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Vie de Napoléon. Fragments. Par M. de Stendhal {sic

ments » d’une histoire qu’il projetait et qui a été le rêve de toute sa vie. Une esquisse de Stendhal ! Gela me semblait bon. Elle piquait ma curiosité, et elle devait ajouterà ce piquant-là tous les autres piquants de la manière de Stendhal, qui fut, certainement, le plus piquant esprit du siècle. Il l’était, avant tout.

Une esquisse de lui n’était point, il est vrai, une esquisse de Rubens. Il est impossible d’être moins Rubens, moins coloriste que Stendhal, qui se moquait de la couleur, et qui, toute sa vie, a marché dessus pour l’éteindre... Cet homme singulier,qui sentait pourtant très profondément la peinture et qui a même fait une Histoire passionnée de la peinture en Italie; ce romancier, qui a écrit un livre (notez cela !) intitulé le Rouge et le Noii\ ne pouvait souffrir, dans l’expression littéraire, cette couleur sans laquelle la Peinture ne serait plus que la plus spectrale des grisailles.

Quand, sous l’Empire (histoire qu’il nous a racontée), il se battit en duel pour la cime indéterminée des forêts de Chateaubriand, comme ce fou de Sainte-Foix pour sa bavaroise^ on pouvait croire à une affectation ou à une crânerie. On pouvait croire à un duel comme il y en avait tant à cette époque-là, où l’on se battait, comme Mercutio dans Shakespeare, « pour avoir, en toussant, réveillé un chien qui dormait au soleil ». Mais, depuis et partout, dans tous ses ouvrages, Stendhal a montré pour la couleur un de ces incroyables mépris que montrent parfois quelques

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femmes pour les avantages qu’elles n’ont pas. J’en ai connu qui trouvaient indécent aux autres femmes d’avoir de la gorge... Stendhal ne trouvait peut-être pas que la couleur fût une indécence, mais lui, l’ennemi du cant, qui voyait l’hypocrisie partout, la traitait comme une hypocrisie. Etait-ce là un paradoxe de cet esprit qui voulait être encore plus original qu’il n’était réellement original ?... Mais un paradoxe ne dure pas toute la vie, et à tous les âges de sa pensée Stendhal a fait la prude et la bégueule révoltée contre la couleur, comme si elle n’était pas la vie, et la vie jusqu’au flamboiement ! Dans sa dernière préface, comme dans le livre même, il se vante de s’être donné une peine du diable pour n’en pas avoir. Son idéal (dit-il), c’est Montaigne... (qui en avait; où a-t-il vu qu’il n’en avait pas ?) et le Président de Brosses. Pour celui-là, je peux encore le supporter, tant il est romain et sallustéen dans sa forme. Mais quand la haine de la couleur entraîne Stendhal jusqu’à prendre pour modèle le style de plomb de M. de Sacy, je ne comprends plus rien au dilettante que j’aimais 1 Je n’y comprends plus rien, mais il faut bien cependant prendre pour argent comptant ce qu’il nous dit, puisqu’il lepratique. Dans le plus éclatant sujet d’histoire des temps modernes, qui exigeait la couleur la plus aémïienne, Stendhal, qui pensait de si loin à nous donner cette histoire surses souvenirspersonnels, comme Saint- Simon, sur les siens, l’histoire de LouisXiy, a obéi à une

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fausse conception de son esprit qui l’a tyrannisé, et à laquelle une ou deux fois, dans sa vie littéraire, il avait échappé, et rien de ce qui aurait dû l’arracher à cette conception — ni la personnalité de ses souvenirs, ni son adoration pour Napoléon, ce tourneur de têtes de son siècle, ni le sentiment des choses que ce grand homme a faites, — n’a été plus fort chez lui que le système et la volonté de se momifier en Sacy-historien. Certes ! on était loin de s’attendre à pareille chose. Inattendu nouveau, que cet esprit charmant, dont l’inattendu était le principal caractère, nous donne aujourd’hui, — mais, pour le coup, à son détriment !

Ainsi, une déception ! Voilà, et dès les premières pages, la sensation que nous apporte ce livre posthume de Stendhal, et la dernière, c’est une déception encore, mais celle-ci bien autrement profonde. En effet, si on pouvait croire à l’influence brûlante, sur l’historien, de l’homme qui fut le plus enflammé des météores, et qui est resté (nous dit-il, l’historien): « la dernière passion de sa vie», on savait, du moins, par Stendhal lui-

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même, son préjugé contre la couleur, — ce préjugé si étonnamment obstiné qu’il a résisté à Napoléon ! Mais ce qu’on savait moins, ce dont on n’aurait jamais pu se douter, c’est que ce sagace esprit de Stendhal pût regarder longtemps Napoléon sans trouver dans cette âme immense quelque coin resté mystérieux, quelque côté irrévélé, par lequel il eût fait jaillir du Napoléon que l’on connaît un Napoléon tout aussi vrai que l’autre, mais inconnu... L’âme des grands hommes est infinie, et la gloire de l’historien est d’éclairer un point de plus de cette infinité. La gloire et le mérite de l’historien moderne n’est pas seulement de décrire, comme ces grands enfants d’Anciens, les faits et les gestes des héros de l’Histoire, mais de pénétrer dans l’âme de ces hommes, toujours un peu sphinx aux yeux vulgaires qui ne se connaissent jamais en grandeur. Stendhal, essentiellement moderne, et dont les admirations philosophiques ont été Montesquieu et de Tracy, était plutôt fait pour analyser que pour peindre, et c’est dans l’analyse, qu’il applique à tout, qu’il devait rencontrer un Napoléon supérieur au Napoléon aperçu par tout le monde... « La marque distinctive de l’esprit, — « disait Rivarol, qui avait conscience du sien, — c’est « de déplacer les idées dans la tête des autres...» Mais, par cette vie de Napoléon, Stendhal ne déplacera rien dans la tête de personne. C’est lui aussi, Stendhal, qui pour l’esprit est un Rivarol, mais un Rivarol sans

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couleur, — un Rivarol en habit gris, — c’est lui qui a dit quelque part qu’un homme d’esprit supérieur a cette avance sur un homme médiocre qu’il pense à huit heures du soir ce que le médiocre ne pense qu’à minuit... Eh bien, tous ceux qui ont touché à Napoléon (et qui n’a pas touché à cette Ubiquité du XIX® siècle, laquelle a mis plus ou moins son histoire sous toutes les plumes ?) pensaient, au contraire, à huit heures du soir ce que Stendhal, avec le livre qu’on publie, pense à minuit, et, chose cruelle à dire pour ceux qui l’aiment ! sans une idée de plus.

C’est toujours le Napoléon de tous les historiens et de tous les poètes de ce temps, le Napoléon inévitable, le Napoléon le grand artiste en batailles, et surtout le Napoléon du libéralisme révolutionnaire, le Napoléon de l’égalité politique et religieuse, le Napoléon créateur de la petite propriété et delà Légion d’honneur, ces deux plus beaux rayons de sa couronne et de son génie, et enfin le Napoléon qui a volé la liberté, ce qui est la tache dans le disque de l’astre, aux yeux de Stendhal. Tels sont les Napoléon aperçus dans son livre. Mais quelle idée, qu’on n’avait pas, sur Napoléon, Stendhal fait-il naître ?... Quelle idée sur cet homme, que Stendhal a connu, dément ou modifie les idées de Thiers, qui ne l’a pas connu, et coupe en passant — comme un diamant coupe une vitre — le mince verre de cette longue histoire, claire et médiocre, d’un bourgeois de 1830 sur un homme né patricien.

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et de nature le moins bourgeois qui ait j amais existé ?... Quand Stendhal dit, dans sa préface, avec la fierté du souvenir (et je comprends très bien cette fierté-là !) : «Je fai vu (Napoléon) pour la première fois au fort de Bard, après son passage du Mont Saint-Bernard. Huit ou dix jours après la bataille de Marengo, je fus admis dans sa loge, à la Scala (de Milan), pour rendre compte des mesures relatives à la forteresse d’Arona. J’étais à l’entrée de Napoléon à Berlin en 1806, à Moscou en 1812, en Silésie, en 1813. Il m’a adressé la parole pour la première fois au Kremlin. J’ai été honoré d’une longue conversation en Silésie, pendant la campagne de 1813. Enfin, il m’a donné des instructions détaillées, en décembre 1813, lors de ma mission à Grenoble avec le comte de Saint- Yallier...» oui! quand il a dit cela, il a tout dit ! Il n’ajoute rien. L’imagination, qu’il a excitée par ces diverses face-à-face avec Napoléon, et dans lesquelles, vous le voyez ! il ne faimit pas tapisserie, s’attend aux plus précieux détails, aux observations comme il en savait faire, cet homme aigu, dans ses autres livres, où brille surtout l’observateur. Mais l’imagination, qui s’était montée, se démonte ! Quand Saint-Simon peignait Louis XIV, s’il n’ajoutait pas à l’opinion que les hommes de son temps avaient du grand Roi, au moins il le peignait, le mettait debout, et le portrait vivant est un chef-d’œuvre, à présent immortel ! Mais Stendhal n’a rien peint et même ne veut pas peindre.

