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LES SALONS DE

Société nationale des Beaux-Arts.

Nous passerons rapidement sur la question de statistique. Il importe peu, en réalité, de savoir si le nombre actuel des envois de ce Salon est sensiblement supérieur à celui des années précédentes. De même, nous effleurerons, sans insister, sur Y opportunité qu’il y a réellement, d’en finir avec l’obsession du Concours Hippique, dont la clôture tardive vient paralyser, bon gré, mal gré, les efforts méritants de la commission de placement de la « Nationale », et l’incite, à organiser un peu tout à la diable, et à la dernière minute, afin d’ouvrir au jour dit et à l’heure. Les sculpteurs sont, en la fâcheuse occurrence, les plus mal partagés et sacrifiés, momentanément. Bref, il sied d’étudier un plan plus conforme avec l’harmonie de nos desiderata artistiques.

Je ne fais pas entrer en ligne de compte les trop justes griefs de la Presse, dont la difficulté de labeur s’augmente de l’état défectueux et inachevé d’un ensemble un peu boiteux et désordonné.

Incontestablement, on soupèsera, n’en doutons pas, le pour et le contre, de manière à procurer, ultérieurement, aux uns et aux autres, le summum des satisfactions inespérées !..

La Société Nationale a fait une recrue importante en la personnalité de M. Caro-Delvaille, qui exposait encore, l’an dernier, aux Artistes Français.

Par contre, Rodin et Carrière ne sont pas représentés. M. Maxime Maufra s’est également abstenu.

Deux clous à signaler : « Les Funérailles du Président Carnot », de M. Georges Bertrand et la « Fête du Lendit ou foire aux parchemins à Saint Denis au xve siècle », de M. Weerts.

Le Champ-de Mars n’a plus à envier rien aux Champs Elysées.

Salle I. — M. Carolus-Duran, président, plus maître de sa joie en son portrait, de M1"15 G... H. (de Londres) de haute distinction et de noblesse. La robe a de beaux plis chatoyants. Les épaules sont à louanger. « Le

vieux lithographe » est une excellente étude et le « Portrait de notre confrère M. Arsène Alexandre», fort amusant d’exécution. M. Carolus-Duran — pourquoi le blâmer d’une si douce manie ? — à côté de sa hère silhouette de « Gavroche » expose un paysage intitulé « Lever de Lune (Provence) ». Il est croyable que M. Carolus-Duran n’ignore pas Fromentin et qu’il l’admire ajuste titre. De M. Jacques- Blanche, les « Portraits de M. et Mme Francis Yiélé Griffin, et leurs quatre hiles » sont jolis de mouvement rythmique recherché et intensif concourant vers une alliance étroite de lignes enveloppantes et synthétisant la famille unie et réunie, cependant que dans le cadre exigu il semblerait qu’il en résulte un peu d’écrasement et d’étoulfement à cause et beaucoup peut-être d’une uniformité de tonalité identique en ses portraits de M. Lucien Simon, d’expression hagarde, de M. A. Debussy, malgré sa franchise et déjà vu chez Durand- Ruel, de M. Paul Robert, de MU1C X et E. H.

M. Cottet sait imprimer sur les visages de ses bretonnes (Deuil marin) cette même expression large de résignation et de détachement, des choses d’ici-bas, dans une ambiance de tristesse qui plane, suinte, du ciel, de l’eau et des pierres mortes, sauf toutefois, que de ces

trois figures de femmes émanerait un tantinet de sécheresse, et de platitude, et que la jeune fille sise au milieu des deux matrones, d’angélique douceur, s’effacerait presque, s’amalgamerait avec le fonds, se volatiliserait, dans un miracle ? ..

Mais, salle XVIII, nous admirerons, son « Vieux Cheval » sur la falaise, le grand frère du bien connu jadis, tondant de toute la largeur de sa langue, l’herbe sèche et rare ; confondant sa misère, avec celle de cette côte bretonne dénudée et inculte, mais restant et demeurant héroïque sous son apparence décharnée et sordide, miséreux, quoique fanatique toujours et attaché au sol comme les indigènes armoricains.

