La Saint-Barthélemy, par M. l’abbé Lefortier
SENSATIONS d’HISTOIRE
recommencer une histoire sur laquelle il semble presque impossible de changer l’opinion du monde. L’histoire de la Saint-Barthélemy a été écrite et surtout jugée par des écrivains d’une puissance irrésistible sur l’opinion, car ils avaient ce qui décide de tout en France : ils avaient (eux ou leur parti, c’est la même chose,) été des victimes, et ils étaient restés les vainqueurs. On ne le niera pas, j’imagine ! c’est le protestantisme, en effet, ([ui avait été égorgé sur place dans cette nuit épouvantable do la Saint-Barthélemy; et c’est ce même protestantisme, en définitive, qui a vaincu, malgré l’abdication de Henri lY, puisque l’Édit de Nantes a reconnu sa possession d’état dans
rpffat, à ce bâtard qui, jusque-là, n’avait été qu’un révolté. Nous ne faisons pas les fiers, nous autres catholiques... Nous savons ^bien qu’en somme c’est nous qui avons été battus, dans cette grande bataille du XvF siècle, faite de tant de batailles ! Nous savons bien que c’est le protestantisme, que c’est la liberté protestante, devenue plus tard la liberté philosophique, devenue plus tard encore la liberté politique, qui a moulé le monde moderne après avoir détruit le moule ancien dans lequel Funivers chrétien avait été coulé. Et voilà pourquoi les historiens modernes de la Saint- Barthélemy ont, pour se faire croire, de préférencb à tout le monde, le sentiment qu’on a toujours eu France pour les victimes, et le goût non moins vif qu on y a toujours aussi pour les vainqueurs.
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Rude chose à détruire que cette croyance qu’ils avaient établie ! Et d’autant plus rude qu’au fond de cette histoire il y avait du sang injustement versé, et que ce sang, qu’on jetait à la tête des catholiques, ils savaient,eux, les catholiques, qu’il avait été injustement versé ! Et pour cela, ils n’osaient toucher à ce sang... ils craignaient de passer pour tout ce qu’ils n’étaient pas : pour dos fanatiques ou pour des barbares. La faiblesse de cette peur les empêchait d’écrire à leur tour cette histoire dangereuse que leurs ennemis écrivaient contre eux. Parmi les historiens modernes, très peu de catholiques, comparativement aux historiens protestants et philosophiques, ont osé parler comme il le fallait de la Saint-Barthélemy, et quand ils l’ont fait, — même le pur et orthodoxe iVudin, — ç’a été avec un embarras évident ou avec une sensibilité troublée. M. l’abbé Lefortier, qui no s’appelle pas Lefortier pour rien (il y a une prédestination dans les noms), M. l’abbé Lefortier a eu la force qui a manqué aux autres. Il n’a pas eu pour du sang versé... et il a voulu savoir et dire quelles mains l’avaient versé, dans cette effroyable nuit où les mains ne se voyaient pas ! Il a voulu renvoyer la responsabilité de ce sang à qui la mérite, et il n’a pas eu peur non plus que son titre de prêtre fît tort à son histoire. Car on lui opposera, sans nul doute, l’argument vulgaire, toujours triomphant, en raison même de sa vulgarité, c’est que, prêtre, « il a prêché naturellement pour sa
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chapelle ». Eh bien, il a méprisé cette bassesse et il a signé son livre tout au long, et de son nom et de son titre : Vahhé Leforlier. Il est vrai que sa chapelle était l’Eglise catholique tout entière, accusée depuis deux siècles de ce grand homicide de la Saint-Barthélemy, et qu’il s’agissait de la justifier aux yeux des hommes comme elle en est innocente devant Dieu.
