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SCULPTURE ET OBJETS D’ART

J’ai dit au début de mon article ma difficulté à démêler quelques éléments dans la sculpture, en le désordre régnant. Cependant

placé sur un socle au milieu de la rotonde, voici « L'enfant mort (bronze) de M. Bartholomé, d'un sentiment très profond, un groupe en marbre « La Douleur » qui s'inspire avec talent de la conception de Rodin, « Deuil » (buste plâtre) de M. Jean Escoula ; à l'entrée de l'escalier de gauche une « Bacchante au biniou » (marbre) de M. Injalbert, jolie de corps et souple ; un buste portrait de M. Cottet, et une volontaire de tète « Vieux mineur » (bronze) de M. Constantin Meunier ; le bois revient en honneur : amusante, la petite blanchisseuse (statuette bois) de M. Tarrit.

Une maquette de Mme Marie Cazin (à la mémoire du peintre J. -Ch. Cazin). « Le .gars Bernard», buste plâtre, de M. Jean Baffier.

Parmi les objets d'art, une simple vision, comme en sculpture, pour y revenir mieux prochainement, des reliures de M. Louis Legrand, des « Meubles » de MM. Gaillard, et Belville, de beaux médaillons de Rodin, G. Picquart, Anatole France, deM. Henry Nocq; les « Tapisseries » de M. Victor Prouvé; les « Voyages imaginaires » de M. Marcel Sclrvvob ; « La Gloire » de Mme Marie Cazin ; les « Vases de Deck » de M. Ernest Carrière ; « Les Bijoux » de M. Boutet de Monvel.

« Les Grès » de M. Dammouse, bien jolis de

dessin et colorés agréablement ;une << Vitrine » de M. de Feure ; celle ainsi que de bijoux, de M. Paul Mangeant ; les « Pots en grès » de M. de Vallombreuse.

Ce Salon, ainsi résumé, présente dans son ensemble, une alliance de forces très définies, de talents originaux, très patients et appliqués.

Société des Artistes Français.

La Peinture est en harmonie avec l'état d'àme d’une société... Pareillement, quand cet état d'àme est incolore et affadissant, que nulle passion n'en trouble ni agite les eaux tranquilles, à moins qu'un tantinet et pour la forme — simplement à la surface — sans que les vents alizés n'en émeuvent les paisibles profondeurs, il n'est, nécessairement, de répercussion sonore possible, dans l'expression des mornes convictions du plaisir et de la douleur, tant le monde alourdi de béatitude et de calme, se tait et végète dans son hypocondrie, terne et décevante.

Plus spécialement, ce Salon inspire de semblables réflexions, — puisqu'il semble, par tendance traditionnelle, incarner cette action réflexe et anecdotique de nos penchants, de nos us et mœurs. Superficielle, vaine, légère, sa fonction morale reste isolée dans l'ambiance générale, et c'est plutôt à côté, à la « Nationale », que, nécessairement, on acquerra plus percep-

tiblement, la sensation des volontés agissantes et fécondes?

Le peintre des « Champs-Elysées », généralement vit renfermé à tort, sans souci des contingences et de là naît, dans cette particularité, son infériorité et la stagnation de son entendement. Il est l'esclave de son métier à courte vue, des petits expédients faciles, du coude à coude néfaste, de la camaraderie et de la coterie des ateliers, de la production marchande, des applaudissements de la critique salariée et de sa clientèle bourgeoise. Il est l'asservi des principes mêmes de la Société qui l'enrégimente et le bâillonne. Il est tributaire pieds et poings liés, d'une collectivité autocrate et toute-puissante, laquelle ne tolère aucun écart, et ne redoute rien de plus au monde, que l'affranchissement de ses membres et la transgression de leur part, à la règle ordinaire et commune.

Pour toutes ces raisons et d'autres encore, le Salon de cette année est d'une langueur monotone. Néanmoins, cette impression d’ensemble établie, il est quelques œuvres d'exception qui subsistent, rares, mais enfin, dont nous signalerons avec plaisir, le mérite et l'intérêt très motivé qu'elles procurent. Le Maître respecté Fantin-Latour n'a pas exposé.

Salle I. — A vrai dire, jamais peut-être cette salle, ne nous a paru plus dénuée d’un centre quelconque d’attraction, d’émotion communicative dont toutes celles qui suivent, eussent, infailliblement profité. Gomment vous expliquerai-je ?

