HENRIETTE-MABIE DE FRANGE
l'exception du noble Jacques II, — insulté, pour sa peine de l’avoir eu, par de bas historiens qui ont méconnu sa grandeur, — a manqué aux Stuarts comme aux Bourbons. Entraîné souvent par la politique, cette vieille conseillère de lâchetés, Charles P'’ était remis par Henriette-Marie dans la voie droite dont il
s’écartait. Elle le raffermissait sur ses arçons de che-
valier... Par exemple, après qu’il eut dit « qu’il ne fallait jamais donner au Parlement insurgé le titre de Parlement d* Angleterre », et qu’il se crut pourtant obligé de le lui donner : « J’approuve la chose, — écrivitelle, — maisje ne laisse pas que de m’en étonner, ayant souci de votre honneur, qui est de demeurer constant dans les résolutions que vous avez prises. » L’honneur 1 tel était l’astre vers lequel elle tournait sans cesse les yeux de son mari. Elle voulait qu’il les absorbât... Elle était bien plus préoccupée de son honneur que de sa couronne.
Une des choses sur lesquelles elle revient perpétuellement dans ses lettres, «c’est de ne jamais abandonner — lui dit-elle — les amis qui vous ont servi». Divinatrice du cœur de l’homme qu’elle aimait, elle avait surpris dansl’âmede Charles cette pente àl’ingratitude, que les Stuarts eurent, comme les Bourbons, pour leurs serviteurs. Par ce côté-là, cette fille de Bourbon, femme de Stuart, n’était ni Stuart ni Bourbon. Elle n’avait pas la légèreté de ces deux races. Elle n’en avait que la bonté, — de sang chez toutes deux. Ainsi,
SENSATIONS d’HISTOIRE
un jour, on conduisait au supplice le capitaine de vaisseau qui avait fait tirer sur elle et criblé de boulets la maison où elle était débarquée sous le pavillon de Hollande; elle s’opposa à ce qu’il fût pendu. Ne voyant jamais en tout que l’intérêt de son mari, son action sur lui fut immense. Quand Marie-Antoinette, à laquelle elle fait penser toujours, se jeta à Mirabeau pour sauver la Monarchie, elle « entendit — dit-elle — pour la première fois parler politique ». Mais ce fut Henriette-Marie qui parla toujours politique avec Charles Seulement, quoique Mirabeau se mît à genoux devant Marie-Antoinette, c’est elle pourtant qu’on voit toujours un peu à genoux devant le génie du tribun à qui elle demandait secours, tandis qu’avec Charles Henriette-Marieresta debout, etfuttoujours le Mirabeau.
HélasI d’un côté et d’autre, tout fut vain. Charles P‘‘ tué, Henriette-Marie revint trembler de froid et mourir de faim au Louvre, le palais de son père Henri IV. Louis XIV, bien jeune alors, et chez qui l’âme d’un homme commençait de s’élever, fut si troublé de cette misère qu’il envoya immédiatement à cette pauvresse sans pain de la royauté cinquante mille écus, et qu’il lui assigna la résidence royale de Saint- Germain. Là, elle resta jusqu’à la restauration de son fils, Charles IL Mais les Restaurations ne durent pas.
Elles n’ont pas plus duré en Angleterre qu’en France. Ruines relevées et retombées. Les monarchies dans