M. Zuloaga chante avec un plaisir discret un air de Carmen, une Carmen avant son entrée dans le cirque, toute à sa toilette, à sa parure, s’exerçant à décocher l’œillade, à piquer bien la rose dans la sombre noirceur de ses cheveux. On la suit, on l’aiderait avec la camériste, à rajuster la mantille. Elle remplit la chambre de sa vie, de sa coquetterie, de son plaisir d’être sémillante, captivante, irrésistible. Jusqu’ici M. Zuloaga n’avait certainement pas donné une note aussi personnelle et originale de son talent. A toutes ses qualités solides, il offre aujourd’hui

l’appoint d’un charme très vécu et nature, et libéré d’influences.

M. Scharf se révèle avec beaucoup de sincérité, peintre d’intimité et d’intérieur. Sa petite figure assise de payse épluchant des pommes, se prévaut de sobriété savoureuse et de couleur chaude à la fois, et s’enveloppe bien d’atmosphère et de clarté confuse. Le « Portrait de M. J. de L. » a de l’allure, celui d’une « Vieille femme » un air de dévotion sereine ; à noter encore : « Portrait de mon père », le sien en conquérant, et « Clair de lune » (paysage).

Salle IL — Décorateur de boudoirs, de salons du Vert-Galant, peintre des Trianons, les « Panneaux », de M. Gaston La Touche, illuminent ; au milieu d’eux, flamboie « La descente de Croix » ; Les « Paysages » impressions de Flandre, de M. Thaulow; de M. Franz Courtens « Vieilles femmes de l’hospice de Schiedam ». Grises dans l’opacité grise des nuées, elles s’en vont, âmes sœurs semblables, le dos courbé, la marche lente, chargées d’années et d’infirmités, coiffées de blancs bonnets, vêtues de douillettes aux tons mauves passés et défraîchis, et résorbant d’étonnantes afflictions endeuillées et hivernales

« Femme nue » et le « Miroir » de Mme Lee- Robbins.

Salle III. — Des jeunes filles peintes au procédé dont il est l’inventeur — de M. Raffaëlli, des jeunes filles simples, « Jeune fille au chien» « Jeune fille aux œillets » simplettes parce que jeunesse et innocence veulent l’équivalence d’une simplicité en toutes choses et qu’elles voient sans penser à mal, cœurs ingénus et candides, tels M. Raffaëlli, malgré son procédé, les soumet à notre complaisance plus acquise pour le « Carrefour Drouot », « Le Pont des Saints-Pères » en lesquelles pages, poudroient la vie, le mouvement de la cité parisienne. Les « Paysages » de grandeur et d’impression lunaire de M. Emile Breton, ceux plus aérés de M. Emile Barau. « Vendanges en Champagne »,«La vieille place du village ».

M. I mcien Simon, (si toutefois, on pouvait accuser ce Salon de révéler de nouvelles tendances), personnifie ou parait devoir personnifier, à son immense désavantage, cet art décoratif, de formule bâtarde, appliqué à la rénovation du mobilier, et s’y adaptant comme logique, et dont j’avais signalé dernièrement, dans un article, la contagion imminente et funeste. C’est-àdire la peinture uniforme, par grands plans de

lumière étalés en évitant le heurt des plans d’ombre, et se devant relier par une sorte de tracés d’arabesques fantaisistes et tout à fait art nouveau ; aux lignes serpentines, des frises ou des motifs décoratifs, à l’intérieur des habitations. Gela infirme toute émotion, toute étude du morceau, toutes qualités de métier. On revient , petit à petit, par une invincible progression, au papier peint. Tel est T avenir de la peinture murale ?

Aussi bien, M. Lucien Simon n'est pas encore tant persuadé qu’il est dans le vrai « que dans son asile de vieillards » il ne puisse se ressouvenir, avec beaucoup d’à propos qu'il est plus là dans ses pantoufles et qu’il a tort de se méprendre sur l’avenir de tendances qui ne se généraliseront pas ou nous serions tout prêts de perdre, à user de ce langage barbare, toute notre belle réputation française, à renier toute la tradition, à pervertir tout notre goût, à ternir tout notre esprit pour céder à une corruption momentanée, à une mode sans durée. Que je préfère la petite esquisse déjà vue à la « Société Nouvelle », intitulée « Le coup de vent » mais, que pour l’amour de Dieu, M. Lucien Simon, soigne la qualité des mains dans ses portraits et regarde celles de Carrière.

