‹ Sensations d'histoireChapitre 24 sur 37 · Louise de La Vallière, par M. J. Lair · texte numérisé non relu

Louise de La Vallière, par M. J. Lair

Mais si cela est, j’aime cela! J’aime ce douanier qui a senti le charme de La Yallière, de la seule femme peut-être chez qui la fraude n’ait jamais existé. C’est que le douanier est une âme, comme Burns était un génie, — et qu’il a fait un livre exquis.

Oui ! un livre exquis comme la femme dont il est l’histoire, — mais c’est aussi un livre terrible ; car il jette sur ce grand siècle, qui fut le siècle de Louis le Grand, une sombre lueur, le dirai-je? presque déshonorante... L’auteur de Louise La n’a pas

cueilli cette fleur déjà légendaire de La Vallière pour la montrer seulement dans une étroite biographie, qui n’aurait été qu’un portrait, mais il l’a laissée et l’a prise dans son siècle, et il a montré son siècle autour d’elle, pour faire, par le fond du portrait, mieux ressortir la tête divine ! Les mœurs de ce monde à part, qui fut la cour de Louis XIV, sont le fond du portrait, devenu ainsi un tableau, et ce tableau, pourra-t-on le croire? fait frissonner. Il fait frissonner d’une horreur que le siècle de Louis XIV, si décoratif et si imposant, n’a pas coutume d’inspirer. C’est ordinairement d’admiration qu’il nous écrase. Malgré Saint-Simon, qui avait ses rancunes et ses liaines, et qui n’est que d’hier ; malgré Michelet, qui les a revomies, mais en y ajoutant, et qui n’est, lui, que d’aujourd’hui, le siècle de Louis XIV et Louis XIV lui-même ont une prise énoVme encore sur les imaginations par les côtés extérieurs et resplendissants de

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leur gloire, — mais il ii’y a que l’intimité de leur vie, pénétrée et racontée, qui les tue dans nos admirations en les faisant paraître humainement et réellement ce qu’ils sont. Ce n’est pas La Bruyère, qui a buriné son temps avec un burin d’or, mais sur du verre ; ce n’est pas Bossuet, l’homme des catafalques, l’évêque qui n’aurait jamais été saint Ambroise devant Théodose, Bossuet, le prédicateur de la prise de voile de La Vallière, le plus sublime des prédicateurs, mais des prédicateurs de cour, qui pouvaient nous donner une idée de cette cour, dont ils touchaient en tremblant les mœurs...

M. Lair, qui n’est qu’un écrivain solitaire du xix*" siècle, M. Lair, qui n’a ni leshaineuses rancunesde Saint-Simon, ni les visions folles de cet halluciné de Michelet, a donné une idée exacte de ces mœurs qui fera peut-être réfléchir sur elles. Il aura raconté La Vallière ; mais combien d’histoires n’avons-nous pas déjà de La Vallière, cette charmeresse d’historiens!... Il l’aura, je le veux bien, racontée mieux que personne ; mais le mérite de son livre n’est pas seulement d’avoir dit le double charme de l’amour et de la pénitence pour avoir aimé, qui est le charme tout-puissant et immortel de Louise de La Vallière, c’est d’avoir montré les mœurs de son siècle, qu’elle a pourtant charmé comme un ange charmerait le dé¬

mon!

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Elles sont, en effet, dans ce livre, ces mœurs d’une cour qui était la tête de la France, et, pour la première fois, on les voit dans toute la vérité et la simplicité de leur corruption presque inconnue... De ce récit sans exagération et qui a coûté six ans de travail et de recherches à l’auteur, nul ne sort grand que La Vallière. C’est la seule perle qu’il y ait sur ce fumier d’or du siècle de Louis XIV. Que Louis XIV, lui, fût diminué par ce récit, aussi vrai que la femme qu’il raconte, ce n’est point là ce qui peut étonner. Même ceux-là qui admirent le plus Louis XIV et le trouvent résolument grand, ^malgré tout ce que la sévère histoire est en droit de lui reprocher, savaient très bien déjà que l’égoïsme de la Royauté avait, en Louis XIV, anéanti l’homme dans l’idolâtrie de luimême ; et à défaut d’un autre exemple, l’histoire de La Vallière, son plus grand crime de cœur, le leur aurait suffisamment appris. Mais ce qu’ils ne savaient pas, du moins au même degré, c’est que tout le monde, autour de Louis XIV, avait travaillé à cette épouvantable idolâtrie... C’est que le fameux mot de Villeroy

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à Louis XV, en lui montrant tout un peuple par une fenêtre : « Tout ceci est à vous, Sire ! » avait été déjà dit, et par qui ? non plus par un vieux gouverneur à un enfant, mais par les plus belles et les plus nobles femmes de France, en montrant, avec faste, et leurs personnes et leur beauté à un jeune Roi doublement enivré de sa royauté et de sa jeunesse, et qui, s’il ne les prit pas toutes, c’est que, positivement, il ne le voulut pas !

