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Honneur au:k:
glorieuses Victimes
Le 12 Septembre a lieu à Cliamant l'exhumation du corps de M.Odent, maire, et des six otages fusillés.
Au cimetière, M. Cultru, doyen du Conseil municipal, prononce les dernières paroles d'adieu.
n a, en général, peu de détails sur l'arrestation des citoyens surpris dans les rues, allant soit aux provisions, soit à la recherche d'un ahri et arrêtés sans autre forme de procès.
Les versions, données par des gens très honorables, sont souvent différentes, il est vrai. On ne saurait trop mettre en garde le public contre les racontars de certains journaux qui ont forgé de toutes pièces des histoires pour remplir leurs colonnes et intéresser leurs lecteurs.
Ce que l'on sait, c'est qu'aussitôt arrêté, M. le Maire a été conduit à l'hôtel du (irand-Cerf, sous l'inculpation d'avoir tiré ou fait tirer sur les troupes allemandes et d'avoir oublié de rappeler au calme la population senlisienne.
Notre malheureux maire ne cessa de protester énergiquement contre ces accusations, il donna à ses bourreaux le démenti le plus formel. Le commandant du détachement ne voulut pas en démordre et à partir de cet instant (il pouvait être quatre heures de l'aprèsmidi) notre regretté maire a vécu avec celte idée épouvantable que
sa dernière heure allait bientôt sonner. Et à son supplice s'ajoutait la vision de ces êtres chers auxquels il ne lui était pas permis d'adresser le dernier adieu. Notre maire fut emmené de l'hôtel du Grand-Cerf à diamant, avec six infortunés citoyens pris au hasard dans la rue :
MM. Rigault, tailleur de pierres;
Aubert Emile, mégissier;
Pommier, mitron;
Coltercau fils, plongeur chez M. Picrrard ;
Barbier, charretier chez M. llerbcl;
Pierre De^vert, chauffeur.
C'est vers dix heures du soir, croit-on, qucccsinnoccnlcs victimes ont été impitoyablemen'. exécutées par leurs bourreaux.
Le 1-2 septembre dernier, la Municipalité et les Conseillers municipaux restés à Scnlis, se rendirent à Chamant pour assister à l'exhumation de M. Odent. Parmi les personnes qui faisaient partie du cortège, on distinguait des ouvriers de la scierie venant saluer la dépouille de leur ancien patron, ainsiqucM. Beaufort, surveillant des travaux publics.
M. l'archiprètre Dourlent, après avoir donné la bénédiction, retraça en quelques paroles émues les dernières heures de M. Odent. ensuite le funèbre cortège se dirigea vers le cimetière de Senlis, à l'entrée duquel se trouvait un enfant de chœur avec l'eau bénite.
M. le curé de Senlis conduisit le corps au lieu de la sépulture provisoire et prononça les dernières prières liturgiques.
Puis, M. Cultru, doyen du Conseil municipal, adressa aux personnes présentes l'allocution suivante :
Messieurs,
« Celui que nous pleurons m'écrivait, quelques heures avant sa mort cruelle, ces mots sublimes dans leur simplicité : « J'ai enfin mis ma femme en sûreté et je suis maintenant tout à Senlis. »
« Oui, bon et cher Maire, votre dévouement fut sans limite ; vous avez tout donné à votre ville natale : votre tranquillité, vos pensées, vos joies, votre vie dans des circonstances terribles qui ne seront jamais oubliées ! un tel exemple de civisme ira à la postérité !
cr
— Si
« Innocente victime de l'injustice et de la barbaiie Allemande, ton nom, désormais, rayonnera dans l'histoire de notre malheureuse Cité et inspirera les générations dans la conduite de ses destinées.
« Nous t'en remercions en son nom et nous t'adressons, le cœur
brisé, l'éternel adieu ! »
Un ami de M. Beaufort, M.
Levasseur, lui signala alors les six corps des autres senlisiens enterrés un peu plus loin à environ deux cents mètres. M. Beaufort, dont le dévouement en cette triste circonstance fut au-dessus de tout éloge, s'y rendit aussitôt, accompagné de quelques personnes et découvrit ces victimes recouvertes seulement de quelques pelletées de terre et d'un peu d( paille. On reconnut tout de suite Rigault, tailleur de pierres ; quani aux autres M. Beaufort ne put qu( noter les détails de leurs habits De retour à Senlis, il s'informa des familles qui avaient des personnes disparues, et grâce aux renseignements qu'il donna sur les vêtements on parvint à identifier les corps des malheureux dont nous donnons les noms plus haut. Ils furent également ramenés à Senlis.
Des croix en bois blanc ont été posées par M. Beaufort à l'endroi où ces victimes de la barbarie allemande furent assassinées. Er attendant qu'un monument soit élevé en leur honneur, il a pris ur soin tout particulier pour leur donner une sépulture convenabh dans la nécropole de Senlis. Nous ne pouvons que féliciter ce modeste employé de la Ville qui a si bien traduit ses bons sentiments l l'égard de son ancien chef et des victimes de cette guerre tombéei à Chamant ou près de l'Hôpital.