six canons; ils y ont une garnison à peu près comme celle du fort français, commandée par le lieutenant de leur directeur général, qui réside aussi à Xavier. Son logement, dans celte ville, est à côté de celui des Français : il n’en est séparé que par nu mur qui est mitoyen. Les Portugais n’ont point de forteresse à Grégoué. Le roi de Juda leur a donné un terrain a quatre portées de fusil au sud de celui des Anglais pour y en bâtir une; ils ont eu des raisons pour ne le pas Elire jusqu’à présent ( 1730). Leur directeur demeure à Xavier, dans une assez grande maison , à côté de celle des Français. — Mais les Hollandais n’ont point de forteresse dans cet État. Les rois de Juda n’ont jamais voulu leur permettre d'y en avoir aucune : ils connaissent ces peuples, et savent trop bien comment ils traitent ceux qui ont eu la facilité de les laisser bâtir des forts sur leurs

terres, pour s’exposer eux et leurs peuples à un esclavage dont ils ne seraient pas maîtres de se délivrer quand le joug leur en paraîtrait trop pesant. Ils ont une maison à Xavier attenant le palais du roi, où leur directeur demeure avec ses commis. Au reste, les forts de Grégoué ne servent qu’à mettre à couvert les marchandises. — A la cérémonie

du couronnement du roi . en 1715 , le directeur français, le sieur Dérigouin, occupait la première place et la plus proche du roi. Le chevalier des Marchais était assis auprès de lui et tout de suite les principaux ofticers du comptoir. Au-dessous d’eux était le directeur anglais, après lui le directeur hollandais. Tous ces messieurs étaient assis et cou-

verts. Le directeur portugais et ses officiers occupaient les dernières places et étaient debout et découverts. Gomment accommoder cela

avec le faste et la hauteur qui n’abandonnent Jamais les Portugais? Il faut qu’ils aient tout à fait changé de nature eu ce pays-là. Ce changement va si loin, que, s’ils reçoivent quelque affront d’un nègre, ils n’osent pas le frapper, de crainte de recevoir sur-lechamp le double des coups, et peut-être quelque chose de pis, pendant qu’ils voient les Fiançais respectés à un point que si un nègre qu’ils ont maltraité avait la hardiesse

de lever la main sur eux, il leur est permis de le tuer saus qu'ils soient obligés à autre chose que d'en aller donner avis au roi, et d'affirmer qu’il les a maltraités ou qu’il s’est mis en devoir de le faire. Je ne sais pas si les Anglais et les Hollandais jouissent d’uu semblable privilège; ce que je sais tres-certainemeul , c'est que les Français ont le pas sur tous les Européens, que le roi les reçoit avec une distinction toute particulière, et que, dans toutes les céréiuouies où les nations européennes se trouvent, le pavillon de France a le rang d'honneur et marche toujours le premier. Les déférences que l'on a pour la nation s'étendent jusqu'au capitaine Assou, qui en est le protecteur et est assis à terre selon le rang qu’il tient dans le royaume, pendant que tous les autres grands et princes, sans excepter même le grand sacrificateur et les protecteurs des autres nations sont prosternés tout de leur long le visage contre terre. Le sieur Dériguoiu, directeur général de la compagnie de France, faisait presque toutes les affaires de l’État; il passait souvent les nuits tèle-a-léte avec le roi à régler une infinité de choses que les grands lui recommandaient, et il vivait avec le roi pere et prédécesseur de celui qui fut couronné en 1735 , et avec celui qui régne à présent, et qui lui est redevable de la couroune , il vivait, dis-je, avec ces princes dans une si grande union, qu’il pouvait passer uon-seu-

aussi son autorité était-elle montée au point, que , connaissant le mauvais naturel du fils aine du roi, qui devait lui succéder, il fit mettre sur le trône le cadet , et obligea tous les grands à consentir à ce changement dont il n’y avait jamais eu d’exemple.

« On s’étonnera avec raison qu’un aussi pelit royaume que celui de Juda fournisse, tous les ans, seize à dix-huit mille esclaves; cela est pourtant exactement vrai. — 11 ne parait pas que nos premiers navigateurs normands, qui ont découvert les côtes de l’Afrique, et qui ont frayé aux autres nations européennes le chemin des ludes Orientales par le cap de Honno-Espéiance, aient établiaucun commerce dans les royaumes d'Ardres et de Juda. Nous n'avions point alors de colonies à l'Amérique où nous eussions besoin d’esclaves pour les faire valoir. Les compagnies de Dieppe et de Houen ue s'attachaient qu’au commerce de

lemeut pour leur premier ministre, mais pot leur ami intime, pour le dépositaire de toi les secrets de l’Étal, sans ravis duquel U rois ne faisaient pas la moindre chose

L’UNIVERS

était une dépendance de l’établissement français de Whydah. Badagry,

la maniguelte, de IV voire, de la poudre d'or et de la gomme, que Ton ne trouve plus dès qu’on a passé la rivière de Volta. Ils négligèrent par ces raisons ces deux royaumes, et n’établirent leur commerce que dans les royaumes ui sont à l’ouest de la Volta, et ensuite ans ceux de Bénin et de Congo , ou ils trouvèrent de l'or et de l’ivoire. — Les Portugais, qui profitèrent de la déroute de nos compagnies et de notre commerce, ayant aussi profité de nos établissements dans le Brésil, comprirent qu’ils avaient besoin d'esclaves pour les faire valoir, d’autant que les Indiens ne se trouvaient pas propres à ces sortes de travaux. Ils en firent venir des endroits de l'Afrique où ils avaient des établissements. Les Français, les Anglais et les autres Européens firent la même chose, et c’est ainsi que le commerce des esclaves s’est établi en Afrique, et sans ces secours les colonies seraient tombées, ou, si elles jetaient augmentées en nombre d’hommes blancs, elles n’auraieut pas pu entreprendre les manufactures de sucre , qui font les richesses du pays, mais qui demandent un grand nombre d’hommes , et d’hommes capables de résister à ces travaux. Les Anglais devancèrent les Français dans le trafic des esclaves aux côtes d’Afrique, les Frauçais les suivirent; il se forma des compagnies pour cette truite. Les premiers établissements africains vinrent du Sénégal, du cap Vert, de la rivière de Gambie, de celle de Sierra» Leone, et enfin de la côte de Guinée. Le commerce des esclaves, à l’est de la rivière de Volta , n’était ouvert que dans le royaume d’Àrdres , vers l’année 1660. Les Français ne s’étaient pas établis à Juda avant ce tempslà. Les peuples de ce royaume les reconnaissent comme ceux à qui ils doivent tout ce qu’ils font par rapport au trafic ; et par un retour de reconnaissance, ils donnent le pas et la préférence à la nation française, ils la distinguent en toutes les occasions , ils lui donnent , autant u’il est eu leur pouvoir, tous les avantages u commerce; et si nos compagnies n’y ont pas mieux fait leurs affaires jusau’à présent , c'est assurément leur propre faute. — La guerre qui s’éleva entre les nations européennes établies dans le royaume de Juda, au commencement de ce siècle, ayant fait craindre au roi de Juda que son pays n’en devint à la fin le théâtre, et que son commerce 11e fût détruit, ce prince fit assembler dans sou palais, au mois de septembre 1714» les chefs et les principaux de ces quatre nations, et leur dit qu’il ne voulait point en-

autre grand port de traite, est situé à cinquante-cinq milles dans l’est de

tendre jiarler de leurs différends chez lui; qu’il prétendait que le commerce fût libre à tous ceux à qui il l’avait ouvert, non-seulement à terre, mais encore en rade et même à la vue de la rade ; qu’il fallait , s’ils voulaient continuer leur commerce, qu’ils continssent d’une parfaite neutralité dans les lieux que je viens de marquer, et qu’ils s'engageassent solidairement pour les armateurs de leurs nations. Cette proposition déplut infiniment aux Portugais, aux Anglais et aux Hollandais; comme ils étaient tous trois ligués contre la France, ils se croyaient assez forts pour ruiner complètement le commerce qu’elle taisait dans le pays. La fermeté de ce prince les obligea de donner les mains au traité de neutralité: on eu dressa les articles, qui furent signés et qui ont été depuis ratifiés par tous les nouveaux directeurs el autres principaux officiers qui viennent daus le pays; les voici : Article x. Il ne sera permis de prendre aucun navire en rade de Juda , ni même à in vue de Juda , ni de s'inquiéter ou insulter dans ladite rade , à peine de payer par le directeur de la nation contrevenante fusil captifs mâles à t offensé et à son choix. Ceci se doit entendre , si deux navires venant de la mer , que l'un prit l'autre à la vue de la rade ; comme aussi s’ U arrivait quelque dispute en rade entre deux navires de différente nation qui y seraient mouillés. — Article a. Si un navire étant en rtsde aperçoit un navire à la vue qui viendrait pour mouiller , appareillait pour courir dessus et le prendre , et qu'il le prit et l'amenât en rade : le directeur de la nation de l'agresseur sera obligé de payer huit captifs mâles au choix de l'offensé pour chaque pied de quille du vaisseau de la nation de l'offensé pour dommage suivant la visite qui en sera faite par gens connaisseurs , en présence d'un valet au roi , qui rapportera la mesure au roi. — Article 3. Que tous les capitaines de vaisseaux qui viendront en rade seront obligés de signer le présent traité avant que d y faire aucun commerce , ou le directeur de leur nation pour eux , à peine de payer un captif mâle au roi. — Article 4- Si un capitaine fait quelque pillage en rade , soit en temps de guerre ou de paix en Europe , lorsqu'il sera prêt de partir pour C Amérique après avoir fait la traite , le directeur de f agresseur payera le dommage à t offensé sur U rapport qu'il fera avec son équipage. — Article 5. Voulons que toutes les nations et Europe vivent en paix et en bonne intelligence

GUINÉE

Whydah , par 6° 26' de latitude nord, et par 3° 14 de long. La ville s’élève sur

en terre et en rade sans retenir aucun domestique, esclaves ou gens des équipages des vaisseaux , à peine de payer par les contre venants , au profit des plaignants , quatre écus d'or , par jour , par homme , pendant tout le temps de la détention. — Et si aucuns de nos sujets insultent ou volent aucuns des Européens , permettons à ceux qui les prendront sur le fait de les tuer ou les prendre pour captifs , à condition quils nous informeront des cas. — Article 6. En temps de guerre en Europe , aucun navire ne partira de la rade en même temps quun autre , mais vingtquatre heures après ; en cas que ton contrevienne à cet article , le directeur de la nation contrevenante payera dix captifs mâles au roi . Tou* les articles ci-dessus ont été arrêtés cher le roi , en sa présence, celle des grands de son pays, et des directeurs des nations, capitaines et officiers qui ont été appelés, et ce pour le temps de vingt-quatre mois, à commencer de ce jour, afin que chaque directeur ait le temps d'en informer son roi , et afin de faire ravoir au roi de Juda si les puissances d’Furope agréent ce traité , le roi de Juda se faisant fort cependant de maintenir tout en paix pendant ce terme. La minute du présent traité restera entre les mains du roi. Fait à Xavier, royaume de Juda , dans la grande salle d'audience , le sixième septembre 1714. Signé Armar , roi de Juda , Gomel , Wembrok , Duficle , Perré re, Doublet , Férondat, Adrien Démont, le chevalier des Marchais , le chevalier du Tôt . Et plus Iras : Ce traité a été renouvelé par les sieurs Dusert, Botirgolle , Noircourt et Dérigouin, directeurs français, avec Jean Bodin, le Prince, Abraham, Ingol Grafe, et Brugement. Ce traité a été exécuté si exactement par toutes les nations établies à Juda, que depuis ce temps-là elles ont vécu ensemble dans une grande union, sans qu’il se soit passe entre elles la moindre chose qui ait troublé leur commerce.

« Or, comme tout le commerce ne regarde que l’achat des captifs que l’on transporte aux îles et terre ferme de l’Amérique , pour faire valoir les manufactures qu’on y a établies, il est à propos de faire connaître les marchandises et la quantité que l’on en donne par tète de captif. Prix des captifs : Bouges ou Cauris, le poids de cent quatre-vingts livres pour un homme. — Eau-de-vie en ancre, quatre jusqu’à cinq pour un homme. — Toiles pla tilles, quarante à cinquante pièces pour un homme. — Poudre de guerre , trois

la rive septentrionale de la lagune, à un mille et demi environ de la mer. Le décents livres, idem. — Fusils ordinaires, vingtcinq à trente poiir un homme. — Barres de fer longues, quarante à quarante-cinq pour un homme. — Chiffes de Ponlichéri , douze à uinze pour un homme. — Guinées bleues , ouze pour un homme et dix pour une femme. — Guinées blanches, idem. — Salampouris blancs, idem. — Salampouris bleus, idem. — Pipes à fumer d’Hollande longues, vingt grosses pour un homme. — Tapsols, seize pièces pour un homme et dix pour une femme. — N ica nés, idem. — Baftas, idem. — Limineas, idem. — Mouchoirs de Pootichéri, idem. — Les bouges ou cauris , qui sont des coquilles que l’on pèche aux îles Maldives, sont la monnaie couraute du pays. Voici comme on les compte : On appelle une toque de bouge le nombre de quarante bouges enfilés. Une gualline de bouges vaut cinq toques ou deux cents bouges. Une cabèche de bouges vaut vingt gualliues ou quatre mille bouges. Il faut, suivant le cours du marché, dix-huit à vingt cabèches de bouges pour faire le prix d’un captif, c’est-à-dire soixante-dix mille ou quatre-vingt mille bouges, qu’on estime peser cent quatre-vingts livres, poids de Paris. — Avant de commencer la traite des captifs pour en charger un vaisseau, il faut payer certains droits sous le nom de coutumes , tant au roi qu'aux grands du pays, et prendre d’eux un certaiu nombre de captifs, dont même on n*a pas le choix. Ces droits ou coutumes ne changent jamais, et personne n’eu est exempt : Au roi , vingt-quatre mesures de bouges, qui pèseut ensemble mille quatre-vingts livres; aux capitaines, aux grands, deux cent vingt-cinq livres; au tonnelier du roi, deux poignées (cinq livres), en tout mille trois cent dix livres. — Plus à celui qui annonce la permissionde traiter, un pot aeau-de-we. Après quoi, on est obligé de prendre et de marquer au roi trois captifs , au capitaine Carte deux , au capitaine Agou deux, au capitaine Assoit deux. Pour l’ordinaire, ces neuf captifs n’en valent pas un bon, étant tous vieillards ou vieilles femmes ; mais c’est une nécessité de les prendre et de les payer comme bons. Après avoir marqué ces neuf captifs, on est encore obligé de donner un pot d'eau-de-vie à celui qui a annoncé que la traite est tout à fait ouverte. C’est ce qu’on appelle le droit de gongon (cloche de fer avec laquelle, aprèi trois coups de canon, on annonce que la traite est ouverte). On se sert pour marquer les captifs qu on achète d’une lame d’argent mince , contournée de manière qu’elle représente les lettres ou

L’UNIVERS

barquement est dangereux eu cet endroit, la nier vient y briser avec bruit contre le

1rs armes de la compagnie, ou de» particuliers qui traitent lesraptifs. On choisit pour cette application ou le gras du bras ou le côté de lystomac. Chaque nation ou chaque particulier acheteur a sa marque et le lieu pour l'appliquer. — A ulres droits qu'il faut payer après que la traite est achevée : Au roi, pour les prisons où il fait garder les captifs qu’on a marques, et dont il répond, un captif. Aux b uis capitaines marqués ci-dessus, chacun une pièce de soie, contenant six à sept aunes; on appelle ce présent la pagne. Au capitaine Agou, interprété, un captif. Au conducteur des marchandises, un captif. Au conducteur des captifs, uu captif. A la blanchisseuse, un deiui-captif. Ces quatre captifs et demi se payent en marchandises, le tuuindre prix, aussi bien que les pagnes de suie, lorsqu'on n en a point pour 1rs donner en espèces. Plus au capitaine de l’eau, un captif. Aux routeurs d’eau, quarante bouges par barrique. Aux porteurs de marchandises, cent vingt bouges par homme, et par hamac deux guallineset deux toquesou quatre cent quatre-vingts bouges. Ces droits étant payés, on peut partir.

■* Les Arades sont les meilleurs esclaves que l’on traite au royaume de Juda etd'Ardres; il ne faut pas les confondre avec les naturels du royaume d'Ardres; ils n’en viennent point. Ils sont amenés dans celui de Juda, d’ un pays qui en est au nord-est environ à cent ou cinquante lieues. Ils sont bonnes gens, dociles, fidèles, adonnés au labourage , affectionnés à leurs maîtres; l’esclavage ne leur fait que très-peu de peine, parce qu’ils y sont nés. Les hommes , les femmes et les enfants à la mamelle sont marqués de petites incisions aux joues. Ceux qui sont esclaves des grands de leurs pays ont des découpures autour du front. — On rerouuait les Nègres Nngo à de longues raies qu’ils ont au front, dont l’assemblage forme grossièrement les figures de quelques animaux : ces Nègres sont bous pour le travail ; il y a peu de différence entre eux et les Arabes. — Les Nègres Foin sont mauvais; il, soûl sujets à s’étouffer, à manger de la terre polir se faire mourir. Ils se chagrinent aisément ; ce que les Levanlains appellent prendre fantaisie. Dès que le chagrin s'empare de l’esprit des Nègres, ils s'asseoient par terre les coudes sur les genoux et la tête entre leurs mains, et en trois ou quatre jours ils meurent, supposé même qu’ils ne prennent pas le parti de se renverser I extrémité de la langue dans la trachée-artère et de s'étouffer. Ce sont des gourmands,

rivage, et le ressac est tres-redoutable. La lagune est distante de la mer d’un

des paresseux et des voleurs en titre d'office. On les reconnaît à plusieurs scarification, qu’ils ont aux tempes. — Les Nigres Tébou sont encore plus mauvais que les précédents; ils ne valent absolument rien, i moins qu'on ne les prenne quand ils n’ont que dix ou douzeaus. On les reconnaît à plusieurs grandes scarifications qu’ils ont sur les joues; ils en ont aussi de travers sur la poitrine et sur leventre. — LesWigrcs Guiamba approchent si près des deux nations dont nous venons de parler, qu'on peut les regarder comme n’en faisant qu'une par leurs mœurs et par leurs inclinations. — On a donné le nom de Matais aux esclaves que les Malais amènent vendre à Juda. Nous parlerons de» Malais en un antre endroit. Le que nous pouvons dire ici des esclaves qu’ils amènent à Juda, Ardres et Jarquin, c’est qu’ils ne sont pas de la nation des Malais, car ces peuples ne se vendent point les uns les autres. Ils achètent ceux qu’ils amènent des royaumes où ils vont trafiquer et, quelques marques qu’ils aient , pourvu que ce ne soient point celles des Téliou et des Oniamha , on peut les prendre en assurance. Ils viennent de fort loin. Il y en a qui ont été trois mois entiers en chemin avant de se rendre au bord de la mer. Ces Nègres sont lort accoutumés au travail et aux plus grandes fatigues. Les marchands de Juda et d’Ardres les savent bien distinguer des autres, et les tiennent toujours à plus haut prix (Payez ibid., pages 0-33-3» t uu chapitre intitulé : D'un peuple appelé Matais ). — Les Nègres Ayois sont tous guerriers, hardis, braves, entreprenants; ils sont robustes; ils aiment le travail et le supportent plus qu’aucune autre nation. Ou les reconnaît à des raies qui commencent aux yeux et qui finissent aux oreilles, qui les rendent effroyables. Tous les Nègres les craignent;

3oand on en a dans un vaisseau, il faut se èfier d’eux ; un seul est capable de faire soulever tous les autres. — On appelle Minois les Nègres qui sont du royaume de Saint-Oeorge de la Mine; pour l'ordinaire, Ils ne sont pas propres au travail de la terre, parce qu’ils n’y sont nas élevés dans leur pays, mais ils sont excellents pour domestiques et pour des métiers. — Les Nègres Aqueras sont de trèsbons sujets; on les connaît à de» découpures

3u’il» ont sur le dos et sur la poitrine en forme e lézards et de serpents.— Le commerce des esclaves est l’unique ou presque l'unique qu’on fasse à Juda. Le pays ne produit point d’or comme cette cite riche dont on a donné la description ci-devant ; il y eu a pourtant, maix

GUINÉE. 271

mille à peu près ; dans l’intervalle s’étend une plaine sablonneuse rouverte

il vient du Brésil : c'est la seule marchandise que les Portugais du Brésil y apportent pour la traite des esclaves. Us ti’ont point de marchandises d'F.urope comme nous, si ce n’est quelques indiennes et des épiceries. On peut «riant se persuader que le commerce que Nègres de Juda font au nord et au nordest de leur pays y apporte de l’or, vu la quantité que l'on y en voit , qui est assea considérable pour que les Européens en enlèvent assez souvent d'asseï grosses parties. Je croit qu’on peut regarder ce commerce de l’or comme les parties casuelles des directeurs et des principaus officiers, dont ils ne font part à la compagnie qn'autanl qu’ils le jugent à propos pour lui persuader qu'ils ne profitent pas tout seuls. Pour ce qui est de l'ivoire, on en trouve peu et très-rarement à Juda; le pays est trop découvert pour y attirer les éléphants. Les Nègres qui vont traiter dans les terres apportent quelques deuts , que l’on emploie presque toutes dans les pays à faire des Irompetles, des Hâtes et d'autres instruments. On j trouve quelques petites dents de chevaux marina, blanches «t saines à la vérité , mais petites ; encore eat-il incertain si on trouve de ces animaux dans les rivières de Jacquin et d’Euphrate, qui ne se jettent pas directement dans la mer, mais dans la rivière de Voila.

« Le chevalier des Marchais a remarqué, dans les différents voyages qu’il a faits en Juda, que les Nègres étaient assez disposés à recevoir la foi malgré l'ignorance où ils vivent , leur insensibilité pour les choses qui ne tombent pas sous les sens, et leur liberlinage au sujet dea femmes, il assure que, malgré la vénération ai marquée qu'ils ont pour le grand serpent et pour sa très-nombreuse famille, ils reconnaissent un élre suprême, créateur de toute* choses, infiniment plus grand et plus puissant que le serpent. Ils disent qu'il habite dans le ciel, d’où il gouverne tout l’univers. Ils ont recours i lui dans les grandes calamités publiques ; il est vrai pourtant que ce n'est qu'apres qu'ils ont inutilement invoqué le serpent. On se souvient encore que le capitaine Asaou, qui vit enrore aujourd'hui, offrit ail dieu du ciel un sacrifice d'hommes et d'enfams pour obtenir la santé k son père. Ces dispositions parurent eacellentes aux Français qui s'établirent en ce royaume en et 1687. Ils crurent qu’ils pourraient y faire connaître le vrai Dieu, et y introduire la religion. M. du Casse, qui est mort lieutenant général des armées navales du rui, y conduisit deux pères ca-

d’une légère couche de gazon . A Badagry , la lagune offre l’aspect d’une belle 'et

pucins sur le vaisseau la Tempête, eu 1667, qui apprirent si parfaitement la langue du pays, en moins de rien, qu’ils prêchaient sans interprète et qu’ils travaillaient avec tant de succès à convertir les peuples, que le loi, qu'ils avaient convaincu de l’extravagance de ses superstitions, était prêt de recevoir le baptême, ce qui aurait elé suivi de la conversion de tout sou peuple, lorsque d’autres Européens, établis au même royaume et d'une religion bien opposée à la nôtre, crurent que la perte de leur commerce était iufaillible, et qu’ils seraient chassés du pays si le roi et le peuple embrassaient la leligion catholique. Il- cabalèrent donc si bien et Grent tant de présents aux marabouts, qu’ils excitèrent une sédition contre ces deux excellents prédicateurs de la vérité, de manière que, la veille du jour que le roi devait recevoir le baptême ii'il demandait avec inslanco, le peupla, seuil par ret indignes chrétiens, se souleva, mit le feu à la chapelle, assiégea le |ialais du roi, et aurait immolé les capucins à leur fureur, si le roi ne les eût sauves dans son palais. Ce prince, intimidé par cette révolte et craignant de perdre sou État et sa vie, promit aux marabouts de demeurer dans la religion de ses ancêtres, de ne plus penser à se faire baptiser, et de renvoyer sans délai ces deux missiounaires. Ces malheureuses conditions remirent la paix dans l’État. Uu des deux capucins mourut quelques jours après ; les uns disent que ce fut de chagrin , les autres assurent qu'il fut empoisonné. Son compagnon fut contraint de s’embarquer, et ainsi fut abandonné l'ouvrage de la conversion de ces peuples. La compagnie française de 1664 voulut taire une seconde tentative, et montrer que la gloire de Dieu lui éiait pour le moins aussi chère (|ue son commerce. Elle chercha d’autres missionnaires, et elle en trouva aisément : deux jacobins se présentèrent en 1670. Comme ils avaient appris la langue du pays avant de partir d’F.urope et dans la traversée, ils se trouvaient en état de prêcher presque en arrivant; mais les mêmes Européens recommencèrent à cabaler contre eux , et y réussirent si bien, qu'ils ne purent jamais avoir audience particulière du roi ni des grands, ni être écoutés, quand ils se mettaient en devoir de |»rler en public. Ils moururent dans le pays, empoisonnés comme le capucin. Cette tentative a été la dernière qu’on a faite pour introduire la foi dans ce pays malheureux. La déroute de la compagnie de 1664, qui finit en 1674 , et les divers changements qui sont

LTJNIVERS.

grande rivière, elle peut avoir un demi* mille de largeur ; son eau est très-fraîche

arrivés dans celle* qui lui ont succédé, ont fait oublier ce pieux dessein. On s'est contenté d'entretenir jusqu'à présent un aumônier pour administrer les sacrements aux employés de la compagnie, qui souvent ont été privés de ce secours.

« Du Royaume d'Ardres. Ce serait en vain que les peuples du royaume de Juda prétendraient ne point dépendit; de celui d’Ardres; leur dépendance est trop marquée par les deux actes suivants : un des grands du royaume d'Ardres, de temps immémorial, a droit de couronner les rois de Juda; cette prérogative est affectée* au chef d’une certaine famille. On l’amène donc dans ces occasions avec toute sa suite; on le défraye par le chemin, et on lui fait tous les honneurs imaginables. Lorsqu’il est arrivé à deux lieues de Xavier, il trouve des logements neufs qu’on lui a préparés; et comme s’il avait besoin d’un grand repos , après avoir fait un voyage de quinze à vingt lieues, on l’y laisse pendant quarante jours, après qu’on lui a déclaré u’il ne doit point venir à Xavier , ni pas un e sa suite, jusqu’à la fin de ce terme. Pendant ce temps-là il est visité et régalé par les grands du royaume. Le roi lui envoie à manger deux fois le jour avec une abondance et une magnificence toutes royales. Les quarante jours expirés, le roi envoie un grand pour le convier de venir à Xavier. Le grand d’Ardres répond qu’il est prêt à faire ce que le roi de Juda demande de lui, mais qu'avaul toutes choses il faut qu’il soit assuré , de la part du roi d’Ardres son maître, <jue le roi de Juda a fait réparer la porte principale de la ville d’Offra, capitale du royaume d’Ardres, comme le roi de Juda y est obligé, selon les anciennes conven lions des deux royaumes. Le roi de Juda , ayant reçu cette réponse, envoie des experts à Offra pour faire les réparations nécessaires à la porte de cette ville. Ils les font en dilience, et reviennent avec un officier du roi ’Ardres, qui assure, de la part de son maiire, le grand qui doit faire le couronnement, que la porte est réparée , et que rien ne l'empêche d’achever la fonction pour laquelle il a été appelé. C'est un hommage que les peuples de Juda rendent au royaume d’Ardres à chaque mutation de roi, et dont on ne voit point qu’ils aient jugé à propos de se dispenser jusqu’à présent, quoiqu’ils soient fort en état de le faire, cl que tout le monde convienne que le royaume de Juda, quoique bien plus petit que celui d'Ardres, lui est pourtant supérieur eu valeur et en nombre de

et très-profonde, en sorte que les habitants des environs sont abondamment

troupes. — Le royaume d’Ardres était autrefois bien plus puissant qu’il ne l’est à présent. Il s'étendait jusqu’à la rivière de Volta , le long de la côte , avant que ceux de Popo et de Juda se fussent soustraits de son obéissance. Il ne laisse pas d’être encore aujourd’hui très-considérable et d’une grande étendue, puisqu’il renferme ses États du côté du nord et qu’il va jusqu'à la rivière de Bénin. Les Européens qui commercent dans cet État n’y connaissent que deux villes : Offra , ui est à cinq lieues ou environ du bord e la mer, et à sept lieues à l’est de Xavier et d’Ardres; Arda ou Assem, qui est la capitale, à sept lieues au nord-est d’Offnr. Bien des gens confondent Jacquin avec Offra , et ils n’ont pas tout à fait tort; car ces deux lieux sont très-voisins; et la ville d'Ofïra s’étant extrêmement augmentée depuis cinquante à soixante ans, elles se sont trouvées unies à ne faire qu’une ville, que les Européens nomment indifféremment Offra ou Jacquin , et plus communément Jacquin qu’üffra. C'est dans cette ville que demeure le vice-roi du royaume, et où les Européens qui trafiquent ordinairement dans le pays ont leurs comptoirs et leurs magasins. Mais les rois d’Ardres n’ont pas voulu permettre à aucune des nations européennes de bâtir des forls, de crainte qu'ils ne se rendissent maîtres du pays et n'y fissent ce que les Hollandais établis à la Mme ont fait dans ce pays-là , qu’ils se sont rendu tributaire. Ce n’est que depuis quelques années que le roi d'Ardres, jaloux des rirhesses que le commerce répand dans le royaume de Juda, a permis aux seuls Français de bâtir un fort au bord de la mer, dans un lieu dont il leur a fait présent , espérant attirer chez lui, par cette distinction, le commerce qu’ils font à Juda. La compagnie ua pas encore jugé à propos de songer à faire celte dépense. Elle n’entretient pas même à Jacquin un comptoir considérable, soit qu’elle se soit bornée au commerce qu’elle fait à Juda, soit que le mauvais air de la côte d’Ardres lui fait appréhender de perdre beaucoup de commis sur celte côte extrêmement malsaine. — On trouve sur le bord de la mer uu village de peu de cases, habité par des pécheurs et des canotiers. On s'en sert aussi pour porter des marchandises à Jacquin ou Offra, de même que pour porter les hommes dans des hamacs, comme a Juda. Ce petit village, appelé Praya, a un gouverneur ou fidaique, c’est-à-dire uoble ou gentilhomme , que le roi d'Ardres y établit pour adminis-

pourvus de cet objet de première nécessité. Le révérend W: Allen y observa des

trer la justice et faire exécuter ses ordres. Le noin de ûdalque ou fidalgo est portugais, marque que les Portugais ont eu des établissements dans cet État, comme ils sont encore dans les royaumes de Bénin, d'Angola et de Congo, qui sont très-considérables , et situés à l’est ou au sud de celui d'Ardres. La langue portugaise, corrompue, s’y est conservée jusqu’à présent et a produit un jargon ou langue franque que presque tout le peuple entend et parle ; de sorte que ceux qui savent le portugais n’ont pas liesoin d’interprète dans cet État. — Les mœurs, les coutumes et la religion de ces peuples sont presque les mêmes que ceux ae Juda, excepté

au’ils n’adorent pas le serpent : au contraire, s cherchent les serpents doux et polis, les tuent et les mangent. Après cela, il ne faut pas s'étonner si ces serpents se <ont retirés et se sont donnés à ceux de Juda, chez, lesquels ils ont trouvé non- seulement de l'humanité, mais qui les ont pris pour leurs dix mités ; et leurs chefs, pour leur dieu principal. — Je crois faire plaisir au public en lui rapportant ici eu abrégé la relation du voyage que les Français y firent en 1670 pour y établir le commerce des esclaves, dont la compagnie de i664 avait besoin pour faire valoir les Iles de l’Améiique que le roi lui avait cédées. Elle fit équiper deux vaisseaux au Havre de Grâce , la Justice et la Concorde. Le sieur d'Elbée, commissaire ordinaire de la marine du roi, fut nommé commandant de ces deux navires; il montait la Justice , et avait sur sou bord le sieur du Bourg , qui devait être commandant du fort et du comptoir qu’on projetait d'établir sur la côte d’Ardres. Dans le nombre de commis que la compagnie envoyait à Ardres et aux îles, il se trouva un Hollandais 'nommé Carlof , qui connaissait le pays , et qui y avait fait d'assez bonnes habitudes, pendant qu’il était au service des Hollandais, pour pouvoir être utile à la compagnie française, au service de laquelle il était entré. Ces vaisseaux mon i lièrent à la rade d’Ardres le 4 janvier 1670; le lendemain le sieur Carlof vint mettre à terre, et se fit porter à Offre. Il avait appris à Praya par le fidalque que les Hollandais, avertis du dessein des Français, faisaient sous main tous leurs efforts pour les traverser , et pour miner entièrement leur entreprise. Le second commis des Hollandais ne laissa pas de venir à bord de la Justice; de complimenter le sieur d’Elbée, et de lui faire un présent Je viandes fraîches. Ou reçut avec civilité son compliment et son présent. Le 27 janvier

