‹ Senlis pendant linvasion allemandeChapitre 6 sur 16 · HOTEL DU NORD, APRÈS L'INCENDIE · texte numérisé non relu

HOTEL DU NORD, APRÈS L'INCENDIE

Communiqué ^iar M. Henry Escavy.

Vue prise de la Rue de la République

Les e5<!éGUtions

somnnaires

MM. Simon et Mé^ret sont fusillés sans motif, sans jugement, le premier contre le mur en face son débit, le second dans l'escalier de sa maison .

^ès leur entrée dans Senlis, les colonnes allemandes se répandent dans les principales rues de la ville. Les soldats, épuisés par les marches forcées qui devaient, — croyaient-ils — les amener rapidement clans la capitale, ivres de cet espoir et le cœur haineux de la résistance rencontrée sur tout leur passage, n'ont qu'un désir, celui de la brûle dont les instincts sont déchaînés, faire bombance. Ils s'attaquent aux maisons fermées dont, à coups de crosse de iusil, ils enfoncent les portes ; et, se précipitant dans les caves, y font une complète orgie de tout ce qui leur tombe sous la main. Victuailles, vins fins, liqueurs, Champagne: ils boivent et mangent jusqu'à l'ivresse furieuse, continuent à travers les rues de la ville leurs opérations cyniques dans les rares maisons que les leurs avaient épargnées.

Le 2 septembre, vers 3 heures de l'après-midi, une dizaine de soldats allemands font irruption dans le café-débit de tabac exploité par \L Simon, situé place Saint-Martin, à l'angle des rues de la République et Vieille-de-Paris. M. Simon terminait à ce [moment son déjeuner, en compagnie de son beau-père, M. Keith.

— A boire ! commandent ces brutes dans les yeux desquels se lit déjà la lueur de l'ivresse ; à boire !

M.Simon se précipite pour les servir; et pendant que les uns s'abreuvent largement, les autres s'emparent du tabac et pillent les marchandises d'épicerie qui se trouvaient dans le magasin.

— A boire ! à boire ! encore et toujours !

Il n'y a plus de vin tiré. M. Simon fait descendre à la cave son beau-père et le garçon de café, on remonte des bouteilles de bordeaux. La chaleur du Saint-Emilion réveille ces forcenés qui déjà somnolaient.

— Du vin ! et plus vite !

Et comme le service leur semble trop long et mal fait à leur gré, ils saisissent violemment par le bras MM. Simon, Reith, et le garçon.

— Vous, avoir tiré sur nous ! vous fusillé !

M. Simon proteste, très-dignement. Jamais il n'a tiré, et d'ailleurs, il n'y a jamais eu d'arme chez lui, ce point important nous a été confirme par Mme Simon, elle-même.

En réalité, des soldats français : tirailleurs algériens ou zouaves, on ne sait au juste, — les deux, peut-être, — embusqués derrière des maisons de la place Saint-Martin avaient tiré sur la patrouille allemande,

M, Simon n'eut pas à prolester davantage de son innocence; mis au mur, il fut exécuté sans jugement et mourut sur le coup. 11 était à ce moment 4 heures de l'après-midi.

Le garçon de café, lui, avait pu s'échapper.

Cependant, M. Keith, placé en avant de la patrouille fut conduit sur la route de Pontarmé, C'est dans ce village, que. peu après, une ambulance française le trouva très grièvement blessé. Trop faible pour raconter ce qui s'était passé M, Kcilh fut transporté à l'hôpital Lariboisière, à Paris ; il y succomba après dix jours de souffrances terribles. On pense que, blessé, il aura voulu gagner Survilliers poilr, de là, prendre un train à destination de Paris, mais que la fatigue et la douleur l'auront arrêté.

Le même jour, vers quatre heures et demie de l'après-midi, cinq ou six soldats allemands, au casque à pointe, appartenant vraisemblablement à cette même colonne de bandits qui venaient d'assas-

siner aussi lâchement M. Simon, et dans l'intention de commettre de nouveaux crimes, arrivèrent devant l'établissement de bains exploité par M. Mégret, rue Vieille-de- Paris, en face le Petit Quartier de cavalerie, et dont les portes étaient fermées. Usant de leur procédé habituel pour arriver au résultat qu'ils se proposaient, ils se mirent en devoir d'enfoncer la porte.

— Mieux vaut, pense M. Mégret qui se tenait à l'intérieur avec sa femme, mieux vaut leur ouvrir pour éviter le pillage de la maison et peut-être l'incendie. Et la porte est ouverte.

— A boire ! est leur premier mot.

M. Mégret leur sert tout ce qu'ils demandent ; et eux paraissent assez calmes. Mme Mégret s'est réfugiée dans un manège situé dans la cour, à côlé de l'écurie. A un certain moment, les Teutons entrent dans la cour, et M™' Mégret les entend qui causent paisiblement avec son mari.

Allons ! ce n'est qu'une alerte ; ils ne feront pas de mal...

