LA PORTE COMPIÈG.XE — TOUT EST ANÉANTI
Communiqué par M. Henry Escary .
[ De gauche à droite : L'Octroi, l'Hôtel du Nord, le Restaurant Encausse.
c'estdepuis, car on m'a dit que nous avions eu seulement nos vitres brisées par les obus.
Notre conducteur se fait un plaisir de nous montrer avec admiration les flammes partout. 11 s'excite, nous demande des choses que nous ne comprenons pas ; nous montre une maison qu'il a brûlée lui-même, une grande auto qui git, lamentable, sur la voie, — (( Franzosen ! » crie-t-il, en rôdant autour comme un jeune loup apaisé, mais prêt à montrer les dents ; — nous fait signe d'entrer en avant dans une auberge toute noire épargnée par les flammes : nous demande, en vainj bien entendu, -^ des allumettes et cherche
quelque chose parmi les litres et ailleurs. Je crois bien que ce qu'il cherche, c'est un litre de pétrole, car il ne boit rien et ils ont ordre d'incendier. — Plus loin, dans un petit intérieur coquet, éclairé encore, ironie, par le gaz allumé, il nous fait encore entrer. On se demande un peu ce qu'il veut. M. C. lui montre que les murs sont en ilammeet que îe plafond pourrait bien s'écrouler ; il n'en a cure; tranquillement il vide le bureau et il prend une lorgnette, puis il nous dit : « Gut ! Gut ! » en la braquant sur le brasier. — Il ralentit beaucoup sa marche, musarde ; M. C, qui est un esprit rélléchi, croit bien que nous ne reviendrons pas. Quanta notre
LA RUE BELLON APRl'r, LE PASSAGE DlvS [.\CKXI)IAIP,;:S
il ri! que par M. Leroux.
Le côté gauche de la rue Bellon est dtUruit. Les Allemands ont essayé, sans succès, de croclieter le rideau de fer de la Société Générale.
homme, il est un peu gris, je crois... Que fera-t-il de nous, une fois à l'hôpital } Parmi les hypothèses, la plus pénible serait pour moi la pensée d'être, avec force mauvais traitements et fatigues, emmenés prisonniers(i) ; mais... le vin est tiré ! Assez fataliste, je suis la destinée. Nous marchons depuis i5 ou 20 minutes. Maintenant il y
(1) Cette crainte était un peu puérile, mais le malin un militaire ami, revenant de Fleurines, m'avait menacé de la fusillade allemande... Il n'a eu que trop raison pour certains malheureux! Et le bruit courait aussi que les Allemands emmenaient chez eux certains hommes âgés de 45 à 50 ans. (Il ne restait que peu de troupes ce soir là à Senlis, mais nous l'ignorions). Par ailleurs, ce départ avec un ennemi ne constituait pas un acte décourage ! Il était alors difticile — se livrant à lui — d'admettre qu'il en abuserait.
a des choses noires par terre ; l'une est calcinée à demi. L'homme va de l'une à l'autre, nous les détaille au long du chemin : « Franzose, Franzosc, Franzose » ou encore à l'une d'elles : « Camarade ». Ce sont des cadavres. Pas plus de sept ou huit, je crois. Ça paraît très petit. Aux dépouilles d'un soldat mort il arrache sa baïonnette