18e Livraison. (Guinée.)

lies flottantes sur lesquelles croissaient des arbustes et des plantes; quelques-

le sieur du Bourg eut audience du roi à Assem. Il y parut comme ambassadeur, et en cette qualité il fut introduit par le prince fils du roi, le grand marabout et les deux grands capitaines du commerce et de la cavalerie. Le roi le fit asseoir sur un lit de coton qui était à côté du fauteuil sur lequel il était assis; il fit son compliment en portugais. Quoique le roi parlât et entendit en perfection celle langue, 1) se fit tout expliquer par ses deux interprètes, qui étaient à genoux à ses pieds. Après que le roi eut répondu obligeamment au compliment du sieur du Bourg, celui-ci lui présenta le carrosse et les autres présents que la compagnie lui envoyait; apres quoi il lui demanda permission de bâtir une loge à Offra , avec promesse que la compagnie enverrait régulière me ut quatre vaisseaux toutes les années pour faire le commerce dans ses États. Le roi lui répondit qu’à l’égard du commerce les Hollandais envoyaient à ses côtes plus de vaisseaux qu'on n’y en pouvait charger; que l’anuée dernière il en était parti sans charge, qu’il y en avait actuellement six en rade et uatre au château de la Mine qui n’attenaient que l’avis de leurs commis pour y venir, et qu’ainsi il ne manquait ni de vaisseaux ni de marchandises; que les Hollandais lui avaient fait des offres très-avantageuses pour contracter une alliance plus étroite avec lui et avoir seuls le commerce dans ses terres ; cequ’il aurait dû avoir fait, ayant remarqué que les Anglais semblaient avoir négligé son commerce, et que les Français qui y étaient venus daus les temps passés n’avaient pas été plus exacts à tenir leur promesse, ce qu'on ne pouvait pas reprocher aux Hollandais ; que, malgré cela, les grandes choses qu’il avait euteudu dire du roi de France et de l’attention d’un de ses ministres pour le commerce lui avaient fait naître le désir de mériter l’estime d’un si grand monarque en traitant favorablement ses sujets; que pour cet effet il avait donné ordre à son grand capitaine de commerce de faire bâtir une loge pour les Français à Offra , de les protéger en toutes choses, et de favoriser leur commerce de tout son pouvoir. Le sieur du Bourg, étant tombé malade, laissa le soin du commerce au sieur Carlof; celui-ci poussa le prix des esclaves jusqu’à dix-huit barres la pièce, quoiqu’il n’eût jamais passé douze barres. C’était une pomique afin de faire tomber le commerce des Hob laudais, qui aimèrent mieux ne plus traiter que de manquer à faire aur leurs marchandises le gain qu’ils avaient coutume d’y faire. Le

mips avaient dix verges de diamètre , et s'avançaient avec une rapidité de trois

sieur Carlof traita environ trois cent* esclaves du prince, du grand marabout et des grands capitaines, et il conduisit les esclaves à bord des vaisseaux ; le sous-capitaine du commerce y en conduisit soixante quinze de la part du roi pour le prix des marchandises qu il avait

Crises. Le 8 février on publia partout la lierlé du commerce d’esclaves que la compagnie avait obtenue du roi; et comme elle se trouva établie daus ia loge qu’il lui avait fait bâtir, les receveurs du roi firent pa)er les droits du roi à Offra comme on les avait payés à Avsen». Il n’y eut que pour la traite particulière du roi qu’on n’exigea rien. 1*» vaisseau la Justice se trouva chargé le premier mars , et il aurait été eu état de faire route s'il 11'avail fallu faire celle du vaisseau la Concorde. Le sieur d’Ëtbée crut que pour L'avancer il était à propos de faire un voyage à la cour. Il supplia le roi de lui permettre de faire bâtir une loge à la française, attendu que celle qu'on avait bâtie était trop petite , et qu'elle manquait de plusieurs commodités. Il le supplia ensuite de donner ses ordres pour Ia sûreté du directeur et des commis qu’il laissait à Offra. Le roi lui répondit qu’il prenait oes officiers sous sa protêt lion, et qu'il aurait un soin tout particulier qu'ils fussent contenta et dans une entière sûreté; qu'il allait donner ses ordres aliu que les débiteurs s’acquittassent en vingt-quatre heures de leurs obligations, sachant le préjudice qu’un long retardement apporterait aux vaisseaux; qu’à l’égard de la loge d'Üffra, il allait donner ordre à sou fils et à ses deux grands capitaines de s'y transporter , d'en faire augmenter les bâtiments tant qu’il serait nécessaire; mais qu’il ne pouvait pas lui permettre d’en bâtir une à la manière d'Europe. Voit* en ferez une, lui dit le roi, dans laquelle vous placerez d’abord deux petites pièces de canon , l’année prochaine vous y en mettriez quatre, et eu |>eu de temps votre loge se transformerait en une forteresse qui vous rendrait maîtres de mes Etals. Il accompagna ce discours de comparaisons justes et spirituelles, avec un air doux et enjoué, qui ne permettait pas d’étre mortifié du refus honnête et politique qu'il faisait. — Les Hollandais avaient regardé avec une extrême jalousie leeommereeque les Françaiss’ouv raient dans le royaume d’Ardres; la manière dont le roi les avait reçus et ce qu'il avait fait eu leur faveur leur faisaient craindre que leur commerce ne souffrit une grande diminution. Ils avaient cabalé autant qu’ils avaient pu eu secret sans oser éclater, parce

milles à l'heure. La ville de Badagry ellemême est une île, bornée au sud par la

que les deux navires frauçais qui étaient en rade les tenaient en respect : tuais un de ces navires ayant mis à la voile , et celui qui restait ayant perdu son capitaine, le sieur Jamain , dont ils connaissaient la valeur et l’expérience, et ayant été renforcés de doux navires de leur nation, ils crurent qu'ils pouvaient, sans trop risquer, faire un affront à celui qui était en rade et aux employés de la compagnie qui étaient à Offra, et qui avaient un magasin à Praya , sur le bord de la mer. Ils prirent pour prétexte que les Français avaient un pavillon devant leur magasin, à Praya, ce qui 11e devait être permis qu a leur nation. Sur cela leur premier commis, accompagné des capitaines de leurs vaisseaux, et d’autres vinrent pour ôter le pavillon de France, qui par la situation des magasins des deux nations se trouva à 1a droite du leur. Le sieur Mariage, principal commis du directeur du comptoir, s’étant trouvé par hasard à Offra avec

quelques-uns de ses officiers et ceux qui descendirent eu diligence du vaisseau au signal qu’on leur en fit, empêcha cette violence, et le fidalquc ou commandant du village, y étant accouru, empêcha les voies de fait qui allaient commencer, et remontra aux uns et aux autres qu’ils offenseraient le roi son mailre. La fermeté du fidalque ralentit la fougue des Hollandais, et les obligea de s’en remettre au jugement du roi. Celte affaire embarrassait beaucoup le roi et son conseil. Il arriva encore un autre incident qui )>eosa ensanglanter la scène. Quand il fut question d’aller à l'audience, le commis hollandais prétendait le pas et la droite sur le sieur Mariage. Celui-ci se contenlade dire que si le Hollandais se mettait en devoir de le précéder, il lui passerait son épée au travers du corps. Le prince fils aîné du roi prévint ce qui allait arriver en présentant sa main droite au Frauçais , et sa gauche au Hollandais, cl les conduisit ainsi de front à l’audience du roi son pere, qui, imitant l'expédient que son fils avait trouvé , fit placer le Français sur une natte à sa droite, et le Hollandais à sa gauche. Puis il décida que c’était à leurs maîtres à régler les préséances et l'avantage des pavillons, et il leur déftsndit d'en mettre, ni de se rien demander les uns aux autres, jusqu'à la décision de leurs maîtres. Et parce que, ajouta-t-il , je suis bien aise d’étre informé amplement de la grandeur du roi de France , et de le faire assurer de rocs services, je nomme pour mon ambassadeur auprès de lui mou interprète royal Mat tco Lopes ; et s'adressant au sieur Mariage ; « Il

GUINÉE

lagune, à Test , au nord et à l’ouest par un marais très-étendu qu’on ne peut tra-

« partira dans voire vaisseau, j’espère que vous « en aurez soin, et que vous le conduirez au pl us « lot a la cour de votre monarque. » On voit par les noms de l'ambassadeur, qui sont portugais, le crédit que ces peuples avaient eu dans lé royaume d’Àrdres, où ils avaient introduit leur langue, leurs coutumes, et où il y a apparence qu'ils avaient fait fleurir la religion chrétienne. Les directeurs de la compagnie, ayant été avertis de l'arrivée de l’ambassadeur, firent meubler l’hôtel de I.uyues pour l’y recevoir; et quand ils eurent avis qu’il approchait de Paris, ils députèrent deux de leurs membres, qui furent le recevoir à Saint- Denis avec deux carrossesà six chevaux. Il entra ainsi à Paris le i3 décembre 1670, et fut descendre A l hôtel de Luynes. où la compagnie l’envoya complimenter. On lui fit savoir que le roi viendrait à Paris, et qu’il lui donnerait audience dans son palais des Tuileries, le 16 du racine mois, à dix heures du matin. Dans cette audience, le sieur d’Elbée lut tout haut au roi le compliment de l’ambassadeur j le voici : Sire t le roi <ï Ardres et et Alquemy, mon maître, ma commandé de venir de sa part près de votre majesté pour son ambassadeur , afin de lui ojjrir tout ce qui dépend de ses royaumes, et sa protection pour tous les navires qu'elle jugera agréable de lui envoyer ; vous assurant , sire , que ses terres et ses ports , le commerce et tout ce. qui en dépend, sont entièrement à votre majesté etàsessujcts. Et pour faire Connaître à votre majesté qu'il veut mériter , entretenir et conserver t amitié quil vous demande, il m'a ordonné de lui dire que dorénavant messieurs de la compagnie établis depuis un an à Offra ne payeront plus que vingt * quatre captifs de coutume , au lieu de quatre* vin gts que Von paye à présent, qui est le moins qui se soit payé au temps que les Portugais se sont venus établir dans ses terres et qu’ils en sont sortis, aussi bien que les Espagnols , Danois , Suédois et Anglais , à cause des Hollandais , qui ont fait depuis quelques années tout le commerce de son pays; mais il m’a charge d'assurer votre majesté de sa protection contre eux en faveur de vos sujets, et de tenir sur cela exactement la parole qu'il lui donne. — Comme aussi que lorsqu'il y aura de vos navires ou de ceux de messieurs de la compagnie en rade, et qu'il s’ y trouvera des vaisseaux hollandais pour commercer, que les vôtres seront préférés et chargeront avant que les Hollandais commencent. — J’ai de plus ordre de dire à votre majesté qu*il y m eu une difficulté pour le pavillon sur le bord

verser que sur une embarcation. Elle est divisée en quatre districts : le district

de la mer , entre vos sujets établis dans les terres du roi mon maitre et les commis des Hollandais , qui voulaient avoir la droite et le pas ; mais que comme le roi mon maitre a connu la différence qu'il y a entre un grand roi comme vous et un autre prince , il a fait mettre à sa droite le commis votre sujet, et l’a logé dans son palais ; celui des Hollandais n’ayant eu que la gauche , et ayant été logé après son audience chez le prince son fils ; et sur ce sujet, il m’a expressément chargé de savoir de votre majesté' la déférèhce que les Hollandais doivent avoir pour son pavillon et pour ses sujets , afin de les obliger de la rendre dans toute t étendue de ses termes , et d'exécuter ce quelle trouvera bon sur ce sujet et sur tout autre où il la pourrait servir.— Entre les choses dont le roi mon maitre m'a chargé pour votre majesté , une des plus expresses est la demande que je dois lui faire de sa part, pour ce qu il lui plaise envoyer deux religieux prêtres pour travailler dans son pays à t instruction d'un grand nombre de ses sujets qui ont quelque teinture du christianisme , et qui désirent avec passion de se perfectionner dans ta connaissance de la religion, et de la pouvoir exercer dans ces pays . — Il m*a aussi ordonné d'of frir à votre majesté mes deux fils, qui sont ici présents f et de la supplier de les avoir agreabtei, ce que f estimerai un des plus grands bonheurs qui me puissent arriver , par t avantage qu'ils recevront de rester auprès d'un si grand monarque, et de joindre à cette ojfre celle de deux bons coutelas , deux zagayes , un e veste et un tapis , qu'il supplie, votre majesté <f agréer, et d'être persuadée que si son pays produisait quelque chose de plus rare , et qu’il cnit lui pouvoir plaire , Il aurait la dernière joie de le lui envoyer , puisqu’il ne désire rien avec tant de passion que de vous persuader , sire, que ses terres sont les vôtres , qu'il est entièrement à votre majesté. L’ambassadeur partit de Paris vers le milieu de janvier 1671. La compagnie aurait tiré de l’ambassade de Mathco Lopès de grands avantages si elle avait duré plus longtemps; mais elle fut suppiimée quatre ans après, et les îles el toutes ses concessions réunies au domaine du roi. La compagnie du Sénégal, qui avait aussi le commeree de la Guinée, ne suivit pas cet établissement' de commerce, et elle eut des raisons pour s’établir à Juda. C’est la règle ordinaire que notre nation suit dans ces établissements : elle commence bien, et ne demeure guère dans le même système. ■

lb.

L'UNIVERS

anglais, le district français, le district allemand et le district portugais. Chaque district a son chef respectif. La population totale de la ville s'élève à peu près à douze mille âmes. Les habitants de Badagry descendent de familles qui ont été chassées de Whydah par les gens du Dahomey. Le caractère de ces naturels est barbare et cruel : presque tous les hommes qu’on rencontre sont armés de dagues ou de massues , et pour le plus léger motif lisse serventde leurs armes. Peu de peuples ont plus souffert de leurs voisins queles habitants de Badagry : en 1784 ils lurent assiégés par les naturels du Dahomey et cruellement traités : Dalzel dit, dans son Histoire de Dahomey, qu’après le combat six mille têtes d'hommes furent vendues au roi vainqueur et placées sur les murailles de son palais d'Abomi. En décembre 1843 les soldats du Dahomey se sont encore présentés devant Badagry, mais sans oser cette fois traverser la lagune etattaquer la ville. Ilsont campé dans la plaine qui s’étend entre la mer et cette lagune, et ils y sont restés cinq jours commettant toute espèce de déprédations; ils ont brtllédeux postes de vigie sur le rivage, détruit le mât de pavillon anglais qui avait été planté par ordre du gouverneur de Cape-Coast, incendié huit canots. La ville de Badagry est basse et sablonneuse ; les maisons sont toutes construites en bambou et couvertes de feuilles. 11 n’y a pas une pierre dans les environs ; et l’on n’y découvre guère davantage de bois de construction. Le marché de Badagry est de beaucoup supérieur à tous ceux de la Côte d'ür et de la Côte des Esclaves. On peut y acheter tous les jours de la viande cuite ou crue, des légumes et des racines de toute sorte, tels qu’ignames, manioc, caiavancs (fèves d’Afrique), et des fruits en quantité. Des articles nombreux de l’industrie indigène v sont apportés de Porto-Novo et d’Allada : ce sont surtout des ustensiles d’agriculture, des grains, des chapeaux, des calebasses, des gamelles de bois, de belles nattes vertes, des poteries, des vêtements du pays. Il n’est pas rare de voir quatre à cinq mille marchands sur celte place. La population flottante y est presque aussi nombreuse que la population uxe.

Après Badagry, suivant la description

de M. le comte E. Bouët, la côte basse et marécageuse ne présente plus de groupes de cases qui méritent le nomde village, toujours barrée par une ceinture de brisants d’un accès diflicile, elle n'offre qu’une ligne uniforme de verdure dont le gisement droit et régulier ne cesse qu'à l’entrée du rio Lagos ou du lac Craaou, nommé Osa par les naturels. Une pointe assez abrupte, qui descend un peu plus au sud que la cote que l’on contourne, termine la rive droite de l’estuaire, vulgairement appelé embouchure de la rivière iMgos. L 'Osa ou le Cradou s'étend depuis cette embouchure jusqu'à celle de Formose ou de Bénin ; mais il ne mérite réellement le nom de lac que dans la première moitié de son étendue; sa largeur moyenne y est à peu près de six milles; puis il va se rétrécissant de plus en plus, jusqu’à n'ét replus qu’une crique assez resserrée au confluent des eaux du lac avec celles de la rivière Formose ou Bénin. Il est séparé delà mer, dans presque toute sa longueur, par une lie plate, boisée et marécageuse, en partie noyéeàsonextrémité orientale. Desmarigotssans profondeur, qui font communiquer le lac à la mer, découpent en plusieurs parties celte lie immense, désignée sur les anciennes cartes sous le nom d’Ile Curamo , et que les naturels appellent Ikbekou. Toute la rive supérieure du lac Cradou est découpée par une multitude de criques ou de rivières, dont il est en quelque sorte le décbargeoir. Dans la partie septentrionale du lac, à peu près vis-à-vis rembarquement dit de Lagos, sont situées trois lies, et sur la plus éloignée vers l'est s’élève le village de ljagos ou A'Eko.

Les bords du lac Cradou et des rivières qui s’y jettent sont habités par des peuplades chez lesquelles les habitudes de traite de noirs sont fortement enracinées : Lagos est encore aujourd'hui , comme Whydah, le centre d’un commerce très-actif d’esclaves. Les dangers de la barre de Lagos semblent d'ailleurs plutôt favoriser qu’entraver les opérations des négriers, tous pratiques de ces localités : l’entrée de Lagos n’a pas un demi-mille de largeur, à cause des bancs qui la rétrécissent; la mobilité de ces bancs ajoute encore à la difficulté du passage. Le long de la grande ile qui sépare le lac Cradou de la mer , le lit-

GUINÉE

toral se montre de plus en plus vert et boisé. Au milieu des groupes d’arbres du rivage on aperçoit, de distance en distance, les villages A'Ybego, d 'Obaze, de Bughige, d ’Ochoro, de Leshé, de Chision et A' F.zi. A tous ces villages , dont M- le comte Bouët a déterminé les positions en serrant de près cette fraction de côte que les cartes anglaises et françaises présentaient comme inhabitée", succédé le village à'Odé, plus considérable que les autres, et dernier point habité de l’ile Curamo. — A partir d’Odé le gisement de la côte devient plus sud, et la sonde accuse moins de profondeur à la même distance du littoral; il semble que cette plage ne soit plus qu’une bande sablonneuse en grande partie noyée et à peu près inabordable.

La végétation disparaît du littoral, et ne s’aperçoit plus que dans un certain éloignement.

La rivière Bénin ou Formose est rempliede souvenirs français : le capitaine Landolphe y fonda, en 1788, un comptoir protégé par un fort français sur la rive gauche et près de l’embouchure; on l’abandonna au commencement de la révolution, comme il était en pleine prospérité. « Le capitaine Landolphe habita et « fréquenta pendant quatre années con- » seeutives tous les parages de Bénin et « d 'Ouére ou de IVarrèe , sans se dou- « ter que la branche d’Ouêre, qu’il re- « monta souvent et qui est comprise dans « les trente lieues de territoire acquises « par lui, était une des branches impor- « tantes du Niger. » — L’entrée de la rivière Bénin est obstruée par un banc de sable vasard etd’argilequi s’étend à une lieue environ vers la mer. M. le comte Bouët signale, en dedans de la barre de Bénin, le mouillage de IFaccow, comme le plus convenable pour les navires destinés à séjourner à Bénin, parce qu’ils peuvent y recevoir la brise du large, et qu’ils sont ainsi préservés un peu contre l'insalubritédu pays. Si l’on veut remonter plus haut, on remarque, en dedans de la pointe Jo, la crique du Calebar ; cinq millesplus haut une nouvelle crique sur la rive droite, ayant dechaquecôtédeson entrée un Ilot et nommée Logo ; plus haut New- Town, à l’entrée delà crique (Fanée, et au nord de celle-ci la ville de lleggio, à l’entrée de la crique Gatto. On

compte jusque-là a peu près six lieues depuis la barre ; dans toute cette étendue le fleuve présente une largeur de quatre à cinq cents mètres, et une profondeur variable de huit à neuf métrés.

Il se divise là en trois branches, toutes de même largeur. La crique de Gatto court vers le N. E. i N. Après l'avoir remontée pendant dix lieues environ , on arrive à la ville de G alto ou -igathun, qui lui donne son nom : les navires d’un moyen tonnage y peuvent atteindre. Tout le pays qui avoisine Reggio et New-Tou n est bas et marécageux, formé d’alluvions, et couvert de mangliers : ce n’est qu’en arrivant à Gatto qu’on trouve la terre ferme. « En avril 1840 M. Beecroft re- « monta la principale rivière de Bénin « avec le bateau à vapeur l’Eihiops. Il « espérait que cette rivière lui donnerait « accès dans leQuorra, dont il la croyait « un dérivé, et il pensait ainsi diminuer

• son séjour dans le marécageux et k malsain delta du fleuve. Il dit que « pendant quarante milles la largeur de « l’artère principale continue à être de « quatre à cinq cents mètres , et qu’à « cette distance elle se sépare en deux « branches beaucoup plus étroites , qui « conservent une profondeur de sept « à huit mètres jusqu’au point où s’est « arrêté FEthiops. M. Beecroft estima, « y compris les nombreux détours, qu'il « était remonté à quarante ou cinquante « milles dans l’une des branches, et à « soixante ou soixante-dix milles dans

• l’autre; il retrouva à cesdistances, dans « ces deux affluents, une barrière infran- « chissable de plantes aquatiques dont « les branches entrelacées embrassaient « de leur tissu nerveux tout le lit de « la rivière. Il eût fallu couper ce réseau « pour pénétrer plus loin ; il ne put at- « teindre l'objet de ses recherches, et il « redescendit jusqu’à la crique de War- « rée ou d’Ouére, qu’il entreprit de re- « monter. Après avoir navigué une se- « maine dans cette crique , il parvint à « gagner le cours principal du Niger ou « Quorra, où il déboucha au-dessous « aYbo en juin; par suite de cette heu- « reuse exploration du capitaine mar- « chand anglais Beecroft, la position de « l’établissement du capitaine français « Landolphe est donc pleine d’intérêt < pour nous. »

L’UNIVERS

A cinq lieues plus au sud que l'entrée de Bénin s’ouvre la rivière dos Escranos; à partir de là, la côte, toujours boisée, forme un arc de cercle dont la convexité est dirigée du côté de la mer pendant une quinzaine de milles, jus*

Su’à la vaste embouchure de la rivière os Forcados, placée à peu près sur le même parallèle que la ville d’Ouêre, eapitaledecette région du deltadu Niger.

• Ouére était le point central des trente « lieues de territoire achetées parl-andol- • plie : aussi donne-t-on à la rivière dos • Forcados le nom de rivière d' Ouére. » A la rivière dos Forcados succède la rivière de Kamos , et à celle-ci la rivière Dodo. Les entreesde ces rivières, n’étant ni larges ni profondes, sont peu fréquentées; mais la côte est habitée. Les terrains en sont bas, marécageux et boisés jusqu’àlamer. Delà rivière Dodo au cap Fonnose on compte une quinzaine de lieues; et il y a dans cet intervalle plusieurs criques ou rivières peu connues et peu fréquentées; l’avant- dernière s’appelle rivière Sanganu. A mesure qu on s’approche de son entrée, on voit les terres basses fuir à l’ouest et les terres de l’est s’élever brusquement et conserver une hauteur uniforme jusqu'à l’entrée de la rivière Noun ou Brass, l’une des bouches principales du delta du Niger. L’entrée de la rivière Noun est plus à l'ouest de cinq milles que le cap Formose lui-même. « Les geogra- « phes ne sont pas d’accord sur la po- ■■ sition du cap Formose : les uns le pla- • cent à l'ouest, les autres à l'est du « Quorra II doit indiquer la terre la plus « sud du plateau arrondi de Formose, • conséquemment être placé à l’est du ■ Quorra. »

C’est ici le lieu, ajoute M. le comte Rouët , de donner un aperçu rapide des explorations diverses dont le Kouarra, Quorra , ou Niger, a cté récemment l’objet. Les frères Lânder, anciens serviteurs du voyageur anglais Clapperton, les deux capitaines Allen . le capitaine Trotter, ofticiers de la marine royale, le capitaine Beecroft , de la marine marchande britannique, ont tous concouru plus ou moins à faire connaître le parcours de cette grande artère de r Afrique centrale. Ce fut en 1830 que les frères Lânder arrivèrent à Badagry. Ils

quittèrent ce point pour s’enfoncer dans l'intérieur, et , après diverses excursions plus ou moins heureuses, ils purent gagner Boussa. Retenus prisonniers quelque temps dans cette ville, où s’arrêtait le cours connu du Niger, ils Unirent par obtenir leur liberté, et purent, dans le mois de septembre, redescendre le fleuve en pirogue. Le 21 ils atteignirent le confluent de la Chadda, vers les premiers jours de novembre le village d’Ybo, et enfin, le 18 novembre, l'embouchure même du Niger. • Plus de doute

• alors, les eaux de ce fleuve immense « venaient, comme on l’avait pressenti,

• se jeter dans les golfes de Bénin et de « Biafra, à travers les mille bouches, ri- « vières, criques et canaux qui découpent « le vaste delta baigné par ces deux gol- » fes. • — En 1832 Lânder, dont la découverte avait vivement interesse les négociants de Londres, revint dans le Noun ou Brass avec deux bâtiments à vapeur, le Quorra, de cent cinquante tonneaux, et l’Alburqua de cinquante, en fer, commandés par les deux frères Allen, officiers de la marine royale. Le 27 octobre ils étaient dans le fleuve, et le 7 novembre à Ybo. où malheureusement les maladies se déclarent. En décembre le Quorra avait déjà perdu quatorze hommes, l'Alburqua trois. A lddah ou Allah, le roi nègre les reçoit fort mal; à Boka, le Quorra est arrêté six mois faute d'eau, et t Alburqua continue seul sa route avec Lânder. Mais il manque d’eau lui-mémë un peu au deià du confluent de la rivière Chadda. I.ander remonte alors en canot jusqu'à Egga; puis il redescend jus-

u’à l'embouchure pour aller chercher es marchaudise8 sur un brick mouillé à la barre ; en remontant il rencontre le Quorra, qui quittait le fleuve , ayant perdu presque tout son équipage. Il l'expédie à Fernando-Po, et s’y rend lui-même.

Dans une dernière course, pour venir rejoindre l’Alburqua, dans le Rio- Noun, il essuie une fusillade assez vive des naturels , cachés sur les rives ; blessé grièvement, il peut encore regagner Fernaudo-Po, mais pour y mourir, en janvier 1834. « Cependant là ne « s'arrêtent pas les tentatives de l'Angle- « terre pour tâcher de conquérir, parla « voie du Niger, l’exploitation de l'Afri-

GUINÉE

« que centrale, que les voyages de Caillié

• et de Lânder environnent d'une per-

• spective brillante pour son commerce.»

En 1840 le capitaine marchand Beecroft, qui avait fermé les yeux de Lânder à Fernando-Po, prit le commandement du petit pyroscaphe C Elhiopt, et remonta toutes’les rivières qui coupent le delta du Niger. J’ai dit précédemment, d’après M. le comte Bouet, comment il arriva par la branche d’Ouére dans le Kouara même. Bien qu’il ne tirât que deux mètres, son bâtiment fut arrêté par un banc de sable eu amont d’Ybo. Étant parvenu à le franchir vers la mi-juin, il continua à remonter le cours principal du Kouara, et après des fatigues infinies il atteignit Lnyuba, à une vingtaine de lieues au-dessus de Habba; là il trouva le cours du fleuve tellement obstrué de roches, qu’il dut retourner en arrière.

On ne peut donc pénétrer jusqu’à Boussa qu’en pirogue, comme avait fait Lânder.

