ET RICHELIEU
Ils ont l’air d’étre deux, et, en réalité, ils ne sont qu’un... C’est là moins un livre d’histoire dans son ampleur et dans la suite régulière de ses développements, que l’examen d’une question à Louis XIII.
L’auteur de cet ouvrage, M. Marius Topin, déjà connu par son livre : « Le Masque de fer », qui fit son bruit, quand il parut, continue, à propos de Louis XIII, sa besogne de démasqueur de gens dans l’histoire; car Louis XIII aussi, porte un masque. L’Histoire, aussi cruelle que Louis XI V et n’ayant pas les mêmes raisons pour Letre, lui en a mis un sur le visage.
1. Louis XIII et Richelieu. Étude historique par IM. Marius Topin.
Ignorante ou prévenue, l’IIistoire a fait de Louis XIII une espèce de marionnette royale aux mains toutpuissantes de Richelieu, — un pantin vivant dont il jouait, mais qui parfois se révoltait contre ces terribles mains qui le maîtrisaient, — ce qui, du reste, n’est pas l’usage des pantins, quand on tire sur leurs fils... « Nous sommes esclaves, — disait Alfieri, en parlant des Italiens, — mais nous soinmes des esclaves frémissants », et tel fut Louis XIII, au dire de l’Histoire. Il frémissait... contre Richelieu. Il avait parfois, contre cette grandeur de Richelieu, qui l’écrasait, des mouvements de révolte et de jalousie, mais il fallait, tout roi ou lion qu’il se souvint d’être, subir le dompteur, et il le subissait. On est allé jusqu’à des philtres pour expliquer un tel empire... On a répété contre Louis XIII ce qu’on avait dit de sa faible mère, quand on prétendit que la Galigaï l’avait envoûtée. Et c’est ainsi que ce roi, qui n’était pas un fainéant aux batailles, passe dans l’histoire comme un Roi Fainéant, tombé d’une race dans une autre race ; une espèce de Mérovingien attardé, obéissant au despotisme de son 31aire du Palais, avec cette seule, mais notable différence, qu’il traverse l’bistoire sur un cheval de guerre, au lieu d’être traîné par des bœufs !
Eh bien, tout cela n’était que suppositions, illusions, mascarade... M. Marins Topin a beaucoup mieux oté le masque à Louis XIII qu’au « Masque de fer ». Il nous a bien montré, en effet, ce que le Masque de fer
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7i’ était pas, mais il ne nous a pas montré avec la même clarté ce qiCil était... Quoi d’étonnant? M. Topin n’avait que ses facultés^ sa perspicacité naturelle et des rapprochements plus ou moins hypothétiques pour percer ce mystère du Masque de fer, qui est toujours un mystère, et qui, probablement, le restera. Tandis qu’ici, dans ce livre sur Louis XIII, il y a une force qui n’est pas seulement la force de M. Marins Topin. M. Topin, qui est un chercheur, a trouvé dans les Archives, où dort l’Histoire, cette Épiménide qui ne se réveille pas tous les cent ans, deux cent cinquantehuit lettres de Louis XIII à Richelieu, lesquelles démentent, avec Téclat d’un fait, l’idée qu’on a de ce pauvre roi, noyé, perdu dans la gloire de son ministre, et y disparaissant comme un atôme ! Celte trouvaille de deux cent cinquante-huit lettres, authentiques de style, d’orthographe et de signature, ont été l’étoffe dans laquelle M. Topin a coupé et cousu. Il ne les a pas simplement commentées ; il n’en a pas simplement tiré les conséquences absolument opposées à la tradition sur Louis XIII, ({u’elles détruisent de fond en comble. Il nous a donné ces lettres tout entières. Son livre n’est pas une réhabilitation faite uniquement par l’historien pénétrant ou renseigné : elle est faite par Louis XIII lui-même. Ce n’est pas une réhabilitation comme cette magnifique qu’Urbain Legeay a faite de Louis XI, — cet autre Masqué de THistoire, — masqué par trois cents pieds de calomnies qu’on
