M. DUPUIS
Caissier à l'Etude de M^ Chastaing, avoué à Senlis, placé devant la troupe allemande, a été pris entre deux feux au combat de l'hôpital.
deux feux. Par un hasard vraiment providentiel, au milieu de celte fusillade, il n'y a que l'enfant qui a été légèrement atteinte d'une balle à la jambe. La femme et celte enfant trouvent un refuge à riiôpilal cl de ce fait, les otages ne sont plus qu'au nombre de (jualrc.
Un nommé Leblond était étendu sur la chaussée. Il était mort sans doute sur le coup au d?but du combat. A cet instant les civils avaient gagné une centaine de mètres sur les allemands qui s'arrêtaient de temps à autre pour charger leurs armes et tirer.
A la sortie de la ville les troupes françaises s'apercevant, sans doute, que les allemands, selon leur procédé habituel, s'étaient fait précéder des habitants, arrêtent le feu, car pendant un instant les balles venant de la forêt de Pontarmé nesiillaient plus. M. Maurice donna l'excellent conseil à ses camarades d'infortune de prendre l'accotement droit de la route et de marcher à l'abri des peupliers qui la bordent, à une centaine de mètres des troupes françaises. M. Painchaux fut atteint dans les reins d'une balle allemande. Maîtrisant sa douleur il continua de marcher. Arrivés sur la ligne française, nos concitoyens pénètrent dans la forêt dite de « la Muette ». A Pontarmé, un infirmier militaire pansa provisoirement le blessé qui eut le courage de suivre ses compagnons et de faire à pied i3 kilomètres pour gagner Survilliers et prendre le premier train en partance pour Paris,
Le combat qui s'était engagé dans la rue de la République et le faubourg Saint-Martin fut particulièrement violent aux abords de l'IIùpital. Aux personnes que les Allemands poussaient devant eux selon leur habitude pour se faire un rempart, il y a lieu d'ajouter M. Audibcrt Léon, chaudronnier, Georges Leymarie, âgé de iQans, Minoullet et les deux frères Levasseur,
Les barbares les forcèrent à s'arrêter devant la porte de l'hôpital au beau milieu de la chaussée où les b illes françaises pleuvaient comme la grêle. Successivement tous les cinq furent touchés et s'abattirent sur le pavé M. Leymarie atteint d'une balle dans l'aine expira sur le champ. Puis M. Minoullet blessé à la cuisse et à l'épaule s'affaissa à son tour, M. Audibert fut frappé d'une balle à l'épaule gauche, M. Denis Levasseur d'une balle à la jambe, tandis que son frère était mortellement touché.
Puisque nous signalons les concitoyens qui se sont distingues au cours de ces épisodes sanglants, nous ne pouvons laisser dans l'oubli le nom de M. Tarcy, entrepreneur de maçonnerie. Notre regrette maire, M. Odent avait demandé à M. Tarcy, dans le cas où la \illc serait prise de bien vouloir se rendre à l'iiùpital pour assurer le fonctionnement des services et la sécurité des blessés, comme du personnel de cet élablissement hospitalier. Notre concitoyen lui promit et tint parole. 11 s'acquitta de sa mission dans des circonstances particulièrement périlleuses et avec un sang-lioid
admirable.
Après le bombardement, voici le combat dans les rues avec toutes ses horreurs. La rage, la Curcur des Allemands, qui pensaient
rentrer dans la ville sans coup férir, ne connurent pas de bornes. M. Tarcy était à son poste lorsqu'il reçut l'ordre de la sœur chargée de la pharmacie, d'aller chercher quelques médicaments dont on avaitun besoin urgent.
11 ne se le fit pas dire deux fois, sauta dans sa voilure et courut faire l'emplette des médicaments demandés. L'officine était fermée et il se disposait à aller ailleurs quand il se trouva bientôt en face d'une troupe allemande qui fit aussitôt feu sur lui. Les balles sifflent autour de lui et M. Tarcy comme il l'eût fait pour éviter un encombrement tourne bride et d'un coup de fouet disparaît en reprenant bientôt le chemin de l'hôpital. II n'était pas aubout de ses peines, comme on va le voir. Quand il arriva à l'hôpital, le plomb des mitrailleuses faisait rage et il se trouvait dans une situation des plus épouvantables : il étaitpris entre deux feux.
Faisant preuve d'une présence d'esprit à laquelle il doit certainement son salut, il rentre sa voiture dans la cour des dépendances de l'hôpital. II allait dételer son cheval lorsque trois allemands qui
M. TARCY
a rendu de grands services à l'hôpital pendant l'occupation ; s'est trouvé pris en rentrant avec sa voiture au plus fort de la bataille. A été blessé en dételant son cheval.
avaient saule le fnur au nord le prirent comme cible. Une balle vint lui arracher le cuir chevelu et heureusement ricocha. Aveuglé par le sang, M. Tarcy courut dans les bâtiments principaux. Des médecins majors allemands entraient à ce moment et voulurent forcer l'entrepreneur à transporter leurs blessés dans les salles. 11 refusa en montrant qu'il était blessé lui-même. Les Allemands finirent par le soigner. Il accepta alors de remplir le rôle d'infirmier, la besogne d'ailleurs ne manquait pas.