Cet esprit robuste, pourtant, et qui aimait la force dans les choses humaines, — dont les personnages, quand il écrivait des romans, sont ce qu’on appelle des caractères (Julien Sorel, dans le Rouge et le Noir, — Mathilde de la Môle, Fabrice, dans la Chartreuse de Parme, — qui est encore le Julien Sorel, mais velouté parles mœurs italiennes), n’a pas osé peindre Napoléon, par cette incroyable raison 'que les Marchangy et les Salvandy de son temps — des écrivains ridicules — lui inspiraient une horreur qui remontait jusqu’à Chateaubriand, et qui l’englobait, lui. Chateaubriand,, le plus grand artiste en style du xix® siècle !!! Quelle faiblesse dans la critique littéraire et quel trouble l Quel manque d’assiette et d’équilibre, et pour un esprit mâle et passionné pour l’énergie, quelle pitoyable infériorité !

Stendhal — malheureusement — n’avait pas que celle-là. Il en avait plusieurs. On les oublie quand on lit tant de livres de lui où elles n’apparaissent pas (ses romans, par exemple), mais elles n’étaient pas]moins en lui, ces infériorités ! On les ou-

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blie,inais dans ce livre-ci, — qui, comme toute esquisse, nous rapproche plus intimement de sa pensée, de la source même de sa pensée, — elles apparaissent trop pour qu’il soit possible à la Critique de n’en pas tenir compte et de ne pas les signaler. Je les crois bien moins, il est vrai, des infériorités tenant à la nature de l’esprit de Stendhal, qu’au milieu dans lequel il a été élevé et il a vécu. Mais ne vous y trompez pas, du reste 1 la supériorité des hommes se marque surtout par leur résistance au milieu qui les entoure, et qui n’entame que ceux-là qui manquent de substance et de solidité. Le fer de Stendhal fut rongé de bonne heure par l’éducation et la philosophie du xviii® siècle. Ce siècle, qui diminua tout, en lui pétrissant la tête la lui avait diminuée... Matérialiste, athée, qui ne croyait qu’à des forces pour expliquer le monde, il fît de la force justement le Dieu de toute sa vie. Il aima pour sa force la Révolution française, qu’il excuse de ses horreurs et de ses crimes en disant qu’elle fut /b//e quelques jours, comme il aima la force de Napoléon, et, il faut le dire aussi, la force fausse de Mirabeau, qui ne put rien, — de Danton, qui ne put que des massacres, — et de Sièyes, qui ne put que vivre tapi hors du sang qu’alors on A^ersait, — et il ne méprisa l’ancienne Monarchie française que parce qu’à l’heure de la Révolution elle se déshonorait par toutes les faiblesses. Mais Stendhal n’était pas pour cela révolutionnaire. Il ne l’était que comme l’étaient

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les bourgeois de 89, — ceux qu'on appelait : Messieurs du tiers, et qui voulaient un gouvernement constitutionnel. Je l’ai dit: un de ses parrains intellectuels est Montesquieu... Chose singulière dans cet homme singulier I Cet ancien soldat, cet homme d’action, qui, dans tous ses livres, a glorifié l’action; cet esprit réfléchi et original, qui, retiré de la vie militaire, s’était mis à étudier avec passion la passion humaine; ce romantique, qui a écrit Shakespeare et liacine; ce distingué, dhnstinct et de volonté, qui devint dandy sur le tard de ses jours et qui nous a donné un type accompli de dandysme dans lé dandy russe (du Rouge et Noir), n’était qu’un bourgeois d’opinion et d’idéal politique... Il croyait platement àla Charte, comme Paul-Louis Courier, et au Juste-Milieu, comme Guizot. Ses livres si piquants masquèrent longtemps son bourgeoisisme, et c’est par l’aristocratie de ses livres qu’il vivra dans la littérature ; mais si on avait, dans Stendhal, gratté le soldat, l’homme d’action, le romantique et le dandy, vous auriez retrouvé le bourgeois. Il signa quelquefois ses écrits, pour redoubler l’épaisseur de son pseudonyme, des noms bourgeois de Dupuis et de Cotonnet. De Stendhal lui paraissait trop noble pour tous les jours, et il avait raison ! Au fond, il était Cotonnet. Aujourd’hui, ce n'est pas nous, c’est lui-même qui se gratte dans sa Vie de Napoléon, et le bourgeois y reparaît, le bourgeois de la nuance précisément du bourgeois Thiers. Comment

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donc dans une histoire de Napoléon, s’il l’avait achevée, aurait-il différé de Thiers ?... Avant ce livre, qui le démasque, il était bien convenu, çà et là, dans quelques-uns de ses écrits, que le Constitutionnalisme était ennuyeux (le crime des crimes pour un hqmme comme lui), et que la République américaine ne valait pas l’Opéra français. Mais c’était là du dandysme dans ce voluptueux d’esprit, dont les manières de sentir étaient supérieures auxmanières de penser, et qui ne pouvait se passer de ces deux choses charmantes, si peu constitutionnelles, la musique et la conversation. Quandil disait cela, il était encore de Stendhal. Mais aujourd’hui, dans cette me ébauchée de Napo- /éon,iln’y a plus de de Stendhal. Il n’y a plus que Gotonnet ! Le bourgeois y reparaît avec splendeur et presque avec jaillissement!... Dans la préface de ces Fragments , datée de 1838, Stendhal vante outre mesure le gouvernement du temps. On était alors en plein Louis-Philippe, et^ il écrit, en toutes lettres, qu’il « désire le maintien pur et simple de ce qui est». Enivré « de Vliumanité et de la générosité » du peuple de Paris aux Trois Journées, il déclare que le retour des crimes et des horreurs de la Révolution « sort désormais des bornes du possible ». La dernière Commune de Paris, qu’il ne prévoyait pas, ce lynx attaqué de myopie, lui a répondu !

Eh bien, sérieusement et franchement, quand on en est là, quand, avec la netteté d’esprit la plus natu-

rellement perçante, on s’embabouine dans des idées si minces qu’elles ne suffisent même plus à ceux qui les crurent vraies quelques jours, est-on bien capable d’écrire une vie — complète et neuve — de l’Empereur Napoléon?... Thiers, qui nous en a donné une, — qui, ne pouvant la faire grande, l’a fait grosse; — Thiers, qui a planté et abrité sa petitesse dans cette vaste fortification du Consulat et de l'Empire, croyant qu’on ne l’en débusquerait pas ; Thiers, le borgne-roi du royaume des aveugles en matière d’histoire impériale, aurait-il été effacé par Stendhal, s’il avait pu achever son monument comme Thiers a fini le sien ?... Aux matériaux et aux équarissages que voici, j’affirme hardiment que Stendhal n’aurait pas surpassé Thiers, et que l’un et l’autre, avec leur

genre de libéralisme politiquement bourgeois, ne

pouvaient avoir la compréhension profonde de ce qui fait la plus grande gloire de Napoléon. En effet, la plus grande gloire de Napoléon n’est pas d’avoir gagné des batailles sublimes et d’avoir avancé l’art de la guerre. Frédéric, le grand Frédéric, en avait gagné avant lîii et créé un art de la guerre qui a duré jusqu’à l’arrivée de Napoléon sur les champs de bataille; Nelson, presque au même moment que Napoléon, avait inventé sur mer le sj^stème d’attaque que Napoléon inventait sur terre... Non ! le côté solitaire de la grandeur de Napoléon, qu’on n’éclairera et qu’on ne glorifiera jamais assez, ce n’est pas ses victoires

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sur les armées de toute l’Europe, mais c’est sa bataille

avec l’impossible ! puisqu’en fin de compte il n’a pas triomphé, l'Empereur. C’est, au contraire, la Révolution qui a triomphé de lui ; car Louis XVIII, avec sa Charte, c’est la Révolution qui nous revenait, dans ces fourgons de l’étranger que les révolutionnaires ont tant accusés de nous avoir rapporté les Bourbons... Pour bien juger Napoléon, il faut se dire que dans l’histoire — excepté César peut-être — il n’y a pas eu ■de grand homme dans la position de Napoléon, aristocrate et despote comme tout homme de génie, et qui, pour refaire tout un monde en morceaux, devait se retourner contre la Révolution dont il sortait. Le péché originel n’est pas une invention de prêtre. Napoléon porta la peine de celui de son temps... Mais, spectacle admirable, comme il s’est débattu pour l’effacer ! Il ne l’a point effacé, même avec ses baptêmes de feu. La Révolution l’a vaincu. La troupe des chacals est venue à bout du lion, seul... La France, selon moi, et l’Europe peut-être, sont condamnées... Mais la gloire de Napoléon est d’avoir essayé — fùt-ce en vain — de rapprendre aux hommes l’autorité qu’ils ne connaissaient plus ; c’est d’avoir pris la couronne dans le sang de Louis XVI et la boue de son échafaud et de l’avoir essuyée à la gloire de son front et de son génie ; c’est d’avoir montré à tous les hommes la puissance d'un homme, et d’avoir été un despote plus fort, à lui seul, que toutes les légis-

lations! Or, ni Thiers, devenu tardivement républicain, ni Stendhal, libéral au point de reprocher au héros qu’il adore d’avoir volé la liberté, n’étaient de force à creuser dans cette grandeur-là !