C’était là une œuvre de prêtre. Et son talent luimême, à ce prêtre qui l’entreprenait, était 'prêtre. Il est sans colère, sans ressentiment, sans représailles, sans indignation d’aucune sorte, sans aucun de ces sentiments qui font crier les hommes, quand on les a contre eux î L’auteur de ce livre est un esprit de douceur et de charité. Il a la clarté, la limpidité, la sérénité,^ et il ne se soucie que d’une chose : c’est de démêler d’une main calme cet écheveau sanglant et brouillé de la Saint-Barthélemy. Ce n’est plus ici un historien ordinaire. Ce n’est pas un historien pour l’imagination, pour la curiosité ou pour la gloire, mais simplement pour la justice. Il ne raconte pas les faits fait par fait et circonstance par circonstance. Il n'entre point dans le drame, ce drame pour lequel il faudrait un Tacite doublé d’un Shakespeare, soit pour en décrire la mise en scène, soit pour peindre le jeu et le caractère des acteurs. L’histoire, ceci ?... Non ! ce n’est qu’un nettoyage historique, mais plus profond que l’histoire n’a été jusqu’ici. Ne voulant parler qu’à la justice des hommes, l’auteur fait plus entrer la
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force de la vérité que la force du talent dans l'histoire. Du talent, il en a ; mais c’est un talent tempéré, d’un accent qu’on aime plus qu’il ne s’impose. Si les hommes se prenaient seulement par ce qui est consciencieux et vrai, ce talent suffirait pour porter le livre de M. l’abbé Lefortier dans toutes les âmes, et,^ en les éclairant, il en changerait ou en modifierait les convictions. Mais les hommes sont plus durs à pénétrer qu’on ne pense. Pour entrer en eux, il faut que la vérité fasse blessure. Il faut que le glaive de l’expression lui ouvre le chemin, et ce glaive, le prêtre placide qui a écrit ce livre ne l’a pas. Malheureusement, il n’a point ce génie du style qui, du même coup, tue l’erreur et cloue la vérité dans la mémoire des hommes, avec un tel éclat et une telle force qu’ils n’osent plus recommencer !
Or, ici, qui sait ? ils recommenceront peut-être... Mais, au moins, il faudra répondre à ce livre substantiel, renseigné, discuté, aux questions tranquillement résolues, à la clarté inextinguible, qu’ils trouveront sur leur chemin. Et peut-être aussi la réponse à y faire pourra bien les embarrasser !
Et en efTet, quoique doux, cet abbé Lefortier, et d’une bonne foi charmante, il a de l’adresse et même de la profondeur. Je ne sais pas ce qu’il a de force synthétique dans la tête, mais je sais très bien qu’il emploie dans son livre la méthode synthétiijue, et, contre les ennemis de l’Eglise qui l’accusent de la Saint-Barthélemy, qu’il l’emploie avec avantage. Us ont cependant aussi leur finesse. Ils l’attendaient au pied des faits de cette nuit fatale, et ils espéraient l’enfermer dans ces faits comme dans le cercle de Popilius. Mais il a rompu le cercle, qu’ils croyaient magique et qui n’était ([u’un cercle vicieux. Il est remonté plus haut que cette embûche qu’ils lui tendaient. Il sait l’histoire, il la sait très bien ; et c’est par l’histoire de l’époque entière qu’il a répondu .à l’histoire d’un jour. Pour lui, ce nouvel historien, la Saint-Barthélemy n’est nullement un fait qu’on puisse détacher et isoler des autres faits contemporains. Ce n’est pas un événement sans racines, une fille sans mère, une monstruosité, née, un soir, de la combinaison spontanée et perverse de quelques âmes scélé-
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rates. Elle peut être cela aussi, mais elle est certainement plus que cela. Qui ne la voit que sur le cadran de riiütel du Louvre, le 24 août 1572, ne la voit pas toute, dans cet étranglement de quelques heures. Ce massacre de protestants par des catholiques, qui s’appelle la Saint-Barthélemy, n’était que la réplique à d’autres massacres de catholiques par des protestants, qu’on a appelés un jour des Michelades^ àNantes, parce qu’ils avaient eu lieu le jour de la Saint-Michel; tueries sans cesse renouvelées et qui auraient pu se timbrer du nom de tous les saints du calendrier. La France, alors aussi malheureuse qu’Ugolin qui dévorait ses^ enfants, était dévorée par les siens. Elle était mangée par deux terribles bouches ! Mais de ces deux bouches matricides, la plus coupable était certainement celle qui avait mis la première dent et la première morsure dans la chair maternelle. Et c’est ce que le nouvel historien de la Saint-Barthélemy a compris et montré, quand il a fait reculer son histoire jusqu’au moment où le Protestantisme, qui n’était pas Français, en France tout à coup éclata.
Il n’était pas d’hier. La révolte de Luther est de 1517, et nous sommes à la Saint-Barthélemy en 1572. Quels que fussent, d’ailleurs, ses origines et ses droits à une indépendance qui n’est guères jamais, pour ceux qui la réclament, que l’hypocrite convoitise de l’Empire, le Protestantisme, quand il se produisit, était une nouveauté qui s’élevait contre une société ancienne et sé-
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culaire, toute-puissante et convaincue. Une telle société ne pouvait pas se laisser attaquer sans se défendre, et s’était toujours défendue contre toutes les hérésies qui s’étaient, depuis sa fondation, élevées contre elles, et cela avec les armes éternelles dont elle dispose : spirituellement par l’excommunication, et matériellement par les supplices ou par la guerre. Elle n’avait à faire une fois de plus que ce qu’elle avait toujours fait au Moyen Age, parce qu’elle était toujours sous l’empire du meme droit j^ublic et de la même tradition qu’au Moyen Age. A ce moment-là de l’histoire,
— qu’on ne l’oublie jamais ! et on l’oublie toujours !