On ne réagit pas ou difficilement contre une mauvaise impression. Tout le secret de la réus-^ site gît souvent dans la manière dont les choses sont présentées. Une exposition de peinture, n’est après tout qu’un vaste étalage, lequel, comme tous les étalages, exige dans la répartition de ses motifs énormément de tact, de goût et de circonspection. Plus ou moins, avons-nous été habitués à ce que cette salle soit en quelque sorte comme le vaste dépotoir des Artistes Français. On y case, on y plaque aux murs, tout ce qui gène et on couche toutes les commandes géantes, les plafonds envahissants, les conceptions délirantes.

Eh ! bien, cette année nous n’avons même pas la ressource de rire ni de nous dilater la rate. « L’Anathème » de M. Louis Béroud est embêtant comme la pluie ; M. La Lire, luimême, est d’une convenance de puritain et pour faire contraste à son « Volcan »il expose un vaste tableau intitulé « Pose de la première pierre de l’Église de St-Germain-de-Carteret

(Manche) ». Aussi vrai, le diable qu’il y a en M. La Lire, se fait ermite et peint des sujets édifiants. Il était grand temps !

M. Scho miner occupe deux immenses pans de murailles avec ses «.plafonds de François Ier et de Henri II », très respectables et d’une tournure qui voudrait défier celle des plafonds de Véronèse ! Lui faisant vis-à-vis, sans danger, le panneau décoratif « Au matin de la vie », de M. Marioton ; la « Sainte Famille » de M. Grosso est d’un peintre très savant, qui ne fut pas sans étudier Munckazy ni Brozick ; — son tableau a de la couleur, en dehors d’un certain classicisme plus inhérent à la moitié de droite du tableau, tandis qu’à gauche la lumière éclate avec liberté et franchise, d’une exécution moins entravée et limitée par le respect de l’idée et du sujet à traiter, selon une formule archaïque et poncive.

M. Henry Perrault fouille sans cesse dans l’Histoire, non sans talent. M. Albert Thomas, nous livre un triptyque pas méchant, ainsi que M. Debon, des pécheurs qui ont l’air de braves bougres, au bord de la mer.

M. Didier-Pouget cultive avec acharnement les bruyères roses. M. Grimelund vit sur sa réputation.

M. Lionel- Walden étudie un « Reflet de

soleil sur la mer » avec une jolie insistance ; « L’intérieur de sculpteur », de M. Baligant est d’une fine distinction ; une « Marine » de M. Hugues Stanton, d'une belle largesse d'expression ; traitée à la manière de Bonington, « Résignation » de M. Démanché ; « Au pays des pêcheurs bretons » de M. Bellemont, aérée et lumineuse toile ; « Un soir en Hollande », de M. J. Benoit-Lévy.

Salles II et I IL — M. Geoffroy fait montre dans son triptyque de « L'Œuvre de la goutte de lait » (au dispensaire de Belleville!) de cette facilité qui est un des charmes les moins consistants de la peinture, si tant est cependant que sans empoigner, ce peintre de talent sait nous séduire par des qualités d'observation et des moyens mnémotechniques très fonciers ; de M. Charles Geoffroy, un bien charmant « Portrait d'enfant ».

« La rafle » de M Devambez a des dons à intéresser le public du Dimanche. «Le Portrait» de M. Dilly est de lumière très cherchée dans une gamme symphonique de bleus trop froide et entière. « Voilà conunes elles font les petites marionnettes » de M. Chayllery, dans lequel tableau flottent des réminiscences de Carrière et de Besnard.

« La Muse des Bois », de M. Guinier est d'une insignifiance mièvre, si gentillette toutefois. Des « Roses » de Mme Foyot d’Alvar ; « Douleur* » de M. Gabriel Ferrier et son superbe « portrait du Général André », de ressemblance parfaite et de tenue très naturelle, « Crépuscule » et « Soir paisible »,de M. Eugène Chigot ; « Les ménagères; Hollande», deM. Camoreyt, une belle recherche de sonorité de cuivres et d’harmonies d'arabesques et de reflets dans l’eau.

Salles IV et V, — « Portrait » de M. Lorimer, simple et large ; « Un dimanche en Bretagne» de M. Fraipont. « La Salle de Rubens au Louvre » de M. Louis Béroud, honnête étude, un peu sèche; « Le Marché de Breteuil », de M. Furt, souple et vivant ; « Portrait de ma mère », de M. Déchenaud, très bon portrait dans une note toujours sombre, mais sincère et simple ; de M. Abel Boyé, « Vers les flots attiédis », étude colorée de deux femmes se baignant; « Graine de mer », de Mrau Demont-Breton ; « La mare de Bouillon » de M. Debon ; « Bosham » de M. llill ; « L'énigme » de M. A. Demont ; « Lever de lune à Moret-sur-Loing » de M. Jacques-Marie ; « Le portrait de Mllc Sorel » de M. Flameng auquel nous préférons celui de la « Princesse de Wagram», «Coin d'herbage »

de M. Diéterle; « Charité » de M. Besson.