Pauvre Stendhal ! C’était bien la peine de laisser à ses amis, qui les publient, ces petits papiers historiques ! Tenez! moi, l'admirateur de Stendhal, je n’ai jamais été plus triste qu’en finissant de lire ce livre qui ne m’a rien appris sur Napoléon. Tout ce qui est là-dedans, tous les Mémoires et les Histoires du temps l’ont dit. Les récits des combats d’Italie n’appartiennent même pas à Stendhal. Toujours par peur de faire des phrases (comme il dit), et comme si les phrases n’étaient pas les veines de la pensée dans lesquelles la pensée circule comme circule le sang dans les veines de la chair, toujours par cette sotte peur, qui est une manie, il ne raconte pas les batailles de la campagne d’Italie, ce chef-d’œuvre de toutes les campagnes de Napoléon ! Il se contente de les prendre familièrement dans ses Mémoires, mais il les réduit, comme si on réduisait Napoléon! comme

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s’il y avait, pour un homme pareil, un lit de Procuste sur lequel on pût l’ajuster! Aberration inouïe! Quant à ces FragmpMU mêlés de Napoléon et de Stendhal, on est tout étonné de voir qu’après les promesses des préfaces ils finissent presque au commencement de la vie annoncée, et ne vont pas plus loin que la campagne d’Italie. C’est à se demander ce que dirait Stendhal, s’il revenait d’outre-tombe, en voyant ces indiscrétions de portefeuilles, faites dans un intérêt qui, à coup sûr, n’est pas le sien!... On a prétendu que Walter Scott avait nui à la gloire de l’auteur de Waverleij et de Rob-Roy en publiant sa Vie de Napoléon. L’auteur du Rouge et Noir souffrira aussi dans sa renommée, par la publication de la 'sienne.

L’un est compromis par sa haine, l’autre le sera par l’amitié de ses amis ; mais ils seront compromis tous deux.

L’histoire Michelet, appelée beaucoup trop fastueusement « du XIX'’ siècle (1) », puisqu’elle n’est que celle

1. Histoire du siècle. Bonaparte, Par Michelet. — Bonapa^e et son temps. ParM. Jung.

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de Bonaparte depuis sa naissance jusqu’à Waterloo, — et l’histoire de Napoléon Bonaparte n’est pas finie à Waterloo, — n’a pas eu le retentissement des autres livres de l’auteur, et l’on pourrait s’en étonner, si dans le pays où tout arrive on pouvait s’étonner de quelque chose. Ce livre, en effet, brille du talent qui a pétillé jusqu’à la dernière heure dans Michelet ; car ce qu’on a dit de Yictor Hugo, qui a vieilli, est beaucoup plus vrai de Michelet, à l’imagination immortelle ! Michelet, lui, n’a jamais vieilli. Que dis-je? plus heureux que les femmes, Michelet, cette intelligence, femme par tant de côtés, s’en est allé toujours rajeunissant. Mais ce n’est pas là un éloge. Bajeunir, c’est revenir aux défauts comme aux qualités de la jeunesse, et ils sont grands, ces défauts, dont personne n’est pourtant honteux. Chose particulière à Michelet I à mesure qu’il avança dans la vie, il perdit de ces qualités substantielles et mûres qui avaient fait penser de lui, à un certain moment de ses travaux, qu’il serait un jour le premier historien, je ne dis pas de son temps, mais de la Littérature... Possibilité que la Critique regrette I Plus ses qualités auraient dû s’élever, s’élargir, s’approfondir, se préciser dans tous les sens, plus, au contraire, de fortes et de prématurément viriles qu’elles étaient, elles redevenaient ardemment juvéniles. Et où nous avions cru trouver un historien grand comme l’Histoire, cette Muse plus mâle que Minerve elle-même, nous n’avions plus qu’un

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passionné, un exaspéré, un éblouissant, qui faisait ses frasques' dans l’histoire, et, comme un jeune homme qui s’est grisé, jetait tout, avec son bon sens, par les fenêtres ! Malheureusement, ce n’est pas de vin de Champagne que ce jeune homme, toujours plus jeune, et à chacun de ses livres, toujours plus gris, s’était grisé : c’était de parti pris et d’esprit de parti ; mauvais vins ! détestables breuvages I qui, comme les philtres de Gircé, peuvent changer en bête même le génie.

Et Michelet est tombé jusque-là. Il a renversé l’ordre des développements et des saisons de l’esprit humain, et mis l’été et l’automne du sien avant le printemps : jusqu’à ce point révolutionnaire ! Comparez son Histoire romaine et la moitié, la première moitié de son Histoire de France, aux règnes insensés de Louis XIV et de Louis XV racontés par lui, et ditesmoi où est l’homme et où est le jeune homme, dans ces histoires, si différentes de hauteur, de gravité, de loyauté d’érudition I si différentes de tout qu’on n’en comprend plus la monstrueuse différence et qu’on en reste stupéfié ! Eh bien, le voici plus jeune, dans cette Histoire de Bonaparte qu’on publie aujourd’hui ! Toujours plus jeune et toujours plus fou, cet homme qui, s’il avait fini comme il avait commencé, serait mort le plus majestueux des vieillards ! Il est mort après son Histoire de Bonaparte, et il n’avait qu’entamé, par cette histoire, le xix° siècle. Mais s’il était

mort plus tard, s’il avait écrit un livre après celui-là, se serait-il rajeuni encore?... A force de rajeunir, on finit par redevenir enfant. Ce singulier génie, cet esprit renversé, serait-il, de cette jeunesse de tête toujours plus brillante, toujours plus fougueuse et toujours plus enivrée, tombé à 23ic et à plat dans l’enfance?... Peut-être. Oui, joeut-être! Les deux Républiques par lesquelles nous avons passé, et surtout la seconde, i^uisqu’elle est triomphante, lui auraient donné le vertige et le délire de leurs ivresses, et il aurait été si terriblement jeune, en les racontant, qu’il aurait fini par reculer jusqu’aux sensations de l’enfance, quand elle est affolée et qu’elle ne sait plus ce qu’elle dit.

Et j’affirme ceci avec aplomb, sans hésiter et sans trembler, parce que j’ai là sous les yeux cette incroyable Histoire de Bonaparte, qui répond, avec une netteté péremptoire, de ce que Michelet eût fait après elle, s’il avait eu le malheur de vivre. Il aurait rajeuni jusqu’à l’enfance ! Anachronisme de jeune homme déjà, il aurait offert le spectacle d’un anachronisme bien autrement déshonorant. Mais la mort le lui épargna... C’était bien assez que les intempérances de la passion et l’aveuglement embrasé de la jeunesse, si contraires au génie de l’Histoire, eussent égaré ses facultés les plus hautes quand elles s’exaltèrent si fort et si soudainement en lui, à l’âge où ces redoutables puissances de trouble sont domptées d’ordinaire,

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chez les autres hommes, pour la dignité de leur esprit et quelquefois pour sa gloire. L’histoire d’aujourd’hui, cette Histoire de Bonaparte, est le dernier degré de cette passion inouïe de Michelet, de cette nature nerveuse, électrique et fébrile, de cette tête incorrigiblement plus jeune que son âge, et qui, par on ne sait quel renversement de la loi qui régit l’esprit humain, n’a pas su vieillir et bénéficier des calmants et souverains avantages de la vieillesse. C’était le dernier degré de cette passion qui, comme la folie intense, peut finir par l’imbécillité. Et de fait, je ne crois pas qu’elle pût aller plus loin. Je ne crois pas que dans ce jeune homme déplacé que fut Michelet, à dater du moment où le grand historien qu’on croyait voir en lui sauta comme un palais qui saute, il pût y avoir jamais une aberration plus profonde, plus acharnée, plus volontaire, plus perversement volontaire que l’aberration de ce livre, donné impudemment comme un livre d’histoire, et qui semble n’avoir ni peur ni honte d’être traité comme un pamphlet !

Il le sera cependant ; car il en est un. Un effroyable, et comme il n’en fut peut-être jamais sous forme

d’histoire... C’est un pamphlet, personnel autant que politique, non pas seulement contre l’Empereur Napoléon, mais contre le Bonaparte de toutes les e'poques, contre l’homme même autant que contre le souverain, — même contre l’artiste en batailles, le croira-t-on ? contre le soldat! Est-ce assez prodigieux? C’est la diminution entreprise du plus grand des hommes modernes ; le rapetissement, sous toutes les faces, de son génie et de sa grandeur. Certes ! on a vu beaucoup de pamphlets contre Napoléon, au temps de sa puissance... et on le comprend. C’était tout simple que ces pamphlets ; c’était le soulèvement, la revanche, le coup de couteau des partis, qui n’avaient plus d’épées contre l’homme qui les avait vaincus et désarmés. C’était tout simple qu’on mordît le talon du pied victorieux qui gênait la respiration .des poitrines!... Mais qu’après la disparition du colosse dont on ne sent plus sur soi le poids ; mais qu’après la purification que le temps a faite d’une gloire immense, qui a ses taches, je le sais bien, mais englouties, si elles n’y sont pas invisibles, dans un fourmillement solaire de splendeurs; mais qu’à l’heure enfin d’être juste pour le compte et pour le service de la postérité, qui a besoin de voir clair dans ses grands hommes définitifs, il se soit rencontré, au lieu d’un historien sévère, un pamphlétaire comme au temps de madame de Staël, de Benjamin Constant et de Chateaubriand, et un pamphlétaire autrement cruel, autrement subtil, — disons

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le moi ! autrement enragé, autrement implacable que ceux-là, qui, léger et ailé et féroce d’aiguillon comme le taon, se ruant et piquant à toute place le lion qu’il ne peut plus faire rugir, ne s’aperçoit pas que ce lion est maintenant de marbre, et qu’il y cogne inutilement sa tête d’insecte et y écrase son misérable petit dard d’insecte, — ah ! pour cela, il fallait Michelet, il fallait une organisation comme la sienne, ayant le don pernicieux, le don rare et funeste d’une jeunesse d’imagination qui croit que tout est possible, d’une force d’illusion et d’une étourderie éternelles !