« Tentees avec de faibles moyens, les exi plorations du capitaine marchand Bee- « croft lui font beaucoup d’honneur; « elles ont prouvé d’ailleurs que le cours « principal du Niger était attaquable par >> plus d’une des bouches de son delta.» — Ce fut en 1841 que s’effectua la dernière expédition du Niger, avec le concours du parti abolitionisteetdugouvernement britannique : aussi fut-elle entreprise sur une plus grande échelle. Deux bateaux a vapeur en fer avaient été construits : V Albert et le fd'ilber/urce , de soixantedix chevaux , calant un mètre soixante.

Le premier fut confié au capitaine Trotter, de la marine royale, commandant en chef l’expédition; le second au capitaine W. Allen, qui avait déjà pris part aux explorations précédentes. Un troisième pyroscaphe en fer, le Soudan, de trentecmq chevaux, et calant lUI,25, leur fut adjoint, sous les ordres du commander Bird Allen. « Le but de l’expcdi- « tion était à la fois religieux, phi-

• (anthropique, commercial et scien- « tilique. Le capitaine Trotter devait « faire des traites avec les chefs des ler-

■ moires arrosés par le fleuve et ses af- « fluents pour la suppression du com-

■ merce des èselaves. Il devait obtenir « des concessions de terrains pour y faire

• des établissements de commerce et de « culture , convertir les naturels au chris-

« tianisme en bâtissant des églises et eu « prêchant sa sublime morale ; enfin des « zoologistes, botanistes et minéralogis- » tes adjoints à l’expédition devaient etu- « dier les richesses de la nature dans

■ l’etendue du Niger et de ses affluents. » L’expédition franchit la barre le là août 1841. Elle trouva les rives du bas Niger peu habitées et rangées sous l’autorité de King-Boy, roi de Brass, jusqu’à Ybo à

eu près, qu’elle atteignit sans encolure. Le roi Oaby peut disposer, au besoin, de trois cents pirogues montées par dix à douze mille hommes. Les États des rois de Bénin, d’Ouére et d’Eggarah continent au sien. Après avoir séjourné quelque temps a Ybo, et dépassé Oubli, qui sépare le territoire d’Ybode celui d’Eggarah, le capitaine Trotter arriva le 10 septembre à Ydali, résidence du roi d’Eggarah. Il y acheta des terrains et y établit une ferme modèle. Quant aux conversions, elles ne réussirent pas là plus qu’ailleurs. Cependant les maladies avaient commencé à sévir : le Soudan fut d’abord renvoyée Fernando-Po avec les malades de l’expeditiou. Mais à peine était-il parti, que le commandant Trotter se décida à renvoyer aussi le irilberforce. Quoique malade lui-même, il essaya de continuer son exploration avec C Albert seul. Il parvint ainsi jusqu'à Lelem, à une douzaine de lieues au-dessus du confluent de la rivière Tciiadda : l’état pitoyable de l'équipage l'empécha d'aller plus loin. « Comme on le voit, «cette expédition, malgré le zèle du

• capitaine Trotter, n’avait pu passer « dans le Quorra le temps nécessaire

• pour accomplir sa mission si eom-

■ plexe. Elle n’y a guère séjourné qu’un « mois et demi, et n’a pas fait les deux « tiers du chemin parcouru par les ex- « péditious précédentes. Quant aux ré-

■ sultats scientifiques , ils ont été à peu

• près au niveau des résultats religieux « et commerciaux. • En 1812, le lieutenant Webb,dela marine royale, chargé d'aller inspecter la ferme modèle créée au confluent de la rivière Tciiadda, passa la barre le 2 juillet, et ne put parvenir qu’à grand’peiue à Kggarah. Le 22 juillet il était hors du fleuve après avoir évacué la ferme. — « Ces diverses

• tentatives, fort honorables pour les « marins anglais qui les ont entreprises ,

LTTmVFJRS.

« prouvent combien est mortelle l’in-

• fluence des miasmes délétères qui s’ex-

baient du delta marécageux du Niger.

« Il parait toutefois qu’après avoir passé

• les terrains d'alluvion, le pays devient

• plus sain ; il parait également que

• pendant les mois qui precedent la sai- « son des grandes pluies on serait moins « exposé à l’empoisonnement iniasmati- « que qu'occasionnent les marécages du « fleuve. Mais malheureusement à cette ■ époque les eaux ne sont pas assez pro- « fondes pour permettre à un navire de « les sillonner. Ainsi à Rabba , limite « de la navigation de FÈthiops, cette « profondeur atteignait l01 20 le 1er « juin, 1“' 50 le 1er juillet, et n’était à « Iddah, conséquemment au-dessous du « confluent de la rivière Tchadda, que « d’un mètre à pciue le t" mars. — Ce- « pendant, en pénétrant par la branche « d’Ouére, qu'on peut qualifier de bran- « che française à cause de nos ancien- « nés possessions (mais en y pénétrant « avec un petit pyroscaphe en fer, calant « un mètre au plus, lequel pyroscaphe « n’aurait, comme ceux du Sénégal, que « des matelots et des mécaniciens indi- « gènes, même des officiers africains ins- « fruits en Europe), on éviterait à « la fois l'influence de la partie la plus « marécageuse du delta et les ravages « mortels qu’exerce le climat sur la cohs- « titution des Européens. Ce rôle sein- « ble réservé à la France, qui a formé « une pépinière de jeunes mécaniciens « sénégalais, et fait parcourir en se « jouant à ses pvroscaphes du Sénégal

• près du double de la distance du » cours exploré du Qtiorra ou Niger. — « Sans doute ce dernier fleuve n’est pas, « comme on avait pu le penser, un large « et profond cours d’eau , navigable jus- « qu’au grand centre africain de Tom- « bouctou , où s’est illustré notre coin- « patriote Caillié ; mais il reste encore « beaucoup à faire pour relier en- « semble les explorations des voyageurs «Caillié et Lânder, dont la géogra- « phie africaine associera désormais les « noms à celui de l’infortuné Mungo- « Park (t).»

( i ) Description nautique des côtes de f Afrique occidentale , de M. le comte E. Bouet, chapilre vu. Voyez, i la page i36 tic cet

Dahomey.— M. Brué, agent du comptoir français à Whydah, dès son arrivée, en avril 1843, jugea nécessaire de faire le voyage de Dahomey (I) pour prévenir

important ouvrage, YEsquisse du golfe de Bénin et du delta du Niger , comprenant les côtes des Esclaves, de Bénin, d'Ouére et dé Calhnr, tracée par M. d'Avezac, garde des archives de la marine et des colonies, sur les ob.servations et les travaux descapitaines Bouct- Willaumez, Vidal, Purehas, Allen, TYotter et Beeci oft , et avec l’aide des anciens levé» et des indications de Dalzel, Norris, Baugin, Landolphe, et autres voyageurs et marins.

(t) De tous les peuples de Guinée, dit M. ÀValckenaer ( Hist. gêner, des Voyages , tome XI ,1. XII , ch. IV), il n’en est aucun qui mérite plus d'attention que les Dabomeys , autrefois appelés Boys. Un’ grand nombre de voyageurs, Atkins, Smith. Bullfinch Lamb, Snelgrave, Pruneau de Pommegorge, Norris, se sont attachés non-seulement à décrire leurs mœurs cruelles et guerrières, mais à rassembler les principaux traits de leur histoire. Ce fut sans doute cette abondance de matériaux qui donna à Archibald Dalzel l'idée de réunir en un seul corps toutes les notions acquises sur ce peuple. Il publia cette compilation sous le nom a Histoire de Dahomey [The history of Dahomy , an Inland Kingdom of Africa , compiled from authentic memoirs with an introduction and notes ; by Arch. Dalzel, go vernor at Cape-Coast-Cast/e ; London, 1793, in-4°. Son séjour de trente ans en Afrique, comme gouverneur de Juida et du Cap-Corse, le rendait plus propre que tout autre à ce travail; cependant on doit dire que son ouvrage ne répond pas entièrement aux espérances que l'on était en droit de concevoir des connaissances particulières de l’auteur et dès importantes pièces qui lui furent confiées. Tous les faits qui composent l'histoire de Dahomey avant l'année 1774 étaient répandus dans des relations imprimées ; Dalzel les a réunis, mais sans y ajouter uue seule note importante et sans faire aucune recherche pour leur assigner des dates certaines. Depuis l'année 1774 jusqu’à 179t. Dalzel a écrit d’après ses propres mémoires et ceux de Lionel Abson, son successeur dans le gouvernement du fort anglais de Juida. Cette partie, entièrement neuve, est plus longue, et cependant moins pleine de faits que celle qui la précède. Dalzel y mêle souvent des réflexions politiques, dont le moindre défaut est d ètre insignifiantes, et dont il a quelquefois surcharge aussi le texte des autres voyageurs. Parmi ces derniers , celui qui lui a fourni le plus grand

GUINÉE

les difficultés qu’avait éprouvées son prédécesseur , et les vols si fréquents au dé-

nombre de matériaux et les faits les plus précis est sans contredit Robert Noms, de Li verpool, qui avait imprimé la relation de son voyage à la suite des Mémoires du règne de Bossa Ahadi ( Memoirs of the rcign of Bossa Abadie, king of Dahomy, an Inland countrjr of Guinejr to wieh are added t/te authors jour ne y to Abomey the capital, , etc., by Rob. Norrii ; London, 1789, in-8°). Dalzel a inséré cet ouvrage dans le sien , et il l’annonce dans sa préface comme une nou\ellc édition revue par Tailleur, qui mourut pendant Timpressiou. Il loue dans Norris un esprit de recherches infatigable, une parfaiteconnaissance des moeurs et du langage des naturels de la côte de Guinée, qu’il avait fréquentée pendant dix-huit ans. Outre ces renseignements historiques, le Voyage de Norris, malheureusement trop court, renferme des observations tres-importantes sur le climat et sur quelques animaux de cette partie de l’Afrique. La carte qu’il a publiée à la tète de son livre est la première qui marque l'itinéraire de Grégoy à Abomey; et le peu de positions que Dalzel y a ajoutées en la publiant sur une plus grande échelle eu a encore augmenté la valeur. Telles sont las sources où Dalzel a puisé les matériaux de l'histoire du Dahomey. Nous devons maintenant , ajoute M. Walckenaer, signaler une omission d’autant plus impardonnable qu’elle porte sur une des relations les plus importantes

Sue nous ayons touchant celte partie de la côte 'Afrique : nous voulons parler de l’ouvrage de Pruneau de Pommegorge ( Description de ta/Vigriiie, par M. P. D. P., ancien conseiller au conseil souverain du Sénégal , etc.; Amsterdam, 1789, in-.8°). Cette relation, que Dalzel n’a pas connue, renferme des remarques curieuses sur le gouvernement et le culte des Dahomeys, recueillies sur les lieux par un homme qui avait passé vingt-deux ans dans les différents établissements français en Afrique, et qui avait assisté plusieurs fois aux fêles annuelles du roi de Dahomey, comme gouverneur de Juida. — Dalzel montre encore peu d’érudition et de critique lorsque, dans sa préface, il recherche à quelle époque le Dahomey a commencé à être connu. Léon l’Africain place parmi les contrées du Soudan , ou de la Nigritie, un royaume qu’il nomme Douma .

Dalzel 11e doute pas que ce ne soit le Dahomey des modernes, et il ajoute que sans doute Sauuto avait eu de nouveaux renseignements sur ce pays, puisqu’il assigne au Dauma, dans sa Géographie , imprimée k Venise en 1 588 , la même position que les géographes modernes

barquemen t des marchandises sur la côte d'Afrique, et pour seuteudre avec le roi

assignent au Dahomey, et qu’il marque sur sa carte la capitale de cette contrée sous le parallèle de neuf degrés, où elle doit cire placée effectivement. A la vérité Dalzel fait cette remarque sur la foi d'autrui : il avoue lui-même n’avoir pas vu le livre de Sanuto. Or, ce livre sous les yeux. M. Walckenaer affirme que le fait relevé par Dalzel est complètement faux , que Sauuto ne mentionne le Dauma et ne le reconnaît que comme un pays du Soudan ou de la Nigritic intérieure, c’est-à-dire fort éloigné de la côte de Guiuée. Il ne dit rieu d’ailleurs de la capitale de ce royaume, mais marque seulement que son monarque et son peuple passent pour être Ires-riches. Ont ans apres, Dapper n’en savait pas davantage; il ne donne pas d’autres détails que ceux qu’avait déjà donnés Sanuto, et il le cite en marge. La seule chose qu’il y ait ajoutée, c’est la longitude et la latitude de ta capitale du Dauma, et en effet cette détermination reporte le royaume de Dauma près de la côte de Guinée, .*‘1 est actuel leiuent le Dahomey. L erreur de Dalzel est donc d asoir attribue .1 Sanuto une chose que Dap|>cr ne lui avait pas empruntée. D’ailleurs il y a contradiction entre la position que Dapper attribue au Dauma sur sa carte et celle qu’il lui marque dans son taxte, aux sources du Nil, entre Rournou et l'Abyssinie. On peut donc croire qu'il y a eu confusion de deux États distincts, et qu’on a voulu à tort reconnaître dans le Dahomey des modernes le Dauma de Léon l'Africain, dont les connaissances sur la côte occidentale d’Afrique ne s’étendaient pas plus loin que le cap de Nun. — Il y a un siecle à peine, les Dahomeys n’étaient encore

3u’un peuple très-peu considérable , mais reouté de ses voisins , à cause de sa valeur et de son adresse dans les combats. Os Nègres étaient connus alors sous le noindeFoy j, et la ville àtoiDawhifi qui est située entre CaUnina et Abomey , à 90 milles de la côte, était la capitale de leur petit territoire. C’est ait commencement du dix-septième siècle que Tucou- Donou, chef de la nation des Foys, jeta les fondements de la grandeur de l’empire de Dahomey, tant agrandi un siècle après par son illustre descendant Cuadja Trudo. Voici, suivant Norris et Dalzel, la liste des rois qui ont gouverné l’État de Dahomey depuis sa fondation : Tacou-Donou , vers l’an 1 fri 5 ; Adahounzou 1er (i65o); Wiluiigah (1680); Guadja-Trudo; qui ronquit Ardra, Juida et Jarquiu (1708); Rossa Ahadi (173a); Adahouniou II (1 789); Whinoubew, qui régnait encore

en 179*»

L’UNIVERS

sur le pavementdes coutumes et la police à exercer dans 110s possessions. Ayant reçu, le 28 avril , des mains d’un eunuque du roi le bâton royal qui devait lui servir de sauf-conduit, M. Bruë partit le 2tnai, accompagné de don Francisco de Sou 7.3, ce Brésilien dont j'ai déjà parlé. Ils voyageaient portés en hamaes par douze nègres qui se relavaient, précédés d’une garde armée et d’une troupe de musiciens. A æpt heures du soir ils arrivèrent à Torry : de Whvdali à Torry la route est lielle.et longe une vaste plaine accidentée par des bouquets de palmistes. On ne rencontre ni lac ni rivière qui puissent être confondus avec le Lagos que signale Noms, mais un seul marais, couvert de plantes aquatiques, que leurs porteurs passèrent en enfonçant dans la boue jusqu'aux genoux. Le. village de Torry, éloigné de Whydali de seize milles environ dans lé nordnord-ouest, n’offre rien de remarquable dans sa construction. On y voit des pieds d’orangers d’une grosseur prodigieuse , et dans la campagne quelques vieux pieds de caféiers restent encore d’une ancienne plantation. La population de ce village, qui peut être de huit cents individus, est la plus indépendante du royaume de Dahomey, à cause du voisinage des lagunes qui s’étendent du cap Saint-Paul au Lagos; elle l’abandonne quand arrive le mois d’octobre, pour échapper aux dévastations annuelles du roi de Dahomey. Après trois heures et demie de marche, a travers une route embarrassée de lianes et de broussailles, M. Bruë et son compagnon atteignirent a (Un da : leurs porteurs faisaient cinq milles à l’heure. Allada, situé dans l’ouest-nord-ouest de Torry, compte à peu près douze cents habitants, gouvernés par un cabocir. Il y a quelques maisons à un étage et de beaux arbres fétiches; on récolte dans les environs beaucoup d'huile de palme. Les moustiques et les serpents sont les lléaux du pays. C’est de cette ville que les rois du Dahomey tirent leur origine. Avant la fondation de Dahomey, Allada était la capitale du pays; lescabocirs étaient souverains et indépendants les uns des autres; la ruse ou la violence les portait au pouvoir . On raconte qu’a l’époque où les Européens introduisirent eu Guinée les ar-

mes à feu , le pays était en guerre par suite du décès du cabocir; un naturel qui avait acquis par hasard un fusil en fit usage pour tuer de suite trois rois élus, et pour leur substituer un des prétendants, son ami. Le peuple, effrayé de la détonation de l'arme, crut que c’était le fetiche du tonnerre qui avait foudroyé les usurpateurs, et nomma à l’unanimité le candidat du propriétaire du fusil. Le nouveau cabocir montra une intelligence supérieure à celle de ses prédécesseurs, et soumit les villages environnants; il étendit ses conquêtes jusqu’au territoire d’un ancien roi , qui d’abord lui ceda sans coup férir une portion de son royaume, mais qui, eu réponse aux exigences sans fin du cabocir, lit une levée de boucliers , et déclara que le conquérant ne pourrait fonder de nouveaux villages que sur son ventre. Après plusieurs guerres , le cabocir vainquit le roi, le tua, pétrit de l’argile avec, son sang et jeta les fondements de la ville de Dahomey dont le nom , dans l’idiome du pays, signifie village sur le ventre. Des chanteurs ambulants rappellent encore cette tradition. — Il y a a Allada une maison de discipline pour les femmes adultères. Quand un homme influent a des griefs contre son épouse, il s’en plaint au roi de Dahomey, qui la fait enfermer pour le reste de ses jours et travailler à son profit. — Après avoir passé la nuit dans la maison des premiers rois , et reçu le cadeau d’usage , nos voyageurs montèrent dans leurs hamacs, et prirent la route d 'Ouabo. Ce hameau contient à peine deux cents habitants; la maison du roi est la seule qui soit bâtie en argile; les autres ne sont que des carbets en paille. Il est situé presque au nord d’ Allada et à la distance de neuf milles; la route est très-spacieuse et ombragée par des arbres de haute futaie. Apres deux heures de route, ils atteignirent Appi, hameau aussi peu considérable et presque entièrement inondé dans la saison des pluies; à la nuit, ils firent allumer des feux et couchèrent sous une espèce de hangar, entoures de leurs porteurs et de leurs domestiques qui veillaient pour les garantir de l’approche des bêtes fauves. — Au sortir de ce détestable pays, on entra dans un marais appelé Lamas, qui se di-

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rige de l'est a l’ouest. Aucun naturel du royaume de Dahomey ne sait jusqu’où s’étend ce marais , qui rappelle assez les peintures du Styx. I.a boue en est noire, compacte et très-glissante; le* porteurs, quoique munis de bâtons, eurent beaucoup de peine à le traverser. Il n’y a que deux passages pour se rendre de Wliydah à Dahomey; encore sont-ils impraticables après de longues pluies. On rencontre de temps en temps des hippopotames. Le terrain, composé jusque-là d’une argile rougeâtre, changea tout à coup d’aspect à la sortie du marécage. On commença à voir de petites pierres ferrugineuses qui augmentaient de grosseur à mesure qu'on avançait vers le nord , et qui obligèrent les porteurs à chausser des sandales. Le premier village au delà du Lamas se nomme Arjrimé ; il est situé au nordnord-ouest d’Appé, un peu plus grand que celui-ci , mais tout aussi humide, et infesté pareillement d’insectes et de reptiles. La vue était sans cesse bornée par une brume fort épaisse. On ne rencontrait que des cultures de maïs; il y a cependant quelques cannes à sucre, du coton sauvage et de l’indigo. On mit deux heures pour arriver à Calamina, ville très-considerable, située au uord d’Agrimé , sur le point culminant du terrain , qui depuis le marais monte insensiblement : la végétation y est languissante et le sol tout ferrugineux. On pourrait appeler Calamina la ville sainte du royaume : c’est là que le roi vient faire ses dévotions et dicter aux ministres du fétichisme les oracles qu’ils ont à rendre. Il l'habite les trois premiers mois de l’année , et se rend ensuite à Dahomey pour y célébrer les fuuérailles de ses aïeux. On ne peut préciser la population de cette ville, à cause de l'émigration de ses habitants, oui, presque tous, suiveut le roi , soit qu'il se rende à Dahomey , soit qu'il aille a la guerre. Les rues sont assez bien percées, et l’air paraît salubre, Nos voyageurs virent à Calamina un assez grand nombre de maisons détruites par ordre du roi ; et aux portes de la ville, iis aperçurent un malheureux qu’on avait mutilé et pendu par les pieds pour avoir volé un sac de cauris à une jeune bile. Us descendirent chez Wcambodé (trésorier), et peu de temps après ils reçurent une

députation qui les venait complimenter de la part du roi. Son frère était en tète et présidait aux cérémonies d'usage.

Tous se mirent à geuoux et se couvrirent de poussière la tâte, la poitrine et les bras. — Après avoir enlevé les tentes des hamacs par déférence pour le roi, on se remit en route. Le chemin était devenu magnifique. On rencontrait de distance en distance, suspendus aux brandies des arbres, des chiens offerts en sacrifice aux fetirhes, et qui demeurent là jusqu'à ce qu’ils tombent en lambeaux. Les voyageurs durent quitter leurs hamacs pour passer le pont jeté sur le fossé qui borde le mur d'eneeinle, appelé Ahamey. Ce mur est perce de quatre portes, qui font face aux points cardinaux; dans chaque embrasure sont encadrésdeux crânes humains. On lit asseoir M. Uruc et son compagnon sur un tronc d’arbre sculpte; on leur offrit de l'eau a boire , puis on commença les saluts d’usage. Vingt et un coups de canon furent tirés en l'honneur du roi des Français; vinrent ensuite tous les cabocirs , à cheval , précédés de leurs hommes d’armes, de leurs musiciens et de leurs drapeaux, sur lesuels étaient peints, entre autres sujets, es sacrifices humains. AprèsavoirdéGlé trois fois autour d’eux, les cavaliers mirent pied à terre, et commencèrent à danser en tirant des coups de fusils; les gens de leur suite tirent de même, et les interprètes se levèrenta leur tourpour danser devant les cabocirs. Cette cérémonie dura troisquartsd'heure. Une seconde députation du roi vint les prendre alors pour les introduire en sa présence. Accompagné des interprètes, M. Bruë s'embarqua dans une goélette de quinze pieds de longueur environ, construite dans dejustes proportions et fort bien gréeè ; elle était montée sur six roues et traînée par une soixantaine de nègres. Ce navire était l’emblème du commerce : la chambre était encombrée de marchandises précieuses, telles que corail , soieries, verroterie, cowris, etc. Après avoir parcouru l’espace de deux cents pas environ , il aperçut lès murs extérieurs des maisons du roi ; sur le faîledeces murailles, et à la distance de dix mètres à peu près les uns des autres , étaient placésdes crânes humains au bout de petites fourches eu fer. La goélette déboucha sur une grande place ; au centre

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se trouvait une longue poutre plantée en terre, supportantune chaise, sur laquelle on avait fixé , après l’avoir sacrifié , un homme vêtu comme les guerriers. Il faisait face au midi, dans l'attitude d’un observateur. A l’extrémité de la place, et sous un des hangars latéraux au palais , se tenait le roi, assis sur un siège d’argile, couvert de soieries et entouré d’un nombreux cortège. Après avoir fait trois fois le tour de la place, et échangé des saluts avec le roi, M. Bruë et son compagnon débarquèrent de la goélette, et furent introduits; à leur approche, le roi se leva, tendit la main à M. Bruë, et lui exprima tout le plaisir qu’il éprouvait à voir un Français. Il n’avait pas oublié que Whydah était jadis un de nos établissements, et que les Français avaient remis le pays entre les mains de ses ancêtres. Il témoigna le désir d’entrer en relations avec nous. — Guesoh-Apoji , neuvième roi du Dahomey, est un homme de haute taille; il a des formes agréables , et ne parait pas avoir plus de cinquante ans. Aidé de don Francisco , qui lui fournit les moyens de soutenir l’insurrection , il est parvenu au pouvoir en détrônant son frère, que les sujets avaient pris en aversion , à cause de ses vices et de son despotisme. Il le tient enfermé dans son palais et le fait garder à vue ; ses sujets n’en parlent qu’avec la plus grande circonspection. Après s’être entretenu pendant quelque temps avec ses hôtes, il but au roi des Français, à la prospérité de notre commerce à Whydah , puis les congédia. En s’en retournant; ils remarquèrent une chose affreuse qui leur avait échappé d’abord ; tout autour de la maison royale s'élevaient de petits hangars contenant des hommes bâillonnés, et tellement garrottés, que les liens avaient disparu sous l’enllure des poignets. Ces malheureux servaient, pour ainsi dire, de litière à des chevaux ; on attendait le coucher du soleil pour sacrifier hommes et chevaux ensemble.

La ville de Dahomey (1) est bâtie en argile; les habitations sont couvertes en

(i) M. Bruë était muni d'un sextant; il sc procura un horizon arliliricl au moyen d’un baquet qu'il remplit d'huile de palme. La couleur de ce liquide n'était pas tres-favo-

paille comme celles de Whydah ; d’après l'usage du pays, chaque prince régnant fait construire sa demeure; toutes les maisons royales sont renfermées dans une même enceinte, et n’ont qu’un rezde-chaussée : une seule est élevée d'un étage, c’est celle du conquérant de Whydah. A l’époque des coutumes, elle est tapissée de cowris à l’extérieur. La ville est bâtie sur un plateau élevé ; à l’ouest se trouve un bassin d'une trèsgrande étendue et d’un aspect pittoresque , qui fournit l’eau a la ville.

M. Bruë remarqua la maison de castration ; on inflige habituellement cette peine aux chefs des ennemis vaincus.

Au fond du paysage, et à la distance de douze lieues environ , se dessinent deux hautes montagnes, les seules qu’il ait vues. Le climat est très-sain : il ne règne aucune des fièvres qui ravagent le littoral, et dont les habitants de Dahomey sont souvent victimes quand ils descendent au bord de la mer. Tous les arbres, à l’exception de quelques palmistes, ont été plantés : ils sont d'assez belle venue, et produisent une gousse qui , outre la graine , renferme une graisse végétale que les Nègres emploient dans l’apprêt de leurs aliments.

Comme à Agrimé, on y voit le coton , que les indigènes cultivent en petite quantité , et l’indigo sauvage, qu’ils emploient avec succès dans là teinture de leurs étoffes. Les tigres et les hyènes, quoique nombreux, attaquent rarement l'homme : il n’est pas rare de les voir traverser la ville; le tigre est considéré comme fétiche , et il est défendu de le tuer sans nécessité. Le cas échéant , on est obligé de rapporter les moustaches aux ministres du fétichisme. Les perdrix sont très-abondantes. — M. Bruë envoya les radeaux que les anciens commandants du fort français avaient l’habitude de faire au roi , et, sur son invitation, il se rendit auprès de lui pour assister à la coutume qu’on célébrait ce jour-là.

Accompagné de son interprète , il traversa plusieurs cours et entra dans une dernière enceinte. Le roi s’y tenait sous un grand parasol de cinq mètres à peu

râble pour saisir le poinl de tangence de l’astre. II obtint pour résultat 7° i de latitude nord.

agle

GUINÉE

près de rayon , couvert en damas rouge et bordé de bandes blanches sur lesquelles étaient de grossières peintures de têtes d’hommes-et d'animaux ; à dix pas de distance, les eunuques qui l'avaient introduit se prosternèrent en se couvrant de poussière la tête et les bras. Il salua le roi, et s'avança vers lui, précédé de ces malheureux, qui se traînaient sur les mains et sur les genoux. Comme la première fois , le roi se leva à son approche et lui tendit la main. Il le questionna longtemps sur l'état de la France, sur son gouvernement , sur la manière dont nous faisons la guerre, sur le nombre de nos soldats, et notamment sur les moyens que nous avions employés pour résistera l’Europe entière; il lui lit aussi quelques questions sur Napoléon, sur sa taille, sur ses traits : plus satisfait qu’étonné des réponses de M. Bruë, il fit servirde la liqueur, et ils burentensemble à la santé du roi des Français et de sa famille. Puis, ayant fait placer son hôte en face de lui, il donna l’ordre qu'on commençât la fête. Il était vêtu d’un pagne en damas cramoisi broché, avait la tête nue et portait aux pieds des sandales garnies de corail ; il était assis sur un sopha ; une négresse tenait au-dessus de lui une ombrelle de velours doublé en satin blanc. Le vide du parasol était occupé par des soldats-femmes armés de sabres et de fusils; le reste de la troupe , au nombre de huit cents peut-être, était range à la droite du roi. Derrière se trouvaient une foule de concubines gardées par des eunuques , qui portaient sur la tête de petites cornes en argent. Tout auprès du roi, à sa droite, se tenait le minga ( premier ministre ) , entouré des cabocirs ; chacun d’eux était sous son parasol et dans le grand costume de fête : c’était en général une tunique de soie courte et des pantalons de même étoffe à la façon des Maures, s’arrêtant aux genoux. Une partie de l’avant-bras, chez tous, était couverte d’une large plaque d’or ou d’argent, selon le rang qu’occupait le cabocir, courbée en forme de bracelet. A gauche le méhou (deuxième ministre) était entouré d’un nombre égal de cabocirs et vêtu de même. Derrière eux étaient placés en ligne les soldats-hommes, la plupart armés de fusils ; quelques-uns

avaient des arbalètes, d’autres des arcs d'un mètre de longueur et des carquois arnis de (lèches empoisonnées. Le fond e la scène était aussi garni de troupes. Devant nos voyageurs se tenaient des felicheros ( ministres du fétichisme ) ; l’interprète les disait Mandingues : en effet, ils parlaient une langue particulière, et portaient une tige de fer, en forme de quenouille , surmontée de ligures grotesques d'un curieux travail.

