‹ Sensations d'histoireChapitre 16 sur 37 · HENRIETTE-MARIE DE FRANCE · texte numérisé non relu

HENRIETTE-MARIE DE FRANCE

n'avaient pas même besoin de Fhistoire que M.le comte de Bâillon appuie sur elles. Elles suffisaient seules, et toute histoire, même écrite par une plume plus forte que celle de M. le comte de Bâillon, paraîtra inutile et sans vie après ces lettres transparentes, à travers lesquelles on voit l’âme de celle qui les écrivit comme à travers le plus pur cristal. Pas une d’elles n’a été écrite dans une autre heure qu’une heure d’angoisse. Pas une de ces lettres, si fermes jusque dans leur tendresse et dans leur tristesse, n’a été tracée autrement que d’une main haletante et rapide, dans les circonstances les plus cruelles d’une destinée terrible, et l’on pourrait dire avec le pistolet chargé de toutes les nécessités sur le cœur... On n’était pas alors accom tumé à ces destinées, qui faisaient crier le majestueux et heureux Bossuet, au sein des splendeurs épiscopales de sa vie. A ce qui fait crier Bossuet, nous sommes maintenant endurcis. On tue un roi comme un autre homme, et même les nations se croient plus grandes, après l’avoir tué. Charles inaugurait l’échafaud ; Louis XVI l’a consacré. Mais, du temps de Bossuet, le Régicide, cette chose si simple aux yeux des forts gaillards actuels de la démocratie, paraissait d’une effroyable originalité. Il comptait comme un crime encore, — et la veuve d’un roi décapité par son peuple remuait Pâme des peuples et même le génie épouvanté jusque dans leurs entrailles... De nos jours, le monde n’a ni entrailles ni génie

SENSATIONS d’HISTOIRE

au service des rois ; et d’ailleurs, la Reine que voici n’a nul besoin qu’on mette de l’attendrissement dans sa gloire. La femme de Charles P*' n’a pas, en effet, que la sublimité de son veuvage. Elle n’existe pas seulement par le sang du Roi — pourpre sur pourpre ! — qui la couvre comme un second manteau royal. Essuyez-la de ce sang, elle existe par elle-même, et ces lettres-ci l’attestent avec la plus rare éloquence! Elle est grande, et grande comme une femme doit l’être. Elle ne joue pas au grand lionmey ce qui, dans une femme, n’aboutit jamais qu’à un monstre affreux... Elle est grande avec tout son cœur et avec tout son sexe. Elle ne doit pas plus pour sa gloire à Charles P"^ qu’à Bossuet. La hache du bourreau ne lui a pas, en lui coupant la tête comme à Charles P"*, taillé d’auréole, et, malgré la magie de ce coup de hache, cette tête qui n’est pas tombée restera, dans l’Histoire, au-dessus de celle qui tomba...

Celle qui tomba ne pesait guère. Toute la cervelle de Charles P*^ était dans son cœur. Médiocre d’esprit et de caractère, cet homme avait la cordialité, la

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