Chose grave à dire et inattendue, et, je l’ai dit plus haut, terrible.;, et que le nouvel historien de Louise de La Yallière n’a pas hésité à mettre cruellement en lumière. Il a montré dans les femmes de cette cour, imposante quand on la regarde à travers les magnifiques draperies que tout le monde lui a mises sur les épaules, depuis les écrivains jusqu’aux prédicateurs, une facilité de corruption qu’on ne sait à quoi imputer. Rien dans la filiation des choses mauvaises qui s’engendrent d’un siècle à un autre n’aurait pu le faire pressentir. Le temps de Louis Xlll, dit le Chaste, ne l’avait pas, certes ! été tout à fait autant que son roi ; mais les mœurs de son règne, en somme, furent plus romanesques et séditieuses que corrompues, et depuis la Régence d’Anne d’Autriche et la .Fronde, cette dernière écume du flot qu’avait dompté Richelieu, elles avaient gardé ce caractère. Les guerres de religion, qui continuèrent jusqu’au traité de Westphalie, avaient assaini le royaume et purifié par le sang, versé du

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moins pour de nobles causes, un pays infecté un instant par la pourriture des Valois. Entre la Reine qui avait surveillé religieusement l’éducation de son fils et qui l’avait donné à une femme comme Marie-Thérèse, et cette autre Reine si bien choisie par Anne d’Autriche pour le bonheur et l’honneur conjugal de son fils, on se demande comment la corruption put descendre si vite dans le cœur des femmes de la cour de ces deux vertueuses ; car, de fait, elle y descendit. Excepté la Vallière, qui l’aima sans rien faire pour cela, toutes aimèrent moins ce Roi, qui avait alors l’éclat du soleil, qu’elles ne désirèrent son amour, et ce désir, qui ne venait pas du cœur, les poussa aux plus criminelles et effrayantes folies et aux plus noires scélératesses. On se demande — et on ne se répond pas — ce qui les rendit insensées et cruelles et impies à ce point, CCS femmes d’un temps de religion, de lumière, de convenance, de haute décence, et sous l’empire de deux Reines chastes, dans un pays qui avait toujours eu la délicatesse de flatter ses Reines, en les imitant. Ces folies, dont M. Lair nous donne faffreux détail et qui étaient restées dans la nuit de leur horreur, rejettent brutalement le xvii° siècle, ce siècle de la règle, de l’équilibre et de la clarté, jusqu’aux plus infâmes sabbats, trop oubliés, du Moyen Age, par la sagesse de cexviT® siècle qu’on nous donne pour sage, et quand la vaine sagesse du nôtre est de n’y pas croire et de s’en moquer 1

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Or, voici ce qui se passait, en 1666, sous le grand règne qui commençait du futur Louis le Grand, et en pleine civilisation. Athénaïs de Mortemart, duchesse de Montespan, du plus éclatant esprit dans la plus éclatante beauté, et de l’esprit le plus hautain, le plus ironique, le plus moqueur dans sa gaieté cruelle, et le plus éloigné,à ce qu’il semblait, par sa nature positive, des crédulités et des superstitions, voulant arracher le Roi à La Vallière, qui déjà ne le retenait plus, et prendre sa place dans le cœur du Roi tout-puissant, alla aux Sorciers comme la dernière des femmes crédules ; car il y avait des sorciers au temps de Corneille, de Racine et de Fénelon! La Voisin, la fameuse et exécrable Voisin, était alors une sorcière encore plus qu’une empoisonneuse ; seulement son poison a trop caché sa sorcellerie, et c’est particulièrement sur sa sorcellerie que le très curieux livre de M. Lair s’est appesanti. Eh bien, c’est avec ce monstre hideux de La Voisin, qu’Athénaïs de Mortemart, devenue aussi monstrueuse qu’elle,lasuperbe duchesse de Montespan^ que Racine appelait l’altière Vasthi, n’eut pas honte

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de faire accointance, et prostitua la fierté de son âme et de son corps — de ce corps qui aurait dû être, à lui seul, toute sa magie, — aux rites mystérieux et sanglants qu’on accomplit, doit-on le dire ? jusque sur elle !