Mais l'un d'eux avisant le cheval, s'approche de l'écurie pour l'en faire sortir. Effrayée, Mme Mégret descend l'escalier qui, au fond du manège conduit au lavoir ; elle ne veut pas être vue, et, de tous ses membres elle tremble. Elle reste là quelques minutes qui lui paraissent des siècles ; l'angoisse l'étreint. Que font-ils ? et pourtant, elle se sent un peu rassurée par l'attitude calme qu'observaient les Allemands vis à vis de son mari,ily a quelques minutes seulement.

Alors elle remonte l'escalier, s'enhardit dans la cour ou il n'y a plus personne : les allemands ont emmené cheval et voiture ; et elle pénètre dans la maison. Une douleur atroce l'envahit : dans l'escalier conduisant aux bains, elle voit étendu devant elle le cadavre de son mari qu'une balle a touché mortellement en pleine poitrine...

Et comme tant et trop d'autres: crime abominable qu'aucun motif ne saurait excuser ; crime affreux dont les auteurs resteront inconnus et impunis. Ces derniers paraissaient d'autant moins à craindre qu'ils étaient l'instant d'avant plus réservés que leurs habituels complices du meurtre et de l'infamie,

Encore un foyer aujourd'hui désert, privé du chef de famille, où la femme pleure désespérément son mari qui n'est plus...

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Les boucliers vivants

Gemment trois jeunes gens causant rue de Villevert, sont arrêtés et placés devant les Allemands pour leur servir de boucliers vivants pendant le combat.

ll/ie 3 septembre 191/i, vers 3 heures de l'après midi, un jeune 4^ homme, M. Minoullet, se trouvait en compagnie de deux de ses camarades, rue de Villevert. Une colonne allemande déboucha à ce moment.

Haut les mains ! criorcnl les soldats teutons.

Les trois Senlisiens ne se firent pas répéter l'ordre, sachant trop que la moindre résistance entraînerait pour eux la peine de mort. Des hommes sortirent des rangs, s'avancèrent auprès de nos malheureux compatriotes dont le courage n'avait d'ailleurs faibli à aucun moment,etlcs fouillèrent bru talcment,nc rcspcclantnipapiers, ni bijoux, ni argent. Puis, à la manière des lâches dont ils ont donné tant de preuves depuis leur invasion dans notre pays, ils forcèrent MM. Minouflet, Leymarie, Audibcrt à marcher devant la colonne. Ainsi, le premier coup de feu dirigé contre l'ennemi par nos troupes devait frapper un des nôtres, désarme.

Et, à la tète des soudards qui les poussaient à coups de crosses ou de plats de sabre, nos concitoyens eurent la suprême douleur de rentrer à l'intérieur de la ville en suivant les rues du Châtel, Vieille de Paris et des Cordehers, grossièrement insultés par un ennemi

ivre de feu et de carnage. Quelles angoisses ! quel chagrin pour ces jeunes gens que de passer devant leur maison qu'ils ne reverraient

peut-être jamais!

Rue de la République, la petite colonne se rencontre avec le gros de l'armée allemande qui se dirigeait vers la route de Pontarmé : à l'angle de la rue des Jardiniers, l'ennemi s'empare de M. Levasseur et le fait placer en tête des troupes en compagnie de MM. Minouflet, Leymarie et Audibert. Et la marche se prolonge M. MINOUFLET jusqu'à la maison du capitaine

arrêté rue de Villevcit avec SCS penwick, du 3^ hussards, un peu camarades et place devant Icn- , , j • j •

neiiii s'est trouvé au combat au delà, et sur la droite, du quartier de l'hôpital où il a été blessé, ^q cavalerie.

I Alors, dans un raffinement de suprême cruauté, les barbares ordonnent à nos quatre compatriotes de se placer au milieu de la route, et leur font prendre le «pas de gymnastique «jusqu'à l'hôpital. Hélas ! le but de celte marche tragique devait être funeste à l'un des nôtres : Le jeune Leymarie qui tomba mortellement frappé par une balle française. M. Minouflet, de son côté, recevait — des rangs de notre armée — une balle dans le genou.

Ainsi se démonirait dans toute son horreur le but poursuivi par l'ennemi en faisant marcher en tête de ses colonnes nos malheureux concitoyens : les premières victimes des balles françaises devaient être des français ! et non pas des soldats qui pouvaient faire usage de leurs armes pour se défendre, mais des civils, sans défense, et dont les vêtements avaient été préalablement consciencieusement fouillés ! Qui dira jamais, et avec les mots qu'il faut,toute l'indignité de tels procédés de guerre, contraires au droit des gens !

Cependant M. Levasseur, aidé de M. Minouflet que sa blessure au genou faisait cruellement souffrir, animé d'un sentiment pieux qui devait lui coûter la vie, avait transporté le long du mur de l'hôpital, pour qu'il ne fut pas piétiné sur la route par les troupes ennemies, le cadavre de M. Leymarie. Puis, il s'employait déjà au soulagement de M. Minouflet en retirant la molletière de sa jambe blessée, quand il fut atteint mortellement par une balle française et vint expirer près du corps de M. Leymarie. De son côté, M. Audibert, pour

échapper le plus possible aux balles, s'était couché sur le trottoir.

