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LE MUSEE DU LUXEMBOURG

Mars 1903.

La réouverture du Musée du Luxembourg fut, en ce mois, particulièrement attendue par tous les artistes avec une impatience très compréhensible. Les vides causés par le départ de certains tableaux pour les Salles du xixe siècle du Musée du Louvre et celles de la Collection de la Ville de Paris, au Petit-Palais, devaient naturellement être comblés par la présence d’œuvres nouvelles.

Aussitôt qu’on parle de modifications à apporter dans le petit temple d'art moderne de la rive gauche, d’expositions à renouveler, il est à constater, d’ailleurs, que le public parisien s’émeut subitement, et que la fermeture obligatoire mais momentanée du Palais, laisse couver une sourde rumeur pleine d’inquiétude et de curiosité... Il se passe quelque chose derrière les murs... Quoi ?... L’activité inlassable du Conservateur devient le thème de toutes conversations. On l'admire autant qu’il est plaint.

Parmi les intéressés, on s’agite, on discute. Le jour de l’inauguration arrivé, tout se calme, s’arrange ; la foule afflue, s’écrase, admirable de muette résignation, dans les salles encombrées, submergées. Pour un temps, personne ne songe à médire ; on feint d’ignorer, de ne pas voir le tolm bohu qui règne dans les salles du Musée, indigne d’une capitale.

A tant faire que limiter le temps des copistes, on eut dù radicalement leur enlever l’intégralité de ce privilège, puisqu’il leur est pratiquement impossible d’étudier sérieusement, sans devenir des instruments de gêne pour le public et eux-mêmes !

L’exiguïté de la salle du legs Caillebotte, non moins que celle des Étrangers, s’augmente de l’encombrante présence de vitrines qui ne permet plus la reculée nécessaire au spectateur et non plus, la place matérielle au copiste, qui a besoin d’un tabouret et d’un chevalet. Il en est là, de cet inconvénient, comme de partout ailleurs dans les salles du Musée.

Jusqu’à ce qu’on remédie à ce grave et périlleux état de choses, jetons un coup d’œil rapide sur les nouvelles œuvres exposées.

Dans la Salle Caillebotte, dont la disposition a été renouvelée, on remarquera un croquis au pastel de jeune femme légère, d’exprcssioii d’un

modernisme très aigu, de feu Toulouse-Lautrec. Comment et pourquoi est-il venu s'échouer à côté du « Bal » de Renoir ?

Dans la Galerie Etrangère, entre autres tableaux, deux, mazette ! de M. Zuloaga, le brillant peintre espagnol, « Madrilènes », une bonne toile, et le portrait d'une petite, mais grosse naine tenant dans sa main droite une boule de verre, lequel portrait n'est évidemment pas comparable encore à celui du nain de Charles-Quint, du Louvre, du à Antonio di Moro.

Un portrait de M11,e Juana Romani ; un joli instantané de soleil de M. Tito.

Mais tout le monde applaudira à l’idée heureuse des cartouches apposés sur l'or des bordures et nommant l’École à laquelle l'artiste appartient. Dans la sculpture, « la Pensée », de Rodin, dont on devrait, dans une vitrine, protéger l'étonnante beauté surhumaine. Il est de pareils bijoux qui veulent être enchâssés. De Rodin, le buste si lier de Puvis de Chavannes. Dans l’axe du Musée, nous retrouvons le marbre frémissant sous les caresses blondes du soleil « Le Baiser » .

J'oubliais, tapissant les murs, des cartons des Gobelins, d'après Gustave Moreau, assez riches d’elFet.

En pendant avec le portrait d’Ary Renan, en florentin, deM. Garolns-Duran, — la « Liseuse » ce chef-d’œuvre de Fantin-Latour. Cette Liseuse n’est autre que le portrait de Mme Fantin-Latour qui a signé elle-même, de son nom de jeune fille, Mme Dubourg, cette suave et claire desserte exposée dans une des salles, non loin du « Réfectoire » de Ronvin. Combien ce tableau « le Réfectoire » est craquelé, perdu ainsi que « FEspagnole » de Falguière. On s’occupera à les restaurer, l’un et l’autre, alors qu’il sera bien temps ? A vrai dire, nos propagateurs d’ignorance clament bien haut tous les jours : « Un tableau ne se restaure pas ». Ah, bien ! oui ! A ce compte, il y a belle lurette que les Vinci n’existeraient plus et seraient relégués au fond des greniers administratifs, empilés avec d’autres qu’on ne sort jamais et qui moisissent à loisir dans les ténèbres, malgré les préposés gardiens à leur conservation, pas chiches d’allégations fausses, mais bien faites pour endormir les inquiétudes... si on ne les avait préservés à maintes reprises. Tout gît en la prudence et la mesure. A partir du jour où M. Arsène Alexandre villipenda, ce à quoi nous fîmes chorus, contre l’absurde restauration subie par les « Pèlerins, d’Emmaüs » de Rembrandt, — ce fut depuis, un toile général quand

on s’avisa de retoucher à quelque tableau. Et d'exagération en exagération, on en est arrivé au point où nous en sommes aujourd’hui, c'està-dire, à afficher publiquement un pire vandalisme en laissant s'accroître la détérioration des œuvres incriminées, tant et tant, qu’il n’est plus alors de remède et que la toile est bonne tout au plus à allumer le feu... Qu'on se donnela peine d’aller voir, à titre de simple renseignement, ce qui se passe en Flandre et en Hollande, et comment on traite les œuvres d'art, dans ces Musées, qu’on juge des efforts d’intelligence des amoureux d’art et de l'initiative raisonnée dont font preuve nos voisins ! En vérité, ils n’ont pas à nous envier notre Administration !...

En plus de la « Liseuse » d'une impression si intense de vie et de lumière argentée, il faut ajouter quelques dessins : « don Hayem » au crayon noir, le portrait de Fantin par luimême. Fantin-Latour est ainsi bellement représenté par de multiples témoignages de la triple évolution magnifique de son art, « L'atelier des Batignolles », « La Liseuse », « La Nuit ».