Et, au fait, le révolutionnaire n’aurait pas suffi. Le révolutionnaire n’aurait pas été assez pour expliquer le phénomène de ce pamphlétaire d'après coup, qui naissait, comme un ver, de la gloire même de Bonaparte î II y a eu des révolutionnaires avant Michelet qui ont touché d’une plume historique Bonaparte. Il en est de plusieurs espèces, des révolutionnaires ! Thiers en est un ; Lanfrey, le Girondin Lanfrey, en est un autre. Mais ni Thiers ni Lanfrey n’ont tout nié dans le grand homme dont ils ont cherché à donner une mesure, V e ou fausse. Il n’y a que Michelet qui ait eu cette audace inouïe, cette crânerie outrageante. Il est vrai qu’avant de toucher à Bonaparte, il s’était exercé la main. Il avait déjà rogné Richelieu, dégradé Louis XIV et nié Dieu, le maître des maîtres et le créateur des grands hommes (dans son Histoire de la Révo-

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lution). Quand on a nié Dieu dans l’Histoire, on peut y nier Napoléon!

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Travail curieux, du reste ; la passion l’est toujours ! C’est avant la mort de Michelet qu’en 1872 parut le premier volume de son ouvrage, et c’est le premier volume qui a le plus de nouveauté et de physionomie. Les autres (posthumes) sont intitulés : Brumaire et Waterloo. Ils sont tout aussi hostiles à Bonaparte, tout aussi voués à la diminution de sa gloire ; mais ils sont beaucoup moins intéressants, étant beaucoup moins personnels que le premier, publié à part parce que, probablement, on avait cru qu’il ferait suffisamment balle, à lui seul. Il est intitulé : les Origines des Bonaparte. L’histoire n’est pas venue pour eux encore. Or, quels que soient, d’ailleurs, les hommes et les choses, leur origine est plus intéressante et saisit plus fort l’imagination humaine que les hommes et les choses ellesmêmes, dans leur pleine réalité. L’éclat de l’histoire — de l’histoire qu’il afaite à coups de génie — inonde de sa clarté Bonaparte et resplendit partout, ouvrant de force les yeux les plus fermés à la lumière, tandis que l’obscurité, le crépuscule, le point du jour de ses commence-

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ments ont le charme puissant d’un mystère d’humanité etde providence, que le mérite de l’iiistoire serait de pénétrer. Quand l’histoire est venue une fois, il est plus difficile de s’entendre avec elle... Il n’est pas si aisé de monter sur cette Bucéphale, qui se moque bien du manteau d’Alexandre, car elle n’a pas peur du soleil ! Legrand homme de Marengo, d’Austerlitz, d’Iéna et de tantd’autres bataillesindéniables, on peut, comme Charras, le pamphlétaire de Waterloo, en chicaner plus ou moins sophistiquement les plans, l’action et le génie ; mais ces victoires immortelles souffletent de leurs mains de bronze le Chicaneau qui les discute, et celui à qui l’histoire les impute n’en reste pas moins, pour l’éternité, le titulaire ! En vain voudrait-il nous faire croire, Michelet, que Masséna, comme homme de guerre, balançait le génie de Napoléon (Lanfrey a aussi cette prétention exorbitante). Nous connaissons cette vieille et lâche et envieuse rubrique, qui consiste à faire passer sur le corps d’un trop grand homme son état-major. N’a-t-on pas dit ([ue Mirabeau n’avait pas fait ses discours? Napoléon devait ses succès à des lieutenants plus grands que lui, comme Mirabeau devait son élocjuence à ses secrétaires... Mais personne, allez! personne dans la postérité ne sera dupe des découvertes de ces éplucheurs de l’Histoire, qui ne voient que les infiniment petits, par haine de l’infiniment grand. Et Michelet ne l’ignorait pas, quand il écrivait ses Origines de Bonaparte. Il savait bien que, s’il n’eût

abordé que la grande histoire et l’eût par trop faussée^ elle l’aurait écrasé d’une masse de lumière, et voilà pourquoi, de prudence et de combinaison scélérate, il se replia en ces Origines, vers les petits coins historiques, le clair obscur des anecdotes, et le commérage des Mémoires, croyant qu’en s’y prenant ainsi et en perçant dans ces pénombres, il démolirait plus à coup sûr — termite à petits trous — rimmense grandeur exécrée !

Car il l’exécrait ; — car cette haine départi implacable et folle contre Bonaparte, dont je voudrais donner l’idée,. Michelet l’avait depuis longtemps, dit-il au commencement de son volume où l’effréné pamphlétaire éclate dès les premiers mots qu’il écrit : « Je me félicite (y trouve-t-on) de publier si tard mes vues surBonaparte, le sujet où tant de gens ont regardé sans rofr, victimes qu’ils étaient sans doute de la fascination grossière de ce vulgaire hâbleur (c’est Napoléon !),de ce comédien, tragique et comique à la fois, que l’abbé de Pradt avait baptisé de : Jupiter Scapin. » Bonaparte — dit-il encore — prêtait beaucoup à rire, — et par forme d’axiome il ajoute :«On ne fera jamais rien de l’histoire, si elle ne perd pas le respect... » Assurément, on croit rever quand on lit des insanités de cette force, et on pressent ce qui va suivre... Le livre Origines des Bonaparte, conçu et réalisé contre un seul, celui qui a marqué tous les autres de sa gloire, et qui leur a rompu et donné un morceau d’Europe à

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chacun, comme on rompt et on donne un morceau de pain à des pauvres, ce livre a réduit et rabaissé cette origine et va même (voyez page 347) jusqu’à la ridiculiser. Le plan de Michelet est, avant d’arriver à Bonaparte lui-même et à sa grande individualité solitaire^ de profondément dépoétiser sa race pour qu’elle semble moins prédestinée. Mais, malgré ses efforts et la peine qu’il se donne, la poésie est dure à tuer dans cette maison corse, où Celle qui fut plus tard « Madame Mère », cette sombre beauté de Pythie, aux instincts prophétiques, faisait mettre par terre une tapisserie représentant les scènes de \ Iliade d’Homère, pour y accoucher de son fils !

Mais sa famille, c’était lui encore, et ce n’est que quand on arrive à Bonaparte lui-même, à l’homme, à la personne dans l’homme, que le pamphlet s’articule davantage, que cet affreux Tartuffe de pamphlet sous forme d’histoire s’exalte, s’envenime et consomme sa petite œuvre ténébreuse de démolition, avec la sensualité d’une haine à l’ouvrage. En CQ^Origines des Bonaparte, il y a, pour le rendre ridicule et odieux, un chapitre intitulé : « Bonaparte séminariste »^ dans lequel Michelet, ce haïsseur de prêtres, ce haïsseur qui est le fond même, le fond convulsif de Michelet, tatoue Bonaparte, comme d’une marque d’infamie, de « Q,QiiQ é&\xQ,d.ilo\\ j ésuitique qui brise les âmes », dont toute sa vie Michelet a radoté, et que « Bonaparte, » — dit-il, — « devenu tout-puissant et dans les échappées

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mêmes de ses colères, avait gardé dans son âme comme le SECRET DE l’art DES TYRANS ! » Déclamation inepte ! A Aiitun et à Brienne, il en fait« un dévot, un visionnaire, la bête noire de ses camarades; ne faisant que des lectures brouillées, indigestes; sans connaissances positives ; faible en mathématiques », — ( j uste le contraire de ce qu’on croyait, et il cite le mot de Libri : « Le point qu’il atteignait est relatif à la cycloïde »,) — « honteusement ignorant en géographie, croyant même à trente ans que l’Egypte est tout près des Indes ». Comme si on ne pouvait pas être un homme d’un génie dominateur au milieu de tout cela ! Comme si on allait tuer cet Invulnérable cuirassé de gloire, en jetant contre lui ces grains dépoussiéré, en répandant sur lui la vermine de tous ces petits faits ! Ghétiveté de la haine elle-même : Michelet, ne sachant plus que nous dire pour nous rapetisser Napoléon, pour nous le souiller et nous en donner le dégoût, finit par prétendre qu’il ressemblait à Marat ! Détail comique ! Il semble jaloux de cette beauté physique incontestable, dans tous les portraits de Bonaparte, soit sous les longs cheveux noirs du Consul, soit sous la couronne de l’Empereur. Avec une joie de femme jalouse qui danse en pensant que sa rivale est laide, Michelet nous affirme que Bonaparte « n’avait point de sourcils et point de cils, peu de cheveux, les yeux gris comme une vitre de verre où Bon ne voit rien », et que sur les pièces de cent sous il était flatté. Mes-

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quinerles et bassesses! Et jusqu’où entraîné par le pamphlétaire, a-t-il roulé et dégringolé, l’historien !...