Les « Paysages » de M. Chudant ; « Le Por-

trait de M. Auguste Dorchain » de M. Edouard Sain. « Les Vues de Paris » de M. Gillot.

Les ligures lourdes de M. Saglio ; Les « Paysages » frisant la fantasmagorie, de M. Louis Dumoulin, art de sensations par trop imprécises et nuageuses. Des « Figures » de M. Guiguet qui s'amenuisent par un côté trop fini de gentillesse et de subtilités précieuses.

Salle IV. — Evidemment, les ligures de M. Caro-Delvaille participent de la même rigueur que j'ai infligée à celles de M. Lucien Simon. Toutefois, il y a quelque différence entre eux deux. Autant M. Lucien Simon, coloriste, beau transpositeur, affecte quelque brutalité dans son jeu, autant M. Caro-Delvaille a, dans sa « Femme nue », rivalisé de délicatesse et d'infinie douceur morbide. Evidemment, le parti-pris d'éclairage et de lumière, est tout aussi éloigné de celui d’une figure de nu de Rembrandt que peut l'être l'Olympia de Manet, à côté de certaine femme du Titien qui est au musée de Florence, mais en se plaçant au centre de l'irradiation lumineuse où s'est tenu M. Caro-Delvaille, il sied de constater qu'il a réalisé un morceau de nu, admirable, se tenant merveilleusement avec le reste, et qui peut-être, est le meilleur du Salon.

Un « Portrait de mon frère » de M. Jean- Pierre Laurens. « Le Semeur » de M. Verstraete.

« Les deux amies », de Mme Roederstein.

Les « Marines » de M. Auburtin. «Le matin» (frise décorative) de M. Hochard ; « Au village : les gens de Beauce » que nous goûtons moins à cause de sa sécheresse, de son manque de lien, que les « Enfants de chœur », « Le monde des courses ». M. Hochard tend à éparpiller Pintérêt de ses personnages qui paraissent collés les uns contre les autres, sans que Pair vienne s’interposer entre eux et leur ôter cette apparence de sécheresse désagréable.

Salle V. — Nous sommes en présence des « Funérailles du Président Carnot » de M. Georges Bertrand, lequel, n'avait depuis son triomphe obtenu avec « La mort du Porte-Drapeau », exposé au Salon que des portraits. Dans cette immense toile, commande de l'Etat, M. Georges Bertrand a apporté d'autres qualités que celles que nous connaissions et qui étaient l’apanage d'un plus beau peintre, qu'il n'est plus tant aujourd'hui inlïuencé par le désir intensif de faire clair et lumineux.

M. Georges Bertrand a réussi à donner l’illusion merveilleuse d'un trompe-l’œil, rendu avec

une vérité criante et criarde, pour le moment, c’est supposable. Il y a, si j'ose dire, dans cette grande reconstitution d’une solennité mémorable et historique, comme une juxtaposition de plans photographiques, où, avec un art consommé, tout détail est en relief et à sa place, sans que je ne sache y voir surgir une seconde la moindre apparence d’un souffle génial comme dans la « Mort du Porte-Drapeau » qui fut peint avec de l’énervement et de la fièvre. Tout dans cette œuvre monumentale est combiné à termes mesurés ; le catafalque avec ses chevaux caparaçonnés et tenus en main par les piqueurs, à gauche, le rappel violet froid dans l'ombre des couronnes pour faire opposition théâtrale avec le camail, rouge et dans la lumière, de l’archevêque ; les longs voiles noirs qui coupent les voûtes, au dessus de la foule massée des parlementaires, ayant à leur tête M. Casimir-Périer, alors Président de la République ; au premier plan, à droite, l’armée. Et malgré Porcliestration savante de la couleur, le tableau reste froid, et les personnages sont eux-mêmes figés. Les « Marines » de M. Buysse, « Toile Décorative » de M. Victor Prouvé ; «Route dorée » de M. (Uauss.