Ln autre motif à notre curiosité intéressée : Je veux citer un Paysage de Charles Le Roux (1874). Au bord des terrains, la nier et une ville,

à l’horizon, sous un ciel coloré et chaud. Le motif, la facture même, rappellent certaines études de Théodore Rousseau. Du même artiste un autre paysage également intitulé les « (Cerisiers » ?... Et ce maître est peu connu, je parle de Le Roux ; aussi inconnu, est cet autre peintre E. Yernay, dont la nature morte de pommes et de raisins décèle des qualités très sûres de métier.

Ceci nous amène à goûter celui du «Poulet», de Villain. O miracle ! il se tient à côté du portrait d’homme de Vollon, mais n’est- ce pas Yollon lui-même ? je le présume, et du portrait si vaillant de J. -P. Laurens, par son fils, M. Albert Laurens. Et voilà pour confondre les adversaires de la nature morte. Aussi bien tout se tient en art. Yillain était, paraît-il, très fier de son « Poulet ». Les copistes le copieront, comme ils ont copié la nature morte du même, représentant un fromage de Rrie et un verre de vin, comme ils copient encore également .le morceau de lard et les harengs de Cals. Tous ces artistes sont de la lignée de Chardin dont je sais, chez le collectionneur distingué, M. Georges Bureau, un merveilleux portrait d’homme, de bibliophile, grandeur nature, lequel a figuré, d’ailleurs, à l’Exposition centennale de 1900.

J’allais omettre le superbe portrait si distin-

gué de Mme Cornereau, par Marcellin Desboutin et ce paysage de Provence, de Guigou, si synthétique et lumineux. Je ne saurais dépeindre mon peu de fanatisme pour les « Femmes de Sérail », de Benjamin Constant. Composition théâtrale : placée sous un mauvais jour, mais qu’importe ! Il sied de ne pas éparpiller oiseusement notre admiration et il est un art d’humanité moins factice, et creux, qui m’empoigne plus intensément.

Je lui préfère son portrait de vieille femme et sa propre image par Mlle Delasalle, à Centrée de laquelle, au Luxembourg, j’applaudis franchement. Pourquoi Carrière n’est-il pas représenté aussi par un de ses portraits ? mais ne dit-on pas que le « Christ » doit être ofïert à l’État ? Nous l’admirerons un jour certainement, car le vœu exprimé par tous les amis du maître, n’est pas irréalisable et doit se réaliser dans un délai très proche.

Le Portrait de Verlaine par M. Édouard Chanlalat a fui. Quel dommage qu’il ne puisse être remplacé par le « Verlaine » de Carrière qui est la propriété de Jean Dolent, mais qu’on a pu récemment admirer chez Bernheim, à l’Exposition des œuvres d’Eugène Carrière. Continuons notre visite. La « Chaste Suzanne » d’Henner et la « Fortune » de Baudry ont remplacé les

deux Paysages de Jules Dupré qui a conquis le Louvre. (Les Dupré de la collection Thomy- Thiéry ! où toute l’école de 1830 en masse, Corot, Troyon, Deeamps (La bataille des Cimbres) Rousseau, Isabey, Delacroix, Daubigny, Diaz, Barye, Daumier, est du même coup transportée là, dans tout son éclat de munificence).

M. Emile Boulard a franchi avec ses « Falaises de Sotteville » le seuil du Musée ; ainsi qu’une toile de M. Le Sidaner, d’une impressionnante pensée de solitude d’où, néanmoins la vie n’est pas absente. Une marine de belle coloration, de M. Eugène Chigot, « Le Bassin de la Villette », dessin vigoureux, rehaussé d’aquarelle, de M. Gaston Prunier.

L’Exposition de J.-L. Brown n’offre pas, trouvons nous, tout l’attrait désirable. Elle ne soumet que des échantillons de peintures déjà connues du célèbre peintre de courses, « Le Starter », par exemple. Mais des gravures, pointes sèches, croquis, pochades de chevaux anglais, dont ce maître connaissait à fond la structure anatomique fine et nerveuse et les qualités fières de leurs performances.

Les petites notations aquarellées de bords de plages, de Boudin, sont charmantes, mais vues répétées. L’exposition des œuvres d’un graveur tel que Lepère nous eût plus ravi, c’est évi-

dent, comme elle eût eu plus de portée enseignante. Les deux cartons d’animaux de Rosa Bonheur ir ajoutent aucun fleuron à sa couronne. Mais pourquoi encore, n’a-t-on pas exposé quelques fougueuses eaux fortes de Chifflart, qui dorment dans des cartons, au musée du Luxembourg ? Le maître Rodin en a acquis, dernièrement de bien curieuses, avec quelques études de chevaux, études peintes, certaines rappelant Géricault. De cet artiste oublié beaucoup, il faut voir au Petit-Palais dans les collections de la ville, à la suite de celles du Legs Dutuit, la « Bataille de Cannes » très vaste composition et ses dessins du musée Victor-Hugo. Quel est le comité intelligent qui prendra l'initiative d’une exposition rétrospective de l’œuvre de Chifflart, cet élève de Léon Cogniet ?

Collections Dutuit et Thomy-Thiéry.

Mars 1903.

A l’inauguration de la collection Dutuit, a succédé celle de Thomy-Thiéry, au Louvre. M. Cain, l’organisateur distingué du Musée Dutuit, au Petit-Palais, a tenu ses promesses.

Et son enthousiasme de la veille n’a pas été an-dessous de l’admiration des amateurs, au lendemain de l’ouverture. La collection est réunie Jà, superbe, magnifique, d’une valeur inestimable. Il y a plus et mieux — nous nous en doutions, — que le fameux chandelier qui eut son histoire répétée à satiété par des chroniqueurs en mal d’anecdotes et n’ayant trouvé alors, rien de mieux à raconter.