Devant les Mandingues, d’autres feticheros agitaient des queues de chevaux toutes les fois que le roi buvait ou éternuait, afin de chasser le mauvais sort qu'on eût pu, disaient-ils, lui jeter dans un de ces moments. Les musiciens occupaient le côté gauche; leurs instruments consistaient en tambours de différentes dimensions , en trompes creusées dams des dents d'éléphants , en une espèce de fifre et en cloches de fer sur lesquelles ils battent avec une baguette. A côté des musiciens paraissaient les ambassadeurs des peuples et royaumes voisins : M. Bruè remarqua ceux du roi d’Onim ( Lagos) et des républiques de Porto-Novo et d’Agué. Enfin venaient les chanteurs du roi, chargés de conserver dans leurs chants la mémoire de son règne. Après qu’ils eurent fait entendre l’hymne en l'honneur du conquérant de Whydah, les troupes commencèrent à défiler; chacun des cabocirs était à la tête des siens, drapeau déployé; suivait l'armée des femmes, puis les concubines du roi, traînant les unes des voitures, d’autres des chevaux en bois de grandeur naturelle, des meubles, des vases, des malles, des glaces, des chaises à porteurs, des orgues de Barbarie, du corail et une foule d’objets européens , pêlemêle. Parmi ces divers objets, M. Bruë distingua un oiseau en filigrane d’argent fort habilement exécuté : c’était l’ouvrage d’un Maure; il y avait aussi des statues sculptées par les Nègres avec beaucoup de goût. Les femmes étaient suivies par les eunuques, et par des hommes porteurs des trophées conquis dans les dernières guerres, drapeaux, boucliers garnis de crânes humains, armes de toute espèce , tuniques, pagnes, verroteries et casques surmontés de créneaux, rappelant la coiffure mythologique de Cybele; à la suite marchaient des

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troupes de musiciens, débris des diverses peuplades détruites. — Le méhou , percepteur des impôts dans la partie méridionale du royaume, précédait le minga, chargé de la partie septentrionale ; ce dernier était escorté d’une troupe de soixante hommes à peu près, dans lesquels don Francisco reconnut des anthropophages amenés en captivité sous les premiers rois de Dahomey, et conservés par leurs successeurs. On a soin de leur donner des femmes esclaves, afin de perpétuer leur race : on se sert d'eux lorsque le roi condamne un chef ennemi il être mangé. A leur tête se trouvait un vieillard , à barbe blanche , qui portail pendue an cou une petite calebasse , pour y boire, sur l’ordre du roi, le sang des victimes : les fonctions de cet homme contrastaient singulièrement avec sa physionomie patriarcale. F.nlin venait au milieu de sa garde, toute composée de femmes, le roi , porté dans un hamac d’étoffe blanche. Le cortège, que suivirent M. Bruë et ses compagnons, se rendit sur la place du marché : là s’élevait un grand échafaudage recouvert en soieries de diverses couleurs. Le toi , l'ayant fait appeler, lui donna en cowris la valeur de dix francs; et après lui ce fut le tour des caboeirs dans l’ordre hiérarchique, puis celui des marchands. Quand le roi eut distrilméses largesses aux principaux du pavs , il monta sur l’échafaudage et se mit à jeter des cowris et du pain de maïs au peuple, qui se rua sur le cortège. On prit ensuite la route du palais où allaient avoir lieu les holocaustes humains. — A l’époque des coutumes, toutes les affaires commerciales et judiciaires restent suspendues, ce qui obligea M. Bruë à prolonger son séjour au delà du terme qu'il s’était fixé. Dans cet intervalle, il eut la visite d’un Maure qui fabriquait des coussins en peau; son interprète lui ayant dit que cet homme venait de l’intérieuret de loin, il lui offrit de l'eau-de-vie et le questionna beaucoup. Tout ce qu’il put savoir de lui, c’est qu’en marchant ■ne lune dans la direction du nord-est, qu'il désigna de la main, on arrivait à une mer d'eau douce sur laquelle naviguent des navires et dont les bords sont habités par des blancs qui connaissent les livres. M. Bruë comprit qu’il voulait lui

parier du Niger, et que ces blancs devaient être des Maures. Cet liomme ajouta qu'il était en relations suivies avec des voyageurs qui parcourent ces contrées; que pour atteindre les bords de cette mer ii fallait traverser des pays inhospitaliers, mais qu'avec des précautions on y pouvait arriver sans crainte.

Le gouvernement de Dahomey est le plus absolu despotisme. Le roi est le seul homme libre ; les chefs , premiers esclaves , sont obligés de paver un tribut annuel qui augmente en raison des fonctions : le minga est le plus fort contribuable, puis le mékou, ensuite les cabocirs , par ordre hiérarchique ; quant aux marchands, ils sont imposés proportionnellement à l'importance de leur commerce. Le roi a droit de vie et de mort sur ses sujets. M. .Brue raconte qu’une nuit le roi le lit prévenir, lui et son compagnon de ne laisser sortir aucune des personnes attachées a leur suite : il avait choisi cette nuit pour l’exécution des délinquants politiques ; ces exécutions se font mystérieusement et dans les ténèbres, et il est interdit, sous peine demort, de sortir; des bandes armees parcourent les rues avec ordre de tuer indistinctement tous ceux qu’ils rencontrent ; le lendemain, en entrant par la grande porte du palais, M. Bruë remarqua deeliaqiie côté et en dehors un parallélogramme bâti en argile, sur lequel étaient fixées les têtes des victimes de ta nuit précédente , au nombre de soixante-quatre. Ces malheureux avaient été immolés sur le seuil , et il fallut que M. Bruë, pour entrer, marchât dans une mare de sang et d’eau-devie. La coutume se célébrait dans une cour; le roi était assis, à l’ombre d'un parasol , sur un trône dont les marches étaient incrustées de verroteries, de corail et de dents humaines. Au-dessus d'un tambour colossal, dont le tour était garni de même, flottait, en forme de drapeau , un grand pagne fait de pièces et de morceaux des différents tissus européens , mélangés avec ceux du pays : le parasol et le tambour étaient, suivant son interprète, l'emblème de la force, et le pagne celui de laricliesse. On dansa, et on chanta les louanges du roi, qui fit ensuite quelques largesses à son peuple. Puis, ayant appelé M. Bruë. ii l’invita à boire

;oog!e

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avec lui. Une femme pendant ce temps lui couvrit le visage d’un voile blanc; les feticheros brandirent leurs queues de cheval , les soldats agitèrent leurs sonnettes; tous se prosternèrent jusqu'à ce qu’il eût fini de boire. Voyant que son hôte regardait les crânes suspendus à son trône, le roi les prit dans sa main l'un après l’autre, et lui lit le récit de chacun de ses exploits ; il le reconduisit luiniéme à son siège, et ils furentà l’instant entourés des princes cabocirs qui venaient faire leur cour ; il y avait parmi eux deux fous dont la ligure était bizarrement tatouée et qui portaient des vêtements tout bariolés. Apres la cérémonie, on introduisit deux hommes couverts d’un pagne blanc, et on les plaça en face du roi. Os hommes savaient qu’ils allaient mourir, mais ils étaient entièrement impassibles , et la présence de M. Brtië paraissait absorber toute leur attention. Le roi leur fit remettre la valeur de cinq francs en cowris et un flacon d'eau-de-vie , afin de pourvoir aux besoins du voyage. Le premier fetichero se pencha à leur oreille, et les chargea de diverses commissions auprès des ancêtres du roi ; on les conduisit ensemble sur un des côtés de l’enceinte, où l’on voyait enfoncé en terre un pieu tel qu'on en rencontre dans nos abattoirs.

On les fit mettre à genoux, et deux hommes de la troupe du minga , armés d’un sabre très-court , leur coupèrent la tête en frappant à coups répétés. Apres l'exécution , les bourreaux chargèrent les cadavres sur leurs épaules et allèrent les jeter daus les fossés qui bordent le mur d'enceinte, gardant pour eux les cowris, les pagues et l'eau-de-vie. Les jours suivants, répétition des mêmes horreurs, avec cette différence que le supplice de la croix remplaça la scène du billot.

M. Bruë vit un arbre qu’on avait dépouillé de ses fruits pour y substituer des têtes humaines. A l’ombre de ces rameaux funebres, le roi fit servir aux cabocirs un banquet d'où les femmes étaient exclues. M. Bruë évalue à plus de mille le nombre des victimes sacrifiées dans ces fêtes de sang. Il put enfin obtenir audience du roi et lui parler d'affaires. Il lui montra la lettre du ministre de la marine qui l'autorisait à prendre possession du fort français de

Whydah. Quoiqu'il ne sût pas lire , le roi en exigea une copie, et investit M. Bruè du commandement du fort ainsi que du village des Français. Les cabocirs vinrent lui faire la réception d’usage avec des danses et des décharges de mousqueterie. Dès sa première entrevue avec le roi M. Bruë avait sollicité la grâce de neuf condamnés à mort, appartenant au village français. Il désespérait de l'obtenir, lorsque, la veille de son départ, il les vit entrer garrottés dans la cour de son habitation, conduits par le méliou et par un détachement de ses troupes.

Arrivés devant sou logement, on les fit agenouiller, et le méliou leur apprit que le roi leur avait fait grâce à sa sollicitation^ il leur adressa une longue allocution pour les porter à la reconnaissance et a une meilleure conduite, et engagea M. Bruë à délier lui-même le premier de ces condamnés; apres quoi les soldats du mehou délièrent les autres. Dans la soirée le roi vint lui faire sa visite, et il fut autorise à partir (1).

Yébou. — J'arrive maintenant à la description dupavset dupeupledes Yébous,

« nation considérable, dont leuomgéné- « râlement inconnu à nos meilleurs irai

■ tés de géographie, se retrouve a peine u mentionne dans les nlus volumineuses

• descriptions de l'Afrique et dans leS « relations de quelques voyageurs, avec

■ une somme ue renseignements qui se « borne à un petit nombre de lignes ,

• sans un seul mot de la langue , des ca- « ractèrcs physiques , aucun de ces reu- « saignements qui peuvent servir à dé- « terminer le classement ethnologique « d’un peuple dans la grande famille hu-

• maine. Le pays n'est pas mieux connu ,

■ à peine est-il indiqué sur les meilleu- « res cartes d'Afrique; et la côte même, a négligée par les hydrographes moder-

• nés , n'est tracée que d’après des re- « lèvements surannés. • Une occasion singuberes’offrit, il y a quelques années, ** à M. d’Avezacde rerueillirà Paris même, sur ce peuple ignoré, des informations qui , quelque imparfaites et quelqué tronquées qu’elles puissent être, ont,

(j) Le rérit du voyage de XI. Brueaété inséré dans les Annales maritimes. Revue colo -

nialc, 1845, septembre, n* si.

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comme il le dit lui-même , sur le peu que nous savions auparavant l'avantage tout ensemble de l'étendue et de la nouveauté : il put interroger longuement un nègre. natif de Yébou , vendu à l’âge de vingt à vingt-deux ans à un négrier, transporté au Brésil, baptisé sous le nom de Joaquin, amené seize ou dix-septans après à Paris par son maître, redevenu libre de plein droit, et depuis ayant servi comme domestique dans diverses maisons. Oclii-Fêkouè, jusqu'à l’âge de vingt à vingt-deux ans, avait mené, comme son père , la vie active de marchand voyageur, et dans ses nombreuses et diverses excursions il avait atteint comme point extrême dans l’est Galô, où l’on débarque pour se rendre à la capitale du Bénin; au sud-est, la ville d 'Owér;it l’ouest, il n’avait jamais dépassé le comptoir de Lagos. Par terre il avait été souvent aux marches des pays limitrophes de Yébou, vers le nord ; il avait donc connu par lui-même toute l’étendue de sa terre natale. On conçoit quels embarras et quelle incertitude accompagnent ces sortes d’enquêtes scientifiques ; aussi est-ce avec défiance que M. d’Avezac nous présente le résumé de ces « conver- « salions vagabondes et morcelées, diffu- « ses et naïves.» Mais nous devons dire, à notre tour, qu’en les mettant en ordre et en les disposant de manière à ce qu’elles Çornposent déjà une esquisse si complète du peuple et du pays des Yebous , M. d’Avezae a fait un travail de critique fort remarquable et propre à servir de modèle dans les ctudes ethnologiques (l);et dans tout ce que j’en conserverai ici je le reproduirai textuellement.

Après avoir, dans une reçue rétrospective, rassemblé toutes les notions antérieures sur le pays des Yebous consignées dans les cartes et autres documents géographiques (2) , M. d’Avezac

(i) La Notice sur te pars et le peuple des Yebous en Afrique forme la deuxieme partie du tome second des Mémoires de la Société ethnologique.

(a) •< Jusqu'au milieu du dix-septième siècle, dit M. d’Avciac, les premiers relèvements des navigateurs portugais se reproduisent de carte en carte à peu près sans variation, tels qu'on les voit dans les éditious de Ptolémée,

l'a décrit à son tour. « Le pays de y é« bou, dit-il, est compris, d une manière

dans la Géographie de Livio Sanuto, ou dans les Atlas de Mercator et de Hondius. Un autre tracé portugais apparait plus tard sur les cartes de Pierre Mortier ( Carte des costes de r Afrique depuis Cabo Corso jusque s à Omorrot levée par ordre exprès des rois de Portugal , sous qui on en a fait la découverte ; Amsterdam ). La côte y est morcelée en îles nombreuses, derrière lesquelles s’étend la graode Lagoa de Curamo; à quelque distance dans les terres, et vers le rio do Lagot est marquée une Cidade do Jubu, et ce même nom de Jubu est répété en petits caractères vers le rivage.

« Les documents hollandais (particulièrement les cartes de Van-Loon , de Robyn, de Loots eide Van-Keulen) forment une autre série, où des relèvements nouveaux sont entés sur les données portugaises ; le nom de Ichoo apparait alors sur la chaîne d’iles, quelque fois réunies en une seule terre allongée, qui s’étend entre le lac de Curamo et la mer. Dapper, copié ultérieurement par Jean Barbot et parle sieur de la Croix ( Relation universelle de f Afri~ que ancienne et moderne ; Lyon, 1688, in- la , tome III, pag. 164 à 166), annonce, dans sa Description de P Afrique t l’existence d’un royaume de Jaboe à l’ouest ou au nord-ouest du Bénin; et Van-Keulen inscrit ce royaume, sur ses cartes, au nord du lac de Curamo.

« Pcul-èlre devons-nous aussi faire une part spéciale à l'école française, qui, indépendamment des données portugaises et hollandaises combinées, semble avoir recueilli de son chef quelques notions de détails, telles que l’indication des villes de Curamo et d'Oay , marquées dès i65G par Sanson, aux deux extrémités de la grande lagune ( L'Afrique en vlusieurs caries nouvelles et exactes ; Paris, i65ô, in-40; carte neuvième). De L'isle réunit tout ce qu'avaient respectivement acquis ses devanciers, même en double emploi (Carte de la Barbarie , de la IVigritie et de la Guinée , août 1 707), et il y ajouta, peut-être sur des lumières empruntées à David deNyeudaal (Lettre du i*r septembre 1701, dans le Voyage de Guinée de Bosman , p. 456), la désignation précise des corsaires d' Uzay indépendants f à leur véritable place : quoi qu'il en soit, les cartographes posiéricurs, hollandais et anglais, la transcrivirent en français dans leurs propres cartes, de même que les indications portugaises et hollandaises se retrouvaient respectivement en ces deux langues sur les caries françaises de Duval et de Sanson» Le grand d’Auville vint à son lour, et 11e fil guère d’abord que re-

GUINÉE

générale , entre le Dahomi à l’ouest , le Bénin à l’est , au sud la mer de Guinée,

au nord le pays d’Eyo. Le long du rivage maritime,” on peut préciser ees li-

produire de L'isle avea ses doubles emplois; plus lard il voulut être lui-même, et if corrigea son prédécesseur, mais avec moins de sagacité qu'il n’y avait lieu de s’y attendre. (Comparez la Carte de la côte de Guinée et du pays , autant qu'il est connu, depuis la rivière de Serre-Lionne jusqu'à celle de Camarones ; juillet 1719, avec celle qui est simplement intitulée : Guinée entre Serre-Lionne et le passage de la ligne, 1775.)

« Enfin arrivent les Anglais, copistes d'abord des Hollandais et des Français ; ils eiplorerent ensuite eux-mêmes ces cotes avec le but exprès d'en faire le relèvement nautique : ce fut le capitaine Archibald Daliel qui exécuta, en novembre 1785, à bord du bâtiment le Tartar, une reconnaissance , combinée ensuiteavec les travaux particuliers des capitaines Joseph Matlhevss et Clemissou , puis complétée dans sa partie occidentale par un levé spécial de l’embouchure de la riviere de Lagos, effectué en 1789 par le capitaine Horseley , deLiverpool : elle fut ainsi insérée dans l’ African Pilot de Laurie, et doit être considérée comme ce que nous possédons de mieux sur la région qui nous occupe. ( Pop. la carte intitulée : A new Survey oftliat part of the coast of Africa comprise between cape yerga and cape Pormoso , en 3 feuilles, dont la première édition est du »5 mai 1789, et qui a été plusieurs fois reproduite depuis.) Les iles de la côte y ont pris l'aspect d'une langue de terre longue et étroite, coupée en certains endroits par des criques peu considérables. Quelques villes anonymes, outre celle de Oddj, s’y trouvent indiquées : le nom de Curamo est renvoyé aux anciennes cartes; celui de Eco ou Ichoo (suivant l'orthographe hollandaise ) est restreint & la ville de Lagos; la grande lagune est appelée lac de Cradoo, et une ville du même nom est marquée, auprès d'une rivière, sur le bord septentrional du lac, ainsi qu’un village de Quassee, à côté duquel débouche pareillement une petite rivière ; à quelque distance au nord, dans les terres, se lit en grosses majuscules le nom de Jaboo. — Voilà dans leur plus grande étendue les notions cartographiques reunies depuis quatre siècles sur celte contrée.

« Joignons-y les indications du petit nombre de voyageurs, tous anglais au surplus, qui ont dit quelques mots relatifs à notre sujet ; Snelgrave est le premier voyageur qui nous parle des Yébous. Des nouvelles du Dahomé , qui lui parvinrent après son retour eu ‘Angleterre, racontaient que le roi Truro-

19' Livraison. (Guinée.)

Audati, profilant de la paix qu'il venait de conclure avec les Joes, avait tourné scs armes contre les Yabous , peuple de l’intérieur ; il s’était porté contre eux, dans les premiers mois de 1731, et avait éprouvé une vigoureuse résistance, pendant laquelle étaient arrivées les pluies de l'bivernage. Faisant alors un dernier effort, le roi de Dahomé était parvenu à déloger les Yébous de leurs retranchements , mais sans être en état de les poursuivre dans leur retraite ; et il avait été forcé de s’en retourner, après avoir perdu la meilleure partie de ses troupes et rompromis sa grande réputation militaire. (Guill. Snelgrave, Nouvelle Relation de quelques endroits de Guinée et du commerce sf esclaves qu’on y fait; Amsterdam, 1735, in-ia, page. 174, 175.)

« Le capitaine John Adams, dont le voyage en Guinée se rapporte à l'aunée r8o3, bieu

Î n il n'ait été publié que vingt ans après, avait ait escale à Lagos , qu’il dit appartenir à un chef absolu qui étend sa domiualion sur deux ou trois villages populeux de la rive septentrionale du lac de Cradoo, laquelle touche au fertile royaume de Jaboo , habité par un peuple agriculteur et manufacturier. « Les Jaboos, ditil, habitent un pays situé entre Hio et Bénin. Ce sont de beaux hommes, qui semblent toujours arriver d’un pays d'abondance, tant ils sont pleins de santé , de vigueur et de résolution; c’est un peuple très-industrieux, fabriquant pour l’exportation une immense quantité de toiles communes de Guinée, très estimées au Brésil , fournissant d’ailleurs à la consommation de scs voisins du gros et du menu bétail , de la volaille , du blé et des cale basses. » (Capitaine John Adams , Remarks on the co unir y extending from cape Patmas to the river Congo, including observations on the manners and customs of the inhabitants; Londres, t8i3,in-8" ; p. 96-98.)

« Plus rapproché de nous de douze à quinze années, bien que ses Notes sur T Afrique aient été publiées quatre ans avant les Remarques d’Adams, George Robertson nous parle comme lui de JaAoo, dont il avait vu plusieurs marchands à Lagos. Il considère ce pays comme une vice-royaule du Bénin , située entre Lagos et le rio Formoso ; et il en présente les habitants comme actifs et industrieux, très-supérieurs à leurs voisins, fabriquant d’excellentes étoffes de coton de douze à quatorze pouces de large, très-recherchées, les unes blünches, d’autres d’un bleu très-solide , quelques-unes de couleur différente, assez bien teintes, sauf

loogle

L’UNIVERS

mites (1). Laville de Lagos (6° 21' nord; I* 2 44' est de Paris ) est la borne du

les jaunes. « Ces gens portent, dit-il, une sorte a de caleçon très-court, qu'ils appellent chooa catoo, et unegraude piece d’eloffe, qui leur a sert de couverture et de inousliquiere pena dant la nuit, a (G. Robertson , Notes on Africa, parlicularly those paru which are iituated beuveen cape Perd and lise river Eongo ; Londres, i8i9,io-8';p. 187, 290, 3oi à 3o3.)

a Bowdich, en 1817, conversa au cap Corse avec un mulâtre qui était allé à Kosie, et dont il reçut des renseignements d’après lesquels , par suite d’une méprise imputable soit i luimême, soit à son informateur, il transforma la ville yéboue de Kosie, sur le bord du lac, en une capitale de royaume sur la rive orientale delà rivière de Lagos, à une soixantaine de milles de l’embouchure. Une autre erreur de sa part fut de prendre pour les Jaboos un peuple qu'il trouvait mentionné dans les observations anonymes jointes à la relation du matelot Robert Adams , sous le nom de Joos, tandis qu’il s'agit des Joe s de Snelgrave, Bios de John Adams et de Rowdich lui même, Ayoes, Eyoes ou Eyeos de Dalzel, Norris, Robertsou, et qu’il est plus exact d’ap|ieler Eyus. ( L'hisloire du Dahomey est pleine de guerres sanglantes soutenues contre ce peuple. ) Les Jaboos , ajoute Bovrdirh, habitent à quarante milles à l'ouest de Kosie , et nou derrière le Cradoo, comme le marque la carte de Noms ( la même que celle de Dalzel) : ils sont renommés par les étoffes qui portent leur nom, et dont les Portugais font des chargements considérables. ( F- Rowdich , Voyage dans le pays tf Aschanlie , p. 3i7-3tgde latraduciion française.)

« Dupuisanommé également Jaboo et Kosie parmi les États du second ordre compris avec le Bénin dans la partie orientale de la grande région de Ouauqârab , d’après les informations qu’il avait reçues en 1820 des traitants musulmans du cap Corse ; mais là se borne tout ce qu'il en dit. ( Jauni, of a residcssçe in Ashantie, p. lij de la deuxième partie.)

« Les nègres Bernard et François, en faisant en 1819 IM. d’Andrada, au Brésil, l’énumération des lieux qu’ils avaient traversés en venant de l’iutérieur de l’Afrique aux comptoirs de la côte où ils avaient été vendus, nommèrent aussi Dhiabuh ou Ghebuh, comme une de leurs dernières étapes. ( Journal des rayages, t. XXXI], p. 3og-3i3.)

• C’est là tout c« que les livres ont pu nous apprendre jusqu’à ce moment du pays et du peuple de Yébou. -

(t) Itinéraire de Clapperton de Badagry à la ville et Eyeo vu de Kctunga, i travers les mon-

couchant. Lagos es t le nom vulgaire donné par les Européens; s’il en faut

tagnes de Kong (i8a5~n6) : — Le 7 décembre 1820, le capitaine Clapperton partit de Badagry ; il remonta en pirogue un brasde la riviire de Lagos , jusqu'au confluent de la crique de Gazie, où iï entra ; il remonta également cette crique pendant un mille et demi, puis débarqua sur la rive gauche. Les bords de ces deux petites rivières sont bas et couverts de roseaux : à l’endroit où il s'arrêta il se lient un marché pour les habitants de Badagry, de Potika et d'autres villes voisines : on le nomme Bawie. Le Gazie vient du nord-ouest, et traverse une partie du royaume de Dahomey ; il a sa source dans le pays nommé Kilo. De Bawie , Clapperton se rendit à pied à Pouka : le chemin qu’il suivit était en partie éclairci; l'herbe haute le rouvrait dans les endroits où le bois était abattu; il paraissait avoir été cultivé. Les forêts étaient touffues , les arbres très-élevés et entremêlés de tant de plan tes grimpantes et de broussailles, ue les forêts paraissaient impénétrables au elà de la lisière. Le pays est bas, le terrain formé d'argile rouge avec un mélange de sable. En sortant de Pouka , il apprit qu’il n'était plus sur le territoire du roi de Badagry, mais dans un canton du royaume d 'Eyeo ou Yourriba ( les Arabes et les Haoussans lui donnent ce dernier nom ), que la capitale s'appelle Katunga, et qu’elle est située à trente journée* de distance. Après avoir traversé les villages d ’lsako , de Dagmou , de Humba, placé au delà d’une petite rivière, et i'Akalou , il atteignit Sado ou Isado. Le terrain entre Humba et Sado consiste généralement en une sorte d’argile rouge. Il doit y avoir des cultures considérables à peu de distance de la roule; mais auprès des villes on n’en voit pas de sufGsantes pour nourrir leurs nombreux habitants. Clapperton jugea qu’il n’était pas loin des bords de ia rivière Gazie; et, en effet, le lendemain, aprèsavoir marché une heure dans les bois, il atteignit la ville de Bidgie, entourée de beaux champs de grains et de bananes, et située sur cette rivière. Elle avait en cet endroit à peu près un quart de mille de largeur, et était remplie d’iles basses et marécageuses et de roseaux flottants. Au delà de Bidgie, la route traversait un long marais desséché, jusqu'au village d ' Alaliobolou. Le pays dès là devenait très-beau , offrant un mélange de coteaux et de vallées ; de temps en temps on jouissait de délicieux points de vue. Il entra bientôt à Labou par une avenue d'arbres majestueux, bordée de maisou* de fétiches. La ville de Labou est grande et

GUINÉE. 29 1

croire Robertson , Awani est la déno- Bonnaventure et la plupart des anciens minalion locale, écrite Ont» par l>enys navigateurs, A unis par Palissot Beau-

située »ur un terrain en pente vers le sommet artwee» pur lie nombreux ruiueaux. Une d’une petite colline. La route continuait à quantité de petites villes se montraient sur le travers des champs de millet , d'ignames, de sommet et dans les enfoncement» des coteaux; calavunreset de maïs. La ville de Djannalt.ois il c'est à leurs habitants qu'appartenaient les arriva ensuite, occupait une situation semblalde cultures de la vallée, A une petite distance de à celle de Lalsou ; la vue s'y étendait fort loia quelques heures seulement de ma relie à che dans l’ouest; mais du cèle de lest elle était V»I, la guerre exerçait ses ravagea : ce n’était interrompue par des bois touffus. Les habitants pa» nue guerre nationale , mais une simple paraissaient polis et industrieux : leur nom- chasse d'esclaves. Au sortir de lleudekla , lire pouvait monter de huit à dix mille ; il ne ce» belles vallées sinueuses étaient bordées de restait plus des anciennes fortifications que blocs énormes de granit s'élevant jusqu'à une la porte et un fossé. Les rues étaient tor- hauteur de six à huit cents pieds, fcn certain» tueuses et étroites. Clapperton visita plusieurs endroils, la vallée n'avait pas trois cents pieds manufactures de tuile et trois ateliers de tein- de large; ailleurs elle s'ourrait ju»qu a avoir turc, dans chacun desquels il y avait une ring- un demi-mille de diamclre. Le terrain quoique laine de cuves ou grands pot» de terre; tout gras, était peu profond, excepté sur le bord était eu pleine activité. L'indigo de ce canton des ruisseaux, où croissaient de grands arbres; est d’excellente qualité. Isa lenimes teignent les flancs des montagnes étaient nus, mais des la toile; les hommes sont tisserands. Le me- creva-ses sortait une quautilè d’arbres diffortier et la navette sont faits à peu près sur mes et d’arbrisseaux. On dit à Clapperton les mêmes principes que ceux dont on use que ce groupe de montagnes commence dans en Angleterre; mais la trame n'a guère que le pays de Borgou, qui est derrière l’Acbauti, quaire (Minces de largeur. Les villages qui et file à l’est à travers le Ojabou jusqu'au Besuccèdeul s Ujannali sont Bntcky , Tduiw , nin. On ignore sa direction au delà. Les mou £«a'. Emadou, Liabot 1 Ekway tous situés au tagnes courent de l oucsl- nord -ouest à IVst* sein d'une forêt inaccessible; on y arrive par sud-est, et ont à peu près quatre-vingts nulune avenue que défendent trois rangs de palis«a- les de largeur du nord au sud. — Au delà de des avec des portes étroites en claies et uneseule Dafjou, ville de quinte mille âmes peut-être, entrée. A Liabo seulement il y avait un mur en la route serpentait entre deux montagnes; en terre et un fossé ajoutésaux palissades. En sor- descendant on marchait sur des pierres et des tantd’Ekwa, les voyageurs traversèrent une ra- rochers raboteux; des blocs immenses de grauit vi ne profonde et remontèrent de l'autre côté sur étaient suspendus sur la télé du voyageur. Au le haut d'un plateau, où ils virent Engwa et bout d’un demi-mille, Clapperton et ses compa- A four a. Le pays était ouvert et offrait une suc- gnons arrivèrent à Djèsin% village situé au pied

cession de collines et de vallées : dans les ter- de cinq rochers très hauts et lrès-eacar|>és ; de

reins élevés, de gros blocs de granit perçaient grands arbres l’entouraient; un ruisseau le la surface de la terre; les plaines étaient traversait : au delà la route, toujours montant parsemées de cocotiers femelles et couvertes et descendant, continuait à serpenter entre d'une herbe haute et longue qu’on avait brû- les montagnes jusqu’à Oucza. Entre Ouexa et

lée récemment eu plusieurs eudroib. La vue Tchiadou s’étendait un vaste plateau douce-

du haut des coteaux , en sortant d'Afoura, ment incliné, bien cultivé et arrosé. Tchiadou

est superbe; toutes ies-vallées sont arrosées était entouré d'un mur et d'un fossé, et en

par des ruisseaux qui coulent au nord-ouest, dedans de cette enceinte, d'uue rangée d'arbres en se dirigeant vers une grande rivière qui se très-rapproebé» les uns des autres. Au sortit jette, dit-on, dans le Lagos. Ils s'arrêtèrent à de cette grande ville, la route devint plus dif Asseulah , et éprouvèrent toujours la même ficile ; c'était un passage rude et raboteux, resobligeance de la part des habitants, qui pou- serré entre 1rs montagnes. Le sol eu cet cuvaient être au nombre de cmn à six mille. La droit est formé d’une lionne terre végétale ,

ville était entourée d’un fossé creusé récem- qui u’a que peu d’épaisseur; le granit qu'elle ment à cause de la guerre. Suivait le village recouvre perce en plusieurs endroils. A Mad'/taUia , dans un très-beau pays ; puis As- ton i , ville dont le nom signifie laisse-moi seuly soudo , ville murée, de dix mille habitant*; 1a difficulté de la route augmenta encore. Ce et Teltotc/io, entre des rochers rocailleux. même défilé les conduisit a Eraoua , puis à Toutes ces vallée» rocailleuses qu’ils iraver- Ouachou. Au delà de ce dernier village, les saient étaient cultivées dans beaucoup d’en- montagnes étaient plus hachées que celles droits co coton, grains, ignames et bananes, et dont ils sortaient; on eût dit que quelque

