‹ Senlis pendant linvasion allemandeChapitre 5 sur 16 · M CALAIS · texte numérisé non relu

M CALAIS

Secrétaire de Mairie

M. Calais resté à son poste pendant les heures tragiques a donné des preuves de son altachemcnt au Maire, à la municipalité et au conseil municipal qui lui ont valu une citation à l'ordre du jour.

descendit sur le seuil de la mairie etse trouva en face d'un général(i) et de son escorte. Ce commandant de troupes demanda si les Français occupaient encore Senlis et si la population était calme. M. Odent, qui n'avait aucune raison de penser qu'à 5 ou Goo mètres de là des Marocains se fussent postés dans le bas de la ville, du côté de la direction de Paris, répondit, en toute loyauté, qu'il croyait nos soldats hors de Senlis et que la population était des plus pacifiques. Le général le requit de commander un repas de trente couverts pour le soir même, à l'hôtel du Grand-Cerf. M. Odent dut le suivre vers l'hôtel. Le secrétaire de la mairie accompagnait le maire et l'Allemand. Celui-ci s'indigna de voir sur son passage les fenêtres et les portes closes. Il donna l'ordre que tout fut ouvert. Le maire répondit que les habitants étaient, pour la plupart, absents, mais qu'on ferait du mieux possible. Injonction aussi d'éclairer la ville, la nuit venue, comme à l'ordinaire.

— Le directeur et le personnel de l'usine à gaz sont partis, objecta M. Odent.

— Je veux, répliqua l'officier.

Ils étaient arrivés au Grand-Cerf, lorsqu'au bas du faubourg Saint- Martin, reprit la fusillade. L'arrière-garde française tirait sur l'avant-garde allemande.

Le secrétaire de la mairie, M. Calais, dont le courage ne faiblit à aucun instant dans ces tristes jours, avait quitté M. Odent pour aviser aux moyens d'avoir du gaz. Le « général ))dut éclater en menaces et répéter une accusation qu'il avait déjà faite, celle de coups de feu tirés par des habitants sur ses officiers et soldats, u Cela mérite punition », avait-il dit, malgré la protestation de M. Odent.

A ce moment ou à l'autre, que valait le grief de l'ennemi ? Il est impossible de le savoir. Des marocains et des zouaves s'étaient attardés dans des cabarets au bas du faubourg. Un cabaretier exalté a-t-iltiré? Aucun témoignage n'en fait foi. Un ivrogne, qu'on a trouvé mort ensuite, s'était montré dans une rue, proche d'une de celles que les Allemands allaient suivre; il brandissait un revolver, peu avant leur arrivée. Les a-t-il menacés? A-t-il déchargé son arme? Là, aussi, nul témoin. 11 est seulement établi qu'au moment où la fusillade reprit dans Senlis, les Allemands descendant de Ghamant,

(1) Il est douteux que cet officier fût un général. Les rares Senlisiens qui le virent tiennent pour ce grade, mais il est improbable qu'un général ait marché avec une avant-gardei

à travers la ville, s'emparèrent, au hasard des rencontres, de diverses personnes, y compris une femme portant une petite fille, et les firent marcher au milieu de la rue au devant des soldats français, tandis que leur troupe défilait le long des murs. Ils s'avançaient vers le bas de Senlis, par la rue de la République et la rue de Paris; d'autres même contournaient la cité par le boulevard du Montauban. Chaque fraction se couvrait d'innocents habitants obligés de précéder l'ennemi ou de périr sur le champ. Plusieurs de ces malheureux Senlisiens sont tombés sous les balles françaises; la petite fille a été blessée. D'autre part, sans motif autre que de chercher des victimes, les ennemis arrêtèrent, sur les trottoirs, une demi-douzaine d'artisans qui eurent le malheur de ne pas les éviter. Le maire était au Grand-Cerf, au milieu des officiers allemands, sans aucune possibilité de faire quoi que ce soit. Il fut brusquement mis dans une automobile et conduit à deux kilomètres de Senlis, dans un champ, près du château de Chaînant où réflexion faite, l'étatmajor allemand, délaissant le Grand-Cerf, s'installait et donnait l'assaut aux caves abondamment pourvues. D'innombrables bouteilles de fine Champagne, sans parler des vins, se volatilisèrent. Pendant ce temps, Senlis flambait avec méthode. C'est après boire, apparemment, que le chef des ivrognes — il faudra savoir son nom — ordonna la mort de M. Odent.

