‹ Senlis pendant linvasion allemandeChapitre 11 sur 16 · CITATION A L'ORDRE DU JOUR · texte numérisé non relu

CITATION A L'ORDRE DU JOUR

Eii raison de son attitude courageuse, énergique, le Gouvernement a cité à l'ordre du jour M. l'Arcliiprétrc Dourlent, curé de Senlis.

Voici le texte de cette citation.

« M. l'abbé Dourlent, archiprélre de Senlis (Oise), parcourut la ville pendant le bombardement, indiquant les abris et prévenant la panique. Pris comme otage et sacliant que la ville allait être incendiée par représailles, demanda une enquête au coumiandant allemand et se porta garant de l'innocence de ses concitoyens, s'olTrant à être fusillé si ses affirmations n'étaient pas reconnues exactes.

W^^cndant que les Allemands entraînaient le malheureux maire à ^ rilôlel du Grand-Cerf, des soldats cyclistes débouchaient sur la place Notre-Dame, enfonçaient la porte latérale du grand portail et attaquaient la porte du clocher à coups de haches. Au vacarme de ces cambrioleurs, M. le Curé sort du presbytère. Au môme moment le crépitement de la fusillade se fait entendre.

« Vous prisonnier ! » dit un officier d'une voix courroucée, en s'adressanl au cure. « Montez ! » ajouta-t-il en lui faisant signe de précéder l'escorte. M. le euré 8'exécute> non s^ns protester contre

cette arrestation arbitraire et brutale. On visite le clocher. On constate que pas une âme ne s'y trouvait, et, l'inspection des soldats terminée, on redescend. Puis après avoir entendu le rapport de ses subordonnés, l'officier s'incline respectueusement et salue l'arcliiprètre dont il prend congé. Une demi-heure se passe, lorsque le concierge de la mairie se présente à la cure et déclare à M. l'Archiprétre que, par ordre de l'Etat-Major allemand, il doit se considérer prisonnier et se rendre comme otage à l'hôtel du Grand-Cerf, sous peine de punition sévère. La situation devenait grave évidemment et le Curé de Senlis, quoique n'ayant rien à se reprocher tombant sous le coup des lois de la guerre, n'ignorait pas que les Allemands ne sont pas souvent embarrassés quand il s'agit de trouver un prétexte pour commettre des atrocités.

Au milieu de l'activité qui règne dans les salons de l'hôtel, l'Archiprétre Dourlent demande à parler au général. Il prend plac'e sur un siège en altendant d'être reçu et assiste à un défilé d'officiers qui prennent le Champagne et des sandwichs, mais pas un d'eux ne parlait français, M. le curé acquit bientôt la conviction que l'Etat Major ne se trouvait pas là et qu'il était peut-être inutile, personne ne pouvant le renseigner, d'attendre plus longtemps. Il quitte l'hôtel sans être aulrcment inquiété et se rend à la mairie, dont il trouve les salles et les bureaux éclairés comme les allemands en avaient donné l'ordre. L'hôtel de ville est désert ; M. Calais, resté fidèlement attaché à ses fonctions, avait suivi M. Odent, le maire, pour se mettre à sa disposition et, en cette triste circonstance, lui donner une nouvelle preuve de son dévouement. Enfin d'autres personnes qui se trouvaient à l'arrivée des Allemands à l'hôtel de ville avaient tout naturellement regagné leurs maisons ou le refuge le plus pratique.

Toute réflexion faite, étant constitué otage sur parole, le Curé estime qu'il n'y a pas à hésiter et qu'il doit se présenter devant ses juges. Résolument il reprend le chemin du Grand-Cerf et dans le vestibule croise un officier qui demandait du Champagne en français.

— Le général, lui dit M. l'Archiprétre, m'a donné ordre de me constituer prisonnier. Me voici ! Que dois-je faire ?

— Vous curé Senlis ? dit l'ofTicier.

— Oui, Monsieur,

— Restez ici, riposte l'ofïîcier, vous serez en sûreté,

Paraissant soucieux, après une minute de pause, rAllemand reprend : Pauvre Senlis ! Pauvre Curé ! Senlis condamné, nouveau Louvàin, On a tiré sur nous. Officiers et soldats tués. Voyez : premier châtiment, cette rue qui brûle. Senlis, cette nuit, subira le même sort. Demain, plus une maison debout.

L'archiprètre, à ce langage, était comme suffoqué. « Ce n'est pas possible, vous ne commettrez pas ce crime; on n'a pas tiré sur vous. C'est l'armée française qui a fait le coup de feu tout à l'heure, près de l'hôpital.