— la France, comme tous les gouvernements de l’Europe, avait pour loi fondamentale l’unité de l’Église
et de l’Etat, dont la séparation n’était pas même une idée qui tombât alors sous la conception de l’esprit humain. C’est plus tard qu’elle l’a renversé. Les détails avec lesquels M. l’abbé Lefortier a composé son tableau de l’Europe, qui fait presque le tiers de son volume, doivent y rester, mais les conclusions en sont absolues. A ne voir les choses que par le côté humain (et il y a une autre manière encore de les considérer), 'Al 'possession vaut titre, selon tous les jurisconsultes de la terre, tout ce qui se faisait contre une société assise sur une telle possession de siècles devait être nul de soi et rappelait le mot de Bossuet. Et, coupable, ce n’était pas, certes! cette organisation qui se défendait, — qui ne pouvait pas ne pas se défendre, puisqu’elle était
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vivante ! — mais c’était l’intrus, sorti on ne sait d’où, qui soudainement venait l’attaquer. Dans la fureur - d’égalité qui fausse universellement l’esprit moderne, on a fait égales entre elles la position du Catholicisme et celle du Protestantisme dans les guerres civiles du xvPsiècle, et ellesnel’étaientpas, etc’estcequela^ain^- Barthélemij deM, l’abbé Lefortier a prouvé. Et, défait, SI l’Eglise et l’Etat, qui ne faisaient qu’un bloc, avaient le droit pour eux, la physionomie morale de la question change du tout au tout. Les choses s’éclairent en
se hiérarchisant, et il n’y a plus à la charge de l’Eglise
et de l’Etat que les excès des guerres civiles et des guerres marquées de ce redoutable caractère du fana-
tisme religieux. Or, l’Etat a fait tout ce qu’il a pu pour les empêcher et l’Église les a réprouvés, etc’estlàce qu’a démontré, avec la dernière évidence, le livre de M . l’abhé Lefortier, qui n’a pas, du reste, à laver l’Etat
dans son blanchissage historique, mais l’Eglise, — l’Église Romaine souillée par les calomnies protestantes et qu’il s’est donné pour mission de dessouiller!
En effet, il faut être juste, l’État fit bien tout ce qu’il put ; seulement, il ne pouvait plus rien. Quand
Charles IX, abusé ou non par sa mère et son frère sur
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ce complot de Goligny, qui existait peut-être, — on ne voit pas pourquoi il n’aurait pas existé, — écrivait, au lendemain de la Saint-Barthélemy, à ses gouverneurs de province, qu’il n’avait châtié que quelques conspirateurs et qu’il leur ordonnait d’arrêter partout les massacres, « parce que les édits de pacification existaient toujours et qu’il n’entendait nullement les retirer », Charles IX était de bonne foi. Mais il no comptait pas, le faible jeune homme, sur les fureurs déchaînées d’un peuple qui avait toutes ses passions dans la conscience, et dans son âme plus de religion que son roi. Ici, comme toujours, depuis la chute do Lucifer, le mal devait venir d’en haut. Au xvi® siècle, à une certaine élévation de société, tout le monde avait plus ou nuiins âme de criminel. L’impiété et la corruption se donnaient la main dans tous les cœurs. De la foi religieuse de qui l’historien peut-il être sûr au xvi*^ siècle, si ce n’est de la foi de ce peuple à qui le protestantisme voulait prendre son Dieu, et qui, depuis vingt ans, le rencontrait devant lui, en armes ? Charles IX — comme sa mère, Catherine de Médicis, cette femme à la politique si femelle ; comme son frère, le futur Henri III, une autre femme aussi, comme toute cette race des Valois qui commencèrent la pourriture delà France, achevée parles derniers Bourbons, — n’était plus catholique que de nom. Tous ces princes, élevés par Catherine, — qu’elle avait élevés comme elle les aurait tués, pour gouverner à leur place, —
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entrevoyaient dans les lointains de leur pensée un Etat qui ne serait plus l’Église et inclinaient, d’ambition
personnelle, vers cette séparation de r?]glise et de l’Etat: la fente du chêne monarchique qui devait plus tard le faire tomber en deux morceaux. En France, une politique qui n’était plus romaine, mais machiavéliquement italienne, en se disant française, s’était marquée dans des pacifications, toujours voulues et toujours trompées, aux conférences de Poiss}^, à Saint-Germain et à Bayonne, où les conseils de Philippe II furent méprisés. Cette politique, qui est devenue la politique moderne, cette politique de transaction, de tiers parti, de rapatriages impuissants, qui capitulait encore après les victoires de Jarnac et de Montcontour et donnait Marguerite de Yalois au huguenot Henri de Navarre, au lieu de la donner au roi catholique de Portugal, atteste assez éloquemment que si la trahison n’était pas au pouvoir, au moins la lâcheté y était... Et c’est là ce qui rendit le peuples! terrible, quand il se chargea de se montrer catholique pour ses princes qui ne l’étaient plus !