Il faut lire dans le livre de M. Lair le détail immonde et scélérat de ces rites et de cette messe diabolique, dite dans une Église profanée par un prêtre, le complice impur de l’abominable Voisin ! La messe y est dite le calice sur le ventre nud d’une femme voilée, qui était probablement la Montespan, ou qui du moins parle comme elle et dit le désir qu’elle aurait exprimé... A la consécration de cette effroyable messe, un enfant est égorgé (un enfant vendu et acheté pour cette destination sanglante), et on mêle son sang à des poudres pour en faire les philtres qu’on doit faire boire au Roi, et qui les a certainement bus !... La scène racontée fait dresser les cheveux sur la tête. Ah ! certes, nous voilà furieusement et atrocement loin du xvii® siècle correct, majestueux, des danses de Lully et des opéras de Benserade, et qui reflétait les jeunes passions de son jeune Roi ! Nous voilà bien loin des intrigues de cette cour galante et de « ces beaux désordres d’amour » dont parle Saint-Simon i Nous voilà bien loin des coquetteries vertueuses de cette pauvre Madame, empoisonnée, elle aussi, mais d’une autre ma nière ! Et ce n’est pas seulement la splendide Montespan qui évoque l’Enfer et toutes ses puissances et se fait la

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Locuste d’un Roi qu’elle veut empoisonner d’amour. D’autres femmes que cette âme égarée et satanisée de Montespan allaient en foule chez l’abominable Voisin pour le même motif : — prendre la place de La Vallière ! M. Lair en cite un grand nombre, et qui sait s’il n’y en eut pas plus encore qu’il n’en a cité ? Il nous a donné la liste de ces Corrompues du beau siècle. Il a cité la comtesse de Boissons, que Michelet appelle la noire Olympe Mancini. Il a cité la comtesse de la Motte, madame de Grammont,néeHamilton, madame Polignac, née du Roure, — qui veut, elle, la mort de La Vallière, et celle de son mari, M. de Polignac, pardessus le marché. Il cite la belle-sœur de la comtesse du Roure, née d’Artigny, la plus odieuse — car La Vallière avait été sa bienfaitrice — de toutes ces créatures éperdues et perdues qui payaient à la Voisin et à ses adhérents leurs maléfices, au-dessus desquelles se lève orgueilleusement la tête éblouissante du serpent qui finit par fasciner le Roi, et qui répondait tortueusement, avec l’ironie d’une diablesse, à la Reine Marie-Thérèse, le soir de sa conjuration sanglante, que le matin, oui, elle était allée à la messe

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Eh bien, était-ce le démon de l’Enfer qu’elle avait invoqué, ou le démon qui était en elle ? mais enfin le démon triompha ! Louis XIV, le despote du cœur aimant de La Vallière, qui avait bu d’une bouche indigne les délices divines de cette coupe d’amour, but aux philtres empoisonnés que la Montespan lui offrit dans une coupe moins pure, mais plus belle. L’amour du jeune Roi pour La Vallière s’était déjù dépensé et dispersé en des infidélités éphémères, quand la beauté royale de Montespan le fixa et l’enchaîna à elle, et le contraste entre les deux femmes est peut-être ce qui expliquerait le mieux ce nouvel amour du sultan. Louise de La Vallière disparut dans l’éclat de la Montespan, et il n’en fallait pas tant pour l’humilier et pour l’effacer. Louise n’était pas belle. Elle avait, il est vrai, le charme mystérieux à travers lequel on ne verrait pas la laideur ; et c’est ce charme qui fit hésiter ceux qui l’ont vue et qui ont parlé d’elle, et nous fait hésiter encore, nous qui ne l’avons pas vue, mais qui en rêvons, quand il s’agit d’appliquer ce mot cruel de laide à une créature si

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charmante ! Et cependant il faut prendre son cœur à deux mains et avoir le courage de convenir qu’elle n'était pas belle. Les Mémoires du temps nous ont assez dit qu’elle était marquée de petite vérole, qu’elle avait la bouche grande, ce bec amoureux qui d'une oreille à Vautre va, le nez gros, les bras plats, la taille plate et sans gorge, à une époque où la gorge était la gloire des corsages, et qu’elle boitait. Mais tout cela, c’était comme Anne de Boleyn avec ses six doigts et son goitre ! tout cela se fondait dans la grâce, — la grâce^ plus belle encor que la beauté^ — et qui, encore cette fois, se passa d’elle!