L'UN1VERS

vois et Landolpiu, et Ahony par de Flotte; quelques-uns écrivent aussi Ho -

grande convulsion de U nature avait bouleversé ces énormes masses de granit ; la route avait un caractère de majesté imposant, tantôt montant presque perpendiculairement, tantôt descendant entre les rochers dans des gorges profondes, puis serpentant agréablement autour des flancs d une montagne esrarpée, sous les blocs qui menaçaient de les écraser; et dans chaque crevasse où il y avait un peu de terre, on voyait des cabanes entourées de petits champs de millet, d’ignames ou de bananiers, qui prêtaient une charmante variété aux traits austères du paysage. Le chemin continua à monter ainsi jusqu’à Tchaki, ville très-peuplée et située sur le sommet le plus élevé. Le cabocir de Tchaki apprit à Clapperton que le Niger ou Kouarra , après avoir passé dans le Djàbou, allait se jeter à la mer, dans le Bénin, mais qu'il coulait sur un lit de rochers ; que le ftorgou n’est qu’à une journée de route à cheval , dans le nord-nord-ouest, et que les montagnes dans lesquelles ils voyageaient traversaient le Ghoun-

Fa , qui est à trente-cinq jours de distance à ouest- nord -ouest de Tchaki, qu’elles se prolongent ensuite parlcBorgou, i’Yourribaet le Labou jusqu’au Bénin; mais qu’il ignorait leur direction ultérieure. Ce cabocir jouissait d’une grande autorité auprès du roi d’Eyeo,et avait une vaste étendue de pays et plusieurs villes considérables rangées sous sa juridiction. — En ursuivant son voyage, Clapperton traversa village de Fellah, dans un très-beau pays ouvert et en partie cultivé , Aoura , Bayou , Kouso , grande ville ceinte d'un double mur, qui, presque appuyée vers l'est à d'âpres coteaux de granit , s'étendait fort loin dans la plaine. Au delà de Kouso, U route qu'il suivit était parallèle à la ligne des montagnes jusqu’au delà de Yabou; A marchait à l’E. j N. Le pays entre Yabou et Kmoukosou est une belle plaine ’ bien cultivée et remplie de villages fellatahs. Partout où il passait Clapperton recevait un accueil triomphal ; le bruit s’était répandu qu’il venait rétablir la paix entre les esclaves du Haoussa et le roi de Yourriba. Ces esclaves, révoltés depuis deux ans, occupaient Lori, grande ville éloignée seulement de deux jours de Katunga , et inspiraient une vive terreur aux Yourribani. — A Lcdouli , Clapperton vit une file de montagnes qui se dirigeaient de l'E. | S. K. à l’E. II s'arrêta à Aggidiba. Le pays offrait encore un aspect de belle culture, mais les habitants avaient pour la plupart abandonné leurs demeures, à cause îles fréquentes incursions des Haoussaui révoltés.

nt. s ; le capitaine Horseley ( 1/ujot and Us channels, 1789 ) nous l’a appelée

Au sortir de ce village, il traversa une foré* d’arbres difformes et chétifs; le chemin était de sable mélé de cailloux. Après avoir passé par trois villages, dont deux avaient été incendiés par les Fellatahs , Clapperton entra dans Akkibosa, ville entourée d'arbres en dedans des murs, et après deux heures et demie de marche, dans Adja, ville murée égalementet ceinte d'une allée d’arbres intérieure. Une plante grimpante et semblable à la ronce montait jusqu'à leur faite, d'ou elle redescendait , formant ainsi une défense impénétrable, si ce n'rst contre les serpents ; et comme elle est toujours verte, il n’est pas possible de la brûler. Les maisons étaient éparses sur une grande étendue de terrain; on pouvait évaluer la population à quatre mille âmes. l.uko est à une heure et demie de distance d'Adja ; c’est aussi une grande ville murée. Le pays était bien cultivé en grains , ignames, etc. , et entremêlé de coteaux en pente douce et de vallées. Au bout du même temps, Clapperton entra dans la ville orientale de Sa/ou. Il y en a trois de ce nom, rapprochées les unes des autres, et à peu prés de même grandeur. Celle de l’ouest est seule murée. Le pays eutre Loko et les trois Salou est peu cultivé et couvert de forêts épaisses ; le sol est composé d'une argile rouge et de gravier , avec de gros morceaux de pierres ferrugineuses , qu’on croirait avoir subi l'action du feu ; car elles sont criblées de petits trous, produits peut-être aussi par l’eau qui aura enlevé les particules tendres. Dans ce canton, Clapperton recueillit la fleur à beurre de Mungo-Park : quand cet arbre fleurit, il est presque dépouillé de feuilles;- ce n'est que quand les pluies ont cessé qu'il se revêt d’un feuillage touffu. La Heur a huit pétales et huit divisions du calice; elle est d'un jaune pâle. Laydou est à une heure et demie de Salou. — Lt-Iiorgou n’est qu a une journée de Laydou; les habitants de ce pays viennent souvent enlever ceux des villes voisines de Laydou pour les vendre. — Le pays des environs de laydou n’est que peu cultivé ; les forêts sont éclaircies ; le sol offre une argile rouge mêlée de rognous de pierre ferrugineuse , aucun n’ayant plus de trois pieds de grosseur de chaque côté. La route passait ensuite parlesvillagcs de Leogalla, peuplé de Fellatahs, de Bongbong, tl'Acepa , grand et populeux, ceint d'uuealléed'arbresquedes plantes grimpantes épineuses rendent impénétrable, excepté aux portes , où l’on a ménagé un passage étroit. A unedemi-lieure de la ville murée de Namah , Clapperton passa le Djeffi ou ÔApura , rivière

GUINÉE. 293

Eco, et c’est ainsi que la désignent les Yébous. Mais elle n’est pas de leur do-

qui va je jeter dans le Kouarra, auprès de Niffï. Le premier village où il entra au delà était Lcobadda, situé à une heure et demie des bords de la rivière, à l’est d’une rangée de rochers brisés, semblable à un mur immense. Ce chaînon granitique se dirige du nord-est au sud-ouest, et s'élève de cinquante à soixante pieds au-dessus de la plaine; il va rejoindre les collines du sud et de l'est. Leobadda est à une journée seulement de route à cheval de Katunga et deKiama, capitale du Borgou. Elle renferme environ cent cinquante maisons, contenant chacune trente à quarante habitants. Le pays était bien cultivé à une petite distance hors de la ville, le chemin boisé, mais les arbres petits et difformes. Clapperton vit ici, pour la première fois, le petit acacia tortu. Le sol offrait une argile rouge. 11 passa par plusieurs villages que les Fellatahs avaient récemment détruits ; et , après s'ètre rapproché de la chaîne de rochers, il entra dans la belle vallée qu’ils bordent, plantée de grands arbres touffus et de bananiers, et parsemée depelouses verdoyantes et de nappes d'eau. Au delà de celte jolie vallée, il franchit une autre chaîne de rochers, et arriva bientôt à Tchow , pauvre ville, comptant au plus quatre mille habitants. A une heure du village d'Atchoran, par un chemin sinueux et boisé, il rencontra une rivièrequi coule vers le Kouarra , éloigné seulement de trois journées ; et peu de temps après l'avoir traversée,

I «léj xajllÇ»!

de katunga ou Eyeo. La vallée qui l’en séparait s'étendait à perte de vue à l’ouest; la vue, à l'est, était interceptée par un rocher immense brisé en gros blocs , avec une cime de forme bizarre. La ville d’Eyco , nommée Katunga dans la langue du Haoussa, est située par 8°59' de latitude nord , et 6“ ia' de longitude est de Greenwich. EUe est bâtie sur le penchant et autour de la base d'une petite chaîne de collines granitiques qui forment en quelque sorte la citadelle telles sont composées de blocs prodigieux de granit gris, de l’espèce la plus tendre. Le terrain sur lequel est placée la ville censiste en argile et en gravier mêlé d’une espèce de sable produit évidemment par la décomposition du granit. Une ceinture d'arbres rapprochés fait le tour de la ville en dedans des mura , qui sont en terre , hauts d'une vingtaine de pieds, et entourés d'un fossé à sec. Leur Circonférence est de quinze milles et de forme ovale : son diamètre était de quatre milles dans un sens et de six milles dans l’autre ; l’extrémité méridionalcestappuyée contre

maine : elle appartient au Bénin , qui lui applique le nom de Kordme, où il

le coteau , qui de ce côté forme une barrière inaccessible ; il y a dix portes. Les maisons du roi et celles de ses femmes occupent à peu près une surface d’un mille carré et sont au sud des collines ; elles ont deux grands parcs, l’un devant la façade et l’autre tourné au nord; elles sont bâties en terre et ont des toits en chaume, comme celles du littoral; des sculptures couvrent les portes et les poteaux qui soutiennent les vérandan. Ces figures sculptées représentent le plus souvent le serpent boa tenant un cochon ou uue antilope dans sa gueule , des hommes de guerre faisant des prisonniers, et quelquefois un cavalier conduisant des esclaves. On voit aussi dans les cours des statues d’hommes et de femmes. Il y a sept marchés différents qui se tiennent tous les soirs; ils s’ouvrent généralement vers trois un quatre heures. Les principales choses ex|iosées en vente sont des ignames, du grain, descalavances (à la Jamaïque on domiece nom au haricot rouge, phattolus sp/tœroipcrmus),det bananes, des ligues bananes, du beurre végétal, des graines de coloquinte dont on mange en uantité, des confitures, des chèvres, des poules, es moutons et des agneau x , et aussi des toiles fabriquées dans le pays, et divers instruments d’agriculture. Une petite chèvre coûte quinze cents à deux mille cauris; un gros mouton trois à cinq mille ; une poule cent cinquante à deux cents; nue vache vingt à trente mille, un esclave de première qualité quarante à

iTÏÏl

mille ; les ignames coûtent quatre mille cauris le cent ( deux mille cauris équivalent à une piastre forte d’Espagne). Le troua ou natrou est apporté du Bournou et expédié à tous les points de la côte pour y]étre mêlé avec du tabac en poudre ; ou s’en sert aussi comme médicament.

Le royaume d 'Yourriba s’étend de Pouka dans le sud, qui est à moins de cinq milles de la mer, et de Lagos et Juidah du même côté,

C|u’au dixième degré de latitude nord ; il est né au nord-ouest par le royaume de Dahomey, compté parmi ses provinces tributaires; au nord par les pay s de Kelto et de Maha ; au nord-est par le Borgou ; à l’est par le Kouarra ou Niger; au sud-est par l’Accoura, province du Bénin à cinq jours de distance ; au sud et à l’ouest par le Djaboû (ïéboû ). Les tributaires sont le Dahomey, l’Alladaib, le Badagry et le Maha. Depuis la côte de la mer jusu’à Tcholcho (8° 8’ de latitude nord et 4° a' e longitude est), le pays s'élève par une pente douce. Le sol , comme on i’a vu , consiste en

L’UNIVERS

est aisé de reconnaître le Curamo des an* sa métropole par la langue de terre re*-

ciens relèvements portugais, comme Eko serrée entre la grande lagune et la mer ;

représente le /cAoodes hydrographes hol- mais dès longtemps les Yébous se sont

landais. Autrefois Koràme était unie à emparés de cette langue de terre , dont

une forte argile ronge et en terre végétale, cabocir» et des hommes attachés à leur per-

Partout où les forêts o’ont pas été éclaircie» sonne; or, en admettant cent cinquante hum*

on peut les regarder comme impénétrables, mes pour chaque cabocir, on ne voit pas que

Les arbres sont de grande dimension, et cou- les troupes soient aussi nombreuses que le»

verts d'un feuillage très-touffu. — De Tcho- anciennes relations le marquent. Toutefois

tcho à Koussou s'étend une chaîne de mon- . l'armée de Yourriba est bien aussi forte qne

lagnes granitique», courant de l’ouest-nord- celle d'aucun autre royaume d'Afrique. — D’a-

uuesi à l'esl-sud-esl. Ces montagnes sont en près le lémoignage du capitaine Clapperlon ,

granit gris, dépourvues de végéialiou, et for- les Yourribaui sont uu des peuples de l’Afn-

ment des masses coin innés; elles s'élèvent à que chei lesquels les traits earaetèristiqiie»

quatre et huit cents pieds au-dessus du niveau de la race negre sont le moins prononcé» :

des vallée», qui sont étroites, sinueuses , ar- leurs lèvres sont |ieu épaisses; leur ne» se rap-

i osée» par des ruisseaux innombrable», et bien proche sensiblement de la forme aquilme. Le»

cultivées; le sol y e*t conqiosé d’un terreau homme» *onl remarquablement bien faits et

noir peu épai». — De Koussou à fcyeo le ont un maintien aise; les femmes ont géné-

pays est moins montueux ; les mont» sont dis- râlement moins de grâce que le» homme», s» us

posés en groupes interrompus et irréguliers, doute parce qu’elles sont plus exposées au so-

se dirigeant principalement du nord- est au leil et qu’elles travaillent davantage, sud-ouest , et comme détachés violemment de De Kalunga Clapperlon se dirigea sur la cbaine par quelque grande convulsion de la Boussa, lieu où Mungo-Park périr, comme on

nature; le granit qui le» compose est plus sait. Il eut à traverser d’abord le» village»

tendre, et ses partie» se désagrègent à l'air, d'Assina cl de Tcluhv. il voyageai I par de 1res-

Le» vallées situer» entre ces montagne» s’élar- mauvais chemins, coupés et traversés de ravi-

gissent en plaines à mesure qu’elles avanrent nés profondes et rocailleuses. Le village d'Algi,

vers le nord. — Dans la région moutueuse qu’il rencontra emuite, n’appartenait plus au

les arbres sont épais et peu nombreux , bas et royaume de Yourriba , mais à Yarro , chef ou

difformes.— Le* chevaux y sont dé très-petite sultan de Kiama , petit Etat du Borgou. Le

race, et rares; 1rs bœufs , qui présde la côte pays enlre Algi et Ouataiou était cultivé en

sont également de petite taille, deviennent aux beaucoup d’endroilsen coton, ignames et maïs,

approches de la capitale aussi hauts de taille et offrait une succession de collines et de

ri ceux d’Angleterre. On y voit des moutons vallée» : ce» collines sont en général basses et

l’espece ordinaire parmi le» autres especes rocailleuses; la roche est un grés à grains

propres à l’Afrique, qui y sont toutes repré- fins. A quinze minutes de ce dernier village,

semées: descochons, des canards de Barbarie, Clapperlon arriva sur les bords du bloutsa,

des poules, de* pigeon» et quelques dindons, rivière qui servait autrefois de limite aux

Le» naturel» disent que l’hyène et le léopard royaumes d’ Yourriba et de Borgou; on lui

sont très-communs, et qu’ou trouve aussi des dit que c'était la même qu'il avait déjà passée

lions dans quelques parties du pays. — Lea au nord des montagnes de Tchôw , et on lui

ignames , le mais , le millet et les tchallots ; les renouvela l’assurance qu’elle se jette dans le

fruits, tels que le» orange», le» citron», les Kouarra, en face de Nyffé, et près de Bakah;

poires, les pommes, croissent en abondance son fit est trés-rocaiileux ; quand elle est

par tout le royaume. On cultive surtout le co- pleine, sa largeur e»t à peu pré» de quatre-

tonnier, et son produit est converti en toile, vingt-dix pieds. ( Second voyage dans tin-

C'est la seul objet de trafic, avec les eir teneur de l'Afrique , depuis le golfe de

(■laves; on l’échange avec les habitants de la Bénin jusqu’à Sackatou, par le capitaine

cdtecontre du labac.dii rhuqi, du drap d’Eu- Clapperlon, pendant les années s8a5, a6et

rupe et d’autres marchandises. — Legouver- 17 , traduction de MM. Eyriès et de La

uement de l’Yourriba est héréditaire; c’est un Renaudière, t. Ier, p. t-iaa. Comparez 1’/-

despotisme absolu, chaque sujet étant consi- tincraire des frères Lânder, qui croisèrent

dére comme l'esclave du roi ; mais il est doux plusieurs fois 1a route du capitaine Clapper-

et humain dans la pratique. La seule distinc- ton : Journal d'une expédition entreprise dans

tion de rang qui existe est celle de cabocir, le but sC explorer le cours et l'embouchure du

c’est-à-dire de gouverneur d’une ville ou d’une ffiger, traduit par madame Louise Sw. Bell oc,

province éloignée. L’armée est composée des t. I".)

l’extrémité orientale a été envahie par les pirates Ottyt 5; et Koràme est restée isolée au bout lie la grande lagune, continuant à recevoir du Bénin son gouverneur ou chef politique. C’est aux terres voisines, à l’ouest, qu'appartient le nom d 'Awanee, de Robertson , prononcé Agouani par Ochi-Fékouè, et compris avec Arada, Agbaddghi ( le Badagry des cartes anglaises ) , f- ida ( Whidah des Anglais r Juida des anciens traitants français ). et d'autres places plus éloignées, dans les possessions de la nation Igoû , à laquelle appartiennent aussi Ma hé et Dagarni ( le Dahomey vulgaire ). »

La borne orientale du Yéboû, sur l’Océ.m, est la ville de Omâhé, dont la position est marquée sur la copie rectiliée de la carte de Dalzel, jointe par M. d'Avezac à son Mémoire, par 6® 4' nord et 2" 82' est de ■Paris. Entre Lagos et Oddy ou Odé (6° 18' nord, et 2" T 44" est), eu suivant le bord de la mer, on distinguesix hameaux ou okoü, dont j’ai donné les noms plus haut, d’après M. le comte E. Bouët , mais que M. d’Avezac, suivant la prononciation d’OchiFékouè, écrit un peu différemment : ibéyo,Obâie, Ochôro , Lekè, Chiriôn, Esé. AprèsOdé, on ne rencontre plus ni ville ni village jusqu’à Om&hé. On met deux jours pour se rendre par mer de Koràme à Odé; et en repartant d’Odé à cinq heures du matin on atteint Omâhé vers deux heures aprèsmidi. Après l’avoir dépassée, on entre dans le domaine d 'Iwère ( Owère, Owyhère, Ouarre, Awerri des cartes et des relations); c’est le pays du peuple Ichékré : on y trouve d'abord un petit hameau appelé Echln, qui n’a que huit habitants ; un peu plus loin est Yakwâ, où l’on en compte line cinquantaine; et tout au près, Oubobi, qui peut en avoir trente. De douloureux souvenirs avaient gravé ces trois noms dans la mémoire d’Ochi-Fékouè : c’est près d’Echln qu'il avait été surpris par les pirates Ouyé; on l'avait débarqué devant ce misérable village, puis conduit à Yakwâ, où il était demeuré quatre iours; et c’est à Oubobi qu’il avait été livré au négrier brésilien. Tous ce» lieux habités sont échelonnés , le long de la mer, sur la langue de terre allongée que les Yébous appellent Jkbikoû, et qui se trouve découpée en Iles par plusieurs ma-

rigots qui la traversent. — Sur la grande terre, vis-à-vis et à deux heures de d istance de Odé, qui lui-méme est à une demiheure du rivage , se trouve Oumakoù, chef-lieu d’un petit district habité par la nation Idokô, à laquelle appartient aussi une autre ville appelée Ebigkl : c'est l’extrémité orientale des possessions yéboues en terre ferme. A partir de là s'étend, à l’est, la province dltsobé ( appelée Sooba par le capitaine Becroft), dépendante i'Jbinl , c’est-à-dire de Bénin ; tandis qu’au sud-est , vers Iwère, sont des terres vagues, où lés pirates Ouyé exercent leurs déprédations.

« Nous avons aejà dit, ajoute M, d'Avezac, que ces pirates sont les corsaires d 'Osa , de David de Nyendaal ; peut-être ce nom leur venait-il de Osa, qui est la dénomination employée par les Yébous pour désigner ce que nos cartes appellent lac le Cradou. Ce lac s’étend d’ouest en est , depuis Ekô ou Koraine jusqu’auprès d'Oumakoù. Sur sa rive septentrionale s’échelonnent, à partir du premier de ces deux points, nombre de villes et de villages, dont les principaux sont Kroudoù , Ikosi et Ekpè. De Koràme à Kroudoù il faut compter dix heures ou dix-sept milles environ ; de là à Ikosi sept heures ou onze milles; d’Ikosi à Ekpè dix heures ou dix-sept milles; d’Ekpé à Oumakoù onze heures ou dix-neuf milles. On peut se rendre d’Ekpè à Omâhé, par Oumakoù, en suivant les canaux intérieurs : cette route exige trois jours, et l’on met quatre journées de plus pour atteindre Ouloû-Iwére, capitale d’Ichékrl, vers le sud-est, et quatre jours pareillement, en allant d’Omâhé vers l’est pour arriver à Gato, d’où l’on se rend par terre, en deux jours, à Edda, capitale d’ibinl : Ochi- Fékouè avait parcouru lui-méme cette dernière route dans un voyage qu’il fit vers 1810, en compagnie de son frère.

— Ibinl est un grand royaume duquel dépendent les provinces d’Issobô et de Eonre ; au delà est le pays ou royaume de Ekbàn ou Ikbén , ainsi appelé dans le Bénin, mais que les Yébous nomment Ikotobé, et les Chekri Ekalapd ; la capitale est la grande ville de Ogotôn , qu’il nefautpasconfondreavecGatodu Bcnin.

■< Indépendamment de la série des villages que nous avons signalés sur le

L’UNIVERS

rivage maritime d’ikbékoû, on en peut citer quelques autres sur la rive septentrionale, ou même au milieu de ces terres insulaires : ainsi l’on voit, en face de la grande ville d'Ekpè, (le village de bouko ; et sur le marigot qui est en face d’ikôsi, le village de Boûghiyè , renommé dans tout le pays pour le nombre et la supériorité de ses embarcations. »

M . d’Avezac essaye ensuite d’apprécier l’étendue du pays de Yéboû vers le nord. Les seuls renseignements que lui aient fournis à cet égard les conversations d’Ochi-Fékouè consistent dans l’indicationjde deux villes frontières, Oyôgwo et ikrékoû, au delà desquelles commence le territoire d 'Inongô: Inongô ( Anagoo et Inago de Robertson, NagoU de Pr.

de Pommegorge et de Bonnaventure , Eyeos de dapperton et de Lânder) est une grande nation à laquelle appartient le pays de Éyo, dont la capitale est Ooù, ainsi que le pays de Ibômm, appelé Kakandd par les Haoussans. Au delà d'Inongô est Ftùwii, puis Takpwà (qui est le i\'if/é ou Noufi des Haoussans); et enfin l/aoussâ, grand pays où s'arrêtaient les notions géographiques d'Ochi- Fékouè.

« En partant de Kroudoû, vers lenordest , on rencontre à une petite journée /gdtt,d’où l’on se rend, en trois jours, daus le district d'Oukbô; le chef-lieu, Ouki-Akbô, est une grande ville située à trois jours de distance d’Ekpè; et Oyôgwo n’est guère que d’une heure plus éloignée. De la, en un jour, on arrive à Akbelé, qui appartient à la nation Ekbd-lkéya , dépendante d’Inongô. — D’un autre côté, en partant de Kroudoû pour se diriger vers le nord, on atteint, après une grande journée, le territoire de la nation F.remô, dépendante de Yéboû : la première-ville qu’on rencontre est Jkboré; puis une marche de deux grands jours conduit à O ko, et il faut encore deux très-fortes journées pour arriver à ikrékoû, toujours sur les terres d'Eremô. Au delà, quatre à cinq heures de marche suffisent pour se rendre à Ekbomàto, ville d'Inongô, laquelle est elle-même à trois journées d’Oukbô.

A trois journées plus loin que Ekbomôso se trouve Ekboumoû, grande ville de marché, qui appartient à un frère du roi de Yéboû. ^ramritir'nr

« Si l'on attribue à la journée de marche une valeur moyenne de quinze milles géographiques en ligne droite, on en pourra conclure que la ligne des frontières, du côté d'Akbelé, passe à environ soixante-dix milles de Kroudoû et cinquante-cinq milles d’Ekpè; et que du côted’Ekbomoso elle passe à environ quatre-vingt-cinq milles de Kroudoû et autant d’Ekpè. On pourra approximativement déduire de ces données, pour la superficie totale du pays , une mesure vague de cinq cents lieues carrées , au maximum.

« La position de la capitale Odè- Yéboû, estimée approximativement, est de 6° 48' de latitude nord, et de 1° 54 ' de longitude à l’est du méridien de Paris.

Ochi-Fékouè nomma encore plusieurs villes sur la position desquelles M. d’Avezac n’eut point l’occasion ou le loisir de lui demander de renseignements; en voici du moins les noms : Ùké-.4kà(\ie\i de naissance de son grand-père ), Odomoïld, /pi, ./tou, Erounwo, Ichové, Noforiyd, Ilokô, Oné, Oroubô, Iké :

pour cette dernière seulement il Qt comprendre qu’elle était à deux ou trois heures de marche à l’est d’ikôsi.

« Parmi les dépendances de Yéboû, M. d'Avezac compte encore le district de Owivoû, habité par la nation Egbvà ; après une guerre de six ans, qui finissait à l'époque où Ochi-Fékouè fut emmené en captivité, et qui avaiteu pour cause la possession disputée d’un canton limitrophe desdeux pays, Obbà Owwoû, fait prisonnier, avait été conduit à Odè- Yéboû , et son domaine réuni au territoire yéboû. Cette réunion avait-elle été définitive? Ochi-Fékouè l’ignorait; il ne put même apprendre à M. d’Avezac où est situé le canton d’Owwoû (1).

( i) • Ce nom, ajoute M. d'Avezac, n’e*t cepen- « ùant pas tout à fait inconnu en Europe, non « plus que celui de la nation Egbra : dans la <1 troisième partie du petit Vocabulaire t.yo, « dont il a recueilli Ica élément» à Sierra- « Leone, le missionnaire John Raban a con- « signé le renseignement géographique sui-

- vant : Yoruba est la dénomination générale • d’un grand pays contenant les cinq divisions

- que voici , rangées dans l’ordre de leur m>- « portance : i° Oyo ; a° Eg’hwa ; 3“ lbarupwa ; « 4° Ijéliu ; 5» Ijéca (prononcé Ijétcha). Owù > est uue grande ville de Yoruba ( The Ejo

GUINÉE

« D'après tous les renseignements qu’on vient de parcourir, on peut, ce semble , se former de la disposition géographique du pays de Yéboûune idee generale, où se grouperont, autour d'un noyau territorial portant spécialement le nom de Yéboû : à l'est Idokô, dont le chef-lieu est Omakoû, au nord Eremà, dont le cbef-lieu est Ikbaré, et peut-être à l’ouest, peut-être au nord-est, Egbvd, dont le chef-lieu est Owwoû.

« Le pays est extrêmement plat et uni sur la côte, et des montagnes proprement dites ne s’y montrent qu’assez loin dans l’intérieur.' Cependant sur la langue de terre même que les indigènes appellent Ikbékoû se font remarquer quelques dunes , notamment auprès de Sa-

• y ocabulary compilai by the ra>. John Ra- « ban , ont of (ht nùssionariet of the church « miuionary Society in Sierra-Leone ; trois « parties, Londres, 1 8 3o, 3 ■ , 3a, in-i g; part . 3*, a p. 10). Mais ceci demande quelques éclair « ossements : on sait très-bien par Clapperlon .. ( Second expédition, p. ng) que Yarriba

• est le nom donné par les Arabes et les Haous- •< sans au pays et au peuplefyo; Ochi-Fèkouè « ne connaissait point cette dénomination gc- « nérale : pour lui Êyo est le nom du pays

• occupé par lanatioa Inongo, ayant pour roi « ObbàOyo, et la ville de Ooû pour capitale; « Egbva est la nation dont le pays aussi bien que « la capitale sont appelés Owwoû ; Ibaroupwa « lui est inconnu sous' cette forme, mais lui « parait devoir être Gwaroüpa ; Jjcbu est son « propre pays , que nous écrivons ici, d'après « sa manière de prononcer , Yéboû-, enfin

• Ijètchaest pour lui iyéta, qu'il m'avait plu- « sieurs fois désigné avant que le petit btre a de Kaban me fût tombé entre les mains. — a Mais quel est l'emplacement géographique . d'Owwoû, nous l'ignorons encore; cepena dant , peut-être nous est-il permis de cona jecturer que cette ville est la même que a celle dont Richard Lânder nous parle sous le a nom de Wow, au commencement de son a Deuxième noyage. D'après les explications a de Clappertou sur les limites du Yarriba du a côté de Badagry, Wow appartient bien a certainement à cette grande contrée (Lana der, Journ. of an expédition to explore a the Niger, t. Ier, p. 58. — Clapperlon, Sea coud expédition, p.’ag et 87) ; et son hoa monymie est frappante avec Owwoû. Mais, a d'un autre côté, f.kba-Ikéya, vers Akbélé, a ne serait-il pas identique à Egbva > Nous a sommes forcé de rester dans l'incertitude. »

bouko et de Hoûghiyr,oii elles reçoivent le nom de nké ou montagne. — Quant à celles de l'intérieur, elles font partie de la grande chatuegranitique traversée dans l’ouest par Clapperton, à qui l'on apprit qu’elle prenait naissance dans le Bor-

ÊI10Û, et se continuait à travers le Yéoû , jusqu’au Bénin. C’est , d'après la description de ce voyageur, un granit gris surgissant à travers un sol argileux rouge, couvert d’une couche de terreau noir mêlé de sabledans les parties qui avoisinent la mer. On y trouve, suivant les indications d’Ochf-Fékouè, des mines métalliques riches et nombreuses, où l’or se rencontre en grosses pépites, et l’argent en abondance, mais sans valeur et sans utilité aux yeux des naturels; les mines de fer leur sont beaucoup plus précieuses, et le cuivre, rare chez eux , se paye plus cher que l’or même.