Et il le fut, terrible ! personne ne le nie. Mais ce fut en vain. La Ligue emportâtes derniers soupirs du catholicisme politique, définitivement écrasé. Gomme je l’ai dit au commencement de ce chapitre, nous avons été vaincus. Et c’est la politique de Catherine de Médicis, qui se souciait autant de la messe que celui qui disait que Paris en valait bien une ; — c’est cette poli-
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tique qui a triomphé. Louis XIY, avec la llévocation de
l’Edit de son aïeul, voulut rapprocher les morceaux du chêne monarchique. Ils ne reprirent pas... Ils restèrent séparés. Droit public et mœurs, tout a disparu, de l’ancien temps, et nous qui en écrivons l’histoire, nous ne sommes plus que des creuseurs d’épitaphes. Catherine de Médicis et ses deux enfants, ces pupazzi de ia royauté dont elle tint les fils jusqu’à la mort, en tuant Goligny, par jalousie de son pouvoir, comme Henri III tua plus tard le duc de Guise, ont leur part de responsabilité dans le sang que le peuple catholique répandit avec des mains moins coupables que les leurs, si elles n’étaient même pas tout à fait innocentes. Mais le degré de culpabilité importe peu, maintenant, dans ces grands criminels de l’histoire, dont le crime le plus grand, et dans lequel se perdent tous les autres, est d’avoir abandonné la cause sacrée du catholicisme séculaire qu’ils devaient défendre, et pour laquelle ils auraient dû mourir î Aussi n’est-ce pas le sang de la Saint-Barthélemy que l’historien d’aujourd’hui a pesé avec le plus d’attention dans les balances de sa justice, en attendant celles de Dieu. Il avait une tâche meilleure, plus intéressante et plus haute : c’était d’effacer de la robe immaculée de l’Église le sang que ses ennemis ont, dans leurs histoires, pris plaisir à y faire ruisseler !
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Et, cette tâche, il semblait déjà l’avoir accomplie, dans le courant de cette histoire du Protestantisme tout entier, pour expliquer un jour de cette histoire.il l’avait accomplie déjà quand il avait exposé, en détail, les doctrines du Protestantisme, ses tendances funestes, ses impulsions vers toutes les révoltes, vers toutes les dissolutions morales, et son mépris individuel de toutes les espèces d’autorité. Gela suffisait peutêtre, mais cela n’était pas assez encore pour le champion qui venait de naître à l’Eglise. Il fallait, pour lui, non pas seulement s’en prendre à l’ensemble de mensonges et de calomnies que, depuis la Saint-Barthélemy, les ennemis de l’Eglise faisaient peser sur elle, mais il fallait aller déterminément à chacune de ces calomnies, pour les détruire, en y répondant. De toutes les accusations distinctement articulées, — car elles n’ont pas toujours été nettement articulées par la haine, qui sait parfois être perfide, — aucune n’est restée devant la critique de l’historien.
Pour mieux désorienter cette haine et la mieux confondre, M. l’abbé Lefortier adressé, comme une réponse
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éclatante et péremptoire, la vie des Papes qui gouvernèrent l’Église au temps de cette Saint-Barthélemy, retournée si indignement contre eux. C’étaient Pie V et Grégoire XIII. Pie Y, qui avait la grandeur d’un homme dans la sublimité du saint, et Grégoire XIII, moins giand comme homme, mais aussi pur, se ressemblaient en cela qu’ils eurent tous deux la même pensée, l’un après l’autre, cette pensée qu’on épousait alors avec le Saint-Siège, cette préoccupation contre les Turcs, qui, depuis les croisades du Moyen Age qui les avaient retenus chez eux, menaçaient perpétuellement l’Europe chrétienne et rongeaient ses rivages.