En effet, Louis XIV l’aima irrésistiblement, cette grâce de La Vallière ; Louis XIV, peut-être de tous les hommes le moins capable de l’apprécier et le moins fait pour la sentir !

Louis XIV, ce Bourbon sanguin, qui, aux heures les plus chaudes de sa jeunesse, avait dit de la maigreur et de la pâleur de Madame (Henriette d’Orléans) : « Je « n’ai pas d’appétit pour les petits os des Saints Innove cents », aima les petits os de cette maigre et de cette autre innocente, comme il n’aima depuis jamais personne. Et si Michelet, le coupable Michelet, — qui nous a si grossièrement raconté, dans son histoire, la chute de La Vallière prise au piège dans une combinaison politique de cour, — n’a rien compris, le malheureux! â cette grâce de La Vallière, qui était la grâce de la pudeur toujours troublée, ajoutée â la grâce heureuse

de l'amour, c’est que dans la La Vallière de ce temps il haïssait la nonne future. Mais M. Lair les aura vengées toutes les deux.

Il a compris mieux que Michelet, lui, l’amour et la chute deLa Yallière, et même l’amour de l’égoïste Roi, qui, un moment, fut si romanesque. Le livre de M. Lair, auquel aucun autre livre ne peut plus être substitué, a deux parties, comme la vie de La Yallière elle-même : la partie qui raconte l’élévation et le bonheur humain de cette fille, cachée dans la pénombre des appartements de Madame derrière la jupe des filles d’honneur plus belles, de cette humble enfant dont la beauté était l’âme, et sa sorcellerie, à elle, son propre amour ; et la partie qui dit le bonheur divin qui vint après, ou plutôt qui ne vint pas après, malgré le dieu auquel elle s’était arrachée et l’autre dieu — le vrai dieu, celui-là, — auquel elle s’était donnée avec tant d’abandon ; car ce fut la destinée de cette âme céleste de ne trouver que dans le ciel un bonheur que le ciel même descendu en elle ne lui donna pas sur la terre ! Au pied des autels comme à la cour, La Yallière fut toujours une âme agitée, et pour nous, qui ne sommes pas des saints, c’est un charme encore. — La pénitente au cilice, la Sœur delà Miséricorde, ne tua jamais complètement dans Louise de La Yallière la fille qui avait, comme elle le disait, aimé mr V échafaud de ce monde oh elle avait tant offensé Dieu! comme la maîtresse du Roi n’avait jamais non

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plus complètement tué, au temps de son bonheur humain, la honte soulevée et éperdue qu’elle eut toujours, même dans l’amour! Chez La Vallière, le repentir ne trancha pas tout de son coup de hache. Après ce coup, tout serait fini, et rien ne finit aux Carmélites. L’histoire y continua toujours de cette âme immortellement fidèle, et qui l’est encore lorsqu’elle demande le plus à Dieu de ne l’ètre plus!

Cette histoire de La Vallière, si prodigieusement touchante qu’elle a détrempé par l’attendrissement la plupart des cœurs qui ont écrit sur elle et les a comme efféminés, est touchante dans la mesure qu’il faut sous la plume mâle et calme de son nouvel historien. Jamais plus de délicate raison n’a mieux jugé tant de tendresse... Je ne sache pas dans M. Lair,dont j’ignore tout, excepté le livre, une seule note de son esprit qui jure avec son incomparable sujet. Mais c’est à partir de 1670 que l’historien devient aussi pathétique que son histoire. C’est en 1670 que La Vallière tomba malade de la maladie qui épouvanta son âme chrétienne et qui décida de sa pénitence. A cette date, à