« Des rivières nombreuses, mais qui ne paraissent pas très-considérables arrosent et fertilisent ce territoire. La plus importante est celle de Ochoù', qui vient de très-loin dans le pays d’Éyo, où elle est appelée ichery ; elle est déjà grande à F.knomôso, plus grande et inguéable à Oulibo; elle traverse Lremô, etdebouche à Kroudoû. Une autre est celle de Orné,

£36310^0610, passe à Onè, à Idokô, elle prend le nom, et débouche à Ekpè. Dans l'intervalle, une troisième, plus petite, passe près d’Oroubô et débouche à lke. — Ces divers cours d’eau se jettent dans ce que les géographes appelaient autrefois le lac de Curamo, et qu’ils nomment aujourd’hui le lac de Cradoo, mais que les Ycbous appellent uniquement Osa ou lac, par opposition à la mer, qu’ils appellent moloukot î, et aux rivières, qu’ils appellent outô. Un peu au-dessus de I3 ville de Oumakod , Osa éprouve tout à coup un rétrécissement tel que trois barques ne pourraient y passer de front ; c'est dès lors une véritable rivière , et son nom spécial est Efrd. Peut-être le même nom reparait-ilà l'ouest du lac, pour la rivière qui passe à Ardra, et à laquelle la carte de Dalzel applique improprement la dénomination de Lagos, mais que d’Anvillc appelle Eufrat, et Denys Bonnaventure trop classiquement Euphrate.

— D'autres rivières communiquent du

L'UNIVERS

5!>fl

lac à la mer è travers Ikbékod, ainsi qu’on le voit sur la carte de Dalzel; la plus connue de celles-ci est Outà-Jioûghinè. Au temps des pluies solsticiales et de l'inondationqu’elles amènent, l’eau de Osa s'écoule en une vaste nappe pardessus les terres basses d'Ikbékoû.

« Tout le long des rivages court une berge sablonneuse couverte de mangliers rabougris, par-dessus lesquels on aperçoit au loin des arbres élevés, à têtes rouges, surtout entre Ekpè etOumakod.

Il existe en outre dans le pays de belles forêts, et nous savons d'ailleurs que le terroir en fertile, que le maïs et les calebasses sont exportes pour la consommation des populations voisines.

« Les conversations d'Ochi-Fêkouè lirent comprendre à M. d’Avezac que sa terre natale produit en abondance (es bananiers à gros et à petit fruit (le musa paradis iaca des botanistes, plantain des Anglais , okbà ibroin des indigènes, et le musa saplentum, appelé dans le pays okbà oghéde), le cocotier, le chou-palmiste, l’oranger, le citronnier, la canne a sucre, l'ananas, la patate, le manioc, l’igname, le piment, lamalaguette, l’ôbi, qui n’est autre que le fameux cola ou gourou des voyageurs européens; l'indigo, le coton, et bien d’autres végétaux utiles, sur lesquels il ne put donner d’indications assez précises. — Quant au régne animal, il signala, entre les mammifères, de nombreux hippopotames, le lion, le léopard, l’éléphant, des singes et des guenons de divers genres, notamment une sorte d’orang qu’il appelle inoki ; des pangolins, des porcs-épics, des hérissons, des rats en quantité; et parmi les animaux domestiques, le cheval, rare dans le pays , si ce n’est dans la provinced'Idokô', l’âne, lechien, léchât, ie cochon , et de grands troupeaux de bœufs, de chèvres et de moutons; parmi les reptiles, des caïmans monstrueux, des tortues de terre etde mer, descrapauds, des grenouilles et des serpents de diverses grandeurs, dont le plus remarquable, appelé ère par les indigènes, doit être un python de la plus grande taille; ils en ont un autre, connu au Brésil sous le nom de surucucu, et qui parait appartenir au genre Eryx, et un autre moins grand, noir, avec la gorge jaune. Parmi les oiseaux , il donna à reconnaître l’au-

truche, la cigogne, le flammant, le héron, le perroquet gris, le pigeon , la poule, le canard, la spatule, le pélican; parmi les insectes , l’abeille , qui donne aux naturels la cire qu’ils vont vendre aux comptoirs européens, et le miel qu'ils savourent à leurs repas; l’incommode moustique, le scorpion venimeux, l’industrieuse termite, et les innombrables fourmis rouges ou noires, grandes ou petites. Entre les poissons, il ne désigna d’une manière précise que le requin , par son nom portugais de tuberao, et

fiarmi les mollusques, l’hultre, qui pulule dans le lac sans que les riverains aient l'idée d’en manger.

* En prenant son informateur pour un type de sa nation, M. d’Avezac nous dépeint le Yéboû comme un homme d’une taille moyenne, bien constitué, d’un noir brun, ayant le nez plat et large, les lèvres grosses et saillantes, les dents supérieures inclinées en avant, les pommettes proéminentes. Mais le caractère le plus remarquable de la face est un front partagé en trois compartiments verticaux, dont l’un est en retrait sur les deux autres, ou plutôt ce sont lesdeux os temporaux qui font une saillie très-marquée sur l’os frontal, en avant duquel ils forment comme un bourrelet de trois à quatre lignes d’épaisseur. Les cheveux sont crépus et laineux, comme dans la plupart des races nègres. L’angle facial ae lui parut pas très-aigu (l). Le caractère moral semble fort doux; et quoique l'intelligence d’Ochi-Fêkouè fdt peu développée, les renseignements qu'il fournit à M. d’Avezac dénotaient chez ses compatriotes un degré d’aptitude et d'activité qui s’accorde avec ce que les voyageurs avaient rapporté des habitudes industrieuses et de la richesse territoriale de ce peuple. Les denrées dont il approvisionne ses voisins, les étoffes qu’il fabrique en si grande quantité, et qui révèlent uue habitude perfectionnée de la filature, du lissage et de la teinture, déposent en effet de la supériorité relative à l’égard desnations limitrophes. La résistance qu'éprouva de la partdes Yeboûs le grand guerrier dahome Trouro-

(i) Par les soin» de M. de Wainvitle, Ocbi- Fêkouè fut moulé au Muséum royal d'hiitoire naturelle.

GUINÉE

Audati, et la conquête qu’ils firent de la lisière maritime qui obéissait autrefois au Bénin, sont en même temps des preuves de leur bravoure.

« La langue des Yébotls (1) offrit à M.d'Avezac, dès les premières questions qu'il adressa à son nègre, les noms de nombre de un à dix, eniièrement conformes à ceux que Bowdich avait rapportés de la langue Eyo ; et son informateur lui apprit que les Éyos parlent en effet une langue si voisine de celle de Yéboû , que les deux nations peuvent converser ensemble sans difficulté; il put aussitôt se convaincre lui-méme de cette étroite affinité rn comparant les mots qu’il recueillait de la bouche d’Ochi- Fëkouè, au petit vocabulaire yourribani compris dans {'Appendice du Second voyage de Clapperton ; et depuis il en eut de nouvelles preuves concluantes encore et plus multipliées en examinant les petits vocabulaires et spécimens de langage évo recueillis à Sierra-Leone par le révérend J. Raban. Il n’en est pas de

(i) M. d'Avezac recueillit un vocabulaire d'environ huit cents mots de celte langue , plus quelques phrases , trop peu nombreuses pour y trouver les éléments d'une analyse, et par suite d'une esquisse grammaticale de cet idiome. Ce travail d'analyse offrait d’autant plus de difficulté qu'Oclii-Kékouè avait une connaissance trop grossière du français et du portugais pour exprimer dans l’une ou l'autre de ces langues une forme grammaticale correspondante à celle que lui eût fournie sa langue maternelle. Mais à l’aide de rapprochements que lui fournirent les petits livres de Raban, en tenant compte toutefois des différences probables de dialectes, M. d’Avezac put entrevoir déjà le mécauisme général de la langue yéboûe. D'après ces données, il traça un premier canevas conjectural de grammaire pour servir de thèmeaux vérifications à venir: il forme avec le Vocabulaire l’appendice de son savant travail. M. d'Avezac communiqua ce vocabulaire à la Société de civilisation africaine de Londres, pour être compris dans le Vocabulaire comparatif imprimé sousce titre Outline of a Vocabularj of a Je v of lhe principal languagct of i vejlern and central Africa, compilcd for lhe tue of the Niger expédition ; Londres, 1841, in-18 oblong; volume qui offre un iulérèt de

£lus en reproduisant les Spécimens of african \nguagesde mi stress Hannah Kilham , imprimés à Sierra-Leone , et devenus très-rares aujourd'hui, ajoute M. d’Avezac.

même pour la langue de Béni, qui parait appartenir à la même famille, mais qui présente des différences beaucoup plus tranchées : en sorte que, d’après les indications d'Oehi-Fêkouè, il y aurait lieu de former des divers langages similaires répandus en ces contrées deux groupes principaux , dont l’un comprendrait les dialectes yébotl , êyo et leurs ramifications (I), Vautre les dialectes béni , ebbô et leurs annexes. Le domaine territorial de cette famille linguistique est borné au nord par la langue haousô, à l’ouest par la langue igotl, qui renferme les dialectes de Dahomé, ne Mahé, et de ce qu’on appelle vulgairement la côte des Esclaves. Sous le rapport euphonique, la langue yéboû peut être considérée comme une des plus douces qui soient au monde ; les voyelles y abondent, et il est à cet égard remarquable que ( sauf peut-être quelques rares et douteuses exceptions), non-seulement tous les mots, mais même toutes les syllabes sont terminées par des voyelles’; les consonnes n'offrent dans leur prononciation aucune rudesse, et plusieurs s'articulent avec une sorte de mignardise qui les rend difficiles à saisir et plus difficiles encore à exprimer graphiquement par des lettres de notre alphabet. Il est un caractère particulier que M. d'Avezac a cru découvrir dans cette langue, et qui pourrait fournir aux linguistes un curieux sujet d’études, si au lieu de simples conjectures il eût eu à présenter une affirmation précise : c'est la nature essentiellement monosyllabique qu’elle lui parut offrir dans sa composition, • non que les mnno- • syllabes s v montrent distinctement au « premier abord ; mais il semble qu’une « analyse intelligente puisse retrouver « dans les polysyllabes une série d’élé- « ments monosyllabiques, tantôt simple- « ment juxtaposés , tantôt euphonique- « ment contractés. Est-ce une racine « modifiée par des affixes ou des sut-

(1) « D’après Clapperton ( Second expedi- « lion, p. i3a, 143, <84), dit M. d'Avezac, tel « langages de Wawa , de Rousss et du Niffé - sont des dialectes de la langue du Varriba,

« c’est-à-dire Èyo. Mais sont-ils plus voisins de « celte dernière que de celle de Béni? C’est « une question que l’élude comparative desvo- « cabota 1res peut seule résoudre. >

L’UNIVERS

• fixes inséparables qu'il suffit de dé- « pouiller de ces augments pour mettre

• en évidence le monosyllabe originel ?

« ou bien chaque polysyllabe se décom- « pose-t-il en divers éléments radicaux, « tous significatifs, tous séparables, et « se groupant entre eux au gré de l’idée « complexe qu’il s’agit d’exprimer? »

M. d’Avezac est porté à préférer la seconde opinion, par la facilité avec laquelle il putdécomposer en monosyllabes significatifs quelques phrases très-courtes recueillies de la bouche d’Ochi-Fékouè, et dont chacun des éléments lui était déjà connu par son emploi dans d’autres locutions.

Après s’étre occupé des éléments fondamentaux du classement ethnologique, c’est-à-dire du caractère physique et moral de l’individu et du langage, M. d’Avezac observe les époques et les accidr ntsde la vie, en enregistrant, dit-il, les détails que les souvenirs d’Ochi- Fêkouè lui avaient procurés sur les formes que revêt, chez les Yéboûs, chacun des actes solennels.

« La mère, en travail, est entourée, assistée des matrones de sa famille ou du voisinage, qui reçoivent le nouveau-né, et lui nouent le nombril à peu près comme nos sages-femmes.

Mais, à la grande différence de nos habitudes, l'accouchée demeure pendant six jours étendue sur ses nattes, enveloppée des mêmes pagnes, ayant à côté d’elle son nourrisson , sans recevoir ni prendre elle-même aucun soin de propreté; enfin le septième jour l’appartement est nettoyé de fond en comble , et les cendres même sont enlevées du foyer et jetées à la rivière ; on appelle un alasé ou prêtre, afin d’accomplir la cérémonie de l’imposition du nom au nouveau-né. L’alasè frotte d’abord d'huile de palme la tête de l’enfant ; le panierdnns lequel les cendres ont été emportées devient alors pour un instantson berceau , et on l’asperge d’une quantité d’eau suffisante pour lé nettover , après quoi on le rend a sa mère. L'alasè , délayant dans sa bouche quelques grains de sel, prend de nouveau Tentant, et, lui soufflant sur le front quelques gouttes de salive salée , l'appelle tout haut du nom que le père lui a d'avance fait connaître.

« L’allaitement dure un an au moins; il se prolonge assez souvent jusqu’à cinq ans ; la raere porte son nourrisson tantôt sur son bras, comme les nourrices d'Europe, tantôt grimpé sur son dos, les bras passés autour du cou , les jambes serrées sur les lianes et assujetti au moyen d’une pagne nouée. — Quand vient le temps du sevrage, elle substitue à son lait une bouillie claire de mais, et bientôt cette espèce de pain ou de gâteau de maïs qu’on appelle ouri. — L’enfant n'a point un berceau séparé; il dort près de sa mère, enveloppé de pagnes. Quel que soit leur sexe, les enfants vont absolument nus jusqu'à l’àge de quinze ans, qui est celui de la puberté.

« Arrivé à l’âge de six ou sept ans , le Yéboû subit la double opération du tatouage et de la circoncision : la première, nommée elld, est commune aux deux sexes; la seconde, ou/ôn, n’est pratiquée que sur l’homme, et n’a point d’analogue pour la femme. David de Nyendaal, dans Bosman, dit qu’au Bénin on pratique sur la femme rescision d’une petite portion du clitoris.

L'une et l’autre sont faites, moyennant salaire, par un artiste dont c'est la profession spéciale, et qu’on appelle a/dkita : il emploie à cet usage un instrument dont la lame courte, large, à double tranchant, et bien affilée, ressemble beaucoup par sa forme à celle d’un grattoir de bureau ; elle est assujettie dans un manche de bois mince et arrondi que l’opérateur tient dans la main droite entre le pouce, l’index et le doigt du milieu , comme nous tenons nous-mêmes une plume a écrire. — La circoncision est d’ordinaire une institution religieuse accompagnée de cérémonies où intervient le sacerdoce; rien de semblable n’apparalt chez les Yébods : aucun alasè ne préside à l’opération. — On sait que le tatouage est une sorte d’insigne uniforme pour tous les individus d’un même peuple et différent de peuple à peuple, de manière à servir entre eux de caractère distinctif. Il consiste en un certain nombre d’entailles plus ou moins profondes à des places et dans un ordre déterminés. Les indications de cette nature ont une importance ethnologique dont les voyageurs n’ont point en général tenu assez de compte.

GUINÉE. 301

Voici les renseignements que M. d’Avezac tient d’Ochi-Fêkouè sur la disposition de ces marques caractéristiques chez les diverses populations africaines qu’il a connues. Et d’abord , Yéboû luiméme, ainsi que Erémo, qui en dépend, a son tatouage national, composé de six raies longitudinales partant du bas-ventre et s’élevant jusqu'aux mamelles, où s’arrêtent les deux médianes, tandis que les autress’épanouissentsymétriquementen se contournant sous les aisselles. — Idokà, tributaire de Yéboû, se fait autour du cou une double rangée de petites entailles obliques, parallèles entre elles dans chaque rangée, mais inclinées en sens inversexd’unc rangée à l’autre. — Egbwd, autre tribu de Yéboû, se distingue par cinq ou six longues incisions verticales sur chaque joue , depuis les tempes jusqu'à la mâchoire intérieure.

— Béni, ainsi que Èônrè qui y est compris, a plusieurs entailles verticales, depuis quatre jusqu'à huit, au milieu du front; plus une longue raie depuis le creux de l’estomac jusqu’au bas-ventre.

— Itsobô , tributaire de Béni , et Ouyô, qui semble n’étre que la partie restée indépendante du meme peuple, se font trois entailles partant du coin de l’œil et rayonnant sur la tempe. — Ikolobé ou Ekbôn , dépendant aussi de Béni, se marque le front d’une raie horizontale au-dessous de laquelle sont entaillés de petits traits perpendiculaires, courts et rapprochés. Les habitants de Kordme n'ont point de tatouage; mais ils se reconnaissent à leur tête rase, au sommet de laquelle reste intacte une mèche de cheveux. — Ichekri non plus n’a aucun tatouage. — La grande nation Inongô a pour insigne quatre entailles horizontales de chaque côté de la bouche. — Ibômo, ou Kakanda , qui eu est une dépendance, a les mêmes entailles, plus profondes et prolongées jusqu’à l'oreille. — Le peuple guerrier des Fi- Idni, dont la couleur, au lieu d'être noire, ne peut mieux être comparée qu'au rouge-brun de nos meubles d'acajou, a adopté la même disposition de traits incisés; mais chez lui ce ne sont que des raies fines et légères. — Takpwd,

ui habite au delà d’inongô, porte une ouble entaille diagonale de l'oreille à la bouche, entrecoupée d'incisions ver-

ticales depuis le nez jusqu’à l’oreille.

— Hàousti , plus éloigné encore que Takpwâ , porte devant l'oreille cinq ou six traits horizontaux s’allongeant successivement jusqu'à une dernière incision qui s'arrondit pour remonter jusqu’au coin de la bouche. — En revenant à l’ouest, se présente la grande nation Jgot i, dont le tatouage consiste en trois petites incisions verticales, dont une sur chaque pommette et l'autre sur le milieu du front. — Telles sont les diverses marques nationales que les Yéboûs ont occasion de connaître chez eux ou autour d’eux (I).

« Le mariage est très-souvent la conséquence de fiançailles contractées dès le jeune âge, c'est-à-dire vers sept ou huit ans. — L’alliance des deux fa-

(i) « On peut voir, dit en note M. d’Ave-

• zac, dans le journal de M. OldGeld (Nar- « ratine of an expédition into the inlerior « of Africa, t. I",p. 3ao, ett. II, p. «36, 3a3 « et suivantes), des détails de même nature « sur les populations dont il est ici question;

■ mais il y a des différences notables entre x ses indications et celles d’Ochi-Fékoué. U’a-

• prés M. OldGeld, la marque nationale d'Ib- « Dodo (lbomno) est une incision longitu- « dinale depuis l'angle extérieur de l'oeil jns- « qu’à la bouche. Dans ms autre endroit, il dit « que ce sont six ou sept lignes courbes tirées de « l'angle extérieur de l’œil à la lèvre inférieure. « Celle des Nonfanchis ( Takpwa ) se compose « de trois lignes courbes sur chaque joue, a .et généralement deux autres sons l'omoplate « gauche. Haoussa porte comme Bornou p'u- « sieurs lignes , quelquefois huit ou neuf, ti « rées de la pommette au menton. Yarriba et

■ le pays traversé par la branche du Niger ap- « pelée Ado ont des incisions qui de la bouche a rayonnentsurlajoue.Les Fellatahsne te tan louent pas, et considèrent les nations tatouées x comme de condition inférieure. — Il est rex marquable que l'on trouve dans le Voyage

• de Denham et Clappcrton le portrait a'une « femme de Nyffé dont le tatouage ressemble « beaucoup mieux à la description d’Ochi-Fèx kouè qu'à celle de M. OldGeld. — Adams « (p. 75, 116 et «33) indique le tatouage

< de Dahomey, celui de Bénin et celui des « Hibos ( Ekbon ) d'une manière qui n'est

< pas entièrement conforme aux souvenirs « d’Ochi-Fèkouè. Dahomey n’a, d’après lui,

« qu’une seule raie verticale au front ; Bénin

• porte la Ggure d'une feuille triGde sur chax que tempe, et trois longues raiessur leven-

L’UNIVERS

milles ayant été négociée par des amis communs, les parents du petit garçon vont faire à ceux de la petite fille la demande formelle de sa main , et stipuler le douaire que le fiancé apportera à sa fiancée. Quand les conventions sont arrêtées et le jour fixe pour la cérémonie, on se réunit de nouveau dans la maison de la jeune fille, où l'on fait venir un attisé, porteur de la noix deôbbi destinée à consacrer l'irrévocabilité de l'engagement. Il prend successivement pour les réunir la main du petit garçon et celle de la petite fille, en disant au premier : éVirobiriuii onrayarê, « celle femme sera Ion épouse; » et à celle-ci : IViràkunewi onrokorê , « cet homme sera Ion mari. » Et ayant coupé en deux la noix de Obbi, il en présente à chacun d’eux une moitié, qui est aussitôt mangée : l'alasê se retire, et les deuxfamilles se séparent. A partir de cette époque, la mère du fiancé va souvent visiter sa petite bru , qui reçoit d’elle beaucoup de cadeaux ; et les deux enfants jouent souvent ensemble. Quand les fiancés ont atteint quinze ou vingt ans, ou qu’il s’agit d'un mariage entre adultes , le garçon vient trouver les parents de la jeune fille, pour la leur demander, saut à régler alors les conventions matrimoniales , s’il n’y a pas été déjà pourvu par des fiançailles. Le consentement obtenu, il se rend avec toute sa parenté chez sa future épouse, où l’on appelle en même temps un alasè, et où l’on se met a manger , boire, jouer, danser, jusqu’à ce que le

« tre, au-dessus du nombril; les Hibos ont « un grand iiombred incisious perpendii'iilai- « rea sur lesdeux tempes. — Happer (p. 3i4) « dit que les habitants d’Ouwerre sont mar-

• qués de trois incisions , une sur le front et « les deux autressur les tempes : c’est, d'uprès « Ochi-Fêkouè, le tatouage de la nation tguù.

• Le portrait d’uueje.une bile de Vida , que je a dois à l’obligeance du capitaine de frégate « Kouet, ne montre cependant que l'incision

• verticale du front David de Nyendaal (dans

« Bosman, p. 470-473) parle de l opérafion « du tatouage au Bénin comme d'une simple « fantaisie, sans autre règle que le caprice « de l'opérateur : ce qui (tarait une erreur u évidente. L’étude de ces curieuses distinc- « lions nationales est encore une des parties « les plus négligées, et cependant les plus tm-

• portantes de l'ethnologie africaine. »

moment de la retraite soit venu. Alors l 'alasè prend de l’eau, y trempe un rameau de oroûnou, ou basilic, et en asperge le front des mariés : il prend ensuite leurs mains qu’il réunit en leur disant alternativement ; Ayakbo, ayalo , onrayarê, onrokorê, « Mari, femme, c'est ton épouse, c'est ton mari. » Et l'époux alors emmène sa femme dans la maison de son père ou dans la sienne propre, s’il en a une; le lendemain, toute la famille, tous les amis se réunissent chez le mari, et se livrent aux plaisirs de la danse, du jeu, dy la table, comme dans toutes leurs fêtes. — La polygamie étant admise par les lois et lés mœurs , les mêmes cérémonies se renouvellent à chaque mariage. On conçoit que la dépense de ces fêtes, et surtout l'obligation de constituer un douaire a chaque épousé, doit restreindre dans de justes bornes cette faculté de posséder plusieurs femmes dont quelques États voisius offrent des exemples monstrueux. A Yéboù , le roi u’eu a tout au plus qu’une cinquantaine; les plus grands personnages de l’État n’ont guère que le tiers de ce nombre; la plupart des gens du peuple se bornent à une ou deux. — Le divorce est aussi admis chez les Yéboûs : il entraîne le payement du douaire et le remboursement à la famille de l'épouse répudiée de toutes les dépenses que les fiançailles et la noce ont pu lui occasionner. C’est une restriction a l’abus autorisé; toutefois, malgré cette barrière, ledivorceest fréquent , parmi les riches du moins.

« I^s Yeboüs ont parmi eux, pour les soigner dans leurs maladies, des médecins qu’ils appellent otoû-chigou, d'apres les ordonnances desquels ils prennent tel ou tel ekbôghi , ou médicament. — Les maladies graves les plus frequentes chez eux sont ; 1 ayàno pardko ou la petite vérole, que I on guérit au moyen de cataplasmes composés, appliqués très-chauds : cette médication a généralement beaucoup de succès, pourvu qu elle soit pratiquée dès l’origine du mal. 2* Ébà ou la pulmonie. La toux ordinaire, qui constitue le simple rhume, reçoit le norade ôkbà. 3 "Élougô, ou la lièvre, plus fréquente chez là femme que chez l'homme : on la soigne en se chauffant à un grand feu , et en buvant l'infusion chaude d'une plante

GUINÉE

appelée Éwi ôloukezé , dont Ochi-Fêkouè ne put désigner a’analogue parmi les plantes qu’il avait vues soit au Brésil , soit en Europe. 4» Oyànou, ou la dyssenterie ; on la combat en mangeant de la banane cuite sur les charbons ardents, et irempée dans une sauce composée d'huile de palme et de la peau même de la banane carbonisée et broyée. 5» Olôkouroun , ou l’hydropisie, contre laquelle il n’est pas de remède. — Les Yéboûs ne sont point étrangers à l’emploi des moyens chirurgicaux-, l’usage des ventouses scarifiées est frequent: on se sert pour cela de petites courges creusées , dont on fait l’application après y avoir introduit une petite mèche allumée, formée de quelques débris de vieille calebasse bien imprégnée d'huile. Les oloû-chigos pratiquent, en quelques cas, des operations qui exigent une certaine habileté et des instruments appropriés, que l’Europe seule peut leur fournir : armés d'un couteau bien affilé et d’une scie très-fine, ils ne craignent pas de faire des amputations, et le succès justifie d'ordinaire leur audace. Dans les cas ordinaires, ils guérissent les blessures par la simple application d’une pâte formée de poudre a tirer délavée dans du jus de citron.

C’est une véritable cautérisation dont l’effet est aussi prompt qu’assuré.

« N’ayant que leur mémoire pour constater le nombre des années de leur vie, les Yébods ignorent assez généralement leur âge précis. Cependant, autant qu’Ochi-Fékouè en pouvait juger, la durée moyenne de la vie de ses compatriotes devait se traduire pour nous en un chiffre assez élevé, et les exemples de longévité ne sont pas rares : il estimait que son grand-père était mort à environ cent quarante ou cent cinquante ans, sans qu'il y eût lieu de considérer cette vieillesse comme un phénomène bien extraordinaire. Mais la cécité est chez eux la compagne ordinaire d’un grand âge.

« Quand survientun décès, les parents et les amis du défunt se réunissent dans la maison mortuaire , où l'on voit arriver aussi un àgounè ou serviteur du roi, chargé de percevoir les droits du fisc, et un odôgo ou sacrificateur. Le corps est d’abord lavé avec du savon et

une décoction de feuilles A'olôson , sorte de cocotier ijaca au Brésil); après quoi on l’enveloppe dans des pagnes blanches roulées comme les bandelettes des momies égyptiennes; dans cette opération, les bras sont collés le long du corps, et ramenés sur le devant, de manière à ce que les mains soient jointes et les deux pouces attachés ensemble.

On continue de rouler pagnes sur pagnes jusqu’à ce que le corps ait acquis ainsi un gros volume, proportionné d'ailleurs à la richesse et à la puissance du personnage; on le dépose en cet état sur son lit; les assistants le pleurent à grands cris, et ne le quittent plus jusqu'à la fin des funéraillrs , qui durent trois à quatre jours pour le commun des citoyens , et jusqu’à huit jours pour les riches. Chaque soir et chaque matin, de nombreux coups de fusil sont tirés à la porte de la case, et les journées se passent à boire et à manger autour du cadavre. Enfin, le moment de l’enterrement étant arrivé, on appelle un alasè ou prêtre, et l’on commence la danse des morts; une large fosse est creusée dans la salle de réception , le corps est mis dans une biere ou grand coffre de bois et porté dans la fosse, où il est immédiatement couvert de terre, s'il s’agit d’un pauvre plébéien : mais si le défunt était un riche personnage, on y met plus de façons, et tafosse reste ouverte jusqu’atrois jours,

firndant lesquels continuent les salves, es festins et les danses funèbres. Le dernier jour est celui des sacrifices, et pour un homme d’un haut rang les victimes sont des esclaves ; c’est Odôgo ui leur ôte la vie. Il en avait été sacrifié eux aux funérailles du ladekè Ochi- W6, grand-père d'Ochi-Fékouè ; leurs fosses furent creusées au seuil des deux portes de l'appartement, l’une vers la cour, l’autre vers le jardin, en travers et en dehors de chaque porte. On termine les funérailles en recouvrant de terre les fosses ouvertes. Alors Ainsi choisit pour lui une chèvre , Agouni de son côté en prend une seconde , et Odôgo a pour sa part un bouc. La famille tue un bœuf pour régaler les assistants; après ce repas final, on reprend les danses, on se promène par la ville, et l’on se sépare enfin. — Les mé-

304 L’UNTVERS.

mes cérémonies ont lieu pour les femmes, au prorata de leur fortune et du rang de leur famille.

« Les Yéboils s'habillent en général des étoffes qu'ils fabriquent eux-mêmes : ce sont des tissus de coton dont la matière première est fournie par le sol ; dans chaque famille , la récolte , la filature, le tissage, la teinture, sont l’occupation habituelle des femmes ; et l’on sait déjà que la quantité des toiles ainsi fabriquées est considérable et fait l'objet d’un commerce d’exportation , non seulement pour les contrées voisines, mais pour le Brésil même, dont les navires viennent à Lagos chercher une marchandise si estimée des populations d'origine africaine transplantées en ces parages lointains. Les couleurs les plus fréquentes sont, après le bleu et le blanc, le jaune, le rouge, le cramoisi et le vert, soit unis, soit bariolés. Une simple pagne nouée sur les hanches est le costume habituel des hommes dans leur intérieur; au dehors ils portent une sorte de culotte large et courte , appelée chouko-toû, et les riches remplacent par une grande robe ouverte la pagne nouée laissée au vulgaire. Pour les femmes, c'est également une pagne qu’elles portent , mais plus ample, roulée autour du corps , et retenue par un mouchoir noué en ceinture au-dessous du sein. — Les tissus de lin apportés d’Europe ont sur ceux de coton, dans l'estime des Yéboûs, la même supériorité que nous leur reconnaissons. — Nos étoffes de soie unies ou brochées , nos plus beaux tissus de luxe même ne sont point inconnus à ces peuples, et les riches portent dans leurs jours de gala de magnifiques vêtements. Le velours , le satin, le brocard, sont employés à composer le costume du souverain. — La chaussure, négligée par le vulgaire , est réservée aux gens comme il faut : ce sont des espèces de sandales ou de pantoufles appelées lagoUigô ; une chaussure plus distinguée, qui parait ressembler à nos galoches , se nomme saka; c’est celle que porte le monarque dans les cérémonies; et elle est alors d’or massif, d'une extrême lourdeur, ce qui imprime à la marche du prince une lenteur forcée conforme à l'étiquette pour de telles solennités.

