MOZART
pation du Seigneur ! Pour lui, c'est avant tout la grâce de Dieu que cet enfant, ce pli(''nomène, ce conte de fée qui, à peine au sortir de ses langes, traîne à sa jaquette assez de gloire pour conlenter un grand artiste qui serait ambitieux. Plus tard aussi, quand, arrivé en quelques années à l'efflorescence de son génie, le phénix homme a succédé au phénix enfant, c'est encore la grâce de Dieu que souhaite ce père à ce fils que Dieu a comblé : « Je te « souhaite la grâce de Dieu!— lui écrivait-il pour sa fête. « — Qu'elle t'accompagne en tous lieux, qu'elle ne t'aban- « donne jamais! Elle ne t'abandonnera point tant que tu « t'efforceras de remplir tes devoirs de chrétien et de ca- « tholique. Tu me connais, je ne suis ni un pédant, ni un « dévot, ni encore moins un hypocrite. Tu ne repous- « seras point une prière de ton père! Je te supplie de « veiller sur ton âme, de telle sorte que tu ne sois pas « pour ton père une inquiétude à son lit de mort, et qu'à « cette heure si grave, il n'ait pas à se reprocher d'avoir « négligé ce qui concernait ton salut. Adieu, sois heureux <». ei sois )'aisonnab le! Honore et respecte ta mère qui, « à son âge, a encore bien des soucis. » Quel langage mâle et tendre à la fois! Quelle manière! Quelle simplicité! Quelle pleine main familière et forte ! Belles partout, de si nobles paroles ne peuvent passer impunément sous les yeux des hommes ; mais, dites à Mozart en pleine gloire, à Mozart le soumis, le fihal, l'ange du cœur comme du génie, je ne sais pas si je me trompe, mais il me semble qu'elles deviennent de la plus rare subhmité !
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Jamais personne, du reste, ne fut plus digne de les entendre et d'y obéir que celui à qui elles étaient adressées. Et il les retint. Elles furent toute sa vie. La grâce de Dieu dont lui parlait son père ne cessa jamais de planer sur son front pieux et candide, comme un Saint-Esprit aux ailes ouvertes sur la tête d'un nouveau baptisé. Nous l'avons dit plus haut, Mozart est un saint ; mais il fut un de ces saints dont on ne parle pas, qui cacha le mystère de la prière et des bonnes œuvres dans une gloire que le monde vit seule. Le monde, ce gros amateur de lumière et de bruit, ne se doutait pas de la perle qu'il y avait dans cette autre perle qu'on appelait Mozart. Les lettres d'aujourd'hui, qui font légende à ce saint caché, éclairent au moins de côté ce visage rêveur sous la fleur blanche de ses cheveux poudrés, et qui, malgré le costume épingle du xvme siècle, a quelque chose de la suavité de Louis de Gonzague. Elles nous la font voir, cette suavité, et nous en suivons le reflet jusqu'à ses derniers jours, qui vinrent si vite, sur cet étrange visage de Mozart, si différent du visage des hommes de son siècle ! Les vices de ce temps n'enlevaient que du fard. Ce qui était simple, profond et vrai, était plus fort que les mauvais souffles. Après une symphonie qui avait été un de ses triomphes, il écrivait de Paris à son père, en 1778 : « J'allai dans ma joie au Palais-Royal. J'y pris « une glace. Je dis le chapelet comme je l'avais promis, et « je rentrai. » En 1778, ce chapelet dit au Palais-Royal, ce brillant mauvais lieu du siècle, dans un coin solitaire,