M . Maurice Denis s’attirera incontestablement un succès, cette année. Sa « Mise au tombeau »

suscitera certains enthousiasmes que refroidira la réflexion ; en laissant de plus convaincus à méditer devant « Notre-Dame de l’École » et « Baigneuses » nous serons attirés par les heureuses relations qui existent dans la « Plage » dont d’aucunes naïvetés forcées volontairement, nous déplairons moins puisque M. Maurice Denis, nous en avons l’intime persuasion, ne tardera pas à émettre les memes qualités en dessinant ses figures simplement comme tout le monde et comme aussi bien, cet artiste sait les dessiner.

Salle VI. — M. Vail expose la « Place de Saint-Marc » à Venise. Je préfère à cette œuvre les études simples et de caractère du « Clair de Lune » (Venise), «Le Grand Canal» (Venise), « Vieux Murs ».

De M. Pierre Lagarde, dont la « Guerre » vient d’entrer au Luxembourg, « Les Meules » et « L’Orage dans la Plaine » ; de M.Frantz Charlet, « La Grille du Château », « La Plage » (Ostende); « Le Cadran doré »de M. Arcos et « Un Miracle à Lourdes », froid, mais précis et anecdotique.

De M. Dinet, une scène tirée du Koran, «Elles se coupèrent les mains... » un joyau de couleurs riches ; « Prisonniers » déjà vu aux

« Orientalistes », « Portrait », « Jeunes V aches » , de M. J. -J. Rousseau ; « Marines », de M. Dauphin ; Des notations un peu vagues, trop floues vraiment de M. Moreau-Nélaton « La petite dessinatrice » ; « La Leçon de piano », « Une Chambre ».

Salle VIL — S’identifier la formule succincte et si ample d'Eugène Carrière : « Je cherche l'arabesque dans les harmonies et dans la ligne» (Monstres. Le Jardin. — Jean Dolent.) et ratifier par des témoignages éclatants la synthèse de cet enseignement, c'est un des non moindres réels mérites de Mme Lisbeth, dont les envois de cette année, attestent d’une continuité fertile de labeur qui donne aujourd'hui de beaux fruits mûrs. Je cite « Devant la fenêtre » ; « Chrysanthèmes» ; « Etude d'Azalée» ; « Chrysanthèmes à contre-jour », et bien que s’augmentent et se diversifient ses sujets de compositions, cette artiste sait grouper avec une franche intelligence tous les motifs et les objets de ses variantes et conserver intact et pur le schéma primitif duquel rayonne la lumière dilfuse et absorbante.

De M. Aman-Jean, deux portraits de Femmes, doux portraits et dont les visages aux yeux parleurs dans la griserie du silence d'eux-mcmes,

sont pareils cVaffaissement délicat et si féminin, à la belle émotion des mains et des corps qui languissent sous les robes aux radieuses harmonies de teintes décolorées, pareilles à des feuilles mortes.

De M. Roll « Le Calvaire », « Maternité », MM. Desvalières, Girardot. Les suaves colorations parmi les fleurs de Mmc Marie Duhem ; l’art délicat de ses « Chrysanthèmes roses », « Jonquilles et oranges », M. Carrier-Belleuse.

Salle VIII . — « Repos de Jésus à Béthanie», de M. Burnand, et je louange la figure calme du Christ, et la distinction des deux femmes qui lui offrent des fruits, rharmonie reposante de cette scène et l’apaisement qui en émane.

« Les Paysages de Venise » de M. Iwill ; un bon « Portrait de Ch. Léandre » de M. Thévenot.

Salles IX et X. — Les « Portraits » de M. Dagnan-Bouveret ; les « Paysages » de M. Muenier ; les «Fleurs » deM. Henri Dumont ; « Roses », « Un lis », « Une ombrelle », « Roses jaunes dans un pot », toute une flore dont la recherche d’irisations harmoniques est presque une trouvaille originale et peu banale* L’éternelle « Juslice » de M. Agache, « Les

Intérieurs » de MM. Gay et Lobre; quelques vues du « parc de Greenwich », du « Pont- Neuf » et « Sur la Tamise ».