Salles VI et VIL — Dans son cadre étroit « La Bretonne et sa vache » de M. Guinier, me semblent écrasées. La facture est un peu égratignée, peinée, et dans un sentiment pareil, je préférais les paysanneries de Bastien Lepage : M. Guinier nous avait donné mieux Fan dernier et je me souviens de sa « Procession », « L’Antiquaire » de M. Grün est troussé avec dextérité, mais de quelle importance à nos yeux, peut paraître cette étude creuse et vide de sens et exempte d’humanité.

Nous goûterons mieux les « Anémones » de M. Robert Dupont, simple esquisse, mais de tonalité très line.

Sans parti-pris, il en est à la « Société des Artistes Français » comme à la Nationale, où des étrangers détiennent de bonnes places avec des bonnes œuvres fortes ; je cite, par exemple, celle de M. Alexandre Struys, « La célèbre dentellière de Malines ». Un prêtre est absorbé dans la contemplation de Fouvrage, cependant que la femme est debout et attend l’arrêt, éloge immanquable et que, par la fenêtre ouverte à moitié, s’éclairent les toits rouges des maisons flamandes et la tour de l’église de Malines, cette autre dentelle. Ce tableau est très beau de

rapports, cle valeurs chaudes et d'amples relations de détails qui ne nuisent pas l’harmonie générale. « La Vallée deLalinde » de M. Gabié. « Marché au beurre » de M. Grégoire ; « A la Crémerie » de Mlle Desportes ; M. Guillemet a troussé ses deux paysages « Le soir » et « Moret » avec une désinvolture tout à fait maîtresse, mais le dessin pourrait ne pas être autant dédaigné, ce nous semble, et la perspective plus observée ; les tableaux y gagneraient et la réputation de M. Guillemet n'y perdrait pas, au contraire.

Très bien « Le pont d'Asnières, un jour d'hiver » de M. Jacob, ainsi que le « Parterre du Luxembourg » de M. Dupuy, ou plutôt le « Port Saint -Nicolas ». Nous retrouverons le premier plus loin dans la rotonde, peint avec cette même large franchise qui demande quelque atténuation et des gris, de jolis gris...

M. Gérôme est vaillant comme un lion, un beau lion dont la crinière a quelque peu blanchi. Qu'on aime ou n'aime pas sa « Prédication dans la Mosquée » et « Vue de Médinet-el- Fayoum », il n'empèche que je me dispenserai de parler avec désinvolture des deux tableaux de ce maître, qui lui font bel honneur et qui vaudront certainement très cher. Certes, ce n'est pas de l'art fait par-dessous la jambe,

mais tel que, il est fort estimable. « Solitude » de M. Gelhay « Mont et rivière (Creuse) » de M. H allé : Les « Dragueurs » de M. Jansen ; « Après le labour » de M. Godeby ; « Vertige » de M. Etcheverry a été et sera photographié à rinfini. Vous en verrez des reproductions chez Goupil et autres, c'est un tableau à succès, plus d’une femme s'y reconnaîtra, plus d’un homme se frisera la moustache en se remémorant semblable circonstance, il est le pendant du Vertige de M. La Touche àla «Nationale», celui-ci est plus précis, plus sous l'œil, c'est son tort, plus tangible, de tels actes veulent le mystère de la pénombre, mais la femme s’abandonne bien et on ne peut lui en demander davantage.

« Le Moulin à Montigny-sur-Loing » ; « Gelée Blanche » de M. René Juste : « La vieille grand'mère », de M. d'Estienne ; La « Dame aux gants » de M. Dufner, parfait.