Dans le numéro de janvier de la Gazette des Beaux-Arts , M. Emile Michel narre avec plus d’intérêt pour le lecteur, tous les mérites de cette savante collection amassée petit à petit, au prix de louables efforts et recherches. M. Emile Michel nous montre l’amour passionné du généreux Mécène, pour les petits maîtres hollandais dont, dit-il, « M.Dutuit a commenté les tableaux de sa propre collection, dans le catalogue publié par lui. »

Nous sommes loin des calembredaines courantes et voilà, à notre satisfaction, des faits véridiques et de l’histoire.

Seulement, pour en revenir à l’installation du Musée Dutuit, au Petit Palais, il y a un mais. Et ce mais, c’est que tous ces chefs-d’œuvre des petits Hollandais qu’analyse avec sa haute érudition d’écrivain d’art, M. Emile Michel, — on les voit peu ou prou.

La faute en est moins aux organisateurs qu’à la construction elle-même du Petit -Palais. Cette rotonde ne comporte pas, à bien parler, de salles et c'est en vain qu’on s’est ingénié à tirer le meilleur parti possible d’une portion de la travée circulaire de droite et à la délimiter par une grille. L’intérieur est luxueux. Une certaine intimité y règne, je n’en disconviens nullement. Mais le vélum tamise à ce point la lumière, qu’on perdrait son temps, à admirer, autrement, qu’avec les yeux de la foi la « Joueuse de clavecin » de Terboch, la « Dentellière », de Nicolas Maas, le « Portrait de Rembrandt » en costume orientai, le chef couronné d’un turban surmonté d’une aigrette, les tableaux de van Ostade, Ruysdaël, Metsu, Hobbema, Terburg, Jean Steen, etc.

Véritablement, on peut s’extasier, à loisir devant les émaux splendides, les médailles authentiques, les eaux fortes merveilleuses de Rembrandt. « Jésus guérissant les malades », « Les trois Croix », « l’annonciation aux Rergers », etc., mais les petits maîtres hollandais, avec Chardin, Pater, Claude Lorrain, également sont sacrifiés et c’est grand dommage.

Par contre, sous un jour peut-être même trop criard, la Ville de Paris a organisé, à la suite du musée Dutuit, une sorte d'annexe au Musée du Luxembourg, dont les tableaux exposés proviennent, tant de ce dernier que des galeries de l’Hotel de Ville où ils étaient accrochés anciennement.

Je n’ai pas de rancune ni de fiel, mais le public ne pensera-t il pas, ainsi que nousmême, que les achats de la Ville veulent désormais un choix plus délicat et mesuré, dans la qualité et l’importance de l’oèuvre distinguée. Après tant d’années écoulées, combien on risque d’apercevoir que le budget s’en est allé en subsides inconséquents, et qu’on eût pu, parfois, mieux faire et employer le numéraire qu’à le dilapider imprudemment à l’achat de certaines vétilles. Nous revoyons « La Sieste», « Prudhon et ses enfants » de Courbet, un document ; « Les vainqueurs de la Bastille » de Delaroehe, « Le Bailly » de Léon Cogniet, à conserver, avec « La Bataille de Cannes » de Chifflart, des Daumier, « des Etudes et dessins » de Puvis de Chavannes ; des Esquisses peintes de E. Delacroix et Andrieu. (Décoration de l’ancien Hôtel de Ville.)

Entre autres acquisitions antérieures de la Ville: des tableaux de Bail, Eantin-Latour,

Henner, Cazin, J -Paul Laurens, Lucien Simon, Désiré Lucas, le remarquable, très remarquable Saint-Vincent-de-Paul, de Bonnat, Gottet, A. Maignan, Duffaud, Didier-Pouget, Hochard, Roll, Mlle Delasalle, Luigi-Loir, Eugène Carrière, Berton, Aman Jean, Rixens, Gagliardini, Buland, A. de Neuville, Pointelin, Tanzi? Sisley, Rigolot, Pierre Vauthier, Guillemet, etc.

En sculpture : « L'esquisse du Monument de la République », de Dalou ; celle des « Premières Funérailles de Barrias » ; « Loup dans la neige » de Vallon ; « Le Remords » d'Aimé Octobre ; « La vision du poète » de G. Bareau ; « La lutte », de Peyrol, J^e « Villon » d'Etcheto ; « La tempête » de Larclie, Le « Dante » d’Aubé, « la Chasse » d'Edouard Mérite, « Le Porte-Falot », « Le Duguesclin et l’Étienne Marcel », de Frémiet, etc.

J’ai omis aussi, l'intérêt que présente la réunion d' « Esquisses de la décoration de l'Hôtel-de-Ville » et des mairies et éditices de la Ville de Paris.

Au Louvre, par l'escalier étroit accédant au Musée de Marine, un peu relégué, jugeonsnous, — vu son importance capitale, — puis-

qu’il a le mérite de représenter une époque, celle de 1830, éminemment originale dont doit s’enorgueillir l’Ecole Française — le legs Thomy- Thiéry — trait d’union entre les deux salles adéquates du xixe siècle.

Dans cette salle, III tableaux et 144 bronzes de Barye. Côte à côte, des Decamps, des Isabey, des Jules Dupré, quatre Corot, des Millet, des Troyon (Les hauteurs de Suresnes) un exemple, — des Théodore Rousseau, au nombre de 4, qui se valent, des Daubigny, dont certains de fraîcheur inouïe, des Meissonier ; de Delacroix, « L’enlèvement de Rébecca » , « Médée » ; « Persée délivrant Andromède », « Hamlet », j’én passe, et des Diaz, des Daumier, des Cabat, etc.

Dans les galeries connexes, distraits de Musées du Louvre et du Luxembourg, la « Baigneuse » de Trutat, la « Chasse au Faucon » de Fromentin, la « Caravane » de Belly ; les « Paysages d’Italie » de Corot, les « Femmes Juives dans un intérieur » de Delacroix ; les « Voleurs et l’àne » de Daumier, le « Portrait de son père » de Français ; du même: « Daphnis et Chloé », « le Colloque de Poissy » de Robert- Fleury père; de Cals « la femme au coffret », « lard et harengs ; » le portrait, fresque de M,,c M., de Mottez; « une famille malheureuse » de Tassaërt, * l’Espace » de Chintreuil ; « les

Chiens » de Decamps, les deux paysages provenant du Luxembourg de Jules Dupré, la « Venise » de Ziem ; de Meissonier, les « Ruines », «Napoléon III, entouré de son étatmajor », « l’esquisse de la jeune femme chantant », etc., etc.

