NÉRON A BAIES
Parmi ceux qui au printeinps de l'an 59 avaient quitté la capitale pour se rendre à Baies, se trouvait Néron.
Le jeune César paraissait alors moins occupé du soin des affaires de l'état que de Poppée , et moins de Poppée peut-être que de ses plaisirs. Il avait choisi ses amis parmi les viveurs de la jeunesse dorée*). En pleine P^ome, le soir déguisé en esclave il parcourait, dit-on, les lieux de débauche, les cabarets, les rues de la ville , pillait pour s'amuser les boutiques des marchands, querellait les passants, battant et aussi se faisant battre ^); il rentrait parfois au palais la figure toute meurtrie et s'appliquait , croyait-on , un onguent merveilleux de thapsie et de
1) Ovide, Fastes III. 623—695.
Idibus est Annie festum géniale perennœ .... Nunc mihi cur cantent superest obsccna puelUc Dicere; nain coeunt certaque probra eanunt . . Oscula siirapturus, subito Mars adspicit Annam . Inde joci veteres obsccnaquc diota raniintiir.
2) Martial, épig. L. I. G3.
3) Ovide. Art d'aimer, liv. 1.
5) Sue'tone 26.
cire pour faire disparaître les marques de ces contusions *).
A Baies il était plus à son aise, il laissait tout décorum, invitait ses amis et s'invitait chez eux sans façon; il passait des nuits entières à table; il jetait l'argent à pleines mains, perdait d'énormes sommes aux dés. Quand dans ses promenades sur l'eau sa barque côtoyait le rivage, les châtelaines des villas près desquelles il passait mettaient toutes leurs grâces à engager le beau prince à leur rendre visite ^).
Il eut donc été naturel de penser que s'éloignant de Sénèque et de Burrhus ses conseillers austères, s'éloignant surtout d'Agrippine, de cette mère hautaine, jalouse, hostile, dont il redoutait autant la censure que les embûches, Néron était venu à Baies pour se livrer librement aux folies.
Cependant, à ce que disent les historiens, la recherche des plaisirs n'aurait été pour rien dans la venue du prince. Tandis qu'autour de lui tout était aux rires et à la joie, nourrissant l'infernal projet de faire périr sa mère; il aurait eu l'esprit absorbé par la construction et l'installation d'un navire qui, par un mécanisme particulier, devait s'entr'ouviir à la volonté du triérarque et engloutir Agrippine dans les flots; et cela sans qu'aucun soupçon ne vint peser sur lui.