M. Weerts a frappé un grand coup en exposant la commande qui lui fut confiée de deux immenses panneaux décoratifs pour la grande galerie de la grande cour d’honneur de la nouvelle Sorbonne. La Foire du Lendit, où se rendait officiellement, pour y faire provision de parchemins, FUniversité. Les écoliers y venaient en bande, montés sur des chevaux plus ou moins richement équipés : Gringoire monté sur un âne, accompagnait le cortège et le guidait jusqu’à la foire de Saint-Denis.

Dans ces deux compositions que M. Weerts a reconstituées avec une autorité très maîtresse, sous une apparence de mièvrerie et de froideur, cet artiste a su y adjoindre de très jolis dons d’observations, de physionomies, de couleur, de clarté et d’air. Les études de mer de M. Léon Couturier, « Etudes d’Algérie » de M. Albert Aublet ; « Béguinage en Flandre » ; « Pré Flamand » de M. Leempoëls; de Mn,c Madeleine Lemaire, « Marchand de harengs », (Dieppe) amusant, vivant, enlevé au bout de la brosse.

S aile XI. — De l’exposilion rétrospective

d’œuvres de M. Louis Deschamps, nous retiendrons la « Faneuse endormie », « L’enfant mort », « Tète de Vieille », etc. Les anciens sont les meilleurs.

M. Jean Veber satirise, fouaille notre humanité, Breughel moderne, il déride, il amuse, il nous amuse avec notre propre hideur, « Les bouches inutiles », « Les Mannequins ». « Le bain de Suzanne » î Des paysages de M. Binet ; de M. Jules Flandrin « Une audience à Venise » renouvelée du petit chef-d’œuvre de Ingres, du Louvre, « Cantique à la Vierge ».

Salles XII et XIII . — Les intérieurs « Le Pique-Nique »; « La Chambre rouge»; « Le salon bleu » de M. René Prinet, cela tourne joliment à la longue à la Romance sentimentale et vieillotte. Les « Paysages » de M. Billotte; «Portrait d’un chasseur » deM.Brindeau ; « Le bal des quat’z’arts », de Abel Truchet, ça gazouille, ça remue, ça palpite, et ça fait aussi habilement la charge ; les « Portraits »deM. Gervex; Les « Paysages » de M. de Moncourt ; ceux de M. Gri veaux.

Enfin, M. Jean Béraud. Ah ! la belle famille que celle de M. le duc de Doudeauville, quoique ce qui fait passer et digérer l'autre, c’est à tout prendre, malgré le petit métier sec et cas-

sant employé : « La sortie du lycée Condorcet ». Succès des mamans et des petites sœurs de petits jeunes gens, aussi des gentilles ouvrières. Passons.

M. Henri Duhem nous convie devant des sérénités plus hautaines. «Nuit claire » ; « Canal Flamand » ; « Petite Place ».

« La danseuse » de M. Maurer; « Les Paysages » de M. Morrice ; les « Portraits » de M. Courtois; les « Mondanités aiguës » de M. Jeanniot.

Salle XIV . — Les « Nus féminins » de M. Armand Berton ; « Réveil » de M. Albert Fourié ; M. Lhermitte en arrive à une simplification de procédé d’une éloquence qui est toute à son honneur. Ses bords delà « Marne » donnent grand et le sentiment de la nature y est formellement écrit.

En croirai je mes yeux : Décoration pour l’hôtel de ville de Tours : Rabelais, Descartes, de Vigny, Balzac ; quatre portraits signés Anquetin ; comme tout cela est cocasse, enfin ! et arrêtons-nous devant son portrait de Gémier, dans son rôle d’officier en demi-solde de la Rabouilleuse. Picturalemertt parlant, ce n’est pas bon, vert sur fond vert bouteille, et froid ! d’autre part, pour quiconque a vu

Gémier, il est aussi peu ressemblant que possible ; Gémier est maigre, nerveux, sec.

M. Anquetin nous a donné un Gémier grassouillet, aux bajoues flasques, qui ressemble à peu de chose près à un milord F arsouillé quelconque.