Au milieu de ces chefs d’œuvre, le buste énergique de Thomy-Thiéry, bien à sa place.

Exposition Eugène Carrière (Bernheim Jeune).

Mars 1903.

«....La pitié et la violence d’une àme haute, la compréhension d’une intelligence, c’est ce qui apparaît dans ses œuvres, c’est ce qui leur donne une si grave signification et fera leur importance dans l’avenir... » (Gustave Geffroy).

Et de nouveau, en face de l’œuvre de Carrière, jamais plus belle et symbolique pensée ne nous a paru mieux s’identifier à l’art d’humaine vérité qui s’essore de chaque tableau du Maître.

En tous ceux d’aujourd’hui et d’hier, l’enchai-

nement logique, persistant, continu, qui les lie, les relie Fun à F autre, pareils aux grains bénis d'un rosaire, est un gage durant de l'harmonique beauté et delà sonorité de plain-chant de son credo social.

Sa compréhension clairvoyante de la Vie, confirme l'immuabilité de son art.

Ne dit-il pas lui-même : « Je vois les autres hommes en moi et je me retrouve en eux ; ce qui me passionne leur est cher. »

Et cela est si mélodieusement vrai, qu’il y aurait peut-être quelque témérité à fixer un choix exclusif, à émettre des préférences particulières, dans la crainte d'avoir à lutter un jour, contre l’inéluctable repentir*

Si d’aucuns murmurent tout bas, très haut : L'Enfant au Chien !... Le Baiser du Soir !... Mère et l'Enfant !...

La clameur farouche des suivants di vulguera : le Christ!... Jeanne d’Arc !... L'Eglise !... Verlaine !...

Et nous songerons au « Théâtre populaire»... à « Paris »... ?

Aussi, mieux est d’admirer, comme on doit admirer tout ce qui est grand, généreux et fort; d'applaudir, comme il sied d’applaudir àtoutee qui nous emporte dans le tourbillon échevelé et régénérateur de la Foi et (h* l'Enthousiasme?

Société nouvelle de Peintres et de Sculpteurs (Georges Petit). — Les Arts-Réunis (Durand- Ruel).

Deux Sociétés dirigées par deux de nos écrivains d'art les plus distingués.

M. Gabriel Mourey est à la tète de la première et directeur de « L’Art et Décoration ». — M. Gustave Soulier, directeur de l’Art Décoratif », préside la seconde.

L’une et l’autre offrent de l’intérêt. La première recrute cependant un noyau d’artistes plus en vue et d’une homogénéité de tendances qu’on trouvera plus accusées, en principe, mais non de fait, ici qu’ ailleurs. Nous souhaiterions constater une orientation de principes décoratifs, plus formelle, et avoir moins à juger, — (si nous rendons justice aux desiderata de réalisation pratique et conforme, des organisateurs de ces deux Salons), — des morceaux de peinture de peintres, dont l’importance en relief, en matière de décoration pure, pourrait être tout au moins, mise en cloute, par les témoignages soumis à notre appréciation ; si nous ne savions discerner, parmi des artistes connus et de belle

lignée, les capacités éventuelles de chacun d'eux?

Tel peintre distingué sera un médiocre décorateur ! Je ne m’imagine pas un Chéret décorateur dans la note sombre et fuligineuse, ni un Rivière peignant avec des empâtements et faisant preuve de métier de peintre.

Mais ce sont d’intimes réflexions. Il convient dans le premier Salon, de louer la belle qualité et la facture souple du « Portrait de A. Debussy » par M. Jacques Blanche : ses « Natures Mortes » ; si éloignées toutefois de Fart de Chardin et subséquemment de celui que Villain a mis dans son «Poulet » qui vient d’entrer au musée du Luxembourg. Non moins proches sont celles de M. de la Gandara dont le lapin écorché et les petits rognons font tort à ses portraits de Femmes du Monde !

MM. Cottet, Lucien Simon, René Ménard sont stationnaires et s'absorbent en eux-mêmes. M. André Dauchez est en progrès. Ses derniers envois marquent une heureuse étape. Il avaincu le mal de mer et sa galère vogue aujourd'hui, dans un ciel plus rasséréné et clair. Et j'augure mieux encore de ce piocheur dont la vision embrasse de lointains espaces.

MM. Walter Gay, Griveau, Prinet, accusent moins de tendances décoratives et soignent le

morceau.

M. Emile Claus est ensoleillé et chercheur original.

MM. Baertsoën et Yail ont delà franchise de métier et de l’accent ;

M. Duhem est joliment charmeur ;

Les Etudes de M. Henri Martin vibrent de rapports riches et de lumière.

M. Caro-Delvaille a des pâleurs douteuses en ses Figures.

Celles de M. Ernest Laurent chantent avec plus de succès la vie et la volupté saine. A distinguer en sculpture, « un buste de Charles Cottet », de M. Constantin Meunier ; « L’Enfant Mort », de M. A. Bartholomé ; « Les Terres - Cuites » de M. Dejean, et les « Plaquettes » d’Alexandre Charpentier.

Le « Salon des Arts Béunis » nous trouve plus perplexe.

Les éléments réunis sont infiniment plus complexes, comme l’exige le titre de l’exposition. Néanmoins nous cherchons en vains des affinités, si relatives, à de moindres degrés, entre les œuvres exposées, par les peintres, sculpteurs et ouvriers d’Art ? Ainsi convient-il de regretter l’absence de liaison, de cohésion entre ces différents modes d’expression. Il nous paraît impossible de réaliser un prototype de

décoration viable et définitif, avec des éléments aussi hétérogènes.

Aussi bien, sans plus d'analyse, nous citerons les peintres Guinier, Monod, Marché, F. Maillaud, Ridel, Jean Rémond, Bellanger- Adhémar.