Celui-ci était resté, avec un lot d'otages, dans le champ où on l'avait conduit, quand, vers onze heures du soir, un officier vint l'appeler et lui donna quelques minutes pour dire adieu à ses concitoyens captifs et confier à l'un d'eux ses papiers, son alliance et sa dernière pensée pour sa famille ;puis il le mena un peu à l'écart et, sans autre forme de procès,le fit fusiller sur place par deux assassins subalternes.

Dans ce même champ, un peu plus loin, les six infortunés artisans, enlevés dans Senlis, furent, de même, passés par les armes, sans qu'aucune raison valable puisse en être donnée. Les autres personnes arrêtées restèrent prisonnières toute la nuit, attendant la mort. Le matin on les relâcha.

Pourquoi épargna-t-on les uns et fusilla-t-on les autres ? Pourquoi l'assassinat du maire, v-ers onze heures du soir, après un enlèvement brutal à quatre heures de l'après-midi ? Tout cela ne se conçoit que si l'on admet l'ivresse des assassins recevant, dans la nuit, au cours d'une orgie, de mauvaises nouvelles de l'ensemble des

opérations de la journée et envoyant des malheureux à la mort, à tort et à travers, afin de passer leur fureur.

Le père et un aïeul de M. Odcnt avaient été maires de Senlis, Leur nom a été donnéàunerue delà ville, en souvenir de leurs précieux services. M. Odentpère, était à la mairie, en 1870, et défendit avec dignité les intérêts de la ville pendant les treize mois de l'occupation allemande, L'aïeul était en fonctions en 1882, lors de la terrible épidémie do choléra qui ravagea la France. Il fut admirable. Le dernier maire de Senlis n'a pas failli à ses traditions de famille, formées par des plus belles de notre race.

^prèS le drame

Le lendemain, quand au milieu de ses désastres, Senlis apprenait la mort de son regretté maire, la consternation fut générale. On avait peine à croire que, sans aucun motif, l'ennemi avait pu causer tant de deuils, de douleurs, de ravages dans une ville ouverte que les Allemands de 70 avaient respectée. Les devoirs suprêmes rendus à celui qui s'était sacrifié pour son cher Senlis, le dernier adieu prononcé par l'honorable M. Cultru, doyen du conseil municipal, MM. de Parsiîval et Michol Robert, premier et deuxième adjoints, avec un dévouement, qu'on avait déjà pu apprécier dès le premier jour de la mobilisation, prirent la direction des affaires municipales en des circonstances pénibles. Ils ont été, dans leurs délicates fonctions, admirablement secondés par des conseillers municipaux, MM. Cultru, Sainte Bcuve, Faulrat, Frigault, Gandillon, etc.. enfin par M. Calais, secrétaire de Mairie, toujours si dévoué et si actif, qui se sont multipliés pour assurer, en présence du danger, le fonctionnement régulier des services de la ville, à ces heures troublantes. M. Gandillon, conseiller municipal a pris la direction du service des Eaux et s'est acquitté de celte tâche à la perfection. Enfin on peut dire que, grâce à une excellente gestion des affaires municipales, tous les services administratifs ont fonctionné au mieux des intérêts de la ville et des habitants,

LA RUE ROUGEMAILLE

CoiH'nuniquc par M. Ilenrxj Escavy

Les maisons viennent de s'elfondrer sur la chaussée. A gauche le feu s'est arrêté à la maison Julien, restée intacte.

Page 1