lui a mis sur la figure! M. Marius Topin n’a pas, dans son ouvrage, les grandes proportions d’Urbain Legeay dans le sien ; mais il n’en est pas moins péremptoire. Louis XIII, quoiqu’il vaille dix fois plus qu’on ne l’a dit, ne peut pas être cependant personnellement comparé à Louis XL Le vrai continuateur de Louis XI, ou, pour mieux parler, le prolongement de Louis XI dans l’iiistoire^, c’est le cardinal de Richelieu. Mais ce n’est pas de faction grandiose et détaillée de Richelieu sur les choses et les hommes de son temps, que M. Marius Topin avait à se préoccuper dans son livre. C’était de faire voir un Louis XIII vrai, à travers Richelieu qui l’a trop caché de son épaisseur de colosse. Et il le fait voir si bien que maintenant tout est dit sur Louis XIII, et qu’on ne s’y méprendra plus I
Il y avait, du reste, bien des raisons pour s’y méprendre. Ce n’est pas tout profit que de naître entre deux grands hommes. On meurt là, étouffe, aplati et obscur, comme entre deux portes de bronze. Le fils de Henri IV et le père de Louis XIV, entre son père et son fils, ne pouvait paraître que petit. C’est la
LOUIS XIII ET RICHELIEU
première cause de son effacement dans Fhistoire. La seconde fut de n’avoir pas l’esprit français, quoiqu’il aimât beaucoup la France. C’est à la France, en effet, qu’il a toujours tout sacrifié, dit M. Topin, qui le prouve. Mais l’esprit français, chose singulière! il ne l’avait pas. Les uns ont dit que, né d’une Médicis, il tenait d’elle; qu’il était Italien, — un nonchalant Italien, au teint olivâtre et pâle, aux cheveux noirs,
• à l’air mélancolique. Tallemant des Réaux, cette mauvaise langue de plume, va jusqu’à lui donner des goûts italiens. Les autres ont fait de lui un Ilamlet, chrétien et mystique, qui avait aussi son père à venger. Mais quoi qu’il fût, il n’était pas gaulois : il n’avait pas le génie de la race sur laquelle il devait régner.
Il n’en avait pas les passions non plus... Hamlet dit, dans Shakespeare, à Ophélie : « Va dans un couvent! fais-toi nonne !» Louis XIII l’a-t-il dit à mademoiselle de LaFayette ? Toujours est-il qu’elle s’est faite nonne, -ret non pas comme cette divine boiteuse de La Vallière, après son péché, mais avant le péché, avec Louis XIII impossible ! Louis XIII méritait le surnom de Chaste. On se rappelle le roi chez la reine, de M. Armand Baschet, qui s’est bien gardé de rire en ce grave sujet. On se rappelle tous les platonismes de Louis XIII, — les pincettes d’argent plongées au corsage de madame de Hautefort. Et tant de chasteté ne l’a pas rendu populaire, dans ce pays d’éternels mauvais sujets qu’on appelle la France, — la France, qui n’a tant adoré son
SENSATIONS d’hISTOIRE
Henri IV que parce qu’il était un homme à femmes, le vert galant ! La chasteté de saint Édouard le Confesseur ou de saint Louis est une grande chose qui impose, même à une nation de mousquetaires gris comme la France ; mais la chasteté qui n’est plus dans un homme l’héroïsme religieux contre ses propres passions, la chasteté qui n’est qu’une frigidité ou une gaucherie, ne met guères en valeur un homme qui en éprouve l’honnête embarras, chez un peuple galant et railleur où l’on a toujours trouvé un peu ridicules les coquebins (comme disaient si joliment nos pères), et où le Prince de Ligne, digne d’être français, écrivait : « Je suis vraiment fâché que le grand Newton soit mort vierge à quatre-vingts ans... » Une telle vertu, si vertu il y a dans Louis XIII, n’a point fait ses affaires devant la postérité. La Postérité n’est pas le ciel. Elle n’a pas été disposée à voir en beau un roi qui avait une pruderie que les reines n’ont pas toujours, et elle s’est inclinée aux injustices... Un roi si peu français avec les femmes, elle a pensé qu’il ne l’était avec les hommes qu’à la bataille, où il se retrouvait alors très brillamment français, mais qu’en politique, ce triste Chaste n’était que le spleen oisif couronné.
