HKNRIETTB-MARIE DE FRANCE
noblesse, la bravoure, toutes les qualités qui ne dépassent point la poitrine. Cet ami de Buckingham ressemblait beaucoup à Buckingham. Gomme Buckingham, il était fastueux et romanesque, et c’est par le romanesque qu’ils s’étaient plu et qu’ils s’étaient aimés. Ce Roi de représentation, ce beau Stuart enrubanné que nous a peint Yan Dyck, ce chef des Cavaliers, qui fut un dandy de la plus hère espèce le jour qu’il fouetta de mépris avec sa houssine la hache qui allait lui trancher la tête, n’avait que sa fierté de Roi et son amour pour la Reine qui ne fussent pas frivoles. Tout le reste l’était en lui. Il avait épousé Henriette- Marie de France après avoir fait, en Espagne, avec son favori Buckingham, le coureur d’aventures et le don Juan. Henriette-Marie était digne d’être aimée éperdument, et elle le fut avec une fidélité et une profondeur qui étonnent dans cet homme léger et ondoyant en toutes choses, si ce n’est dans son amour pour elle. C’était, on le sait, la fille de Henri IV et de Marie de Médicis. Mais, excepté le sang héroïque et l'infatigable courage dans des épreuves à briser les plus forts, elle n’avait rien de son père, — de ce protestant relaps, sceptique et rieur. Aussi n’en eut-elle pas la fortune. Elle était, elle, la catholique la plus convaincue et la plus ardente. Elle n’aurait pas trouvé , que Londres « valait bien une messe », et, comme son noble fils Jacques II, — la conscience religieuse sur le trône, — elle aurait, au contraire, donné pour une
messe les trois royaumes d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande. De telles grandeurs sont incompréhensibles maintenant. Elles l’étaient déjà du temps d’Henriette- Marie. Mais qu’importe à l’Esprit humain, qui se retrouve toujours un jour ou l’autre quand les générations égarées sont mortes dans leur folie, et qui la jugera I
Politiquement mal mariée, à un successeur de
Henri VIII et d’Elisabeth, cette fille de France, égarée sur lin trône hérétique, crut sans doute qu’elle pourrait, grâce à l’amour du Roi son mari pour elle, protéger ce qui restait de catholiques en Angleterre . Mais ce fut là une misérable erreur. Bossuet, je crois, a prononcé le nom d’Esther, mais les choses étaient un peu plus compliquées en Angleterre qu’en Perse, du temps d’Assuérus. L’Angleterre était alors en proie au fanatisme de sa révolution religieuse, et à une haine du catholicisme si implacable que le mariage de Charles P’’ dut être regardé comme un outrage à la conscience de la nation, et que, des son débarquement en Anglcto4"re, Henriette-Marie, malgré un charme personnel qui lui aurait créé dans d’autres circonstances tous les genres de popularité, fut tout à coup la Grande Suspecte aux yeux d'un peui)lc profond, sombre, et jaloux du culte nouveau qu'il s'était donné. Depuis, — car cette sotte humanité se répète, — depuis, on a vu dans l’histoire une autre Grande Suspecte, et ce fut la femme de l'autre décapité qu'on