Je proteste éncrgiquement.

— Soldais contre soldats, répliqua l'ofïlcier, c'est la guerre mais civils et prêtres ont tiré sur nous à Louvain dans la rue et du haut du clocher. Ici de même. »

Le Curé reprend vivement : « Je ne saii ce qui s'est passé à Louvain, mais de la cathédrale et du clocher personne n'a tiré ici. Seul, j'avais la clé du clocher, depuis le commencement des hostilités. Je ne l'ai donnée à personne ; dans la matinée je suis monté dans la lour pour assister à la bataille sans lorgnette et surtout dans le but de donner des conseils à mes paroissiens et, suivant l'issue du combat, indiquer la direction à prendre à ceux qui voudraient fuir. Vous supposez bien que je ne suis pas capable de monter une mitrailleuse dans le clocher (rAllemand sourit). Je vous dis la vérité, reprit le Curé en terminant, faut-il en faire le serment?

— Inutile ! vous prêtre catholique, vous sincère, je le vois.

— Menez-moi auprès du général qui m'a donné l'ordre de me constituer comme otage. J'ai besoin de lui donner des explications.

— Non, il y a danger pour vous à vous présenter à l'Etat-Major, je ferai mon rapport au général, mon proche (sic) , je ferai tout pour obtenir la grâce de votre ville. »

M. le Curé, en suppliant l'officier de le présenter au général, avait un double but, venir au secours de M. Odent, obtenir sa grâce et le salut de Senlis. Ses instances furent vaines, à son grand regret il dut renoncer à son projet. « En ce cas, dit-il à l'officier, puisque vous ne pouvez me présenter au général, je suis chez moi et ma porte est ouverte, il peut m'envoyer chercher quand il voudra »,

Sur ce, l'officier s'incline et disparaît. M. le Chanoine Dourlent rentre chez lui, il pouvait être minuit. Nuit d'insomnie avec la perpective que d'un moment à l'autre on l'enverrait chercher pour

comparaître devant des juges plus impitoyables qui appliqueraient sans préambule, la terrible sentence. 11 n'en fut rien comme le lui avait fait entendre, dans le cours de la conversation, l'officier allemand. Grâce à son heureuse intervention, à son énergique protestation, la ville n'a pas été complètement incendiée.

D'autre part, M. l'Archiprêtre, pendant l'occupation, du premier au dernier jour, n'a pas manqué un seul instant, et souvent au péril de sa vie, de prodiguer à ceux qui sont restés les meilleurs conseils, les plus salutaires encouragements pour leur permettre de supporter courageusement ces terribles épreuves qui ont marqué les sanglantes journées de septembre. Oui, c'est au péril de sa vie que M. le curé archiprétre, a donné à ses paroissiens, au moment du danger, les preuves de son plus entier et plus précieux dévouement.

Pendant l'invasion, il suffît, dans des moments difficiles comme ceux que Senlis a traversés, de quelques citoyens courageux, au sang-froid éprouvé, pour sauver une ville d'un désastre. Ah ! on comprend que la conduite d'un homme comme notre curé ait fait l'admiration des ennemis eux-mêmes. M. l'archiprètre Dourlcnt, au mépris de sa vie, marchait au devant du martyre comme les premiers chrétiens devant les bétes fauves. De tels exemples de dévouement sont dignes de passer à la postérité. Ils nous rappellent les plus beaux holocaustes qui ont illustré les premiers siècles de la chrétienté.

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L'ambulance, de l'JnStituHorv §ôint-9»r)cent