Or, oisif, il ne l’était pas. C’était le contraire.il était ennuyé, mais il n’était pas oisif. Il avait l’ennui dont parlait sainte Thérèse, quand elle s’écriait, en parlant de quelqu’un qui s’amuse beaucoup pourtant : « Le
LOUIS XIII ET RICHELIEU
malheureux ! il n’aime pas ! » Mais si son cœur était vide, sa vie était pleine, à Louis XIII. Sa correspondance avec Richelieu, que nous devons à M. Topin, montre à quel point il s’occupait de son État, s’attelait
9,u gouvernement de son Etat, et n’avait, malgré la distraction royale de ses chasses, — de tradition chez les princes, — dépensées que pour son État. Comparez ses lettres à Richelieu au Journal de Louis XYI, publié par M. Nicolardot, et vous verrez la différence des deux hommes^ dont Ihm n’ouhlie jamais son gouvernement, et dont l’autre l’oublie toujours l LouisXIII, masqué en vaporeux lazzarone politique, ne sortant de son far niente que pour s’irriter ou pour bouder contre Richelieu, dont l’action fait honte à son indolent orgueil, a disparu ici, et à sa place nous
avons un véritable homme d’Etat, presque à la Corneille, ne voyant partout et en tout que la raison d’État. Cela surprend et paraît étrange, tant c’est neuf et inattendu ! Mais voici mieux ; nous marchons de découverte en découverte... Après l’homme d’État à la Corneille, voici un Pylade d’amitié dans l’amoureux transi de madame de Ilautefort et de mademoiselle de La Fayette ! Yoici une âme vive et profonde dont nous ne nous doutions pas dans cette nature de nénuphar, qui a mis tous ses amours impossibles en amitié. Etpour qui ?... Précisément pour Richelieu, dont on nous le faisait presque bassement jaloux, comme l’est toujours un petit homme devant un grand.
SENSATIONS D’hISTOIRE
ITl
Mais c’est qu’il n’était pas petit, ce Louis XIII, qui se grandissait jusqu’à Richelieu, en le comprenant. Même avant les découvertes de M. Marius Topin, quand l’histoire faisait de Louis XIII l’envieux maladif de Richelieu, qu’il supportait avec impatience, — et mettez, si vous voulez, avec haine, — mais qu’il ne renvoyait pas, — non! il n’était pas si petit déjà !... Et, qui sait ? peut-être était-il plus grand que ne le fait voir son historien quand il nous parle de l’amitié continue, sans interruption et sans nuages, quia existé entre Louis XIII et Richelieu. Ici, le masqué peut-être gagnerait au masque. Pour mon compte, je ne haïssais pas Louis XIII jaloux mais sacrifiant sa jalousie à la gloire de son règne et de la Fr ance, acceptant magnanimement la supériorité d’un homme si difficile à accepter quand on n’a pas le cœur au niveau delà supériorité qu’on accepte ! .le l’aimais saignant dans son orgueil du regret de n’ètre pas Richelieu, et gardant Richelieu, à côté ou au-dessus de lui au pouvoir, parce qu’il n’était pas Richelieu... Je trouvais cela beau, cette victoire sur
LOUIS XIII ET RICHELIEU
soi. Je trouvais que cela faisait à Louis XIII, parmi les autres rois, une originalité superbe.
Il faut renoncer à cette idée. Aujourd’hui, Louis XIII, au lieu d’être le jaloux sublime que j’imaginais, n’est que l’ami de Richelieu. Ses lettres m’apprennent qu’il était tendre avec cet homme terrible... Il lui est, jusqu’à la mort, demeuré fidèle. Après sa mort, il n’a pas changé sa politique. Il a pris Mazarin parce que Richelieu le lui a donné de sa main mourante et il l’a gardé parce que la mémoire de Richelieu lui était sacrée, et le Pylade, auquel je ne m’attendais pas, me surprend encore plus quel’homme de Corneille...
Certes ! je savais, bien avant de lire M. Topin, que Louis XIII avait de l’énergie dans le caractère. Il l’a bien prouvé avec le Parlement, dont il exilait les conseillers séditieux et à qui il disait ce mot militaire, qui valait bien le sifflement de la cravache de son fils Louis XIV : « Je ne capitule pas avec mes sujets et mes officiers. Je suis le maître et je veux être obéi. » Tout cela est fort et fier, et je le connaissais. Mais il ne faut pas exagérer cette énergie. M. Topin a peutêtre reçu un petit coup de soleil dans les yeux de ses découvertes. Lorsque Caton ne s’est frappé qu’une fois, je n’attends jias que Louis XIII se soit frappé plusieurs fois, comme le dit M. Topin, qui en fait un martyr stoïque: dans sa mère, dans son frère, dans sa femme, dans mademoiselle de Lafavette et madame deHautefort, et dans Cinq-Mars. Sa mère fut, en effet,
avec lui, la femme la plus odieusement et la plus mi sérablement femme qui exista j amais. Son frère était un lâche et un traître. La reine, il ne l’aima point. Mademoiselle de Lafayette et madame de Hautefort effarouchaient sa pudeur. Et Cinq-Mars, il en était si las qu’il lui disait : « N’ayez pas l’air de vous occuper de mes affaires, quand vous passez le temps dans mes antichambres ‘à lire l’Arioste avec mes pages. Depuis longtemps^ je vous vomis. » Franchement, c’est là trop de coups et trop de blessures ! C’est trop de sacrifices et de déchirements supportés pour l’Etat, comme on disait alors ; car alors il n’y avait pas de patrie, les aristocraties prenaient très bien et sans déshonneur du service chez les nations étrangères. Ce sont les Rois, en France, qui ont fait la patrie, — et, par parenthèse, vous voyez à cette heure comme nous en sommes reconnaissants I
Mais revenons au livre de M. Topin.
