HENRIETTE-MARIE DE FRANCE
de tous les rois, menacés dans un seul, elle eut vainement essayé de saigner l’Europe, la France, la Hollande, qui gardèrent leur sang avec l’égoïsme et la lâcheté de toutes les politiques du monde, elle se mit elle-même dans le jeu et conduisit, de sa personne, à Charles F*’, tout ce qu’elle pouvait lui amener en fait d’hommes et d’argent. Elle le lui amena sous le canon et dans la tempête. Henriette-Marie, la bambine papiste, fut pour le compte de son époux tout ce qu’un homme aurait pu être. Elle fut diplomate habile, persévérante, acharnée, souple, mais toujours pour se redresser. Elle fut un ministre des finances battant monnaie avec ses bijoux, qu’elle vendit pour acheter du fer. Elle fut enfin le Sergent recruteur pour la royauté d’Angleterre abandonnée et trahie, en détresse et en quête de soldats ! Et jusqu’au dernier jour, jusqu’à la dernière heure, infatigable de conseil comme d’action, elle ne cessa d’écrire ou de dire à Charles F** : « Prenez soin de conserver l’épée que Dieu (elle'pouvait dire : elle, aussi !) a mise entre vos mains, c’est-à-dire de ne pas la quitter jusqu’à ce que vous soyez un roi.» Ce jour-là ne devait arriver jamais; mais pour cela il fallait que la hache du bourreau brisât l’épée qui eût fait le Roi, et cette hache canaille de boucher saxon la brisa !
SENSATIONS d’HISTOIRE
C’est cette vie, prodigieuse de dévouement et d’activité, vue d’ensemble, du côté providentiel*, parle génie de Bossuet, exhaussé par la Croix, que les lettres publiées nous donnent aujourd’hui en détail. Elles sont écrites de cet ample style un peu traînant qu’on peut appeler le style du xvii® siècle ; car ils l’ont tous, à tous les étages de talent et de société. Elles sont pleines de ces incorrections de princesse qui ne sont pas sans charme, car la pensée ne s’y abaisse jamais. Elle y reste ferme et droite sous la plume d’Henriette-Marie, comme elle voudrait que l’homme qui est la plus fixe de ses pensées restât ferme et droit, au milieu de ses malheurs, parmi les amis et en face des ennemis de sa cause. Cette fierté, du reste, qu’elle respire et inspire, est partout adoucie par les deux sentiments qui furent les sentiments de toute sa vie : la résignation et la plus indéconcertable confiance en Dieu. Elle prenait ces deux sentiments dans son cœur, et elle les versait incessamment dans le cœur de son mari, pour qu’il ne fît qu’un davantage avec le sien. Elle aurait voulu lui donner ce caractère,’ qui, à