Cette pensée de la Papauté qui nous a valu la gloire de Lépante, cette pensée papale qui, comme la tiare, étreignait également la tête des pontifes les plus différents, Grégoire XIII l’eut, à son tour, comme son nrédécesseur Pie V l’avait eue, eteette pensée ne cessa ‘amais de planer sur leur politique, à tous les deux, avec la France, en ces temps redoutables où, déchirée par la plus affreuse des guerres civiles, elle ne pouvait plus être, contre les ennemis de la chrétienté, la tête de colonne de la République chrétienne. Pic Y, qui ne fut jamais dupe de la politique de Catherine de Médicis, de ses oscillations et concessions éternelles, lesquelles aboutirent à reconnaître au Protestantisme
une puissante situation politique dans l’Etat; Pie Y, qui voulut toujours que la guerre fût menée contre les protestants de manière à la faire finir, donna des con-
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seils, inutiles, dignes du chef suprême de l’Eglise, et l’historien actuel de la Saint-Barthélemy n’a pas oublié de nous mettre au courant de la noble et incessante intervention du pontife. Il chercha en effet, (juand tout semblait désespéré et après la mort do Montmorency,tué à Saint-Denis, et il trouva, contre l’Europe protestantisée, des alliés à la France catholique. Ses troupes, à lui-même, commandées par Santa-Fiore, prirent leur part de la victoire et des drapeaux de Jarnac et de Montcontour. Quoique moins effective, l’intervention de Grégoire XllI eut le même caractère français. Ces Papes étaient plus français que le roi do France ! L’auteur de la rapporte une
partie de leurs lettres, et on peut juger de la beauté ef de la loyauté des conseils que la Papauté, insultée depuis par des écrivains qui n’ont plus que leurs plu-^ mes contre elle, ne se fatigua jamais de donner à la France et à ses misérables princes. Ces plumes ennemies et acharnées n’ont-elles pas scandaleusement crié, quand Grégoire XIII fît rendre grâces à Dieu pour cette Saint-Barthélemy qu’il no crut d’abord qu’une répression et une punition de conspirateurs?... Trompé par les dépêches de Charles IX, qui ne parlait dans ces dépêches que du complot de Coligny, Grégoire XIII fit solennellement remercier Dieu dans les églises do Rome, comme le dit très bien M. l’abbé Lefortier, « du salut du Roi, do la délivrance du « royaume, de la punition des criminels, du terme do
« ces apostasies delà Cour qui avaient arraché tant de « plaintes au Saint-Siège, et de l’inauguration d’une « politique religieuse plus digne et plus ferme». Qu’y a-t-il à cela d’étonnant et d’odieux ? Mais il y a plus. Ces calomniateurs de la Papauté n’ont jamais parlé des larmes que Grégoire XIlï répandit sur ce meurtre nocturne, auquel Catherine et le duc d’Anjou poussèrent par les épaules le faible Charles IX épouvanté ! Ils ont mieux aimé se taire de ces larmes. Mais, s’ils en eussent parlé, ils les auraient, à coup sûr, traitées d’hypocrisie, ces défigurateurs de l’histoire qui mirent le cardinal de Birague dans le conseil du roi, la nuit du meurtre, quand c’était son frère, le chancelier de France, qui y était! et qui firent y bénir les poignards et les croix des assassins par le cardinal de Lorraine, qui n’y était pas !!!
C’est pourtant jusqu’à ce degré qu’est descendu M. l’abbé Lefortier dans son excellent livre ; c’est jusqu’au plus menu fretin des calomnies des historiens protestants et philosophiques, pour les balayer de l’histoire. Il aurait pu y laisser celles-là. Mais, dans sa naïveté de prêtre candide, il a tout ramassé des outrages à flionneur de l’Eglise et il les a pieusement essuyés sur sa mémoire. Il a oublié que la calomnie est le manteau de roi de la Vérité, et que l’innocence est là-dessous encore plus belle que si elle était audessus !
LA
GUERRE DE TRENTE ANS
Si THistoire ne touchait pas, à sa façon, qui, du reste, est grandiose, à la Littérature, la Critique n’aurait rien à dire aujourd’hui. Elle n’a pas devant elle un livre, — un seul livre qui mérite ce nom. Il y a, pour le moment, un tarissement littéraire. Lesjaseurs, recherchés de la littérature contemporaine, se sont tus... L’imagination publique vit sur les malpropretés de V Assommoir, et elle y vit très bien. Rien d’étonnant à cela. C’est l’imagination publique! Mais l’imagination supérieure, qui pourrait produire autre chose que ces infections, semble épuisée et comme anéantie. Et sans quelque livre d’histoire comme celui dont je vais vous parler, retrouvé, comme le tombeaud’une grande