‹ Sensations d'artChapitre 15 sur 35 · T H K O D 0 R K ROUSSEAU · texte numérisé non relu

T H K O D 0 R K ROUSSEAU

dans ses beautés mystérieuses... Cette grande Déesse, la : My Goddesslde Shakespeare, n'a jamais été surprise et regardée par personne comme par Rousseau ; seulement, moins bégueule et plus généreuse que Diane, elle ne lui a pas, pour sa peine, lait pousser deux cornes sur la tête comme à Actéon, mais deux rayons!

Oui, la Nature, la Nature qui n'est pas l'humaine, qui n'est pas celle que nous pouvons étudier dans nors pauvres petites poitrines passionnées, mais celle-là qui nous défie et qui nous charme, qui nous désespère et qui nous enchante, qu'on admire et qu'on ne comprend pas, du moins comme l'intelligence de l'homme veut comprendre; enfin le Sphinx adorable et maudit, le Pan éternel : — la Nature ! comme dit la terrible expression vague qui dit si bien cette chose toute puissante. Rousseau est le peintre exclusif de cette Nature. 11 l'a vue seule; il l'a regardée seule. Dans son amour pour elle, il a mis l'homme à la porte de ses paysages, comme il fut mis à la porte du paradis terrestre par l'Ange armé de Tépée flamboyante. Rousseau ne procède pas comme Millet, cet autre immense paysagiste qui introduit l'homme dans ses paysages, et quel homme!

l'homme comme on le trouve taillé par la Bible, par Michel-Ange et par Alighieri. Lui, Théodore Rousseau, a un amour de la nature incompatible, comme les plus grands amours, qui ne souffrent rien auprès de l'objet qu'ils adorent.

Parfois on le voit jeter une larve d'homme, je ne sais quelle ombre qui passe ou qui est assise, virgule humaine, dans quelque coin d'un de ses prodigieux paysages ; mais c'est tout. Voilà tout ce que le peintre a gardé de souvenir et de préoccupation pour les créatures de son espèce, au milieu de cette gloire dans la nature qu'il sait exprimer avec toutes les splendeurs et toutes les exaspérations de l'idolâtrie! Théodore Rousseau est le plus grand panthéiste pratique de ce temps, qui a créé pour le panthéisme une philosophie. M dans les arts plastiques, ni dans la littérature, il ne s'est rencontré de panthéiste de cette poésie et de cette profondeur Maurice de Guérin, cet homme de gloire récente et trop scellée encore, mais odorante, malgré le cachet, comme ces flacons d'essence de rose qui nous viennent, dit-on, du sérail : Guérin, dont un jour nous déboucherons le flacon, l'auteur du Centaure et des Vues de Bretagne, a eu seul, littérairement, un amour comparable à celui de Rousseau pour la nature et une égale intus-susception de ses beautés les plus voilées. Seulement, Théodore Rousseau a exprimé son puissant amour dans la plus imposante série de chefs-d'œuvre, et Guérin, mort avant trente ans, n'a laissé que quelques pages> qui plongent tous ceux

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