‹ Sénèque et la mort d'Agrippine, étude historiqueChapitre 50 sur 53 · H III · texte numérisé non relu

H III

Le chef des Stoïciens était alors Helvidius Priscus, le gendre de Thraséas.

„Helvidius, nous dit Tacite '), avait dès la jeunesse appli- „qué son esprit distingué aux plus hautes études, non pour „ cacher sous la réputation d'un savant une lâche inaction, „mais pour se livrer aux affaires pubhques avec un courage „affermi contre tous les coups de la fortune." Dès la séance où Vespasien fut élu ou reconnu Premier, les propositions et l'attitude d'Helvidius firent voir que dans le Sénat le parti Stoïcien était décidé à revendiquer les privilèges du grand corps , et à s'opposer à toutes les mesures qui lui paraîtraient contraires à la justice et au bien de l'état =*).

Une hostilité constante et parfois violente ne pouvait donc manquer de régner entre la famille Flavienne et les philosophes.

Helvidius ^} ne se bornait pas à fêter dans des soupers intimes les anniversaires des deux Brutus et de Cassius ; en maintes occasions il ne craignait point d'adresser à Vespasien les plus violentes invectives, traitant le prince comme un simple citoyen. Il paya son audace de sa vie *). Il fut exilé et tué par des sicaires. — Sous Domitien Junius Rusticus fut condamné à mort pour avoir publié l'éloge de Thraséas et d'Helvidius et les avoir appelé des „bommes divins".

D'un autre côté le parti Stoïcien ne demeurait pas étranger aux nombreuses conspirations qui se tramaient contre Vespasien ^) et contre ses fils ®).

Comme il ne pouvait manquer d'arriver en une telle situ-

2) Id. IV, 10.

3) Juv., V, 36. Qualc coronati Thrasra HelviJiusque bibcbant

Brutorum et Cassi natalibus.

4) Suétone, Vespasien 15.

5) Suet., Vespasien 2B.

6) Suet, Domitien 10

ation , im dércet de Domitien ') expulsa de Rome et d'Italie tous les philosophes. Quelques-uns furent autorisés à demeurer dans les provinces ; mais la plupart d'entre-eux durent se réfugier au delà du Rhin et du Danube, ou dans les déserts de la Libye 2). On ignore ce que devint Musonius Rufu s, sur quelle terre et comment il mourut. Epictète son élève se retira à Nicopolis en Epire. Dion, la Bouche d'or, déguisant son nom et sa naissance, errant de pays en pays sous les haillons d'un mendiant, ne trouva d'asyle que chez les Scythes et les Gètes.

La mort, l'exil, les mesures de rigueur ne pouvaient que rendre les philosophes plus que jamais ennemis irréconciliables des princes et du principat, et en même temps exalter l'admiration que le public avait pour eux. L'intérêt des princes était donc de les faire déconsidérer, et les écrivains à leurs gages ') eurent pour mission de les poursuivre de leurs railleries et de leurs invectives.

Aussi après avoir traité les Stoïciens de factieux, avec quel malin plaisir Tacite*) nous parle de l'insuccès de Rufus! „I1 amusa les uns, dit-il, ennuya les autres; peu s'en fallut „qu'il ne fût chassé et foulé aux pieds. Cédant enfin aux „conseils des uns et aux menaces des autres, il cessa sa „ prédication intempestive."

Juvénal qui tremblait de s'attaquer aux puissants du jour, se sent rassuré contre les Stoïciens, et s'en donne à cœur joie sur eux^). A l'entendre, ils sont tous des hypocrites,

1) Id. 10.

2) Philosophia autem adeo perterrita est, ut, habitu mutato, alii in extremam Galliam aufugerunt, alii in Libyœ Scythiœque déserta. Euseb. chron. ann. 92. Cité par Chateaubriand. Études historiques.

3) Suétone, Vespasien 18. Tacite, H. I, 1. Juv , Sat. VII. Quiutilien , Inst. or. introduction.

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