M. ADER
Docteur en Médecine a prodiffué ses soins aux blessés de l'Hôpital, et de Saint-Vincent avec un zèle, un dévouement auquel la population a été unanime à rendre hommage.
En d'aulrcs circonslanccs, M. Dufourmentel eut à prendre la défense des malades, blesses el hospitalisés confiés à sa charge.
Le pain vint à manquer un jour. Aux portes de chaque boulangerie l'ennemi avait établi des sentinelles, et défense était faite d'entrer. L'administrateur ne se tint pas pour battu ; il intervint auprès de l'autorité militaire et finit, après bien des pourparlers par obtenir la demi-ration. La cause était au moins partiellement gagnée ; et nul, à l'hôpital, s'il dut réduire sa portion, n'eut vraiment à souffrir de la faim. Un fait semblable se représenta à quelques jours de là ; mais ce fut, cette fois, à un Intendant militaire de l'armée française que M. Dufourmentel eut à s'adresser pour obtenir au moins la demi-ration de pain qu'il demandait,
Le 4 septembre, vers ii heures 1/2 du matin, alors que de retour de l'hôpital il venait prendre son repas à son domicile, route de Compicgne, M. Dufourmentel fut informé par sa bonne que, peu d'instants avant, un capitaine à cheval, accompagné de vingt cinq hommes, avait emmené Mme Dufourmentel.
— Conduisez-moi immi^iatement à la ferme Compiègnc, avait dit le capitaine, chargé de ramener des vaches et des veaux pour le ravitaillement.
— Prenez à gauche, commença
Mme Dufourmentel.
Mais le capitaine coupa: «-..vous allez nous y conduire, nous n'avons pas beaucoup de temps à disposer. »
— Soit ! mais vous ne me ferez pas de mal ?
— Non, non !
M. Dufourmentel se précipita,
rejoignit la colonne et dit au capitaine : « Je suis le mari de cette
dame, je vous prie de la relâcher ; je vais vous conduire....» — Accompagnez nous, répondit l'officier ; soyez tranquille nous
ne vous ferons pas de malt
M. PRÉVOST Alfred s'est mis à la disposition de l'Hô piial ot, avec M. Tarcy sous les ordres de la supérieure et de M.
Dufourmenlel, a assuré le fonctionnement régulier des services do cet élublissiMnent.
La petite colonne arriva à la ferme Compiègne où il fut répondu que les animaux élaient dans les pâturages à vingt minutes de là, — Allez me chercher une vache et un veau, dit le capitaine à M. Dufourmentel ; il y a encore deux fermes dans ce village.
Près du moulin Saint-Rieul, au milieu d'un champ, l'Allemand avisa une petite cabane en planches.
— Qu'y a-t-il là dedans ?
— Je ne sais...
Deux hommes sortirent des rangs, défoncèrent la porte et ramenèrent une vache et deux gros veaux appartenant à Mme Lebon jeune ; ces animaux furent enlevés sans réquisition régulière.
— Nous allons vous reconduire, dit le capitaine à M. et Mme Dufourmentel. Et quand ceux-ci furent arrivés devant leur porte, l'officier demanda : « N'auriez-vous pas un cordial ? Je me sens l'estomac très délabré. »
M. Dufourmentel alla chercher une bouteille de madère, et deux verres, pensant que l'Allemand le ferait boire lui-même avant de goûter à la boisson. Mais l'ofTicier but un verre en disant : « Je bois à votre santé. Monsieur et vous, Madame. ))
Puis il entama la conversation.
— Triste chose que la guerre ; vous subissez ce que vous avez voulu...
— Jamais de la vie, interrompt M. Dufourmentel, ce n'est pas nous qui avons voulu la guerre, c'est l'empereur Guillaume ; ce n'est pas la guerre que vous faites là, vous avez brûlé la moitié du pays.
— Nous venons de Belgique, continue l'officier, où vous nous faites battre par des troupes noires ; nous marchons jour et nuit...
— Quel est votre grade.^ demandeson interlocuteur.
— Capitaine commandant.
Et M. Dufourmentel remarque le pommeau de son épée, en or et orné de pierreries.
" — Et la guerre ?
— Oh ! nous ne sommes pas encore victorieux ; les civils tirent sur nous; et les noirs, à Liège et à Namur, coupent la tête de nos officiers et les promènent au bout de leurs baïonnettes.
— Les troupes noires sont des troupes régulières.
Là dessus, l'officier partit ; une grande tristesse se lisait dans ses yeux.
Quelques jours après, une colonne allemande repassa devant la maison de M. Dufourmenlel, se dirigeant vers Gompiègne. Devant la grille, ils s'arrêtèrent et l'un d'eux cria : « Venez ici ! Pourquoi ces maisons sont-elles fermées ? Elles cachent des Français, sansdoute ?
— Non ! répliqua M. Dufourmcntcl ; ce sont des maisons de rentiers retirés des aiïaires...
— ,..qi)iont eu peur des (( barbares allemands » ricana l'officier.
— Oui!
— Et vous n'avez pas peur, vous ?
— Non j'ai vu vos troupes en 1870.
Un autre demanda à M. Dufourmenlel s'il n'avait pas d'eau miné raie.