D’un étranger encore, de M. Dierckx, un Belge comme M. Struys, « Lecture de la Bible », j'apprécie les physionomies à caractères, celles du vieux et de la vieille, l'éclairage rayonnant, l’ambiance attendrie et pieuse, la quiétude régnante et la distinction des gris-bleutés des vêtements, les transpositions de beau métier savoureux et soigné. Voilà encore une œuvre

Ah ! quel beau Salon on ferait encore avec toutes choses en expurgeant toute la sauce d’alentour, les petits paysages désolants, les portraits stupides, et quel dommage de ne pouvoir réaliser ce vœu qui est le vœu de chacun. Franchement non, je ne suis pas pour la libre acceptation de tous ; il faut une sélection, dans l’intérêt même des artistes qui peuvent s'enorgueillir de n'être pas confondus avec les innocents... Oui, m'objectera-t-on, mais les injustices ? Hélas ! c'est trop vraisemblable, alors limitez le nombre des réceptions et prenez votre temps pour juger à bon escient en renouvelant le premier examen et en le faisant suivre d'un second examen par d'autres membres d’un second jury qui auront l’œil plus frais et jugeront en dernier ressort î

Salles IX et X (Rotonde). — « Vision antérieure » de M. Numa Gillet. « Bords du Loing en décembre » de M. Gross : « L'étang (Bretagne) » de M. Gosselin ; « Vieille Forge », de M. Darien ; M. Duvocelle expose une sépia intitulée « L'attente ». Sur un lit d’agonie, une jeune fille que la mort, armée de sa faux, épie ; le motif n’est pas gai, et ce n'est pas la première fois que je me souviens que cet artiste se com-

plaît dans des pensers sinistres, avec talent, du reste.

Des paysages de M. Flahaut, je choisirai « Solitude ». La falaise, et dans l’anse de cette falaise, la mer; c'est expressif et très large. L’autre me plaît moins, « Matinée d’été » dans sa note plus floue, rappelant vaguement Corot. M. Hébert apporte la même religion que l’an dernier à soigner ses portraits de Mme Th. et Mme A. B. « Muse de la Misère » de M. Danguy ; « L’inondation » de M. Foréau ; « Pâturage hollandais » de M. Gruppe.

Salles XI et XII. — Il est vieillot, mais joliet et savamment dessiné cet « Eveil du Printemps » de M. Arpad de Migl : plein de grâce à la Prud’hon, ce qui n’est pas un mal. Distingué, beau maître, se montre toujours M. F. Humbert, dans ses « portraits de M“° B.., et de ses enfants ». M. Kreyder fait fleurir avec son autorité coutumière l’églantine rose dans un « Torrent des Vosges au Printemps », plus amoureux de la Fleur que M. Jeannin qui la traite avec une fougue un tantinet brutale, tandis que cet autre peintre décorateur, M. Thurner, campe avec maëstria des figures rustiques dans un pré et intitule son tableau « A la conquête des tartines (Concarneau) ». « Portrait de Mm! Henry

Hudson », de M. Hudson ; j'allais omettre et je m'en serais voulu cet excellent maître qu'est M. Harpignies vert comme un chêne qui produit toujours de beaux glands, comme en attestent ses « Bords de l'Ailier » et « Une Saulaie, effet de soir ». « Religieuse » de M. Henner, adorablement souffrante cette petite tête d’intime souffrance plus humaine et à laquelle M. Henner nous avait inaccoutumé. Gomme aussi morbide que toutes ses nymphes, cette « Nymphe endormie », mais la qualité du bleu du ciel et de l’or roux de la chevelure, avec un peu de mollesse que le dessin laisse poindre. «Les Chiens » de M. Hermann-Léon ; « La vieille porte » de M. Marché. «La ruelle desGobelins, par un temps de neige » deM. Liénard. «Deux braves gens » de M. Lejeune, en effet, les portraits de deux bons vieux, l’homme et la femme qui s’appuient l’un sur l'autre. Ils ont vécu, aimé souffert ensemble, vieille romance, vieil air, que M. Lejeune chante avec beaucoup d'à-propos et de sain réalisme. « Portrait de M. Ch. B... » de M. Laissement.

Salles XIII , XIV et XV. — « Une partie de pelote au pays basque » de MlleDufau, aux types bien étudiés et caractéristiques, à la fantaisie du motif vivant et bien compris. « Rêverie d’au-

tomne » de Mme Laura Le Roux ; « A Cythère » de M. Lavally, un « Portrait de femme » de M. Miller, d'indication large et savoureuse, à la physionomie très étudiée, sous les bandeaux gris, les noirs de la robe ; nous retrouverons M. Miller qui est américain, dans la salle XV, avec une petite étude de femme assise, d’une justesse étonnante de transposition dans un intérieur aux lumières apaisées ; « Les Marines » de M. Ravane; « Sur la plage de Rochebonne » de M. Le Sénéchal ; « Portrait » de M. Lautli ; Une forte marine, « Une rivière du Nord » de M. James Kay. «L'Annonciation» de M. Moreau-Néret. « Silhouettes de gerbiers » de M. Max Léenhardt.