En sculpture : le « Stéphane Mallarmé » de M. Reymond de Rroutelles.

« Les Mobiliers » de MM. Maurice Dufrêne, Joseph Roverie.

Les volontaires et sagaces estampes du graveur P.-E. Vibert. Son « portrait de Rodin » (de Rodin, dont la merveilleuse « Pensée » et le portrait si puissant d’intellectualité rayonnante de Puvis de Chavannes, viennent d’entrer au Musée du Luxembourg.) « Le Puits de Pierre » — « Paysage » « La Nuée » ; « Berger savoyard ».

Les Orientalistes (Grand-Palais).

Rs ont émigré des boulevards aux Champs- Elysées, côte à côte avec « l’Union des Femmes Peintres » desquelles je dirai peu ou prou de bien ou de mal.

Dans la « Chronique des Arts » M. Roger- Marx leur reproche, justement, de dédaigner les sujets de maternité. Nous constatons, par contre, que ces dames ont une prédilection naturelle pour le nu féminin, d’un réalisme parfois troublant et barbare, si tant maltraité par elles, qu’il frise l’indécence !

De même, si le changement d’air profite à certaines personnes, cette exode des Orientalistes, avenue d’Antin, laisse imparfaitement, en l’occurrence, préjuger des bénéfices qu’ils en puissent retirer.

Cette exposition encore, manque de lien, d’unité.

Quelques petits peintres qui n’ont d’orientalistes que la prétention, peignent l’Orient avec la même simplicité d’âme et la même absence de fièvre, qu’ils apportent à brosser un petit paysage aux environs de Paris. Et Castagnary avait doublement raison de médire de telles supercheries qui ne méritent aucun crédit à nos yeux.

Si j’excepte MM. Dinet, historien fidèle et peintre de beau métier ; Dagnac-Rivière, dont les envois éclatent en somptueuses rutilances à la Decamps ; Lévy-Dhürmer, Rigolot, Havet, Saint-Germier, ce Salon de 1903 vaut principalement par sa valeur documentaire et ethno-

graphique que lui concèdent les notes et croquis, de MM. de la Nézière, Fraipont, Régamey ; et on ne serait peut-être pas éloigné de dire une vérité en prédisant que tel sera le caractère le plus remarquable de cette exposition et la raison de survie, des Orientalistes, ultérieurement et dans l’avenir.

Marbres et Statues.

Mars 1903.

Les Statues érigées dans nos jardins et sur les places de la capitale, sont en ce moment à l’ordre du jour. Cette campagne, menée joyeusement n’est pas sans sel. Souhaitons qu’elle ait gain de cause, avant d’être enterrée à jamais, ce qui est très possible encore.

Vous n’ignorez pas ce dont il est question. Il s’agirait tout bonnement d’indiquer au moyen d’une pancarte clouée sur le socle, d’indiquer le sujet que représente tel groupe ou telle figure. Pour l’obtenir, il faut compter avec l’Administration.

Tenez. Il est au jardin du Luxembourg un groupe de femme et d’enfant qui constitue une

énigme bien cruelle. Cette femme, son costume nous l’indique, est une reine. Son enfant, vêtu d’une braie collante, s’accroche aux jupes de sa mère dont les bras entourent sa tète frêle afin de la protéger.

En vain chacun s’efforce-t-il de donner un nom à cette reine. Les badauds tournent et retournent autour de la statue et faute de lumière plus précise, en sont encore réduits à toutes les conjectures les plus hyperboliques, à toutes les suppositions les plus fantasques et grotesques, cela va sans dire.

Que lit-on ? A droite en marge sur le socle, le nom du sculpteur : F. Taluet. Sur le devant, gravée — cette inscription insuffisante qui achève plutôt de dérouter l’esprit le mieux disposé et préparé par une culture intensive — du bachelier ès-lettres, lui-mème, lequel y perd finalement son latin et s’en va méditant la véracité du Yeni, vidi, vici, moins fier que César.

« Si vous ne respectez pas une reine pros- « crite, respectez une mère malheureuse. »

Cette reine, en effet, a un beau geste maternel et l’œuvre ne manque pas d’une certaine apparence ; son allure théâtrale cadre assez avec la solennité somptueuse de l’endroit, mieux, sans conteste, que le « Forgeron »de Gautlierin, assis, à quelques pas de là, aux lieu et place de

l'ancienne Velléda de Maindron, qui a amusé tant et tant le public, à cause de son nez rapporté, un beau nez tout blanc et neuf, enfariné à souhait. La vieille réputation de la Velléda s’est d’ailleurs avivée de ce souvenir récréatif.

On pourrait aisément et, tout aussi bien accoler l’épithète plus générique de « Le Travail » ou « Le Repos » à cette œuvre de Gautherin, puisque toute notice est encore absente et que le promeneur a facilité de choisir entre tel et tel sens qui lui paraît le plus conforme.

Je ne discuterai pas l’inopportunité de cette symbolique représentation de labeur social dans le Jardin du Luxembourg où tout évoque plutôt l’immarcescible mirage des splendeurs monarchiques. Je constaterai ingénument qu’elle n’est pas plus à sa place qu’un chien sur un trône d’évêque. »

Pauvre Jardin ! De quel méfait s’est-il donc rendu solidaire pour devenir ainsi le réceptacle de toute la hideuse statuaire moderne. Avouons qu’on a mis toutefois quelque pudeur et que « l’Age d’Airain », ce petit chef-d’œuvre de Rodin, a été rapporté au Musée où il est à sa place, et à l’abri, heureusement.

Je ne médirai pas (voyez que je n’y mets aucun parti-pris, ni acrimonie volontaire et outrée) du monument de M. Marqueste, élevé

à la mémoire de Ferdinand Fabre, l'écrivain peu chanceux déjà de son vivant, l’auteur si distingué du « Chevrier », de « Mon oncle Célestin », de « Courbezon», et qui dut, — avant l'inauguration officielle — à la tempête, de mordre, en effigie, la poussière du sol. Pour être sincère, mettons qu'il soit tombé sur le gazon de la pelouse, il n’empêche que quand la guigne s'en prend à quelqu'un, elle ne veut pas le lâcher. Si le buste très remarquable de Ferdinand Fabre s’en tirera à assez bon compte il ne s'ensuit pas moins que la petite Chevrette de la Chevrière a perdu ses cornes !