Mesquineries et bassesses, et mensonges et ridicules aussi ! J’ai voulu montrer cela. On ne discute pas un pamphlet. On le signale ; on le raconte. On ne discute que l’histoire. Et encore, pas celle de Michelet, parce qu’on ne peut discuter que ce qui s’expose, se déduit et s’enchaîne, et que l’histoire, telle que Michelet la comprend et l’écrit, n’est qu’une flambée superbe d’affirmations et d’images ! Cet homme, qui est resté le premier des hommes de son siècle par l'expression, n’a plus le style articulé et cohérent qu’il avait autrefois, depuis qu’il s’est tant rajeuni, et le sien saute comme la jeunesse... Avec son nom et son talent, le dernier livre de Michelet aurait dû faire bien plus de bruit qu’il n’en a fait... Et quoique j’aie écrit au commencement que dans le pays où tout arrive on ne doive s’étonner de rien, il n’en est pas moins inexplicable qu'un pamphlet contre le premier des Bonaparte, fait par une pareille plume, ait pu passer silencieusement à travers nos préoccupations. Lan-

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frey, très inférieur à Michelet par le talent et par les passions, a été payé de son histoire contre Napoléon par une sénatorcric sous la République, et Michelet n’a rien eu. Mais il faut dire que Lanfrey est un homme grave, puritain, n’ayant pas plus de couleur qu’un élève pour le style de ce terne Guizot. Que de raisons pour réussir 1 — Lanfrey, lui, est plus vieux que son âge. Michelet, quand il vivait, était plus jeune que le sien.

Est-ce son trop de jeunesse, mortel à son succès comme à ses idées, qui l’a perdu? Mais toujours est-il que le pamphlet à outrance par lequel il a fini sa vie a fait moins de bruit que son enterrement.

Un nouvel historien de Bonaparte, M. Jung, le Chakal du Lion Michelet épouvanté, a dit, je crois, sans le vouloir, le secret de son histoire dans l’épigraphe de son livre. Quand on n’est pas très sûr de soi, on se met derrière quelqu’un, et le quelqu’un choisi par M. Jung pour se mettre derrière est Augustin Thierry, qui passe encore pour être, en histoire, une auguste autorité, cet Augustin! Or, un jour, Augustin Thierry, a écrit, je ne sais où,

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cette phrase insignifiante: « que THistoire nationale était encore ensevelie sous la poussière des chroniques contemporaines », ce qui pouvait être vrai du temps d’Augustin Thierry, mais ce qui ne l’est plus du nôtre ; car depuis plus de quarante ans les chroniques ont été assez remuées et secouées pour ne plus l’Histoire sous leur poussière, et c’est

cette phrase, vieille de quarante ans, que M. Jung a plaquée, comme une cocarde, sur la longue oreille de son livre...

Certes! ce n’est pas pour les chroniques, qu’il a facilement déterrées dans les ministères dont il aies clefs, que M. Jung Ty a plac[uée. Ne vous y trompez pas ! Mais c’est pour le mot « d’Histoire nationale » qui se trouve dans cette phrase, — qui est là et qu’on veut faire croire ici, car M. Jung a la prétention d’être •national, dans son histoire de Bonaparte... Pour moi, il me suffirait qu’il fût historien. Pour moi, je ne "^connais d’autre histoire que l’Histoire ! l’Histoire tout court, l’Histoire sans épithète, l’Histoire qui se place très au-dessus de toutes les nationalités, l’Histoire vraie enfin, plus haute que toutes les patries !... Mais du temps d’Augustin Thierry, comme de notre temps, du reste, l’Histoire dite « nationale » ne voulait pas dire cette Histoire-là! Elle ne voulait pas dire simplement une histoire de France, dans sa noble et nécessaire impartialité. Il y avait des dessous, là-dessous ! 11 y avait un autre sens.

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On y voulait une autre portée. Ceux cpii avaient inventé ce terme d’Histoire nationale avaient leurs raisons, peu historiques, pour s’en servir. Leurs histoires nationales n’étaient jamais qu'une interprétation de l'histoire réelle par des partis qui ont, chacun, leur manière de comprendre la nationalité et la patrie. C’était l’enfarinement de l’Histoire, dans lequel chaque parti roulait sa petite opinion politique pour en faire le bloc enfariné et saupoudré de patriotisme suspect qui^ d’ailleurs, n'attrapait personne... M. Jung, qui s’enveloppe aujourd’hui de la sottise transparente d’Augustin Thierry, ne nous attrapera pas davantage avec sa houlette... Nous savons ce qu’il est. C’est un national, contre l’Empereur ! Comme Michelet, comme Lanfrey, comme tant d’autres, à la suite de ceux-là, qui se cassent les dents et la plume contre la plus grande et la plus solide mémoire des temps modernes, M. Jung reprend leur vaine besogne. Il met la nationalité de son histoire à dénationaliser l’Empereur, et à nous empêcher, si nous en étions tentés, de le prendre jamais pour la France.

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Car c’est le mot d’ordre de la Révolution ! C’est sa conception et sa vengeance contre le grand homme qui l’a muselée... Depuis que le terrible museleur n’est plus là, nous avons le débarras et la révolte de la muselière. Pour les républicains d’aujourd’hui, pour les haïsseurs de monarchie, il est convenu qu’il faut courir sus à la mémoire de Napoléon et ne pas souffrir qu’on le confonde, même une minute, avec la France ! Pour eux, pour ces républicains, la Dubarry avait plus raison d’appeler « la France » le Roi Louis XV, que nous d’appeler Napoléon : la France... L’homme de Gampo-Formio, de Marengo et d’Austerlitz, n’est point la France pour eux. Lui qui a incarné quinze ans la France dans sa gloire, — et lui a laissé une telle renommée que, battu à Waterloo et tombé, et jeté à Sainte-Hélène, la France a vécu sur cette renommée, et, de souvenir, a fait trembler l’Europe encore I — non seulement il n’est pas la France, mais il risque même un jour de n’être pas Français; car ils en sont arrivés jusque-là de contester et de nier doublement à Napoléon sa qualité de Français et

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la qualité de son génie ! Michelet, Michelet, cette femme par les nerfs et par la beauté de son style, a montré, en ses dernières années, contre Napoléon une haine de femme, et lui a refusé, — nous l’avons vu, — pour tout lui prendre, même des cils et des sourcils ! C’était bouffon et ridicule, et même plus ridicule encore que bouffon. M. Jung n’a pas de ces égarements de femme, qui sont parfois dans les artistes. Il est moins artiste que Michelet, mais plus grave... Use rapproche, par la nature de son sentiment contre Napoléon, de la haine froide de Lanfrey, cette vipère sourde à tous les clairons de la gloire de l’Empereur.

lia, comme Lanfrey, le bégueulisme du républicain à principes. Il veut êü^e vertueux, et Français, et c’est au Corse, d’abord, puis à Fégoïsme immoral de Napoléon, enfin à ses manquements d’obéissance et dediscipline comme officier, qu’il vise et qu’il tire. A le •juger, d’après le ton, que je crois, d’ailleurs, affecté, de son livre, l’auteur de Bonaparte et son ternies fait l’effet d’un paperassier d’état-major et d’un positiviste d’école polytechnique. Lieutenant-colonel d’artillerie, quimet sontitre sur la couverture deson ouvrage, dédié -à Gambetta, il a le ton gourmé d’un pédant militaire et d’un puritain, et quoiqu’il soit très décidé à toucher, pour le rapetisser, à ce grand sujet de Napoléon qui inquiète sa plume républicaine, il y met la prudence d’un homme qui n’ignore pas que la gloire • de Napoléon est un obus assez difficile à dévisser, et

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qui peut éclater sous les mains de l’artilleur qui s’en mêle, et le tuer du coup !

Or, M. Jung ne veut pas être tué par son livre, et il a raison. Ce jugeur sévère des grandes ambitions de Bonaparte a peut-être ses petites, à lui... et il n’entend nuire ni à sa considération intellectuelle, ni à son avenir d’officier, par un livre effréné contre un grand homme qui inspire encore à toute âme de soldat une admiration pleine d’empire... Il faut croire que le Démocratisme contemporain, qui se permet de mépriser ce qu’il appelle le militarisme avec tant •d’insolence, n’a pas putréfié assez avant l’officier dans M. Jung pour qu’il ne rende pas justice à la beauté et à l’étendue du génie militaire de l’Empereur Napoléon. Mais les deux volumes récemment publiés, que j’ai là devant moi et qui doivent, il est vrai, être suivis d’un troisième, laissent préjuger à cet égard l’embarras d’une prudence inquiète... Un seul volume pour raconter Bonaparte et son temps, quand il y en a deux pour son enfance et ses premières années d’officier, cela n’a-t-il pas vraiment l’air, par son manque de proportion, d’être l’étranglement prémédité d’un homme trop fort, du reste, pour ne pas échapper au lacet de tous lesMuets, si pourtant cette histoire, dite de Bonaparte, ne s’arrête pas cauteleusement à Napoléon ?