Nous l'avons dit en débutant, une ambulance avait été installée à Saint-Vincent par les soins du distingué Directeur de la maison d'éducation M. l'abbé Conen. Celte ambulance, on le verra dans les récits qui vont suivre, rendit de grands services pendant l'invasion. M. l'abbé Conen, habilement secondé par le sympathique préfet des études, M. l'abbé Bresson, rencontra autour de lui des personnes qui ne vivent que pour faire le bien, dont le plus doux passe-temps est de soulager les misères d'autrui par tous les moyens en leur pouvoir. Le docteur Ader, quoique retenu à l'Hôpital, se transportait à Saint- Vincent quand on faisait appel à ses dévoués services. Les Dames de la Croix-Rouge et les Dames de la lingerie, de l'Infirmerie, de la cuisine faisant partie du personnel de l'Institution, apportèrent leur précieuse assistance auprès des malades. MM. Sainte-Beuve et Fautrat, si connus par leur charité, leur sollicitude à l'égard de ceux qui souffrent, ne pouvaient manquer une si belle occasion d'exercer utilement une philanthropie que les infortunés et les malades ont si souvent appréciée. Je n'aurai garde d'oublier M. Henri de Maricourt, consul à Mons, et son frère, notre distingué confrère, M. André de Maricourt. Leur intervention courageuse, leur initiative généreuse, en bien des circonstances particulièrement graves, ont aplani bien des diiïîcultés avec un ennemi autoritaire, orgueilleux, brouillé le plus souvent avec la plus élémentaire logique, la saine raison. Un fonctionnaire, M. Carcel qui avait refusé de quitter la ville, accompagna M. A. de Maricourt dans des excursions délicates, périlleuses à travers la ville au milieu des dangers qu'offraient l'incendie ou les patrouilles apparaissant à tous les coins de rue. Il y a aussi un brave jardinier du nom de Thieux qui s'est improvisé, pour la circonstance, infirmier et qui, de cette façon, a rendu de véritables services à l'ambulance.

Pour sauver un Blessé !

La nuit, M. le Supérieur de Saint- Vincent et M. Leroux vont à la

recherche d'un blessé derrière Ihôpital. llsle ramènent à Saint-Vincent où il reçoit les soins d'un major allemand.

M. l'Aiim-; COXEN Supérieur de Saint-Vincent

Mr, 'épisode, dont on va lire les il^dctails inlcrcssanls, était en réalité peu connu de Scnlis.

Les conciloYcns qui en ont clé les acteurs passaient avec soin sous silence un acte f[u'ils cslimaicnt avoir accompli (ont simplement comme un devoir im[)éricux au mépris du danger.

Nous avons appris indirectement ces faits et, d'après les détails parvenus à notre connaissance, nous avons pensé qu'il serait regrettable de priver nos lecteurs de cet

épisode digne de figurer dans l'histoire de Senlis pendant la guerre de 191/i.

Nous avons eu recours, pour nous documenter, à l'amabilité

d'un de nos bons amis, M. Leroux, l'un des modestes acteurs de cette scène, et par conséquent bien placé pour nous la raconter.

Après avoir longtemps hésité, M. Lerouv vc.it bien céder à nos instances et nous retrace avec la plus grande simplicité et en toute sincérité les détails de cet épisode. Nous lai laissons la parole.

(( Le jeudi soir, 3 septembre, vers sept heures et demie, le D' Ader m'avise qu'on lui a signalé un blessé français dans les champs derrière l'hôpital. Il ajoute qu'il n'y a plus de place à l'hôpital, rempli de blessés, et qu'il ne possède aucun moyen de transport pour ce soldat blessé, mais toutefois il importe de ne pas le laisser passer une nouvelle nuit sans soins et qu'il est peut-être possible de trouver ce qu'il faut à Saint-Vincent.

Je me dispose à aller à Saint-Yincenl, lorsqu'un passage de troupes allemandes m'incite à attendre un moment plus opportun.

Je dîne rapidement.

Vers huit heures et demie, Rcnoit vient chez moi pour une cause qui ne me revient pas à l'esprit.

Connaissant les émotions par lesquelles il a passé la veille, j'hésite un instant à lui parler de ce que le docteur Ader m'a dit.

Je surmonte cependant mon hésitation, et lui expose la situation. Sans attendre aucune proposition de ma part, Benoit me dit immédiatement : « 11 faut aller le chercher. Allons voir M. le Supérieur de Saint-Vincent. »

Nous passons chez M. rArcliiprctre que Benoit a besoin de voir et nous nous dirigeons ensuite sur Saint-A incent. En descendant la rue du Chancelicr-Gucrin, r.ous apercevons une clarté inaccouluniée à la Licorne : c'est tout le quartier qui achève de se consumer.

L'épicerie YgoulT est complètement détruite ; ([uelques maîtresses poutres ne sont qu'un brasier, des morceaux de vitres se détachent et tombent sur des débris de toutes sortes avec un bruit strident dans un calme comparable à celui du désert. Pour pendant à l'épicerie, la maison du sellier, celles du charcutier et du boucher, un monceau de ruines fumant encore.

Les moellons sont venus tomber en face au pied des maisons. Et il faut enjamber sur le trottoir ces matériaux pour pouvoir passer.

