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PETITS SALONS

Janvier 1903.

Un incident capital a marqué Pouverture de la saison artistique : la prise en possession du Petit-Palais par la ville de Paris et l'installation expresse du musée Dutuit. Tout est bien qui finit bien, et le résultat heureux confirmé par les applaudissements de la foule a largement compensé les efforts surhumains déployés par les organisateurs, et occasionnés par les difficultés sans nombre, auxquelles ces derniers se sont butés au début de la répartition des collections du généreux donateur, tant le Petit- Palais parut avoir été construit pour une tout autre affectation que celle qu'on lui a finalement dévolue.

M. Delatre expose chez Durand-Ruel une vingtaine de paysages, notations, genre Sisley, avec un ressouvenir de Monet et de Boudin, mais de métier lourd, peiné, sans simplification, sans esprit, sans distinction.

De çà, de là, un paysage toutefois, attire les yeuK et nous retient. Les coteaux de Croisset ; Sous la neige , effet gris ; Les peupliers au Vau dreuil. D’autres études que j’attribuerai, sans flatterie aucune pour l’un et l’autre de ces artistes, à Charles Guilloux?

Mais, en général, quel manque de tempérament. Voilà le grief et notre tourment.

Si trop tardivement, pour que j’aie pu. à l’aise, admirer l’exposition de tableaux exécutés avec les nouvelles couleurs solides à l’huile, de MM. A. Besnard, Carrier-Belleuse, J. Chéret, J.-F. Raffaëlli, Steinlen, F. Thaulow, néanmoins, quelques spécimens sont là encore accrochés du procédé vanté, lequel donne une vague impression de pastel qui pourrait être aussi bien de l’aquarelle, mais où je ne retrouve pas la qualité unique de l’huile et l’aspect de la matière grasse et onctueuse de la peinture chère à Van Eyck et à ses descendants. Je ne remarque, non plus, la présence de belles touches, les nobles coulées de pâte, les accrochages de lumière. Le procédé est absorbant, éteint (1).

1. Cette critique est évidemment trop sévère. Je suis revenu depuis sur ma première impression devant lps prouesses de métier et les exemples très concluants fournis par MM. Raffaëlli, Thaulow, entre autres artistes, qui usent merveilleusement de ce procédé.

A l’exposition, rue Gaumartin, cle la Poignée, MM. E. Belleville, J. Brateau, A. Dammouse, Marius Girard, P. Grandhomme, Arthur Jacquin, Victor Prouvé, E. Robert, M. Verneuil.

Des meubles, des bijoux, de l’architecture, des tentures. M. Belleville travaille avec art le bois et les métaux ; M. Jacquin est ingénieux. Les porcelaines de M. Dammouse ont de la couleur. Voilà une héroïque poignée d’ouvriers et d’artisans.

En retard encore, je fus le mois dernier, à mon vif regret, à la galerie Georges Petit, afin d’apprécier, comme elle le méritait certainement, l’exposition de la Société moderne des Beaux-Arts qui réunissait des artistes dont je reconnais d’avance le mérite, et qui ont donné d’irrécusables preuves de talent. Je cite : MM. Auburtin, Milcendeau, V. Prouvé, que je vais retrouver à l’Internationale, rue de Sèze, avec de vivantes études de figures de femmes ; Rouault, un littérateur doublé d’un peintre, ainsi qualifiait pareillement Desboutin, M. Jules Claretie, dans son Salon de 1875, à propos d’un Maurice de Saxe , que joua avec succès la Corné-

die Française. Ceci est à retenir pour Desboutin qui eut, on le voit, plusieurs cordes à son arc, et des meilleures.

M. Rouault n’a jamais écrit, que je sache, de pièce. Mais son art n’en a pas moins une teinture littéraire, à cause de son envolée symbolique et presque lyrique.

MM. Knopfï*, Besson, Bourget, Pierre Bracquemond, Chevalier, Yillaërt.

Delà rue Godot-de-Mauroi à la rue de Sèze, admiré dans la galerie de communication, un superbe Jules Dupré. Dans l’ambiance d’un ciel orageux, un chêne rageur perdu en l’immensité nue des plaines.

La Société Internationale de peinture et de sculpture en est à sa 20e exposition qui ne dépasse pas sensiblement le niveau des précédentes.

Un artiste anglais, M. Alma-Tadema, occupe un poste d’honneur, avec M. Gérôme, juste rapprochement des deux célèbres rivaux.

La peinture du maître britannique donne à réfléchir, au texte si documenté, commenté, précieux. Elle nous inflige de mélancoliques repentirs, peut-être bien?

Pourquoi M. Rochegrosse a-t-il exposé, en regard, cette quelconque figure de harem, et des paysages inutiles?

Que nous sommes loin des recherches, vers un art de Beauté, de M. Alma Tadema. A ce peintre, revient certes, la légitime part de la distinction flatteuse dont il est l’objet en ce Salon.

« M. Alma -Tadema, ce farouche élève de Leys, écrivait Castagnary en 1873, a une douceur de coloris et une vérité de rendu que n’eut jamais M. Gérôme »?...

M. Grimelund est en baisse, avec des « nuits hyperboréennes » qui sont autant de petits motifs de tableaux-horloges.

M. Quignon bat commerce. M. Saint-Germier est consciencieux et digne. Sa Partie de pelote à Saint-Jean de-Luz mérite un applaudissement ; de. M. Morrice, des œuvres fortes qui ne nous étonnent pas de lui. Au Canada, Effet de neige , Effet de nuit au Canada; Saint-Malo , course de bateaux de pêche. MM. Borchardt, Paul Chabas. Une aquarelle de M. Gharlet, Le Veuf , une page, mieux, une idée. Des paysages de M. Dagnaux, un reflet vague et flou de Corot ; Mlle Delasalle, M. Albert Fourié ; MM. Frieske, Humphrey-Johnston, Lynch (école le Whistler), un paysage de M. Gosselin, aussi de M. Harrison, des pastels de M. Carrier- Belleuse. En sculpture, des statuettes, de M. Gérôme ; des terres cuites de M. Jacquot.

Le musée du Luxembourg nous promet prochainement une exposition de J. Lewis-Brown, En certains lieux, on parle également d’une autre de Chardin. L’idée aboutira-t-elle cette fois ? Que de projets à vau-l’eau ? le Salon d’ Automne entre tous !...

Espérons l’un et l’autre pour 1903.

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