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DESSINS, AQUARELLES ET ESTAMPES

M. Gaston Prunier s’est, comme nous l’avions toujours pressenti, affirmé comme un visionnaire très remarquable de belle nature que son penchant à la contemplation solitaire lui a permis d’interpréter avec une sérénité très individuelle et personnelle. Après ses dessins, aquarelles du Havre, des environs de Paris, de Bretagne, des bassins de la Villette, dont le Musée du Luxembourg nous fournit un brillant témoignage, cet artiste opiniâtre nous conduit aujourd’hui en Espagne, dans la chaîne sauvage des Pyrénées. Voilà la « Montanetta-Salardu» aux nuages sombres qui roulent et voilent la nue, « Le lac Gerbel » et son pittoresque cou-

ronnement de rochers se reflétant dans les eaux bleues et transparentes. Un fond de paysage tel que Vinci en mit dans ses tableaux de figures, tout entiers d’harmonies colorées et d’étrangetés rares ; le « Val de Salana », la « Vallée du Rio Aigua-Moch » et les « Bains de Trédos », en Pàpreté desquels sites les éléments sont seuls maîtres dans l’universelle beauté des choses, si tant que se décèle la présence de l’homme par la mince apparition d’un toit au-dessus duquel s’envolent en spirales, les fumées bleues d’une cheminée dans le ciel. Et ce dont je félicite M. Prunier, c’est qu’il tend lui, vers une simplification constante, en ne laissant prédominer que le nécessaire des détails, pour ne pas altérer le sentiment de ses œuvres ni sa portée esthétique et féconde.

« La ronde », «Au port », « Les passantes », « Nocturne » de M. Frantz Charlet, sont des pages de rêves et d’une fantasmagorie qui a quelque chose d’inquiétant et d’attirant, en même temps, puisqu’on se plaît à les mieux contempler et à s’attarder. « Femmes de la campagne » de M. Vital, les magnifiques pastels de M. Thaulow du nombre desquels, il faut distraire deux estampes fortes « Le moulin bleu » et « Au bord de l’Escaut ». Les figures d’un modernisjue pervers, de M. Bottini, les

« Intérieurs bretons » de M. Milcendeau, qui expose d’ailleurs ainsi que M. Prunier aux Indépendants ; les scènes de vie populaire de M. Louis Legrand « La petite tricoteuse », « Vieux pêcheurs », «Profil de jeune fille» de M. Guillaume Roger, MM. Marcel Béronneau, Iwill, de la Nézière, de la Gandara, Luigini, dessin à caractère, Georges Desvallières, Osbert; les illustrations de M. Jeanniot pour « Adolphe » de Benjamin Constant. Enfin et ne pouvant tout citer la réunion des œuvres en une salle unique, de M. Frédéric Houbron.

Cet artiste cherche le mouvement, le grouillement des foules dans Paris. Lui, comme tant d’autres, s'est épris de ce spectacle incomparable d’une humanité concourant à la beauté des sites et des monuments. Il est arrivé, sans nul doute, à réaliser ses secrètes et admiratives appétences. A côté de l’illustrateur, du dessinateur impeccable, sur, soignant la forme, l’artiste a son tour de sentiment et d’émotion. Ses motifs sont bien pris, de manière seyante, les figures bien touchées sont là où il faut qu’elles soient. Je relève quelques motifs qui m’ont particulièrement attiré. « Le Jardin de Notre-Dame », «Une vue de Confïans Sainte-Honorine », quelques portraits de maisons, qui sont voulues telles, à Confïans encore, « La Pointe Sainte

Eustache », « Pierrefonds », « Le Feu d’artifice », etc.

Parmi les Estampes, celles de MM. Lunois, Beltrand, « l’Arc-en-ciel » entre autres, d’après Millet, de M. Ranft, Manuel-Robbes, Jacques Villon, Gaston Darbour, Paul Collin, Jacques Reurdeley, Osterlind, Louis Legrand, qui tiennent du cauchemar et flottent entre Edgar Poë et Baudelaire, les eaux-fortes de M. Renouard ; celles de M. Heseltine ; de Marlotte, « La Moisson » et le « Marin noyé », les eaux-fortes de M. Waltner, d’après l’œuvre de Roybet ; les lithographies de MM. Sureda et Veber ; puis encore de Mlle Margueritte, l’arabesque d’une branche, de deux branches de pommiers, jolie comme une pointe sèche qui serait d’un Japonais et comme seuls les Japonais sont capables de concevoir les fleurs et les fruits par une indication subtile et l’autorité de ce côté décoratif qui se fixe, impérieux et tenace.

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