Empoignés par l'aspect tragique et sinistre des rues, nous échangeons — à voix basse — nos douloureuses impressions et nous continuons notre chemin par la rue Bellon et la rue Saint-Yves, pour éviter - croyons-nous — la rencontre de soldats allemands,

A Sainl-Vinccnt, la cour est occupée par des voitures d'ambulance allemandes. On en descend des blessés aussitôt transportés lans les salles de l'Institution,

M. le Supérieur, l'abbé Concn, mis au courant de notre visite, est désolé de ne pas avoir à sa disposition un moyen de transporter le soldat français. Mais réflexion faite, et avec une résolution couraigeuse, il va voir le major allemand, lui expose le fait et lui demande s'il consentirait à prcler un brancard.

De bonne grâce, celui ci accepte la proposition et les ambulanciers allemands mettent le brancard à notre disposition.

(( M. le Supérieur se munit d'un falot et nous voici en roule pourvus d'un sauf-conduit délivré par le major.

Tout d'abord il nous faut aller rue de la Fonlaine-dcs-Arcnes,

voir M. Dclobcllc qui, seul, peut nous indiquer l'endroit où se

I trouve le blessé. Rue de Mcaux, l'incendie est encore en pleine

aclivilé à la Sous-Préfecture et nous avons des craintes sérieuses

pour les écoles cl le musée.

M. Delobellc nous indique, autant que la nuit peut lepermclUc, l'endroit où il croyait que se trouvait le blessé. C'est en passant par le Pont du Chemin du Roi, à droite du Chemin de l'Epée. Le malheureux devait cire entre deux cadavres de soldais.

(( Nous continuons notre chemin et, arrivés à l'endroit probable, nous cherchons du côté indiqué par M. Delobclle. Nous apercevons deux corps et, en approchant, nous nous trouvons en présence du cadavre d'un soldat français. Deux trous béants à la trachée arlère nous donnent l'impression qu'il n'a pas dû souffrir. Nous cherchons sa médaille, il n'en a pas. L'autre cadavre, un soldat prussien, n'offre rien de particulier et nous le laissons pour continuer nos recherches.

Nous avons cependant l'occasion de faire une constatation qui présente un certain intérêt : les fusils Lebel qui sont sur le terrain ont été tous brisés. A une centaine de mètres à droite du chemin de l'Epéë, c'est-à-dire du côté de l'hôpital, il n'y a que les corps des deux soldats tués ; mais de blessé, point.

Nous passons à gauche du chemin et à une cinquantaine de mètrei, nous trouvons enfin celui que nous cherchons.

Il a eu le genou gauche frappé par une balle et il lui est inipossible de remuer la jambe.

Il est bien tombé à l'endroit indiqué par M. Delobelle, mais fatigué d'une longue attente (il dit et il croit qu'il y a (rois jours qu'il est là) il s'est laissé rouler sur la pcnlc du terrain, au prix de soiiffranccs pénibles, jusqu'au pointoù nous l'avons trouvé. M. le Supérieur qui a emporté un cordial, lui en fait prendre quelques gorgées et nous nous mêlions en mesure de placer le blessé sur le brancard.

(( Avec beaucoup de courage et c:i se prèlant à toutes les précautions que nous imaginons, noire pauvre blessé est transbordé sans trop de souffrances. Et nous nous niellons en roule pour Saint- Vincent,

M. le S ipéricur nous précède el, avec toute la sollicitude que l'on ne trouve que dans les âmes généreuses, nous signale les obstacles qui peuvent nous faire buter et occasionner des souffrances au blessé.

Nous sommes descendus par la rue Quémizet. La place Saint-Martin ne le cède en rien, comme vision sinistre,

au quartier de la Licorne et le bruil des poutres qui crépitent ou qui tombent dans le foyer, des vitres qui se brisent, les élincellcs qui par inslanlssurgisscnl comme un bouquet de feu d'arlifices, lout cela, entendu, vu à minuit, sans aucun secours, dans la désolation de l'abandon, avec un blessé sur un brancard, lout cela est singulièrement impressionnant.

C'est lugubre, et, d'instinct, c'est à voix basse que nos conversations s'échangent.

Au coin des rues de la Bretonnerie et de la République, même vision à gauche et à droite : tout en feu sauf k débit Dekerpel en face.

Place Saint-lVrartin nous avons à nous garer des fils téléphoniques

M. LEROUX de la Place Lavarande

qui traînent à terre, mais rue de la République les précautions contre les nombreux fils télégraphiques qui encombrent souvent la voie sont plus laborieuses.