« Un portrait » de M. Guérand de Scevola, un grand portrait, s'enlevant sur un fond de rutilance dorée.

M. Albert Laurent côtoie entre l'art de M. Alma-Tadema ou Gérôme. Il est encore temps d'évoluer.

Je suis heureux, enfin, de rencontrer un beau paysage de paysagiste, bien franc, bien sincère. Je veux parler des « Maisons au bord d'un canal », de M. Victor Gilsoul. « Portraits » de M. Henri Bénard.

Dans la Rotonde, « Barcelone 1902 !... » de M. Ramon Casas. Il est très bien ce tableau, si anecdotique, mais cette foule qui fuit, obéit bien au sentiment de la terreur ; on devine qu’elle est haletante, oppressée, qu'on s'écrase, la meilleure preuve est que la gendarmerie espagnole — qui ne le cède en rien à toutes les gendarmeries du monde connues, (malgré qu'il soit légendaire, le gendarme débonnaire, — immortalisé par le bon Nadaud) — foule sous les pieds de ses coursiers fougueux de pauvres

malheureux. La charge se dessine même avec une sûreté d’œil très réelle. Je reprocherai seule ment un peu de monotonie grise dans la facture.

Salles XV et XVI. — « Un portrait » de M11* Villedieu ; « Les Paysages » de M. René Ménard. Il faut bien parler également de M. Zakarian ; M. E. Boulard n’éclaire pas assez sa palette. Il est nécessaire qu’il ne s’endorme point sur ses lauriers. « Portraits» deM. Rixens. Bien, les paysages de M. Guillaume Roger, mais je réprouve encore et toujours, ce procédé de simplification absolue qui touche à l’imagerie. Etes-vous peintres, oui ou non, eh bien ! donnez-nous-en des preuves, sinon, exposez des lithochromies et la presse n’aura que faire de se déranger. Rivière est bien dépassé et combien Monet, Sisley, nous paraissent éloignés. Cézanne triomphe !... Les « Etudes » de M. Morisset, de M. Tournés ; les « Paysages » qui se jouent en mettant la pédale céleste, de M. Le Sidaner ; celui du Luxem. bourg est bien joli, il faudrait bien se garder d’en mettre un second.

« Portrait » de M. Boklini, « Les paysages » de M, Delance ; ceux très larges, très étendus de M. Meslé : j’ai remarqué spécialement le « Vallon » (Soleil couchant.) MM. Rosset-

Granger ; Delachaux ; M. Anglada : « Marché en Espagne », « Entre loge et promenoir », « Fleurs de Paris », des cas d'hystéries féminines colorées et caricaturales. « Paysages » de M. Pierre Waidmann.

Salles XVII et XVIII. — Les «Portraits» de M. Picard ; des quasi-miniatures de M. Emile Briant « Le vieux cheval » ; « Retour d’enterrement » ; « Portrait de Mme J. ».

De M. Gustave Colin, « Le Chemin du lavoir (pays basque) » ; «Fin d’Eté » ; La « rade de Pasages » ; de cet artiste valeureux, on peut admirer au Luxembourg, un petit tableau très caractéristique ; M. Graner-Arrulî, « Etude d’Espagne » ; Les « Paysages » (1) de M. Lebourg, un des plus valeureux impressionnistes de ce temps. A côté de ces études coutumières de marines, M. Montenard expose un tableau de ligures, « Enterrement de jeune fille en Provence », lequel est au moins curieux de tonalité et d’aspect.

Une des plus maîtresses pages du Salon, c’est sans contredit, ce portrait de « Vieux Radar »,

1. Lire l’étude magistrale sur Lebourg, de Roger- Marx ( Gazette des Beaux-Arts , janvier 1904).

de M. Wageman. Ce tableau appartient au Musée de Gand. Il est dessiné, construit, tout un monde de pensées gravite dans le cerveau bombé de ce vieux bibliomane, je pense qu'il en est un ? Comme équivalent de peinture chez nous, ça rappelle la forte peinture de Courbet. Le caractère de ce Radar est frappé au coin d'un cachet de vaillante marque. Il incarne indubitablement un type dans le genre de ceux que créa Daumier ; ainsi donc, on a eu raison de montrer cette peinture qui est d’enseignement et un exemple.