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peu près, les philtres de la diabolique Moiitespaii avaient commencé leur ravage souterrain dans le cœur empoisonné de Louis XIV. La Yallière n’était plus La Vallière. Elle était tombée du cœur hautain qui l’avait élevée jusqu’à lui, et elle n’était plus que la méprisée à qui l’homme qui l’avait aimée avait jeté devant le% dames, un petit chien en lui disant : « Gela est assez bon pour vous ! » Ce grand pleureur aux pleurs physiques de Louis XIY, qui avait les larmes faciles autant qu’il avait le cœur sec, ne pleurait plus; la Montespan le faisait rire. Elle, La Yallière, qui, mystère du cœur 1 avait aimé la Montespan, se reprochait cette amitié que son excessive bonté avait mise au service de sa rivale et de l’homme qui, pour cette rivale, l’abandonnait. Cœur humilié qui ne pouvait pas se déprendre, sa pénitence avant les Carmélites avait été d’être restée chez la Montespan comme suivante, et de la voir partager le cœur du Roi et le mépris qu’il faisait d’elle. Ah ! la Montespan, la rieuse et moqueuse Montespan, lui appuyait alors sur le cœur le talon cruel dont un jour Lauzun avait, dans une atroce pirouette, percé la main de la princesse de Monaco ! ! La honte et la douleur de tout cela la rendaient malade avant sa maladie, — mais la maladie lui fit voir Dieu de plus près. Elle sentit le souffle de ses jugements qui pouvaient la frapper, et, en trois jours miraculeusement rétablie, elle rentra dans la vie par ses Réflexions sur la miséricorde du Dieu

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qui Tavait avertie et qui la tira enfin de l’abîme de honte dans lequel, après le bonheur de l’amour, elle était restée par amour.

Ce fut un événement, cette conversion de La Vallière, qui retentit presque aussi haut que le cri de : « Madame se meurt ! Madame est morte ! » On l’avait prise pour une sotte, quand elle souffrait comme une damnée ; sa sottise même avait été prise pour une bassesse, et elle avoua (toujours avec son charme) sa dernière faiblesse, qu’on calomniait : « Elle « aurait plus tôt quitté la cour — dit-elle au Roi — « après avoir perdu l’honneur de ses bonnes grâces, si « elle avait pu obtenir d’elle de ne plus le voir, mais « que cette faiblesse avait été si forte qu’à peine était-elle «présentement capable d’en faire un sacrifice à Dieu...» M. Lair n’a pas laissé passer cette alliance de mots : forte faiblesse, qui peint d’un trait toute l’âme de La Vallière. Bien avant d’entrer aux Carmélites, Louise de La Vallière portait le cilice ; « mais comme mes « crimesont étépublics, — disait-elle, — il faut que la pé- «nitence le soit aussi », et elle alla se jeter aux pieds de la Reine, qui l’embrassaet qui lui avait déjàpardonné. Ce fut un événement encore, un événement public en France, quand ses cheveux blonds à nuances d’argent, sa seule beauté, tombèrent sous les ciseaux du cloître. Derrière la grille qui closait son désert et qui la sépara du monde â jamais, elle put se rappeler la prière qu’elle faisait dans le monde : « Mon Dieu, préservez-

« moi du doux poison de plaire à ce mo7ide et de U aimer ! » et elle put se croire exaucée. Le monde lui envoya, du reste, comme pour la punir de l’avoir quitté, un de ses plus féroces sagittaires, la Montespan, à la curiosité implacable, qui vint jeter sur sa victime abattue aux pieds du crucifix, les flèches de ses derniers regards. Puis trente ans se passèrent, — puis, après la vie pieds nuds, vint la mort sur le lit de cendres, et de tout cela il n’y a plus qu’une des plus attendrissantes histoires qui soient dans la mémoire des hommes.

Et aussi un livre : — le livre des Réflexions sur la miséricorde de Dieu, qu’on peut mettre à côté de V Imitation de Jésus-Christ.

LE CARDINAL DUBOIS

Si Gapefigue ressuscité tombait tout à coup des nues et abordait résolument, d’une plume inconnue encore, dans une histoire vierge, — Maidenstory^ comme disent les Anglais en parlant de la première œuvre, — la personnalité du cardinal Dubois (et j’entends sa personnalité sérieuse et sincère, certainement difficile, mais non peut-être impossible à trouver), la Critique concevrait d’abord un préjugé favorable à la hardiesse d’un tel dessein, et elle ouvrirait le livre qui l’exprime avec une grande curiosité.

Malheureusement, Gapefigue ne ressuscitera pas..» On le connaît trop ! Il ne tombe pas des nues. Il en fait quelquefois tomber, mais c’est d’étonnement. Ce n’est pas une vierge historique. Il n en est plus aux

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