Au cours d'une halle, pour nous reposer, un peu avant la maison de M. Fournier, une automobile venant de la porte de Creil nous croise. Elle a dû ralentir son allure pour contourner les débris qui jonchent la rue à divers endroits.

Par qui est-elle occupée ? Il nous est impossible de le savoir. Mais au passage, à la lueur des incendies et du falot, nous apercevons distinctement quelques canons de revolvers braqués dans notre direction.

L'auto passe se dirigeant sur Paris.

Au coin de la rue du Temple, une patrouille allemande nous intime l'ordre d'arrêter. Elle examinp méticuleusement le saufconduit que lui présente M. l'abbé Gonen et vient voir le blessé. Les soldats allemands paraissent s'intéresser à la situation du malheureux et lui témoignent de la commisération.

Pour éviter la chute possible des corniches de la Sous-Préfecture, nous prenons la rue du Temple pour aboutir rue de Meaux et à Saint-Vincent.

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« A notre arrivée, il y a plus d'une heure et demie que le major allemand a terminé les soins que nécessitent ses blessés. Mais il a tenu à ne pas rejoindre son régiment avant d'avoir vu et pansé le blessé que nous venions de chercher.

11 est environ minuit. Nous assistons au pansement qui est fait avec beaucoup de douceur par le major. Et nous nous dirigeons, Benoit et moi, munis d'un sauf-conduit, vers nos habitations.

Nous passons rue des Vignes et, fait bizarre, je ne me rappelle pas avoir vu de maison brûler dans cette rue. Nous rejoignons la rue de la République par la rue des Bordeaux.

A ce moment, la maison de M. Delaporte est complètement détruite, la maison de M. Charpentier brûle encore, mais l'étude et la maison de M. Langlois sont intactes. En passant par la Halle, nous apercevons un occupant dans le magasin de Boucher-Bernoux. Il vient sur le pas de la porte pour nous regarder. Nous ne cherchons pas à approfondir le mystère et nous rentrons chacun chez nous.

Tels sont, nous dit en terminant notre aimable interlocuteur, les détails d'un acte de simple fraternité, qui n'offre d'autre intérêt que d'avoir été accompli dans un cadre tragique. »

Au mérite d'avoir rempli leur devoir dans des circonstances périlleuses, ces braves dont nous venons de conter l'histoire, ajoutent une modestie qui leur fait honneur. Quand M. Leroux eut terminé son récit, nous lui demandons s'il n'avait pas eu, lui et ses compagnons, en traversant la ville incendiée et sillonnée par des patrouilles allemandes, le souci des dangers auxquels ils s'exposaient. « Non, répondit mon inlerloculcur. Nous n'avions qu'une idée: arracher à une mort certaine le blessé dont on nous avait signalé la présence derrière l'hôpital. Nous avons fait simplement notre devoir. »

Voilà qui se passe de commentaires. N'est-il pas vrai que de tels actes d'héroïsme sont réconfortants et méritent de figurer dans les épisodes de la guerre de 191 4 ?

^r^r,^f*P^pK^^

Les événements militaires du 2 Septembre

au sud de Senlis

La bataille racontée par un combattant qui est blessé à la fin de l'action.

Il a clé peu parlé, jusqu'à présent, des événements militaires qui se produisirent au sud de Senlis dans l'après-midi du a Septembre et qui eurent, très certainement, une grande influence sur la façon dont les Allemands traitèrent la ville et les habitants.

Les détails que nous allons donner à leur sujet émanent d'une bouche autorisée et nous pouvons en garantir l'exactitude.

Le ""^ régiment d'infanterie était arrivé à Senlis le i*"^ Septembre, avait cantonné au quartier Ordencr et avait été désigné pour former l'arrière garde de la •-' division qui avait combattu toute la journée et couvrait Senlis.

Le 2 Septembre, à 5 heures du malin, une partie de ce régiment — tandis que l'autre prenait part à la bataille au nord de la ville — s'établissait donc au sud, à droite et à gauche de la route de Paris, sur la lisière de la forêt de Chantilly. On installe de solides tranchées en échelons, assurant des feux croisés et un bon défilement.

L'artillerie ne pouvant être employée à cause de la forêt qui ne laissait pas un champ de tir efficace, on mit en batterie une section de mitrailleuses et quand la ' division battant en retraite fut passée, on barricada la route.