Tel est ce qu’on croit deviner dans cette histoire de Bonaparte. En ses deux premiers volumes, elle nous raconte la partie obscure, agitée, profondément corse de la vie *de Napoléon. C’est à ce moment où Bonaparte couve un génie dont il sent en lui la présence et qui va bientôt étonner le monde, ([ue M. Jung a consacré tout l'efTort de sa plume d’historien. C’est au Corse, — au Corse qu’il est de bonne guerre, quand il s'agit de Bonaparte, d’opposer toujours au Français, que l’historien s'attache et s’acharne. Bonaparte, en effet, né en Corse, a commencé par être Corse d’amour du pays, d’ambition, de projets et de tout son être, — et c’estmême son honneur, àBonaparte ! Dans ce temps-là, la Corse, cédée par Gênes à la France, était en proie à des discordes intérieures. Plusieurs partis la divisaient, et il n’est pas étonnant que le jeune Bonaparte, à peine sorti des écoles militaires de France et prématuré comme tout homme d’un vrai génie, se soit mêlé ardemment aux partis qui déchiraient son pays, dans la pensée de les dominer. Il se sentait déjà dominateur! Mais l’historien d’aujour-

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d’hui n’a pas accepté cette idée simple. Il recherche, pendant toute son histoire, les contradictions qui doivent fausser le caractère historique de Napoléon, par les commencements de Bonaparte. Il fait contraster en lui le révolutionnaire et l’homme d’ordre, l’indiscipliné et l’autoritaire, et s’efforce ainsi de metti*e en lumière toutes les fissures de ce bronze, qu’on croyait ne pouvoir être entamé jamais. L’historien prévenu n’a pas voulu voir que le Bonaparte des premières années de sa jeunesse est identiquement, exactement, le Bonaparte de toutes les autres phases de sa vie, et que le Bonaparte de Corse, avant le Bonaparte de France, avait tenté, sans réussir, de faire avec de très petits moyens, dans le petit espace de son pays, ce qu’il a réussi à faire plus tard, avec de très grands, dans l'espace plus grand d’un autre pays, qui était son pays encore. Bonaparte en Corse comme en France, il fut Bonaparte toujours ! Ici comme là, il voulut dompter les partis et faire sortir d’une anarchie un gouvernement. C’était là, en effet, la vocation de son génie ; c’était l’idée qui ne cessa de planer sur sa vie et sur sa pensée, et qui lui donna, à travers ces inconséquences de surface qui aveuglent les niais, sa profonde logique et son unité, à ce formidable unitaire qui en refit une à la France, quand, en France et dans toutes les têtes de France, hélas ! il n’y en avait plus.

Voilà la vérité sur Bonaparte. — Mais si l’historien d’aujourd’hui l’a vue, il n’a pas osé l’affirmer

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dans son machiavélique travail... Gomme toute cette race d’égalitaires modernes à laquelle il appartient, M. Jungle républicain ne pouvait pas décemment convenir devant des républicains de la supériorité absolue de l’homme le plus fait 'pour com'mander, aurait dit Tacite, et coupable, des qu’il put penser et agir, d’avoir senti au fond de soi qu’il était Empereur déjà en Corse, comme il le fut plus tard en France et qu’il l’aurait été partout, parce qu’il était né Empereur ! Aussi, blessé dans sa foi ou dans son orgueil d’égalitaire, l’auteur du Bonaparte et son temps, a-t-il traité comme l’égal de tout le monde ce Bonaparte outrageant, qui avait violé l’égalité humaine par le fait de son génie avant d’avoir violé l’égalité politique, qu’il a violée aussi parce qu’il n’y a ni législation, ni nation, avec ce principe destructeur de l’égalité! Seulement, pour l’en punir et pour le mesurer, l’historien égalitaire s’cst servi d’une toise qui n’était plus de longueur. 11 a cherché la toute petite bête danscette chevelure de Samson. Il a relevé petitement, avec une puérile exactitude, les fautes d’orthographe en français de ce Corse, et il les a soulignées partout où il en a pu ramasser une dans ses lettres. Il a relevé aussi ses fautes d’orthographe en discipline. Par exemple, lasdeiix absences sans permission du lieutenant d’artillerie, quand il quitta son régiment pour aller en Corse, à ses risques et périls, dans l’intérêt de sa famille, et, je le veux bien, de son ambition ; chose

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certainement blâmable, mais qui ne mérite pas que riiistorien affecte, pour la condamner, une sévérité de caporal ou de sergent. Il a enfin appliqué l’étroite morale républicaine, qui n’a pas même le droit d’exister puisqu'elle est sans Dieu, à cette nature d’exception, qui n’avait pas besoin de descendre d’une race pour être Empereur, et qui, s’il eût été goujat, aurait été l'Empereur des goujats comme l’Empereur de tous les autres ! Or, c’est là le grand crime pour les hommes de l’égalité. Nous, nous aurions peut-être le droit de reprocher au grand homme d’autorité et de gouvernement, dans Bonaparte, des choses que des révolutionnaires ont mauvaise grâce à lui reprocher, eux ! Mais nous nous taisons devant l’Empereur et son génie monarchique. Pour nous, ce qu’il y avait de génie monarchique dans Bonaparte, contaminé souvent par les circonstances et l’éducation de son temps, le sauve de tout, même de ses fautes, tandis que, pour les démocrates de l’heure présente, son génie monarchique perd tout, même sa gloire. Et son crime, pour eux, c’est sa nature... C’est la force qu’il tenait d’elle de commander aux hommes et de s’en faire obéir !

Et l’auteur de Bona'parte et son temps doit être de ceux qui ne lui pardonnent pas ce crime-là ! et on le sent^ quand on le lit, malgré les réserves, les précautions et les sourdines de sa pensée... Son histoire, qui croit être habile et qui transpire ce qu’il ne dit pas, manque pour cette raison d’aplomb et de puissance, et je n’estime pas qu’elle satisfasse les détracteurs de Napoléon, maintenant si cruellement impopulaire, et les régicides de sa mémoire. Après les livres que j’a? cités et qu’on dévore, après Michelet et Lanfrey, ces deux fanatiques, le livre que voici paraîtra fade de * haine à ceux-là qui n’y verront pas, dans sa modération apparente, le calcul caché que nous y voyons. Ils

n’y trouveront pas le Bonaparte odieux qu’ils y voudraient. Ils n’y trouveront qu’un Bonaparte insuffisant et insignifiant. Il ne ressort, en effet, de cette histoire, qu’un Bonaparte qui n’annonce guère le Bonaparte qui doit venir et le volume dans lequel toute sa grandeur, comprimée par le manque d’espace, ne pourra pas toute tenir I Bonaparte n’est, dans les deux volumes de l’histoire actuellement publiés, qu'un

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jeune homme étrange pour son historien, parce que ce

mot à'élrange ne compromet pas de sa clarté trouble

celui qui l’écrit. . . Etrange donc (et pourquoi pas incompréhensible ?), égoïste, silencieux, agité, sombre, d’une ambition remuante et tâtonnante, se cognant trop aux choses et aux hommes de la Révolution (singulier reproche sous la plume d’un révolutionnaire !), voilà la nuée dans laquelle l’enveloppe un historien qui aurait dû porter la lumière jusqu’au fond de cette âme profonde, mais qu’il n’est capable ni d’analyser, ni de pénétrer... D’ailleurs, disons-le hardiment, cette histoire de Bonaparte et son temps ne nous apprend rien de plus que ce que nous savions sur le Bonaparte de ce temps-là et sur l’autre temps de ce Bonaparte. Tout cela, en masse, était connu. Excepté ces deux grandes découvertes des fautes d’orthographe et des deux escapades sans permission du lieutenant d’artillerie en Corse, nous n’avons rien appris de ce chroniqueur, qui estime, d’après Augustin Thierry, « que l’Histoire nationale est encore ensevelie dans la poussière des chroniques contemporaines», où il faut aller la chercher. Il n’est pas, lui, allé si loin pour désensevelir la sienne ! Elle est dans tous les Mémoires, dans toutes les publications sur Napoléon depuis un siècle, tout autant que dans les cartons des ministères, ces mystérieux arcanes de riens ! L’histoire deM. Jung estpartout... Il n’y a de nouveau ici que les idées particulières de M. Jung, lieutenant-colonel d’artillerie, sur

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la guerre et l’organisation des armées, accrochées à ce clou splendide d’une histoire de Bonaparte, pour qu’on les voie mieux ; mais ces idées ne nous regardent pas, nous qui ne demandons que l’histoire... Elles n’ont, du reste, rien de commun avec Napoléon.

