‹ Sénèque et la mort d'Agrippine, étude historiqueChapitre 23 sur 53 · INTÉRÊT POLITIQUE DES FLA VIENS A RENDRE ODIEUSE I,A MÉMOIRE DE NÉRON · texte numérisé non relu

INTÉRÊT POLITIQUE DES FLA VIENS A RENDRE ODIEUSE I,A MÉMOIRE DE NÉRON

Néron vaincu et tué, ce fut encore pour les Flaviens un intérêt dynastique de rendre odieuse sa mémoire. Le peuple à Rome, ni dans les provinces ne s'était réjoui

3) Liv. III, lettre 5

4) Néron 39

de la chute de Néron ; il ne comprenait pas pourquoi on avait renversé un prince qui avait entrepris de si grand travaux, qui maintenait la paix publique, donnait de grandes fêtes populaires, se montrait dans la foule, se mêlait aux acteurs sur la scène et aux écuyers dans le cirque.

Au milieu des malheurs de la guerre civile „ lorsque les vivres ,5 manquaient, que le peuple était affamé, le travail suspendu, „les affaires nulles" ^), on se plut à croire qu'il n'était pas mort, on conserva l'espoir de son prochain retour. Cette espérance était entretenue par les personnages qui dans le Sénat et dans l'ordre équestre avaient formé le parti de Néron, et qui se voyaient perdus ^) ; à leur instigation des mains audacieuses faisaient en plein forum l'affichage de proclamations qu'on lui attribuait; on y Usait l'annonce de sa prochaine arrivée à la tête d'une puissante armée de parthes et de la terrible vengeance qu'il tirerait de ses ennemis. Hors de l'Italie , plusieurs provinces , entre autres celle de Lyon se déclaraient pour lui ^).

Cette popularité posthume était évidemment loin d'être saine ; mais elle existait, avait sa raison d'être, et constituait une force qu'il fallait briser ou utiliser.

Galba voulut l'attaquer de front ^) et échoua dans sa tentative de réaction, de retour à la sévérité et à la probité dans l'administration. — Othon au contraire arrive au pouvoir et essaye de s'y maintenir en promettant de reprendre les traditions du prince renversé ; il autorise le relèvement des statues de Poppée et de Néron ; il accepte môme le titre de Néron que la plèbe et les soldats lui décernent comme les autres princes avaient été salués de celui de César ^). — La guerre entre Othon et Vitellius

5) Tacite, H. 1. 78; — Suétone Othou, 7.

ne fut qu'une querelle entre Néroniens. Pour se concilier la faveur du peuple Vitellius va plus loin qu'Othon. Les Augustaux dont il est le chef offrent un sacrifice funèbre aux mânes de Néron ; et sur des autels élevés au Champ-de-Mars ^), ils font brûler l'encens et immolent des victimes.

Aussi quand Vespasien se porta candidat au principat, il se déclara le futur restaurateur de la discipline, de l'ordre, de l'économie des finances , le continuateur de Galba ^).

Arrivé au pouvoir , il savait bien qu'il n'aurait pas à redouter les vengeurs de la chute d'Othon , ni de celle de Vitelhus ; ils n'avaient point par eux-mêmes de partisans redoutables ; ceux qui avaient soutenu ces deux princes étaient les hommes demeurés attachés à la fortune des Césars et par suite à Néron. On persistait à espérer son retour; et profitant de cet état des esprits, des imposteurs tentaient de se faire passer pour lui, troublaient les provinces d'orient, et jusqu'à un certain point inquiétaient le prince •'').

Or quel que fût l'appui qu'il trouvait au camp des' prétoriens, quelle que fût la majorité dont il disposait dans la Curie, le parvenu au principat devait toujours compter avec l'opinion publique. C'était elle qui par les manifestations de son mécontentement encourageait les conspirations et les attentats. La rendre favorable au nouvel ordre de choses fut donc une nécessité pour la nouvelle famille qui venait prendre possession du palais d'Auguste et voulait faire en sorte que dorénavant le prince fut toujours choisi dans son sein *).

Le moyen le plus simple, le meilleur, parut être de montrer au public dans un tableau mélangé d'horribles vérités et

1) Tacite H. II. 95.

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