‹ Sensations d'artChapitre 11 sur 35 · GÉRICAULT · texte numérisé non relu

GÉRICAULT

ment, si la parité est ici impossible à établir, il y a au moins entre Byron et Géricault d'évidentes analogies. Le peintre du Radeau de la Méduse a certainement une glorieuse consanguinité avec le poète qui nous a donné les angoisses et les agonies d'un autre radeau, dans le naufrage du second chant du Don Juan. Ils ont la même toute-puissance dans l'horreur, et si, avec la même toutepuissance, Byron est encore des deux le plus terrible, c'est moins la faute du génie de Géricault que de son art... Bornée comme l'espace et le temps, la Peinture n'a jamais qu'tme minute et qu'une action à exprimer, tandis que la Poésie peut mettre l'infmi dans des vers inépuisables. Le poète va tant qu'il a d'haleine dans sa divine poitrine, et le peintre est obligé de retenir la sienne. Il doit concentrer et raccourcir, en un cadre déterminé, la longueur de ses respirations. Dans le Radeau de la Méduse, il n'y a qu'une scène, d'un ensemble affreusement sublime, il est vrai ; mais dans le Naufrage du Don Juan, il y a une succession de scènes de la plus effroyable variété, qui frappent le cœur à la même place avec l'acharnement de l'implacable marteau qui frappe sur l'enclume à la fendre; — il y a enfin un coup sur coup d'horreurs que la Peinture ne saurait produire, quand même le Diable — qui est un grand maître en fait d'horreurs ! — tiendrait le pinceau. Ici, convenons-en, Géricault est le Byron de la Peinture, autant qu'en peinture on peut être Byron. Il ne l'imite pas comme Delacroix. Delacroix, ce grand peintre trop littéraire, mais à qui on pardonne

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