Quelques instants après, M. ïarcy était en train de procéder dans la morgue de l'établissement hospitalier à la mise en bière d'un ollicicr français, lorsque survinrent deux oificiers allemands.
— Pourquoi mctlcz-vous ce français dans un cercueil ? Pourquoi ne pas le mcllre tel quel, en terre comme les autres ?
— Parce qu'avant de mourir il en a exprimé le désir.
— Alors vous allez faire deux cercueils en plus pour deux des noires.
M. Tarcy dut s'exécuter sous menace d'être fusillé. Et comme la confiance ne régnait pas précisément, c'est baïonnette au canon qu'il fui conduit au cimetière, pour que les Allemands fussent certains qu'il n'y £urait pas de substitution.
Veut-on encore des faits à l'honneur de ce brave Tarcy, qui a échappé miraculeusement aux dangers qui le menaçaient ? C'était le soir .• la rue de la République jetait dans la nuit ses sinistres lueurs rougeàtres. Le faubourg Saint-Martin flambait aussi et les flammèches des toitures voisines voltigeaient çà et là menaçant des bâtiments quele feu n'avait pas encore atteints. On commençait à craindre pour l'hôpital. Quelles mesures prendre et comment préserver du fléau cet établissement sous la protection de la Croix- Rouge? Une bonne sœur vint trouver M. Tarcy et lui fit part de ses inquiétudes en lui rappelant qu'il devait y avoir dans un coin du grenier des tuyaux d'incendie. Le tout était de les utiliser.
« C'est mon affaire » s'écria M. Tarcy et grimpant lestement au grenier, il redescendit aussitôt a\cc son matériel qu'il installa sous les yeux des prussiens stupéfaits. M. Tarcy s'était improvisé oflicier de pompiers avec d'autant plus de facilité qu'il avait succédé à Chamant à M. Mahieux père en qualité de lieutenant de pompiers, sous la direction de M. Troncin père. Et c'est ainsi qu'à l'Hôpital, blessés, réfugiés et personnel n'ont pas eu à redouter la cruelle
alternative de fuir précipitamment ou de périr dans les flammes. On le voit, la conduite de notre concitoyen en présence du péril est au dessus de tout éloge. Par sa fermeté, son énergie et sa bravoure il a vivement impressionné l'ennemi lui-même et mérite, à tous égards, les félicitations sincères que nous lui adressons de tout cœur.
Le$ /faisons épargnées
L'opinion publique cherche à tout expliquer ; il ne doit y avoir pour elle aucun mystère. C'est ainsi que des personnes à l'imagination fertile vous diront les raisons qui ont motivé, de la part des Allemands, une indulgence à l'égard de certains immeubles. La vérité est plus simple. Des maisons, comme le Grand-Cerf, par exemple, ont trouvé grâce devant les incendiaires parce qu'elles étaient habitées ou fréquentées par des officiers allemands, d'autres ont bénéficié d'une faveur réclamée et obtenue par des habitants.
Le feu enfin se communiquait d'une maison à l'autre par la toiture. Or si les flammes ont respecté les magasins de M. Julien, rue Rougemaille, c'est tout simplement parce que la toiture de cet immeuble, en raison de son élévation, n'a pas eu à redouter les flammèches des maisons qui flambaient dans les alentours,
Ceci soit dit pour couper court aux bruits les plus fantaisistes qui ont couru à ce sujet.
L'œuvre des ^
Bombes incendiaires
Les rues de la République, Bellon, et du Faubourg Saint-Martin sont en feu. Plus de cent maisons dé-
truites. Impressions d'un témoin.
Terrifiant spectacle.
pjj ous ne pouvons donner plus d'alliait à ces récils et d'aulhen- J licite aux faits, qu'en laissant parler les témoins, ceux qui ont assisté à ces scènes tragiques et conservé de ces visions d'horreur un souvenir qu'on n'oublie jamais.
Après le combat de l'hôpital, l'Etat-Major allemand avait donné l'ordre d'incendier les maisons. La ville entière devait flamber; les supplications éloquentes de l'Archiprêtre s'élevant contre de pareils procédés de toute la force de son ame touche sans doute l'officier du Grand Cerf. Il promet d'implorer la grâce de la ville auprès du Général. Il est certain que, tout d'abord, Senlis devait êtreeniièrement la proie des flammes.
Voici donc la Licorne, les rues de la République et le Faubourg Saint-Martin en feu. Une immense lueur éclaire l'horizon, une fumée épaisse entrecoupée de gerbes d 'étincelles s'élève dans les cieux, inondant la voûte az.urée d'une clarté rougeâlre, sinistre.
M. de Maricourt qui s'était porté garant avec M. Carcel d'un soldat allemand pour une question d'otages et de blessés lelate
dans la Revue des Deux-Mondes en quelques pages émouvantes, les impressions d'une pérégrination nocturne à travers la ville au milieu de mille dangers.
...Je (( marche o et je demande aussi des garanties pour notre