‹ Sensations d'histoireChapitre 35 sur 37 · JjT · texte numérisé non relu

JjT

û-r --i) /,» j -/u ... îr !-•

. > - 'iv'

.2;Vn*^v b .u?;0:M .)v'' -vi.n/i' .y'IUf *

hî p%:ÙHî.>;:t.'i -*Â ’• * vt/: ■ 'V.'Uiif -:f; - r *

-.,' f>:jrl!'n'Jliî':/Û J. . '^.-j

* ‘ - V^iv^ 5:ïoiiJ?M;xa; ■ i;,' î/î:; il H'I ‘.îtWJ/-

:Vi-r '.K

Ax-. ».

'l'Hj.'i

•<. Ir.

im: ■ ■'^■' ■ .

ir/i

mf

.-;%jK

■jj^' '■ .

LE

COMTE DE CHAMBORD

Dernièrement (avant sa mort depuis venue), un journal annonçait brusquement la mort de Monseigneur le comte de Chambord. Si cotte nouvelle, heureusement démentie, avait été vraie, c’eût été la mort aussi de la dernière espérance d’un parti qui depuis plus de quarante ans, hélas ! ressemble à cette folle par amour qui, chaque jour, venait s’asseoir au bord de la mer pour regarder si le vaisseau qui devait lui ramener son fiancé n’apparaissait pas à l’horizon vide, et qui s’en retournait chaque soir en se disant infatigablement : « Ce sera pour demain ! »

Légende touchante ! Le fiancé était mort, et voilà ce qui faisait la légende touchante. Mais l’autre fiancé

SENSATIONS d’hISTOIRE

— le fiancé de la France — n'était pas mort, et il ne revenait pas !

C’est là probablement le seul reproche que fera l’Histoire à Mgr le comte de Chambord, attendu en vain pendant quarante années ! Car c’est la seule faute que je sache dans la vie de cet homme immaculé. En ce temps de furieuse anarchie où tout le monde agissait contre tout le monde, Mgr le comte de Chambord, qui porte le poids de tant d’actions immortelles accomplies par la race qui a peut-être le plus agi dans l’histoire, est resté immobile là-dessous et n’a pas agi comme ses pères. Il a même cru que son inaction était son action la plus intelligente. Providentiel comme on est fataliste, il a trop compté sur Dieu, comme nous, sur lui. Mais c’est la France qui a payé et qui paye toujours ce trop de confiance en Dieu sew/, qui, par le chemin du mysticisme, mène droit à la fatalité. /

Et encore, il y a des mystiques qui agissent ! Il y a dans l’Histoire des mystiques d’une action fanatique et terrible. Seulement, tel n’est malheureusement pas le mysticisme de M. le comte de Chambord, lequel, en politique, n’a guères montré que la longue patience de celui-là qu’on appelle, un' peu trop moqueusement peut-être, « le bonhomme Job ».

LE COMTE DK CHAMBORD

C’est par leurs actions qu’on peut faire le portrait des hommes, mais quand les actions manquent, le portrait devient d’une horrible difficulté. Ce qui devait être, en effet, un portrait historique, ayant dimension de tableau, n’est plus qu’une miniature d’une psychologie incertaine, et cela ne suffit pas pour l’Histoire, qui peint à grands traits^ mais seulement les grands traits. Si M. le comte de Chambord était mort comme on le disait il y a quelques jours, il n’y aurait dans la galerie de sa Maison, qui est le musée des gloires de la France, pour tout portrait de lui qu’une toile blanche, la toile du linceul de la Royauté ! trop blanc aussi, car il n’a pas l’éclahoussure de vermillon qu’on souhaiterait d’y voir, et qu’y aurait mise depuis longtemps le sang des royalistes, qui se seraient — s’il l’avait voulu ! — si volontiers faittuer pour elle.

Les Stuarts l’avaient eue, cette belle pourpre. Les Stuarts, qui tiennent dans la gloire bien moins de place que les Bourbons, ont eu le bonheur de mourir dans le sang de leurs derniers fidèles. Ils n’ont eu que ce bonheur, ces malheureux Stuarts, mais ils ont eu celui-là ! Comme plus tard les Bourbons, ils avaient

Page 1