Il était à peu près 3 heures du* soir quand, la division et le convoi étant écoulés^ les Allemands fouillèrent Senlis à coups de canoni

N'éprouvant pas de riposte, ils entrèrent dans Scnlis ; une colonne descendit la rue de la République, occupa le faubourg Saint-Martin qui regarde Paris, et tenta de déboucher. Elle fut accueillie par le feu des mitrailleuses qui cribla les premiers rangs. Les Allemands se jetèrent alors dans les maisons latérales et les jardins et tentèrent de sortir sur un grand front ; notre infanterie, qui était restée masquée, les arrêla net par une intense fusillade.

Ils disparurent à nouveau et envahirent l'hôpital dont les fenêtres dominaient les tranchées, puis ils attendirent des renforts. Quand ceux-ci furent arrivés, ils essayèrent encore une sortie, en masse. Les milrailleuses furent dirigées sur eux, mais elles durent cesser le feu aussitôt, car l'officier qui les commandait venait d'entendre des cris de terreur folle « dos clameurs, a-l-il dit, qui n'avaient rien d'humain et qui étaient poussées par une troupe de ci\ils qu'ils avaient mis devant eux tant pour s'en faire un icmpart que pour paralyser notre tir.')

C'était la fin de la bataille de Senlis. Notre ariière-garde qui avait reçu l'ordre de tenir jusqu'à G heures du soir se replia en bon ordre vers Pontarmé, pendant que l'ennemi, furieux de la résistance qu'il avait rencontrée et qui avait arrêté sa marche, se livrait aux terribles représailles que l'on sait et qui l'ont couvert d'un opprobre indélébile.

^@gXJ^Q^^(^^°^^^^^^

L'Hôpital

pendant

l'invasion

M. Dufourmentel administr^iteur.

avec le concours dévoué des sœurs du Docteur Ader et de MM. Tarcy et Prévost assure les services de l'établissement hospitalier.

ît /■ e lundi 3i août 191/i, M.

i^Odcnt, maire de la ville de Senlis, recevait à son cabinet à l'hôtcl-de-ville, M. Dufourmentel, administrateur des hospices.

— Puis-je compter sur votre concours, à l'hôpital ? interrogea M. le maire.

— Je resterai à Senlis et ferai tout mon devoir, fut la réponse de M. Dufourmentel.

En raison du danger toujours possible d'un bombardement que l'approche de l'ennemi rendait plus redoutable, nombre d'habitants, on le sail, avaient quitté la ville.

Et c'est ainsi que M. Dufourmentel resta seul administrateur du bureau de bienfaisance, venant à l'hôpital chaque jour de 8 heures du matin à 5 heures du soir, et ne prenant que juste le temps

M. DUFOUUMEiXTEL Administrateur de l'Hôpital

nécessaire pour ses repas. Son rôle fut particulièrement ingrat ; sa lâche lourde et difficile. 11 s'en acquitta pourtant de façon parfaite grâce à l'énergie, au tact et au dévouement dont il ne cessa de faire preuve et au concours précieux que lui prêtèrent les Sœurs, MM. le docteur Ader, Tarcy, Prévost et le personnel tout entier. C'est lui qui, chaque jour, s'informait auprès de la supérieure de l'hôpital des besoins de l'établissement: linge, médicaments, épicerie etc.. Certain jour, qu'en compagnie de réfugies, M. Dufourmentel ramenait en voiture à l'hôpital un lot important de chemises, un soldat allemand ne s'avisa-t-il pas d'en dérober un paquet ? Mais l'administrateur veillait ; et comme le voleur allait s'enfuir avec son butin, il l'arrêta et, d'autorité, lui arracha des mains le paquet. Le teuton n'insista pas. Un autre jour, — et cela démontre bien comme était nécessaire à l'hôpital l'autorité d'un homme, — M. Dufourmentel est saisi des doléances de la supérieure. Les réfugiés, venus là très nombreux, et abusant de la bonté des religieuses déjà très surmenées, protestaient avec force contre la nourriture

qu'on leur servait ; et certains pensionnaires n'avaient pas craint de faire cause commune avec ces mécontents. L'administrateur intervint. Très paternellement, mais très fermement aussi, il déclara que de telles scènes ne devraient se reproduire à aucun prix. Ce n'est pas, parce que nous sommes en guerre qu'il faut prétendre élever le ton ; il faut, au contraire, dit-il, subir les conséquences du moment. Et tout rentra dans l'ordre. Mieux, pour éviter le retour de pareils faits, et permettre de préparer plus rapidement la nourriture des réfugiés, M. Dufourmentel fit chercher à ces fins, chez M. Barbier, rue de Paris, par MM. Tarcy et Prévost^ des fourneaux supplémentaires,

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