Ce livre, qu’il n’a point nommé : « une Histoire du règne de Louis XIII >, mais plus justement et plus
modestement :« une sur Louis XIII et Richelieu»,
LOUIS XIII ET RICHELUÎU
et sur leurs relations de souverain à ministre, a presque le caractère d’une biographie. L’auteur y a renversé l’optique de l’histoire. Je l'ai dit plus haut : jusqu’à lui on ne voyait guères Louis XIll qu’à travers Richelieu, qui prenait pour lui toute la lumière et qui engloutissait Louis XIII dans son ombre. L’auteur de
V Elude a montré, pour la première fois, Richelieu à travers Louis XIII, et Richelieu n’a rien perdu à ce renversement. Richelieu, ici, n’est plus le despote rouge des vieilles histoires et du théâtre, qui confisquait le roi dans sa personne ainsi qu’on l’a cru trop longtemps ; mais, tout despote qu’il fût, c’estdeplus humide, le plus respectueux et le plus passionné (comme il le disait, et ce n’était pas qu’une forme de langage,) des serviteurs et des sujets. Richelieu ne fut pas un de ces ministres comme nous en avons vu dans ces derniers temps, s’en venant, de par une Assemblée, imposer leur arrogante personnalité, qui n'est pas toujours celle de Pitt, à un pauvre roi constitutionnel, obligé de la subir. Richelieu, lui, n’existait que par le Roi seul, qui pouvait le congédier d’un geste, mais dont la gloire a été de ne jamais faire ce geste-là. Il y fut bi('n poussé pourtant. Richelieu était impopulaire, comme tous les grands hommes. Il était surtout affreusement haï de cette noblesse, qu’il ployait, sous le tranchant d’une hache, au respect de la royauté ; et vingt fois ses ennemis, plus nombreux que la Compagnie des Gardes (fue Louis XIII lui avait donnée contre
eux, clieiR'lièrent ;i rarraclior du roi, — et M. Topia dit positivement : de son cœur, — comme on arrache la moitié d’un chêne à son tronc, quand qn l’écartèlc. Mais Louis XIII ne se laissa pas écarteler. Dans \\E tilde historique de M. Marias Topin, Richelieu reste l’aigie du gouvernement ([u'il était, mais il devient tout à coup un aigle à deux têtes, car la tête de Imuis XIII s’y dresse à côté de la sienne, et leurs quatre serres sont d'accord quand il s’agit de combattre ou d’étreindre pour le compte de la Royauté. Le génie de Richelieu est certainement supérieur en initiative et en conseil ; mais on gouverne surtout par le caractère, et Louis XIII avait autant de caractère que Richelieu avait de génie. Louis XIII avait la décision inébranlable et l’exécution inflexible. Richelieu, le grand et formidable Richelieu, eut « l’esprit hardi, mais le cœur timide », dit La Rochefoucaud. Il connaissait les anxiétés des âmes passionnées, les peurs de ceux qui jouent tous les jours leur partie avec le destin, et Louis XIII, le Yisagc Pâle et le Morose, avait du ])ronze sous sa peau olivâtre et sous ses vapeurs... Et c’est ainsi qu’ils se complétaient l’un par l’autre ; c’est ainsi qu’on pouvait dire, de leur union dans le commandement, aussi bien le règne de Richelieu que le règne de Louis XIII, et le ministère de Louis XIII que le ministère de Richelieu.
La monarchie n’a vu qu’une fois ce phénomène. M. Marins Topin en a décrit les phases avec infiniment
LOUIS XIII ET RICHELIEU
de détails et de curiosité. Son livre, qui ne finit pas à la mort de Richelieu, parce que Richelieu continua de vivre dans les vues et la politique de Louis XIÏI, pèse surtout sur cette identification d’un roi et d’un ministre que rien ne peut détruire, même la mort. Si l’historien n’avait voulu que suivre rinépuisahle intluence de Richelieu, il aurait pu conduire son livre jusqu’à Mazarin et jusqu’à Louis XIV, mais, pour lui, l’importance de son étude est dans l’écartement de ce masque qui nous cachait Louis XlII et qu’il a brisé aprèsl’avoir écarté ; c’était le dégagement de Louis XIII — qui n’était pas sûr de sa gloire ! — de la gloire de Richelieu, si sûr delà sienne ! L’Histoire, qui n’est plus royaliste maintenant, dans un pays dont l’cclat et la puissance furent la royauté, avait essayé à cent reprises difîérentes de tuer dans la gloire de Richelieu celle qui revenait au roi Louis XIII, — à ce roi dont il fut la moitié ; mais le livre dcM. Lopin empêchera de s’achever ce régicide de l’Histoire.