Et toujours, ceci et cela n’empêcheront pas le monument d’être gentil, joliment rococo, délicieusement bergère, et de faire qu’il ne déplaira pas trop quand on se décidera enfin, à vouloir enlever les planches qui ont causé sa chute et failli occasionner sa ruine.

Il aura toujours plus de grâce que celui de ce brave Gabriel Vicaire, — de M. Injalbert — dont le masque d’hydrocéphale au sourire faunesque apeure les petits enfants et éloigne de lui les moineaux du Luxembourg, lesquels, Dieu du Ciel, devraient cependant commencer à s’habituer aux vilaines figures qui peuplent leur Eden, portant, très souvent, les stigmates du dédain ordurier des ramiers, mus par un

instinct de vengeance bien compréhensible, et de revanche animale, — des ramiers superbes, de fierté plus hautaine, et rois dans leur domaine sénatorial.

De Tiare et d’autres.

Mars 1903.

Un cri d’alarme a retenti : Le Louvre est en feu... On s’apeure, on s’effare. Tous renseignements pris, il n’en est rien encore, malgré les souhaits déguisés de bons apôtres. Alors ? Eh bien ! Il paraîtrait simplement que la tiare du roi Saïtapharnès est fausse.

Jusqu’à preuve irréfutable du contraire, le peuple de Paris peut dormir tranquille sur ses deux oreilles.

L’affaire est d’ordre purement administratif.

On a pu se tromper, mais on a pu également être trompé.

Le seul point juridique à élucider, réside en cette clause unique : Est-il permis à la commission d’achat des musées nationaux, de se tromper ?

D’autre part, on excusera, on supportera,

dans une certaine mesure, l’intrusion, sans bourse déliée, des tableaux ou objets d’art, plus ou moins apocryphes, émanant de dons ou legs collectifs.

Si la tiare n’avait pas été payée en beaux deniers comptants, personne ne se serait ému.

Il est de fait avéré qu’aussi bien certains tableaux du Louvre sont d’attributions douteuses, nul jusqu’ici n’a réclamé, et cela au vu et au su de tout le monde.

Des fabriques de peinture ? Elles ont sans cesse existé. On a fabriqué des faux Courbet, comme des faux Corot, etc. Qu’est-ce que cela prouve ?

Mais il est indéniable qu’un musée qui se respecte ne doit pas receler de ces contrefaçons malhonnêtes.

Bref, comme il n’y a certes pas de fumée sans feu, il y aura en l’occurrence, intérêt à démêler d’où est parti le fameux pétard. Mais, soyez persuadé que le mobile de ce scandale, ayant pour origine initiale, une petite vengeance envers et contre l’administration, — et non l’intérêt exclusif de l’artpour l’art — comme bénévolement on pourrait le croire et le supposer — tout s’arrangera.

Et la meilleure preuve qu’il y a vengeance - — la vengeance est un plaisir des dieux et voire

même des demi-dieux — c’est que subito, on déclare maintenant après des années écoulées que les Velasquez et les Murillo de la collection La Gaze sont faux, archi-faux !... Il faut donc s’attendre à tout, à notre époque de chambardement général. N'a-t-on pas émis que le célèbre tableau du « Pouilleux » de Murillo, est apocryphe ?

Quand on connaît les dessous frauduleux et les trafics malhonnêtes auxquels donne lieu la vente des objets d’art et des tableaux de maîtres, il y a lieu d’observer tout ce différend avec prudence et de patienter en paix.

Car, tout ou les apparences, du moins, permet dès à présent, de supposer — en tenant compte des desiderata d’une poignée d'histrions littéraires et décadents, d’un crétinisme inconcevable en matière d’art, adjoints à quelques comparses vulgaires, brocanteurs d’art courant et moderne, à bon marché, fougueux révolutionnaires, sans foi ni conscience, — que ces attaques ne visent rien moins qu’à jeter un discrédit général sur l’ensemble des peintures et objets d’art exposés au Louvre.

A la sourde indignation et à la confusion aveugle de ces énergumèncs aux longs cheveux, le Louvre a le tort réel de ne pas brûler, et comme il serait criminel d’y mettre le feu de

par sa propre initiative, ils ont trouvé ce moyen plus pratique, qui consisterait à jeter le désarroi dans tous les esprits et à profiter de l’aberration publique, pour obtenir le remaniement complet du Musée du Louvre, (plus d’enseignement officiel ; la liberté du dit), en reléguant à l’ombre ou en détruisant par des procédés rapides, les œuvres anciennes, et en y substituant celles des vivants !... Et allez donc ! Les loups ne se mangent pas entre eux. Voilà qui serait plus expéditif et certain que d’attendre la gracieuse volonté de la postérité souvent capricieuse et volage...

« Un bon tien vaut mieux que deux tu l’auras. »

Ainsi seraient plus satisfaites les ambitions démesurées des artistes convoiteurs de réclames, malmenés ou dédaignés par leurs adver saires, dune indulgence moins sereine, — et dont seule, une tribu de fous, teintés de pédantisme juvénile, — entretient l’immense et fallacieux espoir, en battant, à charge de revanche pour eux-mêmes, de la part d’icels, — la grosse caisse autour d’eux, (Passe-moi la rhubarbe, je te donnerai le séné), et en les proclamant les vrais et plus fermes piliers de l’art présent, — que les Louvres attendent !!!...

Les Indépendants.

Mars 1903.

Loin, le temps où l’ambition de passer sous les fourches caudines d’un jury officiel et de figurer au grand Salon était le principal mobile des efforts individuels. On a tellement et tant déblatéré contre cette institution, que la médisance qui eut et a toujours sa raison d’être, en l’occurrence, a fait aujourd’hui tache d’huile, et qu’il n’est si petit inconnu de la veille, qui n’espère, un jour, être tiré de l’ombre et glorifié au désiré lendemain des réparations ultimes ! Avant même, si peut se faire.