Et pendant une demi heure ce fut l'atroce angoisse de ce qui allait arriver, au milieu du crépitement des balles et de l'éclatement des obus.

Ace, moment un officier allemand s'avança; à bout portant il tira un coup de revolver dans l'épaule droite de M. Audibcrt ; celui-ci ne poussa pas une plainte. L'assassin le crut mort. Il vint alors à M. Minouflet et lui commanda de lui faire voir sa blessure ; déjà, notre concitoyen se levait pour montrer son genou fracassé quand la brute lui tira, à bout portant, un coup de revolver dans l'épaule droite, et froidement s'en alla.

Et l'histoire ne connaîtra pas le nom de ce bandit dont l'épaule droite eût dû être marquée du fer rouge d'infamie des forçats !

Enfin, M. Minouflet put se rendre compte, après quelques instants, qu'il n'y avait plus d'allemands dans les parages ; il rampa sur le dos jusqu'au mur de l'hôpital ; et de là, au prix de mille souffrances il put gagner la plaine et parvint à Chantilly à deux heures du matin.

L'horrible cauchemar qu'il avait vécu pendant près de douze heures venait de prendre fin

Le Combat de l'Hôpital

Des otages emmenés par les barbares doivent marcher avant leurs colonnes, exposés aux balles fran-

çaises ; courageuse conduite de M.

Tarcy.

Le bombardemcntde la ville par les Allemands postés à Ghamant dura environ une demi-heure. Leurs projectiles paraissaient être dirigés sur la roule de Ponlarmé et le bois de Paris. Des obus frappent le clocher de la cathédrale, quelques maisons de la place Ilenri-lV et occasionnent des dégâts à l'hôpital. Le bombardement terminé, les ennemis, vers quatre heures, rentrent par la rue de la Uépublique se dirigeant sur Paris. C'est à ce moment que se produit l'arrestation, sans aucun prétexte bien entendu, de personnes inolTensivcs qui se trouvaient sur le seuil de leurs maisons.

ÎS'ous avons eu le plaisir de rencontrer quelques-uns de ces malheureux concitoyens dont les déclarations concordent absolument et il nous suffira de donner le récit de l'un d'eux pour exposer les faits dans toute leur clarté, de cet épisode qui donne un aperçu des atrocités de l'ennemi.

Un employé de la Sous-Préfecture, M. Maurice, se trouvait sur le seuil de sa maison quand la troupe arriva. L'ordre lui fut donné d'apporter quelques seaux d'eau, ce qu'il fait immédiatement. Un officier parlant très bien le français, lui remet une centaine de lettres et cartes postales de soldats français et anglais en lui disant

qu'il avait pris ces lettres à la poste où il voudra bien les remettre quand le service sera rétabli. Les seaux d'eau étant vides, M.Maurice se disposait à les remplir de nouveau lorsqu'une vive fusillade éclata à environ 4oo mètres de la ville. C'étaient les Français qui, à ce moment, postés à la lisière de la forêt, ouvraient le feu sur l'ennemi; à partir de ce moment, l'attitude des Allemands se modifie subitement. Ils deviennent furieux, se mettent en devoir de défoncer à coups de crosses de fusil les portes et les fenêtres des maisons. Un groupe de soldats pénètre dans la maison de M. Maurice qu'il fouille de fond en comble malgré l'assurance du locataire qu'il n'y avait pas d'ennemis cachés. Ils partent non sans emporter tous les comestibles qui leur tombent sous la main. AI. Maurice les accompagne jusqu'à la grille de sa maison quand par un surcroît de malchance, il tombe entre les mains de soldats d'un deuxième groupe qui l'empoignent vertement et le conduisent au bord de la rue contre un arbre où se trouvait déjà M. Painchaux rentier. La dernière heure des malheureux allait sonner, car les soldats s'apprêtaient à abattre nos deux concitoyens à coups de

revolver, lorsque sur ces entrefaites, d'autres allemands surgissent conduisant M. Dupuis, caissier de M' Chastaing, porteur de la médaille et du brassard de la Croix-Rouge, puis lafcmmedeM.

Painchaux accompagnée de celle du concierge de Sain l-Vincen t avec sa petite fille âgée de 5 ans. Un officier déclara à ce groupe de six personnes qu'on ne les fusillerait pas, mais que ce seraient les français qui se chargeraient de ce soin. 11 fit aligner nos malheureux compatriotes sur un rang et leur ordonna de marcher devant sa troupe.

Au bout de la rue de la République, à la hauteur du faubourg Saint-Martin, les allemands se trouvent exposés au feu français. Ils rasent les maisons tout en ordonnant aux otages de garder le milieu de la chaussée et de continuer d'avancer. Et c'est ainsi que, sur un parcours d'environ 4oo mètres, ces malheureux se trouvent entre

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