C’était juste, et, par ce temps de République, courageux. L’esprit du livre de M. Marius Lopin fait beaucoup d’honneur à son indépendance. Il s’y est affranchi noblement des admirations esclavagistes de ce temps, quand il y a parlé des historiens modernes et de leurs
appréciations. Il n’a pas été le valet des succès et des
renommées. A propos de Louis XHI, il a su traiter Michelet avec le mépris qu’on lui doit, à ce pamphlétaire de l’histoire, à ce souillcur des Bourbons, qui
SENSATIONS d’HISTOIRE
finit par faire de son talent une immondice ! et il a relevé aussi un nom trop abaissé maintenant, le nom de Gapefîgue, historien, il est vrai, de plus de sagacité que de style, mais qui, run prem/m’, a compris la haute et profonde intimité de i.ouis XIII et de Richelieu, et qui, LE PREMIER, vit la grandeur politique de la Ligue. Gapefîgue était un royaliste; M. Topin en est-il un ?... Je ne sais, mais on sent très bien fins-
piration royaliste dans tout le courant de son Etude^ Les plus belles pages qu’il y ait écrites, comme par exemple celles qu’ila consacréesà lamort de Louis XIII^ — la plus royale mort de roi qu’il y ait eu jamais, en dehors du champ de bataille, — sont assurément de nature à exalter le sentiment monarchique, s’il existe encore parmi nous quelque chose de ce sentiment, si puissant autrefois ! La scène est si grande que l’historien y devient pathétique... Le talent, qu’ailleurs je désirerais souvent plus éclatant, monte ici jusqu’à fçmotion religieuse, dans les détails sublimes de cette mort racontée avec une simplicité d’expression très, ferme et très mâle.
M. Marius Topin est un lauréat d’académie. Il a été couronné déjà pour son Masque de fer et pour son Cardinal de /?e^z;mais, je le dis à son éloge, il ne sent l)as trop rôdeur de son laurier académique, que j’appellerais bien d’un autre nom si ce n’était pas lui qui en fût couronné. Son Etude sur Louis XIII et Richelieu me fait bien l’effet d’ètre couronnée aussi un jour, si
LOUIS XIII ET RICHELIEU
elle ne l’est déjà ; car je ne suis pas très au courant de ces mamamouclieries académiques. L’x4cadémie couronne volontiers ceux qu’elle a couronnés déjà, comme les vieux chevaux ont l’habitude de s’achopper toujours aux mêmes pierres et de s’y couronner aussi.... les genoux. Le talent de l’auteur de Louis XIII et Richelieu, quoique très visible dans ce livre intéressant et substantiel, n’a pourtant pas de ces grandes qualités scandaleuses qui troubleraient ia quiétude du goût académique et réveilleraient désagréablement en sursaut tous ces somnolents du fauteuil. Et puis, je me suis laissé dire que M. Marius Topin était le neveu de Mignet... et, qui sait? il y a peut-être des historiens-neveux à l’Académie, comme il y a des cardinaux-neveux à Rome.
Et je ne dis pas cela pour vexer M. Marius Topin, un royaliste comme moi dans son histoire de Louis XIII, car, en ma qualité de catholique romain, j’ai du goût pour les cardinaux-neveux i
LA
SAINT-BARTHÉLEMY
C’est en se répétant beaucoup que l’histoire finit par s’écrire. C’est en descendant beaucoup dans ce puits sombre qu’on finit par y trouver la vérité, qui n’est pas toujours à la surface de Veau, troublée par tout ce qu’on y jette... Voilà une histoire de plus ajoutée à une histoire écrite déjà bien des fois, et qui avait besoin d’un écrivain encore. A'oici un hardi puisatier qui descend dans ce puits de sang qu’on appelle : « la Saint-Barthélemy », et qui veut faire discerner la vérité à travers ses eaux ensanglantées et corrompues, et dont les passions ont épaissi le sang et l’horreur pour mieux empêcher de la découvrir. M. l’abbé Lefortier a eu le courage de cette chose difficile de