‹ Sénèque et la mort d'Agrippine, étude historiqueChapitre 29 sur 53 · LA TRIRÈME · texte numérisé non relu

LA TRIRÈME

QueUe était cette invention?

„I1 imagina, dit Suétone ^), un navire pouvant s'entr'ou- „vrir qui ferait périr Agrippine soit dans les flots, soit par jjl'eflfondrement de sa cabine."

Mais quelle pouvait bien être cette ingénieuse construction.

1) Pline. H. n. XIII. 43.

2) Suétone , Ne'ron. 26 , 37 , 30.

3) Suétone , Ne'ron. 34.

ce merveilleux mécanisme? C'est en vain que nous essaierons de deviner , car Suétone ne nous donne pas la moindre explication , la plus légère indication ; il se sert même du terme général de navire, navis , qui ne désigne aucune sorte particulière de bâtiment. C'est bien mettre à l'épreuve la confiance qu'on a en lui.

Tacite parait plus explicatif. „L'affranchi Anicetus, dit-il *), „ préfet de la flotte de Misène, qui avait élevé Néron et qui „détestait Agrippine autant qu'il en était détesté, offrit les „ ressources de son esprit. Il proposa de construire un navire, „dont une partie disjointe avec art permettrait de la préci- „piter dans les flots sans qu'elle s'y attendit. Pden n'est „plus fécond en hazards que la mer, ajoutait-il; et Agrippine „périssant dans un naufrage, personne n'aurait l'esprit assez „ soupçonneux pour chercher un complice aux vents ou aux „ flots. Par surcroit de prudence Néron ne devrait pas man- „quer de faire ostentation d'amour filial., et d'élever des tem- „ples et des autels à sa mère".

Il nous faut reconnaître que nous n'avons non plus ici aucune indication sur cette construction. Mais nous devons noter que selon Tacite on aurait disposé d'un navire de la flotte; qu'Anicetus comptait sur le mauvais temps pour opérer la disjonction des parties du navire et faire périr Agrippine; que l'installation fut conçue au moment des fêtes de Minerve et exécutée dans le chantier, navale, de Misène; enfin que Néron après la mort de sa mère devait faire éclater des démonstrations de piété filiale. Nous avons eu l'occasion de parler de cette dernière partie du programme qu'aurait tracé Anicetus.

Aux rapports de Tacite et de Suétone comparons celui de Dion Cassius.

„La vue an théâtre, dit-il '), d'un navire qui s'ouvrait de liii- „même pour laisser sortir des bêtes, puis se refermait et se „ reconstituait comme il était avant, donna aux conseillers „du prince l'idée d'en construire un pareil." Et ce ne serait pas à Misène, mais sur les l)ords du Tibre, à Ostie que le navire aurait été aménagé.

Ainsi le bâtiment mystérieux prend ici une autre forme, des dispositions nouvelles. Il s'ouvre et se referme de toutes pièces, à volonté. S'il faut entendre par là qu'il s'enfonce et se relève de l'eau sans difficulté, voilà un problème pour nos ingénieurs maritimes plus difficile sans doute à résoudre que celui de la disposition des rames aux murailles de la trirème. Et par fatalité ou par calcul, Dion n'emploie que la désignation vague et générale de vtxvç, ttkoIov^ navire.

Aucun de ces historiens n'a donc compris ni cherché à comprendre ce qu'ils nous rapportent comme une conception tout naturellement réalisable , et nous ne pouvons nous faire aucune idée de ce fabuleux mécanisme.

Il nous faut cependant, et sans y ajouter la moindre foi, supposer le navire installé.

l'areivée d'agrippine et le souper chez le prince.

Si l'obscurité et les contradictions des historiens nous ont laissé dans le doute sur la possibilité d'exécution du fameux mécanisme, si sa conception nous semble n'avoir été possible que pour des esprits auxquels les lois de l'architecture navale étaient complètement étrangères, nous ne comprenons pas davantage qu'Anicetus et les conseillers de Néron aient été à ce point dépourvus de bon sens , que de faire tant de préparatifs avant de savoir s'il leur serait possible d'avoir Agrippine sous leurs mains.

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