— La coiffure est très-variée : le menu

peuple conserve la tête nue , ou bien il se contente du botibôti, simple calotte fabriquée dans le pays; les plus aisés préfèrent Ÿakadè, ou bonnet, et I ’akorô, ou chapeau de paille, indigènes; aux gens distingués il faut le bonnet de laine rouge , et aux plus riches le chapeau de feutre à grands bords, apporté d'Europe. Le chef des prêtres porte une sorte de toque sans bords. Quant au roi, sa coiffure est élevée en forme de tiare et d’une grande richesse ; elle est composée de grains de corail rapprochés et montés sur un fond de cuir enamoisé ; au sommet est une toulfc ou houppette de torsades d’or. — Le corail est un des objets de parure les plus recherchés : la grosseur des grains et leur quantité sont parmi les Yébods, comme chez nous les diamants , un élément d’appréciation du rang et de la fortune; les grands en portent des colliers depuis un jusqu’à quatre rangs, descendant jusqu’au nombril ; le roi en a un grand nombre.

Ce monarque a même pour ses jambes un revêtement de corail appelé schaba, analogue aux knémides ou ocrées des anciens, aux noXouxiai des Grecs modernes. — Outre leurhabiilement usuel, les Yéboâsontpourcertaines professions ou certaines fonctions des costumes officiels dont la forme et la couleur sont déterminées. Ainsi, l’habit des prêtres est blanc, formé de deux grandes pagnes, dont l’une ceint les reins et l’autre est drapée sur la tête. Celui des ambassadeurs se compose d’une pagne blanche appelée ebbô, bordée de bleu, nouée sur la hanche gauche par un cordon à glands et d’une seconde pagne blanche

{ lassée en écharpe autour au cou; sur a tête , un akadé ou bonnet indigène , blanc; à la main un illaghé, ou martinet de peau , attribut spécial de leur dignité. L’uniforme des soldats est caractérisé par l’écharpe blanche passée autour du cou et croisée sur la poitrine comme les buffleteries de nos soldats , etpar une pagne ou un mouchoir rouge roulé en turban autour de la tête.

« La nourriture des Yéboils se com-

Sose de viandes, de poissons, de racines, e fruits variés. L'nuile de palme joue un grand rôle dans leurs recettes culinaires; l'igname et la patate en demandent surtout une grande quantité , soit

GUINÉE 305

qu’onles serve seulesà titred’entremets, soit meme qu'elles se préseutent dans une entrée comme un simple accessoire autour d’une volaille, a’un poisson, d’un morceau de bœuf, de mouton ou de chevreau. La banane de la grosse ou de la petite espèce , attendue cinq ou six jours jusqu'à ce qu’elle ait complètement jauni ou rendue tendre et douce par la cuisson, est ensuite pilée en consistance de bouillie, offrant ainsi ce. que nos maîtres d’hôtel appelleraient un entremets sucré. Enün, l’orange, l’ananas, la canne à sucre, le miel, composent d’agréablesdesserts ; lecitron est trop acide pour être mangé : il n’a d’autre emploi ue l'usage medical dont nous avons éjà eu occasion de parler. Nous ne disons rien ici des diverses sortes de poivre, de piments, de colats , qui servent de condiment ou même de hors d’œuvre. — Mais nous ne devons point omettre l’article essentiel du pain , ou de ce qui en tient lieu. Le pnaîs est consacré a cette destination , non qu’on le réduise en farine comme dans les pays voisins : on le fait seulement macérer dans l'eau pendant cinq jours , après quoi on le broie en une pâte homogène au moyen de la cuisson ; puis on l'enferme par petites portions dans des feuilles de bananiers ; on entasse ces pains sous une couverture de laine , et le lendemain ils sont mangeables. Cette pâte s’appelle oûri, le petit pain qui en est formé eyori; un pain de double dimension reçoit le nom de eydroun , et un

5 lin quadruple celui de arigôchou. — uant au manioc, cette grande ressource de tant de populations negres, il est ici complètement dédaigné , et abandonné pour la nourriture des pourceaux.

— Pour ce qui est des boissons , les vins et l’eau-de-vie d’ Europe, ou le rhum d’Amérique , offrent un régal exceptionnel aussi rare que recherché. La boisson usuelle, c’est le vin de palme quelquefois doux ( emoû ), plus souvent fermenté ( ok/iô); il s’en consomme dans toutes les réunions et fêtes , qui sont fréquentes, d’énormes quantités.

« Les habitations des Yébods, soit isolées dans la campagne, soit groupées en hameaux, en villages, en cités , sont en général, sauf l’étendue et le comfort, proportionnées à la différence des 20* Uvraison. (Guinée.)

fortunes , disposées sur un modèle uniforme. — Une seule porte extérieure donne entrée dans une enceinte ou grande cour, où sont rangées, comme dans une rue , les cases ou maisons de toutes les personnes réunies sous l’autorité d’un même chef de famille. L’édifice principal, réservé à celui-ci, est toujours placé à côté de la porte extérieure de l’enceinte. L’ensemble de l’habitation reçoit le nom de ogd ; les maisons qu’elle renferme sont appelées oulè, et le mur d’enceinte, ôdi. — Les maisons, même le palais royal, n’ont point d'étage supérieur. Les murs sont en

Ïiisé, d’un mètre environ d’épaisseur; e toit en chaume, supporté par des bambous qui s’appuient sur des soliveaux soutenus eux-mêmes a l’intérieur par des piliers. Les maisons des riches ont plusieurs pièces éclairées par des fenêtres, et destinées à des usages distincts , tels que la salle de réception . la cuisine, la chambre à coucher. Cette recherche, exclusivement réservée pour les principaux corps de logis, ne se reproduit as dans les cases plus ou moins nomreuses qui en constituent les dépendances et qui servent de logement aux femmes, aux enfants et aux esclaves. Pour les classes inférieures, la maison principale n’est elle-même qu’une simple case, une cabane, qui ne reçoit le jour que par la porte. — Quant à l'ameublement, il est assorti à la disposition des appartements. Le lit consiste, dans tous les cas, en une estrade sur laquelle sont étendues des nattes ou des peaux de bœufs. — Des nattes aussi couvrent le sol chez les gens riches : au roi sont réservés les tapis d’Europe. Le luxe des rideaux est tres-rare. Les sièges sont en général des tabourets de bois, fabriqués dans le pays : les grands ne se refusent cependant point le fauteuil européen , mais l’usage en est restreint par l’étiquette à un très-petit nombre d'hommes revêtus des plus eminentes charges de l’État. — Les ustensiles de ménage sont peu nombreux et d'une grande simplicité : des marmites de fer et de terre, de rands et de petits vases de terre et de ois, un grand mortier de bois avec son pilon , des assiettes, des paniers de diverses grandeurs tressés avec une merveilleuse habileté, des calebasses creuses

L'UNIVERS

de diverses formes, la bouteille, le gobelet. le couteau, suffisent au service de la cuisine et de la table. Des coffres et des boîtes font l'office d'armoires, de tiroirs : le commerce d’importation leur fournit des serrures et des cadenas pour les fermer; leur propre industrie fabrique des clefs et des serrures de bois très-ingénieuses. — Quand il se présente une visite , elle s’annonce en frappant à la porte extérieure; un esclave vient ouvrir aussitôt , et introduit les visiteurs ou les visiteuses (car les femmes aussi fout des visites) dans la salle de réception. Le maître du logis offre toujours aux survenants du vin doux de palme. On se salue en se donnant une poignée de main , soit en arrivant , soit en se séparant, et il est d’usage d’accompagner les sortants jusqu’à la porte de l’habitation. - Des chandelles de cire et de suif, faites à l’imitation de celles d’Europe , pourvoient aux besoins de l’éclairage.

•< Les occupations habituelles du peuple véboû sont l’agriculture et le jardinage, qui n'emploient guère d’autre outil que la houe; l’élève des troupeaux de gros et menu bétail et des volatiles domestiques; la fabrication des étoffés de coton au moyen de métiers d’une grande simplicité; la récolte de l’or, soit par le lavage des sables, soit par une fouille grossière des mines ; la pèche, qui fait usage de la ligne etdu hameçon, des lilets et même du harpon ; la chasse, qui a ses pièges, mais qui se sert aussi des armes de guerre, l’arc et la fléché, la lance, le javelot et même le fusil. — Les professions spéciales n’ont point cette variété qui se multiplie à mesure qu’une civilisation lus raffinée crée des besoins plus 110mreux. Là où chaque famille a des bras suffisants pour des travaux qui n’exigeut guère d’apprentissage, il est peu nécessaire d’avoir recours à des ouvriers de profession. Ainsi, les maisons se bâtissent par le maître lui-même ou sous sa direction par ses esclaves et serviteurs. Il eu est de même pour les travaux agricoles. Nous avons déjà dit que la fabrication des étoffes est la làcne habituelle des femmes. On fait aussi dans chaque ménage un savon noir ou plutôt une lessive rapprochée au feu sans mélange d'huile, pour servir au blanchissage et autres

usages domestiques. — Tl existe cependant quelques métiers distincts, tels que ceux de charpentiers, ou plus exactement ouvriers en bois, et de forgerons travaillant en tous métaux ; on trouve aussi des ouvriers en cuir, et peut-être encore quelques fabricants d’objets usuels de consommation. — Quant aux professions libérales , nous avons déjà eu occasion de mentionner des médecins et des tatoueurs. Nous osons à peine ranger à côté d’eux les devins ou sorciers, qui font métier de spéculer sur la crédulité et la superstition de leurs concitoyens.

« Ce que nous avonsdit des professions industrielles s’applique naturellement au commerce : quand on produit soimême pour fournir à ses besoius, on a peu d’occasions de recourir à la voie des achats. Cependanton rencontre à Yéboû des boucliers, des marchands de vin de palme et d’autres. La revente au détail des objets d’Europe constitue une bra nche. im portante du négoce intérieur. Mais c’est surtout le commerce extérieur qui est l’occupation principale : les étoffes indigènes, le sel, les bestiaux, les végétaux comestibles, fournissent amplement à l’exportation : les retours se font, soit directement en marchandises européennes, soit en proiluits africains, propres aux échanges avec les objets d*Europe. — Le commerce d’échange ou la traite des marchandises ne se fait guère qu’en gros. Les marchés de vente et d’achat et même l’appréciation mutuelle des objets d’échange sont opérés au moyen d’une monnaie de compte et effective tout à la fois qui a pour base le cauris appelé owwé ; une filière de quarante cauris sc nomme ogôji; une masse de cinq libères reçoit le nom de ogimô ; un paquet de dix masses prend celui de egwegwd, et dix de ces paquets forment un okê, qui devient à son tour une unité de compte. Quant & la valeur relative de cette monnaie, comparativement à des bases d’évaluation qui soient à notre portée, M. d’Avezac sc borne à consigner l’observation d’Ochi Fékouè : que deux oké ou 40,000 cauris représentent le prix d’un esclave ordinaire, et que cinq ogwaô ou 1,000 cauris ont la même valeur qu’un ochouôn de poudre d’or. I.’ochouôn est une petite mesure dont Ochi-Fékouè comparait les dimensions

GlILNEE.

à celles d’an dé ù coudre ; c'est celle u'cmploienl les eddomôo ou marchands 'or ; et il n’est pas sans intérêt de remarquer ici occasionnellement que c’est la seule mesure déterminée dont les Yéboûs fassent usage; qu’ils n’en ont aucune autre non plus que des poids, et que toute appréciation de la quantité des denrées ou marchandises se fait à vue d’oeil , ou à la pièce. Revenant à l’évaluation des monnaies yéboûes, M. d’Avezac fjit remarquer encore que, suivant uu renseignement donné par Robertson touchant la valeur des cauris sur le marché de Lagos, il faudrait les estimer a 5 sh. le mille, et par conséquent, selon les habitudes européennes d’appréciation, 16,000 cauris représenteraient une once d’or ou environ 100 fr. Mais d’une autre part, continue-t-il, il est à observer que Yochouôn, de poudre d’or, ne peut être raisonnablement estimé, au plus bas , moins de 50 grammes en poids, et 150 fr. en valeur intrinsèque pour nous; IC.OÛO cauris suffiraient donc pour acheter 16 ochouôns d’or, ou une valeur de 2,400 fr. .c’est-à-dire vingtuatre fois autant que le prix de revient es cauris calculé par Robertson. En d’autres termes, des marchandises européennes, d’une valeur de 100 fr. pour le vendeur, lui sont payées au comptoir de Lagos 1 6,000 cauris ( monnaie courante ) ; et il peut avec cette dernière somme acheter environ huit hectogrammes d’or, qui auront en Europe une valeur intrinsèque de plus de 2,400 fr. Il est difficile de déduire de tout cela une valeur fixe analogue à la valeur au pair de nos monnaies ; l’or est ici une marchandise sur laquelle on fait d’enormes bénéfices; les 100 fr. de marchandises apportées d’Europe ont de leur côté donné lieu à des frais et doivent produire à la vente des bénéfices qui en surhaussent consirablemrut le prix ; estimant ces frais et ces bénéfices a 60 pour 100, M. d’Avezac conclut une évaluation grossièrement approximative, mais très-commode de la monnaie yéboûe, puisque l’équivalent de 16,000 cauris aura une valeur vénale de 160 fr., ce qui lui permet de dresser la table de réduction suivante: un cauris vaut 1 c.; un ogôji, 40 c. ; un ogwaô, 2fr. ; un egwegwà, 20 fr ; un okè, 200 fr. — Le transport des denrées et mar-

chandises se fait, suivant les distances à parcourir et les quantités à transporter, a dos d’ône ou de chameau quand on ne peut suivre que la voie de terre, en bateau quand on peut mettre a profit les communications par eau. Les embarcations employées en pareil cas sont de petites dimensions; on les conduit quelquefois à la voile, mais plus souvent à l’aviron ou à la pagaie et a la gaffe.

« Le calendrier des Yébods mérite une attention particulière. Leur manière de compter le temps a pour Itase, non la semaine, mais bien comme chez les Malais et les Mexicains, une période, appelée oyôse, composée de 5 jours seulement, dont les noms se succèdent dans l'ordre suivant : premier jour eni; deuxième o/ai,- troisième 6/ou nia ,- quatrième iyére;einquième oyôse. — 6 oyôse forment un mois de 30 jokbon ; et une série de 1 2 mois constitue l’année, orfdoli, distribuée au surplus, ainsi que dans l’ancienne Égypte, et il faut le dire aussi chez la plupart des peuples africains, en trois saisons corrélatives aux grandes vicissitudes de l’atmosphère; savoir : celle des pluies oyijô; celle des récoltes ougbè ; celle de la sécheresse, èrounou. A chacune de ces trois saisons sont invariablement attribués quatre mois, déterminés suivant un ordre fixe, dont voici le tableau, accompagné de quelques indications sur le caractère météorologique de chaque mois : Première saison, oyyà; premier mois, ochoû oyoô(nrages, ondées); deuxieme mois, ochoû faoro (grands orages , grandes ondées) ; troisième mois, ochofi koùdou (orages, pluies intermittentes); quatrième mois, ochoû gheghé (grandes pluies continuelles). — Deuxième saison, ougbè : cinquième mois, oc hoûibé( refroidissement, grands brouillards ) ; sixième, ochoû ( temps des récoltes, grande fête); septième, ochoû erèno (beau temps); huitième, ochoû abibi (quelques orages vers la fin). — Troisième saison, irounou : neuvième mois, ochoû oyôAo( orages ; tempsdeslabours): dixième, ochoû ogmè (chaleurs, temps des semailles); onzième, ochoû rôko (temps des sarclages); douzième, ochoû kaai (éclairs fréquents). — On sait que la saison des pluies intertropicales commence, pour l'hémisphère septentrional , au point précis du solstice

L’UNIVERS

d’été : tel est donc le commencement fixe de l'année yéboùe ; et il en faut conclure que c'est uue année solaire, quoique le nom de chaque mois reproduise uniformément le mot ochoû, qui signifie lunaison; mais cette dernièrecireonstance n'a sans doute qu'un simple intérêt étymologique, ainsi qu’il en est chez nous à l’égard du mot mois. — Quoi qu'il en soit, les mois étant tous uniformément de trente jours, ou de six oyose complets, les douze mois réunis ne produiraient qu'un total de trois cent soixante jours , si l’addition ou l’intercalation d’un oyose épagomène ne venait compléter au moins l'année vague de trois cent soixante-cinq jours. Mais commenta lieu cette intercalation ? C'est ce que M. d'Avezac n'a pu apprendre d’Ofiii-Fèkouè , qui avouait naïvement son ignorance absolue sur ce point. — L’annee commence par une solennité de trois jours, pendant laquelle on ne parie à personne et l’on s'abstient de tout commerce avec ses femmes ; ces trois jours se nomment oyô ogoû, oyô warou et oyô orisô. Chaque mois a d'ailleurs sa fête spéciale, qui lui donne son nom, et qui tombe généralement sur le dernier oyose du mois; rependantla plus grande de ces fêtes mensuelles, qui est celle de la Lune, est mobile et se célèbre dans le cours du mois appelé simplement ochoû. au moment où la lune est dans son pleiu. Ces fêtes sont solennisées par des réjouissances publiques et privées, des danses, des festins.

« Uue étude approfondie de ce qu'on appelle le fétichisme des nègres, dit encore M. d'Avezac, nous ramènerait sans doute à un moindre dédain des principes religieux de ces peuples , auxquels nous dénions, trop aisément peut-exrc, quelques idées dignes d’attention et d’intérêt. I^s conversations de M. d'Avezac avec Ochi-Fékouè , en effleurant cette matière, lui révélèrent, dans le paganisme de ses souvenirs, des croyances qui semblent moins opposées qu’on ne le pense d'ordinaire à l’adoption des dogmes d’une religion plus pure. Ils ont la connaissance d'un Dieu unique, supérieur à tout autre, et le nomment Abba-ol-ôroun ou roi du ciel ; ils ne lui élèvent point de statues ni des temples ; c'est Vêtre immatériel, invisible, éternel, la volonté

suprême qui a créé et qui gouverne toutesehoses. — Des dieux secondaires, en grand nombre, appelés du nom commun de ôrisa , sont des espèces de génies particuliers, mâles ou femelles, qu’ils représentent par des images de bois placées dans les maisons consacrées où les fidèles sont appelés à la prière par des cloches, et à chacune desquelles est attaché un nlasc ou prêtre. A Ëkpè, chef-lieu du district où Ochi-Fékouè était né, il existait deux de ces ovlé-ôrUa ou temples; l’un a la déesse des pluies, .4/iiro, dans l'intérieur de la ville, l’autre au Dieu Ogoû-moudè, en dehors. Dans la capitale il yademêine dcuxtemples, l’un dédié à Ba tatà, l’autre à ,4yè. — Chaque ville a ainsi ses patrons; mais partout domine la grande pensée de Abba-olôroun, et le sacerdoce qui dessert un si nombreux cortège de dieux intérieurs ne forme lui-même qu’une seule corporation, soumise a un chef unique, dont le titre est okbô alasô. — I,a croyance à un mauvais génie coexiste avec Vadoration des dieux : Elegwà n’a ni prêtres ni temples ; mais en certains endroits maudits, signalés par un magot de bois, ou par quelque autre signe connu, le passant jette un petit pain qu’il arrose d'huile de palme et qu’il promène deux fois autour de sa tête en détournant les yeux; c’est une sorte d'offrande expiatoire, qui devient la pâture des chiens d’alentour. — Les offrandes aux ôrisa consistent, suivant les fortunes, en une volaille, un mouton, un bœuf, et sontpartagées, après le sacrifice, eutre le prêtre et les assistants. Les sacrifices humains, si fréquents et si horribles au Dahomey et au Bénin, sont inconnus chez les Yéboûs. — Les solennités religieuses qui donnent lieu à ces offrandes se renouvellent assez fréquemment ; il y en a habituellement deux chaque mois, l’uDe au commencement, l’autre vers le milieu du mois. Elles sont accompagnées de chants. M. d’Avezac recueillit, comme échantillon de ceux-ci, une espèce d'hymne à la louange de Ratalà, l’un des patrons de la capitale du pays. Il est, indépendamment des hymnes de ce genre, des prières qui se récitent la face prosternée contre terre; mais, autant du moins que M. d’Avezac le put comprendre, c’est exclusivement au grand

GUINÉE. 309

Abba-ol-oroun qu'elles sont adressées.

Il en recueillit mie , qui lui parut la plus usuelle, et qu’il eut lieu de considérer comme étant pour les Yéboûs ce que le Pater est pour nous. Les explications d’Ocbi-Fêkouè lui apprirent que c'était une formule de priere que tous ses compatriotes savaient et répétaient journellement, eu se prosternaut. On peut traduire librement ainsi cette prière : ■> O Dieu qui êtes au ciel, préservez-moi des maladies et de la mort. Dieu, donnez-moi la fortune et la sagesse. » — En réQéchissant sur les croyances de ce peuple, sur les formes de son culte, sur ['organisation de son clergé, même sur la formule de prière que nous venons de rapporter, n’est-on pas tenté de supposer que le christianisme des Européens s'est, par des voies aujourd’hui oubliées, infiltré jadis chez les Yébods, qui lui devraient, a leur insu, toutes ces institutions dont l’analogie a droit de nous frapper, aussi bien que les cloches de leurs temples.

« On sait que la musique instrumentale des nègres n’est en général, pour des oreilles européennes , qu’un bruit assourdissant, où l’on essayerait en vain de découvrir quelque semblant de mélodie ou d’harmonie : cette musique n’est pour les Nègres eux-mêmes que l’accompagnement de leurs chants, et c’est de leurs chansons qu’il faut se préoccuper chaque fois qu’on veut se faire une idée de leurs dispositions musicales. Chez les Yébods, comme chez tous leurs voisins, il y a des chants pour toutes les circonstances de la vie, pour tous les actes de la journée. M. d’Avezac ne recueillit qu’un très-petit nombre de chants yébods : ils ne se. présentaient dans ses conversations avec Oehi-Fêkouè que comme les accessoires d’un récit, d’une description; et s’il les saisissait au milieu des autres détails où ils se trouvaient encadrés , c’était grâce à leur brièveté habituelle. Un chaut nègre, en effet, est à peine une phrase , se répétant toujours la même pendant des heures entières. M. d’Avezac rapporte pour exemple deux de ces chants tels qu’ils se présentèrent avec leur caractère ofliciel, dans le tableau d’une promenade solennelle qu’à certaines époques le roi vient faire sur la grande place de sa capitale.

En de telles occasions les serviteurs du prince s’empressent de couvrir de peaux de boeufs tannées le sol qu’il doit fouler, et ses o/onkptvè, ou trompettes, embouchant leurs oukpwé, ou grands cornets d’ivoire formés d’une défense d’éléphant creusée, y font résonner, comme dans un puissant porte-voix, ce chant cent fois répété : Awè cru Obbd, Awè erù Obbd Obro gô lucla ! « Nous sommes tous les esclaves du roi notre souverain! • C’est un appel entendu jusqu’aux extrémités de la ville; les grands, les chefs de tout rang, le peuple entier, se précipitent vers la place pour faire acte d’hommage envers leur prince et se presser à sa suite. Quant au monarque, sa tête est coiffée de la haute couronne de corail, sur ses épaules flotte un manteau de brocard d'or, sur sa poitrine s’étagent de nombreux colliers ; ses reins sont couverts d’une tunique de soie; au lieu du choucatou large et court de ses sujets , il porte une culotte étroite de velours rouge, appelée sc/ia Ad, descendant au-dessous du genou, où elle retient les knémides ou ocrées de corail qui couvrent les jambes; il est chaussé de ses lourdes galoches d’or massif, et tient d’une main un chasse-mouche (iyd) faitd'unequeuede cheval attachée à un manche doré; de l'autre un éventail circulaire ( ejoüjou ) de peau de chevreau, monté pareillement sur un manche doré. II marche d’un pas extrêmement lent et cadencé, pendant que le corps de musique (oukbèdou) , l’un des attributs essentiels de la'souveraine puissance, exécute un morceau où l’on entend les ofonk/ncè chanter des paroles que les autres musiciens accompagnent à la fois sur un grand et unique tambour; ils exécutent chacun une batterie spéciale, de manière à former un concert d’une durée indéfinie en répétant sans cesse la même phrase. M. d\Avezac a tenté d’en écrire la partition pour l’édification de ses lecteurs : pour ne point écrire toutes les parties en n’employant uniformément qu’une seule et même note, il leur a attribué la série des notes de l’accord parfait, bien que la différence d’intonation ne puisse être considérée comme représentant la différence d’intensité de son, la seule qui soit réellement saisissable entre ces diverses parties. Le sens des paroles Ont

L’ÜNIVERS

mo o koasé orè est : « Voici le brave des braves} prenez exemple sur lui. » Maintenant voici comment s'exécute la partition que M. il’Avezac a écrite : le tamoour, forme d’un cylindre défoncé couvert d'une peau solide, a environ I mètre Je diamètre sur 65 centiin. de haut : il est suspendu par une double bretelle au cou de l'un des musiciens, dont les mains viennent frapper eu cadence, vers le bord du disque sonore, la partie désignée par le mot ayd; un second musicien, armé de deux courtes baguettes, est chargé de la partie à laquelle appartient le nom de njeri; le troisième, avec deux baguettes de longueur moyenne, fait la partie dite agwakô, et deux autres, avec de longues et fortes baguettes, la bisse, appelée ogwà. Enfin tout l'ensemble est dirigé par un chef de musique dont le titre est Ornano, qui exécute lui-même la partie i'agwakô, conjointement avec le virtuose à qui elle est spécialement attribuée. — On voit que le matériel instrumental de la musique royale est d'une remarquable simplicité. — Pour accompagner les chants qui n’ont pas le caractère officiel de ceux que je viens de rapporter, les Yébotlscmt divers autres instruments, tels que le dgogo , tambour formé d’un cône renversé tres-iong et légèrement tronqué, couvert d'une peau sur laquelle le musicien frappe avec une seule baguette courte et forte ; les akdsa, petites courges sèches, vidées, dans lesquelles sont ballottés en cadence quelques fragment; de métal sonore,et qui se jouent par paire eomme les castagnettes de l'Europe méridionale. Il est encore une autreespèce de tambour appelé otiji, est le tambour de guerre; il est cylindrique , de forme écrasée , plein én dessous. Il sert à exécuter les batteries militaires, et arcompague au besoin les chansons de guerre.

« L’organisation politique offre chez les Y e boû s , comme chez plusieurs des peuples voisins, une sorte de monarchie tempérée, dont le chef porte le titre de Obbà, commun a tous les souverains de cette région. Ces divers ohha sont distingués entre eux , tantôt par leur nom propre. comme Obbà- Odi-Yoko, le roi régnant de Yébod au moment où Oehi-Fëkoue fut pris et fait esclave; Obbà Orné, roi régnant alors a Kkboumoû, et frère de

(Mm- Ode- i oko ; Obba-.ivon'ya Oloû- (Uni- Ogherèya , roi régnant a la même époque sur Eyo, etc. ; tantôt , et c’est le cas le plus frequent, par l'indication immédiate de leur royaume, comme Obbàïéboû, Obbàr/nangà, Obbd/bini, Obbd-lchekri; tantôt enlin par un titre spécial, consacré par l'étiquette internationale, et qui, pour le roi de Yébod, est Obbà- Obrogôlvuda , pour le roi d' lnongô6>66d - Oyô, pourle roi d’Iehekri Obbà-Iweri. Quelque chose d'analogue a lieu dans notre Europe, quand nous disons sa majesté très-chrétienne , sa majesté catholique , sa majesté trisfidèle et autres qualifications semblables. — 11 parait certain que nulle mesure importante n’est résolue sans avoir été soumise à l’examen , sinon à la délibération régulière d’on sénat, ou conseil des anciens , dont les membres sont appelés akàmore et le lieu de réunion nechirougà ; c’est une assemblée de docteurs, la plupart anciens magistrats provinciaux, dont le roi et ses ministres viennent prendre les avis , et dans la oonver-atioo desquels sc débattent les intérêts politiques, soit intérieurs, soit extérieurs : ils ont la tradition des lois et de l'histoire nationale; et c’est prés d’eux que viennent chercher des lumières les gens avides d’instruction. A défaut d’écritures et de livres , il fallait une telle institution pour conserver la mémoire du passé. Le public parait admis au nechirougà; se mé- Ie-t-il a la discussion des assemblée^ publiques ; y a-t-il une distinction tranchée entre les réunions de simple passe-temps et les séances officielles? Ce sont des points que les conversations d’Oehi- Fêkouè n’ont pas éclaircis : mais du moins la présence du roi donne-t-ede plus de solennité à i’assemhlee. l^s akàmore y sont plus nombreux, jusqu’au chiffre complet de cent; et le publie sans doute alors est écarté du conseil, ou n’y assiste que comme simple spectateur.

« Le pouvoir exécutif n’est point l’attribution exclusive du monarque; H ne lui est déféré qu’à la condition de l’exercer collectivement avec quatre princes ou ministres, dont le titre commun est <hH , sauf les distinctions spéciales qui désignent leur rang hiérarchique . dans

GUINEE.

cet ordre : ôdi, nukbaké yiôdi, oukbakèta ôdi, okbetioudi. Les nombres deux , trois , quatre , en yéboû éyi, éta, ene , se reconnaissent dans la composition de ces titres , et peut-être aussi le mot ekbaéka ou bras ; en sorte que ce seraient un premier, un second , un troisième et un quatrième bras du gouvernement à la tête duquel est Ubbd.

Celui-ci ne peut rien faire que de leur consentement et par leur ministère.

• Toute la famille royale est logée dans un même palais , sauf les jeunes princes, qui sont emmenés au loin pour y être élevés hors de l’influence des courtisans et de l’atteinte des ambitieux, jusqu’à ce que la déposition ou la mort du roi régnant ouvre a l’un de ces princes l’accès du trône; il est alors rappelé, reconnu et proclamé par les ôdi , et ses frères pourvus de gouvernements provinciaux. On voit que la disposition même de la couronne est entre les mains des quatre grands dignitaires, puisqu'ils peuvent uèposer leur souverain et qu’ils désignent son succes-eur; celui-ci doit-être, au dire d'Oehi-Fékouè , le fils aîné du précèdent obba ; mais la série des monarques dont il avait conservé la mémoire offrait plusieurs preuves que cet ordre n’est pas toujours rigoureusement observé. — Après les quatre ôdi , le premier personnage de l’État est le ladekè, ou intendant général des finances , entre les mains duquel se versent tous les revenus, toutes les amendes judiciaires, et qui est lui-même le payeur de toutes les dépenses , le dispensateur de toutes les récompenses accordées par le souverain. Il a pour attribution spéciale de pourvoir a l’execution des mesures résolues par les ôdi , et il partage avec eux le privilège de siéger, dans les occasions solennelles, sur un fauteuil d’Europe. L’est de la grande charge de ladekè qu’était revêtu Ochi- Wo, grand-père d’Ochi-Fêkouè.