M. Jean-Paul Laurens expose une commande de l’Etat pour l'Hôtel de Ville de Tours : « Jeanne d’Arc, triptyque ». Je suis un peu désappointé de la sécheresse de l'œuvre, de la banalité des types et de la froideur qui plane dans l’ensemble malgré cet autre repoussoir en face, « Souvenir de 1900, crépuscule ».La ville est en fête et toutes les lumières brillent, éclaboussent, cet art étant tout spécial et M. Luigi-Loir s’étant spécialisé dans cet art, il est inutile de s'attarder à l'analyser, 11 est de ces cas de mentalité abstraite qui sont du domaine de l’irresponsabilité, et que j'adore plutôt le « Five

O’Clock » de M. Desurmont, qui nous montre des amours de petits cochons roses en train de savourer une pâte onctueuse à souhait, à en juger par le frétillement de leurs queues tirebouchonnées. La lumière est judicieusement répartie, le paysage du fond est amusant et les cochons ont des délicatesses de colorations exquises , On adorerait ces petits cochons roses à moins.

Salles XVI et XIX. — Un délicat portrait de M. Ernest Laurent « Etudes » et le « Calme du soir » de M. Maxence ; M. Albert Maignan expose une scène de travail : « La journée finie ; mines de la Loire » ce qui ne suffira pas à le classer parmi les peintres de la Vie Sociale ; mais son tableau est intéressant, sans trop, il est peut-être un peu appris et de convenance, sans que nous empoigne rémotion et que ces ouvriers des mines aient plus droit à notre sollicitude que d’autres, auxquels ils sont sensiblement conformes . . .

De M. Jules Lefebvre, « Hélia » que nous avions vue à un cercle, et « Douleur de Marie - Madeleine » et que c’est froid encore et peu communicatif, à moins de prétexte à peindre une chevelure rousse et des pieds de Christ coupé en deux, le pauvre homme !...

De M. Fernand Maillaud « Route de St-Denis à Issoudun ». Nous nous rappelons l'avoir appréciée aux « Arts réunis ». Elle est calme? très nature et en opposition avec la « Gare d'Orsay » du même artiste, exposée dans la salle 21, lequel tableau rentre plus dans la note lumineuse, quoique assourdie, sans cesse, de ses vues de Paris, Il est dommage que ce dernier tableau soit placé un peu haut. « L'Annonciation » et « Mortes » de M, Luc Olivier Merson, du joli art de miniatures et un peu dépaysé ici, mieux à sa place, dans un missel.

Un trompe-l’œil « Le Repos » M. Mezquita. Un ouvrier couché, endormi, criblé de rayons de soleil au travers d’une barrière, ça fait illusion; « L'encens » de M. de Richemont, des qualités et une pensée; Les « Vues de Lorraine » de M. Petit-Jean; « La Pointe Saint-Eustache » de M. Michel Lévy ; « Automne » de M. Massé ; un bon paysage ; « Effet d’orage » de Mllc Leluc; et « Un soir de neige » de M. Payret-Dortail ; une étude sincère de figures de Mlle Lovering intitulée « Relies plumes font un bel oiseau », « Gillette », de M. Mercié,

Salles XX et XXf. — M. Rigolot expose un paysage intitulé « la Nuée, fin d’août ».La moisson est faite, comme le prouvent les dizains

assemblés que transportent les voitures au fur et à mesure.

Le ciel est chargé de nuées et les rayons du soleil percent au travers d’elles dans un poudroiement lumineux. Il y a du drame dans ce ciel, de l’impression mais aussi de la sécheresse dans les fonds et dans la notation rose outrée, des toits du village. M. Rigolot est la conscience même, et je me souviens de lui à Rouen, au Musée de cette ville, une moisson qui est rendue miraculeusement et avec une intensité de relief surprenant. Si l’art ne consistait qu’à l’imitation pure et simple de la nature, M. Rigolot serait le premier paysagiste du monde. Mais il y a autre chose à voir en elle, heureusement!