Les « Vues de Capri » de M. Alfred Smith, « Scènes bretonnes » de M. Pélécier, les « Marchés » de M. Le Goût-Gérard ; « Les Femmes en rose, nue et assise » de M. Frieseke, les « Paysages » de M. Lebasque qui a exposé des paysages charmants aux Indépendants également ; je cite ceux de M. Clary « Ruines du Château-Gaillard » ; « Dans les prés » ; « Ferme au bord de la Seine ».

« Le portrait M”e R. », par M. Resnard est tout simplement charmant et j'avoue qu'il m'a beaucoup plu, ce qui n'est pas tout à fait modeste, mais comme j'ai malmené dernièrement ce grand artiste aux « Pastellistes », je lui devais une réparation et il n'eut pas de peine à m'en accorder la facilité ; son crédit

fut cle courte durée et je reste très satisfait, son débiteur.

Vis-à-vis d’un semblable créancier on peut s’en donner à cœur joie ; et je n’ai pas à restreindre aucunement la portée de mon admiration. Le portrait de Mme B..., est complet, distingué, éclairé avec esprit, simple, et d’une exquise coloration. La tête est superbe, la robe noire est supérieurement traitée. D’ailleurs, M. Besnard a résolu de pétrir à nos yeux de la grâce et du charme, de ce charme de Frago, dans« Les Cygnes », « Solitude », « Au bord d’un ruisseau », en lesquels, il a semé le brio, le mouvement, le caprice, la fantaisie, et gardé son métier dans une gamme chantante, des petits travers dont je lui ai lait quelques reproches d’éparpillement de la lumière et des exagérations du travail. Aujourd’hui, il est plus sobre, concis, moins clinquant et la pensée aimable sans plus, vient s’ajouter à ces ravissantes toiles et leur tresse une couronne de fleurs.

Dans le pourtour, à droite et à gauche des escaliers, « Fin de journée, environs de Biskra » de M. Anthonissen ; « Un soir dans le vallon » de M. Henri Havet, d’une impression très nuancée, « Matelots en fête », « Première valse », de M. Lewishon ; le métier laisse à

désirer dans sa note claire, de plâtre délayé, mais c'est diablement bien compris de mouvement, de vie, et ces toiles sont à retenir, « L’entrevue », « La prière au désert » de M. Girardet. Les « Jardins de Majorque » de M. Russinol, un vaillant artiste espagnol qui manquait également chez Durand-Ruel et dont nous revoyons ici les paysages de caractère et de solennité grave et austère. «Le modèle », « Le butin » de M. JoanRerg; «les Soupeurs », « Au café », « Sieste » de M. Louis Legrand très humoristique et parfois sinistre ; MM. Villaert, Koenig, Garrido, Le Fournie, de la Villéon, Piet, Leroy, Saint-Aubert, Nourse, Cailliot, Lévy-Dhurmer, Gassard, Georges Resnus.

De M. Osbert, « L’heure grise », « Solitude», « Harmonie de la brume ». J’ai réservé après la toile très corsée de M. Alfred Rastien, intitulée «Parmi mes amis », laquelle œuvre contient des morceaux très étudiés et qui se dégagent de la lourdeur. — Le tableau de M. Bartlett, « Enterrement hollandais ». Comme ces figures d’hommes et de femmes sont cherchées sans trop, dans la tonalité et l’ambiance froide d’une journée d’hiver, — tristes sans affectation, en leurs noirs vêtements, et comme se déroule calme et dans la molle enfoncée des roues des voitures, en l’amoncellement

neigeux, le cortège. Les beaux rapports des blancs et des noirs, la finesse des gris du fond et l’arabesque de la procession lente. Voilà une œuvre d’humanité, vécue.

MM. Marcel Béronneau, Emile Bernard et M. Albert Gustave que je suis heureux de compter aussi parmi les meilleurs paysagistes du Salon, avec « Brumes matinales surHonfleur », « Soir d’hiver », « Matinée d’ Automne »,

« Vallée de l’Oise ».

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