L'ORAISON DOMINICALE
lanimes qui demandent aux dieux une prompte mort. « Quelle lâcheté et quelle folie, s'écrie-t-il, de souhaiter la mort! Mais ne pouvez-vous pas vous la donner? Ce que vous demandez n'est-il pas en votre pouvoir? Demande aux dieux, Lucilius, la vie et la santé, deos roga vilom et salutem; s'il te plaît de mourir, un des avantages de la mort c'est de te dispenser de tout désir1. » C'est pourtant au milieu de cet éloge du suicide qu'on va placer une imitation de ces mots bien connus : Panera nostrum quotidianum da nobis hodie.
Voilà, dit-on gravement, ce qui a inspiré au philosophe : Deos roga vitam et salutem.
Parmi les prescriptions de Sénèque au sujet de la prière, on oublie généralement celle-ci, qui est cependant plus importante que celles qui précèdent : « Demande un bon esprit, la bonne santé de l'âme, puis celle du corps2. )> Voilà les vrais biens qu'il faut demander, ceux dont parlaient sans doute Posidonius, au premier livre des Devoirs , et Hécaton, dans le treizième livre des Paradoxes 3. Maxime que n'eût point désavouée Socrate, qui disait que « la vertu vient de Dieu, qu'elle n'est pas naturelle à l'homme et ne peut s'apprendre, si elle ne survient par une influence divine4. »
i ÉP. cxvn.
s « Roga bonam mentem, bonam valetudinem animi, deinde corporis. » Ép. X.
3 Diog. de Laër., Vie de Zenon. « Le sage prie et demande les véritables biens, au dire de Posidonius, etc » — Juvénal :
Orandum est, ut sit mens sana in corpore sano. Fortem posce animum, etc... (S. X, 324.)
* Ménon, fin. — « La vertu vient par un don de Dieu à ceux qui la possèdent. » (Ibid.) — « Les Lacédémoniens, quand ils veulent faire
Cicéron répète, d'après Socrate, que la vertu, comme le génie, nous est accordée par Dieu * ; et c'est la demande par laquelle Cléanthe termine son hymne à Jupiter. Ces mêmes philosophes exigent de celui qui prie la pureté de l'âme, la droiture des intentions, bien plus agréable à Dieu que la richesse des offrandes 2 *: quoique ce pré^ cepte ne se trouve pas exprimé dans Sénèque en termes précis, il ressort évidemment de l'ensemble de sa doctrine.