Et nous les avons laissées là. Nous n’avions pas à

nous occuper des théories de l’officier, mais de l’iiis-

toire de Bonaparte et son temps, et nous avons dit uniquement ce que nous avions à dire sur ces deux volumes sans nouveauté, sans unité, sans méthode, et qu’on ne croirait jamais écrits par un espfit de mathématiques et de déduction. C’est qu’en histoire, le paperassier engendre le fatrassier ! et M. Jung fait l’effet d’un homme gâté par des habitudes de bureau. Littérairement, son livre, confus et lourd, est médiocre, d’un style égalitaire, puisqu’il est l’égal du style de tout le monde, ce qui est très bien de la part d’un homme qui aime l’égalité. Le style de M. Jung évite avec beaucoup de soin d’être distingué, et il y réussit ! C’est du métier, ce n’est pas du talent. Or, il faut du talent quand on ose parler du génie ! On est tenu d’en avoir, surtout quand on veut parler de l’Empereur et qu’on se mêle d’écrire un livre qui s’appelle : Bonaparte et son temps ! Absent des deux premiers, le talent viendra-t-il avec le troisième volume ? S’allumera-t-il à cette gloire, qui va s’allumer? Et l’historien mettra-t-il dans un seul volume, et le dernier de son histoire, le Bonaparte qu’il n’a pas mis dans les deux autres?...

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« Nous verrons bien ! » — comme dit le Misanthrope à Oronte. Mais les deux premiers volumes nous en font douter...

Et nous avons vu ! Il a paru, ce dernier volume d’un livre consacré à cette bonne et sainte œuvre républicaine, I l’abaissement du grand Empereur et de sa gloire, et il est digne des deux premiers, par son indignité. J’ai traité les deux premiers avec plus de sérieux qu’ils n’en méritent ; car ils sont si légers de poids qu’ils ne méritent que la légèreté du mépris. C’est, en effet, contre l’Empereur, le : tarte à la

crème du petit marquis, dans la Critique de l'Ecole des /e?7î7ues... L’auteur, — un militaire de bureau, — après avoir gratté avec beaucoup de soin et de peine le fond des cartons de tous les ministères, comme on ramone une cheminée, n’a pu découvrir — vous l’avez vu ! — et ramasser contre Bonaparte et pour le mettre àbas de son socle, comme un postillon qu’on met à pied, que quelques fautes d’orthographe en grammaire et deux autres petites fautes d’orthographe en conduite : — deux absences de quelques jours de son régiment, sans autorisation préalable de son colonel.

C’était là tout! Pas un zeste de plus. Tels, les deux

duvets soufflés contre ce bronze pour le renverser.

Tels, les deux griefs, microscopiques, imperceptibles et vains, d’un homme qui vient après Michelet et Lanfrey, et qui ajoute son grain de poussière à la poignée que ces gamins haineux et insolents de l’Histoire ont jetée à la tête du plus grand homme qu'ait eu la France depuis Charlemagne! Les deux premiers volumes de M. Jung, qui ne contenaient que les commencements de la jeunesse de Bonaparte, sont si vides que j’attendais le troisième pour dire impartialement mon dernier mot sur une œuvre audacieusement intitulée: « Bonaparte et son temps », et dans laquelle il n’y a, en définitive, ni le temps de Bonaparte, ni Bonaparte...

Car ils n’y sont pas. Ils n’y sont ni l’un ni l’autre. Ni le grand homme, ni l’époque qu'il a remplie et teinte, comme le vin remplit et teint une coupe de cristal, de son ardente et immense personnalité ! Je conçois, oh ! je conçois très bien que M. Jung n’ait pas eu le courage d’aller jusqu’à Napoléon. Il aurait tremblé devant Napoléon. Il a moins tremblé devant Bonaparte... Mais puisqu’il n’avait pas peur de Bonaparte comme de Napoléon, puisqu’il se croyait très capable de peigner le Corse à cheveuûç plats de Messidor et de faire tomber les poux de la crinière naissante du lionceau avant qu’il fût lion tout à fait, il ne devait pas s’arrêter avant et même après le grand

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coup de Brumaire ; car après Brumaire, il y eut encore du Bonaparte. Après Brumaire, il y a le Consul, plus grand et plus pur que l’Empereur, disent les diminueurs de sa gloire ; le Consul, l’espoir et le désespoir des républicains, et à qui Beethoven offrit et retira un jour l’hommage enthousiaste de son génie ! Déjà Napoléon — a dit Hugo — perçait sous ce Bonaparte-là, et M. Jung a craint, sans doute, de se déchirer à cette pointe terrible du Napoléon qui perçait ! Il y avait dans cette pointe de quoi éventrer un plus fort que lui... Son livre n’a donc pas dépassé le retour de la campagne d'Égypte. M. Jung, de retour de la sienne, — contre Bonaparte, — s’est arrêté là!

Eh bien, même en s’arrêtant là, j’espérais mieux de M. Jung. Dans ce troisième volume, qui pouvait racheter l’insignifiance des deux premiers contre un Bonaparte à son aurore ; dans ce troisième volume qui avait la prétention d’être une histoire, il ne s’agissait plus d’historiettes. Nous n’en étions plus aux anecdotes, adorées de M. Jung et de tous les myopes en histoire, parce qu’ils voient mieux dans cette petitesse d’une anecdote que dans la grandeur des ensembles et des résultats. Nous étions sortis du clair obscur de l’enfance de Bonaparte, ce second amnios après l’amnios maternel. La matière vraiment historique s’était produite, et Dieu sait avec quel éclat ! L’étoile étonnante de l’homme, qui devait s’appeler plus tard

lui-même Vhomme du destin^ s’était levée superbement sur l’horizon et venait d’y allumer deux flammes qui devaient rester immortelles : Vendémiaire 'qui révéla la décision du génie de Bonaparte, et la campagne d’Italie, qui en prouva l’incomparable supériorité. A partir de ce moment, tout le grand homme de l’avenir était né dans Bonaparte, — et puisque l’idée républicaine est maintenant de se venger de lui, en le rapetissant, parce qu’un jour il l’a vaincue, c’est à ses fautes de ce temps-là, s’il en commit, qu’il fallait s’acharner ...

L’historien du Bonaparte et son temps s’y est-il acharné?... Peut-être; mais son livre d’aujourd’hui' n’atteste que l’impuissance de son acharnement. A côté des faits les plus grandioses, qui s’imposent à lui et qu’il ne peut pas effacer, il continue, comme dans ses deux premiers volumes, à brasser péniblement les impondérables et les imperceptibles. Il continue de jauger des riens et de chiquenauder des atomes. Pour un esprit mâle et qui sait la vie, pour un observateur sans bégueulerie de la nature humaine, il n’y a vraiment pas — qu’on me passe le mot, qui n’est irrespectueux que pour M. Jung ! — de quoi « fouetter un chat », dans ce livre, qui veut être une fustigation de la moralité de Bonaparte et de son génie ! Des fautes positives, dignes de la condamnation de l’Histoire, il n’y en a pas dans ces premiers jours d’uneambition qui allait prendre sa place, el qui était seulo

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capable, clans la France d’alors, de l’occuper. Plus tard, cette ambition en a commis, je le sais bien, et d’effroyables, mais c’étaient des fautes contre le principe monarchique, et un républicain n’oserait pas, je pense, les lui reprocher !

Il ne les lui reproche pas, en effet. Pour M. Jung, il n’y a qu’une faute et qu’un crime dans la vie de Napoléon, et cette faute et ce crime ont été commis par Bonaparte. Cette faute et ce crime, c’est Brumaire î C’est cette première et foudroyante étape de Brumaire sur le chemin de l’Empire, c’est cette faute et ce crime qu’il faut, n’importe comment, faire payer à Bonaparte ! Voilà la pensée fixe de ces trois volumes, où l’on cherche d’autres fautes encore qui diminuent l’homme et sa gloire, et où l’on ne trouve que celle-là. A ne prendre que la lettre de son livre, M. Jung, qui se mêle de juger Bonaparte, n’est qu’un républicain à l'ouvrage, et ce n’est pas ce qui a déshonoré le génie du vieux Michelet qui peut honorer l’historien novice qui se risque à écrire l’histoire pour la première fois. Embarrassé par la plus grande des gloires militaires,

quïl a ici devant lui, cet officier d'état-major, qui doit savoir la guerre et la comprendre, se content e seulement d’appeler Bonaparte : « un officier extraordinaire », après l’avoir appelé : « un enfant étrange », et quand il a bénévolement lâché ce mot-là pour sauver l'honneur de sa conscience, il se reboutonne jusqu'au menton dans le pédantisme pincé de son puritanisme républicain, et il y reste, droit et raide comme un pal. Je ne connais pas M. Jung, mais je connais le puritanisme républicain. Il y eut celui d’Angleterre, (lui fut une grande chose, car il avait la terrible beauté du fanatisme religieux, et il y a le puritanisme sans l'ardente foi qui éleva et ennoblit le puritanisme de l'Angleterre, il y a le puritanisme de la France républicaine et athée. M. Th. Jung, qui doit être un sceptique de ce temps scientifique, — un sceptique peint en positiviste et plus positiviste que positif, — ne me fait aucunement l’effet d’être un fanatique bien brûlant dans le puritanisme grimé et gourmé de son livre. Mais, certes! quel qu’il soit, son puritanisme, je ne sache rien, pour juger ce qui est si grand, de plus petitement et de plus iniquement étroit !