Il est des précédents. On cite des exemples, compendieusement. C’est s’élever d’autant, où est le mal? à évoquer les noms de ; Fantin- Latour, Harpignies, Jongkind, Alphonse Legros, Manet, Pissaro, E. Saint-Marcel, Yollon, Whistler, Bracquemond.

Et qu’importe ! Ne vivons-nous pas, sans cesse, d’espérance !

Ce préambule indirect, n’a d’autre motif, — sans conclure qu’il soit la vérité même — que

de s’inspirer d’une constatation positive. Les Indépendants sont légion. Oyez plutôt.

Le livret de la Société enregistre, cette année, 2462 envois. — Point nécessité est d’affirmer que la quotité de talent de tel ou tel artiste a son équivalence à la Société Nationale ou aux Artistes Français. D’aucuns cumulent, réellement.

Ce sont digressions puériles et lointaines.

Nul doute que la maîtrise ne soit là, partout, en quelque lieu qu’elle se manifeste et se passe volontiers d’étiquette.

Le seul grief à formuler contre ce Salon des Indépendants gît justement dans sa représentation d’une uniformité monotone, sans qu’il jaillisse des ferments d’audacieuse révolte, comme le voudrait son titre valeureux en manchette, comme il le fut, jadis !...

Le même esprit d’égalité serein et bourgeois règne désormais au Cours-1 a-Reine, aussi bien qu’à l’Épatant, à F Automobile-Club ! ! !... à Volney. C’est absolument véridique.

Le Paysage est notoirement le genre le plus cultivé. La tradition est de rigueur. Nous ne sommes pas à la fin, dès lors que les Postiers et les Employés du P.-L.-M. sans compter les amateurs proprement dits, les peintres de la Montagne, se mettent de la partie.

Que penserait Edmond About dune telle débauche de vert, lui qui déjà, en 1857, s’étonnait. Voilà le progrès.

Les témoignages du dit sont tangibles, indiscutables. Je cueille au hasard de charmants paysages de MM. Périnet, Léchât, Johannès- Son, Mazard, M. Leroux, lequel a chaussé les bottes de son grand-oncle Damoye ; Pozier, Madeline, Ranft, Albert-Joseph, Lecoultre, Edmond Cross, Giran-Max ; les « Femmes hystériques » de M. Mérodack-Janeau ; un « Effet de neige »etdes« Fleurs » touchées avec esprit, des « Pensées », « Géraniums », de Mme Hélo; des pastels de M. Kossouski, qui expose en même temps deux gracieuses statuettes.

Il est des princes parmi la foule : MM. Signac, Van Rysselberghe, (Jeunes filles au bord de la mer) ; Luce (Portrait de M. Fénéon) ; Piet, Forain, Maurice Denis, Gaston Prunier, (Falaises); « Au bord du Canal ») ; Potzsch, Sickert, Milcendeau, Nonell-Monturiol, Ibels, Ronnard, Vuillard, G. d’Espagnat. J’en oublie, hélas ! Mais nous reverrons les uns et les autres, à tête plus reposée.

Expositions Mita. — René Seyssaud. — Mars-Antony.

Avril 1903.

« L'Art, mes enfants, c'est d’être absolument soi-même », ainsi catéchisait Verlaine, à ses disciples. Et je ne sais pourquoi, devant le Salon de M. Mita , qui expose, Galerie Haussmann, 74 tableaux et études, cet alexandrin me revient en mémoire? Ou, je le sais trop, pour être juste, puisque M. Mita, qui dispose de moyens pratiques inouïs de facilité et d'assimilation a seulement omis, dans ces 74 numéros, d’y laisser subsister quelques parcelles de luimême.

Remarquez bien que je n’incrimine aucunement la sincérité de ce peintre. Simple affaire de tempérament, quand tel artiste, à son insu, démarque l’originalité de ses contemporains et se persuade, en propre, qu’elle est sienne, sans qu’on puisse et doive, un seul instant, douter de sa bonne foi.

D’aucuns même, émettront avec conviction, que c’est déjà un mérite et non le moindre pour

quiconque, assez habile, de savoir s’incarner dans la peau d’un de ses semblables, et de se tailler un simple pourpoint de tire-laine dans un manteau de roi.

De cette image, simple métaphore, devonsnous écarter tout noir dessein homicide. Nos artistes modernes n’ont certes point l’âme des condottieri. Nul d’entre eux ne sait jouer de la dague, mais combien ont le don, le don inné, providentiel, moins dangereux, de savoir décalquer en quelque sorte leur façon de voir et leur manière d’exprimer sur autrui ? Et je le soutiens et le maintiens, ils sont sincères. La meilleure raison que je puisse fournir de cette mentalité cérébrale c’est, qu’incontestablement, M. Mita qui a du talent, beaucoup de talent — sans s’appeler M. Josse, ni passer pour orfèvre — et sans qu’on dût, non plus, l’accuser d’être l’auteur de la tiare du roi Saïtapharnès, est à mille lieues de penser que si chacun de ses tableaux ne portait sa signature, les amateurs se connaissant peu ou prou en art — en excluant honnêtement M. Rochefort, lequel brigue à son âge, une chaire d’expert à l’Hôtel !.... — la remplaceraient avantageusement, n’est pas le mot, — mais dans une limite moyenne de vision de borgne, — par celles de Chintreuil, Vogler» Monet, Sisley, Pissaro, Courbet, Decamps,

Millet, Gazin, Daubigny. Tout l’armorial de la Peinture y passerait ; quoi ! Fichtre, dira-t-on, mais alors, M. Mita est loin d’être tout le inonde ? sûrement, mais il a aussi moins de mérite que n’en possède M. René Seyssaud , (Galerie Bernheim jeune), qui, ne ressemblant lui, à personne, peut s’écrier par contre, avec une fatuité de bon aloi : « Certes, mon verre n’est pas grand, mais je bois dans mon verre... » sans que j’ose affirmer qu’il ne le renverse parfois, rendant à nos yeux, de telle sorte, plus communicatif, son émoi très troublant et passionné !...

