S III
l'oraison dominicale.
En parlant delà foudre, Sénèque dit qu'il y a un art de la conjurer : « Cet art consiste à se rendre les dieux propices, parce qu'il convient de leur demander de nous accorder le bien et d'éloigner le mal *. » — On rapproche cette pensée du passage de saint Matthieu : « Délivreznous du mal, )) dont on la dit imitée. Yoilà sans doute une imitation bien nécessaire, et sans laquelle le philosophe n'aurait jamais pu dire qu'on prie les dieux d'envoyer le bien et d'éloigner le mail Comme si, depuis qu'une parole suppliante est pour la première fois montée de la terre au ciel, ce n'était pas là le fond de toutes les demandes humaines l II nous répugne d'alléguer ici des preuves, suivant notre usage, en citant des passages équivalents ou semblables tirés des écrivains profanes, et pour cette fois on voudra bien nous en dispenser.
Cette remarque s'applique à un autre rapprochement bien moins fondé encore que le premier, puisqu'il es non-seulement inutile, mais absolument inexact. Notre auteur, quelque part, s'emporte contre les esprits pusil-
tu dis qu'ils envoient, des hommes pour nous conseiller ce qu'il faut faire ou ne pas faire. » — Que ne dirait-on pas si ce trait était de Sénèque? — Que penser aussi de cette expression de Platon : « La Providence qui se joue dans l'univers; >» n'est-ce pas là une expression toute chrétienne? (Voy. Pensées de Platon, — Lois x.) 1 Quœst. nat.} il, 33.