J’ai déjà dit les sévérités de sa vertu républicaine,

en ses deux premiers volumes, pour des fautes qu’eût pardonnées un caporal intelligent. Mais, dans ce dernier, où il trouve moins à l’exercer, sur ces fautes d'un si petit calibre qu’un autre qui y guetterait de moins près que lui ne verrait pas et qu’il relève, il en est

NAPOLÉON

réduit — ces fautes manquant — à son éternelle et austère répétition, sans preuve à l’appui, de l’immoralité politique de Bonaparte, — lequel disait trop, il est vrai, que les lois morales n’étaient pas faites pour lui, mais qui, du moins, ne les a pas violées dans cette partie de son histoire que M. Jung s’est borné à écrire. Ce moraliste en grand uniforme a, d’un autre côté, trop oublié que nos devoirs sont les conséquences morales de nos convictions, et que la morale républicaine ne fut jamais celle de Bonaparte. Jeté par le hasard de sa naissance et de la vie en un temps d’anarchie où tout était confondu dans le monde culbuté, il eut des liaisons républicaines, mais ces liaisons ne furent jamais pour lui des liens que l’honneur lui commandait de respecter. Esclave de facultés qui sont toujours très despotiques chez les hommes de génie, il avait réellement, et il sentait qu’il avait vocation d’empire, et qu’il suivait sa loi en étant ambitieux comme les astres suivent la leur en gravitant au haut du ciel !

Et c’est ce qu’il faut toujours se dire quand on se môle de juger Bonaparte ou Napoléon, qu’il soit Gon- 'Sul ou qu’il soit Empereur! Seulement, les têtes polytechniques, en vertu comme en mathématiques, n’admettent pas cette large manière de juger les têtes plus grandes qu’elles. Pour elles, il faut que tout soit dans le même rail, et comme Bonaparte n’entrait pas dans le rail de tout le monde, les égalitaires se lèvent

SENSATIONS D’hISTOIRE

à présent contre sa mémoire. Pour accomplir son acte de diminution sur Bonaparte, M. Jung — un égalitaire d’aujourd’hui — ne s’est pas uniquement servi du rabotrépublicain, qu’il passe et repasse sur une gloire trop solide pour qu’il puisse l’entamer. Gela n’aurait pas suffi. D’impatience et en désespoir de cause, il s’est servi contre Bonaparte de tous les procédés de l’histoire moderne telle qu’on la conçoit et qu’on l’exécute aujourd’hui; car l'histoire maintenant n’est plus uniquement et politiquement que le régicide des rois, c’est le régicide de toute grande Personnalité !

Envieuse et aussi basse que les hommes qui l’écrivent, l’Histoire moderne a trouvé intelligent et scientifiquement très joli de décapiter toutes les supériorités individuelles au profit de la race. C’est sa

manière, à elle, de les guillotiner. Et si c’était tout !

mais ce n'est pas tout. La race elle-même est aussi décapitée à son tour, au profit du milieu dans lequel elle vit, et c’est ainsi, le matérialisme et le fatalisme étant combinés pour tuer la liberté morale et le génie personnel de l’homme, que s’accomplit le

NAPOLEON

double meurtre auquel la Chimère du temps, l’Égalité, trouve son compte.

Elle n’a plus alors rien à admirer et à respecter, dans l’Histoire comme ailleurs. Quel profit ! N’est-ce pas délicieux?... M. Jung a appliqué à Bonaparte le jacobinisme historique qui s’appuie, contre la supériorité individuelle de l’homme, sur la physiologie du genre humain. Pour M. Jung, qui a bu au biberon de Michelet, l’historien de la fistule de Louis XIV, Bonaparte est, partout, où qu’il soit et quoi qu’il devienne, le Corse qui ne peut jamais être Français et qui, sorti du cancer de son père et mort d’un cancer à son tour, n’est explicable, dans les vices et les ardeurs morbides de son ambition, que par l’âcreté de son sang et de ses humeurs, cet entre-deux de deux cancers ! Je comprends que M. Jung, manquant de tout pour diminuer l’homme indiminuable, ait donné dans cette grossière et misérable physiologie. Mais, alors, pourquoi le physiologiste inconséquent vient-il, pour déshonorer et anéantir dans l’opinion la personnalité d’un grand homme, gémir et s’indigner hypocritement con¬

tre son immoralité?...

Cette réduction de Bonaparte, entreprise par un républicain veftueux, n’aurait pas rempli les trois volumes projetés par M. Jung, s’il n’avait ajouté le temps de Bonaparte à la personne de Bonaparte. Malheureusement, le peintre du fond sur lequel se détache la figure de Bonaparte n’a pas été plus puissant que le peintre de son portrait. L’étude de la société du temps de Bonaparte n’est pas plus ici que l’étude de l’homme qui la domina. Si nous n’avons eu sur Bonaparte ni un fait nouveau, ni une vue nouvelle qui l’ait véritablement rapetissé, il n’y a non plus sur la société de son temps ni un fait nouveau, ni une vue nouvelle qui l’ait grandie et qui le rende plus petit, lui, en l’écrasant par le contraste de sa grandeur. C’eût été pourtant une habileté de la part de M. Jung, l’ennemi de Bonaparte, s’il avait eu en lui la virtualité d’un historien. Peindre grand la société révolutionnaire qu’on admire, intéresser par la force et le prestige dataient à la description qu’on aurait faite de cette première et magnifique république, la Cornélie des deux nôtres, qui furent ses bijoux et

NAPOLÉON

qu’elle peut montrer avec orgueil, c’eût été là pour M. Jung un coup de partie et une revanche contre l’espece de scélérat qui avait jeté cette république par la fenêtre, comme déjà Cromwell avait mis les clefs d’une autre dans sa poche. C’eût été une vengeance par le talent ! Mais M. Jung n’est pas, en fait de peintures historiques, un David littéraire... et nous sommes obligés d’aller chercher dans d’autres livres que les siens si nous voulons la contempler, la fière société républicaine, prête si vite à devenir la société impériale et à prendre la livrée du maître, avec des souplesses de laquais !

Mon Dieu ! je le sais bien, qui est bureaucrate n’est pas toujours peintre. Mais puisque M. Jung est un si formidable bureaucrate, il pouvait du moins, en restant dans sa spécialité, nous donner dans son Bonaparte et son temps des renseignements inattendus et précieux sur la société qui n’y était pas peinte. Il pouvait y mettre des matériaux pour une histoire à faire, et qu’il n’a pas faite. Or, je les ai cherchés en vain, ces nxatériaux, en ce troisième volume d’un ouvrage d'une si profonde unité qu’il n’offre aux lecteurs que de toutes petites fautes et de tout petits renseignements. Excepté une lettre d’amour de Bonaparte à Joséphine, et une autre lettre, d’amour aussi, de Pauline Bonaparte au représentant Fréron, plus biographiques qu’historiques ; hormis encore l’état du pied de guerre de la France avant Bonaparte, sous

Dubois-Crancé, qüe tous les commis des ministères avaient sous la main et pouvaient aussi bien que M. Jung tirer de leurs cartons, il n’y a plus dans ce troisième volume que les actes civils de la famille Bonaparte, fidèlement copiés. Ils y sont tous, — et cela peut faire un gros paquet ; mais cela ne fait pas de l’histoire !

Mais de l’histoire, de la véritable histoire, substantielle, consciencieuse et savante, disons-le en finissant : il n’y en a point ici. Il n’y a ici qu’une lourde et médiocre et longue discussion historique, sans portée, sans netteté, sans vibration, qui n’atteint pas le but qu’elle vise. Il n’y a ici qu’une jérémiade républicaine contre l’Empire, qui n’a le cœur ni l’esprit d’être un pamphlet hardi, quoique attardé. Dans son Bonaparte et son temps ^ fauteur ne montre ni les qualités de l’historien ni les qualités du pamphlétaire. C’est un pamphlétaire cependant, dissimulé sous la tenue correcte et même pédante de l’historien. En érudition, c’est un ramasseur de têtes d’épingles, dont il n’a jamais, dans le talent, la pointe ! Le hausse-col de cet officier est une cravate de doctrinaire... Quand il publia ses deux premiers volumes sur l’enfance brouillée et brouillonne de ce sombre enfant qui renfermait un si grand homme, je demandais si le talent ne s’allumerait pas dans M. Jung au frottement de cette jeunesse héroïque qui allait venir et qui devait faire tomber d’admiration tous les systèmes." Voici la

NAPOLÉON

réponse : le système s’est obstiné et le talent n’est pas venu... Le nom de Bonaparte fait tout lire. Mais il y a de par le monde une comédie que tout le monde connaît et qui s’appelle : Beaucoup de bruit pour rien. Eh bien, dans le livre creux de M. Jung, il y a le rien de cette comédie, mais le beaucoup de bruit n’y est pas!

Il passera, sans en faire aucun.

lu

LES DEUX BERTIN

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