‹ Sensations d'artChapitre 4 sur 13 · CA ^H · texte numérisé non relu

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MARCELLIN DESBOUTIN

Janvier 1903.

Frondeur, révolutionnaire, tel Desboutin nous apparaît, les cheveux ébouriffés, en mèches rebelles folâtrant sous le feutre mou de bohème ou la toque florentine, le poil hérissé, l’œil en feu, l’apparence hirsute.

Si jamais artiste fut amoureux de sa tête, ce fut bien lui ; à l’instar de Rembrandt, il s’est peint sous tous les aspects, de profil, de troisquarts, de face, fumant ou non sa pipe. Il affec donna plus particulièrement le trois-quarts. Le Musée du Luxembourg en possède un de luimème des plus savoureux. A l’Ecole des Beaux- Arts, quai Malaquais, où a lieu son exposition rétrospective, nous en rencontrons plusieurs, parmi lesquels un choix est à faire. Mais jeunes ou vieux, c’est l’identique port de tète altier, volontaire, avec l’entière volonté d’exprimer des passions qui se jouent plutôt sur son visage mobile, qu’elles n’ont de reflet, dans l’ensemble de son œuvre, moins avare d’influences.

La nature est prodigue d’antithèses, de contrastes déconcertants. Rendons-nous à l'évidence. Desboutin, cet élève de Couture, cet autre enfant terrible de génie, est un nerveux, un impressionnable. Ses premiers portraits sont d’un classicisme rigoureux. Dans sa seconde manière, il est plus inquiet, tourmenté, fiévreux. Manet, après Ricard, lui trotte en tête. Goya l'a hanté, Renoir ne l’indiffère nullement.

Mais le plus topique trait de ce caractère névrosé, réside dans son amour particulier pour le genre des scènes enfantines; alors, il peint, dessine, grave sur le vif, le bambin qui sommeille au lit, surpris dans ses jeux et dont il traduit l’adorable juvénilité, avec des tendresses inquiètes et maternelles. Nous voilà bien loin d’un Salvator Rosa, par exemple. Desboutin était le modèle des pères de famille et on ne peut plus bourgeois. Et comme les hommes ne sont après tout que de grands enfants, qui d'entre eux, de ceux ayant nom, ne furent protraiturés par ce Masaniello de la palette, qui se contenta d’assassirîer ses contemporains des éclairs de son regard fulminant, et ne fit jamais peur qu'à soi-même.

Ils sont pléiade, ceux ou celles dont sa brosse et son burin transmirent l image à la postérité. Tels : Jules Claretie, Léonce Rénédite, Rruant,

E. Àugier, Mme la comtesse Golonna, Baudelaire, Dailly, A. Dumas, E. Manet, Prosper Mérimée, P. de Ghavannes, Rochefort, George Sand, E. Zola, Mme Gornereau, etc.

Son œuvre est considérable, sans pièces très capitales, dans le sens de l'exagération des dimensions.

Fut-il un grand peintre, je n’oserai l'affirmer. M. Desboutin doit être considéré comme un artiste charmant, au crayon alerte, habile, graveur remarquable.

Tout cela vaut quelque chose et suffit amplement à honorer sa mémoire et la consacrer définitivement.

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