‹ Sénèque et la mort d'Agrippine, étude historiqueChapitre 26 sur 53 · ÉTAT DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA QUESTION

Nous avons ainsi en présence d'une part un message officiel au Sénat, qui déclare qu'au rapport des gens du palais de Néron , Agrippine après avoir tenté de faire frapper son fils par un sicaire s'était donné la mort; que le prince ni ses conseillers n'avaient donné aucun ordre de la faire périr; — et d'autre part d'une opinion postérieurement accréditée qui tait de Néron le meurtrier de .sa mère.

Sénèque par sa collaboration au message assume la responsabihté de son exactitude ; il devient solidaire des affirmations de Néron; nous devons reconnaître que ce n'est pas un témoignage de maigre valeur. Mais il n'est pourtant pas à l'abri du soupçon de partialité.

D'un autre côté, Pline, Quintilien, Juvenal accusent formellement Néron de parricide. Ce sont eux aussi des hommes considérables, mais ils sont dominés par la passion ou l'intérêt , et ils ne peuvent , eux non plus , être crus sur parole en cette affaire.

1) Tacite. A. 1. 1.

Nous nous trouvons dans le cas de l'empereur Julien. Un célèbre avocat de Bordeaux, Delphidius, plaidait devant lui. Il accusait Numérius de concussion dans le Gaule Narbonnaise. Le proconsul niait les faits. „Qui sera donc reconnu coupable, s'écria l'avocat, s'il suffit de nier"? Et le César philosophe lui répondit: „qui serait jamais innocent, s'il suffit d'être accusé?"

Pour décider, s'il est possible, entre ces affirmations contradictoires, recourons aux historiens. Ecoutons et examinons ce que Tacite, Suétone, et Dion Cassius racontent de la mort d'Agrippine, de ses causes, des circonstances qui l'ont accompagnée, et voyons s'ils établissent ou même rendent probable que Sénèque ait adressé au Sénat un rapport impudemment faux.

Page 1