« L’administration de la justice est intimement liée au gouvernement politique; elle est dévolue, en dernier ressort, au tribunal suprême des ôdi, en première instance aux oloyti ou chefs des villes et districts , «ans distinction des eausescivilesou criminelles. La sentence du premier juge est exécutée sans autre procédure , s’il n’y a réclamation de la

partie condamnée; s’il y a appel , la cause est portée au tribunal suprême des ôdi, ni entend les parties , confirme ou inrine le jugement et fait directement exécuter son arrêt , contre lequel il n’existe aucun recours. — L’exécution des mandements de justice est confiée, dans les ressorts intérieurs, aux umodogwd, milice urbaine permanente, comparable à notre gendarmerie. Le tribunal suprême emploie au même, service les àgoune , espèce de milice palatine , de garde royale ou de maison militaire, composée' des esclaves de la couronne. Les uns et les autres recherchent , arrêtent et exécutent les criminels. — Nous n’avons guère de données sur le droit civil ni le droit criminel qui servent de réglé aux tribunaux. L’égalité devant la loi paraît certaine entre tous les Yéboôs,méme les femmes, dont la capacité pour hériter, posséder et disposer de leurs biens n’ éprouvé point de contradiction. 1a) partage des successions se fait par portions égales entre tous les enfants, quel que soit leur sexe. — La justice répressive fait dans l’application des peines deux parts distinctes , comme dans nos anciennes législations barbares, savoir : celle de l’État et celle, de la partie civile; la première consiste en une amende envers le fisc; la seconde se résout en une composition. La composition n’egt point une indemnité fixe, directement prononcée par le juge et raduée selon la nature ou crime, mais ien un droit indéterminé alloué a la partie civile de transiger avec te coupable pour la remise de la punition corporelle encourue par celui-ci ; et le prix de cette transaction, débattu et régie a l'amiable , est toujours proportionne a la puissance de l'offense en même temps qu’à la fortune du coupable. Addé-Sounloû , père d’Ochi-Fêkouè, l’un des guerriers les plus braves' et les plus renommés de son temps , tua à Rkpc, dans une querelle, OtoA-Noyé, autre guerrier d’un haut rang. Oloû-Pioyô avait pour frère Otod - Yanjou , personnage riche et puissant, qui mit à la poursuite du meurtrier une chaleur et une opiniâtreté dont le supplice du coupable semblait de voir être le résultat inévitable. Addê-Sounloü fut forcé dé s’éloigner : il se réfugia à la frontière, chez les ldokô, dans la ville

L’UNIVERS

d'Oumakoû , où 'il séjourna quatre ans entiers ; c’est pendant son séjour en ce lieu que sa femme Egghi-Aui donna le jour a Ochi-Fêkouè. Enfin, au bout de ce temps , il put rentrer à Eltpè : son père Ochi-W6 était parvenu à apaiser Otoû- Yànjou en lui payant une composition de plus de deux cerits ohé , c’est-à-dire plus de quatre millions de cauris, représentant une valeur de 40,000 francs.

Six à huit ans après , Addé-Sounloü eut encore le malheur de tuer dans un accès d’emportement un personnage nommé Ourékoû; il fut obligé de se réfugier alors à Éda, capitale de Bénin, jusqu’à ce que cette seconde affaire fût apaisée par les mêmes moyens que la précédente. — Ainsi tous les crimes peuvent se racheter à prix d’argent, mais il en coûte très-cher; l'admission à composition n’est d’ailleurs pas toujours chose facile à obtenir, et le coupable est obligé de pourvoir, en attendant, à sa sûreté personnelle en cherchant un asile où il ne puisse être atteint. De telles coutumes devaient; nécessairement amener la consécration de certaines villes comme lieux de refuge : nous venons de voir qu’OumakoÛ jouissait de ce privilège; il en était de même d’Omâhe, et de quelques autres places sans doute.

« A Yéboû, toute la population valide du royaume se trouve répartie entre des olorogoû ou capitaines, dont la famille, les esclaves et les clients forment à chacun une compagnie plus ou moins nombreuse depuis cinquante jusqu’à deux cents hommes : voilà les éléments d’une armée temporaire, dont le service n’est point obligatoire, mais qui se lève spontanément sous l’impulsion des chants de guerre. — Nous avons déjà constaté en outre l’existence d'une double milice permanente : celle des tigounë , constituant la maison militaire du roi et ue marchant qu'avec lui, et celle des omodogwd , espèce de gendarmerie établie dans chaque ville ou canton pour la sûreté locale et la police judiciaire. Dans la capitale, le corps des omodogvtà compte mille guerriers. Voilà le noyau et la force réelle des armées. — Trois commandants généraux, dont le rang est immédiatement inferieur à celui du ladekè, résident à la cour, ainsi que la plupart des olorogoû. Le titre hiérar-

chique de ces grands chefs est pour le premier o/oukongbôn ; pour le second adè-chegoû ; pour le troisième adè-kolà.

U n cas de guerre survenant, ils se mettent immédiatement en campagne , à la tête des mille omodogwà , toujours prêts à marcher, qui se trouvent réunis autour d’eux ; et les olorogoû se rendent dans leurs cantons respectifs pour y rassembler leur compagnie. Là un omodogwà saisissant un oûji ou tambour parcourt la ville et la campagne en exécutant une batterie à laquelle est attaché un sens analogue à celui-ci : Quiconque veut marcher, vienne ! Chacun saisit ses armes. les compagnies sont formées en un clin d’oeil , et les capitaines vont se ranger sous les ordres des trois généraux; tannée est partagée en trois corps subordonnés entre eux dans l’ordre de dignité de leurs chefs. — Les armes indigènes sont l'arc et la flèche ( tigheyd, àva ), le javelot ( eché), la lance (alulokô) et le coutelas (Ma); la civilisation européenne leur a porté nos sabres ( adaêinbo ), nos fusils {ibon) avec la poudre à tirer ( étou ibon ), des pistolets ( olèwo ), et même des canons ( akba ), c’est-à-dire quelques pierriers qu’ils braquent derrière les palissades de leurs villes fortes. — La cavalerie est peu considérable; les chevaux ne sont nombreux que dans la province d ’ldoko le harnachement en est très-simple : une sorte de bât en guise de.selle ( àgogo ), des étriers en bois ( ôkasiko ) , un mors de fer ( ôrokbo ) garni d'une corde qui tient lieu de bride ( ôkoû érounêchi), enfin un fouet ( échouclmû), tel est l’équipement complet du cavalier et de sa monture.

« Dans un pays coupé de rivières, de lacs et de marigots, les expéditions navales sont les plus fréquentes. Les chantiers de Boûghiyè fournissent de nombreux canots de’ guerre tout à fait semblables à ceux que les frères Lânder virent sur le Koufira. A peine \1. d’Avezac eut-il montré à Ochi-Fékouè la figurequi accompagne leur relation, qu'il reconnut avec une joie bruvante les uko de sa terre natale , avec leurs avirons {ayé, okoako). Il parla aussi de gaffe ( écho ) , de cordages ( ôkoi i ), de voiles ( bokoù ); mais M. d’Avezac ne put savoir s’il appliquait tout cela

>gle

GUINÉE

aux embarcations yéboûes ou aux navires européens qui fréquentent les comptoirs de ces contrées. »

Bénin. — La découverte du Bénin par le Portugais Jean Alfonso d’Aveiro date de 1486. M . da Silveira, dans un mémoire récent, a traité de diverses circonstances curieuses de cette découverte , entre autres des renseignements recueillis au Bénin par Aveiro sur les terres du fameux prêtre Jean : les naturels lui apprirent qu'a deux cent cinquante lieues au delà de leur pays résidait un prince très-puissant, nommé Ogané, si redouté que les rois de Bénin, par prudence, recevaient de lui une sorte d'investiture. On envoyait de Bénin un ambassadeur avec de riches présents pour solliciter de l’Ogané la longue croix de cuivre, de même forme à peu près que la croix de Saint-Jean de Jérusalem, et richement travaillée , qui était la marque de la royauté; mais l’ambassadeur ne voyait jamais l'Ogané , qui ne lui parlait que caché derrière un rideau. A ce propos, M. da Silveira rappelle un passage de Barros où il est tait mention ifun ambassadeur du roi de Bénin, venu en Portugal en 1540, qui portait une de ces croix. Le roi Jean II et son conseil de cosmographes soupçonnèrent que l’Ogané n’était autre que le prétreJean,et iisfurent tous d’avis qu’en continuant à reconnaître la côte d'Afriue vers le sud , on ne pouvait manquer 'arriver à un point où elle changeait de direction et tournait a l’est. Il fut décidé qu’on enverrait immédiatement des personnes intelligentes par mer et par terre pour résoudre ce problème.

L'une d'elles fut l'illustre Barthélémy Dias, qui, le premier, doubla le cap des Tourmentes (I).

« De tous les peuples qui habitent la « côte occidentale de l’Afrique équi-

* noxiale, dit le naturaliste Palisot Beau-

• vois (3) , il u’en est point qui mérite

(l) Voy. le Rapport lu par M. le vicomte de Santarem a la Soc. de géographie . sur un Mémoire de Al. da Silveira relatif a la découverte des terres du prêtre Jean et de la (luinée par les Portugais (Bulletin de la Soc. de gèogr., janvier i8;6).

(?) Notice sur le peuple du Bénin , lue à la séance publique de l’Institut du >5 nivôse

« plus d'être connu que le peuple du « Bénin. L’insalubrité du climat, que « jette crains pas de placer au rang des « plus malsains du globe, l'exemple « effrayant de tous les navigateurs qui « ont abordé ces parages pestiférés, en

• ont écarté tous les observateurs, de

• sorte que depuis près d’un siècle ce « pays n’est fréquenté que par quelques

• marchands , qui vont y faire le com- « merce des esclaves et des dents d’élé- « pliants. Windhnm et Pinteado (I), en « 1553 , Bird et Newton, en 1558 , Go- « tard Arthus (2) , en 1600, David van

an IX , et insérée dans la Décade philosophique. littéraire et politique par une société de gens de lettres, au IX, deuxième trimestre , t. XX VIII, p. 141 et suiv.

(i)La relation du second voyage de Windliani eu Guinée et à Bénin a été publiée pour la première fois, avec la relation de son voyage en Barliaric, par Richard Éden.dans un petit recueil qui fut réimprimé en 1S77, avec plusieurs additions, par les soins de Richard Willes. HaLluyt lésa insérées toutes deux dans sa collectiou (t. Il, part. II, p. 10 et 1 1). Édenavertit danssa préface qu’il a reçu scs matériaux degcusconnuset respectés, qui avaient eux-mèmes pris la peine de le» rassembler. Le titre de Willes est en laugage de ce temps-là : Uistorye ofTrnveyle inthe M'est and East ladies, etc., by Eden and IVilles, m-4°, p. 336. — Note empruntée à M. alekenaer .

(?) - On trouve la relation deGntar.l Arthus, plus connu sous le nom d'Artbus de Dantzick, dans le secoud tome de la collection de Bry. Elle fait la 0* partie de t India Orieittalis, sous le litre de Description historique et véritable de la câte d Or. Mais il faut remarquer qu'elle est moins l’ouvrage d’Artlms que celui d'un Flamand ou d'un Hollandais qui avait fait le voyage de la côted’Or, et qui n’avait rien écrit que sur le témoignage de ses propres yeux. Elle fut d’abord composée en flamand ou en hollandais; et les Allemands l'ayant traduite aussitôt dans leur langue, c'est relie traduction qu'Arlhug a mise en langue latine. Cet éclaircissement se lit dans l'cpitre dédicatoire, qui est adressée à l’électeur de Mayenre. Mais l'expression e»l équivoque relativement à l 'auteur primitif. Il y a : Et belgico sermone latine conseriptam in lucem emittimus. Il y a eu euGu une truisième traduction en langue française, iuipriméeà Amsterdam, en i6o5, qui, sous certains rapports, semble plus complète que la traduction latine. (Voy. à ce sujet Camus, Mémoire pour la

oogle

L’UNIVERS

« Nyendaal (1), vers la fln du dix-sçptième « siècle, et le capitaine Landolphe (2) « en 1786, sont les seuls connus qui se « soient mis à la tête d’expéditions pour « le Bénin. Presque tous ont été victi- " mes de leur zèle. Ce climat destruc- « teur moissonne avrc la plus grande « rapidité les Européens de tout âge et » de toutes sortes de tempéraments. »

Plus loin je raconterai tout au long l'histoiredesvoyagesdu capitaine Landolphe.

Palisot-Beauvois, à son tour, a droit ici à une mention particulière, et je nesaurais mieux faire que de répéter les simples paroles de M. de Jussieu, prononcées à l’Institut national à propos de la publication récente de la Flore d’Oware et de Bénin (3). « M. Palisot de Beauvois,

Collection des grands et petits -voyages, 1802, in-40, p. mgi'l suiv.jLe cinquante quatrième chapitre de celte description contient un voyage de Mawri ou Moméà Bénin et à rio Korcados; le cinquante-cinquième, une description de la ville de Bénin; et les deux suivants, celle de la côte jusqu’au cap Lopex Gonzalvo. » (Walckenaer, Hist.f ester, lies \ Ir vol., p. a.)

(i)Li relation de David van Nycnda.il a été insérée par Bosman dans sa description de la côte d’Or. Elle compose la vingt et unième lettre de cet ouvrage, sous le titre de De scription Je Ut rivière Formata et Je celle de Dénia. Les aventures personnelles de l'auteur se réduisent à une navigation Iranuille depuis le port de Praya jusqu’à ces eux rivières, à bord du yacht la Jeanne-Marie , d’où celte lettre fut écrite à Bosinan, le i*r de septembre 1701. — On pourrait joindre à ces deux auteurs Dapper et Barbot ; mais ils méritent moins le nom de voyageurs que celui d historiens géographes, dont les ouvrages ne sont qu’une revue des observations d’autrui. Barbot même, qui avait fuit le voyage. de Guinée , ne peut passer que pour un compilateur, surtout dans sa relation de Bénin, où tout est empruuté de David deNyendaul et de Dapper avec tant de mauvaise foi, qu'il ne les a pas même nommés; et Dapper ayant puisé à la même source, ils ou) tous deux par eux mêmes peu d’autorité. (Walc- Iseuaer. iiid. )

(a) Mémoires du capitaine Landolphe , contenant i histoire de ses voyages, pendant trentesis- ans aux côtes d Afrique et aux deux Amériques ; rédigé sur son manuscrit par S. S. Qucsné, deux volumes in-8°; Paris, i8a3.

(3) Flore d1 Ouvre et de Bénin en Afrique , par K. J. Palisot-Beauvois, correspondant de

• qu’un goilt décidé attachait depuis « longtemps a l’histoire naturelle, avait « lu à l’Académie des sciences plusieurs « mémoires sur diverses parties de la « botanique, et plus spécialement sur les « champignons et les mousses, lorsqu’en « 1786 le désir de connaître des objets « nouveaux le détermina à aller visiter « un pays jusqu’alors inconnu aux na- « turalistes. I.e fils d’un roi nè^re des « côtes de l’Afrique avait été amené en « France par un capitaine de vaisseau, « qui après quelques mois de séjour fut « chargé de le reconduire dans sa patrie ■ connue sous le nomd'Oware, pays voi- « sinde la ligneet limitrophedu royaume « de Bénin. M. de Beauvois, privé par « une mesure générale d’unecharge con- « sidérable de finance qu’il exerçait, vou- « lut profiter de sa liberté et de cette oc- « casion pour faire des recherches d’his- « toire naturelle à Oware. Il exposa ses « vues à l'Académie des sciences, qui les « approuva, et, nprèsavoirégalementob- « tenu l’attache et l'autorisation du goti- « vernement, il partit à ses propres irais « avec le jeune noir, dont il s’était con- « cilié l’affection. Son arrivée à Oware « fut signalée par une espèce d’épidémie

• résultant de la chaleur humide descôtes « vaseuses et marécageusesdeee pays-là.

« Lui-même fut malade très-gravement; « cependant son courage le soutint.

« Avant sa maladie et dans les intervalles « que lui laissèrent plusieurs rechutes, il « parcourut le pays d’Oware , une partie « du Galbar, et alla jusqu'à Bénin. Il fit « dans chaque lieu des observations de « divers genres sur les moeurs et les « habitudes de ces peuples, sur le climat, « les sites et les productions naturelles. « Il rassembla les dépouilles de beau-

l'Institnt national, etc. Paris, de l'imprimerie de Fain jeune et compagnie, 1804 1807, a vol. in-fol. • J’ai lieu de croire , disait l’au- « leur dans sa préface , que les uaturalisles a seront satisfaits des genres vraiment curieux - dont cette flore est composée. Les genres « tels que Vomphalocarpum , le myrianthus,

• la spatliodea, la ventenatia et un grand « nombre d’autres soutd’auiaul plus intéres- « sauts qu'ils nécessitent des changements et « des additions aux caractères généraux de. « leurs familles assignés dans le savant ouvrage « de Jussieu sur les familles naturelles. »

GLiiNÉE.

« coup d’animaux et récolta un grand « nombre de plantes (1). » Daus sa Flore même , en donnant sous le nom de Landolphie (f Otcare ( Landolphia Owariensu> ) une belle piaule de la famille des apocvnées , qui croît dans l’intérieur des terres, Palisot nous apprend que grâce à l'amitie sûre et prévoyante du capitaine Landolphe, commandant de l'expédition d'Oware, il put pénétrer cent urues au moins plus loin qu'aucun voyageur européen avant lui. Malheureusement la relation de son voyage n'a pas été publiée, et les observations qui accompagnent la description de chaque plante de sa Flore sont insuffisantes à faire connaître la nature de ce pays à une aussi grande distance de la mer.

— Je reviens au capitaine Landolphe.

Jean- François Landolphe avait quitté Auxonne, sa ville natale, en 1765, à l’âge de dix-lmit ans à peu près; venu à Paris pour étudier la chirurgie, il se dégoûta promptement de cette carrière, et entra dans la marine mari bande. Son premier voyage date de 1767; en 1769 il lit un séjour de trois mois au Bénin; il y revint deux ans apres. Dès ce second voyage il essaya d'apprendre la langue beiunienne;ct voyant les heureuses dispositions des habitants pour ses compatriotes , il forma le dessein de fonder par la suite un établissement dans cette contrée. Il n’etait encore que novice. Lorsqu'il eut été reçu, après l'examen d’usage, en qualité (le capitaine, niait re, patron et pilote pour commander et piloter un navire aux voyages de long cours, soit avec la pratique ou la théorie ( 23 mars 1775), sou premier soiu fut de rédiger le programme ou plan d’un établissement de commerce dans la rivière du Bénin. Il courut à Paris le soumettre à M. David . ancien gouverneur de la colonie du Sénégal , et à M. Ériès, sous-gouverneur, aux ordres du iluc de Lauzun, de tous les établissements français sur les côtes d’Afrique, comme on ‘allait les nommer tous deux administrateurs de la compagnie de la Guyane française. AI. David l'accueillit très-f.ivorablement, mais exigea de plus grands développements sur les ressources

(i) Extrait de la Drcadc philosophique .

an XII , «trimestre. n° io.*

et sur la géographie du pays, avant de

firésenter son projet aux membres de a société. La compagnie de la Guyane l’agréa enfin, et destina au capitaine Landolphe l’un des quatre vaisseaux que le roi lui avait cèdes. Au moisde novembre 1777, la Négresse fut chargée et armée en lettre de marque, avec vingt pièces de canon et quatre-vingt-dix hommes d'équipage. Landolphe partait avec le titre d’administrateur en chef de l'établissement du Bénin. Pour seconder ses projets, on devait lui envoyer tous les trois mois la même quantité de marchandises qu'il emportait : le second capitaineavait l'ordre, dès le débarquement opéré , de ramener le navire en France, tandis qu'a terre le capitaine Landolphe élèverait un fort, établirait des magasins, ferait des .échangés. Il fit son entrée dans le fleuve au mois de février 1778, et le remonta jusqu'à Regio. Il descendit à terre au village de Cal/ion, situé sur une hauteur, treute pieds à peu près au-dessus du niveau du fleuve et habité par trois mille nègres que gouvernaient trois chefs ou phidors.

Après y avoir loué une maison pour servir de factorerie provisoire, il lit connaître au premier des phidors , nommé Danikan , qu’il connaissait depuis longtemps, ses projets d'établissement et l'intention d’aller lui-même présenter son hommage au roi du Bénin.

Les phidors prévinrent le roi, et le troisième jour deux ambassadeurs (passadors) vinrent annoncer que le capitaine Landolphe était attendu. La ville de Bénin est à dix lieues de Gathon. Landolphe et un de ses uffleiers montèrent en hamacs ; trente hommes armés de fusils les escortaient. Durant toute la route, leurs porteurs couraient en chantant. Oii fit une halte à moitié chemin , à l’ombre de grands arbres ; le roi , dans sa joie de recevoir des Français, avait fait préparer en ce lieu des ignames cuites, des ligues , des bananes, des cocos et du vin de palmier.

Malgré cette halte , le chemin fut parcouru en cinq heures. En entrant dans la capitale, on les fit descendre chez le capitaine général des guerres, nommé Jabou; quand on les eut introduits dans une vaste et belle salle élégamment incrustée de cauris , des esclaves

vinrent leur laver les pieds dans de grands bassins de cuivre jaune, de trois métrés de circonférence, formalité indispensable pour être admis auprès du capitaine général. Dans une autre salle, garnie des statues grossières de ses ancêtres , on leur servit , par ses ordres , un repas abondant en volaille cuite, mouton rôti, ragoûts assaisonnés d'huile de palme et de beaucoup de piment , et ignames exquises. Ce capitaine était le plus riche de toute la contrée, son pouvoir balançait celui du roi ; il possédait plus de dix mille esclaves, et n’en vendait jamais; quand il marchait au combat , il avait toujours cinquante à soixante mille, hommes sous ses ordres. Landolphe lui offrit en présent un manteau d'écarlate galonné, un chapeau bordé d'or, un collier de corail fait en tuyau de pipe de la valeur de cinq cents francs; et l'interprète l'assura que tous les Français jouiraient de la plus grande sécurité dans le Bénin, car fa moindre insulte envers eux de la part des noirs emportait la peine de mort.

De là les officiers français se virent transportés à l'entrée de la ville, dans une maison bâtie par le roi pour y loger les Européens qui viennent le visiter; après une bruyante installation, ils tirent demander au roi à quelle heure il les recevrait. Deux passadors vinrent aussitôt les prévenir qu’ils seraient introduits à onze heures du soir. En même temps on leur apportait, de la part du roi et du capitaine général des guerres, des vivres de toute espèce dans de grands plats d'étain très-propres et couverts d’un linge d’une extrême blancheur. A l’heure indiquée deux passadors vinrent les chercher, vingt-cinq nègres armés de sagaies les accompagnaient, et deuxgrandcs lampes, chacune à quatre mèches, les éclairaient. Arrivés à l’enceinte du palais, ils traversèrent plusieurs cours spacieuses , dont une reufermait les tombeaux des rois de Bénin. Landolphe ne put s’y arrêter, et on le lit passer dans un vaste appartement où on lui avait préparé un fauteuil, et où il attendit près d’une demi-heure l’arrivée du prince. Il parut enfin, accompagné de deux noirs entièrement nus , âgés de vingt ans à peu gfès et armés de damas, qui firent signe aux deux passadors de sortir. C’était un beau

vieillard d’une physionomie franche, sa ns une ride sur le visage, grand, plein dedignité; ses yeux brillaient d’un vif éclat; il parlait avec feu. Ses cheveux, un peu gris, étaient relevés à la grecque. Il était tout enveloppé de riche mousseline blanche des Indes. Sur son ordre, l'interprète du capitaine Landolphe s'étendit sur le ventre, aux pieds du roi , levant à peine la tête pour le regarder, et se mettant la main devant la bouche pour que son souille n’atteignît pas l'auguste visage. Laudolphc lui lit connaître son vœu de pouvoir former un établissement dans ses Etats, également avantageux à la France et au Bénin , et d'élever, pour le protéger, un fort à l’entrée de la rivière. Il s’engageait à fournir continuellement le Bénin de marchandises de toutes qualités; mais il dut prévenir le roi que la crainte d'une guerre prochaine entre la France et l’Angleterre l’empêchait de songer pour le moment présent à cet établissement. Le roi le remit au lendemain , après la délibération de son conseil , pour entendre sa réponse. Avant de le quitter, le capitaine Landolphe lui offrit, au nom de la compagnie, quatre pièces de Perse , un pareil nombre de mouchoirs des Indes, deux colliers de corail, une robe de satin blanc à fleurs d'or et d’argent , avec une paire de sandales de même étoffe; ces deux objets sortaient de la garde-robe de Louis XV. Le tout était évalué à cent louis. A la vue de la robe , le roi, après un moment d'extase, s'écria : • Les blaucs sont des « dieux pour le génie et le travail. » Il accabla Landolphe de remerciements, le lit reconduire dans son logement, et à la pointe du jour lui envoya des provisions qui eussent suffi à cent bouches. Landolphe passa dix jours dans la ville de Bénin , et pendant les trois premiers il ne fit que visiter les vingt notables qui composaient le conseil du commerce.

Il était dans son hamac, toujours escorté par trente hommes qui, a chaque visite , déchargeaient leurs fusils. Le cérémonial et les questions étaient partout les mêmes : ou le faisait asseoir en lui demandant s’il avait pu sans de grands dangers franchir la barre de la rivière; on lui servait des ignames et des poules, et lorsqu'il était rentré il recevait , en retour des présents qu'il avait laissés à

GUINÉE. 317

chacun de ces personnages, deux beaux moutons et six poules. Toutes ces visites faites, un passador vint le prévenir un soir ou plutôt une nuit (car il n'y a point de crépuscule au Bénin, et dès que le soleil est couché on reste dans l'obscurité) que le lendemain une fête serait célébrée en l’honneur des Français; qu’il verrait le conseil assemblé et connaîtrait le résultat de sa délibération. Conduits par deux passadors, Lahdolphe et sou lieutenant traversèrent trois cours spacieuses, qu’entouraient des murs de terre élevés de seize pieds environ. Autour de ces cours régnaient de belles galeries de quinze pieds de large, couvertes en latnnier. Après vingt minutes , quatre phidors vinrent les prendre dans une salle d’attente, et les firent entrer dans la salle du conseil, qui pouvait avoir soixante pieds de long. Le roi était assis au fond sur un fauteuil élevé de trois marches. Il était revêtu d’une très-belle pagne blanche, et avait encore à ses côtés ses deux jeunes nègres nus, tenant leurs damas la pointe haute. Soixante vieillards de soixante à soixante-dix ans, dont le titre dans la langue du pays signifie hommes grands , magnifiquement vêtus depagnes, comme leur martre., l’environnaient. Chacun d’eux portait au cou deux rangs de corail fort gros, autant à chaque jambe, au-dessus de la cheville, et h chaque poignet : c’est la marque distinctive de la première dignité de l’État. Les phidors et les passadors ne peuvent porter qu’un collier; encore ont-ils besoin de l’autorisation du roi , car les dignités ne sont pas héréditaires. Ces vieillards sont répartis dans trois conseils : celui des finances, celui de la guerre et celui du commerce. Ils étaient tous trois réunis ce jour-là, parce que le roi aVhit jugé que la demande du capitaine Landolphe intéressait la prospérité de tous ses sujets. Le résultat de la délibération fut qu’il lui serait accordé gratui^ment et à son choix autant de terrain qu’il voudrait pour élever un fort au bord de la rivière , dans le village de Gathon.

Cette concession ne pouvait s’étendre à l'embouchure du fleuve Formose , parce

Sue les terres situées sur les deux rives u bas du fleuve appartenaient au souverain d’Owhère, indépendant de celui du

Bénin. Le capitaine accepta la proposition avec empressement. La fête commença à cinq heures du soir, par un effroyable concert dans une des immenses cours du palais où se tenaient rangés jusqu'à dix mille nègres et négresses. A un certain moment, les musiciens redoublèrent d’efforts et de vitesse. L’interprète dit au capitaine I.andolphe : « Regarde de ce côté; voici un noir que l’on amène; on va lui couper la tête en ton honneur. » Landolphe voulait envoyer son interprète au roi pour qu’il épargnât la vie de cet homme; mais l'interprète s’y refusa, disant que s’il allait en ce moment parler à Oba ( c’est le roi ) il le ferait décapiter de même. Cependant la victime s’avançait , bâillonnée, les reins couverts d’une fine pagne blanche; à cent pas du roi on la fit s’arrêter; deux hommes masqués, delà plus haute taille, enveloppés d une robe qui leur descendait jusqu'aux pieds, se tenaient à ses côtés. L’un d'eux portait une énorme massue, percée à jour dans le haut et surmontée d'une petite figure sculptée représentant le diable ; et quand il l'agitait, on entendait comme le bruit d’un grelot : c’est l.olocou ou le diable qui annonce ainsi qu’il accepte cette victime.

Enfin il lui donne à baiser le fétiche du diable : c'est le signal de mort. Frappée à la tête par devant et par derrière, la victime chancelle; mais elle est soutenue par les exécuteurs, qui l’étendent à terre , le visage appuyé sur le rebord d’un grand bassin dé cuivre : on lui tranche la tête d’un seul coup de damas, et tout le sang qui a coulé dans le vase arrose les tombeaux des rois. Ces sortes de sacrifices se renouvellent dans chaque fête. La veille de son départ, le capitaine alla prendre congé du roi ; il s’assit à ses côtés , on lui servit des volailles fricassées a l'huile de palme et au piment, des ignames, du vin de palme, deux bouteilles de vin de Porto rouge et un flacon de vieux rhum. Après le repas , le roi , le prenant par la main , le mena dans une grande cour où étaient entassées plus de trois mille dents d’éléphants, et lui en fit choisir une, puis il voulut lui mettre sous les yeux les étoffes fabriquées par les femmes beninienncs. On apporta de beaux tapis de coton, ainsi que des pagnes d’herbe très-fines.

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