Devant M. Mars-Anlony (Georges Petit) nous restons indécis. Ce peintre, qui résume la portée significative de son art en trois paragraphes d’une préface autoritaire, cote d’ailleurs ses œuvres à un prix fabuleux ?...

Le noble peintre conclut superbement, après l’exposé de ces théories: « Ceci dit, nous ajou- « terons que nous mettons dans leur applica- « tion, tout notre effort et toute notre volonté « de bien faire.

« Le public trouvera dans nos toiles, à défaut « d’autres talents, cette sincérité et cette fran- « chise que nous préconisons. » Et il signe.

Aussi bien, il importe à M. Mars-Antony, afin de justifier une modestie si rare et précieuse,

— de laisser désormais le public faire son choix parmi les quatre-vingt-huit toiles soumises à notre clairvoyance et de débattre des prix sur lesquels son propriétaire sera bien forcé d'en rabattre à son tour. Et je louerai moins chez cet artiste, sa ténacité à poursuivre un but secondaire, en s'appliquant dans la recherche de reproduction quasi-pliotographique et d'une valeur commerciale qu'il ne m'appartient pas de fixer ni d'arrêter, et pour cause!...

Société d’ Artistes Espagnols (Durand-Ruel).

Ce Salon vient à son heure, au moment où se confirme le réveil de l’Ecole Espagnole y précédant les Expositions officielles parmi lesquelles nous retrouverons beaucoup d’artistes de cette nationalité ayant atteint une notoriété très estimable: MM.Sorolla y Bastida, Zuloaga, etc., non représentés ici. Il est un rappel préalable et une sorte d'indication avant la lettre. A le juger néanmoins en bloc, il çst composé de personnalités très distinctes ayant subi des influences contraires et contrariantes.

Ainsi M. L. Lianeces a subi celles de Roybet

et de son élève Romani ; M. Mezquita, celle de Boldini ; M. Hernandez a trop longuement contemplé les jolies femmes de Mrao Valiet-Bisson : comme M. Jumenès s’est attardé devant les paysages de Menier, M. Garrido a la grâce attifée de Mmc Fould. Avec Mme Riva-Munoz dont nous venions d’apprécier tout récemment à rUnion des Femmes Peintres, la libre faconde riche de ses fruits, de ses raisins devant lesquels s’édulcorent nos gourmandises pleines de désirs ; — il importe de distinguer M. Isern, dont le « Pont-Neuf » est une des meilleuresimpressions de plein air de ce Salon, une des toiles les plus claires, lumineuses et faciles ; « Le Portrait » de M. Gonzalès Agreda et ses autres études s’inspirent également d’une note d’art recueilli et vrai ; de M. Ribéra, le portrait de « Chuta » ; de cet artiste, nous avons souvent remarqué aux Artistes français rharmonie colorée et franche de ses motifs et la hardiesse de sa palette rutilante.

« Intérieur Paimpolais » de M. Alcala Galiano, et « Etude » de M. Raymundo de Madrazo, ainsi qu’une vibrante course de chars de M. Ch eca qui a conquis des lauriers en France.

Ainsi donc la parenté qui unit les représentants de la jeune Ecole Espagnole à la nôtre semble ratifier aujourd’hui la célèbre phrase

cTantan du roi Soleil: « Il n’y a plus de Pyrénées. »

Société des Pastellistes Français.

Avril 1903,

La 19e Exposition des Pastellistes Français exerce sans cesse sa séduction coutumière. Le pastel se prête si adorablement à la libre fantaisie/à l’humeur, à l’esprit. Il traduit avec tant de fraîcheur, toutes les variantes de l’imagination et les caprices du désir. Peut être même et c’est là le point défectueux, peut-on faire à quelques exposants le reproche d’en altérer le côté léger, vaporeux, suave, en l’employant à la réalisation de conceptions trop réalistes cl entachées de quelque vulgarité. Aussi bien, M. Besnard, a sombré cette année par mégarde et toute la beauté nuageuse du procédé a été insuffisante à gazer la lourde matérialité d’aucunes de ces figures de femmes sans grâce, sans joliesse, et dont il a ravivé en vain, à l’excès, l’apparence fardée et populaire.

Bien au contraire M. Lévy-Dhurmern’a jamais

été mieux inspiré que dans celte figure de mysticisme « Ville close » (Bretagne), dans son esquisse de « Fête arabe » et ses « Etudes d’Algérie ». M. La Touche est débordant de charme et d'ingéniosité radieuse. « Le corps de ballet » est une page très remarquable. Les « Danseuses » sont exquises et sa « Fantaisie » une petite merveille. — M. Guérand de Scevola fait son chemin, si peu qu'il puisse être influencé par Gaston La Touche et Besnard, mais il est intéressant quand même et beau diseur. Dans son « bassin » je retrouve de la richesse de « l’Arcen-ciel » de Millet qui est au Louvre. — Les « portraits » de M. Léandre sont spirituels en diable, d’une légèreté de touche et d’indication sans pareille, dans leur tonalité violacée qui sait s’arrêter, juste là, à temps pour ne point contrarier ni émousser nos susceptibilités vives. M. Cornillier a de l’accent, du style et de la couleur, M. Le Sidaner est délicieusement voilé et murmure des lieds doux et apaisants. Dans l’air ambiant de ses places et de ses maisons où flottent des frissons d’âme quiète, il y a de l’intimité de ces béguinages dont on lit la poésie descriptive dans certaines pages de Bodcnbach. — M. Lhermitte laisse transpercer comme toujours des soucis de belle nature dans ses paysages et des accents de sincérité dans

ses « Intérieurs ». Je citerai encore les fines « marines » de M. Meslé ; « Le Parterre du midi, Versailles » de M. Thévenot et un « Portrait » de M. Georges Picard.

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