M. Noirot est plus affranchi d’esprit et de préjugés que son confrère M. Rigolot. Il ne s’en tient pas à la petite bête, use de fantaisie et interprète avec beaucoup de goût, ses motifs ; quelquefois son pinceau brode peut-être d’une façon un peu inconsidérée, mais à moins d’être sévère comme dans « L’Abîme » il est plaisant et coloriste dans le « lac du Bourget », coloriste aimable et suffisamment charmeur, « Au bord de la mer, - les Pays-Bas », de M. Allan; « La Baignade militaire » de M. Larteau est amusante, ensoleillée ; « La partie de Messe », de

M. Mondineu est un excellent tableau, bien éclairé, bien étudié : M. Rochegrosse expose le « Portrait de Mme Rochegrosse », il est sobre, d’une allure élégante ; « Étude » de M. Talaferro. « La Moisson », de M. Henri Martin ; un vaste triptyque, à gauche, l’amour, les fiançailles ; au centre, l’action et la matûrité de la vie : des moissonneurs fauchent la luzerne, cependant que des jeunes filles dansent et folâtrent ; à droite, la vieillesse, l’automne de l’existence.

Dans cette capitale composition, M. Henri Martin y a semé toute une brassée de parfums des champs, de senteurs odorantes, de la gaieté saine et du labeur. Il a apporté également une pointe de lourdeur dans l’exécution, et de naïveté un peu enfantine dans la représentation de la chèvre et de son petit biquet qui jouent ensemble, sous le regard attendri de la vieille paysanne ; mais ce que je loue, sans réserve, c’est cette belle note de juvénilité dont fait preuve l’artiste, cette haute sérénité de pensée, cette honnêteté de sentiment, cette . personnalité qui s’affirme, chaque année, sans défaillance, sans renoncement. Son triptyque de la « Fenaison » est une page maîtresse, digne de lui, quand même.

« Rogiero » de Mlle Palmer ; « Portrait du

comte Potocki » de M. Roybet ; « Le Viatique» de M. E. Renard ; «Nourrices au Luxembourg» deM. Rourdon, esquisse intelligente et très colorée.

Salles XXII , XXIII et XXIV. — « La faiseuse d'herbe », de M. Thibesart, me plaît assez, dans sa brutalité et dans ses outrances de langage, par sa volonté et sa résolution ; « Sur la plage » de Mme Pillini, rappelle beaucoup les portraits de Stevens ; « Un Christ en croix » de M. Walhain ; « L'Annonciation » deM. Moreau-Néret ; « Au large »deM.Ridel, de couleur toujours harmonieuse, mais tout cela danse et ce défaut d'équilibre me choque. « Les soins du ménage » de M. Alexis Vollon ; « L'Enfant à la rose » de M. Royer. Un bon paysage de M. Aumônier, « Une bruyère solitaire ». « Le bain » de M. Robert-Fleury, assez curieux d'intention et de simplicité dans une notation d'atmosphère line et particulièrement cherchée. « Un canal à Venise » de M. Saint- Germier. « La Vesprée » de Mn° Pèpe ; les « Marines » rubescentes de M. Olive ; « Le retour de la pêche » de M. Picabia ; les « Paysages » de M. Tanzi qui nous montre aujourd'hui une « Vue de Marseille », pour déroger à ses habitudes.

M. Tattegrain est un peintre d'histoire et je suis persuadé qu'il sait sur le bout du doigt celle de son pays, de la Picardie.

Il expose « Le Gué d'Etaples ». Son tableau et celui de M. J. -P. Laurens ne sont évidemment pas de nature à susciter beaucoup en nous l'amour des Anglais, puisqu'ils nous représentent deux scènes capitales de la tyrannie des envahisseurs, mais l’histoire est là et nous ne devons pas en sortir. Quant au tableau de M. Tattegrain, il offre les caractères d'une reconstitution aussi fidèle que possible, je veux bien le penser, du drame qui eut lieu. Les Français, poussés par les Anglais, l'épée dans les reins, s'efforcent de passer le gué et se noient en partie. « Et jamais, tout ainsi qu'au déluge ne cessoit de pleuvoir ». En conscience, eette œuvre de M. Tattegrain n'émotionne que faiblement, malgré ses évidentes qualités et sa science de metteur en scène, mais nous nous amuserons à la regarder comme on regarde une page d'illustration dans laquelle le narrateur a apporté de la sincérité et s'est appuyé sur des documents aussi scrupuleusement que possible, pour faire revivre à nos yeux une anecdote historique et qu'il a dramatisée de son mieux et avec ses moyens originaux et limités. « Noce arabe » de M. Henri

Rousseau; deux portraits de Mlie Juana Romani.