— Si ! de l'eau de Saint-Galmier.
11 en exigea deux bouteilles q li lui furent remises et que son ordonnance plaça dans ses fontes.
— Etcs-vous victorieux ? demanda encore l'administralcur des hospices.
— Nous le sommes sur toute la ligne. Nous avons conquis la Belgique ; l'Italie est avec nous : ses troupes sont entrées sur la cote d'Azur et occupent Nice actuellement. Vous ne le saviez pas?
— Non !
— Et demain nous serons à Paris.
Quel contraste avec la conversation de la veille ! Le mercredi suivant, 9 septembre, les zouaves arrivaient à Sentis, l'arme au poing, longeant les murs ; il était G heures du matin.
— Eh ! les' zouaves ? appela M. Dufourmentcl, venez donc prendre quelque chose.
— Merci, répondirent-ils, nous bouffons du boche (sic)
Et ce jour-là Scnlis fut définitivement purgé des barbares qui l'occupaient.
Nous devons, pour ne pas manquer à notre devoir, terminer ce chapitre en adressant à l'honorable docteur Ader, au nom de tous les malheureux, l'expression d'une sincère et vive reconnaissance. M- Ader s'est multiplié sans compter son temps, ses soins au chevet des pauvres blessés qui ont trouvé en lui un bienfaiteur. Il a bien mérité de la patrie en se prodiguant auprès de ceux qui souffrent.
Une brave religieuse
Nous détachons d'un rapport hi au Comité archéologique par l'honorable M,. Fautrat la belle page suivante qui met en relief le dévouement, l'abnégatiou des humbles filles de la Charité pendant le combat.
L'ennemi engagé de ce côté devait faire sa jonction au sommet de l'angle, faubourg Saint-Martin. Les combattants français de toutes armes avaient pris position le long du périmètre de la foret de Chantilly, distante de la ville de un kilomètre. De là, nos mitrailleuses battaient l'ennemi sur les deux avancées. Les Allemands, pour se couvrir à mi-côte de la rue de Paris, prennent la rue transversale reliant les deux voies où ils sont engagés. Ils font marcher devant eux les Français pris sur leur route, de même que, dans la rue de la République, ils s'avancent précédés d'une ligne de nos
Dans une salle de blessés les projectiles ont fait au Christ une véritable auréole
concitoyens emmenés brutalement et devant servir de boucliers vivants contre l'attaque.
La bataille se livre avec acharnement devant l'Hôpital. Les otages tombent; une petite fille de cinq ans, au rang des otages, est frappée d'une balle. M. Dupuis, comptable de l'Hôpital n"ii, après avoir essuyé le feu avec courage sur tout le parcours, parvient
en marchant devant lui, à gagner la forêt, protégé par une ligne de peupliers bordant le chemin. Un ofTicier allemand el son cheval sont tues, soixante soldais jonchent le sol. Un chef blessé entre à i'hopilal, tue sur les marches d'entrée un hospitalisé. La cloche de la maison sonne l'alarme. L'allemand devient fou furieux. La Supérieure s'avance près de lui, le prend par le bras, et le contraint à monter dans les salles. A ce moment un blessé français descendait l'escalier. L'ofRcicr braque sur lui son arme, mais la sœur, de sa main, la lui fait abattre.
Dans la salle, deux Allemands sont soignés parmi les blessés français. Ils disent la charité, le dévouement des sœurs. La fureur du chef paraît tomber. Il fait laver sa plaie, demande du cognac et se couche. Les murs de la salle sont tapissés d'empreintes de balles qu'ont envoyées les mitrailleuses des deux camps. Une balle a traversé le lit d'un blessé et la sœur reste à son chevet pour continuer les secours.
Le mur exposé à l'est est criblé de mitraille, à l'exception d'un mètre carré où se trouvent le Cluist et l'imigc de la Vierge. Tout autour de cet espace, les balles forment une auréole.
Comme au Golgolha, de saintes femmes de Sainl-\ inccnl-de- Paiil sont là devant l'image du Christ que le fer a respectée.
Les cornettes blanches dans ce milieu, les blessés dans leurs lits, la pluie de balles, le Christ dominant tout, n'est-ce pas la charité, le mar:yre, le fait providentiel réunis pour montrer ce que donne l'àmc des Ir.mibles : la résignation, la toute puissance de Dieu. L'hospice, après cette scène fut vite envahi. L'aumônier, l'abbé Cavillon, était à son poste, courageux et brave. Plusieurs fois, il fut menacé.
Dût l'humilité des filles de la Charité souffrir de ce relief, les cœurs français le doivent connaître pour que le Père Vincent, en regard de ce trait émouvant, obtienne de la Miséricorde, le pardon et le salut.
Une mitrailleuse avait été placée dans l'une des cours de l'Hôpital. Elle fut retirée. La sérériité d'âme de la Supérieure avait obtenu ce résultat.
Allumez barbares, comme à Senlis, vos torches d'incendie ; la lueur sinistre reflète le crime, La lumière qui dans nos hôpitaux éclaire le dévouement des humbles, vient de Celui qui donnera aux Francs, comme à Tolbiac, le salut de la France dans la foi suppliante.
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