Salles XXV , XXVI et XXVII. — La « Messaline », de M. Richter, s’inspire d’un sentiment de décor assez puissant, et dans le feu des yeux noirs de Messaline, il y a de la passion écrite et de la bestialité ardente et inassouvie. Distingué et séduisant le « portrait » de Mme Vallet-Bisson ; «Penmarch» de M. Rémond dont je louerai aussi le panneau décoratif « Le berger et la mer » ; « Souvenance » de M1Ie Jeanne Maillart ; sur un perron, assise, une jeune femme en noir, tient son enfant. Ce tableau décèle évidemment une tendance à la distinction naturelle, une recherche de sentiment et de dessin élégant ; on exigerait pour qu’il fût parfait, un peu plus d’abandon et moins de rigidité dans la pose de la mère dont le visage accuse une pointe de sécheresse ; mais ces portraits font néanmoins grand honneur à son auteur.

Des motifs toujours croustillants, ensoleillés, de M. Sorolla y Bastida. « Fabrication des raisins secs» et «Après le bain »; « Le repos des faucheurs » de M. Marchand; « Les Paysages » de M.Nozal; « Pour l’absent, pendant la pèche d’Islande » de M. Alizard, « Coucher de soleil »

de M. Masure ; « Les Paysages » de M. Quignon.

M. Victor Tardieu, dont nous nous rappelons le travail de Fan dernier, expose cette année un tableau intitulé « Portraits ». Dans un intérieur, de lumière calme, une dame âgée est assise; à ses côtés, debout, près d'un piano, ses enfants, mari et femme. Et ce que je reproche à ce tableau et en particulier aux trois acteurs de cette scène, c'est la contenance un peu empruntée qu’ils affectent. Chacun d'eux a l'air d'attendre d’avoir fini de poser et leur physionomie s'embrume même de Fennui d'une si longue attente. Et cependant, ce tableau est traité avec aisance par un artiste qui sait beaucoup mais qui a été gêné et n'a pas retrouvé les mêmes aises que dans son chantier d'ouvriers qui lui valut le prix du Salon, antérieurement. Néanmoins on pressent une sourde évolution graduée. «Au jardin du Luxembourg» de M. Louis Petit, « Eve après le péché » de M. Sabatté.

Un joli panneau décoratif de M. Achille-Cesbron « L'horticulture ».« La princesse de Bengale reçoit le prince de Verse » de M. Weeks:

MM. Zo et Avy ont dans cette salle, deux des meilleurs tableaux du Salon. M. Zo expose « Mascarade » c’est spirituel, élégant, peint avec

brio; M. Avy envoie un « Bal Blanc » plein de grâce et de charme. Je signale le « Portrait de ma fille » de M. Paul Tavernier, de faire distingué. «Le peintre de vases grecs» de M. Diogène Maillart ; Un paysage de M. Vayson ; «Louis Métayer sauvant sa pièce à Gravelotte» excellent tableau de M. Brunet-Houard. « La femme allaitant son enfant » de M. Buland, auquel je ferai le même reproche qu'à M. Guinier, d'avoir comprimé son motif dans un cadre trop étroit. M. Buland avait déjà sombré vers cet écueil, l'an dernier, et cette année il récidive, et nous empêche de nous extasier sur le mérite de sa peinture précise et claire à la fois, mais qui donne une sensation très franche de vérité, empreinte toutefois de sécheresse ; figures, objets, casseroles, sont également peints, et se plaquent l'un sur l'autre, à notre désagrément. « L'Ornière » de M. Calvès, « Paysage», de M. Mostyn ; très bien, les « Cerfs » et le « Sanglier » de M. Botig ; « Brodeuses » de M. Rieder.

M. Zwiller expose « Adam et Eve chassés du Paradis » vaste composition où nous retrouvons ce joli petit corps féminin que M. Zwiller se complaît à reproduire, en dramatisant son sujet, selon l'intention qui le guide et tel est le cas dans son tableau d'une belle sobriété mysté-

rieuse et attirante. M. ZwiUer expose également le « Portrait du général Balaman, président du Comité technique de l’artillerie », vu, ce nous semble, au cercle Volney.« Laede Phoémios chantant devant Pénélope, Ulysse absent» de M. Diogène Maillart, et « Loin du pays — 1815 » de M. Roger Maillart ; « Carmen » de M. Quinsac ; « L’armée de Paris quitte le plateau de Gravelle » de M. Arus.

Salles XXVI II, XXIX et XXX. — M. Troncy affectionne particulièrement cette brave femme qu’il asseoit chaque année dans un fauteuil, à côté d’une commode sur laquelle je revois encore ce même petit vase bleu qui m’agace. Cette fois, la brave femme lit son journal et a un corsage rouge, le même que l’an dernier, je crois bien. Toujours la même petite note tricolore. Passons, c’est un dada, et je n’en parlerai plus si M. Troncy, malgré son talent, s’entête à jouer toujours le même air de clarinette. Je lui reprocherai également, ainsi qu’à MM. Buland et Guinier, d’adopter des toiles d’une fausse mesure, et d’étriquer leurs compositions à plaisir. Après tout, ils sont libres d’agir à leur guise, mais pourquoi s’entêter à faire fausse route ? J’ai remarqué encore une esquisse harmonieuse. « Doutes » de

M. Troncy. « Plage parisienne » de M. Synave, qui m'a paru très ensoleillée et agréable. « Le Vallon » et « Douce journée » de M. Zuber, impressions larges de nature.

« Portrait d'une dame et de son petit garçon » de M. Paul Steck, « Panneau décoratif exécuté à l'Hôtel de Ville d’Anvers » de M. Verhaert. « La fouille au dépôt » de M. Edouard Zier ; la figure de noceuse a de l’allure, de la crànerie, je dis en plus de l'impudence en présence du fait criant ; peinture forte, non sans intérêt. « La petite croix blanche » de M. Spenlove. M. Bellan est-il grisé par son succès de l'an dernier ? Mais son tableau de cette année « Intérieur hollandais » est aussi lourd que possible et il vaut mieux n'en pas parler, insister serait pénible et cruel,

« Histoire » de M. Roger ;« Venise » de M. Allègre ; « Sur la langue » et Palais ducal » de M. Bompard.

« Le Voyage interrompu » de M. Boutigny est anecdotique et sera un des succès de curio sité du Salon, comme on le verra reproduit également dans tous les journaux illustrés. « Portrait du docteur Dirigoni » de M. Antony Troncet.

Il est fort bien, le « Taureau échappé » de M. Léon Barillot. Belle bête, solide, dessinée,

construite à merveille. Je cite du même artiste animalier quelque motif plus tendre et dans une note différente « Dans la rosée ».

J'espérais que M. Bail Franck, se serait différencié de son frère M. Joseph Bail et il se contente malheureusement, ne pouvant le dépasser, de chausser les souliers de Faîné et de l’imiter dans « Ciseleuses de raisins ». « Première visite à grand’mère » de M. Selmy, « Jules Ferry approuvant les projets de reconstruction de la Sorbonne » de M. André Brouillet, « Le nuage » de M. Bréauté, « Apprêts de communiante bretonne » de M. Bowen ; « Prisonnières » de M. Jules Pagès, de la couleur et de Faccent. « Le Soir au Port-Clos de M. Guibert.

M. Marcel Baschet expose un « Portrait de Mme H. » qui est d’une élégance rare, et rappelle, disons-le, les maîtres par exemple, sans leur ressembler en rien, Bonington Rubens ; vagues airs de ressemblance, affinités lointaines qui sont plutôt du fait de M. Baschet que de notre imagination et de notre entendement lequel regrette que cet artiste se soit contenté de ce parfum aristocratique et anglais allié à des réminiscences flamandes sans emprunter à l’un sa touche souple et grasse et à l’autre sa couleur somptueuse et

richissime. Alors, ce portrait serait superbe, mais tant il est en réalité, un peu trop froid que parce qu'il lui manque ceci et cela.

M. Adler n'y pense pas, de s'affadir ainsi. Mais c'est de l'image que « Le Banc », une pâle image où flotte un tas de choses, des soldats, des gens de toutes sortes, et enfin un pauvre homme et une pauvre femme affalés sur un banc, dont la ligne rigoureuse est aussi désagréable à l’œil que possible, et qui posent désespérément. Où est le temps où M. Adler nous donnait « La Grève » ? Et le voilà aujourd'hui préoccupé de faire clair et en cela il obéit, je le sais trop, à la suggestion momentanée et à l'angoisse où sont les peintres désorientés de savoir quelle voie suivre. Quelle voie meilleure et plus prolifique, ratifiée par la critique ! ! !

Salles XXXI à XXXIV . — « Fontainebleau »

de M. Bellanger-Adhémar, « Bénédiction de la Mer » (Bretagne) de M. Alcala Galiano ; effet curieux de lumière sur la mer ; les paysages « La grande rue-soleils » et « Temps lourd »de M. Boggio, vigoureux d'expression ; « En province » de M. Henri Alberti ; « Les petites fées» de M. Paul Chabas, « Chaumière de Limbourg belge » de M. Jules Breton ; « Quiétude et con-

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